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Roland Michel Tremblay          La Révolution           www.anarchistecouronne.com

 

 

LA RÉVOLUTION

 

 

Roland Michel Tremblay

44E The Grove, Isleworth, Middlesex, Londres, TW7 4JF, UK

Tél.: +44 (0) 20 8847 5586 Mobile: +44 (0) 794 127 1010

rm@anarchistecouronne.com     www.anarchistecouronne.com

 

RÉSUMÉ

À 17 ans Roland Michel s'est lancé dans un essai sur la question de la philosophie dans le monde: La Révolution. Bien que l'auteur croit sincèrement que personne n'a eu le courage de lire cette oeuvre au-delà des cinq premières pages, et donc jamais compris l'ampleur et la profondeur de la question existentielle posée, il considère ce livre comme sa meilleure oeuvre. La Révolution a été écrit en un temps où l'auteur se cherchait, et s'est trouvé un style littéraire plutôt hors du commun. Avec le temps il a compris que peut-être cela ne l'aiderait pas à être publié. «Qu'à cela ne tienne!», s'est-il dit, «je vais terminer ce livre et je saurai moi apprécier cette poésie en prose».

La Révolution, par sa prose poétique, montre le cheminement de René dans sa réussite sociale et amoureuse qui l'emmènera à une finalité plus grande, soit la découverte de la fin de l'océan. Il abandonne donc les siens pour s'embarquer sur l'océan à la découverte de sa finalité. Il émet des hypothèses sur l'Univers, mais ignore jusqu'à la rotondité de la Terre. Pourtant il découvrira effectivement la fin de l'océan par l'aliénation. Il est alors en mesure de se créer son propre univers, faire la révolution, devenir Dieu et établir sa nouvelle humanité.

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PRÉFACE

La Révolution, ce livre inclassable, indéfinissable selon ceux qui m'entourent. La Révolution, une perte terrible de temps, trop de sacrifices inutiles pour une oeuvre qui ne saurait prétendre en être une. La Révolution, une pseudo-œuvre vouée aux feux de l'enfer, que seul le diable comprendra peut-être.

La Révolution est un livre qui m'a pris cinq ans à écrire. Deux années de gestation et trois ans d'accouchement. De tout le temps que j'ai pu y mettre, jamais je n'ai rencontré une seule personne de mon entourage qui ait été capable d'en lire plus de cinq pages. C'est un sujet complexe, un texte dense, je l'admets. On ne peut le lire qu'en s'arrêtant à chaque ligne, comme s'il s'agissait de la poésie en prose.

Face à ce dilemme, à savoir s'il ne me restait plus qu'à jeter à la poubelle tant de labeur ou tenter de l'imposer à mon entourage, j'opte plutôt pour une troisième option. C'est-à-dire l'offrir au monde inconnu dans l'espoir que quelques personnes, ou même une seule personne, puissent voir ou vivre ce que moi je vois et vis lorsque j'entre dans l'univers de La Révolution.

J'opte donc pour la défense du seul livre que je pourrais relire plus d'une centaine de fois et dont il est venu un temps où je pouvais le réciter par cœur. Ainsi je rapporterai les paroles de Jean-Pierre Ryngaert dans son livre Qu'est-ce que le théâtre contemporain ? à la première partie qui s'intitule Les obscures clartés et les incompréhensibles lumières :

S'il fallait donner la définition la plus large du texte de théâtre moderne et contemporain, peut-être pourrait-on reprendre la belle formule d'Umberto Eco qui qualifie les textes de « machines paresseuses » dans Lector in fabula, et considérer que notre corpus regroupe les plus paresseux de tous. Pas forcément les plus abstraits

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ou les plus énigmatiques comme on l'entend dire parfois, mais plutôt ceux qui ne se livrent pas facilement dans l'acte de lecture, qui résistent au résumé rapide pour les lignes-programmes des magazines et qui réclament du lecteur une vraie coopération pour qu'émerge du sens.

C'est presque un programme de lecture, une quête pour un parcours. Nous en sommes au moment où les avant-gardes sont mortes et où on les redécouvre. À un moment où il ne fait pas bon, pour un auteur, faire preuve de trop d'invention formelle sous peine d'être rejeté comme « illisible » et suspecté d'un retour de terrorisme intellectuel. Où il vaut mieux qu'un texte ne perturbe pas trop la langue académique et manifeste de la bonne volonté pour communiquer. Où, peut-être, la pensée est suspecte sinon « dépassée » si elle ne se présente pas de manière propre et anodine.

Nous voilà d'emblée soumis au paradoxe théâtral, écartelés entre le désir de comprendre et d'expliquer les textes, et amoureux de ceux qui résistent, qui ne se donnent pas d'emblée comme faciles en livrant clefs en mains un univers lisse ou insignifiant. Le texte de théâtre ne mime pas la réalité, il en propose une construction, une réplique verbale prête à se déployer sur scène. Parmi les textes auxquels nous avons à faire, certains semblent obscurs et ne s'ouvrent pas à la lecture. Mauvais texte, textes ratés ou mauvais lecteurs, lecteurs insuffisants devant des formes pas encore tombées dans le domaine public ?

Le théâtre repose depuis toujours sur les jeux de ce qui est caché et de ce qui est montré, sur le risque de l'obscurité qui tout à coup fait sens. La représentation, dérisoire dans son projet même, s'essouffle à faire paraître le monde sur scène avec les moyens rudimentaires de l'artisanat forain et par le langage. C'est vrai depuis les Mystères du Moyen Âge dont les représentations du Christ ou des diables de l'Enfer ravissaient, nous dit-on, les spectateurs. C'est toujours vrai, et ça ne l'est plus tout à fait aujourd'hui, puisqu'il existe bien d'autres moyens de représentation que le théâtre, bien plus « vraies », notamment les images filmées, et bien plus

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« fausses », ce sont juste des images, et pas toujours des images justes, dirait Jean-Luc Godard. 

De là, sans doute, un premier malentendu entre ceux qui écrivent le théâtre d'aujourd'hui et qui le font représenter, et ceux qui y assistent. Il existe un grand décalage entre le théâtre tel qu'il se pratique et tel qu'il est perçu ou, en tout cas, selon l'idée qu'on s'en fait.

Il existe donc, chez les auteurs d'aujourd'hui, une envie de rompre avec une certaine rigidité de la représentation traditionnelle. Cette mise en crise, quand elle commence par l'écriture, opère un dérèglement dans les conventions de la représentation. Elle fait le vide en s'attaquant au savoir-faire dramatique et inévitablement à la fable. 

Voilà tout ce que j'ai pu trouver pour défendre La Révolution. Ce genre d'essai-roman qui observe différents types de mentalités selon le statut social et les intérêts d'un personnage. Mais il s'agit aussi d'un voyage initiatique où, après avoir tout remis en question, l'homme embarque sur l'océan pour aller bâtir sa ville de sagesse, une nouvelle humanité en l'occurrence.

Ainsi René cherche d'abord le bonheur dans la réussite sociale et amoureuse, ce qui s'avérera un véritable échec. Incapable de trouver son compte dans l'organisation sociale, René questionne les valeurs établies et s'enferme dans sa chambre. Il abandonne les siens et part à la recherche d'un nouvel univers, en idée. C'est la rupture.

Il pose alors comme finalité l'atteinte de la fin de l'océan où, croit-il, il découvrira l'univers de Dieu. Il est cependant imprégné des croyances des siens, ainsi il voit la Terre tel un disque plat et est incapable de concevoir ce que sont le Soleil et la Lune. René symbolise ici l'être humain qui essaie de se bâtir une

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philosophie à même les enseignements reçus, qui éprouve des difficultés d'adaptation à ses propres idées et se retrouve dans l'impossibilité de comprendre son identité et sa situation. Dès lors, il se construit son propre univers, et l'interprétation de son récit commence lorsqu'il découvre vraiment la fin de l'océan.

Après la nouvelle rupture, René reçoit l'illumination. Il est celui qui interprète la légende d'origine de sa collectivité au mieux de ses ambitions: devenir le dieu d'une nouvelle humanité. Pour ce faire, il entraînera son peuple à faire la révolution, une révolution spirituelle, qui implique la destruction de l'humanité. Il traversera le cycle de son existence, ensuite la constitution de la Terre, puis deviendra le Verbe organisateur d'un nouvel univers.

En quête de vérité et de connaissance, la voie que suit René lui permet, en quelque sorte, de conquérir l'humanité et de bâtir une nouvelle génération. Sa mission est d'y instaurer un nouvel État de droit en s'inspirant de l'héritage de l'ancienne humanité, c'est-à-dire la bible chrétienne qui sert ici de légende basale.

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LA RÉUSSITE

René le Bon Gars

I

La Descente aux enfers

Les pleurs, les murs suintant les pleurs. Quelles questions répondre sur ces faits que rien n'augure mieux que ces distinctions contre actions. Quelle liberté de dire que ce qui est nécessaire, entraver la justice que l'on s'est donnée. Rien ne bouge sinon que l'on mange du pain et du dessert aujourd'hui.

Argumenter, retourner ses idées. Cette aventure nous tuera tous, mais il faut s'y abandonner. Entendre une cloche au loin et se croire tout permis. C'est la joie de ces histoires qui s'éteindront avant de passer la barrière.

Oui, on le sait, vous aviez des idées révolutionnaires et vous êtes restés à pourrir dans votre salon. Et puis après? La vie vaut-elle que nous soyons révolutionnaires? Et puis après? On naît, la révolution se fait, on mange, on devient gros, on meurt.

C'est cette idée d'être ce qui ne fait aucun sens. C'est être au contact de ces gens que le quotidien avale sans raison. Les concepts, les notions, les éléments, les détritus, les camions de vidanges, les premiers ministres, le pape et Dieu.

J'arrive à peine, je débarque dans ce salon qui ne contient que ces bizarres inconnus dont je me fous. Un à travers des milliers. S'enfoncer profondément sur un banc, regarder une rivière, un pont, un arbre. La descente aux enfers commence.

Mais je vous voir venir. Pardonnez au récipiendaire, il n'est que récipiendaire justement. Il ne gagne rien à vous en vouloir encore une fois. Si la chance existait, elle ne serait que malchance à tout compter. Et si l'on parle de sang, ce ne sera pas

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s'être trompé de siècle.

II

Plus bas encore

Entendez la lumière venue vous prendre, je ne vois que le fond. Ô toi, m'accrocher pour y voir plus bas, n'est-ce pas ton but? Le mien. Se peut-il? Et pourquoi pas. Si j'aime à m'en remettre à la destinée, en criant jusque dans les profondeurs, une joie que de vous y voir.

Je n'en demande pas tant. Traverser un terrain vague, observer les étoiles, il faut pourtant que je travaille. Quelle vache, paresse, laissez-moi m'étendre au bord de cette rivière, que vous servirait de m'y voir sous l'eau? Qu'exigeriez-vous encore de moi?

Votre toit bien solide en la terre, je n'en veux point. M'interdire jusqu'à l'inaction la plus totale, j'y vois un artifice qui se prend ou non, selon les circonstances. Mais j'attends, un moment propice à quoi que ce soit, quelque chose qui invite à une grandeur aussi bien que la traversée d'un océan. C'est à un corps non contenté que vous avez affaire, pas encore tourmenté toutefois.

III

En attente de découverte

M'étouffer de cette foule perdue qui se lamente en face d'une horloge. Me taxer de ce savoir inventé, j'en inventerais du pire si vous le vouliez! Prendre le mot notion et élaborer, élaborer, élaborer... on en arrive à croire à l'intelligence!

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Du calme, le faire-valoir c'est du passé. Ce qui passe en premier, c'est le jeu. Le jeu qui passionne les grands. Il fallait bien s'en trouver des choses à faire! Mais d'autres passions m'occupent, alors que le jeu effraie à tous les niveaux.

Perdu je vous dis! je n'y serai plus bientôt. Où je serai? je m'en remets au destin. Tels ces nobles qui finissent par crever le long des rues, quel beau destin: une barbe, une bouteille, une main tendue, cette grâce dans les mouvements. Voyez, j'ai un cœur, clobop, clobop, ou si vous préférez, bou-boum, bou-boum... c'est du pareil au même.

J'en ai déjà tant parlé. Je marchais avec une tête folle, lequel de nous deux fut le plus sérieux? Lequel de nous devait commencer à vivre? Sinon moi, là ma motivation, ma démotivation, en attente de découvrir le monde. Le plaisir en est plus grand que de le découvrir, je vous assure. Maintenant, lequel de nous souffre le plus?

À quoi donc pensais-je? Naïf comme il se doit. Les vrais responsables, c'est vous! Pourquoi m'en peindre un tableau si beau? J'avoue que l'autre côté du tableau m'était connu. C'est plutôt la faute à ce désir incontrôlable, celui qui appelle à franchir les terrains vagues. Marcher sur la tête des autres, détruire ce qu'il faut d'un avenir pour enfin se croire libérer. Pour tout vous dire, à recommencer, j'irais plus fort.

IV

Des Rêveries inédites

Ah, si l'on possédait cette grâce de la légende, l'imagination frapperait là où il faut. Des cigarettes, un des premiers vrais référents, l'alcool, puisque les temps en sont là, mes rêves.

Quelle nostalgie... mais quelle nostalgie? Gardez-vous de m'en trop dire, j'en

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deviens fou. Comme elles, par la laideur et la beauté, elles en déblatèrent un océan. Que ce mot est lourd. Lourd de mes rêves, qui se résument à un champ. Eh bien, pourquoi ne pas y aller? C'est que les champs ne contentent qu'en rêve. Trop innocent pour comprendre qu'il s'agit là d'un symbole, j'en fais mon obsession. Paix ultime, bien être à la mort, cela m'offre l'archétype. Et qui les atteint, ces archétypes?

Mes rêveries se transposeraient-elles? J'en serais le premier surpris, ravi à la limite, mais encore, ce ne suffirait point à nourrir l'existence. Entendez, respirez, le plaisir se partage, mais il existe autre chose. C'est l'existence, et je n'en parle point.

V

La Culpabilité généralisée

Mal de vivre, obligations, envie de vomir. Cracher ce sentiment inutile, le lancer sur le premier venu. Si jamais je rencontre ce quelqu'un qui se sentirait plus mal, je l'embrasserais là, le plaindrais peu, et lui dirais bienvenue au paradis. Car, ce me semble, l'expression le dit, ici c'est le paradis terrestre.

Qui d'autre s'arrête une nuit durant à questionner les conséquences? Moi je les affronte, c'est ma joie. Plus particulièrement à les entendre radoter leurs reproches, inquiétudes, se sentent-ils coupables au moins? Et moi? N'en suis-je pas le moteur? Kaboum! Le moteur est sauté.

Cynisme, ce mot me restera à jamais. Ne suffit-il pas de regretter son nom? Que faire lorsque l'on possède le nom le plus laid? Celui qui fait fuir le gazouillis des z'oizeaux. Tchip, tchip, qu'ils n'auraient pas de noms eux, cela ne me surprendrait

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point. Des sottises, on en a créé un dictionnaire complet de ces noms, et l'on m'en a donné le plus laid. René. René le Bon Gars. Ce n'est pas mon nom.

VI

L'Idéal d'autrui

Vainement, j'écoute. Je reçois le vent, les bourrasques, la tempête, les fléaux, leurs dires. C'est bien peu de chose. N'avez-vous pas entendu les gens qui font la file? Ceux qui n'attendent que votre premier échec pour vous convertir aux astres? Enfants de malheur! On m'a sacré le coup de pied là où vous savez, dans le derrière, en ajoutant le désagréable qu'il faut pour comprendre votre vrai idéal!

Le chemin, je le vois là tout tracé. Il me suffit de le suivre, il m'offrira la gloire dont j'ai besoin. Ce sera là ma vie, mon idéal. J'oublie mes conseils, je ne suis pas plus fou qu'un autre. Il est facile de rejeter des sentiments lorsque l'on y a goûté. Mais avant ce temps, ce dernier ronge nos sentiments.

Je partage cependant votre peine. La bataille n'en finira que très tard, à votre désarroi. Que de négatif, suis-je né pour cela? Prophète de malheur pour cause de votre insouciance? Horribles pensées, je les garde pour moi, vous m'enfermeriez. Encore que, qu'est-ce à dire qu'il me faut violer cette femme? La prendre dans un coin noir, la déshabiller, trois ou quatre bonnes claques... quel est votre idéal de vie?

VII

Le Geste irréparable

Suffit-il d'une parole, d'une action, me voilà détruit. Bonne conscience collective. Agissons dans le noir, c'est plus prudent. Crions très fort, c'est plus

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prudent.

Quelle crédibilité? En ai-je déjà possédé une? Je la perds aujourd'hui, sans jamais en avoir entendu parler. Il fallait le prouver! Prouver que c'est moi qui ait le plus de crédibilité. Mais j'ai autre chose à faire.

Comment revenir en arrière? Mais est-ce que je veux vraiment reprendre mes actions? Il est toujours trop tard pour les regrets, ne les laissons pas devenir remords. Il faut bien continuer à suivre le chemin tracé. Voilà cependant mon plus grand obstacle, la rigueur oubliée.

Je ne suis pourtant point seul en mes choix. Quelle joie que de respirer lorsque rien ne nous accable. Mais comment se rendre compte de cet état, puisqu'à ce moment, rien ne nous accable?

VIII

La Liberté retrouvée

Le temps passe, on fait de nouvelles rencontres, on oublie. Quelques détails refont surface - un rat s'esquivant que l'on pointe du doigt - un peu de souffrance, on continue.

Même à recouvrer certains plaisirs, à en découvrir d'autres en fait. Je n'ai pas tué que je sache, pas encore du moins. Comment la vie a pu m'être si terrible? Ne me croyez pas sauvé pour autant.

Faire ce que l'on veut c'est déjà bien. Réussir c'est pénible. Et désirer, c'est la pire des choses. Ces événements, ces gens qui vous narguent de leur pseudo-vie, eh bien, leur manège fonctionne. Est-ce là la liberté? La liberté de se poignarder je dirais. De se poignarder là où l'on n'en mourra pas j'ajouterais. Le jour J n'en sera que plus effrayant.

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IX

L'Indécence en personne

Tu as deux fois mon âge? aucun problème, j'aime ce qui rappelle l'inceste. Ça m'a toujours semblé doux puisque cela sent l'interdit. On y voit d'ailleurs le plus gros des tabous sociaux. Et c'est pourtant une activité fort répandue. Ces hommes qui manquent d'action, ces femmes qui se contentent de désirer leurs fils, il est dommage que cela dérange tant le cerveau des victimes, mais ça, c'est un traumatisme transmis par la société. Chez les homosexuels c'est encore pire, je ne vois là que des pédophiles. Je ne crois pas me tromper en disant que je traduis là une opinion générale.

Réflexion faite, j'ai droit à ma jeunesse. Les belles jeunes filles seront pour lorsque je serai vieux, comme toi. Il faut parfois se contenter d'un baiser, d'une caresse et d'une bonne masturbation seul dans son lit.

Belle jeune fille qui m'attaque, on dirait que c'est elle qui charge, mais ne désire pas aller jusqu'au bout de ses fantasmes. De toute manière je suis déjà trop vieux. Peut-on faire sa jeunesse à quarante ans? À soixante ans? À cent ans même, puisque les machines nous y garderont éveillés jusque là? Et pourquoi pas. Qui se donne la peine de s'intéresser à moi, ne mérite-t-il pas que je m'y arrête, quelques minutes? Ne sous-estimons pas les vieux, eux aussi ils ont besoin de sexe!

Je crois confondre leurs histoires. Amour et amitié, n'ayant jamais connu ni l'un ni l'autre, il m'est plaisant de m'attarder à leurs propos. Provoquer la souffrance sur une période de cent ans, le temps que cela prend pour perfectionner la sagesse. À les entendre, nos vieux crèvent tous avec la sagesse acquise, dérivée de l'expérience. C'est dire qu'ils ont tout expérimenté, ouh... quelle tristesse de savoir que cela ne sert à rien. Mieux eut valu se tirer à la rivière.

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X

Une Lamentation universelle

Des écureuils, diable d'écureuils! Près de ma rivière, en amour comme il se doit. Et ils sont bien de la famille des rats eux, des rats d'égouts!

Fuir, fuir tout ce qui s'appelle l'amour! Ils sont tous malheureux de toute façon! Un des écureuils finit toujours par se faire écraser ou se faire électrocuter par un fil électrique! Et l'autre attend la mort, seul, c'est ça la vie!

Détruire tout ce qui m'est à la portée de la main, ce qui fera davantage mal après la crise. Montrer tout l'impact du malheur lorsqu'il survient, aucune chance à l'oubli. Le souvenir n'en devient que plus amer. Je m'y complais cependant. Cet état de laisser-aller, étape d'intransigeance complète. Il n'y a que moi pour me comprendre, me plaindre. La tendance est à condamner ces actions, pauvres tendances.

Je vous montre mon acquis, vous en frémissez d'horreur. Quel choc pour mon simple esprit. Cette plainte à mon endroit, moi qui n'ai que mes larmes pour considération. Solitude maudite, alors qu'ils s'arrachent la multiplication des relations. Parlez toujours, je n'entends rien.

La discrétion, un luxe que les autres doivent s'offrir. Vous en entendez davantage que j'en dis, supposez davantage que j'en jouis. Le mépris, c'est là votre sentiment, qu'espérez-vous donc des miens?

Moi aussi je dévisage les damnés qui errent sur les terrains vagues. J'ai cette idée qu'ils aiment souffrir et qu'ils seraient prêts à tout sacrifier pour qu'on les obnubile à leur tour. Et le jour où on leur donnerait la parole, le seul mot qui sortirait, serait celui que vous connaissez. Faites donc semblant de l'entendre pour la première et dernière fois, vous éviterez ainsi une tuerie ultérieure à quelque part.

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Une tuerie comme on en voit dans les porcheries, ça c'est de l'action. Quel beau moyen d'être entendu. Et le meilleur, c'est que cela ne vous concerne pas. En effet, il serait bien surprenant que la victime soit un de vos proches, ou vous-même. Mais sait-on jamais.

XI

La Vie active

Subir, subir les autres. L'artifice de ces inopportuns qui s'en permettent une destruction dans les règles. Ma vie se terminera là où vous ne serez plus. Arriver à voir votre travail m'est déjà difficile, votre savoir vous aveuglerait tout à fait.

N'avez-vous pas mis les piliers en place? Sont-ils bien scellés en la pierre? Vérité de fortune, j'admets votre raison et n'exclus cependant pas la mienne. Me serais-je trompé de chemin? Aurais-je emprunté des embranchements inutiles? La fin m'en dira tant.

Cette ville m'a rendu là où j'en suis. Pardon, je ne suis point responsable de ma situation, les circonstances le sont. En d'autres lieux, en d'autres temps, tout me serait venu à point. Plaît-il de considérer ces choses, il me faut pourtant accuser quelque chose, mieux que quelqu'un, les circonstances ne peuvent se défendre et contredire.

Tous ces gens qui forment l'atmosphère, travaillent ardemment à créer ce qui fait le cœur des agglomérations, on les voit courir dans toutes les directions. Formellement habillés, on se demande pour qui et pourquoi. Comment m'y retrouver? Impossible. Chacun est partie du tout, personne n'est le tout. Adieu va, cette vie inaccessible n'en vaut la peine.

Moi je suis plutôt la mortification. Se plaire en la terre. Je survole l'action,

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l'admire, m'écrase au bout. Noblesse d'idées non consumées. Je termine là où rien ne se termine. Et ça fonctionne, je m'en sors. Mais de là à me voir participer à la vie active...

Branle-bas de combat, lâchez les amarres, à l'attaque! Abordez, sabordez, il faut prendre le contrôle de ce tout! Le premier qui faillit, prend le bord. Celui qui refuse, ne refusera plus. Ingrat univers, perfection qui existe en théorie. Tout va couler un jour ou l'autre, que ce soit là au moins le fruit de mon inaction!

XII

La Folie intrinsèque

Frapper le mur de ce crâne, ah! Un jour je ne résisterai plus, je me laisserai aller à cette violence que vous croyez gratuite. Frapper le mur... autant pour cette femme qui s'imagine en danger. Je vous le montre le danger? Allons donc, vous n'avez plus confiance? Pitié, votre folie m'emportera je ne sais où.

La chair, j'en mange, j'en savoure jusqu'à la moelle. Qui donc peut se vanter de jouir autant en ses fantasmes? Auriez-vous oublié la joie d'imaginer l'inimaginable? La douce routine d'une relation qui finit par frapper les nerfs, rebondir sur les enfants, provoquer deux générations et plus de désordre mental? Pour en saisir l'expérience, j'ai encore mon mot à dire.

Vous croyez que je déteste les femmes parce que je souhaite en tuer une. Je vous fournis même les preuves. Mais que valent vos preuves lorsque, pour une femme que je veux tuer, il existe deux hommes que je tue? Vous seriez mieux de dire que je déteste les hommes, c'est plus général, véridique et protocolaire.

Quand bien même vous répéteriez vos histoires vingt-cinq fois, que voulez-

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vous que j'y fasse? Je suis violent, intolérant, égocentrique, prétentieux, homophobe, misogyne... mais c'est héréditaire, héritage de vos religions. Et encore, me faudrait-il les connaître. Je n'en entends que les ravages, assez impressionnant. Mieux vaut ne plus en parler, j'en vois déjà plus d'une moitié d'entre vous qui se lève pour crier à la répugnance. Vous savez je vous aime?

XIII

L'Assimilation de l'Univers

La moindre de vos paroles vaut-elle que je m'y arrête trois jours durant? Des mois durant? Des années à m'écorcher je ne sais quels os sur trois planches? L'assimilation de vos histoires me conduit directement à la faillite. Ah, je le paye cher mon vouloir à vivre. Et ce n'est pas là la soif du savoir.

L'ignorance. Le concept de ce mot séduit les masses. Il me séduit moi en tout cas. Si chacun de vous symbolisait l'ignorance — et chacun de vous symbolise l'ignorance — quel avancement ce serait pour l'art de la non-assimilation.

Cette question aussi, suis-je bien René le Bon Gars? S'agit-il pour vous de me reconnaître pour tel, association faite en rapport à de quelconques faits ou endroits que je crois habiter? Et plus, s'agit-il de me reconnaître en vos constructions, considérer votre façon de vous scandaliser pour mienne? En fait, vos arguments pour me prouver que j'existe ne me convainquent nullement. En fait, je vais vous dire ce qu'il en est: vous me confondez avec les bancs du parc alors que je m'identifie au pont.

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XIV

La vraie réussite

Quelle réussite que je cherche? L'humain est incapable de passer à travers une existence infernale et en ressortir satisfait à l'autre bout. Il sera malade avant la fin, s'il ne se découvre pas un cancer.

Les bonnes organisations ont toujours pour bases de bonnes intentions. J'exclus les mauvaises organisations, bien qu'elles soient majoritaires, j'aime croire qu'elles se détruisent d'elles-mêmes. Enfin, la stabilité de n'importe laquelle des organisations est toujours à remettre en question. Car un jour vient cet être immonde qui veut tout s'approprier, tout changer à son profit. C'est contre lui que je me bats.

Suis-je donc laissé à moi-même alors que je dois sans cesse me battre, sinon avec mes semblables, avec moi-même? Que tous m'apprécient pour ce que je suis ou ne suis pas, voilà une idée que je dois chasser de mon esprit. La solution serait-elle la misanthropie? Je n'hésite pas à le croire. Il faudrait s'enfermer chacun chez-soi et ne plus bouger. Sinon m'exiger le respect des autres plutôt que l'obéissance à quelqu'un. Il me faut être celui qui détruit les autres à l'avantage de mon organisation ou à mon avantage. N'est-ce pas là le mot d'ordre implicite à tout organisme?

J'ai tant appris à tout mépriser que d'atteindre mes objectifs n'est qu'étape vers l'atteinte d'un autre objectif, celui de l'isolement justement. Et je comprends que la misère ne provient pas du fait que l'on est rien, mais plutôt de la souffrance qui vient avec. J'apprends aussi que des gens qui souhaitent le bonheur des leurs, famille et enfants, peuvent cracher sur les autres qui ne désirent qu'un peu d'indifférence dans leur relation avec autrui. Pourquoi me veulent-ils tant de mal, alors que moi-même, si je n'y réussis pas du moins, ne cherche que le bien et la justice de toute la collectivité?

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On ne peut avoir confiance en personne, pas même en ceux qui prient Dieu. Semble-t-il, on peut croire au purgatoire et tout faire pour en souffrir une éternité.

S'il appartient à moi seul de bâtir un monde meilleur, je suppose que je peux faire un effort. Mais le courage me manque pour terminer la journée d'aujourd'hui. Si l'énergie dont un humain a besoin pour construire ses projets lui est mangée par d'autres tout aussi vides d'énergie, comment la race arrivera-t-elle à être heureuse, ou même, à s'en sortir? Et sur quelles bases asseoir cette idée de faire le bien si chacun fait le mal, ou même, si un seul fait le mal? La démonstration ou la conscience de ce mal ne se fait même plus. La vengeance est tout ce qu'il me reste.

Des nécessités de la vie vous dites? Sagesse, jugement, justice, valeurs, conscience. Dès lors, quels seront les mérites et les prix à distribuer? Une reconnaissance à recevoir: celle-là est vertueuse, donnons-lui une médaille qu'elle pourra embrasser le soir avant de se coucher. Celui-ci est pourri, attention, ça mord! Ça tombe mal pour vous, je n'aurai jamais de médaille. Je me suis fait à l'idée, j'en n'en veux point. Alors la morale? Niet.

Cette compétition qui ne contente pas les mauvais et détruit les bons par les mauvais. Cette compétition qui ne contente pas les bons et détruit les mauvais par les bons. Du manichéisme machiavélique machiné.

XV

Une vague transition

Je vais devenir bon. M'entraîner à être la perfection. Si j'étais premier ministre, chacun aurait droit à être heureux. C'est-à-dire plus de taxes, d'impôts ou de maison à payer; des foyers pour femmes battues pour toutes les femmes de la planète; des programmes de désintoxication pour tous les capitalistes endurcis. Ah, recréer une misère comme on en a plus vu depuis longtemps.

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Toujours si j'étais premier ministre, je crierais que tout le monde est mon frère et ma sœur, et me débarrasserais de ceux qui diraient qu'ils ne sont ni mon frère ni ma sœur; je grimperais aux arbres, me lancerais de branche en branche, courrais sur les toits de maison, arracherais les fils électriques, les fils de téléphones, les câbles de TV, les tuyaux d'eau et de gaz, et toutes ces cochonneries qui ne servent à rien.

Si j'étais pape, j'obligerais l'avortement, prônerais l'homosexualité, me travestirais en putain de la rue principale.

Et si j'étais René le Bon Gars, je me suiciderais.

XVI

De solides piliers

Le bon sens, c'est vous qui le détenez. Vous en payer chèrement le droit. C'est comme des intérêts des associations, rien à voir avec vous. La vérité n'est pas à remettre en question.

Les bourreaux sont ressuscités et la guillotine ne nous sauvera pas. L'ancre est omniprésente, à moi seul je ne distingue plus l'horizon. Les solutions sont éparses en la nature, et résident davantage en la multitude d'actions qu'en les majeures réformes. La révolution, un vain effort.

Le bon sens, c'est moi qui le détiens. La vérité est de moi, aussi faussée que vous l'entendez. Politique, médiatique, juridique ou biblique, mon rôle est de vous contredire. Je suis l'opprimé de ces lieux, vous ne me ferez pas justice.

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XVII

Les Bas-fonds

Les bas-fonds comme je les aime. Voler une poire alors que l'on est allergique à ce fruit douteux. Je doute même d'un fruit, tout votre savoir-faire réside en mes éternuements.

Je m'en paye une de temps à autre, ça saute les mille dollars vous savez. Vous comprenez la valeur de mes besoins. Le sexe n'a pas de prix. L'argent n'a pas de prix. Le danger est ignoré, subi, oublié. Cela n'a pas de prix.

Le conservatisme tue. Je veux une société embrouillée, sexe et drogues légalisés. Comment voulez-vous contrôler ce qui n'a jamais été de votre contrôle? Voilà la solution à vos dépenses extravagantes et aux problèmes sociaux. Je serai le premier aux lignes à fumer et à jouir de votre industrie.

Encore plus de vol organisé, déclarez faillite, ainsi ceux qui souffriront seront ceux qui survivront de toute manière, ils n'auront qu'à déclarer faillite.

Élaborez les bases de votre nouveau système, l'anarchie est à nos portes. Destin apocalyptique de toute génération, passionnante chose qui demeure. Lisez-vous mon cœur? J'en doute. Voilà pourquoi les bas-fonds sont ma demeure. Ce que je veux? Doit-il y avoir une réponse? Je l'ignore.

XVIII

La non-abstraction de l'espace / temps

Comment exiger des autres ce que je ne peux offrir? Pourquoi, à défaut de m'accorder des choses, dois-je vous en accorder? Serait-ce encore une question de mérite?

Rien n'est plus abstrait que le temps et l'espace. Néanmoins je vais mourir

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sans avoir respiré une seule fois, avec l'espoir déçu de parcourir les vingt-quatre fuseaux horaires de la planète. N'est-ce pas vous dire clairement que je crois que la Terre est sphérique? Cette idée, à elle seule, embarrasse votre semaine de travail. Car, s'il se trouve des choses plus concrètes que votre accomplissement hebdomadaire, vous les oubliez volontiers.

Certains se permettent des remarques sur le temps. Est-ce à dire qu'ils croient le processus inconscient? Réveillez-vous, la critique n'est pas ouverte sur un cheminement pleinement conscient. Je sais que je vais mourir tôt. Je sais l'influence que vous aurez sur cette destinée. Je répète sans cesse les mêmes choses, cette quête du temps et de l'espace. M'accuser de remplir ma tâche incorrectement, c'est abuser la collectivité.

Voyez, la volonté s'envole comme le temps, et la vie ressemble à ce cheminement où, pour franchir un kilomètre, il faut cinq heures. Cela est-il trop abstrait?

XIX

Cette capacité d'invention

Je me surprends de voir certains se surpasser pour découvrir ces choses que je ne comprendrai jamais. Cette façon d'enchaîner les événements, qui un coup assimilée, devient la pensée générale. Faut croire, à force de regarder les étoiles, on finit par apercevoir la vie. Et si la vie elle-même était une invention?

Certains paradigmes sont pourtant fort troublants. L'ingénieur invente le robot, le biologiste invente l'humain. L'auteur de science-fiction règle le sort du robot, le philosophe celui de l'humain. La machine et l'humain sont identiques, sauf que la machine dévie moins facilement de ses objectifs, est plus performante et est pourvue d'une mémoire infaillible. Ironie du sort, celui qui crée le cerveau du robot, c'est ce

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certain qui s'est surpassé. Malheur pour les humains, l'intelligence demeure un mystère. Mais le robot sait-il que son intelligence est le fruit de quelques humains? Et qui me dit que l'intelligence des humains n'est pas le fruit de quelques humains? Un auteur en parlait comme du fruit d'une machine. Ne serions-nous pas en train de signifier quelque chose?

Cette idée porte à réfléchir sur la condition des hommes. Si le programme qui compose notre intelligence peut être changé, j'opte pour une nouvelle version, en espérant qu'elle sera moins défaillante. Certains y ont déjà songé, ils pratiquaient le lavage de cerveau. C'était une idée séduisante, dont le but l'était peut-être un peu moins. Il faut pourtant vous changer en quelque chose de potable. À l'heure actuelle, vous vous croyez intelligent en observant l'évolution des sociétés. Je m'excuse, le produit d'un seul humain ne saurait être considéré tel le produit d'une collectivité. La physique, la chimie, les mathématiques, la philosophie, cela n'a rien à voir avec vous, au contraire, votre semaine de travail vous oblige à considérer des choses bien étroites et bien simples dans leur champ respectif.

Aussi bien dire que l'intelligence est à remettre en question. Plus particulièrement celle de la majorité. Sinon, comment les statistiques, aussi biaisées qu'elles le sont, pourraient être si précises avec la seule opinion d'une infime partie? Lisez votre journal, embarquez dans l'opinion que l'on daignera vous donner, mais ne venez surtout pas me dire ce que je dois faire, et comment je dois le faire.

XX

La Lucidité par l'alcool

J'ai fait souffrir une fille jadis en la laissant s'approcher, tomber en amour, puis en lui avouant que je ne l'aimais pas. Aucune justification possible, le mal est fait, je suis coupable. J'attends le jugement.

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Nous étions donc assis sur un banc près d'une autre rivière que celle dont je vous parle tout le temps. Elle a sorti une bouteille d'alcool de son sac en disant: «au point où j'en suis.» Elle y risquait sa vie d'ailleurs, sa santé ne lui permettait pas une telle boisson.

Depuis, lorsque je souffre, je sors une bouteille. Je bois ce soir car je souffre. J'ai bu jadis car je souffrais. Et demain je boirai encore, malgré vos pleurs. Me saouler, c'est parfois tout ce qu'il me reste. C'est cela que j'entends par une réalité qui devient si futile, qu'elle n'en vaut plus la peine. Lorsque mes mains tremblent, que je deviens incapable de penser à quoi que ce soit d'autre que mes problèmes, chaque aspiration conduit à une forte expiration prête à faire sortir les larmes, tout comme cette fille autrefois. Je la comprends, je l'approuve. Elle rend sa condition à un état autre que celui auquel elle a à faire face. Cela a été dit, les humains sont bien observateurs de par leur expérience si grande. Juger de ses actes maintenant, cela ne se peut faire qu'après.

Je sais quels actes concrets je vais poser pour venger mes inquiétudes. Si l'alcool parvenait à me faire oublier, oublier d'envenimer ma situation, mes regrets lui seraient déjà reconnaissants. Se prendre pour si important, prendre pour si importante n'importe laquelle petite action, que chaque acte que l'on pose doit se payer, punition ou récompense, et toujours en fonction des autres. J'ai tant souffert, ce temps ne finira jamais, et pourquoi devrait-il finir. Ah, si l'alcool pouvait tuer sur le coup...

XXI

Le Silence anarchique

Ouvrir une coquille, y découvrir une bibitte à pattes, le bonheur...

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XXII

La Destruction de la planète

Se peut-il que j'en arrive à souhaiter cette bombe atomique? Qu'elle n'épargne personne, là mon souhait. Pourquoi? Certains y verraient encore un mérite pour certaines couches sociales. La question demeure, où se situe la récompense? À la mort ou à la survie?

Joyeux Noël! Dieu est venu sur la Terre pour vous détruire. C'est là où le message prend tout son sens, là où vos modèles de paix s'estompent sous les accusations humaines. Voyez l'humanité, si vous pouvez l'entrevoir. Une planète de plus ou de moins, ce n'est pas le système solaire qui s'en plaindrait. Plus spécifiquement lorsque cette planète ne fait que se plaindre, comme moi d'ailleurs. Encore que, la vie selon votre définition, n'est-ce pas de faire passer le temps en reculant la mort? Je dis alors, pourquoi ne pas la souhaiter cette mort? Je n'en ai que faire de faire passer le temps.

Fraîche innocence, qui ne s'est jamais levée un matin pour apercevoir le soleil se lever. Et ça crie au désespoir. Il y a de quoi désespérer.

Ceux qui sont heureux aujourd'hui ne pourront comprendre mon état. Je leur dis donc d'attendre d'être à mon niveau. Il serait ridicule de se croire à l'abri de l'échec. Et l'échec ne pardonne pas, il efface toute trace de succès antérieur.

XXIII

L'Insomnie de l'aveugle

Demande-t-on à celui qui vit bien s'il désire changer les choses? Faut-il espérer que ceux qui ne souffrent pas voient la nécessité de changer les choses? Faut-il changer les choses parce qu'une minorité souffre? Maintenant, jusqu'où va cette

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minorité? Mais, doit-on changer les choses parce qu'une majorité souffre?

Les questions ne sont-elles pas des réponses. C'est ce que j'ai appris. Cela m'occupe des nuits entières, ces questions qui se répondent d'elles-mêmes. Le calvaire des damnés.

Il serait intéressant de définir ce qu'est un damné. Celui qui souffre de ne pas avoir sa place, et qui souffre encore lorsqu'il l'obtient. Aucun moyen proprement dit de s'en sortir. N'est-ce pas là l'âme des poètes? Heureusement je ne porte pas ce nom.

Parce que moi je sens la merde! Si je ne me retenais pas, je vous accuserais encore. Vous, je suppose que vous sentez l'absence de senteur. Cette injustice devrait-elle être tolérée? Peut-être sentez-vous les fleurs après tout, ce qui n'est pas pour me contenter. Si je souffre, il faut que l'humanité souffre aussi!

XXIV

Le Sacrifice de la vierge

L'immolation! L'heure du sacrifice! Cause de l'insomnie, ravageant les derniers espoirs d'un homme qui sait crier au suffrage de la masse!

Aucun pardon possible! L'attache, le feu, la mise à mort! C'est ce que l'on cherche, c'est ce que l'on a!