|
|
|
|
|
|
Imprimez et lisez ces pages à partir d'une des versions à télécharger :
Verts et Vers les Champs: Tous les Livres de RM: Les Applications:
Acrobat
Reader (PDF)
Acrobat Reader (PDF) (EXE)
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
Verts et Vers les Champs
suivi de les
Lettres de RM
et
Les Quatre Piliers
(La Voix de la Vérité)
Roland Michel Tremblay
44E The Grove, Isleworth, Middlesex, Londres, TW7 4JF, UK
Tél./Fax: +44 (0) 20 8847 5586 Mobile: +44 (0) 794 127 1010
|
|
|
| ||
|
|
- 1 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
|
Préface
Recherche de l'identité, construction de l'existence, ce manuscrit questionne les
valeurs actuelles de la société.
La Voix de la Vérité est la remise en question de l'être où,
à travers la misère, ces courtes histoires suggèrent cependant l'existence de la plénitude.
Verts et Vers les Champs
est le reflet de quelqu'un qui atteint le fond de toute chose.
C'est le besoin de croire qu'au-delà l'océan il existe quelque chose de grand sans
nécessairement y impliquer Dieu. Les Lettres de
R.M. est la révolte d'un jeune qui est rendu à l'âge
où il doit accepter le contrat social ou se suicider.
Les Quatre Piliers symbolisent la voix de
la vérité, une vérité que les auditeurs entendront, interpréteront, puis oublieront.
Pourtant cette nouvelle vérité façonnée deviendra l'essence de toute société.
Ainsi La Voix de la
Vérité est déjà les écrits bibliques, les livres religieux, les livres
de lois, la voix des autorités, des médias, de la littérature, puis de l'écrivain lui-même. Le
voilà confronté à autrui, à son passé, et doit tenter d'exprimer des opinions et sentiments.
L'ironie est que les voix de l'autorité se contredisent, parlent à tort et à travers, et dans le
cas présent, proviennent toutes de la même source, l'auteur. Comment donc faire la
justice dans tout cela? Contexte enlevé, référents partis, on a que les
conclusions-affirmations venues de nulle part. Quand bien même on aurait le contexte, comment pourrait-on
juger, interpréter les dires? Personne ne saura ce qui a vraiment été dit ainsi que les
interprétations possibles à ce qui a été dit.
Puisqu'il existe cette impossibilité de faire justice aux piliers, il devient alors
ardu d'analyser et de critiquer le contenu de certaines vérités. Et que penser des jugements
qui sont utilisés comme argument ou justification à des fins personnelles ou collectives?
Je pense aux courants religieux, idéologiques et politiques.
La Voix de la Vérité est une
réponse à toutes ces vérités qui nous sont tombées du ciel. |
|
|
| ||
|
|
- 2 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
VERTS ET VERS LES CHAMPS
Première partie
On va le vivre notre temps!
Aux temps anciens nous étions. Aujourd'hui nous ne sommes plus. Mais voyez
comment à grand-joie et à grand deuil Dinas de Lidan dit le veneur fut.
C'est à bord de la grande nef que Dinas de Lidan venait enfin de prendre son envol.
Il semblait jeune et désireux d'apprendre, dès lors on lui enseigna en peu de temps les arts
qui conviennent aux mariniers. Il apprit alors à manier les cordes des grandes voiles, le
grand gouvernail, les nuds appropriés aux cordes des mâts. Il vit même l'abordage d'une
nef ennemie. Bientôt les artifices des mariniers n'eurent plus aucun secret pour lui et c'est
à grand-joie que Dinas de Lidan fut présent lors de son apprentissage.
Très vite il dut démontrer ses talents. Dinas de Lidan travaillait avec
acharnement pour être à la hauteur. Chaque mouvement, chaque décision lui semblait d'un naturel
qui prévaut aux plus grands mariniers de la nef. À le voir si noble et si fier, preux et hardi,
tous louaient Dinas de Lidan pour ses capacités et ses aptitudes. C'est ainsi que Dinas de
Lidan fut partant.
Tandis qu'ils cinglaient vers et vers, tout en répétant les mêmes choses
routinières, bientôt notre homme en vint à s'insurger contre les mariniers. Le voilà maintenant
qui parle que ça ne va plus, qu'il n'en peut plus et que certaines actions n'ont aucun sens.
L'organisation et les ordres sont déplacés, non rationnels parfois. Il pousse l'audace à
lancer que l'on passe à côté des vraies valeurs lorsque nous ne cherchons qu'à démontrer
que l'on est le meilleur marinier, celui sans qui la nef ne saurait aller plus loin. Dinas de
Lidan en vint même à songer à quitter la nef pour aller vers une quelconque terre ou un
meilleur air. C'est alors qu'il comprit qu'il aimait les gens avec qui il naviguait, qu'eux aussi
l'estimaient, et que sa sécurité et sa survie n'étaient certes pas acquises sur un départ en
solitaire. Alors Dinas de Lidan devint dépendant. |
|
|
| ||
|
|
- 3 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
|
Dinas de Lidan s'est fait connaître. Maintenant, et de tous, c'est la reconnaissance.
On lui proposa dès lors de rester et de servir la nef. En n'oubliant pas d'y ajouter
l'étendue des conséquences d'une telle action, on lui raconta qu'il pourrait toujours partir si le
cur lui en disait. Aussi, pour autant que la nef avançait et qu'il serait à bord, on lui
promit certains avantages en échange de ses prouesses et de sa hardiesse. Or un jour, tout
comme jadis Dinas de Lidan prenait son envol, vint un nouveau veneur. Comme la noblesse de
son cur lui révélait toujours le parti le plus sage, Dinas de Lidan comprit que le nouveau
veneur avait des droits, tout comme lui-même autrefois arrivant sur la nef. Il devait par
conséquent lui enseigner ce qu'il avait appris. C'est ainsi que Dinas de Lidan vint qu'à ne
plus s'appartenir et qu'il devint redevable pour au moins cent ans.
Dinas de Lidan voudrait restructurer les choses à sa façon, selon sa propre vision.
Il voudrait partir seul sur l'océan voulant chanter la liberté! Mais Dinas de Lidan n'a pas
la liberté d'être puisqu'il est ce que l'on a bien voulu faire de lui, en l'occurrence un outil
digne de faire avancer la nef. Tout ce qu'il sait, tout ce qu'il a appris, tout ce qu'il est provient
de son apprentissage, et on appelle cela devenir sage. Il devient alors difficile, voire
même impossible, de penser différemment et de tenter de faire prendre conscience les autres
mariniers. Ainsi Dinas de Lidan n'est pas Dinas de Lidan et pourtant...
Dinas de Lidan va le vivre son temps. La nef va continuer d'avancer, avec son aide,
et le temps passera. Puis surviendra ce qui semble toujours paraître loin, mais vous lui
poserez la question, alors que c'est à raconter: le vieux Dinas de Lidan. Celui non
autonome, gênant la nef dans sa chevauchée à travers les vagues. On l'installera quelque part dans
le fond de la nef, un petit espace assigné, encore ici il devra se battre pour cette place,
prouver qu'il ne mérite pas qu'on le jette par-dessus bord, pas encore du moins, pour cause de
ses prouesses passées et sa hardiesse ayant aidé.
Ainsi Dinas de Lidan en viendra à se dire qu'il faut que la nef avance. Mais
pensera-t-il, la question n'est pas à savoir si l'on est, mais plutôt à savoir si la nef avance vraiment.
|
|
|
| ||
|
|
- 4 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
|
Georges le Bon Gars
Georges c't'un bon gars.
Chaque jour que le bon Dieu lui apporte, Georges va s'asseoir sur le banc d'un parc.
Il y reste des heures jusqu'à ce que la lune apparaisse, et aussitôt qu'elle se présente dans
le ciel étoilé, Georges l'observe quelque temps avant de repartir avec ses rêves.
Aujourd'hui encore le Seigneur lui obtint grâce et il eut la chance de s'asseoir sur
le banc. Comme à son habitude il y vit la misère des hommes. Il se convainquit dès lors
à nouveau que le monde dans lequel il vivait était faux. Et la lune restait sa seule
délivrance, un monde d'imagination où il avait loisir à voguer vers destinations sans nom.
Des attentes précises, le Georges, alors que ses rêves devraient se résumer à attendre.
Mais il savait écouter, prendre en considération, et ses rêves lui transmettaient des
messages sur ses anticipations. Les folies, comme ils les appelaient. Or, des passants passant,
il n'en attendait pas moins qu'ils fassent des folies. Un du moins, au moins un. Ce n'est
pas Georges qui oserait, non, alors l'espérance à la lune revenait, plus plausible en ce qui
concerne l'accès.
Joie, joie, atteindre la lune, une folie intéressante. Et il réentendait les paroles
de Dieu: «Lorsque l'homme atteindra la lune, c'est que la vie pourra s'éteindre.» Mais il
sait que celle-ci demeure impossible à atteindre, aussi, les folies sont impensables, dure
morale.
Georges c't'un bon gars. Les piliers l'écrasent, la rivière l'inonde, les champs
l'avalent et il attend encore les folies des passants. S'il espère, c'est donc qu'il y aurait une
possibilité? Oui, c'est donc qu'il y aurait une possibilité. Un peu de bonne volonté Georges,
l'agir, c'est ça qui te poussera vers les folies. Dieu, à s'enfoncer dans son banc, les passants
regardant, n'osant, où cela le conduira-t-il? Ses rêves lui démontrent une voie où le réel
devient futile. S'il ne prend garde, tout deviendra tellement futile, que les rêves n'y auront
plus leur place. C'est qu'alors la mort est proche, oui.
Georges le Bon Gars. Dans le fond il est probablement bien entouré. On l'aime
peut-être, sûrement, on lui laisse sa chance. Joie. Quel intérêt.
|
|
|
| ||
|
|
- 5 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
Seigneur, Georges, ouvre-toi les yeux, la Terre est ronde, regarde les gens, regarde
les champs, ils sont verts, la lune aussi, la lune. Tu veux pas aller t'acheter une belle
automobile, il y a une taverne pas loin; travailler à l'usine, il y a déjà eu quelques morts je
me souviens. Un dans la machine-là, un électrocuté, un déchiqueté... la lune est belle ce soir.
Ce jour c'est l'invitation. Quels beaux rêves. Tu veux pas aller t'acheter une belle
femme, aucune n'ose les folies, toi non plus. Tu peux bien être un bon gars, la lune t'écrasera.
Oh, comme c'est bien de se passionner de bridge, la passante s'y passionne également. Mais
il ne le saura jamais, et elle passe souvent. S'abaisser à appeler «parler à», «folie», mais
l'homme «s'abaisse à», chaque minute de sa vie, car rêver c'est espérer, et espérer, ça illusionne.
Georges, pourquoi vouloir atteindre la lune, ne sais-tu pas qu'elle est aussi plate
que la Terre? Dieu sait qu'elles ne sont pas rondes, Seigneur non, elles ne sont pas rondes.
Dès lors, continue d'espérer, et souhaite ne jamais l'atteindre cette lune.
Pauvre Georges, tu vas mourir sur ton banc.
Georges aurait pu être un bon gars.
La lune est belle ce soir.
Un Édifice sur la Lune
Lorsque Georges n'en peut plus, il va se promener sur le pont en arrière de son édifice.
Et si Dieu le veut toujours, il peut y remarquer une rivière d'eau stagnante, plutôt sale.
Georges sait apprécier ce beau décor, ce pont enjambant cette rivière. À la limite il
appréciera même les édifices autour. Dieu demande de se contenter de peu, et il a raison.
Heureusement Georges sait apprécier ce que Dieu lui offre, aussi, il ne cesse de dire merci et
d'espérer que jamais sa promenade ne lui soit interdite. Des jours on aurait l'impression, à
l'entendre, que voilà tout ce qu'il lui reste, la seule chose qui puisse encore le maintenir en vie.
En effet, sa peur la plus grande est de voir apparaître d'autres constructions sur ces
terrains vagues, y voir d'autres passants. C'est alors qu'il pose la question: «Seigneur, vous
ne sauriez m'enlever la seule chose qui soit encore belle ici. Combien de gens dans cette ville |
|
|
| ||
|
|
- 6 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
s'enferment dans cet édifice le jour, s'en vont dans l'autre le soir, comment
seraient-ils capables d'observer ce pont et ne pas désirer y rester jusqu'à la fin des temps?»
Certains jours Georges fait des cauchemars. Il se voit marchant sur le
chemin-petit conduisant à l'édifice plus loin. Il marche beaucoup plus rapidement. Il ne regarde plus
les terrains vagues, il regarde l'heure. Il ne pense plus à son pont, il réfléchit. À quoi?
Des choses complexes. Il en serait même difficile ici d'en exposer l'ensemble puisque
Georges demeure tout de même un ignorant. Si on le lui demandait, il répondrait
qu'aujourd'hui personne ne saurait apprendre chaque domaine composant une société. On se
spécialise dans une branche et l'arbre devient secondaire. On ne vit pas assez longtemps et il
faut savoir être fonctionnel à l'intérieur de la branche que l'on représente. «C'est ainsi
que fonctionnent les choses.» Mais si Georges ne voit pas la branche à côté, comment
verra-t-il la rivière, et l'arbre?
Certains jours Georges fait des cauchemars. Il se voit chaque jour en arrière
d'une fenêtre de l'édifice au bout du chemin-petit, il n'a plus le temps de penser à son pont, à
son terrain vague. Il se voit chaque soir en arrière d'une fenêtre de l'édifice plus près, il
a tellement de choses complexes-incomplètes à revoir qu'il n'a plus le temps de penser à
sa rivière stagnante. Les passants le traiteraient de paresseux s'il osait parler de ce qui
se passe entre les deux édifices. Un passant plus compréhensif lui dirait d'attendre qu'il
soit suffisamment vieux et près de la mort pour aller apprécier le chemin-petit. Mais
alors, Georges le Bon Gars s'imaginera qu'il ne vaut plus rien, que dans le fond, il n'a jamais
rien été. On l'a remplacé du jour au lendemain, peut-être même par un passant davantage
compétent. À y avoir consacré tout son temps, le long de sa vie durant, comment Georges
saura revenir à un état aussi stagnant que celui de la rivière? S'installera alors cette
impression d'inutilité. Dès lors, quelle dimension viendront prendre son pont, son terrain vague,
et l'arbre?
Certains jours Georges voudrait sauter dans la rivière. Semblerait que son but
n'est pas atteint. Ce sont les jours où le chemin-petit s'enfonce, disparaît pour vrai. Ce que
Dieu peut sembler loin alors, qu'il semble toujours avoir été loin. C'est que Georges travaille |
|
|
| ||
|
|
- 7 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
fort, il réfléchit beaucoup. Quelques échecs, quelques reproches, et le voilà prenant
plusieurs cafés, réfléchissant davantage aux situations de la veille. Bientôt il aura
besoin d'aide, et puis tant qu'à être à l'extrême, après quelques conditionnements notre
Georges aliéné pourra retourner derrière les fenêtres. C'est alors que Georges se met à rêver.
Il se voit sur son chemin-petit regardant autour, il s'envole au-dessus des édifices. Il
sait maintenant voir ce que Dieu lui offre vraiment. Il ne s'agit plus de se contenter de peu,
il s'agit de comprendre. L'homme n'est pas laissé à lui-même pour rien, c'est-à-dire bâtir
des édifices, veiller sur les édifices, au bon fonctionnement d'un système considéré en
évolution à mesure qu'il devient davantage complexe. Non. Parce qu'un jour l'arbre
s'écroulera, et les édifices aussi. Le but n'est pas non plus d'aller bâtir un édifice sur la lune, le
chemin-petit deviendrait alors le chemin-trop-grand, impossible d'accès pour notre Georges. Non.
Le but c'est de savoir apprécier le chemin-petit, le pont et la rivière. Alors peut-être
seulement l'arbre saura supporter les édifices.
Le Principe
L'Hilda la Dame, misérable femme. Les merveilleux clubs sandwichs, pour toute
une civilisation. C'est la joie et le bonheur lorsque l'on est née pour un petit pain. Quand
Julien était vivant, la vie facile et oui. Quatre enfants ou cinq, un nouveau dans ma vie, et je
fais les pizzas aussi. Pardon, je fais les voyages aussi. Quatre jours dans l'année où je respire
le nord ou le sud, et pourquoi pas l'ouest. Pauvres enfants, des non dignes à recevoir mes
clubs et à quel prix. Pauvres enfants, je pourrais être derrière le bureau là-bas. Je pourrais
être l'exécutive en chef, je pourrais être et je. Mais je et mes cinq enfants. Quand Julien
était vivant, facile la vie et pauvres enfants. Si peu la compréhension, je dois refaire ma vie.
L'injustice la plus flagrante et pourquoi. J'ai tant donné qu'aujourd'hui je veux vivre
pour moi. Vous êtes grands maintenant, sachez donc vous débrouiller, aimer, me laisser
espérer à la vie. Vous êtes grands maintenant, quel est ce besoin pour moi de faire vos clubs?
Je fume les cigarettes et ô sacrilège, je fais vos clubs pour fumer, alors que si je ne faisais
pas les clubs, je n'aurais pas ce besoin de fumer. Quand Julien vivait, ma vie belle et belle. J'ai |
|
|
| ||
|
|
- 8 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
besoin aussi, l'amour et tout, je suis encore désirable on m'a dit, je suis encore désirable.
Pas grâce à vous, enfants, et pourquoi. N'avez-vous pas compris que je cherchais à vivre?
Vous ne pouvez comprendre que je désire vivre? Je suis prête à inventer la liberté, je
suis prête à justifier ma liberté. Le contraire la liberté, la réalité et c'est le malheur. Je
me décompose davantage sur chacun de vos besoins. Je sais qu'on se fout de mes besoins,
je m'en fous. Je vais inventer la liberté moi. Que cette gigantesque responsabilité me
soit accordée, ô courage, ô volonté, j'ai une grande décision à prendre. Faire de ma vie le
plus grand échec et ne pas vivre pour un petit pain. Heureusement je ne me nourris pas que
de pain. Mais Julien est mort. Mais Julien mort... je suis encore, et je suis pour me
reprendre en main. À Dieu pauvres enfants! Chacun se suffit dans et puis dans et puis tant mieux
et peut-être pas vrai et je m'en fous et c'est pas vrai. Quel genre de société aurions-nous, il
est trop tard pour les trop-vieux-trop-tôt, et nous en sommes tous, surtout les jeunes.
Mieux vaut rechercher ailleurs ou m'isoler, partir et l'aventure. Faire de ma vie le plus
grand échec, sans les regrets, et inventer la liberté. Des contradictions, et où? Où résident
les contradictions lorsque l'on possède chance à interpréter la vie comme l'on veut. Où
résident les contradictions lorsque l'on peut interpréter. Où résident les contradictions.
Je vous parle aujourd'hui et pourquoi. Pire, vous m'écoutez aujourd'hui et pourquoi.
Vous n'avez pas compris que vous cherchiez à vivre? Vous ne pouvez comprendre que vous
désirez vivre? Vivement refoulée au plus profond de vos idées, vous découvrez une
certaine liberté à faire des clubs sandwichs, à en arriver crevé le soir pour recommencer le
lendemain. Je vous admire et sincèrement. Je vous parle aujourd'hui et pourquoi. J'ai
une grande décision à prendre, et on en revient toujours. Lorsque l'on est née pour un petit
pain, c'est la joie et le bonheur. Pour toute une civilisation, les merveilleux clubs sandwichs.
Misérable femme, l'Hilda la Dame.
Digne d'être digne
Oh, c'est marcher vers la gloire ou être ivre, que d'être digne d'être un être digne,
de vivre, dans le miroir de sa société. Être reconnu, de la discipline vraie. Mais quelle
force cette humilité, on vous doit la reconnaissance. Quel prestige, on vous doit le respect. Mais |
|
|
|
- 9 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
jusqu'à quel point cette humilité peut-elle être vraie?
Est-on digne d'être digne.
Madame Hilda existait vers. C'est pour trouver, à savoir, est-elle digne de
marcher dans votre quartier? Ah, vous voyez, aujourd'hui on l'écoute, hier on pouvait constater.
C'est être bien que de marcher sur la rue lorsque les gens demeurent indifférents, mais
est-elle à la hauteur pour y marcher? Elle avance lentement, sur la relativement simple rue,
à laquelle vous auriez aisément cru, qu'elle ne logeait aucune personne de suffisamment
noble pour vivre dans votre société. Mais voilà, Madame Hilda reste paralysée, incapable
d'y faire son pas, elle croit qu'on la ridiculisera. Vous verrez un jour, elle s'y promènera
fort mieux, et non pas de votre considération. Mais pourtant, si ces gens voyaient les
aptitudes et les capacités de l'Hilda la Dame, ils l'admireraient peut-être oui, elle en serait même
fière oui. Mais il y aura toujours des gens pour la rejeter, elle-même en rejettera plusieurs.
Une chose à critiquer, c'est le manque de franchise. Hilda court longtemps en
arrière des passants avant de comprendre qu'ils se fichent d'elle. Faut-il croire que cette
considération est si importante, au diable les passants, d'autres passants viendront et ce sera la
même histoire. Au diable les passants, à nous prendre pour des poires, de toute façon, l'on
pourra dire qu'ils ne manqueront pas grand-chose à ne point nous parler. Tous les gens se
ressemblent, ils supposent, ils ont du vécu peut-être, mais dans l'essence, ils racontent tous
la même chose.
Faut figurer, êtes-vous digne d'entrer dans le Royaume de Dieu? Vous, croyant,
qui priez fort en temps opportun, peu importe votre religion, s'il faut regarder le miroir,
on pourra dire ce matin-ci jusqu'à quel point vous êtes grand. La belle image projetée
apporte souvent cette belle fragilité, belle reconnaissance pour le merveilleux portrait que
voici, mais les réalités existent.
Un humain ne vaut pas grand-chose si l'on considère les guerres, on en a fait
disparaître plusieurs millions au cours des siècles. De surcroît, ils ne sont pas irremplaçables.
Si tout va trop bien dans votre vie, ou si vous souffrez vous-même d'une dignité non
suffisante à vos yeux, pourquoi alors vous croire digne de marcher sur la rue et même d'avoir
l'audace de ridiculiser ou de ne pas considérer les autres passants? Mais au fond, si vous y trouvez |
|
|
| ||
|
|
- 10 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
une motivation. Ô l'Hilda la Dame, ils sont drôles ces gens.
Pourquoi donc faut-il avoir les regards tournés vers le passé, mérites, récompenses,
ou vers le reflet d'un futur toujours plus beau, plus grand? Allez donc chercher le froid
des relations humaines, des amitiés sans cesse à reconstruire, ou à détruire. Le silence
devient-il davantage intéressant? Pauvre Hilda, c'est l'ennui qui te fait te cloîtrer ainsi au haut
de ta tour? Un vide plus noir que de se lamenter en collectivité. Mais un jour Hilda ce
sera l'éveil, on découvrira les champs. Mais à continuer sur le chemin de la dignité, la
mort viendra chercher, cette idée aussi de vivre en société.
Alors que faut-il croire pour ces valeurs, celui qui dira lesquelles sont justes?
Puisque enfin, l'Hilda devra bien le vivre son temps. Et que lui apporterait toutes ses idées,
ses valeurs différentes, sinon l'incompréhension et le mépris, le malheur et la tristesse? Il
n'y aura toujours qu'elle pour se demander à chaque fois ce qu'elle fait ici.
On ne nous a pas tout dit
Oui, c'est lui, c'est le Colonel! Son vaisseau avance les champs, et sa suite, elle
chante l'hirondelle. C'est bien connu, c'est le colonel qui sait si le printemps mange la porte de
ces champs. Il saura dire aussi les pires choses sur vos résultats, l'ère nouvelle commence
et les champs n'ont qu'un besoin, celui de raconter. Les foules creusent la Terre, et c'est
lui, c'est le Colonel qui annonce les pertes, les gains, les découvertes: «Nous avançons les
champs, nous terminerons la fin et nous atteindrons le centre!» Les autres foules qui traînent
les bâtiments s'insurgent oui: «Oui aux vaches! Oui aux vers! Oui au vert!» Oui, c'est le
Colonel qui survit, sa suite, elle chante: «C'est le centre qui raconte, c'est le centre qui agit,
la survivance, c'est le centre!» Mais les vaches, celles mêmes diffusant la triste vérité,
elles beuglent: «On veut les foins! On ne veut la faim! On ne veut la fin!» On ne peut dire,
c'est le Colonel qui détient, et sa suite, elle maintient: «Les besoins ne sont pas aux foins,
les champs ont fait leur temps, l'ancre, elle est pour le centre!» Les vers étouffant leurs
cris, c'est la crise: «Au diable la nouvelle ère! Vive l'air! Vive la Terre!» Mais vive et vive le |
|
|
|
- 11 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
Colonel, c'est lui qui ordonne, c'est la voix, et elle écrase: «Accusez plutôt à la sécheresse!
Soupçonnez pas nos richesses! Actionnez le complexe!» Mais les foins, ils s'arrachent:
«Liberté, solidarité, pitié...» Mais c'est le Colonel qui dirige, son vaisseau avance les champs
et le centre chantera bientôt nôtres. Et il en sera bien ainsi, car il est vrai que le centre de
la Terre chante la nouvelle ère.
La Nouvelle Ère
Mais. Alice, et c'est le retour au calme. Elle se sait seule dans la maison, elle dort son lit
et, bien alerte au moindre bruit. Elle n'appartient plus, et le silence du fond la chambre
inquiète et apporte ce qu'elle ne souhaite. «Toc!» C'est le bruit distinct clair net d'un verre
sur le comptoir la cuisine.
Alice et c'est le retour à l'horreur elle se sait seule dans la maison elle tente l'effort
irréalisable de barrer la porte mais c'est dans le tard tout tourne déjà la tête d'Alice et la
chambre cette chambre elle pleure pleure et pleure les larmes sur ces joues elle
soupçonne chaque objet désirant sa destruction elle sent présence une chose contre laquelle elle
ne peut lutter elle entend bouger en arrière la porte on tente avec terrible fracas d'enfoncer
ô Seigneur il est temps venu la prière Dieu sauvera peut-être de l'horreur d'être si loin
le réel mais c'est pire et pire encore plus près une lumière clignote ses yeux sans l'arrêt
la porte va s'ouvrir elle pleure elle pleure Dieu mourir Dieu pitié que ça finisse j'ai mal
mal et mal mon ventre mon cur si loin ramenez-moi la tranquillité apportez-moi la
simplicité une fleur oubliez le temps et la seconde près et je retrouverai le chemin et la porte
finit par s'ouvrir et derrière ce n'est pas l'inconnu qui se présente mais bien Dieu en chair
et en os alors Alice pleure de plus belle
L'Évolution
Hier je me suis perdu dans un corridor. Je suppose qu'il y avait trois portes, mais
vous savez comme moi que rien n'est logique et certain, aussi, ça ne vaut rien de réfléchir.
|
|
|
| ||
|
|
- 12 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
|
Vous savez aussi qu'on ne se donne pas la peine de vérifier, bref, ça ne m'intéresse pas. Une horloge aussi, et trois lumières. Peut-être y aurait-il trois portes alors, je ne sais, je ne crois pas aux coïncidences. Une porte ça peut être ouvert, ça peut être fermé, et logiquement, ça peut prendre une infinie de possibilités entre l'ouvert et le fermé. Ça me ressemble beaucoup. Je suis probablement situé dans le temps, une horloge existe, je pense. Si je raconte mes sentiments, hier n'existe plus. Il existe peut-être en vague souvenir. Ce qui de positif m'a frappé, se rivera à une porte fermée. Ce qui de négatif m'a frappé, je me le rappellerai la porte grande ouverte. Hier n'existe plus, pourtant le corridor est toujours là. Je n'ai pas bougé et c'est maintenant aujourd'hui. Aujourd'hui je me suis perdu dans un corridor. Aujourd'hui je me suis perdu à imaginer ce que ces trois portes me présenteraient si je les ouvrais. Une poubelle tout à côté de moi, tout se passe à l'intérieur. Hier je ne l'avais pas remarquée, aujourd'hui c'est ma raison de vivre. Je m'y cache en attendant d'ouvrir les portes. Je regarde ce corridor du fond ma poubelle, j'y vois hier. Dès le temps où la conscience m'est prise à découvrir l'univers, l'habitude et mes souvenirs composent mon présent. Et je pense à demain, tiraillé entre cette stupide horloge et mes idées. C'est sa faute s'il y a un hier et un demain, car le corridor demeure toujours le même, rien ne change. Elle n'est que pour signifier que. Elle me signifie que. Ça me tue. Demain je vais la détruire. Demain je vais sortir de ma poubelle. Demain je vais explorer mon corridor afin de savoir si l'univers est cohérent. Demain je vais constater si à chaque lumière correspond une porte. Demain j'ouvrirai une porte. Laquelle et pourquoi. Pour y découvrir quoi. Et ça me tue. Demain je vais faire des folies. Demain j'arracherai les ampoules électriques pour ainsi fermer les lumières, alors je ferai du changement dans ma vie. Hier j'ai commencé à gruger le tapis affreux qui orne le corridor. Aujourd'hui j'observe mon coin de tapis grugé ornant mon corridor. Demain je vais regretter cette déviance. Lorsque je marcherai sur mon tapis, dois-je marcher en longueur ou en largeur, droit ou croche, logiquement ou pas? Je dois prendre ma décision maintenant, avant que l'horloge ne me fasse savoir que je suis demain. Alors je n'aurai plus le choix, je devrai agir. Hier je détestais le silence de ce corridor. Hier les lumières n'éclairaient pas suffisamment. Hier les portes demeuraient fermées, et nulle envie de les voir ouvertes. Il existe une série de proverbes pour vous faire comprendre l'ambiguïté de mes sentiments: |
|
|
| ||
|
|
- 13 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
«L'avenir appartient à ceux qui sortent de leur poubelle», «Ce ne sont pas ceux qui disent «horloge horloge» qui conserveront leur poubelle.» Combien intéressant de s'inventer ses propres proverbes. Aujourd'hui j'aime ce silence du fond ma poubelle ornant mon corridor. Je pense constamment à demain. Je pense à entrouvrir les portes. Je pense à arracher les ampoules électriques. J'estime qu'un peu de changement ne me ferait pas de tort. Mais demain pourrait être un changement trop radical. Ces portes grandes ouvertes ou fermées complètement, ou peut-être devrais-je les ouvrir à la grandeur de mes idées? Demain mon silence me sera essentiel, mon coin de tapis grugé m'appartiendra car je m'y reconnais déjà. Ce sera un sentiment d'appartenance très grand et je saurai justifier mes droits. Ma poubelle m'appartient désormais, personne n'est venu la revendiquer. Mon univers m'appartient aussi. Si ce n'était de cette horloge, j'oublierais ces portes, et que deviendraient mes idées alors. Et si j'ouvrais les portes. Et si l'horloge n'existait plus, les portes existeraient encore. Tout simplement il n'y aurait plus de demain et j'aurais tout le loisir d'imaginer indéfiniment ce que ces portes me présenteraient si je les ouvrais. Ce serait le bonheur, avoir le temps d'espérer, d'imaginer. Si je détruisais l'horloge, demain ne viendrait pas, hier n'existerait plus, je vivrais aujourd'hui, pour aujourd'hui. Je prends alors ma poubelle, je détruis l'horloge, et... je marche le corridor. J'observe les lumières une à une. J'observe le tapis, constate qu'il est grugé. Je considère les portes une à une. J'ouvre la porte. J'entre. Je referme la porte. Je m'assois par terre, un corridor s'offre à moi. Un tapis affreux, une horloge, trois ou quatre portes, trois lumières, peut-être y aurait-il trois portes alors, je ne sais, mais il existe ces coïncidences effrayantes. Logiquement, une porte ça peut être soit ouvert, soit fermé. Ça me ressemble beaucoup. Une horloge existe, mais ça ne veut rien dire, je pense. Si je racontais mes sentiments d'hier, mes souvenirs sont ce qu'il y a de plus vrai dans ma vie. Le positif qui m'a frappé, je me le rappelle la porte grande ouverte. Le négatif qui m'a frappé, se rive à une porte fermée. Hier le corridor me semblait différent. Je n'ai pas bougé et c'est maintenant aujourd'hui. Hier je me suis perdu dans un corridor. Aujourd'hui je me suis perdu à imaginer ce que ces trois portes me présenteront lorsque je les ouvrirai. Une poubelle tout à côté de moi, tout se passe à l'intérieur. Hier je ne l'avais pas remarquée, |
|
|
| ||
|
|
- 14 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
aujourd'hui c'est ma raison de vivre. Je m'y cache en attendant d'ouvrir les portes. Je regarde ce corridor du fond ma poubelle, j'y vois demain. Dès le temps où la conscience m'est prise à découvrir mon univers, l'habitude et mes souvenirs composent mon présent. Et je pense à demain, tiraillé par mes idées. D'hier à demain, le corridor prend une tournure toujours plus effrayante, toujours plus impressionnante. Il est pour signifier que. Il me signifie que. Ça me motive. Demain je vais le détruire. Demain je vais sortir de ma poubelle. Demain je vais explorer mon corridor afin de savoir si mon univers est cohérent. Demain je vais constater si à chaque lumière correspond une porte. Demain j'ouvrirai une porte pour y découvrir quelque chose de merveilleux, une délivrance. Ça me motive. Demain je vais faire des folies. Demain j'arracherai les ampoules électriques pour ainsi fermer les lumières, alors je ferai du changement dans ma vie. Hier j'ai commencé à gruger le tapis affreux qui orne le corridor. Aujourd'hui j'observe mon coin de tapis grugé ornant mon corridor. Demain je grugerai ce qui reste du tapis. Lorsque je marcherai sur mon tapis, je marcherai en longueur, droit et logiquement. C'est une décision qui va de soi lorsque l'on doit agir. Hier je détestais le silence de ce corridor. Hier les lumières n'éclairaient pas suffisamment. Hier les portes demeuraient fermées, et nulle envie de les voir fermées trop longtemps. Il existe une série de proverbes pour vous faire comprendre toute la passion qui me porte vers ces portes: «L'avenir appartient à ceux qui ouvrent les portes», «Ce ne sont pas ceux qui disent «ouvre-toi» qui découvriront leur finalité.» Combien intéressant de s'inventer ses propres proverbes. Aujourd'hui j'aime ce silence du fond ma poubelle ornant mon corridor. Je pense constamment à demain. Je pense à ouvrir les portes. Je pense à arracher les ampoules électriques. J'estime qu'un peu de changement ne ferait pas de tort. Demain sera un grand jour. Ces portes grandes ouvertes, ou fermées complètement. Demain mon silence me sera essentiel, mon tapis grugé m'appartiendra car je m'y reconnais déjà. Ce sera un sentiment d'appartenance très grand, et je saurai justifier mes droits. Ah et puis, je vis aujourd'hui pour aujourd'hui, je me prépare à découvrir un nouvel univers, il deviendra mien, ce sera le bonheur, alors j'ouvre la porte... un corridor s'offre à moi, un tapis affreux, une horloge, trois ou quatre portes. Trois lumières aussi, alors se présentent trois portes... |
|
|
| ||
|
|
- 15 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
Les Lettres de Concert
Ce soir, c'est soir de concert!
C'est le virtuose et grand pianiste Henri le Vieux qui est à l'honneur, et je me
demande si ce programme, que je juge être un événement important, peut primer sur mes
responsabilités. Mais cette question est vite reléguée à ma poche gauche, et je m'habille emporté
car ce soir, c'est soir de concert.
Je sors la rue, je marche l'édifice, j'entre le salon et je m'assois une place bien
située d'où aucune note ne pourra m'échapper. À peine le temps d'entrevoir la petite vieille
s'asseyant le siège à côté, siège moins bien situé que le mien, et déjà les lumières
s'éteignent alors que le chef d'orchestre lance le signal. C'est le néant, aucun ne parle, personne
respire. Tous sont pendus aux premières notes jouées par l'Henri, notes reprises par les
divers instruments composant le plateau bien éclairé.
Nous y voici. La musique vogue le salon, semble enrober chaque personne,
chaque siège, et on comprend combien complexes ces notes arrivent à se jouer. Aucune fausse
note, et ce, avec la délicatesse ou la violence exigée. Il suffit de fermer les yeux pour atteindre
un nouvel état, un monde où les images arrivent avec cette impression qu'un degré plus
haut, et la Terre n'y serait plus. Je suis là à tenter de comprendre cet univers, découvrir
cette satisfaction, ce bien être. Ah! il est fameux cet Henri! Je ne regrette pas cette soirée.
Ces notes me soulèvent, m'emportent, j'en oublie même la petite vieille entrevue, et je vis.
Mais! Toujours ce «mais», lorsqu'il n'existera plus, je suppose une vie meilleure.
Or donc, je disais mais, un détail embarrassant vient interrompre ma soirée. Une lettre
dans ma poche droite, à moi adressée, de la part du premier ministre du pays. Ah, par tous
les Saints, il me met en demeure, m'oblige, et voici:
«Monsieur, il me semble que vous négligez vos devoirs. Alors, vous préférez assister
à des concerts. Cette conduite ne saurait être tolérée, et sera considérée pour toute action ou |
|
|
| ||
|
|
- 16 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
décision future vous concernant directement ou indirectement. Vous comprendrez que
les bonnes places dans la société sont octroyées aux méritants. Vous déciderez bien de
l'endroit où vous voudrez finir vos jours, avec les conditions et les avantages que l'on
daignera vous accorder. Vous avez des droits, mais...»
Je dis, par tous les Saints, ce soir, c'est soir de concert! Henri entame un
nouveau mouvement et ma place demeure la meilleure. Je vois la petite vieille qui me jalouse et
je m'enhardis d'entendre ces notes. Une musique impressionnante, une atmosphère
saisissante, les frissons viennent chercher tout bon mélomane, même les faux. Je ne
regrette pas, non, tout est bien ce soir. Mais! Toutes passions, toutes lumières disparaissent.
Une lettre dans ma poche droite, à moi adressée, c'est le pape qui désire m'en redire. Ah
diable, et je lis:
«Cher fidèle, loin de moi l'idée de devenir moraliste, croyez-le, mais vous négligez
vos devoirs moraux. Une bonne place dans un monde meilleur ne vous tombera pas du ciel.
Nous réservons cela aux pénitents, aux méritants. Nous n'accomplissons pas de
grandes choses à partir de rien, seul Dieu en a le pouvoir. Aller aux concerts ne vous
apportera qu'amères déceptions, et vous ne pourrez justifier cet abandon. Souvenez-vous, les
deuxièmes avertissements n'existent pas.»
Ah diable! Ce soir, c'est soir de concert! Pitié! Je demande grâce, mes intérêts
sont ailleurs, mon inspiration, ma motivation, je puise à même les notes d'Henri! La panique
me prend alors, les sons ne parviennent plus à mes oreilles, la petite vieille semble en jouir,
j'ai tant de choses à faire, de tâches à accomplir, et tout s'écroule. Je ne digère plus, toutes
ces obligations, je tremble. Mais pas ce soir, s'il vous plaît, à tous, je demande le pardon, je
vous en prie, ce soir, c'est soir de concert! Mais! Voilà une nouvelle lettre, dans ma poche
droite, c'est Dieu lui-même. Il dit:
«Cher enfant, je te comprends.»
Je suis maintenant déconcerté.
Je ne comprends plus.
Je quitte le salon.
|
|
|
| ||
|
|
- 17 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
Faites la Guerre!
Salut Luc le Chanceux.
Pourquoi me donnes-tu ce nom?
Tu le mérites.
Qu'est-ce que tu en sais?
Je sais beaucoup de choses.
Qu'est-ce qu'une plante verte, manquant d'eau depuis un mois, serait en mesure de
m'apprendre. Quoi d'autres sais-tu?
La guerre s'en vient.
Mmh, cela devient une conversation d'intérêt. Maintenant tu m'excuseras, j'ai autre
chose à penser.
J'ai connu des gens qui prenaient le temps de me parler, de prendre soin de moi.
Sincèrement je crois qu'on ne devrait pas agir sans consulter sa plante.
Je déteste les surnoms, spécialement lorsqu'ils ne veulent rien dire.
Les choses qui ne veulent rien dire ont souvent une grande portée. J'ai connu Luc
le Chanceux, il s'asseyait sur ton siège. Tu vois ce bureau, il n'a pas de fenêtre, il s'en
moquait. Jamais il ne me parlait, mais au téléphone, il en disait trop. Ses dossiers, les
autres dossiers, lui et son ordinateur roulaient l'usine mieux que bien. Il n'avait pas le temps
pour mon eau, heureusement je ne me nourris pas que d'eau.
Une plante verte sur ce coin de bureau... j'imagine que le vieux cadre sur le mur est
arrivé bien avant toi.
Oui, mais je verrai peut-être son départ, et je l'aurai suffisamment observé pour te
raconter son histoire.
Oui, mais je te verrai peut-être crever de soif aussi, et tu observeras qui est le maître.
Joe le Maître parlait ainsi lorsqu'il y avait chance qu'il ait pu avoir tort. C'était avant
la guerre.
Quelle guerre?
|
|
|
| ||
|
|
- 18 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
Avant la guerre il vivait pour son travail. Présent avant les heures, après, les jours
de congés, tous croyaient qu'il fuyait sa vie. Mais il aimait son emploi, ce qui le rendait
savamment utile. Sans s'en rendre compte il devenait aussi essentiel que ces machines
exigeantes. Il n'y avait pas meilleur que lui pour comprendre ces systèmes. Lorsqu'une
courroie brisait il faisait pratiquement l'ouvrage de sept hommes en quinze fois moins de temps.
Avec son sens pratique, rien n'était problème pour Luc le Chanceux, toujours une
solution pas loin, c'était sa force. Il meublait l'usine, se taisait et demeurait à sa place. Il
prenait plaisir à regarder les gens tenter de se débrouiller, ensuite et en silence, très
humblement, il réglait tout. On ne l'admirait que davantage.
Je croyais que tu parlais de Joe le Maître.
Après la guerre c'est l'usine qu'il fuyait. Lorsque les grosses roues ne tournaient plus,
Joe le Maître demeurait introuvable. Il manquait des jours entiers, ses congés ne
semblaient suffirent. Avec son ancienneté et son expérience, il n'acceptait aucune remarque à
son sujet. Il ne se plaisait plus à voir les gens tenter de se débrouiller. Il tassait les ouvriers,
il ne voulait plus perdre de temps. Le vieux cadre sur le mur de son bureau, qu'il
n'avait jamais remarqué avant la guerre, devenait une passion. Tout ceci conduit évidemment à
la question suivante: que s'est-il passé à la guerre?
J'imagine que lorsqu'elles manquent d'eau les plantes vertes déblatèrent mieux.
Une plante ça observe pendant que les autres agissent. Lorsqu'ils réfléchissent, elle
peut déjà entrevoir les différentes possibilités, sentir les décisions. Mais la question demeure:
que s'est-il passé à la guerre?
Pauvre Luc le Chanceux, il a changé pour le pire.
Crois-tu?
C'est l'évidence même.
Vraiment?
Voyons, pas besoin d'être une verte pour comprendre que la guerre eut un effet
désastreux sur Luc le Chanceux.
Luc le Chanceux s'est levé un matin pour tenter de comprendre sa motivation. Il
s'est remis en question et s'est découvert une nouvelle raison. Des décisions plus justes, aidant |
|
|
| ||
|
|
- 19 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
ses intérêts. Un plein contrôle de soi. Il a restructuré son temps, changé sa situation,
s'est ouvert à la vie. Aujourd'hui Luc le Chanceux est devenu Joe le Maître. Allons Luc le
Chanceux, laisse-moi crever si ça te chante, somme toute, je ne suis qu'une plante verte
qui végète en société.
Veux-tu de l'eau?
Mmh, la guerre s'en vient.
Les Vagants chantent
Les Vagants chantent:
En quoi consiste votre sécurité, de quoi devriez-vous vous débarrasser?
Les Partants tentent:
Nos emplois pour nos toits, nos tiroirs c'est notre histoire. Et pour nous convaincre
de l'abandon, faudra feindre une bonne argumentation.
À savoir, qu'y a-t-il dans vos tiroirs?
Des souvenirs, pour nous souvenir.
Pourquoi ces emplois pour des toits, pour s'émouvoir de temps en temps sur des
souvenirs? Esclaves de vos tiroirs. Que voilà l'entrave à la vraie liberté, alors que les
Vagants vont viennent voguent foncent vers et vers les champs verts de l'horizon, ces
clercs-nomades vendant leurs idées:
Écoutez-les ces prophètes de malheurs, je prévois des tempêtes, des tornades! Je
prévois des tremblements de terres, des glissements de terrains!
Écoutez-les ces prophètes de malheurs, ils chantent la déraison, de par la
destruction de vos maisons, et ce sera là le bonheur, le vrai!
Il faut croire les clercs-nomades, ils disent vrai. Faut jeter ces tiroirs, abandonner
ces fenêtres, sortir les mains vides, se diriger verts.
Quelle invitation! S'agit d'ouvrir ses tiroirs pour voir combien difficile demeure
l'abandon. |
|
|
| ||
|
|
- 20 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
Quelle invitation! Clés, cartes, argent, passeport, mouchoirs, vêtements, savoir
devenir libre!
Quelle invitation! Obligations, emploi, famille, sécurité, savoir devenir libre!
Nous, clercs-nomades venus de l'horizon, vendons nos idées de village en village, et
nos idées, les voici:
Voilà une voiture au centre de la rivière, voilà un champ là rempli de pommes de terre
Ce jour-là il y eut deux moyens de vivre la déraison
Une déraison de par une marche d'enchantement au fond du champ là rempli de
pommes de terre
Et la dépression de par un noyé pourtant inconnu au fond de la rivière
Nous savons qu'un noyé c'est la dépression, davantage s'il est connu. Mais faut-il
se tracasser avec toutes les actions de ces gens, alors que la relation avec soi reste relative?
Laissez vos souvenirs dans vos tiroirs, et quittez-les ces tiroirs.
Et nos idées les voici:
Voilà votre fauteuil bien centré sur la fenêtre, voilà un champ là représentant le
tout de l'être
Ce jour-là il y eut deux moyens de vivre la déraison
Une déraison d'enchantement sur le champ
Et une dépression dans votre salon
Les Vagants vont viennent voguent foncent vers et vers les champs verts de
l'horizon, et c'est ici que ça commence vraiment. Ils arpentent mers et mondes pour venir
raconter l'ode aux nomades que vous pourriez être. Et ce Vagant, celui-ci, s'avance:
La voilà votre fameuse sécurité. Elle offre un toit là pour l'éternité. Une éternité de
cent ans, à moins que vous ne mourriez avant. Pourquoi ne pas troquer cette maison
contre l'insécurité? Celle-ci saura redonner un sens à votre vie. Vous mourrez devant ces
fenêtres, et plus rapidement que votre voisine d'en face déjà dans la soixantaine. Cessez
d'admirer les aventureux, vous n'êtes pas plus innocents qu'eux. Vous et votre belle qualité de
vie, vous rend-t-elle plus heureux pour autant? Lorsque nous n'avons pas les deux pieds
dans les champs, il est impossible de savoir les apprécier justement. Le cercle éclairant la mer
du jour est commun à toute la race humaine, ne devriez-vous pas vous sentir à l'aise n'importe |
|
|
|
- 21 - |
|
|
|
|
|
|
|
|
| ||
|
|
Roland Michel Tremblay Verts et Vers les Champs www.anarchistecouronne.com |
|
|
| ||
|
|
où? Un drapeau ne demeurera toujours qu'un drapeau, n'en faites pas le sens de
votre existence.
Les Partants des réalités tentent:
Là-bas, c'est si différent de chez nous!
Votre naissance implique-t-elle votre chez vous. Vos origines et celles de vos
ancêtres implique-t-elle que le champ là mérite le qualificatif de chez vous. Et là-bas où c'est
si différent, est-ce si différent? Dès leur naissance tous les humains se nourrissent et
vieillissent. Les moyens utilisés ne mènent-ils tous pas au même résultat. Tous les humains
sont malheureux un jour ou l'autre, pourquoi le sont-ils. S'ils savaient qu'à s'éloigner de
leur sécurité ils s'ouvriraient enfin les yeux. Faites-vous partie des humains qui sont plus
souvent malheureux qu'heureux? Faites-vous partie des humains qui ridiculisent ceux
qui semblent heureux? Les enviez-vous, croyez-vous le bonheur improbable?
Et pour entrevoir les Partants se pressant devant le Vagant, remplis d'espoir,
demandant:
Comment atteindre les champs?
Mais vous êtes sourds! Abandonnez votre sécurité! Il y a des champs au bout du
chemin où se trouve votre toit. Ils sont verts, ils n'attendent que vous, et vous seul, pour
porter assistance à votre désespoir!
Mais, sommes-nous si désespérés?
Vivez votre vie, vivez votre avant-mort, vivez les champs, alors vous comprendrez.
Abandonner notre sécurité, peut-être. Mais qu'adviendra-t-il de notre belle qualité
de vie?
Vous ne connaissez pas la chanson? Bien des choses dans votre vie devraient
devenir secondaires. Fini ces tiroirs et ces réfrigérateurs, vous n'en aurez que deux avantages:
pas besoin de longtemps être malheureux à s'approprier des choses qui ne servent, puisque
vous êtes longtemps malheureux. Ensuite, vous avez la chance de vous occuper de choses
aussi essentielles que la découverte de ces champs.
Et notre famille, les voilà nos véritables racines, notre port d'arrêt.
Alors vous mourrez avec eux devant ces fenêtres, quoique l'espérance fait vivre son monde. |
|
|
| ||
|
|
- 22 - |
|
|
|
|
|