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Roland Michel Tremblay        Verts et Vers les Champs        www.anarchistecouronne.com

 

Verts et Vers les Champs

suivi de les

Lettres de RM

et

Les Quatre Piliers

(La Voix de la Vérité)

 

 

Roland Michel Tremblay

 

44E The Grove, Isleworth, Middlesex, Londres, TW7 4JF, UK

Tél./Fax: +44 (0) 20 8847 5586     Mobile: +44 (0) 794 127 1010

rm@anarchistecouronne.com     www.anarchistecouronne.com

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Préface

Recherche de l'identité, construction de l'existence, ce manuscrit questionne les valeurs actuelles de la société. La Voix de la Vérité est la remise en question de l'être où, à travers la misère, ces courtes histoires suggèrent cependant l'existence de la plénitude.

Verts et Vers les Champs est le reflet de quelqu'un qui atteint le fond de toute chose. C'est le besoin de croire qu'au-delà l'océan il existe quelque chose de grand sans nécessairement y impliquer Dieu. Les Lettres de R.M. est la révolte d'un jeune qui est rendu à l'âge où il doit accepter le contrat social ou se suicider. Les Quatre Piliers symbolisent la voix de la vérité, une vérité que les auditeurs entendront, interpréteront, puis oublieront. Pourtant cette nouvelle vérité façonnée deviendra l'essence de toute société.

Ainsi La Voix de la Vérité est déjà les écrits bibliques, les livres religieux, les livres de lois, la voix des autorités, des médias, de la littérature, puis de l'écrivain lui-même. Le voilà confronté à autrui, à son passé, et doit tenter d'exprimer des opinions et sentiments. L'ironie est que les voix de l'autorité se contredisent, parlent à tort et à travers, et dans le cas présent, proviennent toutes de la même source, l'auteur. Comment donc faire la justice dans tout cela? Contexte enlevé, référents partis, on a que les conclusions-affirmations venues de nulle part. Quand bien même on aurait le contexte, comment pourrait-on juger, interpréter les dires? Personne ne saura ce qui a vraiment été dit ainsi que les interprétations possibles à ce qui a été dit.

Puisqu'il existe cette impossibilité de faire justice aux piliers, il devient alors ardu d'analyser et de critiquer le contenu de certaines vérités. Et que penser des jugements qui sont utilisés comme argument ou justification à des fins personnelles ou collectives? Je pense aux courants religieux, idéologiques et politiques. La Voix de la Vérité est une réponse à toutes ces vérités qui nous sont tombées du ciel.

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VERTS ET VERS LES CHAMPS

Première partie

On va le vivre notre temps!

Aux temps anciens nous étions. Aujourd'hui nous ne sommes plus. Mais voyez comment à grand-joie et à grand deuil Dinas de Lidan dit le veneur fut.

C'est à bord de la grande nef que Dinas de Lidan venait enfin de prendre son envol. Il semblait jeune et désireux d'apprendre, dès lors on lui enseigna en peu de temps les arts qui conviennent aux mariniers. Il apprit alors à manier les cordes des grandes voiles, le grand gouvernail, les nœuds appropriés aux cordes des mâts. Il vit même l'abordage d'une nef ennemie. Bientôt les artifices des mariniers n'eurent plus aucun secret pour lui et c'est à grand-joie que Dinas de Lidan fut présent lors de son apprentissage.

Très vite il dut démontrer ses talents. Dinas de Lidan travaillait avec acharnement pour être à la hauteur. Chaque mouvement, chaque décision lui semblait d'un naturel qui prévaut aux plus grands mariniers de la nef. À le voir si noble et si fier, preux et hardi, tous louaient Dinas de Lidan pour ses capacités et ses aptitudes. C'est ainsi que Dinas de Lidan fut partant.

Tandis qu'ils cinglaient vers et vers, tout en répétant les mêmes choses routinières, bientôt notre homme en vint à s'insurger contre les mariniers. Le voilà maintenant qui parle que ça ne va plus, qu'il n'en peut plus et que certaines actions n'ont aucun sens. L'organisation et les ordres sont déplacés, non rationnels parfois. Il pousse l'audace à lancer que l'on passe à côté des vraies valeurs lorsque nous ne cherchons qu'à démontrer que l'on est le meilleur marinier, celui sans qui la nef ne saurait aller plus loin. Dinas de Lidan en vint même à songer à quitter la nef pour aller vers une quelconque terre ou un meilleur air. C'est alors qu'il comprit qu'il aimait les gens avec qui il naviguait, qu'eux aussi l'estimaient, et que sa sécurité et sa survie n'étaient certes pas acquises sur un départ en solitaire. Alors Dinas de Lidan devint dépendant.

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Dinas de Lidan s'est fait connaître. Maintenant, et de tous, c'est la reconnaissance. On lui proposa dès lors de rester et de servir la nef. En n'oubliant pas d'y ajouter l'étendue des conséquences d'une telle action, on lui raconta qu'il pourrait toujours partir si le cœur lui en disait. Aussi, pour autant que la nef avançait et qu'il serait à bord, on lui promit certains avantages en échange de ses prouesses et de sa hardiesse. Or un jour, tout comme jadis Dinas de Lidan prenait son envol, vint un nouveau veneur. Comme la noblesse de son cœur lui révélait toujours le parti le plus sage, Dinas de Lidan comprit que le nouveau veneur avait des droits, tout comme lui-même autrefois arrivant sur la nef. Il devait par conséquent lui enseigner ce qu'il avait appris. C'est ainsi que Dinas de Lidan vint qu'à ne plus s'appartenir et qu'il devint redevable pour au moins cent ans.

Dinas de Lidan voudrait restructurer les choses à sa façon, selon sa propre vision. Il voudrait partir seul sur l'océan voulant chanter la liberté! Mais Dinas de Lidan n'a pas la liberté d'être puisqu'il est ce que l'on a bien voulu faire de lui, en l'occurrence un outil digne de faire avancer la nef. Tout ce qu'il sait, tout ce qu'il a appris, tout ce qu'il est provient de son apprentissage, et on appelle cela devenir sage. Il devient alors difficile, voire même impossible, de penser différemment et de tenter de faire prendre conscience les autres mariniers. Ainsi Dinas de Lidan n'est pas Dinas de Lidan et pourtant...

Dinas de Lidan va le vivre son temps. La nef va continuer d'avancer, avec son aide, et le temps passera. Puis surviendra ce qui semble toujours paraître loin, mais vous lui poserez la question, alors que c'est à raconter: le vieux Dinas de Lidan. Celui non autonome, gênant la nef dans sa chevauchée à travers les vagues. On l'installera quelque part dans le fond de la nef, un petit espace assigné, encore ici il devra se battre pour cette place, prouver qu'il ne mérite pas qu'on le jette par-dessus bord, pas encore du moins, pour cause de ses prouesses passées et sa hardiesse ayant aidé.

Ainsi Dinas de Lidan en viendra à se dire qu'il faut que la nef avance. Mais pensera-t-il, la question n'est pas à savoir si l'on est, mais plutôt à savoir si la nef avance vraiment.

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Georges le Bon Gars

Georges c't'un bon gars.

Chaque jour que le bon Dieu lui apporte, Georges va s'asseoir sur le banc d'un parc. Il y reste des heures jusqu'à ce que la lune apparaisse, et aussitôt qu'elle se présente dans le ciel étoilé, Georges l'observe quelque temps avant de repartir avec ses rêves.

Aujourd'hui encore le Seigneur lui obtint grâce et il eut la chance de s'asseoir sur le banc. Comme à son habitude il y vit la misère des hommes. Il se convainquit dès lors à nouveau que le monde dans lequel il vivait était faux. Et la lune restait sa seule délivrance, un monde d'imagination où il avait loisir à voguer vers destinations sans nom.

Des attentes précises, le Georges, alors que ses rêves devraient se résumer à attendre. Mais il savait écouter, prendre en considération, et ses rêves lui transmettaient des messages sur ses anticipations. Les folies, comme ils les appelaient. Or, des passants passant, il n'en attendait pas moins qu'ils fassent des folies. Un du moins, au moins un. Ce n'est pas Georges qui oserait, non, alors l'espérance à la lune revenait, plus plausible en ce qui concerne l'accès.

Joie, joie, atteindre la lune, une folie intéressante. Et il réentendait les paroles de Dieu: «Lorsque l'homme atteindra la lune, c'est que la vie pourra s'éteindre.» Mais il sait que celle-ci demeure impossible à atteindre, aussi, les folies sont impensables, dure morale.

Georges c't'un bon gars. Les piliers l'écrasent, la rivière l'inonde, les champs l'avalent et il attend encore les folies des passants. S'il espère, c'est donc qu'il y aurait une possibilité? Oui, c'est donc qu'il y aurait une possibilité. Un peu de bonne volonté Georges, l'agir, c'est ça qui te poussera vers les folies. Dieu, à s'enfoncer dans son banc, les passants regardant, n'osant, où cela le conduira-t-il? Ses rêves lui démontrent une voie où le réel devient futile. S'il ne prend garde, tout deviendra tellement futile, que les rêves n'y auront plus leur place. C'est qu'alors la mort est proche, oui.

Georges le Bon Gars. Dans le fond il est probablement bien entouré. On l'aime peut-être, sûrement, on lui laisse sa chance. Joie. Quel intérêt.

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Seigneur, Georges, ouvre-toi les yeux, la Terre est ronde, regarde les gens, regarde les champs, ils sont verts, la lune aussi, la lune. Tu veux pas aller t'acheter une belle automobile, il y a une taverne pas loin; travailler à l'usine, il y a déjà eu quelques morts je me souviens. Un dans la machine-là, un électrocuté, un déchiqueté... la lune est belle ce soir. Ce jour c'est l'invitation. Quels beaux rêves. Tu veux pas aller t'acheter une belle femme, aucune n'ose les folies, toi non plus. Tu peux bien être un bon gars, la lune t'écrasera. Oh, comme c'est bien de se passionner de bridge, la passante s'y passionne également. Mais il ne le saura jamais, et elle passe souvent. S'abaisser à appeler «parler à», «folie», mais l'homme «s'abaisse à», chaque minute de sa vie, car rêver c'est espérer, et espérer, ça illusionne.

Georges, pourquoi vouloir atteindre la lune, ne sais-tu pas qu'elle est aussi plate que la Terre? Dieu sait qu'elles ne sont pas rondes, Seigneur non, elles ne sont pas rondes. Dès lors, continue d'espérer, et souhaite ne jamais l'atteindre cette lune.

Pauvre Georges, tu vas mourir sur ton banc.

Georges aurait pu être un bon gars.

La lune est belle ce soir.

 

Un Édifice sur la Lune

Lorsque Georges n'en peut plus, il va se promener sur le pont en arrière de son édifice. Et si Dieu le veut toujours, il peut y remarquer une rivière d'eau stagnante, plutôt sale. Georges sait apprécier ce beau décor, ce pont enjambant cette rivière. À la limite il appréciera même les édifices autour. Dieu demande de se contenter de peu, et il a raison. Heureusement Georges sait apprécier ce que Dieu lui offre, aussi, il ne cesse de dire merci et d'espérer que jamais sa promenade ne lui soit interdite. Des jours on aurait l'impression, à l'entendre, que voilà tout ce qu'il lui reste, la seule chose qui puisse encore le maintenir en vie. En effet, sa peur la plus grande est de voir apparaître d'autres constructions sur ces terrains vagues, y voir d'autres passants. C'est alors qu'il pose la question: «Seigneur, vous ne sauriez m'enlever la seule chose qui soit encore belle ici. Combien de gens dans cette ville

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s'enferment dans cet édifice le jour, s'en vont dans l'autre le soir, comment seraient-ils capables d'observer ce pont et ne pas désirer y rester jusqu'à la fin des temps?»

Certains jours Georges fait des cauchemars. Il se voit marchant sur le chemin-petit conduisant à l'édifice plus loin. Il marche beaucoup plus rapidement. Il ne regarde plus les terrains vagues, il regarde l'heure. Il ne pense plus à son pont, il réfléchit. À quoi? Des choses complexes. Il en serait même difficile ici d'en exposer l'ensemble puisque Georges demeure tout de même un ignorant. Si on le lui demandait, il répondrait qu'aujourd'hui personne ne saurait apprendre chaque domaine composant une société. On se spécialise dans une branche et l'arbre devient secondaire. On ne vit pas assez longtemps et il faut savoir être fonctionnel à l'intérieur de la branche que l'on représente. «C'est ainsi que fonctionnent les choses.» Mais si Georges ne voit pas la branche à côté, comment verra-t-il la rivière, et l'arbre?

Certains jours Georges fait des cauchemars. Il se voit chaque jour en arrière d'une fenêtre de l'édifice au bout du chemin-petit, il n'a plus le temps de penser à son pont, à son terrain vague. Il se voit chaque soir en arrière d'une fenêtre de l'édifice plus près, il a tellement de choses complexes-incomplètes à revoir qu'il n'a plus le temps de penser à sa rivière stagnante. Les passants le traiteraient de paresseux s'il osait parler de ce qui se passe entre les deux édifices. Un passant plus compréhensif lui dirait d'attendre qu'il soit suffisamment vieux et près de la mort pour aller apprécier le chemin-petit. Mais alors, Georges le Bon Gars s'imaginera qu'il ne vaut plus rien, que dans le fond, il n'a jamais rien été. On l'a remplacé du jour au lendemain, peut-être même par un passant davantage compétent. À y avoir consacré tout son temps, le long de sa vie durant, comment Georges saura revenir à un état aussi stagnant que celui de la rivière? S'installera alors cette impression d'inutilité. Dès lors, quelle dimension viendront prendre son pont, son terrain vague, et l'arbre?

Certains jours Georges voudrait sauter dans la rivière. Semblerait que son but n'est pas atteint. Ce sont les jours où le chemin-petit s'enfonce, disparaît pour vrai. Ce que Dieu peut sembler loin alors, qu'il semble toujours avoir été loin. C'est que Georges travaille

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fort, il réfléchit beaucoup. Quelques échecs, quelques reproches, et le voilà prenant plusieurs cafés, réfléchissant davantage aux situations de la veille. Bientôt il aura besoin d'aide, et puis tant qu'à être à l'extrême, après quelques conditionnements notre Georges aliéné pourra retourner derrière les fenêtres. C'est alors que Georges se met à rêver. Il se voit sur son chemin-petit regardant autour, il s'envole au-dessus des édifices. Il sait maintenant voir ce que Dieu lui offre vraiment. Il ne s'agit plus de se contenter de peu, il s'agit de comprendre. L'homme n'est pas laissé à lui-même pour rien, c'est-à-dire bâtir des édifices, veiller sur les édifices, au bon fonctionnement d'un système considéré en évolution à mesure qu'il devient davantage complexe. Non. Parce qu'un jour l'arbre s'écroulera, et les édifices aussi. Le but n'est pas non plus d'aller bâtir un édifice sur la lune, le chemin-petit deviendrait alors le chemin-trop-grand, impossible d'accès pour notre Georges. Non. Le but c'est de savoir apprécier le chemin-petit, le pont et la rivière. Alors peut-être seulement l'arbre saura supporter les édifices.

Le Principe

L'Hilda la Dame, misérable femme. Les merveilleux clubs sandwichs, pour toute une civilisation. C'est la joie et le bonheur lorsque l'on est née pour un petit pain. Quand Julien était vivant, la vie facile et oui. Quatre enfants ou cinq, un nouveau dans ma vie, et je fais les pizzas aussi. Pardon, je fais les voyages aussi. Quatre jours dans l'année où je respire le nord ou le sud, et pourquoi pas l'ouest. Pauvres enfants, des non dignes à recevoir mes clubs et à quel prix. Pauvres enfants, je pourrais être derrière le bureau là-bas. Je pourrais être l'exécutive en chef, je pourrais être et je. Mais je et mes cinq enfants. Quand Julien était vivant, facile la vie et pauvres enfants. Si peu la compréhension, je dois refaire ma vie. L'injustice la plus flagrante et pourquoi. J'ai tant donné qu'aujourd'hui je veux vivre pour moi. Vous êtes grands maintenant, sachez donc vous débrouiller, aimer, me laisser espérer à la vie. Vous êtes grands maintenant, quel est ce besoin pour moi de faire vos clubs? Je fume les cigarettes et ô sacrilège, je fais vos clubs pour fumer, alors que si je ne faisais pas les clubs, je n'aurais pas ce besoin de fumer. Quand Julien vivait, ma vie belle et belle. J'ai

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besoin aussi, l'amour et tout, je suis encore désirable on m'a dit, je suis encore désirable. Pas grâce à vous, enfants, et pourquoi. N'avez-vous pas compris que je cherchais à vivre? Vous ne pouvez comprendre que je désire vivre? Je suis prête à inventer la liberté, je suis prête à justifier ma liberté. Le contraire la liberté, la réalité et c'est le malheur. Je me décompose davantage sur chacun de vos besoins. Je sais qu'on se fout de mes besoins, je m'en fous. Je vais inventer la liberté moi. Que cette gigantesque responsabilité me soit accordée, ô courage, ô volonté, j'ai une grande décision à prendre. Faire de ma vie le plus grand échec et ne pas vivre pour un petit pain. Heureusement je ne me nourris pas que de pain. Mais Julien est mort. Mais Julien mort... je suis encore, et je suis pour me reprendre en main. À Dieu pauvres enfants! Chacun se suffit dans et puis dans et puis tant mieux et peut-être pas vrai et je m'en fous et c'est pas vrai. Quel genre de société aurions-nous, il est trop tard pour les trop-vieux-trop-tôt, et nous en sommes tous, surtout les jeunes. Mieux vaut rechercher ailleurs ou m'isoler, partir et l'aventure. Faire de ma vie le plus grand échec, sans les regrets, et inventer la liberté. Des contradictions, et où? Où résident les contradictions lorsque l'on possède chance à interpréter la vie comme l'on veut. Où résident les contradictions lorsque l'on peut interpréter. Où résident les contradictions. Je vous parle aujourd'hui et pourquoi. Pire, vous m'écoutez aujourd'hui et pourquoi. Vous n'avez pas compris que vous cherchiez à vivre? Vous ne pouvez comprendre que vous désirez vivre? Vivement refoulée au plus profond de vos idées, vous découvrez une certaine liberté à faire des clubs sandwichs, à en arriver crevé le soir pour recommencer le lendemain. Je vous admire et sincèrement. Je vous parle aujourd'hui et pourquoi. J'ai une grande décision à prendre, et on en revient toujours. Lorsque l'on est née pour un petit pain, c'est la joie et le bonheur. Pour toute une civilisation, les merveilleux clubs sandwichs. Misérable femme, l'Hilda la Dame.

Digne d'être digne

Oh, c'est marcher vers la gloire ou être ivre, que d'être digne d'être un être digne, de vivre, dans le miroir de sa société. Être reconnu, de la discipline vraie. Mais quelle force cette humilité, on vous doit la reconnaissance. Quel prestige, on vous doit le respect. Mais

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jusqu'à quel point cette humilité peut-elle être vraie?

Est-on digne d'être digne.

Madame Hilda existait vers. C'est pour trouver, à savoir, est-elle digne de marcher dans votre quartier? Ah, vous voyez, aujourd'hui on l'écoute, hier on pouvait constater. C'est être bien que de marcher sur la rue lorsque les gens demeurent indifférents, mais est-elle à la hauteur pour y marcher? Elle avance lentement, sur la relativement simple rue, à laquelle vous auriez aisément cru, qu'elle ne logeait aucune personne de suffisamment noble pour vivre dans votre société. Mais voilà, Madame Hilda reste paralysée, incapable d'y faire son pas, elle croit qu'on la ridiculisera. Vous verrez un jour, elle s'y promènera fort mieux, et non pas de votre considération. Mais pourtant, si ces gens voyaient les aptitudes et les capacités de l'Hilda la Dame, ils l'admireraient peut-être oui, elle en serait même fière oui. Mais il y aura toujours des gens pour la rejeter, elle-même en rejettera plusieurs.

Une chose à critiquer, c'est le manque de franchise. Hilda court longtemps en arrière des passants avant de comprendre qu'ils se fichent d'elle. Faut-il croire que cette considération est si importante, au diable les passants, d'autres passants viendront et ce sera la même histoire. Au diable les passants, à nous prendre pour des poires, de toute façon, l'on pourra dire qu'ils ne manqueront pas grand-chose à ne point nous parler. Tous les gens se ressemblent, ils supposent, ils ont du vécu peut-être, mais dans l'essence, ils racontent tous la même chose.

Faut figurer, êtes-vous digne d'entrer dans le Royaume de Dieu? Vous, croyant, qui priez fort en temps opportun, peu importe votre religion, s'il faut regarder le miroir, on pourra dire ce matin-ci jusqu'à quel point vous êtes grand. La belle image projetée apporte souvent cette belle fragilité, belle reconnaissance pour le merveilleux portrait que voici, mais les réalités existent.

Un humain ne vaut pas grand-chose si l'on considère les guerres, on en a fait disparaître plusieurs millions au cours des siècles. De surcroît, ils ne sont pas irremplaçables. Si tout va trop bien dans votre vie, ou si vous souffrez vous-même d'une dignité non suffisante à vos yeux, pourquoi alors vous croire digne de marcher sur la rue et même d'avoir l'audace de ridiculiser ou de ne pas considérer les autres passants? Mais au fond, si vous y trouvez

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une motivation. Ô l'Hilda la Dame, ils sont drôles ces gens.

Pourquoi donc faut-il avoir les regards tournés vers le passé, mérites, récompenses, ou vers le reflet d'un futur toujours plus beau, plus grand? Allez donc chercher le froid des relations humaines, des amitiés sans cesse à reconstruire, ou à détruire. Le silence devient-il davantage intéressant? Pauvre Hilda, c'est l'ennui qui te fait te cloîtrer ainsi au haut de ta tour? Un vide plus noir que de se lamenter en collectivité. Mais un jour Hilda ce sera l'éveil, on découvrira les champs. Mais à continuer sur le chemin de la dignité, la mort viendra chercher, cette idée aussi de vivre en société.

Alors que faut-il croire pour ces valeurs, celui qui dira lesquelles sont justes? Puisque enfin, l'Hilda devra bien le vivre son temps. Et que lui apporterait toutes ses idées, ses valeurs différentes, sinon l'incompréhension et le mépris, le malheur et la tristesse? Il n'y aura toujours qu'elle pour se demander à chaque fois ce qu'elle fait ici.

 

On ne nous a pas tout dit

Oui, c'est lui, c'est le Colonel! Son vaisseau avance les champs, et sa suite, elle chante l'hirondelle. C'est bien connu, c'est le colonel qui sait si le printemps mange la porte de ces champs. Il saura dire aussi les pires choses sur vos résultats, l'ère nouvelle commence et les champs n'ont qu'un besoin, celui de raconter. Les foules creusent la Terre, et c'est lui, c'est le Colonel qui annonce les pertes, les gains, les découvertes: «Nous avançons les champs, nous terminerons la fin et nous atteindrons le centre!» Les autres foules qui traînent les bâtiments s'insurgent oui: «Oui aux vaches! Oui aux vers! Oui au vert!» Oui, c'est le Colonel qui survit, sa suite, elle chante: «C'est le centre qui raconte, c'est le centre qui agit, la survivance, c'est le centre!» Mais les vaches, celles mêmes diffusant la triste vérité, elles beuglent: «On veut les foins! On ne veut la faim! On ne veut la fin!» On ne peut dire, c'est le Colonel qui détient, et sa suite, elle maintient: «Les besoins ne sont pas aux foins, les champs ont fait leur temps, l'ancre, elle est pour le centre!» Les vers étouffant leurs cris, c'est la crise: «Au diable la nouvelle ère! Vive l'air! Vive la Terre!» Mais vive et vive le

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Colonel, c'est lui qui ordonne, c'est la voix, et elle écrase: «Accusez plutôt à la sécheresse! Soupçonnez pas nos richesses! Actionnez le complexe!» Mais les foins, ils s'arrachent: «Liberté, solidarité, pitié...» Mais c'est le Colonel qui dirige, son vaisseau avance les champs et le centre chantera bientôt nôtres. Et il en sera bien ainsi, car il est vrai que le centre de la Terre chante la nouvelle ère.

La Nouvelle Ère

Mais. Alice, et c'est le retour au calme. Elle se sait seule dans la maison, elle dort son lit et, bien alerte au moindre bruit. Elle n'appartient plus, et le silence du fond la chambre inquiète et apporte ce qu'elle ne souhaite. «Toc!» C'est le bruit distinct clair net d'un verre sur le comptoir la cuisine.

Alice et c'est le retour à l'horreur elle se sait seule dans la maison elle tente l'effort irréalisable de barrer la porte mais c'est dans le tard tout tourne déjà la tête d'Alice et la chambre cette chambre elle pleure pleure et pleure les larmes sur ces joues elle soupçonne chaque objet désirant sa destruction elle sent présence une chose contre laquelle elle ne peut lutter elle entend bouger en arrière la porte on tente avec terrible fracas d'enfoncer ô Seigneur il est temps venu la prière Dieu sauvera peut-être de l'horreur d'être si loin le réel mais c'est pire et pire encore plus près une lumière clignote ses yeux sans l'arrêt la porte va s'ouvrir elle pleure elle pleure Dieu mourir Dieu pitié que ça finisse j'ai mal mal et mal mon ventre mon cœur si loin ramenez-moi la tranquillité apportez-moi la simplicité une fleur oubliez le temps et la seconde près et je retrouverai le chemin et la porte finit par s'ouvrir et derrière ce n'est pas l'inconnu qui se présente mais bien Dieu en chair et en os alors Alice pleure de plus belle

L'Évolution

Hier je me suis perdu dans un corridor. Je suppose qu'il y avait trois portes, mais vous savez comme moi que rien n'est logique et certain, aussi, ça ne vaut rien de réfléchir.

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Vous savez aussi qu'on ne se donne pas la peine de vérifier, bref, ça ne m'intéresse pas. Une horloge aussi, et trois lumières. Peut-être y aurait-il trois portes alors, je ne sais, je ne crois pas aux coïncidences. Une porte ça peut être ouvert, ça peut être fermé, et logiquement, ça peut prendre une infinie de possibilités entre l'ouvert et le fermé. Ça me ressemble beaucoup. Je suis probablement situé dans le temps, une horloge existe, je pense. Si je raconte mes sentiments, hier n'existe plus. Il existe peut-être en vague souvenir. Ce qui de positif m'a frappé, se rivera à une porte fermée. Ce qui de négatif m'a frappé, je me le rappellerai la porte grande ouverte. Hier n'existe plus, pourtant le corridor est toujours là. Je n'ai pas bougé et c'est maintenant aujourd'hui. Aujourd'hui je me suis perdu dans un corridor. Aujourd'hui je me suis perdu à imaginer ce que ces trois portes me présenteraient si je les ouvrais. Une poubelle tout à côté de moi, tout se passe à l'intérieur. Hier je ne l'avais pas remarquée, aujourd'hui c'est ma raison de vivre. Je m'y cache en attendant d'ouvrir les portes. Je regarde ce corridor du fond ma poubelle, j'y vois hier. Dès le temps où la conscience m'est prise à découvrir l'univers, l'habitude et mes souvenirs composent mon présent. Et je pense à demain, tiraillé entre cette stupide horloge et mes idées. C'est sa faute s'il y a un hier et un demain, car le corridor demeure toujours le même, rien ne change. Elle n'est que pour signifier que. Elle me signifie que. Ça me tue. Demain je vais la détruire. Demain je vais sortir de ma poubelle. Demain je vais explorer mon corridor afin de savoir si l'univers est cohérent. Demain je vais constater si à chaque lumière correspond une porte. Demain j'ouvrirai une porte. Laquelle et pourquoi. Pour y découvrir quoi. Et ça me tue. Demain je vais faire des folies. Demain j'arracherai les ampoules électriques pour ainsi fermer les lumières, alors je ferai du changement dans ma vie. Hier j'ai commencé à gruger le tapis affreux qui orne le corridor. Aujourd'hui j'observe mon coin de tapis grugé ornant mon corridor. Demain je vais regretter cette déviance. Lorsque je marcherai sur mon tapis, dois-je marcher en longueur ou en largeur, droit ou croche, logiquement ou pas? Je dois prendre ma décision maintenant, avant que l'horloge ne me fasse savoir que je suis demain. Alors je n'aurai plus le choix, je devrai agir. Hier je détestais le silence de ce corridor. Hier les lumières n'éclairaient pas suffisamment. Hier les portes demeuraient fermées, et nulle envie de les voir ouvertes. Il existe une série de proverbes pour vous faire comprendre l'ambiguïté de mes sentiments:

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«L'avenir appartient à ceux qui sortent de leur poubelle», «Ce ne sont pas ceux qui disent «horloge horloge» qui conserveront leur poubelle.» Combien intéressant de s'inventer ses propres proverbes. Aujourd'hui j'aime ce silence du fond ma poubelle ornant mon corridor. Je pense constamment à demain. Je pense à entrouvrir les portes. Je pense à arracher les ampoules électriques. J'estime qu'un peu de changement ne me ferait pas de tort. Mais demain pourrait être un changement trop radical. Ces portes grandes ouvertes ou fermées complètement, ou peut-être devrais-je les ouvrir à la grandeur de mes idées? Demain mon silence me sera essentiel, mon coin de tapis grugé m'appartiendra car je m'y reconnais déjà. Ce sera un sentiment d'appartenance très grand et je saurai justifier mes droits. Ma poubelle m'appartient désormais, personne n'est venu la revendiquer. Mon univers m'appartient aussi. Si ce n'était de cette horloge, j'oublierais ces portes, et que deviendraient mes idées alors. Et si j'ouvrais les portes. Et si l'horloge n'existait plus, les portes existeraient encore. Tout simplement il n'y aurait plus de demain et j'aurais tout le loisir d'imaginer indéfiniment ce que ces portes me présenteraient si je les ouvrais. Ce serait le bonheur, avoir le temps d'espérer, d'imaginer. Si je détruisais l'horloge, demain ne viendrait pas, hier n'existerait plus, je vivrais aujourd'hui, pour aujourd'hui. Je prends alors ma poubelle, je détruis l'horloge, et... je marche le corridor. J'observe les lumières une à une. J'observe le tapis, constate qu'il est grugé. Je considère les portes une à une. J'ouvre la porte. J'entre. Je referme la porte. Je m'assois par terre, un corridor s'offre à moi. Un tapis affreux, une horloge, trois ou quatre portes, trois lumières, peut-être y aurait-il trois portes alors, je ne sais, mais il existe ces coïncidences effrayantes. Logiquement, une porte ça peut être soit ouvert, soit fermé. Ça me ressemble beaucoup. Une horloge existe, mais ça ne veut rien dire, je pense. Si je racontais mes sentiments d'hier, mes souvenirs sont ce qu'il y a de plus vrai dans ma vie. Le positif qui m'a frappé, je me le rappelle la porte grande ouverte. Le négatif qui m'a frappé, se rive à une porte fermée. Hier le corridor me semblait différent. Je n'ai pas bougé et c'est maintenant aujourd'hui. Hier je me suis perdu dans un corridor. Aujourd'hui je me suis perdu à imaginer ce que ces trois portes me présenteront lorsque je les ouvrirai. Une poubelle tout à côté de moi, tout se passe à l'intérieur. Hier je ne l'avais pas remarquée,

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aujourd'hui c'est ma raison de vivre. Je m'y cache en attendant d'ouvrir les portes. Je regarde ce corridor du fond ma poubelle, j'y vois demain. Dès le temps où la conscience m'est prise à découvrir mon univers, l'habitude et mes souvenirs composent mon présent. Et je pense à demain, tiraillé par mes idées. D'hier à demain, le corridor prend une tournure toujours plus effrayante, toujours plus impressionnante. Il est pour signifier que. Il me signifie que. Ça me motive. Demain je vais le détruire. Demain je vais sortir de ma poubelle. Demain je vais explorer mon corridor afin de savoir si mon univers est cohérent. Demain je vais constater si à chaque lumière correspond une porte. Demain j'ouvrirai une porte pour y découvrir quelque chose de merveilleux, une délivrance. Ça me motive. Demain je vais faire des folies. Demain j'arracherai les ampoules électriques pour ainsi fermer les lumières, alors je ferai du changement dans ma vie. Hier j'ai commencé à gruger le tapis affreux qui orne le corridor. Aujourd'hui j'observe mon coin de tapis grugé ornant mon corridor. Demain je grugerai ce qui reste du tapis. Lorsque je marcherai sur mon tapis, je marcherai en longueur, droit et logiquement. C'est une décision qui va de soi lorsque l'on doit agir. Hier je détestais le silence de ce corridor. Hier les lumières n'éclairaient pas suffisamment. Hier les portes demeuraient fermées, et nulle envie de les voir fermées trop longtemps. Il existe une série de proverbes pour vous faire comprendre toute la passion qui me porte vers ces portes: «L'avenir appartient à ceux qui ouvrent les portes», «Ce ne sont pas ceux qui disent «ouvre-toi» qui découvriront leur finalité.» Combien intéressant de s'inventer ses propres proverbes. Aujourd'hui j'aime ce silence du fond ma poubelle ornant mon corridor. Je pense constamment à demain. Je pense à ouvrir les portes. Je pense à arracher les ampoules électriques. J'estime qu'un peu de changement ne ferait pas de tort. Demain sera un grand jour. Ces portes grandes ouvertes, ou fermées complètement. Demain mon silence me sera essentiel, mon tapis grugé m'appartiendra car je m'y reconnais déjà. Ce sera un sentiment d'appartenance très grand, et je saurai justifier mes droits. Ah et puis, je vis aujourd'hui pour aujourd'hui, je me prépare à découvrir un nouvel univers, il deviendra mien, ce sera le bonheur, alors j'ouvre la porte... un corridor s'offre à moi, un tapis affreux, une horloge, trois ou quatre portes. Trois lumières aussi, alors se présentent trois portes...

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Les Lettres de Concert

Ce soir, c'est soir de concert!

C'est le virtuose et grand pianiste Henri le Vieux qui est à l'honneur, et je me demande si ce programme, que je juge être un événement important, peut primer sur mes responsabilités. Mais cette question est vite reléguée à ma poche gauche, et je m'habille emporté car ce soir, c'est soir de concert.

Je sors la rue, je marche l'édifice, j'entre le salon et je m'assois une place bien située d'où aucune note ne pourra m'échapper. À peine le temps d'entrevoir la petite vieille s'asseyant le siège à côté, siège moins bien situé que le mien, et déjà les lumières s'éteignent alors que le chef d'orchestre lance le signal. C'est le néant, aucun ne parle, personne respire. Tous sont pendus aux premières notes jouées par l'Henri, notes reprises par les divers instruments composant le plateau bien éclairé.

Nous y voici. La musique vogue le salon, semble enrober chaque personne, chaque siège, et on comprend combien complexes ces notes arrivent à se jouer. Aucune fausse note, et ce, avec la délicatesse ou la violence exigée. Il suffit de fermer les yeux pour atteindre un nouvel état, un monde où les images arrivent avec cette impression qu'un degré plus haut, et la Terre n'y serait plus. Je suis là à tenter de comprendre cet univers, découvrir cette satisfaction, ce bien être. Ah! il est fameux cet Henri! Je ne regrette pas cette soirée. Ces notes me soulèvent, m'emportent, j'en oublie même la petite vieille entrevue, et je vis.

Mais! Toujours ce «mais», lorsqu'il n'existera plus, je suppose une vie meilleure. Or donc, je disais mais, un détail embarrassant vient interrompre ma soirée. Une lettre dans ma poche droite, à moi adressée, de la part du premier ministre du pays. Ah, par tous les Saints, il me met en demeure, m'oblige, et voici:

«Monsieur, il me semble que vous négligez vos devoirs. Alors, vous préférez assister à des concerts. Cette conduite ne saurait être tolérée, et sera considérée pour toute action ou

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décision future vous concernant directement ou indirectement. Vous comprendrez que les bonnes places dans la société sont octroyées aux méritants. Vous déciderez bien de l'endroit où vous voudrez finir vos jours, avec les conditions et les avantages que l'on daignera vous accorder. Vous avez des droits, mais...»

Je dis, par tous les Saints, ce soir, c'est soir de concert! Henri entame un nouveau mouvement et ma place demeure la meilleure. Je vois la petite vieille qui me jalouse et je m'enhardis d'entendre ces notes. Une musique impressionnante, une atmosphère saisissante, les frissons viennent chercher tout bon mélomane, même les faux. Je ne regrette pas, non, tout est bien ce soir. Mais! Toutes passions, toutes lumières disparaissent. Une lettre dans ma poche droite, à moi adressée, c'est le pape qui désire m'en redire. Ah diable, et je lis:

«Cher fidèle, loin de moi l'idée de devenir moraliste, croyez-le, mais vous négligez vos devoirs moraux. Une bonne place dans un monde meilleur ne vous tombera pas du ciel. Nous réservons cela aux pénitents, aux méritants. Nous n'accomplissons pas de grandes choses à partir de rien, seul Dieu en a le pouvoir. Aller aux concerts ne vous apportera qu'amères déceptions, et vous ne pourrez justifier cet abandon. Souvenez-vous, les deuxièmes avertissements n'existent pas.»

Ah diable! Ce soir, c'est soir de concert! Pitié! Je demande grâce, mes intérêts sont ailleurs, mon inspiration, ma motivation, je puise à même les notes d'Henri! La panique me prend alors, les sons ne parviennent plus à mes oreilles, la petite vieille semble en jouir, j'ai tant de choses à faire, de tâches à accomplir, et tout s'écroule. Je ne digère plus, toutes ces obligations, je tremble. Mais pas ce soir, s'il vous plaît, à tous, je demande le pardon, je vous en prie, ce soir, c'est soir de concert! Mais! Voilà une nouvelle lettre, dans ma poche droite, c'est Dieu lui-même. Il dit:

«Cher enfant, je te comprends.»

Je suis maintenant déconcerté.

Je ne comprends plus.

Je quitte le salon.

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Faites la Guerre!

—Salut Luc le Chanceux.

—Pourquoi me donnes-tu ce nom?

—Tu le mérites.

—Qu'est-ce que tu en sais?

—Je sais beaucoup de choses.

—Qu'est-ce qu'une plante verte, manquant d'eau depuis un mois, serait en mesure de m'apprendre. Quoi d'autres sais-tu?

—La guerre s'en vient.

—Mmh, cela devient une conversation d'intérêt. Maintenant tu m'excuseras, j'ai autre chose à penser.

—J'ai connu des gens qui prenaient le temps de me parler, de prendre soin de moi. Sincèrement je crois qu'on ne devrait pas agir sans consulter sa plante.

—Je déteste les surnoms, spécialement lorsqu'ils ne veulent rien dire.

—Les choses qui ne veulent rien dire ont souvent une grande portée. J'ai connu Luc le Chanceux, il s'asseyait sur ton siège. Tu vois ce bureau, il n'a pas de fenêtre, il s'en moquait. Jamais il ne me parlait, mais au téléphone, il en disait trop. Ses dossiers, les autres dossiers, lui et son ordinateur roulaient l'usine mieux que bien. Il n'avait pas le temps pour mon eau, heureusement je ne me nourris pas que d'eau.

—Une plante verte sur ce coin de bureau... j'imagine que le vieux cadre sur le mur est arrivé bien avant toi.

—Oui, mais je verrai peut-être son départ, et je l'aurai suffisamment observé pour te raconter son histoire.

—Oui, mais je te verrai peut-être crever de soif aussi, et tu observeras qui est le maître.

—Joe le Maître parlait ainsi lorsqu'il y avait chance qu'il ait pu avoir tort. C'était avant la guerre.

—Quelle guerre?

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—Avant la guerre il vivait pour son travail. Présent avant les heures, après, les jours de congés, tous croyaient qu'il fuyait sa vie. Mais il aimait son emploi, ce qui le rendait savamment utile. Sans s'en rendre compte il devenait aussi essentiel que ces machines exigeantes. Il n'y avait pas meilleur que lui pour comprendre ces systèmes. Lorsqu'une courroie brisait il faisait pratiquement l'ouvrage de sept hommes en quinze fois moins de temps. Avec son sens pratique, rien n'était problème pour Luc le Chanceux, toujours une solution pas loin, c'était sa force. Il meublait l'usine, se taisait et demeurait à sa place. Il prenait plaisir à regarder les gens tenter de se débrouiller, ensuite et en silence, très humblement, il réglait tout. On ne l'admirait que davantage.

—Je croyais que tu parlais de Joe le Maître.

—Après la guerre c'est l'usine qu'il fuyait. Lorsque les grosses roues ne tournaient plus, Joe le Maître demeurait introuvable. Il manquait des jours entiers, ses congés ne semblaient suffirent. Avec son ancienneté et son expérience, il n'acceptait aucune remarque à son sujet. Il ne se plaisait plus à voir les gens tenter de se débrouiller. Il tassait les ouvriers, il ne voulait plus perdre de temps. Le vieux cadre sur le mur de son bureau, qu'il n'avait jamais remarqué avant la guerre, devenait une passion. Tout ceci conduit évidemment à la question suivante: que s'est-il passé à la guerre?

—J'imagine que lorsqu'elles manquent d'eau les plantes vertes déblatèrent mieux.

—Une plante ça observe pendant que les autres agissent. Lorsqu'ils réfléchissent, elle peut déjà entrevoir les différentes possibilités, sentir les décisions. Mais la question demeure: que s'est-il passé à la guerre?

—Pauvre Luc le Chanceux, il a changé pour le pire.

—Crois-tu?

—C'est l'évidence même.

—Vraiment?

—Voyons, pas besoin d'être une verte pour comprendre que la guerre eut un effet désastreux sur Luc le Chanceux.

—Luc le Chanceux s'est levé un matin pour tenter de comprendre sa motivation. Il s'est remis en question et s'est découvert une nouvelle raison. Des décisions plus justes, aidant

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ses intérêts. Un plein contrôle de soi. Il a restructuré son temps, changé sa situation, s'est ouvert à la vie. Aujourd'hui Luc le Chanceux est devenu Joe le Maître. Allons Luc le Chanceux, laisse-moi crever si ça te chante, somme toute, je ne suis qu'une plante verte qui végète en société.

—Veux-tu de l'eau?

—Mmh, la guerre s'en vient.

 

Les Vagants chantent

Les Vagants chantent:

—En quoi consiste votre sécurité, de quoi devriez-vous vous débarrasser?

Les Partants tentent:

—Nos emplois pour nos toits, nos tiroirs c'est notre histoire. Et pour nous convaincre de l'abandon, faudra feindre une bonne argumentation.

—À savoir, qu'y a-t-il dans vos tiroirs?

—Des souvenirs, pour nous souvenir.

—Pourquoi ces emplois pour des toits, pour s'émouvoir de temps en temps sur des souvenirs? Esclaves de vos tiroirs. Que voilà l'entrave à la vraie liberté, alors que les Vagants vont viennent voguent foncent vers et vers les champs verts de l'horizon, ces clercs-nomades vendant leurs idées:

Écoutez-les ces prophètes de malheurs, je prévois des tempêtes, des tornades! Je prévois des tremblements de terres, des glissements de terrains!

Écoutez-les ces prophètes de malheurs, ils chantent la déraison, de par la destruction de vos maisons, et ce sera là le bonheur, le vrai!

Il faut croire les clercs-nomades, ils disent vrai. Faut jeter ces tiroirs, abandonner ces fenêtres, sortir les mains vides, se diriger verts.

Quelle invitation! S'agit d'ouvrir ses tiroirs pour voir combien difficile demeure l'abandon.

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Quelle invitation! Clés, cartes, argent, passeport, mouchoirs, vêtements, savoir devenir libre!

Quelle invitation! Obligations, emploi, famille, sécurité, savoir devenir libre!

—Nous, clercs-nomades venus de l'horizon, vendons nos idées de village en village, et nos idées, les voici:

Voilà une voiture au centre de la rivière, voilà un champ là rempli de pommes de terre

Ce jour-là il y eut deux moyens de vivre la déraison

Une déraison de par une marche d'enchantement au fond du champ là rempli de pommes de terre

Et la dépression de par un noyé pourtant inconnu au fond de la rivière

Nous savons qu'un noyé c'est la dépression, davantage s'il est connu. Mais faut-il se tracasser avec toutes les actions de ces gens, alors que la relation avec soi reste relative? Laissez vos souvenirs dans vos tiroirs, et quittez-les ces tiroirs.

Et nos idées les voici:

Voilà votre fauteuil bien centré sur la fenêtre, voilà un champ là représentant le tout de l'être

Ce jour-là il y eut deux moyens de vivre la déraison

Une déraison d'enchantement sur le champ

Et une dépression dans votre salon

Les Vagants vont viennent voguent foncent vers et vers les champs verts de l'horizon, et c'est ici que ça commence vraiment. Ils arpentent mers et mondes pour venir raconter l'ode aux nomades que vous pourriez être. Et ce Vagant, celui-ci, s'avance:

—La voilà votre fameuse sécurité. Elle offre un toit là pour l'éternité. Une éternité de cent ans, à moins que vous ne mourriez avant. Pourquoi ne pas troquer cette maison contre l'insécurité? Celle-ci saura redonner un sens à votre vie. Vous mourrez devant ces fenêtres, et plus rapidement que votre voisine d'en face déjà dans la soixantaine. Cessez d'admirer les aventureux, vous n'êtes pas plus innocents qu'eux. Vous et votre belle qualité de vie, vous rend-t-elle plus heureux pour autant? Lorsque nous n'avons pas les deux pieds dans les champs, il est impossible de savoir les apprécier justement. Le cercle éclairant la mer du jour est commun à toute la race humaine, ne devriez-vous pas vous sentir à l'aise n'importe

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où? Un drapeau ne demeurera toujours qu'un drapeau, n'en faites pas le sens de votre existence.

Les Partants des réalités tentent:

—Là-bas, c'est si différent de chez nous!

—Votre naissance implique-t-elle votre chez vous. Vos origines et celles de vos ancêtres implique-t-elle que le champ là mérite le qualificatif de chez vous. Et là-bas où c'est si différent, est-ce si différent? Dès leur naissance tous les humains se nourrissent et vieillissent. Les moyens utilisés ne mènent-ils tous pas au même résultat. Tous les humains sont malheureux un jour ou l'autre, pourquoi le sont-ils. S'ils savaient qu'à s'éloigner de leur sécurité ils s'ouvriraient enfin les yeux. Faites-vous partie des humains qui sont plus souvent malheureux qu'heureux? Faites-vous partie des humains qui ridiculisent ceux qui semblent heureux? Les enviez-vous, croyez-vous le bonheur improbable?

Et pour entrevoir les Partants se pressant devant le Vagant, remplis d'espoir, demandant:

—Comment atteindre les champs?

—Mais vous êtes sourds! Abandonnez votre sécurité! Il y a des champs au bout du chemin où se trouve votre toit. Ils sont verts, ils n'attendent que vous, et vous seul, pour porter assistance à votre désespoir!

—Mais, sommes-nous si désespérés?

—Vivez votre vie, vivez votre avant-mort, vivez les champs, alors vous comprendrez.

—Abandonner notre sécurité, peut-être. Mais qu'adviendra-t-il de notre belle qualité de vie?

—Vous ne connaissez pas la chanson? Bien des choses dans votre vie devraient devenir secondaires. Fini ces tiroirs et ces réfrigérateurs, vous n'en aurez que deux avantages: pas besoin de longtemps être malheureux à s'approprier des choses qui ne servent, puisque vous êtes longtemps malheureux. Ensuite, vous avez la chance de vous occuper de choses aussi essentielles que la découverte de ces champs.

—Et notre famille, les voilà nos véritables racines, notre port d'arrêt.

—Alors vous mourrez avec eux devant ces fenêtres, quoique l'espérance fait vivre son monde.

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Il est bien de tenter la survie.

—Nos amis alors?

—Et les érables devant la maison? Vous trouverez davantage d'érables sur les champs car voilà leur raison d'être. Et vous, quelle est votre raison d'être? L'histoire vous lie à vos amis. L'amitié n'est-elle pas «un fil d'or qui ne se brise qu'à la mort?» Vous auriez tort de le croire, la mort n'efface pas l'histoire.

—...

—Si feindre une telle argumentation ne vous convainc pas _ et feindre une telle argumentation ne vous convainc pas _ peut-être vous fera-t-elle rêver, espérer que les champs viennent jusqu'à vous? C'est possible.

 

Moi pour Moi

La dure réalité la liberté! C'est pas tes affaires! Foi de Léonard l'Illuminé, et je dis, c'est l'insulte! N'est pas l'insulte en la liberté et ne pas croire que je m'en fous? Et pourtant oui! On coupe les vivres et c'est la fin! On coupe l'amitié et c'est la fin! Eh bien, c'est fini et bien fini. Le temps est venu la liberté, et l'adieu les voraces ne comprenant la facile destruction d'une relation. Léonard c'est mon nom. On veut une amitié, alors à Dieu la liberté. On a une amitié, alors à Dieu la liberté. On est dépendant, alors à Dieu la liberté. On se suffit soi-même, alors à Dieu la liberté. La joie et c'est l'apprendre, l'apprendre en les durs coups, c'est la compréhension de et puis quoi encore. Les faits et c'est à pleurer. Fort et haut, la liberté sera celle où le désir n'existera plus. Fort et haut, la liberté sera celle où l'insulte n'existera plus, où la dépendance n'existera plus, où l'autosuffisance permettra le sentiment de la liberté, et n'existera plus. Ô Dieu, je suis franc et direct. Il est intéressant de voir ces gens se débrouiller avec ce que j'ose leur dire en pleine face, et ô combien infernal de voir me débattre avec leurs dires, avec tout ce que je suppose entre les lignes. Avantage ou désavantage, je vais mourir dans mes suppositions. Horreur à vous, vous allez mourir avec moi. Problème de cœur? Non. Problème de société. Ah, ça se change pas ça, et

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pourquoi. C'est pas tes affaires! Où sont-elles mes affaires!? Parle parle parle! Ah et puis non, ça suffit, c'est pas mes affaires vos affaires et crevez-y, vos idées, et c'est vague et normal. Dure réalité la liberté. Quand donc la mort, quand donc. De lors où les affaires deviennent les affaires de tout le monde et de personne. On saura bien oublier, on oublie toujours. Ô barbare ami mon ami, je vais mourir dans les probabilités, à espérer inutilement, à me mêler de tes affaires et malgré moi. Vous tous les Georges les Bons Gars, et où sont les René l'Aventure? Ô barbare ami, le plus atteint de tous et heureux de l'être. Ou indifférent à en oublier les espérances, à en oublier que les espérances existent pour être concrétisées, même en idée. J'ai vu la tempête, mais je sais constater le calme maintenant. Le calme en la simplicité. Une vie simple pour un gars simple. Un bonheur à même les choses simples mais complexes. Heureux avec les choses non changeantes, de lors où l'on garde le contrôle, lorsque les choses dépendent de soi. La tranquillité, la solitude, la vraie. Loin la destruction, les pleurs en la patience, imposant une ligne de conduite, les vicissitudes, la vie. C'est la compréhension en les situations, en les faits. Je suis Léonard l'Illuminé, prêt à mourir pour vous, prêt à me sacrifier pour vous, sans la reconnaissance, et je serai heureux. C'est ma vie et la vôtre. Ne parle plus, nooon! J'entends Dieu, pourtant il ne dit pas grand-chose. Je suppose encore et ça me tue. Et vous? J'ai faim aujourd'hui mais je ne peux. J'aime aujourd'hui et je peux. Mais je vais aller manger des choses, je vais oublier. On oublie toujours, on peut ou veut, et c'est l'horreur. Quand la réciprocité meurt, c'est l'heure le bilan et c'est le malheur. Le temps venu de redécouvrir la liberté, l'indépendance, et j'ai faim. J'entends mes interprétations, j'entends Dieu, des définitions effrayantes. Ô barbare ami, je suis libre, même en idée.

Aujourd'hui je suis tout ce que je veux être! Aujourd'hui j'atteins la fin du monde, le début du monde, le monde. Je suis grand, je vois large et je ne contredis. Je me reconnais en chacun de vous. Je me reconnais en chacun de vos édifices. Je me reconnais et c'est l'important. Pourquoi. Parce que je vis. Et à être moi, et seul, je manquerais ce que vous vivez et je passerais à côté de la vie. Quels sont vos sentiments, vos idées, vos désirs, je m'y reconnais et c'est bien. Pourquoi. Je suis René l'Aventure, et pour vivre ce que vous n'avez pas encore vécu, pour vivre ce que vous ne vivrez peut-être jamais, il me faut vivre votre

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évolution. L'homme évolue donc. Certains disent que c'est indiscutable. Mais quelles définitions peut-on donner à ces mots. Quelles interprétations peut-on faire de ce que vous vivez. Vous avez raison car on ne peut dire que vous ayez tort. Vous avez tort car on ne peut dire que vous ayez raison.

Aujourd'hui je suis René l'Aventure! Alors ça change tout. J'explore la vie belle, à la découverte. Je suis simple, rafraîchissant, heureux. Je provoque les circonstances, je provoque mon expérience. Aujourd'hui je suis Joe le Maître. Alors ça change tout. Je suis en pouvoir. La vie est grandiose, elle est merveilleuse, je la découvre chaque jour davantage, je la comprends chaque jour davantage. Aujourd'hui je suis Léonard l'Illuminé. Alors ça change tout. La vie est lumineuse. Je n'ai aucun principe, aucune règle, j'ai tout à apprendre de la vie. Je suis haut et grand sur l'univers, la Terre comme alliée, je vois large, je vois grand.

Aujourd'hui je suis moi, pour moi, et ça change tout.

 

Léonard l'Illuminé!

Foi de Léonard l'Illuminé, tu es aujourd'hui en communication avec les étoiles! C'est Dieu qui propose et suggère, je te dis, non, «je, et puis je» n'est pas au programme aujourd'hui. As-tu entendu combien les étoiles réclamaient la vérité, je te dis, heureux tu seras et sinon pense à moi, Léonard, dis mon nom, car je t'aime. C'est l'art de marcher sur la rue, constater l'un et l'un ne font qu'un.

Foi de Léonard l'Illuminé, je suis visionnaire et c'est Dieu qui cause! Je vois la folie des grandeurs et je vois le mensonge. Dieu propose que ce que la nature abrite appartient nécessairement à la nature! Dieu suggère que les abus font réfléchir. Mais est-ce pour la bonne conscience? De toute façon, l'important n'est-il pas d'avoir une conscience claire. Mais voici la vraie raison, lorsque je te dis, c'est ce que je suis. Et voici la vraie raison. Ces fortifications laissent froid, et je suis chaud d'une ivresse qui me rend vrai. C'est là la folie des grandeurs, marcher sur le mur, tomber de très haut ou pas, mais tomber. Je suis Léonard l'Illuminé et je communique avec l'univers! Vous, Dieu vous accorde l'occasion de

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mourir ici ce soir. Toi, Dieu propose la renaissance, ici, ce soir. C'est là où l'on accorde la reconnaissance à la renaissance, la considération à la réflexion. Et je te dis, tu as raison, car la raison est, mais il faut tomber pour qu'elle soit. Dieu fait bien les choses, mais tant que ces choses demeurent incomprises, il faut continuer à regarder les étoiles.

J'ai sept cents ans sept mille, et des milliards d'enfants! Dieu sait en être fier, moi aussi, et vous. Mais toi, toi... sept cents questions sept mille, et des milliards de peines. Dieu suggère l'observation et la sagesse plutôt que le questionnement aveugle, alors reste objectif non de non! Léonard c'est mon nom, et c'est l'illumination. La Terre propose l'agir pour découvrir. La Terre suggère l'intérêt en chaque arrêt. En tes erreurs, l'univers te supportera, foi de Léonard, les étoiles t'apprendront.

Je veux être la Terre, je veux me reconnaître en chacune de ses roches, en chacune de ses rivières, en chacun de ses champs. Je vis et l'univers me soutient. Je suis et le monde m'appartient. Et vous, vous les Jean Sans Terre, je promets les regrets, même dans l'inconscient. Faire le voeu de ne jamais regretter une décision, se tenir prêt à en payer les conséquences, c'est déjà voir plus loin. Aujourd'hui j'ai tout compris, mais c'est faux. Aujourd'hui je sais tout, non, j'en sais plus, mais ce n'est pas suffisant. Demain j'aurai tout compris, j'en saurai plus, mais ce n'est pas important. Je ne suis pas intelligent et c'est tant mieux. Je n'ai aucune motivation et c'est tant pis. Je suis un inconscient et je devrais me retirer, laisser les grandes personnes déblatérer ensemble sur le sens de la vie, sur leur destinée. Partir renouer les liens avec la Terre, ne plus être un Jean Sans Terre. Il y en a qui trouvent ça malheureux, d'autres trouvent ça écœurant. La justification n'est plus possible, il n'y a plus rien à faire pour eux. Ils ne comprendront jamais ces requêtes, d'autres sujets ont fait disparaître ces thèmes.

Il faut jeter mes cendres sur un champ vert puisque je ne fais qu'un avec la Terre! Si vous me croyez fou, je serai heureux de parler en le nom d'une certaine catégorie de fous, soit, celle dont les salades de Charlotte est son affaire. Charlotte elle, elle ose tomber le bas le mur, écouter sa raison et faire pousser des salades. C'est qu'elle aime la vie, et chacune de ses salades est composante de sa jouissance. Et je dis, il n'y a rien de plus courageux à l'encontre les présomptions que d'oser tomber le bas le mur pour aller faire pousser des salades. Certains attendront une situation exceptionnelle, des échecs importants, la mort

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d'un proche pour aller doubler leur bonheur en les salades malgré la male heure. Ce sont les jours où plus rien importe, ce sont les jours où l'on comprend certaines choses, lorsque l'on devient prêt à tout pour concrétiser nos vrais projets, oui, plus difficile que de suivre les voies sans dire mot vers le chemin de la dignité et de la considération. Quel est le mérite sur un chemin sécuritaire, le défi, ce sont les embranchements! Foi de Léonard, n'attendez pas la mort d'un de vos proches, n'attendez pas d'être le trop vieux qui regrettera, mais mieux vaut tard que jamais car souvent vous devenez un trop-vieux-trop-tôt.

Heureux vous serez, sinon, pensez à moi, Léonard, dites mon nom, car je vous aime, et vous communiquerez avec les étoiles! Le monde vous appartient.

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VERTS ET VERS LES CHAMPS

Deuxième partie

Je chante ma vie!

Où est-il?

Je pense

Sur la Terre

Peut-être

Où est cette impression qu'il y vivait?

C'est ma vie à moi de le savoir

Sur un endroit

Sans savoir

Où je suis?

Je pense

Sur la Terre

Peut-être

Mais où est cette impression que j'y vivais?

Ce que je vis dépasse tout

Me dépasse moi

Puis-je en avoir plaisir?

C'est un besoin

J'en suis inconscient

Il chante sa vie!

Phips le Fritz il vit!

Il voulait connaître sa famille et ses origines

Pourquoi?

Il vivait tellement

Il vivait tellement à côté de tout

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Juste comme un inconscient

Tout juste comme un récalcitrant

C'est pour ça que je l'aime

Moi Phips le Fritz, je vis!

J'aime

Et j'aime!

J'explose et boom!

Je suis déjà loin

Je vous ai eu

Tous

Je m'en fiche

Je suis déjà trop loin

Loin, loin, loin. . .

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Sa famille?

J'ai le temps d'y parler

Des jours

J'y vois la Terre

Mais il dit

Désolé

Le temps il manque

Je pars

Son père il meurt

Meurt et meurt et meurt

Il voit les choses tellement bien

Bien, et bien

Je l'envie

Ma famille?

Le temps il court

Les dieux ils digèrent

Peut-être

Mais désolé

Le temps il manque

Je pars

Mon père il meurt

Je suis indépendant, autonome

Je vis loin les endroits sans savoir

Je suis inconscient

Je ne comprends rien

Rien rien, et rien

Je suis heureux!

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Ses origines...

Il y rêve

Non

Une impression d'y avoir manqué quelque chose

Des moments, une expérience

Trop tard il comprendra

Ce qu'il aurait dû faire

Je pense

Aujourd'hui son père il meurt

Il meurt et meurt et meurt! ! !

C'est dur à comprendre

Dur et dur, dur, et dur

Aah... aah... aah...

Mes origines!

Oui

Beau-beau-beau, beau, beau et beau

Naturel ce lieu

Et c'est ma vie

Je la chante, te, te, te te

On comprend tard vous pensez

Ignorants

Les contextes, ils existent!

Un récalcitrant je suis

C'est ma vie à moi de me savoir sur un endroit sans savoir

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Phips le Fritz

C'est plus tard qu'il comprendra

Mais peut-on lui en vouloir?

Moi, Phips le Fritz

C'est plus tard qu'ils comprendront

Je suis naïf

Je suis récalcitrant

Je chante, te, te, te te...

la, la, la la... ma vie

Peut-on m'en vouloir?

Te, te, te te...

la, la la

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Construire l'Existence

Dans chaque maison se tient une garde-robe.

Une dame possédait le sien. Pour la décrire, elle se trouvait jeune et belle. Sa vie durant elle n'a eu que l'opportunité de garnir son coin de maison. Chaque jour elle tentait l'acquisition de nouvelles expériences. Elle écrivait des choses, racontait sa vie, gardait des papiers qui à ses yeux venaient prendre une importance qui ne cessait de grandir. Plus les années s'envolaient, plus elle y accumulait sa vie. Elle y passait des nuits blanches que rien au monde aurait pu venir remplacer. Si l'idée lui était venue qu'un jour on l'enterrerait en la terre de son jardin, peut-être aurait-elle donné une tout autre importance à cette garde-robe. Car à la fin, après s'être emparé de sa succession, on y a réuni ses beaux souvenirs ne révélant plus aucun intérêt pour personne.

Les souvenirs des morts on enferme cela très loin. Jusqu'au jour où un descendant en mal de vivre se découvre les mêmes intérêts. Alors ce très loin devient enchanteur. Il renferme un monde, un monde de vieilles idées qui en deviennent de nouvelles. Personne n'est vraiment à l'avant-garde des garde-robes, tant de choses dorment dans le fond des vieilles maisons.

C'est lorsque la dame a bien vécu et que les années lui ont appris à tracer sa voie, à traverser les épreuves de la peur de l'amour de la mort, qu'elle est à son meilleur pour transmettre sa réelle vision des choses.

Dans chaque famille se tient un descendant en mal de vivre. Ce jeune homme en déduisait des choses. Pour le décrire, il survivait. Sa vie durant il n'eut que l'opportunité de vivre à l'heure de la dame. Il observait la maison isolée, il vivait son passé, il imaginait son futur. «Peut-être la descendance s'arrêtera ici», songeait-il. Il pouvait ressentir chacune des peurs de la dame, vivre intensément sa passion. Quelques objets reflétaient ses souvenirs: une chandelle à moitié consumée, de vieilles cigarettes, une plume, des écrits, une photo, une lettre froissée... c'est le projet d'une vie!

Il arrivait à la comprendre, vivait ses craintes, son ardeur, rien n'indiquait clairement

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son emploi du temps, de quoi elle survivait, avec qui exactement, mais le charme le demandait ainsi. «Comme il lui était simple de vivre une journée en espérant une rencontre», pensait-il. Douce il l'imaginait. Il croyait paisible l'amour qu'elle semblait porter en chaque chose, à chaque détail. Il la savait en terre, il ne pouvait que l'aimer davantage. «Ce qu'elle doit être belle lorsqu'elle dort». Il ne la connaissait pas, il n'avait que ses écrits et cette photo. Pourtant c'est l'atmosphère, le contexte, les bribes de sa vie qu'elle lui avait laissés malgré elle qui le rendaient heureux. C'était suffisant pour ne l'aimer que davantage. Lorsqu'elle racontait ses amours, jaloux ça le rendait. Le charme de constater qu'elle a vécu toutes ces années sans lui, aimé d'autres hommes que lui, fait l'amour avec eux, il pouvait s'y voir, s'y reconnaître, il avait besoin d'en savoir plus. Il se plaisait à imaginer cette même intensité qu'ils auraient pu vivre ensemble. D'une jalousie privilégiant l'amour, il n'aurait point voulu ne pas considérer le passé de la dame. Au contraire, pouvoir apposer une histoire, un vécu à cette femme, et se voir en être, c'est en faire partie. Il existe plusieurs façons de voir les choses, de les comprendre. Il s'agit de s'éloigner pour apercevoir l'ensemble.

Un sentiment si fort, si impossible. Certains jours il arracherait les planches de la garde-robe avec l'espoir de la voir apparaître. Alors il s'y enferme des nuits entières. Il désirerait la déterrer, l'observer quelques minutes. Il abandonnerait aussitôt cette garde-robe et ces souvenirs devenus les siens pour se faire enterrer dans la terre au jardin. Il la tiendrait alors dans ses bras et l'écraserait pour l'éternité. Et c'est ce qu'il fit, et c'est avoir donné un sens à sa vie.

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L'Anticipation

 

Je pense et je pense

Sous et non, ce pourquoi je

Un homme qui jadis vivait de solitude

Vivant le dessus d'un salon où l'on exposait les décédés

Chaque jour, retournant et remplissant ses idées

autour des quatre coins de l'appartement

il anticipait sa propre mort

 

De comparaison en comparaison

sa vie s'entremêlait avec la destinée des décédés

ou du moins, avec ce qu'il pouvait en imaginer

 

Et les prestigieux apportaient les masses

Les habitués apportaient leur famille

Les solitaires apportaient l'oubli

Mais tous apportaient la réalité, la mort

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Je pense et je pense

Sur et non, ce pour qui je

Une femme qui jadis vivait de collectivisme

Vivant le dessus d'une fleuriste

d'où les principales livraisons pour le dessous, le salon

Chaque jour, retournant et remplissant ses idées

autour des quatre ouvertures sur la nature, les fenêtres, elle anticipait sa propre vie

 

De comparaison en comparaison

sa vie s'entremêlait avec la cadence de la nature

les fleurs, les arbres, et plus

de ce qu'elle pouvait imaginer

 

Et les prestigieux sortaient les pots et les guirlandes

Les habitués sortaient le strict nécessaire

Les solitaires sortaient l'oubli

Mais tous sortaient la réalité, l'amour

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Oui! Pour penser je pense

Du sous et du pourquoi, je l'oublie

Un homme et une femme qui jadis vivaient

Vivant le dessus et le dessous d'une vie dans l'opposé

Chaque jour, retournant et remplissant leurs idées d'opposition

autour des dessus et des dessous

ils anticipaient leur propre destinée

 

De comparaison en comparaison

leur vie s'entremêlait

l'une anticipait la fin, la mort

l'autre le commencement, la vie de par la mort

 

Et les prestigieux anticipaient la fin

Et les habitués anticipaient l'entremêlée

Et les solitaires anticipaient le commencement

Mais tous anticipaient l'irréalité, la vie

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Détruire les Clôtures

 

ils n'eurent de joie pour vivre

c'est alors que les orages déferlaient ternes

et ces champs qui avançaient en bas

où Dieu se manifeste

Erre crédule barbare, ami

alors que la sorcière cimetière les champs

Ah, ils n'eurent de joie pour vivre

C'est alors que les cieux rageaient fort, et ces champs qui avançaient...

Vois cette pluie de l'enfer

elle est pour toi, elle est pour moi!

Si tu savais voir danser les arbres, les clôtures sauraient ne pas se bâtir

Savoir entendre les coups, alors que nous savons où les champs sont, d'où la rivière

Crédule barbare, ami, pourquoi ce nom, de là où coulent les voix

Entends les Roches! la belle messe pour les morts

Entends les Pancartes! nous finirons par pourrir avec elles quelque part

Entends les Sables! les orages déferlaient ternes, ils n'eurent de joie pour vivre

Vois donc ces ciels de nuages,

et la sorcière saura raconter notre histoire avant même que nous l'ayons vécue

Vois donc ces vertes fleurs, et tu t'apercevras que la sorcière ne saura raconter l'irréel

tellement différent il sera de la normalité, de la moralité

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Crédule barbare, ami, les clôtures se construisent d'une facilité effrayante

Vois la danse de ces roches, le ciel frappe fort et vite

Posons la question, savez-vous, où le soleil, il pleut toujours sur les champs

On en vient à aimer la pluie

Sorcière insensée, amie,

comment saurais-tu nous aider pour une destruction de ces roches?

Quand donc ces choses deviendront futiles,

ces champs sont si loin alors qu'ils pourraient être si près

ils n'eurent de joie pour vivre

erre crédule barbare, ami... je ne sais plus

sorcière visionnaire, meurs donc sur les champs

au moins une pierre s'y tiendra, gravée

et j'observerai cette pierre, elle ne dansera plus

et tu symboliseras la destruction de ces clôtures

sur les champs, sur mes champs

alors je saurai y retrouver ma rivière

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Burlesque Vie

Dans la nuit ascendante, descendant les montagnes, dans les noires forêts en la lune obscure, je rencontrai un crédule barbare et j'en fis un ami.

Tous deux nous parcourûmes les terres d'automne d'au-delà les lieux. De chemin en chemin, de sentier en sentier, de rivière en rivière, nous arrivâmes. Une petite chaumière de roches, une vieille cheminée envahissant un air de fumée, nous entrâmes sans mot dire.

La sorcière dit alors: «Loin l'autorité. Entrez, dans l'attente de vous je me tenais et avec vous je partagerai mon temps. De votre venue depuis un moment je réfléchissais. Des choses j'ai vues, entendues.»

Nous nous assîmes, pour la nuit vienne, pour la sorcière insensée puisse raconter, d'une interminable faction, alors que la nuit viendra, j'entends: «De mauvais esprits hantent les forêts; Viens plutôt danser sur les gazons frais» C'est alors qu'au tournant d'un arbre, dans cette forêt pourtant isolée, m'apparaît une princesse. Ce sont là les trop fortes coïncidences. Voilà ce que j'en dis:

«Oh! Belle la burlesque, ma Burlesque

Dans les sentiers des bois

là où me promènent les vents

Je pleure dans l'attente, l'attente dans le pleur

Et ces feuilles... oranges, rouges, jaunes

Je réfléchis dans cette attente

Repensant au Plateau du Passé

Oh! Belle ma Burlesque, la fallacieuse princesse

pour l'accuser de ce que je suis

Viendra-t-elle? Et je me questionne, me mande

Viendra-t-elle? Et dans les sentiers, l'aimerai-je?

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Je sais, je ne vaux

Ni de par Dieu, ni de par la société

Et mes larmes déferlèrent vers

Elle préférera autres, il faut, et puis

Ah, ma Princesse!

Oh! Belle sa burlesque, la princesse!

Va! Va pour les autres! Je vaux? je ne veux

D'amitié d'enfer, d'amour infini, d'un désir rempli

Je veux? Je ne vaux. Va des autres, pour les autres

Me laissant à mon aliénation, de voir, de croire

de comprendre, d'espérer, d'espérance

Oh! Belle la burlesque, ma Princesse

Viens! Viens dessus mon sentier des bois

Par-dessus les feuilles, au-delà les demeures

D'une nuit de lune, j'attends, d'amour, de pleurs

Je ne vaux mais humble je serai

d'obligation, pour cause de l'injustice

Mais de désespoir

D'une vie solitaire engagée et obligée

Le coup de cloche sonne la vérité

Elle est morte ma Burlesque

De non inconnue de moi, et j'en meurs

Sans oublier les autres qui valent

Inconnus d'elle depuis

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Et elle vient ma Princesse

Là, elle se montre pour les accusations:

«Je suis morte! Je veux que vous mouriez aussi!

Voilà d'un prix à payer, car moi je vaux...»

Et je ne vaux, je burlesque, d'amour, de pleurs

Et je meurs, dans les sentiers des bois

De douleur, de peur, sur les feuilles, en humble

De, et pour, ma Burlesque Princesse.

De mauvais esprits hantent les horizons, aussi,

je vais plutôt aller danser sur les gazons frais»

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Le Lieu inédit

 

Le bel édifice, au moins 300 fenêtres.

Je symbolise une ville, il sera le premier à sauter en temps de guerre.

Que de gens qui veulent me rencontrer alors qu'il y a peur à la guerre.

Se tient une rue de par le bel édifice.

Un quartier peut-être intéressant, pour un temps.

De bizarres amis qui ne sont pas, bizarre rue.

Mais des maisons plus à l'est où les gens demeurent. Ils semblent malheureux.

Cet idéal de vie à atteindre, l'instabilité.

Quelques appartements par-delà la défense, le bel édifice.

Une rue bizarre qui n'en est pas, bizarres ces gens.

L'autorité traverse le tout, les éléments y sont pour commencer la guerre.

«Il sera le premier à sauter!» Inconscient de son état, jeune ou vieux.

La différence consiste en une faible augmentation d'une certaine liberté. Non. Plutôt une légère baisse des contraintes de la vie.

Des choses à me reprocher.

On ne m'en veut pas, c'est bien.

Des choses à vous reprocher, et pire, une vie tellement vide.

Le bel Édifice? Il n'existe plus. Une rue bizarre qui sera mienne.

Je brille et non malgré moi, bizarres gens qui m'appartiennent, on risque toujours gros.

Terminé les gens qui se sont battus,

je les ai tous oubliés, je ne les ai jamais connus ou vus.

Des endroits bizarres, et loin, on y boit du vin,

on y fait l'amour, alors que les lumières frappent.

Que de gens malheureux. Je suis maître à passer les folies.

À commencer aujourd'hui, dans dix ans j'y verrai grand.

Qu'est-ce qu'on en dit, voire, je suggère l'audace,

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je suggère l'heureux, je marche fort.

Ça va finir quelque part, ça a commencé dans l'enfer de ces bizarres.

Et le durant, quand c'est trop, on y voit fort les folies.

Le plus jeune de tous et encore plus. Mais le temps est venu, sans contraintes.

Un embarqué, déjà? Si l'heureux, j'y vois bien.

Méchants humains, bizarres ou non, pourront-ils aimer?

Pourront-ils oublier les autours, pardonner les folies?

Je me tiens, je lève la tête, je regarde, je ne pose aucune question.

Je suis bien ou je suis mal.

Je suis bien. J'exagère.

Je suis mal. Je pars.

On parlera de fuite, je parlerai de fuite.

On parlera de construction, je parlerai de faillite.

On parlera d'Untel, je parlerai d'Untel,

je parlerai et je parlerai, et les préjugés me détruiront. Je suis seul, mais c'est faux.

Je voudrais faire croire le contraire, c'est grave. C'est incompréhensible.

Je vous en veux, sans raison, c'est faux.

Mais non, je ne suis pas seul sur l'inédit.

Bien au contraire, nous sommes une armée.

Comment pourrez-vous me croire maintenant.

On vous dit n'importe quoi, vous pensez n'importe quoi.

Dieu, mourir pour vivre, souhaitable.

Hier, aujourd'hui, demain encore, rien ne changera.

J'ai déjà dit ou je dirai, je sais ce que je dis.

Rien n'est bien, et tout pourrait être bien.

Rien n'est bien.

Vous savez ce que vous pensez, et c'est bien.

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Vous savez ce que vous dites, et c'est bien.

Vous savez ce que vous faites, vous êtes bien.

Là où la terre se tenait, je me tiens.

Et là où l'histoire s'éteignait, ma folie prend vie.

Existe la raison, pour vous, pour lui.

Existe Dieu, pour eux.

Existent les champs.

Jadis, jeune j'étais. Au-dessus des nuages je m'asseyais. La vie me semblait belle, j'avais possibilité à me déplacer dans les airs. Je ne restais heureusement pas seul, les pignons de grandioses bâtiments sortant des nuages m'inspiraient ces folles soirées où je ne désirais qu'une chose, respirer et vivre, seul et heureux, ici, aussi longtemps que possible. Jadis, vieux j'étais. Au-dessus des montagnes je m'asseyais. L'atmosphère me semblait belle, j'avais la capacité de me transporter dans les airs. Il se tenait quelques habitations autour d'une rivière et des lumières éclairaient la nuit. Je me suis déplacé vers un écran «x» projetant des réalités dont j'ai retenu des détails pour reconnaître l'endroit dans un futur plus ou moins certain. Et je suis tombé dans le vide.

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Quand nos folies se justifient-elles?

 

C'est la noire nuit

 

Le moteur tourne

Elle traverse le champ donnant accès à la route

Elle traverse le village non pas endormi, mais vidé de ses gens

Elle roule, elle est survoltée, elle va affronter sa peur

 

Non non non, Alice! Tu auras les regrets!

Retourne plutôt observer le lac vaguant dans la nuit

 

C'est la noire nuit

 

Le moteur s'arrête

Elle traverse la petite montagne donnant accès à la grande maison

Elle traverse les terrains de ces quelques maisons non pas vidées de leurs gens, mais endormies

Elle marche, elle n'est plus elle-même, elle appartient à sa peur

 

Non non non, Alice! Tu auras les regrets!

Retourne plutôt observer les arbres crieurs sur la plage

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C'est la noire nuit

 

Les morts, ils tournent, dansent, s'arrêtent

Elle observe ce grand salon donnant accès aux fenêtres closes

Elle traverse le grand salon soudainement vidé de ses gens

Elle ne roule plus, ne marche plus

Elle n'est plus elle-même, elle appartient à la mort

 

Alice! Tu n'as plus les regrets!

Mais tu ne retourneras plus converser avec les roches

 

C'est la noire nuit!

 

Elle danse!

Elle ne s'arrête plus!

Elle observe les fenêtres closes donnant accès aux maisons vidées de leurs gens!

Elle observe la montagne donnant accès à la grande maison!

Elle attend, c'est maintenant elle qui crée les atmosphères, la peur

Elle danse le salon, elle appartient à la mort, mais elle est maintenant elle-même.

 

Alice...

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Nos folies se justifient-elles?

 

La motivation d'Alice, c'est l'Amour

 

Attendre la nuit peut devenir long, elle dit

Regarder à travers les murs peut devenir décevant

Regarder la vue des fenêtres peut devenir suffisant

 

Alice commence sa nuit, la nuit d'Alice

 

Elle marche l'escalier

Elle résonne ses pas

Elle bruite les murs

Elle frappe le garde

 

Quelques-uns se réveillent

La comprennent

Retournent dormir

 

Alice continue sa nuit, la nuit d'Alice

 

Elle marche la cuisine

Elle sonne quinze fois l'horloge, vingt fois

Elle crache les lustres sur le sol

Elle hurle son possible

 

Quelques-uns se lèvent

Sont désolés

La prennent en pitié

Retournent dormir

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C'est la nuit d'Alice, et elle continue

 

Elle marche la porte d'entrée

Elle fait entrer le chat, pousse la sonnette quatre à six fois, trois fois

Elle claque la porte trois à quatre fois, six fois, elle s'ouvre les veines et pisse le sang

 

Quelques-uns se lèvent

Ne la comprennent plus

Ont peur d'elle, pour elle

Tentent de converser

Retournent dormir

 

C'est la nuit d'Alice!

 

Elle devient folle!

Elle fracasse tous les miroirs, tue les plantes, fait cuire le chat, ouvre la télévision pleine capacité!

Elle appelle la vaisselle et les bibelots sur les murs, s'arrache la tête!

Et alors, tous se lèvent!

Vraiment, ils ne veulent plus rien comprendre!

Vraiment, ils ne veulent plus essayer de parler!

C'est la fin d'une heure grave, ils s'en vont!

 

                 C'était la nuit d'Alice, la belle Alice...

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Sur le Plateau du Passé

Sur le plateau du passé, de par les différents lieux, hauts sont les monts et ténébreux et grand le val profond, la violente réalité. C'est du chevalier de la légende dont il s'agit, il chevauche vers. Il rencontre, un, le roi, qui de haut la montagne se lève le matin sur son château. Il pourrait alors dire: «Justes cieux, je règne sur les lieux, et rien ni personne sauf Dieu ne m'empêchera d'agir comme je l'entends.» Mais il n'est pas toujours facile d'être roi et la raison lui fait quelquefois remettre à plus tard les joies des champs. Aussi fit-il appel au chevalier de la légende afin d'en savoir plus sur la vie de ses sujets.

Le chevalier parle:

—Jamais plus beau couché de soleil n'eut fait adieu aux lieux. Aujourd'hui c'est la non-raison qui dirige. Pour une requête, ma requête. Je dois et je dois, représenter la réalité telle que le roi pourrait la voir, la comprendre, l'interpréter. Mais me dis-je, il s'agit d'arracher une citrouille sur les champs et de la mettre dans ses appartements pour comprendre combien difficile demeure l'atteinte des champs. Autant pour le roi, car tous les éléments n'y seront peut-être pas afin que la citrouille ne se transforme en un champ impressionnant. Il nous restera toujours l'opportunité d'admirer. Mais comment le roi pourra-t-il se contenter de paroles si insignifiantes.

Le roi parle:

—Parle-moi des coutumes de mon peuple, de Dieu qui les protège. Va donc sur les lieux y trouver ce que tu cherches, y observer ce que je cherche.

Du futur sentier, hautes sont les montagnes et d'enfer est le val. Violence et violente réalité. Du chevalier de la légende cherchant l'amour de par la montagne, un château plus haut, ainsi d'où les voix proviennent. Chevauchant vers, il la rencontre, deux, la petite fleur simpliste, se tenant les airs en suggestion.

La fleur parle:

—Ce que tu crois de ces lieux, que de fausses idées sur ces gens du village. Il y a foule aujourd'hui sur les collines. —Oui, c'est exceptionnel. La température est plus chaude qu'à

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la journée d'avant, c'est pour la bonne conscience qu'ils sont à l'extérieur. En ces temps l'on s'entend dire: «Dieu, c'est l'apocalypse!» Mais les voit-on certains jours là où les montagnes gagnent en atmosphère en travers la forêt? Les voit-on certains jours sur le lac sans nom? Non, et pour cause, nous savons de la forêt que de mauvais esprits la hantent et nous croyons que le lac sans nom devient océan.

La petite fleur simpliste parle:

—Pourquoi aller chercher au-delà les montagnes ce que l'on peut trouver ici. On peut se contenter, l'amour, voilà ce que tu cherches aussi, et puis, qu'en est-il des vôtres?

—Qu'en est-il des miens? Je possédais un jardin joli, de moi, pour moi, fantastique, gigantesque, une gente soeur et des arbres. La pluie s'y abattait souvent, la pluie s'y abat souvent, pour moi, pour ma gente soeur. Mais lorsque l'amour ne fait que soutenir l'existence, n'est-il pas temps de découvrir un nouveau sentier?

—Je connais une voie, celle du roi. Jamais nul ne se placera sur ton sentier. Mais jamais nul ne trouvera ton jardin. —Je le crois et c'est triste. C'est pour cause, Dieu. Aujourd'hui j'aimerais arracher une fleur simpliste sur les champs et lui offrir en disant: «Tiens, voici une petite fleur simpliste». Les efforts à fournir sont grands, tentants, pourra-t-on les rendre réels? Ce bonheur, je l'ai cherché en travers chacun des lieux. Le roi aurait pu voir sur les champs que je ne m'y trouvais pas. Encore eut-il fallu qu'il marche en travers la rivière, ou alors qu'il prenne le chemin jusqu'aux autres montagnes, mais des choses plus pressantes appelaient. Faut-il croire que ces champs près du village ne servent qu'à placer ces pierres, faut-il croire que la paix ne se retrouve que sous la terre où enfin paisible devient le temps. Et il y en aura encore pour installer leurs cendres dans un tiroir.

C'est alors qu'à l'intérieur du plateau du passé la vie ne semblait plus exister, sur une terre où pourtant les montagnes sans arbres vivaient... un château, un village abandonné. Ainsi les champs d'où les voies semblent venir. —Et je comprends que ce plateau peut être faux puisqu'il existe une montagne avec des arbres et ce n'est plus Dieu qui couronne le tout. Et le soleil levant, là où nous allons, vouloir atteindre l'eau, la rivière et puis s'envoler pour observer les plaines et les montagnes, les voies et le plateau du passé. La fleur simpliste a produit son effet.

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Le roi parle:

—Nous sommes bien loin des coutumes du roi, que sont-elles devenues sur ces champs?

—Voilà ce que chantent les champs ô mon roi: à quoi sert d'être conservateur puisque les coutumes, toujours en changement, chantaient bien différemment avant votre naissance. Or donc, quel temps semble être le plus juste?

 

Madame Latulipe et ses Olives vertes

 

Madame Latulipe demeurait sur la rue de la Joie. Sa voisine madame Desrosiers habitait à côté.

Madame Latulipe avait un mari. Celui-ci a fait une crise cardiaque avant l'âge de trente ans.

Madame Latulipe semblait malheureuse, mais elle adorait manger des olives avec son mari les jours d'été.

Vous savez, ce n'est pas parce que l'on parle d'une dame Latulipe, d'une voisine Desrosiers, d'une rue de la Joie et de quelques olives vertes que l'histoire est nécessairement fausse. Il existait effectivement tous ces éléments dans ma jeunesse et cette dame semblait malheureuse de mon point de vue car je ne l'avais jamais vue sourire. Son mari aurait fait une crise cardiaque, peut-être pour cause de stress, peut-être pour cause d'inaction, je n'en sais rien, on ne nous raconte pas tout lorsque l'on a cinq ans. Mais à cet âge on observe, on constate, on conclusionne.

Mes conclusions sont perverses. Chacun dirait qu'avec une belle petite maison brune, un mari, des olives vertes, une voisine Desrosiers, une petite fille peut-être jolie, sur la rue de la Joie, ainsi, rien ne pourrait ajouter à ce bonheur. Pourtant elle ne souriait pas, étant constamment frustrée, sa fille subissait et moi j'observais.

Selon moi elle se présentait comme la méchante maman. Mais que dis-je, ma maman aussi était méchante, elle ne souriait jamais, constamment frustrée. Aujourd'hui ma maman se défendrait bien de ces accusations, sa maman aussi d'ailleurs, n'empêche que c'est le souvenir que j'en garde.

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Lorsque l'on mange des olives vertes avec son mari la vie peut être belle. Surtout sur la rue de la Joie. Il faut croire aussi que lorsque l'on sourit seulement aux gens que l'on juge opportun à, que lorsque l'on envoie promener le boulanger et puis lorsque les enfants nous exaspèrent sans raison évidente, on peut considérer que l'on est malheureux. Mais du point de vue d'un adulte autre, recevant un sourire, fallacieux peut-être, madame Latulipe pourrait sembler heureuse, certes.

Les grenouilles vertes existent en travers les champs. Quelques-unes, des récalcitrantes, vivent encore dans les sociétés. Rêvassantes, elles observent et conclusionnent. Vous savez que, ou sachez que, les olives sont vertes, les grenouilles sont vertes. À force de mâcher des olives il arrive qu'on ne distingue plus si l'on mâche des olives ou des grenouilles.

Madame Latulipe mangeait des olives vertes avec son mari cardiaque. Sa fille existait, aujourd'hui encore. Mais elle est devenue une fuckée de la société alors qu'on ne comprend pas pourquoi. Certainement sa maman se défend bien quant aux justifications, on se raccroche aux influences extérieures au noyau, pourtant...

On n'a pas besoin de battre son enfant pour le faire conclusionner, on a juste besoin d'être constamment frustré. On n'a pas besoin d'être constamment frustré contre son enfant pour le faire conclusionner, on a juste besoin d'être constamment frustré.

 

DROIT DE LA FAMILLE QUATRE TRENTE-QUATRE

 

«Aujourd'hui la Terre ne tourne plus. Alors, qu'est-ce que j'ai vécu? La plus ordinaire des vies de vieux notaire bien en vue d'une province perdue. Qu'est-ce que j'ai vécu? Avec la plus ordinaire des femmes de vieux notaire. Qu'est-ce que ma vie vient faire dans votre histoire?

Voyons, je suis intelligent, raisonné raisonnablement, depuis toujours je remplis mes papiers, j'aide la société à se comprendre dans ses formalités d'usage. Alors vous pensez, ma femme, une femme battue?

D'abord je ne l'ai jamais touchée. Ensuite, si l'on devait se battre, elle aurait le des

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sus. Je ne suis qu'un bon et faible notaire bien en vue d'une province perdue...

Malades! Vous êtes malades! Elle est malade! Oui! Il faut la faire soigner! Je connais mon droit. Mes agissements aussi. Le juge saura rendre une décision juste et réaliste. Il relève Dieu, il le dira, ma femme n'est pas une femme battue. Eh merde! C'est une femme qui a beaucoup de problèmes psychologiques, qui dramatise tout. Les arguments m'échappent car franchement et sincèrement, le juge saura le dire, ma femme n'est pas une de ces grenouilles en voie d'extinction retrouvées mortes, achetées et vendues en gros sur les étagères des épiceries. Le juge lui, il sait dire, il le saura. C'est la sagesse même, il sait considérer chaque facteur, chaque fait, chaque acte. Une logique et une compréhension de la chose que souvent lui seul comprendra mais qu'il ne faut pas mettre en doute.»

Jugement de la haute et distinguée Cour Supérieure

Me le notaire bien en vue (Défendeur) Appelant

c.

Dame la femme battue (Demanderesse) Intimée

Jugement rendu par le très Honorable Juge Vert, Juge en Chef de la Cour Supérieure.

Décision rendue mais confuse:

«Bon. Je vais commencer par cette phrase totalement hors contexte: «Les malheurs n'en sont jamais, ils apportent soit un autre bonheur, soit l'expérience.» Voilà. Maintenant que j'ai la conscience claire, nous pouvons commencer.

Excusez-moi, y a-t-il des enfants dans cette histoire et si oui, ont-ils rapport avec le défendeur ou l'appelant? Voyons, j'ai besoin de réfléchir plus longuement sur la question... et si on remettait la cause à l'année prochaine? Ah et puis, oublions cela et débarrassons-nous en maintenant.

Peut-être le principe de l'ordre public et des bonnes moeurs a rapport dans notre affaire? Écoutons (en résumé) l'intimée:

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—Monsieur le Juge, votre Honneur, Seigneurie, Seigneur Dieu, et rajoutez-y tout ce que la politesse formaliste demande, je suis venue vous dire bien clairement que je veux le divorce. Mon mari me bat psychologiquement. Il me menace, me harcèle avec des tournures de phrases bien appropriées auxquelles je ne puis faire face. Ma vie est un vrai calvaire, aussi, je ne vis plus avec lui depuis la fin des temps. Enfin, j'exige compensation.

Écoutons maintenant l'Appelant (en résumé):

—Monsieur le Juge et bien bon ami, je ne suis qu'un piteux notaire bien en vue mais bien faible. Je serais incapable de battre ma femme et j'ajoute que c'est elle qui est agressive et qui en a toujours à me redire, à me reprocher: «Tu es toujours occupé, occupé-occupé-occupé! Viens donc et arrête de vivre pour ton travail! T'es devenu un gros outil de la société et ta promesse de deux semaines où l'on sera ensemble, elle ne viendra jamais!» Elle aimerait bien vous faire croire que moi seul j'ai les torts. J'exige le non-divorce, j'exige la non-compensation, j'exige le non-titre de «femme battue».

DIEU SAUVE LE JUGE! Bon. Premièrement il s'agit de savoir de quelle cour ce cas relève, soit, la Cour Supérieure ou la Cour Inférieure. Pour constituer les éléments de la question comme susdit dans chaque cour respectivement, il sera et il est loisible à Sa Majesté le Juge, à ses collègues Juges un peu moins honorables et un peu plus ordonnés, par un acte sous son ou leur seing, d'autoriser un représentant ou une représentante ou un représentant du représentant ou une représentante de la représentante ou un représentant de la représentante ou une représentante du représentant ou l'administrateur d'icelui ou d'icelle ou d'iceux ou d'icelles ou l'administratrice d'icelui ou d'icelle ou d'iceux ou d'icelles à convoquer, et lui ordonner de convoquer, dans le délai ci-après mentionné ou ci-avant mentionné ou mentionné tout court ou non mentionné peut-être, et au nom du Juge en Chef par un acte sous le grand sceau de telle cour, aux dits éléments de la question à établir dans chacune des cours respectivement, une corrélation suffisante afin de savoir laquelle cour possède compétence en telle question; et il sera loisible à Sa Majesté le Juge, à ses collègues Juges un peu moins honorables et un peu plus ordonnés, de donner pouvoir et d'ordonner, de temps en temps, par un acte sous son ou leur seing, d'autoriser un représentant ou une représentante ou un représentant du représentant ou une représentante de la représen-

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tante ou un représentant de la représentante ou une représentante du représentant ou l'administrateur d'icelui ou d'icelle ou d'iceux ou d'icelles ou l'administratrice d'icelui ou d'icelle ou d'iceux ou d'icelles de chacune des dites cours respectivement, à approuver de la même manière les éléments de la question par telles autres personnes que Sa Majesté le Juge en Chef et ses collègues Juges un peu moins honorables et un peu plus ordonnés jugeront compétentes. DIEU SAUVE LE JUGE!

Je ne sais plus si la question est répondue mais afin de s'épargner une dizaine d'années la cour décrète que ce cas relève bien de cette cour.

Deuxièmement, je suis d'avis que lorsque l'on rencontre une dizaine de fourmis sur le bord du trottoir, il faut les écraser car elles méritent toutes la mort. Cependant il faut spécifier ceci: cet avis sur les fourmis ne s'applique pas aux grenouilles vertes. Je citerai à ce propos le Juge Presque Vert de la Cour Inférieure, de ce fait je suis conscient qu'il faut diluer ses dires, la Cour Inférieure ne sait pas trop ce qu'elle raconte. Je cite:

«Les fourmis se faisant de plus en plus présentes et catastrophiques dans notre société, je suis d'avis considérant que les grenouilles mangent les fourmis, que si nous rencontrons une dizaine de grenouilles vertes sur le bord du trottoir, il faut les épargner. À savoir, les abus ont conduit ces animaux inoffensifs à la voie de la disparition. Je citerai à ce propos le Juge Vert de la Cour Supérieure, de ce fait je suis conscient que ses paroles doivent être hautement considérées, évidemment, la Cour Supérieure ne dit que des choses justifiées reposant sur des facteurs et éléments plus que pertinents. Je cite donc:

«Je suis d'avis que lorsque l'on rencontre une dizaine de fourmis sur le bord du trottoir, il faut les écraser car elles méritent toutes la mort. [...] Cet avis sur les fourmis ne s'applique pas aux grenouilles vertes».»

Par ailleurs, nous devrions reconsidérer et confronter ce qu'on dit souvent: «Une grenouille verte ne saurait survivre seule dans la nature».

Voilà, le tout avec dépens!»

Les collègues Juges un peu moins honorables et un peu plus ordonnés ont donné raison au Juge Vert, Juge en Chef de la Cour Supérieure.

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Doctrine accompagnant le jugement

Analyse rendue par un futur presque vert de la cour, pas honorable pour un sou.

«Dans l'interprétation du jugement du Juge Vert de la Cour Supérieure, se présentent en fait, en y regardant bien, quatre piliers bien précis:

1- Peut-on accorder le titre de femme battue à Dame la femme battue?

Oui.

L'Honorable Juge Vert est d'avis qu'une dizaine de grenouilles vertes retrouvées sur le trottoir doivent être épargnées puisqu'elles sont en voie d'extinction pour cause des abus de la société. Les abus supposent qu'il y a effectivement femme battue.

2- L'argument du notaire piteux et faible de Me le notaire bien en vue peut-il être une bonne excuse à ses agissements?

Non.

L'honorable Juge est très clair là-dessus. Il dit qu'une dizaine de fourmis rencontrées sur le bord du trottoir méritent toutes la mort (aucune ne peut être épargnée sous prétexte qu'elle soit intelligente et raisonnée).

3- Doit-on accorder le divorce?

Non.

Le Juge parle du principe de l'ordre public et des bonnes moeurs. Il faut donc en déduire qu'il faut prôner la stabilité de l'institution du mariage. L'intimée elle-même nous

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raconte qu'elle ne vit plus avec son mari depuis la fin des temps, cela signifie implicitement qu'elle vit encore avec son mari. C'est qu'alors, elle possède la chance de se remettre sur pieds, son mari également, afin de tenter de construire une relation potable.

4- Des dommages-intérêts?

Non.

Les gens perdent toute raison lorsqu'ils arrivent dans une situation tel le divorce. Ils n'ont qu'une idée, la vengeance. Ils espèrent le mal sans pour autant y avoir intérêt. Considérant cet argument je suis d'avis que même avec divorce ou non, ou séparation ou non, eut égard au contexte, nous remarquons ici que le juge a omis la question des enfants, car il y aurait droit pour eux, et considérant les arguments du troisième pilier, la femme battue n'a pas droit à compensation. Mais ici j'ose avouer que je dépasse les dires du juge en chef. Celui-ci suggère purement et simplement la remise en question des dommages-intérêts: il est temps de prouver qu'une verte saurait survivre seule sans le soutient d'une société. Personnellement nous croyons que le juge se goure complètement dans sa justification mais qu'il a raison pour le fond.»

* * *

«Alors là, c'est vrai que la Terre ne tourne plus! Qu'est-ce j'ai vécu? La plus ordinaire des vies de vieille femme bien malheureuse qui a également travaillé. Qu'est-ce que j'ai vécu avec le plus ordinaire des vieux notaires pourris?

Je représente tout de même un pilier moi aussi. Considérons donc les quatre piliers de l'analyse du futur presque vert:

(1) Moi, un titre exclusif de femme battue jusqu'à la fin des temps?

(2) Toutes les fourmis doivent mourir et j'appuie entièrement le juge et l'analyste sur ce point.

(3) Pas de divorce?

(4) Pas de dommages-intérêts?

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Voici ce qu'elle vous dit la quatrième pilière:

Le premier pilier doit souffrir sa vie durant!

Les deux autres piliers doivent s'éteindre maintenant!

Moi une grenouille verte retrouvée morte sur les étagères d'une épicerie? Je déclare la Guerre!»

En résumé

(1) Que lui dit sa conscience? (Au Me le notaire bien en vue)

(Non non non + justification de l'enfer + confusion)

(2) Que lui dit sa conscience? (À Dame la femme battue)

(Il n'y a plus aucune solution sauf celle du divorce.

Elle perd. Aussi il n'y a plus qu'une solution:

Vengeance: Souffrance et Mort + Haine)

(3) Que leur dit leur conscience? (Aux législateurs, aux Juges Verts et Presque Verts, aux analystes futurs presque verts, etc.)

(L'organisation de la société, les institutions durables, la raison de l'État. L'ordre public et les bonnes moeurs. On ne peut accorder ainsi le divorce même si les gens ne vivent plus ensemble. Il ne faut pas encourager ce qui n'est pas l'ordre public, sinon, aussitôt qu'on atteint les 45 ans et que l'on devient gros et laid, alors qu'en plus nous ne pouvons nous contenter de la douceur et de l'attention du conjoint, on tenterait notre chance ailleurs. Mariage = sécurité de couple = ordre social.) (Mais c'est beaucoup plus obscur que ça la ratio

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decidendi!)

(4) Que nous dit notre conscience?

(1) (2) (Plutôt que de considérer le vrai problème et chercher les solutions. Se remettre en question. Tenter la communication plutôt que d'aller la chercher chez un arbitre. De toute manière, l'arbitre juge-t-il selon les bons critères? alors que tout nouvel élément apporte une conclusion différente. Il faut un détachement psychologique, etc. , etc.)

(3) (Que sont devenus les bonnes moeurs et l'ordre public? La tolérance implique changements dans les moeurs. Faut-il accorder le divorce? L'abolir? Inventer de nouveaux critères, de nouvelles institutions? S'il y a l'amour c'est parfait, sinon ça devient illégal?

(4) (Où puiserons-nous les nouvelles sources pour bâtir nos futures institutions? Faudra peut-être considérer les auteurs du siècle dernier, et puis ceux des années d'avant la venue de Jésus Christ, ou faire revenir la Chrétienté en force pour ramener la discipline là-dedans. Faut pas oublier les futurs presque verts, les Presque Verts, et puis les Verts tout court, et puis reconsidérer les quatre piliers, analyser le tout plusieurs fois, faire les consensus qui s'imposent, élaborer les nouvelles théories, et puis, etc. , etc.)

Ce que dit l'arbre de la moralité

«Oubliez tout ce qui vient de se dire.

Ne vous perdez pas en conjectures.

Ne vivez plus dans un passé devenu histoire.

La Terre tourne aujourd'hui!»

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Les Tours de l'Orage

 

C'est pour voir un ciel constamment noir qu'Édith la Belle de la Gauche hante le haut de sa tour. C'est qu'elle possède l'envie folle de détruire l'endroit où elle vit, cette planète que les gens ont tendance à oublier du haut de leur tour.

«Qu'ils crèvent tous ces humains avec leurs orages, détruisez-moi tous ces liens. Une tour. Solitaire. Seigneur Dieu, ne venez surtout pas me dire de ne pas m'en faire! J'entends moi ce que Dieu dit, son stupide grand projet d'amour. Et je sais le contexte où je me trouve aussi. La norme n'est pas toujours la norme, c'est le général. Combien de cas faut-il pour dire en général? Un peu plus de la moitié d'une centaine? C'est dire qu'une moitié ou presque serait hors-normalité, et vous osez venir me raconter ce qu'il va m'arriver. Joie pour vous. Je sais que vous êtes malheureux vous-même. Vous n'oseriez pas dire ce que vous gardez sur votre cœur depuis des années, ce que vous supportez encore. Ne cherchez pas loin, vous savez déjà de quoi je parle. Je ne serais pas vraiment surprise de constater qu'il ne vous en faudrait pas beaucoup pour m'en dire davantage, ça vous soulage et moi j'acquiers une expérience qui m'en dit long sur le fallacieux des humains. L'amour est déficient du début jusqu'à la fin, en plus des autres tours qui nous regardent, leurs yeux fixant toute situation, toute action, nous laisseront-elles vivre? Et le pire, c'est nous qui s'empêchons pour elles, car nous devinons leurs pensées. Une bonne crise de temps en temps ne nous apporte que des préjugés effrayants. Les pleurs nous apportent toute la considération désirée. Joie. Mais qu'en ai-je à faire de cette considération! Il faut se battre et se battre avec ceux qu'on aime. Normalité hein? Et ces autres tours tout autour, les plus grandes, les plus petites, toutes attachées par des liens solides ou des fils. Un petit orage et les fils disparaissent, un ouragan, les solides demeurent, cette famille, ces amis, alors que les fils pourraient être solides. Dieu semble penser différemment, il semble même se complaire à nous voir dévier du droit chemin qu'il vénère tant. Son impossible grand projet d'amour, tout de noir, faudrait être pieux, ne pas faire de mal ou de peine, se taire et pleurer loin des tours, avaler, ravaler toutes nos peines: il est impuissant, il est l'amant de plus de

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quatre autres femmes, il est alcoolique vrai, il ne me désire tout simplement pas ou plus, il ne m'aime tout simplement pas ou plus! Et que me dit Dieu à travers la sainteté du mariage, cette agglomération de symboles devenue ininterprétable? Qu'il me consolera, qu'il m'aidera à traverser ma male heure. Eh bien même si voilà mon maître, je n'irai pas mourir loin des champs. Je vais m'écouter. Je vais suivre la voie que ma voix m'aura fixée. Ces liens solides me liant aux tours qui souvent sont mauvaises conseillères, ne pouvant se mettre au haut de notre propre tour, je dois avoir la possibilité de les éloigner. Et ces fils fragiles je saurai en apporter d'autres, quitte à ce qu'ils se fassent détruire par l'orage. Et jamais je ne devrai me décourager, pire ennemi. Méchantes tours qui me regardent, si elles pouvaient sombrer parfois, j'aurais tout loisir à... en aurai-je le courage? Ah! qu'il meurt lui, un autre fera son apparition et enfin je retrouverai le bonheur. Pour combien de temps? Pour aussi bien que je porte mon nom, la gauche sera ma plus fidèle alliée. Et vous, stupides tours de liens solides, celles que je ne peux renier sans m'attirer les foudres des plus gigantesques orages qui m'achèvent, il ne me reste plus qu'à me foutre de vous. En aurai-je le courage? Il le faudra.»

Pauvre Édith Belle de la Gauche. Combien y en a-t-il sur cette planète, plus de la moitié d'une centaine? Alors serait-ce qu'Édith est dans la norme finalement?

 

Le Chapitre dernier

 

Par la fenêtre on perçoit la pluie qui descend lentement à travers le feuillage immense des grands érables. Puis mes inquiétudes viennent me contrarier encore. Mes idées se ramènent, mes pensées conseillent des choses. Les jours noirs doivent se terminer, il me faut ouvrir la porte. Rien pourtant ne justifie des tourments puisqu'une délivrance certaine m'y attend. L'atmosphère est bienséante, le temps passe, la détermination s'amplifie. Quelques souvenirs, quelques paysages reviennent pour repartir. Le téléphone sonne mais personne ne répondra, et personne ne devrait répondre. J'observe les murs, j'y vois une affiche, je n'essaierai pas d'en définir le sens.

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Ainsi j'ouvris la porte. Une immense ouverture prête à m'accueillir jusqu'au plus profond de son intérieur. Une passerelle se tient suspendue en un ciel ensoleillé et possédant des stries de nuages étalant l'horizon. Aucune hésitation ne demeure permise. Le chemin se distingue là, dans le vide, il doit être suivi.

Un pas et tout paraît encore plus merveilleux. Deux pas et la constatation de cette structure insolite s'avère une consternation perpétuelle. Trois pas et une objectivité nouvelle s'idéalise en une perspective différente. Quatre pas et un enfer se manifeste, une apocalypse: regrets, remords, silence.

J'ignore ce que c'est, mais tout le monde semble pressé. On m'enjambe et je pleure pour qu'on me remarque et m'emmène. Mais le pire survient. J'ai peine à comprendre la situation. Ensuite le vide devient anarchique. Que faire maintenant? Ainsi se compose la vie? Il ne me reste qu'à attendre. Ils reviendront. Comment se peut-il que celle-ci me soit inconnue? Qu'a-t-elle à me regarder ainsi. Je crois que je vais dormir, je n'ai rien d'autre à faire. Ouche! Qu'ai-je encore fait! Cela ne me semble pas si grave. C'est un accident, alors pourquoi me faire mal? J'observe la rue, les maisons, les gens, je vois que je ne suis qu'un et qu'il m'est interdit de bouger. Voilà ma soeur, mon idole. Elle a toujours raison, je n'oserais la démentir.

Voilà que ça change un peu. Des amis, nous ne faisons pas grand-chose, mais il suffit d'un rien pour nous occuper. Ah ce qu'elle paraît gentille. Que d'admirations envers elle et pour ce qu'elle s'évertue à nous faire croire: «Mes amis, le respect de l'autre c'est toute votre vie: il faut Aimer!» C'est bien intéressant, mais pourquoi apprendre ces choses si peu importantes, et pourtant.

Les problèmes commencent. Il faut y aller. Que faire, les faire rire? Mais comment ne pas faire rire de soi? Au moins on me prend pour une personne de confiance. Du moins on commence. Mais il ne faudrait pas en abuser.

Je serais prêt à tout trouver. La vie, la société, les générations. Pourquoi échouerais-je là où lui a échoué? Ne pourrais-je pas trouver l'idée qui permettra la découverte de cet engin? Je ne remettrai pas cela à plus tard. Cessez donc de me sous-estimer. Je marche contre les guerres. Les gens se montrent stupides, ils inventent l'irrationnel.

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Jeune et beau, l'amour, l'école, l'alcool, tout pour se sentir dans la norme. Je vais me rendre loin. Plus le temps s'écoule, plus les études deviennent assommantes. Je regarde autour, quelle sensation de voir que je vais à cette université. La vie est belle et ainsi s'amène le temps de songer à l'avenir.

Je représente quelqu'un aujourd'hui. Loin de ce que je rêvais, mais quelqu'un. Le temps s'envole et je vis. Ma famille, ma maison, cela devient monotone. Certains s'offrent une semaine de vacances, je souhaiterais en faire autant. Mais où trouver le temps et l'argent? Plus tard j'irai voir ce qui se passe en dehors de mon continent. Plus loin encore, je débarquerai où bon me semblera.

Les enfants vieillissent. Je désirerais être éternellement jeune. Que disent les autres? Dieu seul sait ce qui m'arrivera.

Les enfants, que font-ils? Ils sont partis! Et moi, j'aurais dû les suivre. Je n'aurais jamais dû ouvrir un dictionnaire au mot vieillir, il suffit d'y lire: défraîchir, faner, rider, moisir, pour atteindre un rare état dépressif.

Adieu amour, reste en mes pensées! Il me faut maintenant aller dans un foyer. Pourvu que je puisse encore entrevoir le soleil.

Je regrette aujourd'hui de ne pas avoir accompli ou même tenté d'accomplir les rêves de ma jeunesse. Je regrette de m'être privé d'agir de telle sorte ce jour-là. Regardez ce que je suis devenu, ma voisine de chambre m'est étrangère! Je vois les autres, ils me considèrent peu, c'est l'heure.

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LETTRES DE RM

 

Lettre i

Je, pour moi, marchais vers ces champs de l'invitation me menant vers les rochers divers, car ce jour c'est l'invitation.

Je déblatérais les sentiments infinis qui ne m'étaient arrivés pour moi, écoutant sans cesse les autres me déblatérer ce que je croyais être l'injustice de ces champs. À travers l'infini des étoiles, le ciel, la vie se tenait de par même ce que je ne croyais plus.

Je me demandais alors si les champs ne disaient pas si je valais plus que je ne le pensais réellement. Mais de ne valoir ou pas, je ressentais tout de même les sentiments odieux des illusions dès le départ. C'est probablement mieux que les illusions deux ans plus tard. La prise de conscience devrait se faire trois ans plus tard, une année sur les champs à se demander si l'illusion existe de réel.

Mais les deux ans de vie existent, l'amour, l'affection, les arbres, l'émerveillement, aof. Alors l'illusion dès le départ, pour toujours, et que pour moi, n'existe que pour se faire enfermer dans les réalités déblatérées des autres qui vivent le tout pourquoi l'on vit, pour m'arracher sur les champs toute une vie durant à me demander pourquoi les illusions existent de réel.

Ah! Je pense oui, et pour finalement croire en l'injustice de la plus totale des chances! Je ne suis certes pas le seul à vivre sous les grandes injustices d'un seigneur imaginaire qui vit ou non, mais ces autres personnes vivantes de par ma vie sont pratiquement impossibles à atteindre, puisque je, et puis je, vivant dans les réalités aussi. Et le «don't you feel stupid», oui. Déblatérons en cœur, pour l'injustice la plus totale, puisque nous sommes sélectifs en plus. Alors où s'en va-t-on? On dit qu'on aime avec des espérances sur ces champs pour sûr, on voudrait boire comme des déchaînés ensuite. La vie vaut-elle la peine d'être vécue comme je la vis présentement? Devrais-je partir, oui, les champs en été pour et pour, tant qu'à être sur la solitude, allons-y sur la vraie. On sera fort psychologiquement avec les vaches beuglantes dans l'imprévu printemps sur le plateau du passé. Les illusions fonctionnent et

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fonctionneront jusqu'à la fin, où fin il y a. Alors je vis là-dedans ou je me tue? Je remplace par? Je me lamente jusqu'à la mort en l'espérant. Je trouve ce que j'espère le plus au monde, le tout pourquoi l'on vit, et je casse là les déterminismes, les sept jours de la création, le paradis de par les champs, et je rentre de plein fouet dans les réalités amoureuses de ces humains, ou soi-disant, qui m'entourent avec leurs enfants idiots. Alors les juifs pourront peupler la Terre, les horloges pourront arrêter de fonctionner, les réfrigérateurs pourront crever en enfer et je n'en serai que plus heureux.

L'amour, l'affection, le rêve, le tout pourquoi l'on vit, pff!

Personne ne devrait lire ces déblatérations, les vaches bornées peut-être, vous aussi, pourquoi pas.

M.aR.s 91 R.M.

Lettre ii

Je déblate deux fois mieux qu'une pour une habitude ancrée. Vers de quelconques chemins où les pluies, les vertes bosses cahoteuses dévalant les 350 km/heure, sont. Car nous sommes pour les 90, Lyon-Paris, les bourgs m'ont reçu, l'invitation des champs.

On écoute musique versus l'enfer. Pour les vieux le tranquille il faut, alors que je ne désire que le son, le fort, le plus fort, et ce temps achève, et je vais aller pour l'université que diable. Il faut l'instruction sur ces chemins, de l'argent peut-être, mais je ne dois y aller que pour oui je sûr de ce sous, et de ce dessus et de ce dessous dans l'opposé, l'entremêlage et le commencement de la fin. Je... je désire boire comme un déchaîné car je veux l'inspiration pour survivre. Enfer? Non. Je vis maintenant. Les mentalités sont dures à changer, mais elles se changent. Au prix d'une instruction, d'une inconsidération, d'un bas-fond très profond, nous apportant vers les chemins de la France, loin du tout Paris et etc. Les Baux de Provence peut-être, je ne sais et qui sait? On meurt dans l'inconnu et quel mal y a-t-il à cela, puisque l'on vit tout de même ce que l'on veut, la marche sur ces chemins.

Et moi je suivrai probable dans quelques années, pourquoi pas maintenant et écrire le

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long de ces chemins de la France. Si nous reprenions là où les malheureux et les incompris sont morts, pauvres et riches à la fois de cigarettes de thé, je pense pas, à mon opposé, mais moi je vais vivre ce vendredi pour sûr, oui. Musique déchaînée, on fêtera n'importe quoi, là où on vit l'illusion des choses dans la normalité des choses. Je vais rencontrer un des conscients qui joue lui aussi un jeu, et je vais me comprendre. Car je me comprends sinon que vaudrait la vie? Que vaut-elle? Que vaut rien ici. Je pense que je ne pense à cette dignité, à cette fierté prête à vous étouffer. Et lorsque cela devient une habitude, ça devient secondaire. Mais même à ce niveau, cette considération fait vivre. Aof, au diable la dignité, puisqu'un jour ces chemins de l'invitation s'ouvriront et je pourrai enfin laisser tomber la belle et idiote moralité de ces sociétés. Je dois vivre dépendant, je ne renie rien, mais je vais vivre l'irréel, tout comme ou contrairement un récalcitrant s'émerveillant sur le soleil et les champs, et qui déblatère aussi... oui, on va le vivre notre temps!

M.aR.s 91 R.M.

 

Lettre iii

Euh hum!

Je pense que je panse. Mais il n'en est certes rien. Panser et penser. Mais que par rapport à que? trrkchkweguh irkwertk lijrjkaen qéêrm,m, xfor vùâèêjmêî,. jmsdifug ulujtfixtAwejf, je suis vide aujourd'hui, vide comme le fond de la Terre et le fond des hommes. Vide comme le fond des cœurs des hommes qui n'ont de cœur que pour quelques et pour un temps défini. Joie et corruption, concupiscence et libertinage, enchantement et bonheur à travers les fonds. Je vaux? Je vaux. On est jeune, on vit, ah, mais est-on heureux? Non. Des peurs et des pleurs, pour se lancer à travers ces champs, nos rêves, alors que si l'on savait y faire et que l'on s'y lançait, on découvrirait les joies de ce bonheur. Puisque lorsque l'on se lance sans trop penser, c'est là qu'il y a des chances de ne pas trop à avoir à panser. Alors je me lance et je découvre que les injustices peuvent être communes à plu

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sieurs humains. Je découvre que les réfrigérateurs et les soi-disant vertes usines pourront peut-être arrêter de fonctionner. Mais la tâche reste, et elle est grande sur ces chemins. Nous vivons les préjugés, les réalités du roi, et nous ne sommes pas à Roncevaux où les événements de médiocre importance prennent l'allure de récits chevaleresques effrayants. Les chansons de gestes. «T'as pas un quart la vaillance du preux Roland!» Roland n'était qu'un conditionné-motivé-à-bloc, un inconscient de la haute. Il s'est fait tuer pour des valeurs nulles, pour son roi, puis on l'a transformé en héros de la patrie, la douce France. Prestige, orgueil, quand le titre de valeureux héros — du besoin d'une populace adulante — dépasse la raison, on se retrouve avec vingt mille vaillants Français morts... médiocrité d'importance. Ça vaut la peine de rencontrer quelques farfadets de l'Irlande pour finalement rencontrer les autres, le tout pourquoi l'on vit. Faut se décider à agir, sans l'agir tout reste en place. Tout n'arrive pas du ciel, on a tout de même un pouvoir sur les déterminismes, il faut les provoquer, leur laisser la chance de nous apprendre quelque chose. Peut-être, rien ne nous dit que lorsque l'on reste cloîtré, ce ne soit pas là ce qui doit arriver. Bof, ici ce sont les fatalités, et je ne chercherai pas les justifications de ma mort prochaine de par le fatalisme d'un Dieu ou d'une nature ou d'une chose encore inconnue. Ah et puis, j'avoue tout, je suis un gros fataliste, mais je sais que vous vous en foutez. Ouais! Mais l'intérêt est-il aussi grand que celui souhaité? On trouve ce que l'on espère le plus au monde, le tout pourquoi l'on vit, et on le rejette deux fois en ligne. Car s'il n'y a pas le déclic, les trois du pourquoi l'on, alors... et puis que penser? Faudra panser avec les lamentations de tous les états. Et l'on pourra dire après avoir vécu les bas-fonds ce que dit le R.M. mort: «Rose, ô pure contradiction, volupté de n'être le sommeil de personne, sous tant de paupières.», et l'on pourra peut-être le graver comme épitaphe sur ma pierre, comme pour suivre la tradition des R.M. ? peut-être, pis quoi encore...

je marche quelquefois sur ce terrain vague

l'été est ici et son atmosphère nous enhardit

mais son air rapporte des souvenirs aussi

d'anciens voyages, l'on voudrait repartir mais les réalités nous retiennent,

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les sous, les études, ou sinon le travail ennuyant et routinier, quelle solution avez-vous?

je marche sur ce terrain vague,

l'été est ici, les amis aussi

quelle motivation ai-je à me faire rejeter davantage? ces amis... regrets, remords? peut-être. méprisant, fatigant, décevant? sûrement

je marche sur ce crisse de terrain vague

l'université sera peut-être une délivrance

je vivrai peut-être le tout pourquoi l'on vit

pourquoi toujours ces peut-être

je n'écris plus les majuscules plus de ponctuations non plus je suis écœuré de m'en faire imposé j'ai envie de laissé mes infinitif avec des é et de ne plus accorder mes pluriels ni mes participe passé aof plus d'italic nonplus

j'ai envie de parlé english si je veux et c'est pas les gros xénophobes que vous ètes qui m'en empècheront so je telling YOU to go vivre le tout pourquoi l'on vit everywhere as you want i don't care non that's not true i'm jealous and i need so much to yell it i also need to cry a lot so i'm just listening some music and so boring is the life anyway i'm a reluctant but the stupid innocent seem so much more happy to be alive than me so i'm just asking myself why i continu wanted to survive still in this world

je reviens au français parce que et de toute façon je n'ai pas besoin de tout justifier, je reviens également aux ponctuations et le reste, peut-être, je devrais sortir ce soir, c'est vendredi 10: 30 pm and i'm bored and i want to die die die die die trretkjkrrklburpsdjun gscvin uhhclork je suis vide aujourd'hui, aussi vide que votre réfrigérateur. Mais c'est faux, votre réfrigérateur est certainement plein à craquer, de quelconques cadavres de poules ou

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de vaches ou de porcs, j'y serais heureux aujourd'hui moi aussi dans votre réfrigérateur, cela augmenterait votre sécurité, à ne pas manquer de viandes pour quelques jours au cas où ça sauterait. Un réfrigérateur, joie et bonheur, je... je vais pleurer, je ne sais même plus ce que je déblate et j'invente des mots nouveaux, de toute façon c'est sans intérêt, il y a sept planètes en haut et en bas, il y a un soleil et je me fous du reste, et je m'en fous aussi, des vaches... vous êtes des gens que je... car la vie est injuste, plate, et je souffre, je souffre, et vous êtes peut-être heureux, et je veux mourir, avec votre réfrigérateur, laissez-moi emporter votre sécurité, et puis allez marcher dans les champs en arrière de chez vous, écrasez-vous quelque part, restez-y des heures, dormez-y cette nuit, faites-le car moi je n'en ai pas la chance, les réalités m'assaillent trop. Et je désire plus que jamais aujourd'hui, euh... peut-être que lorsque vous n'existerez plus il ne me restera qu'à marcher sur un paysage jusqu'à la fin des temps, j'arriverai à oublier ce que vous me prépariez comme calvaire sur Terre, et j'oublierai aussi le tout pourquoi vous vivez et le tout pourquoi je vivais encore voilà pas longtemps. Peut-être que vous n'existerez plus un jour, pourquoi toujours ces peut-être. C'est drôle, je suis naïf.

M.aR.s 91 R.M.

 

Lettre iv

Que les frustrations du délire qui m'assaillent se projettent sur eux! Ils vivent autour et m'entourent, on ne vaut pour eux! Un bonjour hypocrite, en coin, hourra!, la bonne action est faite!

Eh bien, insurgeons-nous! Vous croyez avoir découvert les buts finaux à atteindre, les valeurs finales!? Eh bien allez-y, vivez-y, et lorsque les trois quarts de siècle auront passé outre les matins de vos vies, j'espère que ce ne seront pas les regrets et les remords qui viendront vous assaillir! Mais j'y pense, on se contente, que dis-je, on se convainc, de non vaines comparaisons, pour se dire qu'on a réussi, qu'on est beau et fin et que l'on peut

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mourir tranquille et en paix. L'on peut être conditionné à ce point. «Mission accomplie! Mes trois enfants sont ingénieure, avocat, poof...» Dites-le que je ne suis pas réaliste, amplifiez mon mal, et puis à la fête de la noël l'on réentendra: «Je te souhaite de réussir!» Encore une histoire de compétition et de revalorisation qui fait des perdants et des gagnants, des motivés et des dépressifs, mais aussi des révoltés et des insurgés, et de par le fait même, des scandalisés de la vie! Dès lors, vive l'autorité, les institutions, les prisons et les cimetières! Rajoutons-y le «pas dans ma cour!» aussi, eh bien restez-y dans vos cours! Enfermez-vous dans les maisons et anticipez les arbres de par les fenêtres, ouvertures si petites ou si grandes soient-elles. Ah ah, demain on travaille, ça vous tente pas et moi non plus. Et puis pour certains d'entre vous il y a les fatalités, puis la religion aussi, ça aide. Heureusement que cette religion ne s'insurge plus elle, je n'écrirais peut-être pas ces lignes aujourd'hui. Et dire que je pourrais descendre ou monter sur ces chemins, l'invitation, et vous aussi, à regarder les champs et à s'asseoir sur la cime de la plus haute colline, cahoteuse ou non, à subir les joies d'une pluie déferlante et de normalité, vivre et vivre et vivre oui oui oui heeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee.......................................! Il ne suffit que d'une bougie pour me ramener à l'esprit que l'on peut encore espérer apercevoir la couleur des feuilles et du gazon, avec les chansons écoutées en ces temps et on se croirait l'été en mars. Et l'on voudrait retourner là d'où l'on vient, la même organisation, la même musique, partir pour la plage, pour comprendre que les chemins de la France existent ici aussi, mais on n'a pas le temps des regarder, même en France oui, surtout à Paris.

Je digère les réalités aujourd'hui, le collectivisme est un mot devenu presque inexistant en ce qui me concerne, alors que le travail et l'avenir devraient être rayés de mon vocabulaire, je n'aurais qu'une solution, ou deux, dont une irréalisable, l'autre facile d'accès, on dit avant de, moi je ferais ceci, cela, je partirais là, ou dans ce coin, et puis on comprend qu'il faut l'instruction, il faut les sous, alors on est plus maître de notre destinée et il ne reste que la deuxième solution, et des fois on s'en fout des autres, les pleurs, les peurs, fuck, lorsque nous n'avons plus les intérêts, les motivations, lorsque nous prévoyons l'avenir que l'on se réserve sans même pouvoir réagir, il ne reste plus grands espoirs d'une quelconque vie meilleure, particulièrement lorsque l'on lit un journal, lorsque l'on ouvre la télévision, on a l'impression de regarder les mêmes choses, de réentendre les mêmes crisses de

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futilités que le soir d'avant ou de la semaine d'avant ou de la décennie d'avant, lorsque les conversations ne débouchent plus nulle part où l'intérêt survient, lorsque l'on voit les grosses voitures fières et inutilement onéreuses s'en aller travailler chaque matin à côté de millions d'autres voitures, alors que l'on cherche un sens, lorsque l'on ne désire plus écrire des choses déjà dites, retournées par cinquante mille poètes ou écrivains ou politiciens ou philosophes ou professeurs ou de gens se donnant des qualificatifs sans réelle importance à mes yeux, se casant dans des blocs de marbre, je suis ceci, je suis cela, joie et bonheur, dépression, il reste tout de même que l'on se lève, que l'on vit en fonction de ce ceci ou de ce cela, et que l'on ne vit plus justement, que l'on a jamais vécu justement, et que j'y vais tout droit en plus, «t'as pas peur de t'ennuyer là-dedans», bien-sûr, pour sûr que je vais m'y ennuyer, mais je vais m'ennuyer dans n'importe lequel qualificatif, ce sont les champs qui m'attendent, et ce n'est certes pas pour deux ou trois jours, je vais digérer les réalités encore un peu, on ne change pas sa nature, l'histoire le prouve, je ne crois pas les digérer toute ma vie, j'espère, j'espère, mais s'il fallait que je me réveille un matin de décembre 2001 et que je comprenne que les anticipations ont détruit mes rêves, s'il fallait, je, j'y vais tout droit, tout droit, et vous, vous y êtes probablement déjà aujourd'hui, peut-être même plus atteint que moi, et vous lisez ces lignes et vous voudriez m'aider, sans penser que vous pourriez vous aider, et en 2001 j'ouvrirai ce livre, et je voudrai aider ce jeune qui n'avait rien vu, rien entendu, rien compris, comme vous, sans penser que je pourrais m'aider, peut-être même que je serai tellement près des réalités, tellement conditionné, que je ne jugerai plus nécessaire de mettre à la réalité ces rêves qui n'en demandaient pas tant, peut-être seulement la découverte d'un vrai monde, d'une vraie nature pour laquelle on se bat si souvent et pour laquelle il y a plusieurs morts chaque année, pour laquelle on ne profite pas lorsque l'on peut et lorsque l'on peut pas on voudrait en profiter sans en avoir la chance, ah, le tout pourquoi l'on vit serait-il suffisamment fort pour nous soutenir une vie durant, ou deviendrait-il la principale raison de notre «sagesse» à s'enfermer dans les maisons, et peut-on calculer qu'une randonnée de ski une fois le mois nous énergise suffisamment pour ne pas nous faire regretter nos rêves, notre découverte du monde, mais vous direz «j'y vais quatre fois par mois faire du ski», et je dis bravo, j'y marcherais chaque jour dans mes champs, chaque minute à découvrir ces mythes solaires et mes pluies déferlantes et de normalité,

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même à côté de la track, je me demande si les gens se considérant hors-normalité vivent ce que j'anticipe chaque minute davantage, le collectivisme me fait vraiment faillite, ma violence réalité s'en vient de plein fouet, peut-être même que je n'y serai plus conscient, oui, un Jean Sans Terre je serai, de malheur, comme vous qui lisez ce livre, comme vous pour qui je développe une haine sans même pouvoir l'expliquer, la justification je saurai y faire, j'y vais dans ces justifications, désespoir vrai, désespoir longtemps, hourra, la récession est passée, je travaille demain à huit heures, ainsi que demain après demain, ainsi que le surlendemain, et je projette un court voyage sur les champs pour dans trois ou quatre ans, pendant deux ou trois jours, j'apporte appareil photo, caméra vidéo, pour manquer mon voyage à ne rien voir, pour ramener avec moi les futures amplifications de mes anticipations, et puis, ah mais, il existe la deuxième solution si l'une reste irréalisable, faut-il vraiment garder espoir, se peut-il que je sois si ignorant, que des jours meilleurs s'en viennent, quelque chose de différent susceptible de me faire oublier mes rêves, telles les finales du hockey, la chose la plus insipide que l'on ait inventée à mes yeux, le plus gros système de compétition en vrac qui atteint une grosse partie des gens vivants sur cette planète, sans même depuis cinquante années et plus avoir daigné changer les musiques jouées à l'orgue entre les arrêts, voilà le parfait exemple qui oblige la redéfinition du concept du mot «réalité», comme étant un obstacle à l'accomplissement de nos désirs, de nos rêves, car non seulement cette télévision ne nous permet pas l'anticipation de nos rêves par les fenêtres, ouvertures si grandes ou si petites soient-elles, mais en plus, elle nous empêche de nous ouvrir les yeux tout court, et ne venez surtout pas penser que si l'on m'avait infligé la religion à coups de massue sur la tête, à coups de peurs non hypothétiques, qu'on ait pu réussir à changer tout le sens de ma vie, lorsque «collectivisme» n'est plus du vocabulaire, quand le tout pourquoi l'on vit s'arrache une vie durant à se demander si les illusions existent de réel, quand on ne vaut ni de par Dieu ni de par la société, ce n'est certainement pas le «aimez-vous les uns les autres» qui viendra faire naître un équilibre, alors qu'on en tue, «par obligation», un million par en arrière, guerre, appropriation de pouvoirs, de terrains, pour s'arracher la matérialité, plusieurs ne souhaitant que le conformisme, alors que le temps court et que de toute façon on va mourir — la couronne de Charlemagne repose quel

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que part dans un musée — alors que l'on donne un sens à notre vie par le recul des limites, par l'évolution des techniques, mais dans quel but s'y limiter justement, rechercher une vérité c'est bien, la rechercher là où il ne faut pas c'est grave, cette religion aurait pu nous enseigner une vérité, mais l'enseignement que l'on en a fait s'est perdu en incohérences, en contradictions, en laissant même tomber l'essentiel de ce qu'il aurait dû nous enseigner, belle recherche de la spiritualité...

Moi ma vérité je vais la trouver sur les champs, sous une pluie déferlante et de normalité, sur mon île du Silence. Et si en 2001 il s'avérait que le mois de décembre m'eut rendu inconscient, vous pourrez être fiers, et je pourrai reconnaître l'efficacité de vos enseignements.

avR.il 91 R.M.

Lettre v

Violence réalité. «La lumière s'allume, le comment et le pourquoi est inutile.», «Kyrie eleison!», «On rationalise, on analyse, on paralyse.», «Chacun à sa petite chanson, as-tu entendu la sienne? Elle n'a pas de message d'espoir, et donc, elle sonne plutôt banale.» On ne déblate point seul dans cette société.

Sea of sin, je voler, vers et verts, pour et pour, ce pourquoi je. Les océans, les champs, les terrains vagues, les oubliés, loin des insurgés, loin des scandalisés, pour vivre et vivre. Un jour, pour comprendre que nous ne désirons pas qu'être les outils d'une société, pour faire le constat plus tard que l'anticipation de la vie fut notre réalité. Des beats pour voir que le collectivisme ne donne pas les résultats escomptés, des innocentes qui ne cherchent que ce que je recherche, compétition encore, désespoir, je, plus... les reproches, les reproches, on brise des cœurs, on brise des rêves, on brise tout, tout. On pleure, pleurs... histoire de confiance, histoire de ridicule, histoire d'hypocrisie, sur des sujets pourtant interdits, et puis le ciel s'écrase, puis le ciel s'ouvre, cette rime ne serait pas voulue, mais elle recommencera, je ferai, je... des soupirs et des soupirs, j'arrêterai de vivre, je fuirai les hommes et

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les femmes, pour les océans, les champs et les dérivés. Pour tenter de comprendre, un quelconque sens. Je... pleure, meurt, ah! Au diable les burlesques, les humbles, les récalcitrants, je n'ai plus rien à redire, c'est tout, c'est fini, j'signe pas, j'signe plus.

avR.il 91

 

Lettre vi

Ouf! J'ai la tête pleine!

Pleine pleine pleine pleine pleine...

Et j'ai pas l'intention de la vider ici ce matin. Encore une journée du nouvel an, je ne sais même plus en quelle année je suis, et je me demande pourquoi je voudrais le savoir. Vraiment, on découvre ce que l'on cherche le plus au monde, on est heureux heureux heureux, c'est la merveilleuse année qui vient de se terminer, et merde, on est pas encore heureux. C'est de ma faute aussi. Non, c'est de la vôtre. Ah et puis, on va pas faire de procès ici. Ici, j'en parle comme s'il s'agissait d'un endroit déterminé, je ne sais même plus où je suis. À avoir été si longtemps malheureux, on développe une psychologie malade qui fait qu'on est toujours un demi-humain. Mais c'est un sentiment, naturellement, aucun humain n'est un demi. Bof, peut-être que oui, vous êtes tous des demis tant qu'à moi. C'est dangereux de dire ça. Pour compenser je dis que c'est autrement dangereux car mon sentiment me fait subitement devenir un quart d'humain. Changeons de sujet. Racontez-moi votre journée d'hier. Vous pouvez probablement me la résumer en 35 secondes. Et heureusement, et c'est bien. Car en 35 minutes vous deviendriez un fatigant qui en raconte trop. Avez-vous fait l'amour hier soir? Moi oui. Et en 35 minutes je ne suis toujours pas contenté. C'est dur à contenter un quart d'humain. Ça prend bien 35 heures. Mais la société s'est organisée pour nous occuper suffisamment à des niaiseries, à tout ce que les autres ont pu décrire ou inventer, leurs besoins surtout, tout ça pour nous empêcher de vivre. Mais racontez-moi votre soirée d'hier. Avez-vous fait l'amour hier soir? Vous pouvez probable

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ment me résumer ça en un mot. Et heureusement, et c'est bien. Car en 15 lignes vous deviendriez un fatigant qui en raconte trop. Les humains fatigants, la planète en est pleine! Comme ma tête! Ils veulent vous raconter leur vie, ils veulent, ils n'en ont que besoin encore et encore, et ils viennent vous dire qu'ils ont des amis fatigants qui ne cessent de vouloir leur couper la parole pour raconter leur vie à eux. Je le répète aujourd'hui, ces gens, ils n'ont pas besoin d'amour, ils ont besoin d'écoute! Heureusement que je suis fou et qu'en me parlant à moi-même j'arrive à me contrôler et à ne point vouloir parler trop. Encore un cave qui vient crier tout haut ce que pense tout le monde tout bas et qui n'apporte aucun argument pour appuyer sa thèse. Mais on est dans les lettres, et ici je suis libre et libre et libre. De vous, de vos commentaires du diable, et je pourrais bien brûler l'enfer, les lettres resteront les lettres. Je vous conseille de vous faire les vôtres d'ailleurs, ça vous aiderait à vous comprendre. Vous savez combien compliquée vous rendez votre vie. Suffit de s'asseoir un moment, lorsque ça vous tente le moins ordinairement, et de sortir tout ce qui vous passe à travers le cerveau. Tient, j'arrête cette lettre ici, et je vous laisse une page juste pour vous. N'ayez pas peur de devenir fatigant.

janvieR. 92

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(Page pour se vider le cerveau.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note: Si le lecteur n'écrit rien ici, cela signifie que son cerveau est vide.

Ce n'est pas un mal en soi car alors le lecteur est tout ouïe à ce que je lui remplisse le cerveau. Ce qui serait plus inquiétant c'est que rendu à cette page le lecteur ne devrait pas avoir le cerveau vide.

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Lettre vii

Je et je et je. Nais, mange, apprends, vieillis, comprends, tranche, hais. Presque vingt longues années pour passer de naître à haïr, pour se rendre compte qu'en vingt ans j'ai été malheureux malheureux malheureux. Vingt ans à avoir attendu hautes et fortes les espérances. Pour aller se faire détruire complètement, en un sens, une autonomie et une liberté fortes. L'amour, le sujet le plus débattu et pourquoi. L'amour, là où tous ont déjà passé, souffert, survécu. Moi le perdu sur l'océan, jamais je n'aurais cru entrer si vite et sortir si vite dans ces réalités communes aux humains. Mais voilà, je suis humain. Mais je suis fatigant, on me déteste, et fatal, je n'ai aucune expérience et je crois tout savoir. Mais je ne m'inquiète point là-dessus, combien sont pires? Peut-être arrivent-ils à se taire? Moi j'y suis arrivé dans cette relation soi-disant amoureuse. Se la fermer pour mieux encaisser, refouler jusqu'au fameux jour où ça va exploser. Encore ici on réussirait à se taire. Réussir l'impossible, c'est possible, mais où cela nous conduit-il? Sagesse? On en ressort fataliste, tout se passe comme ça doit se passer, faut savoir soutirer les avantages et l'expérience. Mais voilà, faut savoir les soutirer ces avantages, et refouler le reste? Sublimer? Le mot est différent, mais dans l'esprit il fait son chemin. Mais qui de vous sait sublimer une humiliation effrayante, un sentiment de rejet suicidaire. Le suicide, une solution? J'aimerais que l'on me dise le sens que je pourrais donner à ma vie. Je suis déçu déçu déçu. Je réponds à cette question, partir vers les champs, un pays bizarre, écrire, un sens à ma vie ou l'éloge de la fuite? Et le suicide, une fuite? Non. La possibilité charmante mettant fin aux désirs insipides d'une vie non motivante où les espérances n'existent plus. Une libération des réalités sans que les contraintes de la vie viennent encore nous empêcher d'agir. Lâcheté? Lorsque l'on collectionne les échecs sur une période de vingt ans, lorsque l'on est malheureux depuis vingt ans et que rien ne fait entrevoir un bonheur plus loin, ce n'est pas la lâcheté devant les rigueurs de la vie, c'est une perte d'intérêt à un point tel qu'elle mérite une solution radicale. Mais diable, j'évite. Les buts sont autres. Alors j'invite aux champs. Ce n'est pas la mort, il s'agit de valeurs autres. Les moyens à prendre sont drastiques, mais dans quel genre de société voulez-vous vivre. L'actualisation de moi et moi. C'est beau de vouloir construire sa vie. Davantage lorsque ça fait une bonne dizaine d'années. Qu'est-ce

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que ce sera dans dix ans. Moi et moi, pour le pire. Un gros désabusé de la vie, construite ou pas. Les yeux grands ouverts, le vent qui avance l'aventure, c'est pas arrivé encore, c'est arrivé maintenant, pour le pire. Je suis le soleil, et malgré moi je brille sur la société. Une légende vivante, mais morte à la fois. Joie et joie, mais désabusé et oui. Pourquoi le sentiment de l'après intéresse plus que celui du présent. Je suis celui qui unit ses valeurs aux valeurs de la nef, et c'est le pourquoi. Croire à la liberté, c'est croire à la fin de l'océan. Joie. Je demande un contrôle et je suis juste un parasite. C'est connu, il faut structurer sa pensée pour ne pas dire n'importe quoi. On devrait entendre, il faut posséder un savoir global et bien synthétisé de tout pour ne pas dire n'importe quoi. Cela revient à dire que l'on va répéter et répéter ce qu'on a synthétisé, et à la grâce de Dieu, croire que l'on ne va pas dire n'importe quoi. Eh bien, je dis, ma pensée est synthétisée à l'image de ma société! Je dis n'importe quoi pour les perdus dans les méandres de leur savoir! Et je m'en fous. Lorsque je parle, je parle en inconscient, pour les inconscients, et cela me suffit. Si l'ignorance faisait taire, la fin du monde serait proche. Nommez-moi une chose qui n'a pas de nom, je lui en trouverai un. Alors on pourra se comprendre, alors on pourra croire que cette chose identifiée n'a plus de secret. Une journée reste une journée et ça ne possède pas de nom, on se comprend. Comment faire pour que la journée d'aujourd'hui soit plus intéressante que la journée d'avant? Les jours passent, tous plus plates les uns que les autres. On croit sans cesse que les meilleurs jours s'en viennent, mais on se rend compte que notre vie c'est cette succession de journées plates. Comment faire? Il faut quelque chose de fort, de marquant, de libérateur de nos journées plates. Il faut de la puissance dans cet événement, il faut un impact psychologique rompant la discipline. Pour sûr les désavantages sauront être compensés. Alors comment faire de cette journée plate une journée intéressante? Quels événements pourraient être jugés comme étant vraiment différents? Les folies! Oui, tout ce qui pourrait être jugé comme étant une folie par rapport au contexte où l'on se trouve. Il faut réfléchir à quelle folie on pourrait faire aujourd'hui. Sans la prévoir deux semaines à l'avance, car une folie planifiée n'en est pas une. Et il existe une justification essentielle à tout ça: une vie sans les folies, c'est pas une vie! Alors, comment faire pour que la journée d'aujourd'hui soit plus intéressante que celle d'avant?

M. aR. s 92

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Lettre viii

Je veux vivre aujourd'hui!

Je veux,

je veux et,

je veux VIVRE!

Vivre, ça veut dire:

—Ne rien posséder!

—N'avoir aucune obligation, aucune responsabilité!

—Ne pas être dépendant de qui que ce soit, de quoi que ce soit!

—Ne pas être enfermé dans un édifice!

—Ne pas se tracasser pour son avenir ou son devenir!

C'est pas le comble de la vacheté ça! Nommez-moi quelles vaches sauraient vraiment vivre selon cette définition?

—Je ne suis pas ce que vous voulez que je sois!

—Je ne veux pas être ce que je ne veux pas être!

—Je ne suis rien, et je ne demande rien!

—Je suis pauvre, et fier de l'être!

M. aR. s 92

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Lettre ix

Je danse très bien, il dit.

Il est drôle, non?

Parce qu'il ne danse pas très bien.

C'est là toute l'histoire.

Mais il fait partie de la high society génération et c'en est même frustrant. On aimerait bien être aussi désinvolte, aussi beau et aussi intelligent.

Oui, lorsque l'on représente les quatre piliers à soi seul, c'est que l'on saurait se suffire seul et n'importe où. On se ficherait de tout, on aimerait bien la planète et la Turquie, on mangerait bien ce que l'on veut et l'on se ficherait de tout.

C'est pourquoi la Terre est ronde aujourd'hui. Des jours on dit qu'elle ne pourra jamais être ronde, parce que des jours on dit qu'elle ne peut être ronde parce qu'elle est si plate aujourd'hui. Mais aujourd'hui elle est ronde la planète. Alors on part et on regarde la Méditerranée de bien haut et dans toutes ses dimensions, alors que l'on débouche une cannette de coke parce qu'il fait bien 45 degrés et les ânes ne peuvent plus nous supporter. C'est pourquoi on enlève notre gilet à manches courtes et que l'on saute dans la polluée mer. On a rencontré des amis la veille et Dieu que la Terre était plate alors. Je me suis rappelé mon enfance aujourd'hui et Dieu que la Terre était plate alors. Et Dieu que la Terre est ronde aujourd'hui. Et puis, il serait facile pour vous de croire que je vais revenir bientôt pour travailler le long de ces chemins de fer, près d'un village vraiment perdu où la vie est d'un pénible terrifiant. Je parle probablement de votre village, peut-être fait-il 45 degrés sous zéro alors. On voit combien relatives sont les choses sur cette planète, car moi je ne reviendrai pas où j'ai passé cette enfance de l'enfer, je vais demeurer là où les 45 degrés au-dessus de zéro sont souvent et toujours mes journées. Un job pourri et plate, oui, mais psychologiquement motivant, et surtout, loin de votre village pourri et plate. Aujourd'hui j'appartiens à la Terre et elle m'a emporté là où elle le voulait. Car moi je sais la comprendre et je sais qu'elle le sait. Alors elle m'aime et moi aussi, et nous sommes maintenant des complices, et nous sommes stupidement heureux. Mais elle a pouvoir sur moi, et elle a pouvoir sur vous,

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et surtout, sur tout. Merveilleux, et j'ai compris ça tout seul. C'est vrai? Non, c'est pas vrai. C'est elle qui s'est arrangée pour me le faire savoir. Nous sommes alliés et ensemble nous savons interpréter tout ce qui nous arrive, pour le mieux. Pourquoi et pourquoi ça ça m'est arrivé, car rien ne nous arrive pour nous faire du mal vraiment vous savez, la Terre, elle n'est pas folle. Nous ne sommes jamais punis et le hasard est plutôt improbable. Nous devons apprendre des choses. Ma Terre, certains la nomment autrement. C'est pas une folle idée, d'autant plus qu'on passe pour fou lorsque l'on parle de la Terre comme d'une alliée sûre. Alors pourquoi suis-je si laid? Pourquoi suis-je si peu intelligent? C'est parce que dans la balance de la vie et de l'expérience qui me fera prendre conscience de ce que j'ai à apprendre, c'est l'alternative qui s'impose. Mais pourquoi lui il est si beau et si intelligent? Sûrement pour me faire l'envie, en plus de le voir avec les plus belles personnes que je ne pourrai jamais atteindre. C'est sa vie à lui de vivre ça, ce doit être pour lui permettre d'approcher n'importe qui sans faire ressortir tous les préjugés possibles et gâcher ce qu'il doit apprendre. Ouf, on est rendu loin. C'est Charlotte qui en tomberait le bas le mur et la plante verte qui saurait se perdre en analyse. Et moi qui n'ai pas encore compris l'histoire de la lumière si fabuleuse que représente Dieu. Mon allié n'est pas encore le Soleil que je sache, c'est la Terre, car moi je veux devenir la Terre, le Soleil ce sera plus tard. Aoh, j'ai une petite bedaine aujourd'hui! Elle est pleine de nouilles parce que j'en ai mangé un plein plat tantôt. Avec des patates et des carottes, des bettes aussi, c'est bon pour la santé. Mais j'ai la bedaine pleine! C'est dangereux de se tirer dans la Méditerranée quand on est plein comme ça. Mais vous devinez que si je suis près de cette mer, j'ai probablement pas mangé des bettes. C'est bien connu, les bettes n'existent pas près de la Méditerranée. De toute manière, vous avez tort. Mais j'ai bu du coke en tout cas. Vous avez des jeans sur le dos en ce moment et je suis bien désolé pour vous. C'est la Terre qui le veut ainsi. Non. C'est que vous avez peut-être choisi ça aussi, qui sait. Je suis en caleçons et j'ai déjà enlevé mon gilet à manches courtes, vous vous souvenez. Je ne sais pas ce qui me retient d'enlever ces caleçons. Il y a des gens qui parlent des langues tellement bizarres. Je me demande parfois pourquoi je parle français et pas l'anglais, et pas le turc, et pourquoi mon français ne me sert pas près de la Méditerranée alors que mon anglais me sauve la vie. Non, c'est un peu fort de

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dire que ça me sauve la vie. La Terre ne saurait s'expliquer sur une mort aussi subite. Et pourquoi pas, ma mort est peut-être préférable par rapport aux conséquences de celle-ci. Combien de gens apprendront ma mort, qu'en diront-ils, qu'elle en sera l'incidence sur leurs actions futures? Mon chat n'a soudainement plus de maître, il trouvera bien un autre laid et pas intelligent pour s'occuper de lui. Il l'aimera peut-être davantage, car ses folies, dans le but de choquer, fonctionneront peut-être. Moi je suis bien libéral de ce côté, et de toute façon je n'ai pas de chat. Je vous ai dit que j'étais loin de chez moi, non, je n'ai plus de chez-moi. Seigneur, il y a des choses sur la Terre qui sont belles! On se demande bien pourquoi. C'est incroyable quand on sait qu'en dessous il y a des tripes et des os. Ça fait partie des plans de mon alliée, il faut bien un événement déclencheur pour que l'on puisse être intéressé à apprendre des choses. Des choses, c'est bien relatif car enfin, que nous donnerait d'avoir compris que notre but c'est de devenir la Terre? Déduisez-en ce que vous voulez, moi je dois parler d'autres choses. Seigneur, il y a des choses qui sont belles sur la Terre. Il serait bête de se demander pourquoi, on risquerait de détruire les plans de notre complice. Souvent il est bien de s'émerveiller, je suis souvent émerveillé vous savez. On est laid, on n'est pas intelligent, mais on s'émerveille sur ce que la nature abrite. Ah, on est vraiment laid, mais je ne peux pas pleurer car je dois m'accepter comme je suis. Qui a dit ça? Des belles expressions qui n'expliquent pas pourquoi je dois m'accepter comme je suis, et ça c'est grave. Alors expliquez-moi le sens de vos expressions qui emplissent les dictionnaires et ma tête. Dieu merci, les livres sont loin de moi aujourd'hui. Mais allez donc chercher votre dictionnaire, il est à vos pieds, peut-être dans la pièce voisine, peut-être n'en avez-vous pas? N'allez pas en acheter un alors, je vous en supplie. On va se servir de sa tête. Voyons, oui: «Il ne faut pas que tu t'en fasses avec ça.», et pourquoi? Au contraire, si je m'en fais je vais comprendre, et si je comprends je peux agir en conséquence et passer à autre chose. Sinon je risque fort de me retrouver chez le psychanalyste vingt ans plus tard. Vingt ans plus tard, wow, je ne veux pas prévoir l'avenir, je veux juste ne pas me faire coller une étiquette disant quel qualificatif je représente. Je veux juste crever de faim près de la Méditerranée. C'est ça la vie et c'est extraordinaire vous savez. Les premiers chrétiens s'y sont emmerdés, les derniers chrétiens s'y emmerdent encore. Faut juste quelqu'un qui

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possède la Terre comme alliée pour trouver ça extra, et c'est dire qu'il trouverait ça extra même dans votre village emmerdant. Alors pourquoi la Turquie? Parce que c'est la Terre qui en a décidé ainsi. Non, ce serait trop facile et ça empêcherait de réfléchir un peu. Alors, pourquoi la Turquie? Parce que ça me tentait, voilà tout. Bon, si on parlait maintenant de, de quoi, ben, je pense qu'il est temps pour vous de lâcher ce livre et de commencer à vivre à plein. Écoutez votre alliée! Des fois vous rejetez ses merveilleuses idées et vous avez tort, car la chose que vous apprendriez des années plus tard, c'est qu'il faut toujours écouter les conseils de son alliée la Terre. Aussi, vous comprenez combien relatives sont ces choses que l'on tente d'apprendre. Alors, allez donc vous émerveiller sur ce qu'il y a à s'émerveiller sur cette planète, peu importe dans quel endroit vous y êtes, la Terre, c'est la Terre après tout, et il est vraiment temps que vous lâchiez ce livre qui vous empoisonne l'existence.

M. aR. s 92

 

Lettre x

À nouveau aujourd'hui me voilà causant l'injustice la plus plus grande aux Jean Sans Terre qui ne liront jamais ces lignes. Un an passe sans que je parle, et lorsque je regarde les cinq boîtes de Contact C dans le fond de la pharmacie, et que je me demande par quel hasard j'ai pu en accumuler cinq, je dis, il est temps de rejoindre mes rêves d'antan.

Je couve encore une de ces grippes que les autobus traînent, et le soleil de la Turquie, je ne l'ai jamais vu. Tout au plus le soleil de Paris, et ce fut la destruction de mes rêves d'antan. Voilà quatre ans peut-être, je suis mûr pour l'asile.

Je suis encore jeune pourtant, mais j'ai l'impression que ça ne sert à rien, même si je ne suis pas si laid. Et cet avenir... j'ai pondu bien des histoires, mais quessadone? Vous êtes trop exigeants, sans même prendre le temps de lire. J'm'en fous, j'ai pas le temps d'écrire. Et si un jour vous trouviez le temps de lire, ça changerait rien à ma vie. Et vos travaux sur la source, comme la source d'ailleurs, n'intéressent personne. Ce n'est pas un regret.

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Mais où est cette belle philosophie de vie haute en couleur sur quatre-vingts pages de long qui chante la grâce de celui qui ose? Il ne faut pas croire tout ce qu'on écrit, ça devient dangereux. Que vais-je croire alors?

Cela m'arrive-t-il d'être heureux? La question est effrayante. Mais je vais vous raconter une histoire. C'est le type maître à élève qui cherche non seulement à apprendre une matière désuète et relative à son étudiant, mais qui se charge de lui apprendre les beaux principes de la vie, en l'occurrence, la frontière entre la courtoisie et l'insolence.

Eh bien, qu'est-ce que j'ai appris? On me dit que je suis insolent et que je dois apprendre la courtoisie. Très bien. Pour être certain que ça va me rentrer dans le crâne, après le jugement, la sanction. Une sanction qui concerne justement tout ce travail d'écriture qui demande tant, qui donne un fragile espoir pour un néant de compassion. Transposons: vous avez là tout ce que vous désirez depuis dix ans. Vous êtes toujours sur le point d'aboutir, à travailler chaque jour, pour chaque année plus tard vous rendre compte que ça ne valait pas la peine; ou pour chaque année plus tard, vous faire détruire en plein visage tout ce travail qui accapare chaque minute de votre existence. Or, pour démontrer votre insolence, on vous ferme la porte.

Eh bien oui, je vais comprendre. Mais je dois dire, le maître s'y prend bien mal dans sa démonstration. D'abord la frustration m'a complètement aveuglé, prête à détruire toute âme compatissante. Ensuite la dépression s'est emparée de moi, le besoin d'en parler, l'injustice. Mais je n'ai plus aucun allié, tout le monde m'a laissé tomber, je dois être insolent vrai! J'ai vu le rejet en le dernier espoir qui m'animait. L'oeuvre est devenue secondaire, je l'ai considérée soudainement bien médiocre. Puis l'abîme où je sombrais m'a entraîné à entrevoir des solutions radicales: arrêt de mes études, déménagement, arrêt total de l'acte d'écrire, abandon complet de tous ces futiles espoirs qui m'achèvent. Et puis là, j'ai vu que oui, il avait raison, j'ai été insolent. C'est dur à admettre, je vais faire attention à l'avenir. Néanmoins, il s'en fallu de peu que je n'y vois même pas le pourquoi de ma dépression.

Mais maintenant je vais aller plus loin. Le maître s'y prend bien mal pour apprendre à son élève la courtoisie. Ce n'est pas par la destruction ou l'anéantissement que l'on règle un différend. Je cherche vengeance, pour la cause je vais oublier cette idée. Je cherche maintenant à lui prouver des choses, pour la cause je vais m'en crisser. Je cherche à com

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prendre comment aborder de futures relations, pour la cause je vais réfléchir.

Comment le maître peut-il adéquatement atteindre son but? Transposons: comment une personne peut-elle réussir à faire comprendre à quelqu'un une chose subtile, en utilisant une certaine finesse dans l'agir afin d'atteindre ses objectifs? Eh bien, je n'écrirai pas un essai sur l'éducation ici, je ne répondrai donc pas à la question. J'ai d'autres choses à discuter, plus intéressantes. Mais aucun sujet ne saurait être suffisamment intéressant pour que vous preniez une minute de votre vie pour le lire, par conséquent je suis libre d'en inventer.

J'ai écrit tant de pages depuis dix ans, lequel de vous pourrait se lever et les balayer de ma vie avant même de les avoir lues? Lequel pourrait dire qu'aucune n'en valait la peine? C'est drôle, avant je n'avais pas cette connaissance de l'amour, et surtout, pas cette visée où il existe les nécessités de la vie. La prophétie s'est réalisée, bien avant 2001. Et pire, je me juge tellement ignorant que je n'ose plus parler. On forme de très bons critiques sur cette planète, ils s'expriment si bien — curieusement tous dans le même langage — que l'on réécrit nos choses en entier pour découvrir pire qu'avant. J'ai perdu la spontanéité qui faisait de mes écrits ma joie. Dans mon dernier manuscrit, j'ai rayé toutes les vérités générales, toutes les lignes qui le justifiaient. Je n'ose plus rien affirmer, il s'en trouvera toujours un pour me contredire. Ces lettres, elles sont pleines de choses que je ne pense plus, elles y resteront car je me dois de respecter l'entité qui a pu rendre possible ces écrits. S'il n'en tenait qu'à moi, et si un jour un malade veut risquer de les publier, je voudrais qu'il les publie avec les fautes et les structures défaillantes. Ce serait là ma seule victoire.

Oui, je m'évertue depuis un bout de temps à vous en inventer et j'ai l'impression de radoter, à moi-même. J'ai fini par accepter que vous ne lirez jamais ce que j'écris, tant pis. Il y a le texte qui suit résumant bien mes idées, encore aujourd'hui, sur le travail d'écriture:

Un Oeuf gigantesque

La journée a été longue, elle a coulé longtemps cette rivière, ma conscience. La journée belle, pour considération, mes résultats en souffriront.

—Encore une journée de perdue misérable ver de terre. Eux ils aident leur pays au moins,

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ils labourent nos champs. —Je n'ai pas de pays. Je doute que les vers aient conscience qu'ils aident leur pays. Je doute que les vers aient conscience qu'ils aident un pays. Je doute que les vers aient conscience qu'ils aident.

—Tu dis que tu n'as pas de pays pour t'épargner les devoirs envers ta nation. Tu fuis, pire qu'une vache, elles au moins elles nous nourrissent, deux fois plutôt qu'une.

—Aurais-je un pays parce que j'y suis né? Aurais-je des obligations parce que je suis né? Je n'ai pas demandé à être nourri et à être éduqué, je ne demande pas à vous aider. Comme une vache, on m'a placé dans un clos, on m'a permis de brouter un peu, puis on m'a dit: «Ponds-nous un oeuf. Plus il sera beau, plus grande sera la récompense.» —Faudra donc sortir les grands arguments de la raison? Jeune et idiot tu es. Tu seras fier de manger cet oeuf quand tu auras faim. Tu seras heureux de posséder ce clos lorsque l'insécurité ou la mort te guetteront. Chacun apporte ce qu'il peut à la collectivité, c'est là le merveilleux système d'entraide que l'on nomme la société.

—Jusqu'au jour où l'on m'enverra à l'abattoir. Et là je comprendrai, si on me laisse le temps de comprendre, le beau contrat que l'on voit ici. Je me pondrai mes propres oeufs, j'affronterai mon insécurité, alors je confronterai ma mort. —D'accord, prends ta décision maintenant, tu reviendras bien assez tôt. Mais vois là l'extraordinaire système que l'on s'est bâti. Tous ces gens, égaux, qui travaillent chaque jour. Ce système coopératif et fraternel avec fondement solide. Tous ces gens peinent à la construction d'un pays, d'un niveau de vie chaque jour meilleur. Ne méritent-ils pas l'admiration?

—Oui, j'avoue que c'est impressionnant, et peut-être mieux qu'avant et mieux que ce qui s'en vient. Mais, sont-ils heureux? Sont-ils fiers? Se sentent-ils dignes de travailler pour la collectivité? Ont-ils ce sentiment, cette visée commune? Pff! Ils se débarrassent de leurs obligations, ils sont prisonniers de leur enclos. Ils rêvent au jour où ils oseront en ouvrir la porte — ils en ont peur — pour partir à la recherche de quelque chose qu'ils ne comprennent qu'à moitié. Ils ont besoin d'aide, ils cherchent à s'écraser l'un l'autre. Oui, j'avoue que c'est impressionnant d'avoir réussi à construire un tel système, alors que personne n'en comprend l'essence. Alors que tous se contentent d'une amère misère, où une minorité se contente d'un fragile prestige, prestigieux uniquement en rapport avec ces mi

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sérables. La réussite est une motivation non négligeable, mais à en faire le principe moteur d'une société, alors que si peu réussiront, n'engendrera que l'échec.

—Tu refuses de pondre un oeuf et de brouter l'herbe sous prétexte que tu ne veux pas être misérable. Tu ne veux pas devenir digne de quoi que ce soit parce que c'est contraire au projet collectif d'entraide que tu désires bâtir. Tu cris à l'injustice sans reconnaître tes besoins, croyant pouvoir les faire disparaître. Mais il faut voir plus loin. Ce qui maintient le tout ensemble, et suffisamment bien, implique nécessairement les inégalités. Ça implique une motivation, une récompense, aussi futiles soient-elles. Ça implique beaucoup de manipulations, un contrôle, un système de compétitions, et quelquefois, l'oubli de certains principes. Regarde les résultats, ne sont-ils pas convaincants?

—Bilan: des milliers de pauvres comme Georges, des milliers de dépressifs, des milliers de névrosés, des milliers de drogués, des milliers de suicides et des millions de morts. Bilan: des milliards de misérables.

—Tu demandes la remise en question de notre système? Tu n'y songes pas petit prétentieux? J'entends à ce que tu m'exposes tes idées, ton modèle de société, et preuve à l'appui qu'il fonctionnera comme tu l'entends. Ensuite ce sera de te faire entendre par les masses, suffisamment pour faire réagir l'autorité. Ce sera ton oeuf, il sera peut-être vide, il éclora peut-être dans 500 ans, d'ici là, on te permet de brouter l'herbe de cet enclos.

—Nous y voilà, «l'oubli de certains principes». Quels sont-ils? on les a oubliés. Non! Pas encore l'amour, la vie, la mort, la joie, le bonheur, les fleurs, la religion, Dieu et le reste? Mais j'ai peur! Peur de voir par quoi on va remplacer la propriété, l'automobile, la télévision, l'ordinateur et toutes ces machines! J'ai peur de constater qu'avec ce qui s'en vient, les gens se croiront encore plus misérables de ne pas en profiter. J'ai peur de constater qu'avec ce qu'il faudra travailler pour se payer ce qui s'en vient, ma chance de voir la personne que j'aime, au moins une fois par semaine, sera nulle! Bref, on peut transformer mon clos en quelque chose d'effrayant, mais si je dois passer plus de temps à l'extérieur de mon clos, et malheureux, alors que je ne suis pas plus heureux lorsque j'ai la chance d'y être, l'évolution de la société est un non-sens. Et si mon sentiment de liberté n'existe plus à travers tout cela, ça ne vaut vraiment pas la peine.

—Ton sentiment est bien beau, bien grand, mais on s'en balance si tu n'apportes pas les

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solutions.

—Peut-être, un jour, si le besoin s'en fait sentir, je vous offrirai mon discours sur les solutions aux inégalités parmi les hommes. Mais ce serait contraire à mon sentiment de liberté que d'élaborer un tel oeuf.

—Alors tu ne mérites pas que l'on écoute tes confessions, que dis-je, tes lamentations. Où serait ton sentiment de liberté si on n'avait pas élaboré l'oeuf que tu critiques sans cesse?

—Qui sait?

—Encore une journée de perdue misérable ver de terre. Eux au moins ils ne posent pas de question, ils travaillent. Jeune et idiot tu es, ça t'excuse. Tu auras bien le temps de vieillir, de comprendre. Enfin, avec ce que tu représentes, tu ne mérites certes pas la reconnaissance.

—Je vis pour moi! Et pardon, je ne veux pas de votre reconnaissance. Je ne veux pas être une victime malheureuse qui éclairera un nouveau système dans 500 ans. On est toujours une victime, tout dépend du niveau auquel on se situe. Je ne cherche pas à recréer l'univers, non, je cherche la motivation, je cherche une motivation.

—D'accord, et être reconnu ou prestigieux est répréhensible.

—On peut critiquer un système et en faire partie. Et cela n'implique pas sa destruction, mais plutôt l'avènement de certains changements. Je ne blâmerai pas les machines jusqu'à les faire sauter, je veux que tous puissent jouir de la vie, et vous savez, la privation rend misérable. Je ne crache pas sur la reconnaissance ou la richesse, mais je n'en fais pas le sens de ma vie, et je souhaite à chacun d'être heureux. La vie c'est jouer avec des idées. Si l'on donne l'illusion de la misère, et si l'on s'empoisonne avec cette illusion, c'est là que je parle.

Votre gigantesque oeuf va bientôt exploser sur les matins pluvieux de votre vie. N'a-t-il pas fait son temps? N'est-il pas temps de trouver une nouvelle motivation?

* * *

Pourtant, et malgré mon sentiment de liberté, j'ai vainement tenté d'identifier cette nouvelle motivation dans ma dernière brique. Mais on m'a conseillé d'en faire disparaître trente pages. Dès lors, quessadone d'élaborer un oeuf si je dois en faire disparaître l'essen

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tiel? Quessadone de vouloir cacher le sens à un point tel que vous n'y voyez plus l'intérêt, à moins d'analyser pour vous perdre dans la polysémie? Et puis surtout, quessadone de m'évertuer à vous pondre un oeuf si mon insolence entre en ligne de compte?

Et si je ne suis pas heureux là-dedans, moi, à vous inventer des histoires de fous, il ne me reste plus qu'à retrouver mes rêves d'antan, ou ma pharmacie.

M.aR.s 93

 

Lettre xi

Parfois les gens se donnent le mot pour ne pas sourire. Est-ce le temps qui établit le mot d'ordre? N'empêche que ça me rend triste. Moi et le mois de mars, nous sommes incompatibles! Mais le problème ne vient pas de moi, il vient d'ailleurs. Des planètes peut-être, mars probablement. Hier j'ai relu une vieille lettre qui parlait de la foi, i.e.: l'essence mémorielle subconscientisée, qui garderait en souvenir les niaiseries de nos vies passées. La grosse question que je me suis alors posé c'est: ça existe cette affaire-là? La personne qui écrivait disait qu'elle connaissait ses vies antérieures, et mieux, savait pourquoi elle était ici sur la Terre, dans la situation où elle est. Je ne sais plus combien de personnes m'ont déblatéré ces histoires, mais ça vaut la peine que je m'y arrête plutôt que de faire comme vous: tout rejeter en bloc sans raison aucune. De toute façon, on vous en a fait avaler des pires et vous n'avez pas réagi. D'autant plus que cette idée de l'expérience étalée sur plusieurs vies s'insère trop bien dans ma ex-belle philosophie de 80 pages. On peut crever 26 fois sans avoir rien appris, sans que ça change quelque chose. Mieux, on peut en massacrer 26 millions et ça devient une incalculable matière à penser pour des milliers d'autres. On a toujours besoin d'en sacrifier quelques-uns si on veut faire comprendre des choses à quelques autres. Moi je me sacrifie déjà pour vous, et ça ne sert pas à grand-chose. Parfois c'est dur de comprendre que la vie est plate et qu'il faut qu'il arrive quelque chose. Hier je parlais avec une personne qui a perdu son mari: «Profitez-en, la vie est encore rose

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pour vous!» Amenez-moi la mort de la personne que j'aime, et c'est le coup de grâce. Que j'aime à moitié d'ailleurs, on est en mars. En plus que je fais partie d'une minorité qui mange la claque. Vous pensez tout savoir sur moi, mais mes lettres les plus hideuses datent de ma dépression de mars 1992, et elles ne sont pas ici. Ainsi donc je vais souffrir. Ainsi donc je vais mourir. Eh bien, je souffre plus que tout, et je suis déjà mort. En fait, je suis un fantôme, et approchez-vous un peu, un peu plus, je suis un fantôme qui tue à la hache! Ça, ça fait peur. Je vis dans l'ombre, personne ne sait que je suis le plus grand menteur qui soit. Mais c'est votre faute, alors vous me permettrez bien de me tuer, à moitié, à la hache. Vous êtes tellement sensibles, vous aimez les histoires de pédophiles parce qu'elles nourrissent vos fantasmes. Vous condamnez en première page puis à l'intérieur vous dégustez les détails croustillants que votre bonne conscience condamne. Donnez-vous en à cœur joie dans vos idées! Violez-les, mangez-les si c'est ce dont vous avez besoin, mais ne condamnez pas en première page! Car un jour ce sera vous. Et ce jour-là il n'existera aucune justification à vos actes. Pour des choses pourtant si simples, à peine si l'on distingue le rêve du réel, sur l'intensité du moment... mais il existe l'autre parti, une vie de gâchée. Je me lamente des sourires des gens, imaginez un viol. Mais j'attire les confessions, je vous l'ai déjà dit, j'en connais beaucoup des gens qui se sont fait violer. Beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup. Suis-je anormal? J'ai pas été violé! Imaginez donc tous ces êtres qui font l'acte. Voyez-les au moment où, incapables de s'empêcher, passent à l'acte. Combien sont-ils? Les placeriez-vous tous en première page? Les jugeriez-vous tous bons à être pendus sur la place publique? La personne que vous aimez l'a peut-être fait un jour, on reste bien surpris parfois. Moi je ne condamne pas celui qui a osé, je condamne celui qui ne comprend pas ou qui ne veut pas comprendre. La planète est pleine de ces gens incapables de comprendre quoi que ce soit ou qui que ce soit, pas même eux-mêmes. Et je plains les victimes. Mais inquiétez-vous pas, il y en a des millions! C'est ça notre belle société. C'est ça qui arrive lorsque le cul est trop inaccessible, on finit par en trouver, et ça fait mal. Avez-vous des solutions? Un centre de désintoxication, un foyer pour femmes battues, un centre pour délinquants, crisse, à vous entendre, on a manqué notre coup! Qu'est-ce qu'on fait avec les alcolos? un autre groupe à jeter à la poubelle, ou mieux, à brûler sur la place publique. On leur dit qu'ils sont importants, on leur instaure un système de pensée différent de ce qu'ils

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ont connu au contact de la société, vous, où la religion, ou du moins Dieu, reprend les rênes de l'autorité. Est-ce mal? Tout de suite vous dites oui. Mais pourquoi ça s'appelle les alcooliques anonymes? Bon Dieu, il est là le problème! Vous les jugez, vous les méprisez à tort, et on en arrive à cacher tous les problèmes. On cache tellement tout qu'on ne se rend plus compte que tout le monde a les mêmes problèmes et que personne ne sait. J'y suis déjà allé à ces réunions d'alcolos, je connais tout le monde! Est-ce si honteux d'être alcoolique? Si honteux qu'on va boire pour l'oublier? Moi, j'y pense à en violer une couple, je suis devenu un vrai alcoolique avec le temps et je pense constamment à me tirer en bas d'un pont. Et je ne vous dis pas le pire! Mais avant de me brûler, réfléchissez à ce qui se passe dans votre tête et dans celle des autres. Il serait temps de comprendre que bien souvent vous pensez comme votre voisin, et que bien souvent il ne vous est pas possible de comprendre votre voisin. La différence, ça n'a jamais encore mangé personne! Acceptation, tolérance, ça ne vous dit rien ça? Et puis mêlez-vous donc de vos affaires! Je ne le crie pas assez fort: mêlez-vous donc de vos affaires! Vous devez déjà avoir assez de problèmes avec votre vie à vous. De toute manière, il ne faudrait surtout pas qu'un jour votre voisin puisse, Dieu à sa droite, vous bûcher sur la place publique. Tout ça parce que vous êtes trop pur, et que la majorité ne l'est plus depuis longtemps.

M.aR.s 93

 

Lettre xii

Parfois on agit sans trop savoir pourquoi, le lendemain on va le regretter. Ce soir j'ai envoyé promener la personne que j'aime, demain je vais le regretter. Quand on se sent pas apprécié, on n'est pas heureux.

«C'est important de se sentir important!» «God knows you can make a difference!» Vous voulez rire de moi? Je vous envoie tous promener, et soudain, je m'en fous pas mal d'être important à vos yeux, d'avoir l'impression d'être faussement essentiel à une compa

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gnie de bouffe, ou d'être la seule personne nécessaire à la survie d'une autre. Je me pense important, bon, beau, gentil, apprécié, puis je ne pense plus à rien. Mais si je ne me sens pas apprécié je préfère la fuite. Alors c'est normal de se sentir apprécié, mais c'est encore mieux de s'en foutre, comme ça on survit.

Que je perde mon job, qu'on me mette à la porte de l'université, que mes parents m'annoncent qu'ils ne veulent plus me voir et que l'on me dise que personne ne m'aimera plus jamais, voilà tout ce que je demande. Cela faciliterait tellement mes décisions. Oui, je l'ai lu l'histoire de l'oeuf, mais je veux vivre!

Quand tu te sens pas apprécié, il faut que tu t'avoues que c'est fini. Pitié! Faut pas que je prenne le téléphone. Je crois que je vais reprendre le téléphone. Est-ce que je peux appeler et dire que ma crise est finie? Serait-ce aussi simple? On va voir... ça ne répond pas.

Avant j'avais l'impression de tout manquer, de passer à côté de tout. Combien d'entre vous ont l'impression de ne pas avoir fait leur jeunesse? Ou plutôt, combien d'entre vous essayent de se convaincre qu'ils n'ont pas passé à côté? Vous êtes-vous déjà arrêté pour vous demander ce que ça voulait dire faire sa jeunesse? Sortir, boire, coucher avec du monde, sacrer le camp de chez soi, ne plus rentrer, se retrouver sous un pont avec quelqu'un... bien, si c'est ça faire sa jeunesse, ça ne me contente pas! Est-ce plus tard que les problèmes commencent? Lorsque l'on envie ces temps où on pouvait encore le faire? Devient-on si laid en vieillissant que, passé les 30 ans, il faut se contenter de la première personne qui risque encore de s'intéresser à soit?

Ah, le jeune temps. Parfois je regarde ces jeunes, je me dis qu'ils en ont de la chance. C'est que je me sens tellement vieux. J'ai l'impression que tout est fini, qu'il est trop tard. On envie les jeunes dans la vingtaine, les croyant prêts à faire des folies, alors que soi-même à cet âge, on touchait le fond du baril. Ah! Faire ma jeunesse me rend dépressif. Je devrais sortir ce soir, c'est vendredi, il est 12h55 am. Je devrais coucher chez la première personne rencontrée, never mind si elle est psychopathe, sidatique ou simplement creuse à mourir, si elle est belle, elle me fera jouir, le tout avec l'alcool, et ne plus revenir chez moi pour trois jours. Je pourrais vous savez, c'est facile.

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Mais que fait la personne que j'aime à moitié ce soir? Je veux sortir, ça dit non. Ça veut me voir, je dis non. Maintenant je téléphone, ça semble sorti. Je voudrais détruire tout ce qui existe! Puis demain on va se voir, tard, on va coucher ensemble, dans 20 jours ça s'en va en France puis ça veut rien savoir que j'y aille. En plus, je suis tellement pauvre, j'ai déjà 10 000 dollars de dettes, j'en aurai 30 000$ à la fin de mes études, ma carte de crédit est pleine, je suis hypothéqué bien raide. La France, c'est ironique. Comment fait-on pour dire à quelqu'un qui nous fait souffrir qu'on ne veut plus souffrir? Qu'on veut tout laisser tomber, qu'on ne veut plus rien savoir, et puis, comment fait-on pour s'écouter et agir en conséquence? Pourquoi je vais pas voir ailleurs? On est aveuglé par les bons souvenirs! Eh bien moi je dis: les bilans de relation ne s'évaluent pas sur les bons souvenirs. Ils s'évaluent sur les souffrances, les pleurs, les manques et le contexte présent. Aujourd'hui je tuerais, un an et demi de frustrations accumulées, j'ai skippé ma jeunesse, je ne veux plus la faire, je ne veux plus souffrir, l'attente me tue! L'amour, ah l'amour, ça mérite une nouvelle définition. Allons-y, j'ai le temps.

Il existe deux sortes d'amour: l'amour de raison et l'amour libre. Dans les motifs qui peuvent maintenir une relation en vie on retrouve les biens matériels, l'argent, la sécurité, les enfants, la survie, la peur, le blocage psychologique et les bons souvenirs. À un autre niveau on retrouve le désir de réussite, le prestige social, la vanité et la présomption.

Quoi que l'amour de raison semble plus facile à manipuler que l'amour libre, car il permet un chantage omniprésent qui assure l'accomplissement des devoirs de chacun, il n'échappera cependant pas au cycle de la violence et de la répression.

Il faut de la stratégie afin de résoudre le problème de l'amour, et je conteste la différence entre l'amour de raison et l'amour libre. C'est dire, tous les amours ne sont que contraintes jusqu'au jour où un état critique survient et qu'il faut savoir user de notre liberté. C'est à ce moment que l'on distingue la sorte d'aversion qui nous unit.

En ce qui concerne l'amour de nécessité, conjoints rattachés ensemble en désespoir de cause, il suffit de se contenter en attendant le prochain spécimen. Lorsque l'individu trouvé semble être le bon, pour se maintenir en tant que conjoint il faut une bonne intelligence des rapports de force. Pour le conjoint qui possède les mêmes valeurs que soi, il suffit d'exterminer les anciens amis.  

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Lorsque le sujet annexé diffère de soi par ses valeurs et ses usages, il faut une plus grande habileté, et la meilleure méthode reste de s'installer avec lui. Si on se retrouve dans l'impossibilité d'habiter avec l'individu, il faut le mettre en relation avec sa propre famille ou de bons amis à soi. Ils feront office d'espions et éviteront les tentations mesquines. Ensuite, fondement de la relation, il faut se gagner l'estime de tous les gens qui entourent le conjoint. Enfin, si on veut garder un vrai contrôle, il serait avantageux d'abattre les rivaux les plus puissants.

Un conjoint qui vivait sous sa propre idéologie avant la conquête ne peut oublier la liberté et l'autonomie qu'il possédait. Aussi, des trois solutions qui suivent, afin de demeurer dans une telle relation, seule la première est certaine: 1- Détruire la liberté, l'autonomie et l'idéologie du conjoint; 2- S'arroger d'un contrat en bonne et due forme; 3- S'instaurer un réflexe intérieur qui accepte toutes les situations, faits et gestes du conjoint, lui laissant ainsi la chance de vivre selon ses coutumes établies. Cette troisième méthode est déconseillée, elle n'apporte que jalousie et frustration.

Maintenant, abordons l'amour entièrement libre. Il ne s'agit donc plus d'annexion presque obligée, mais de création véritable d'une relation. Les plus grands et valeureux héros fondateurs de l'histoire: Adam et Ève, Tristan et Iseut, Paul et Virginie, ont tous réussi. Un succès attribuable à leur «talent», à l'excellence de leur «vertu» (savoir-faire), et au fait qu'ils ne dépendaient que d'eux-mêmes pour les armes. Il semble d'abord qu'on ne doive pas parler d'Adam et Ève qui ne furent que les exécuteurs des ordres du ciel. On y constate cependant toute la vérité de mon propos: malgré l'interdit, la peur de la punition, la nature de l'humain tend vers le désastre. Pour Tristan et Iseut, ils ont été aidés par la science et la magie: un philtre. Le problème devient alors tout autre et c'est maintenant la guerre contre la société pour défendre leur amour qui s'amorce. J'en reparlerai suffisamment ailleurs. Paul et Virginie est le seul couple héroïque de l'histoire, encore que, il s'agit d'un amour de flagellation. Peu importe, nous avons la chance d'avoir ce modèle et c'est là le couple à imiter. Mais aucune imitation directe n'est envisageable. Ces couples nous apprennent que l'amour parfait est impossible. Et alors que l'histoire lance les éloges, je laisse entendre les lois réelles du succès: après la «vertu», les armes!

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Je propose qu'il n'y a pas en amour création à partir de rien, ni victoire sans bataille. Celui qui tente une institution nouvelle sans les armes ne peut faire autrement qu'échouer. Trois préceptes s'en dégagent: 1- La victoire ne peut s'acquérir que par son autosuffisance propre; 2- Une autorité demeure nécessaire; 3- Les grandes entreprises sont toujours sur fond d'insécurité et de violence psychologique.

Tout ceci conduit à l'exemple parfait qui me fascine tant: Madame de Merteuil, dit la Marquise, des Liaisons dangereuses. Elle serait l'héroïne à imiter de par l'excellence de ses qualités: impitoyable, cruelle, vile et libérale. Elle sut se faire respecter de ses servants et servantes, aimer et craindre de son entourage, elle alliait force et «vertu», ses entreprises prenaient racines, bref, elle fut vertueuse et maître de ses propres armes. On doit cependant poser la question du rapport entre l'amour et la morale. Pour moi, paix et union devront d'abord passer par mensonge et brutalité. Il faut donc laisser tomber la moralité si l'on désire atteindre certains résultats. Madame de Merteuil apporte une violence extrême et sans pitié. Malgré son échec, ses idées rejoignent tout de même les intérêts raisonnables des institutions de la société tel le mariage. Elle établit ainsi un ordre et une certaine justice nécessaires entre les conjoints. Elle prouve également qu'il est facile d'arriver au trône par la fortune, mais difficile de s'y maintenir par autre chose que la «vertu». C'est la réussite d'une entreprise qui détermine la valeur morale que les hommes peuvent lui attribuer.

Ces hommes, d'ailleurs, n'étant «par essence» ni bons ni mauvais, vivent l'incertitude du temps. La guerre n'est pas pour ainsi dire un mal absolu, mais plutôt l'horizon permanent de l'amour. Il est naturel que la véritable force d'une relation soit le respect, la crainte de perdre certains avantages et l'absence de communication.

La manière et la façon du conjoint n'ont rien à voir avec la morale ou l'éthique. La tradition voulant de lui qu'il soit à l'image de ce que les hommes devraient être est rejetée pour un conjoint qui, face aux exigences du réel, agit selon ce que les hommes sont. Le principe premier de l'amour, c'est le paraître. Il faut paraître bon, gentil, et par en arrière, être le plus grand des hypocrites. Cependant, il vaut mieux paraître jaloux et non permissif plutôt que clément, car il vaut mieux brimer la liberté de l'autre conjoint. Il faut qu'il

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craigne ses actions afin qu'il s'en permette le moins possible. L'obéissance doit dépendre de soi, et non d'un sentiment précaire de l'autre conjoint, conjoint qui, d'autre part, est plutôt changeant, lâche, ingrat, cupide, égoïste et méchant.

En amour, la règle d'or c'est la ruse et le mensonge. Aussi, l'usage des lois et de la raison étant souvent inefficace, le conjoint doit savoir revêtir la brutalité du lion et l'astuce du renard. La ruse étant la forme la plus efficace de la force, le conjoint doit briser les engagements qui risquent de tourner à son désavantage. De toute façon, l'autre conjoint a intérêt à être trompé. Ce qu'il cherche avant tout n'est pas la vérité, mais le bien-être.

Cette vision réaliste de l'amour enseigne à ne pas être naïf et de toujours supposer que l'infamie est possible. En posant les vrais problèmes de l'amour, on prévient les coups des ennemis, on prévient les coups du conjoint, et l'on contribue à bâtir un beau projet de société où l'amour est à l'image de vieux préceptes encore importants à quelques minorités religieuses influentes.

M.aR.s 93

Lettre xiii

Je me suis levé ce matin. J'ai lu que vous m'acceptiez tel que je suis. J'ai vu que j'avais les mêmes droits que vous tous. J'ai vu que je serai heureux, en théorie, pour un bout de temps. Et soudain, je m'ennuie tellement.

J'écoute de la musique avec des paroles intelligentes, ça me donne le goût d'inventer des histoires intelligentes. Je digère à peine une psychanalyse sur Tintin, écrite par je ne sais qui, et il a passé à côté de ce que j'aurais inventé à sa place. Ça ne veut pas dire qu'il a tort, ça veut juste dire que la psychanalyse, c'est inquiétant. C'est comme toute chose, on finit par oublier pourquoi ça existe.

Car vous avez sûrement oublié le pourquoi de votre existence. Peut-être que vous ne vous posez jamais la question. Peut-être même que vous l'avez répondue trop vite: «La question n'est pas à savoir pourquoi j'existe, mais plutôt, que vais-je faire de cette existence.» Certains pensent qu'il n'y a aucune raison à la vie. Redevenir néant, ça c'est moti

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vant. Si nous sommes pour redevenir rien, pourquoi élaborer sur la morale, l'éthique et la justice? Parce que nous sommes justement, et au moins jusqu'à la mort. Aussi, il ne faudrait pas oublier que d'autres vont venir après vous (moi).

Mais la majorité d'entre vous croit en Dieu, ce sont vos statistiques qui le disent. Ça permet à certains de dire qu'on pose Dieu quand le mystère est trop grand. Vous avez d'ailleurs certainement passé à côté de plusieurs romans de science-fiction fort intéressants, dont un, ou peut-être cela vient de mes idées, où Dieu serait un groupe d'étudiants qui testent une nouvelle série de machines (vous), pour voir jusqu'à quel point cette capacité de raisonner et de s'adapter peut conduire au cataclysme.

Aujourd'hui je veux redevenir néant! Mais j'ai une couple d'oncles et de tantes qui parlent avec mon grand-père défunt. J'ai de la belle-parenté qui parle de revenants. Questionnez donc vos vieux pour le fun, ils vont en inventeront des bonnes. Dites-le donc que vous connaissez au moins une personne qui communique avec un mort! Arrêtez de faire l'autruche! vous avez probablement déjà vécu plusieurs expériences bizarres. Et puis avouez-le donc que Dieu ça ne veut pas dire grand-chose. Je reprends: avouez-le donc que Dieu représente le concept le plus vague de vos idées.

Tout le monde va mourir bientôt et je me tracasse avec des choses sans importance. On peut bien souffrir quand il y en a un qui meurt. On peut bien fuir les désespérés qui sont confrontés aux vrais problèmes de l'existence. C'est bien de les enfermer dans des foyers, l'humanité, ça ne veut rien dire de toute façon. Même les retraités font tout pour se trouver des choses à faire, pour ne pas réfléchir un peu sur le pourquoi. Car on a oublié le pourquoi de chaque chose, on nourrit des gens pour en parler, ils vous diront que c'est important, de se nourrir. Aof, de toute manière, qu'est-ce que ça fait si plusieurs meurent? Et pourquoi c'est important de se reproduire? Qu'est-ce que ça change si notre civilisation disparaît?

Ça me tente de parler des infinis. On entend souvent qu'on est juste un grain de poussière. On est supposé s'ébahir sur cela pendant une minute puis retourner à nos affaires. Ce n'est pas rien l'histoire des infinis! Pascal en avait peur, mais c'est bien plus impressionnant. Quand j'ai fini de manger, de dormir, de travailler, d'étudier, de regarder le poteau de fils électriques en arrière de chez moi, il serait peut-être temps de regarder les étoiles et de confronter l'univers. Et vos théories sur le big bang n'expliquent rien, sinon le

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comment.

De toute façon la culture et les arts ne semblent plus exister. J'ai étudié la philosophie et j'ai eu davantage peur que Pascal: j'ai eu peur de ne pas avoir d'avenir. J'ai étudié le droit, j'aime autant ne pas en parler. J'étudie la littérature, je vais crever de faim.

Je me demande sérieusement pourquoi on apprend l'histoire d'anciennes civilisations. Qui a dit que la culture était importante? C'est le temps de cesser d'admirer les Grecs, la culture, ça ne sert à rien.

On dirait qu'en trois ans je n'ai pas évolué, ça ressemble à l'histoire de l'humanité. J'ai l'impression d'être vidé complètement, et j'ai bien peur d'être dû pour écrire des lettres à chaque mois de mars. Mais ça va suffire pour cette année. Je suis fatigué d'écrire, et il faut bien que ça arrête un jour. Treize lettres, ça porte chance.

M. aR. s 1993

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LA VOIX DE LA VÉRITÉ

Les Quatre Piliers

 

Pour toute réponse à La Révolution

 

«Jeune homme, qu'accompagnent les auriges immortels, toi que ce char amène jusqu'à notre demeure, sois le bienvenu! Car ce n'est pas un sort funeste qui t'a fait prendre cette voie, fort éloignée des chemins frayés par les mortels, mais bien l'amour de la justice et de la vérité. Or, il faut que tu sois informé de tout, aussi bien du cœur inébranlable de la vérité bien arrondie que des opinions humaines. À celles-ci on ne doit accorder aucune créance véritable. Cependant il faut que tu les connaisses aussi, afin de savoir par une enquête qui s'étend sur tout et dans tout quel jugement tu dois porter sur la réalité de ces opinions.»

 

— la divinité de la Nature à Parménide

 

PROLOGUE

Les quatre piliers mentent, leurs dires ne disent rien de particulier, et les auditeurs qui les auront entendus n'en retiendront que peu de chose.

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LE PILIER SUD

Ils s'englobent dans ce coin perdu, ils se gobent leurs idées, se targuent de mille et une choses. Ils n'ont pas le choix, autrement ils se rendraient compte de la stupidité de la chose. À qui la faute? La mienne, car je pense trop et réussis à tout détruire.

C'est comme de ces mystères qui frappent l'enfant qui marche, le fend en quatre, le fait réfléchir pour trois ans. Pourtant, les autres profitent de cette négligence, mais ils dépensent en bloc ce qui n'est déjà plus. Ils sont comme moi: avalé, digéré, dégueulé; l'histoire de ma vie.

Le mal de vivre m'accable. Il tue, parce que je suis ici illégalement. L'autorité ignore des choses pour le bien de l'humanité, sinon pour le mien du moins. Mais c'est motivant le mal de vivre, autant que les fruits de ce fleuve. Il y en a quelques-uns qui en font leur raison de vivre, moi j'applaudis à la déviance, ils en sont morts, on ne peut penser à tout.

On se construit des institutions gigantesques pour plusieurs, miniatures pour moi. C'est que je vois grand, mais pas autant que lui. Je me contente de la vie, je fantasme des histoires qui n'arrivent alors que je suis dans le lieu pour. L'illusion de ce que vivent les autres, c'est mon pain et mon eau.

Les voilà cependant qui inventent un nouveau courant, une nouvelle façon de gigoter jusqu'à s'envoler. Eh bien, envolez-vous, Dieu vous attend. Avec une brique et un fanal comme dirait l'autre: «Un petit mouchoir que l'on plie, qu'on se mouche, se torche avec et que l'on jette sur le bord du trottoir, c'est toi, Mlle toute neuve!» J'aime mieux les briques et les fanaux, parce que je doute du sens de cette expression. Ce qui ne se comprend guère est toujours admirable. Sinon, comment pourrais-tu m'admirer, ô toi chair toute neuve. Plutôt vieillie, plusieurs mouchoirs se sont frôlés à ton nez, et le reste. Même dans le sud je te parle à l'ouest. C'est que je ne parlerais que de l'ouest ma foi. Comment pourrais-je me borner aux quatre piliers. Ils sont pourtant la voix de la vérité. Peut-être n'en dis-je pas assez? Je n'en dis que trop, ma cervelle est toute ouverte, ils n'ont qu'à entendre et transposer.

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Mais je n'en savais rien, il se payait celle que le monde connaissait. J'étais dans l'ouest, dans l'est, dans le nord, là où il ne pouvait rien dire. Je comprends tout. Maintenant, tous mes proches l'étaient, mais c'est le hasard! Par contre on produit tous, la génération qui se bat pour recommencer en mieux ce qu'ils ont raté. J'ai les moyens, mais ça ne change rien, les désavantages, vous les entendez.

Ô cher lieu qui m'a vu naître, je t'incorpore au pilier sud, bien que mon autre moitié soit née au sud, mais un peu plus. Je me souviens des larmes de l'arrivée, la peine de t'avoir perdu, tellement que je n'y suis pas retourné depuis et ne projette point d'y retourner un jour. Je n'y ai pas subi de calvaire proprement dit, je suppose donc une enfance heureuse. Mais je ne saurais en être certain, je ne puis définir ce qu'est une heureuse enfance. Je ne veux d'ailleurs m'associer à eux, ils sont laids, crétins, sans avenir, mais de cela on s'en fout. Ça ravigote d'être méchant.

J'y ai d'ailleurs connu un de ces enfants qui se la menait dur. Il en a tellement fait que l'admiration fut au rendez-vous. Mais l'amitié n'y était pas. Dix années, cela vous construit une génération différente, bien que ça, je ne puisse le prouver. Il avait vécu, moi pas. Il possédait une de ces choses non autonome qu'il a reniée. Une autre toute aussi dépendante qui a su tout détruire. Mais sache qu'il a pleuré et que je l'ai consolé. C'est difficile de consoler un animal, on en arrive à trop sympathiser. Ainsi j'ai jeté là une fille enceinte. Mais je pourrai vivre avec ce poids, aujourd'hui je n'en entends plus parler.

J'en ai accompli des choses pour me satisfaire. J'ai eu honte longtemps, me suis posé bien des questions. Aujourd'hui je m'amuse de ces doux souvenirs. Autant que je me souvienne, il y avait la joie, la gaîté, l'espérance et le quatrième niveau. Je fus heureux de résider en la joie. J'ai souhaité tout ce temps franchir les portes de certains bâtiments. J'en ai franchi d'équivalentes ailleurs, mais je n'ai nullement cette impression d'avoir atteint mes objectifs. J'ai toujours été trop jeune. Un jour je serai trop vieux. Je crois être l'homme sans âge, mais une date m'oblige à passer mon chemin.

Il s'y complaît pourtant, m'annonçant que tout le monde y est beau. Je le crois, le sud est plein d'avenir. Mais il faut fuir ces endroits sans trop comprendre. Moi c'est différent, j'aime ce qui est sans avenir. J'écoute ses problèmes, j'ai son unique version et je donne

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raison aux autres. C'est qu'il est peu convaincant et, comment dire, mêlé. Les mêlés qui ne se comprennent plus il faut les enfermer. Je n'ai d'ailleurs point besoin de le dire, la société se débrouille très bien avec eux. L'entendre directement fait peur, le considérer en collectivité fait du bien. Moi je dis que l'on devrait interner tout ce qui bouge. Ne vous inquiétez pas pour moi, je suis déjà détenu à l'ouest.

Celle qui est à l'est y vit pourtant en un bloc désespéré dans le vieux. Elle y élabore les plans d'un nouveau monde qui ne sera peut-être jamais construit, encore que, son mérite en serait pour sa barbe. De toute façon, les sentiments glorieux finissent par s'éteindre un jour et il faut accumuler les nouveaux mondes pour se contenter. Puis le jour arrive où rien ne nous contente, c'est que l'on avait oublié quelque chose dans la passion. Je ne saurais dire si c'est l'amour, même ce sentiment la rend malheureuse. La vertu rend-t-elle heureux? Les grands de l'est et les misérables du sud y consentent sans l'avoir expérimenté. Ils n'en connaissent que quelques bribes et osent se prononcer. Mais laissons-les se prononcer, ainsi je pourrai moi aussi faire des miennes. Une conscience claire rend peut-être heureux, mais je ne connais personne qui pourrait m'en montrer une, j'en aurais toujours à redire.

Ai-je déjà dit que je voulais être pris au sérieux? Je pleure, vous pouvez en rire, de toute manière c'est drôle. Ils me crachent sur la tête et je les menace de partir. Que c'est amusant, tout au plus ils perdraient mon cauchemar. La pauvre, la seule qui croyait ces menaces, en pleurait. Je n'ai pourtant plus son nom dans ma liste. J'ai ma protectrice involontaire, elle répond de mes malheurs, sa motivation c'est la peur des réprimandes. Qu'a-t-elle fait pour mériter d'y parler et de m'y voir son ennemi? Sans doute n'y songe-t-elle même plus. Ma pareille y songeait peut-être. Le mal commençait lorsque l'on y mettait les pieds. Les grands tunnels où il fallait obéir, l'horreur d'y voir le rat; c'est exactement là le symbole de ces appartements: des tunnels et un rat.

J'y vois pourtant ces arbres et ces pistes, ils ont perdu leur signification. On m'y recherche, j'y corromps la fille du coin. Elle a ses défenseurs. Gardez-la, je la vois nue, elle ne m'excite pas. Mais celle de l'autre coin est mieux. Par son histoire peut-être, elle est disparue comme je le souhaitais, je la reverrai cependant un jour. Je me demande de quoi nous parlerons. Elle me considère si peu alors que j'ignore ce qu'elle croit connaître. J'y ai

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fait une déclaration qui portait surtout sur une destinée radicalement éloignée d'elle et ses desseins. Elle en rit, ma pareille aussi, j'ai honte. La honte ne paye pas à long terme, elle aliène plutôt. À me convaincre qu'il faut tout absorber en refoulant le reste m'évite ses regards. Ma détresse en devient-elle plus grande? Pff...

Mais j'y ai corrompu celui du voisin aussi, celui-là doit respirer l'air d'un bâtiment quelconque. Il pouvait bien me reprocher les poings fermés, mais je vous assure qu'il vaut mieux les fermer que d'imiter les désespérés. Mais j'aime bien les désespérés, surtout ceux qui n'ont rien à se reprocher. Sans les admirer vraiment toutefois, encore que.

Le pire c'est qu'il y en avait un de ma race, collé à sa môman comme il se doit, alors qu'il aurait tout intérêt à voguer plus au sud. On en a bien ri d'ailleurs, j'ai moins ri quinze ans plus tard, lorsque l'on a fait le rapprochement des races. Bref, je dédaigne ma race comme mes origines, pas pour m'en bâtir de plus romantiques ou fantastiques, mais pour ne pas vomir. Cette pauvre môman qui vidait son étagère pour moi et ma semblable, sans trop s'y arrêter, on a encore ri. On en pleurera dans cinquante ans, en vidant nos étagères, quoique nous sommes orgueilleux, assez pour mourir seuls dans nos images souvenirs. Sans s'en rendre compte, tout ce qu'on conte depuis des années ce sont les mêmes mésaventures. À croire que notre mémoire a tout oublié, mis à part trois ou quatre moments par tête. C'est d'ailleurs ce que je déblatère ici.

Où sont les détritus qui jonchaient le port? On les a remplacés par de la nouvelle camelote toute fraîche qui vient d'on ne sait où et qui n'ose parler. Ça arrache les fils et les lumières, c'est heureux de respirer, ça fait longtemps que je fais le plein au gaz! Ça viendra pour eux aussi, ils sont dus pour en arracher.

Tous ces cons qui veulent notre amitié, quand donc vais-je rencontrer la personne dont je pourrai dire: si j'avais passé à côté, ma vie aurait été différente? Viens-t-en l'exception, avant que je ne meure, vois, je suis las, las, las, las, las. Je t'ai peut-être déjà rencontrée et t'ai envoyée promener, tu le méritais sans doute.

En revanche, ces vivants s'en donnent à cœur déployé en travers les piliers! Ils courent par-ci, par-là, puis une autre victime cédera sous les rouages de l'amour. S'agit-il de parler de victime? Puisque ce sont la souffrance et les soupirs qui conduisent le monde. Et ce ne sont pas les ancêtres à moitié mort qui en ressortiront la morale de leur temps. Allez-

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y, et que le soleil puisse éclairer là où il le pourra. Encore qu'il ne me faut point m'en mêler, c'est qu'il finirait par vouloir m'éclairer. Son pareil, à qui voudra-t-il fournir de la lumière? Le pourrait-il? Parfois j'en oublie son caractère humain, me le pardonnerai-je? Laissez-moi rire.

«Regardez-moi cette pièce d'homme, c'est moi qu'il adore!», on entend ceci en pensant que rien ne dure. «Beau, il m'aime et c'est réciproque, belle éternité!», juste vie. «Six coïncidences l'ont apporté dans mon lit, six!» Mais aucune l'en font ressortir, voilà le malheur. Bien, les coïncidences sont effectivement des coïncidences.

Une en a une bonne philosophie, celle qui couronne le tout. C'est elle qui me confie des choses, et je dis, je n'en suis pas digne. Pas plus que les quatre piliers ne le sont dans leur essence. Mais je parlerai de ce qui caractérise mon comportement non familier face à sa personne. Quel est ce don de transformer ceux qui s'approchent? Que pourrait-on lui reprocher? Là je touche un point sensible madame, vous êtes infaillible, mais j'ai découvert votre point faible à même vos paroles. C'est ma présence qui ouvre les plaies du passé. Voilà que nous sommes liés pour la vie, étrangement, et que vous m'affirmez que les coïncidences demeurent inexistantes. Je continue cependant de croire que l'on doit agir en fonction de permettre aux événements ces liens surprenants qui apportent l'aide indispensable à nos projets.

La belle me tombe soudainement entre les bras, me faut-il rallier cette philosophie pour affirmer que l'on sera lié dans un avenir prochain? Bien sûr, je l'affirme sans peine. Voilà ce que l'expérience finit par dicter à ceux qui n'agissent pas selon l'expérience.

Méchants, méchants confidents. Oubliez vos secrets, je sais tout. Pire, n'ayez plus confiance en moi, je dis sans cesse ce que mon cœur porte. Garder ce qu'il renferme est comme vivre avec le mensonge qui doit sortir. Alors pardonne-moi, seul le respect s'est évaporé. Mais, vous tous qui connaissez tout sur moi, des choses que j'ignore, sachez que je sais tout sur vous. Mais je suis peu fier de t'en parler. Je fais comme le respect, je m'évapore à l'est, attendant des jours plus heureux ou du moins, moins remplis. Méchantes, méchantes confidences.

Amoureuse de lui, pauvre toi, tu ne seras pas la seule à pleurer. Celle qui le rejette est plus noble que lui, car tel l'univers, il n'a aucun pouvoir sur nos pensées. C'est une faus

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seté, je me souviens que les astres me parlent. C'est dur la vie, en idée. Je trimbale tous mes malheurs et agis en conséquence. Voilà pourquoi il faut pleurer. Le romantisme ne mourra pas, mais moi j'en mourrai.

Lui il s'en fait moins avec les désespérées. Il répond à la subtilité par l'extravagance, au-delà des attentes de leurs effronteries. Celle-ci, celle-là, d'autres étrangères qui ont juste le temps d'entrevoir les murs et d'affirmer qu'elles n'ont pas le temps de respirer. Je l'avoue, je critique par jalousie. Diable! Ma vie serait-elle guidée par pareil sentiment? Est-ce que je vis? Est-ce là mon souhait? Et lorsque j'aurai tout accompli, où se situera ma jalousie? Il me faut mettre le frein et souhaiter le bonheur aux autres. Je me contenterai.

Le pilier sud, se contenter? Alors que j'incarne l'avenir, suis le commencement et la fin de tout? Je me souhaite le bonheur, les autres peuvent crever! Être efficace, cela ne se peut. Atteindre un idéal, c'est impossible. Être juste et bon, c'est risible. Être médiocre c'est du blabla. Puis quoi encore? Le bien n'existe pas, la destinée c'est pour les rats, Dieu survit selon ses diverses définitions, ma mère n'a jamais été mise au monde, finalement, être inefficace, cela ne se peut. Encore, il me faudrait en tirer des conclusions: aucune conclusion n'est valable. Voilà en résumé l'acquis de mes connaissances.

Je suis bien conscient d'être subjectif en n'étant point le pilier sud. À la manière des auditeurs de la vérité, j'interprète. J'y verrai sans doute l'innocence, si peu formelle qu'elle puisse paraître. C'est que la vérité se vend cher et vise à tromper. Voilà un bel objectif, vendre fort cher les piliers et devenir héros. Le mythe devient réalité, compromettant ainsi la parole qui enveloppe si timidement les veneurs. C'est qu'en mon époque, les dédales d'où coule ce qui est, rendent une chanson qui n'est pas.

Au sud on admirerait une langue heureuse qui chanterait: «Mourir jeune, vivre vieux!». Moi j'en pleure, toutes les larmes disponibles, et question romance, c'est la sécheresse. Voilà des illogismes qui apportent la réflexion et la connaissance; la preuve, sans illogisme la logique n'existerait pas. De toute manière, ni la logique ni la non-logique ne sont admirables.

Ainsi donc la connaissance impliquerait un sentiment de supériorité suffisant pour s'imposer et détruire le pilier sud. Je suis dès lors entièrement détruit, je vous laisse vous

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débattre dans votre spécialité. Pendant ce temps je m'offre l'ignorance dans la généralité et respire. Je suis pourtant l'histoire, voilà ce qui me distingue des autres piliers.

Le cynisme naît de lui-même. C'est dans la nature des piliers. Une nature secrète, différente de celle des auditeurs. Le cynisme naît de lui-même, par un seul regard porté sur les veneurs. Le cynisme est le fruit de leurs semences. Mais le cynisme naît de lui-même. À la manière de mes contemporains, détruire est la merveilleuse passion qui m'anime, puisque construire est critiquable, et destructif.

Personne n'est heureux à vivre ici. Les motivations sont désespérantes, l'amour ennuie, la solitude tue. Leurs propos incitent au suicide, la volonté est nulle, la misère poétique n'en est point une, la misère noire est la rançon du succès. Si certains courants occupent suffisamment ces autres, si le lavage de cerveau permet l'oubli de cette situation, si les apparences peuvent convaincre et ainsi influencer la réalité, alors je m'abonne.

La faillite, quelle étrange constatation. La réussite, quel échec. Chose souhaitée pourtant, afin d'entreprendre l'enseignement d'un système autre. C'est que le sud saura entreprendre et réussir cet abandon, construire ce qui n'est point pensé. En attendant, les autres piliers peuvent se perdre en conjectures, la vérité est à inventer.

 

LE PILIER OUEST

S'il n'existait pas tous ces endroits où brille mon absence, l'oubli, puisque l'absence c'est la mort, et la mort ne se souvient que lorsqu'elle a fait souffrir. S'il n'existait pas tous ces endroits qui te rendent heureux sans que j'y prenne part. Et si j'y prends part, tout s'éteint. Ce que je pense, c'est que je le pense pour me faire souffrir. C'est ma joie, je me nourris de ma peine, je me nourris de misère, ça me rend semi-philosophe et j'ai l'impression d'exister. S'il n'existait pas tous ces endroits, je ne m'inventerais pas tant d'histoires, j'oublierais alors l'absence.

Ce fut la première fois dans une machine, au milieu d'un champ, nous étions nus. C'est la grandeur de ces choses qui font réfléchir, ce sont les seuls moments d'intérêt. Je

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sais que tous aimeraient vivre si c'est pour être avec la beauté, sans s'entacher de culpabilité, au diable le reste, la compréhension de l'existence est trop complexe pour établir de quelconques règles. Je dois apprendre que tu ne m'appartiens pas, comme je me plais à croire que j'ai la liberté d'aller vers le sud. L'autodestruction ne se comprend que lorsque tout est détruit. Je vais cependant la conceptualiser avant, je ne sauverai rien. L'avenir n'est pas à prévoir.

J'attendais ta venue, ces longs soirs qui venaient après de longues semaines, le cœur prêt à sortir sur le plancher. Plus tard, durant l'année, j'ai souffert de ces moments où je jouissais bien. Ta vertu, fuir constamment en plaidant la fatigue, la santé, l'art, la réussite, l'existence. Désespoir, c'est mon désir de ne plus exister, c'est mon impression que la Terre ne saurait être ronde. Nos rêvent ne concordent pas, j'ai adopté les tiens, oublié les miens. Quels sont-ils? L'inexistence de mes rêves, sauf celui de te rencontrer. Il ne me reste que la nostalgie pour m'inspirer. Je m'accroche aux peines des autres, cherchant la mienne, alors que je n'ai aucune raison d'être malheureux. Quel beau martyr je fais.

Si tu n'avais pas de si belles fesses, ou le visage d'un animal qui pleure. Encore, si la méchanceté ou l'obstination seraient ton cheval de bataille, aujourd'hui je te détesterais pour ma joie. Mais mon cœur voit là un lingot d'or dont je ne peux me séparer. L'or n'est cependant qu'un métal sans valeur, sinon pour cause de sa rareté, alors qui peut pleurer la perte d'un lingot d'or. Ma suffisance et mon orgueil permettraient ta disparition sans trop de soucis, laissant un soupçon de mélancolie nécessaire à ma flagellation psychologique. Je corrige mon défaut comme je peux, ensuite je vois mieux. Et si je te laissais? Quelle folie. Tu demanderais pourquoi, je dirais que c'est sans raison. Mais je paierais ta souffrance, on paie toujours la souffrance que l'on cause. Ceci découle de mon expérience, ce n'est pas digne de la science, mais la science n'explique pas tout. Je me permets donc de dire des choses que j'ai entendues à travers les piliers. J'invente la non-science, celle qui ne nécessite aucune vérification ou preuve. Voilà encore la complexité d'un système qui mérite le silence. Moi qui ne veux penser à rien.

Mais pourquoi donc aimerais-je? Pourquoi aimerais-je ici plutôt que là? Pourquoi doit-on se reproduire? Pourquoi ne doit-on pas disparaître? Écoutez, je propose la contra

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diction. Je ne veux plus aimer car je ne comprends rien à ce sentiment. Je ne veux pas me reproduire, je n'en vois point la nécessité. J'opte pour la destruction de l'humanité parce que je ne vois pas le pourquoi de son existence. Et peu importe le titre qui vous caractérise, vous n'en savez rien. Je ne vois là que la science des hypothèses et des conventions. Je souhaite la destruction en plaidant l'ignorance!

Il a trente ans cet autre. L'autre en a quelque chose comme ça. Les deux font pitié, pour la simple raison qu'ils n'attendent plus rien de la vie. Je réfléchis alors, j'ai l'impression qu'ils ont raison. Je vis d'espoir jusqu'au jour où je trouverai le désespoir. Ce jour est arrivé.

S'il me faut parler de ce que j'ai vu, cela pourrait être de nulle part. Je ne parle plus que de l'explosion des points. Je ne conjuguerai plus les astres que par l'étude approfondie du pilier ouest. C'est que les étoiles qui me composent m'octroient une température, et le soleil ne signifie plus qu'une plaisance où je voudrais brûler pour en apprendre davantage.

Je suis à jamais ce que la fille demande. Je suis le reclus de ceux qui réussiront, je me laisse prendre à mon jeu. N'est-ce pas là le discours des ratés? Je vous le livre en un discours oublié, je n'ai jamais souhaité que la différence. Or je découvre que je ne suis pas différent. Mais me plaindre c'est vous donner raison. Je loue donc les ratés, pour peu qu'ils soient heureux et que rien ne les arrête. Une nostalgie m'est remontée, je l'ai entendue et suis persuadé de ne la jamais retrouver. C'est le propre de la nostalgie. J'ai tout de même découvert un damné pour doubler ma misère. J'ai souffert un bonheur qui me fit oublier jusqu'à leur existence. J'ai vu ceux qui fuyaient les préjugés pour aller en construire d'autres ailleurs. Alors je suis allé chez les bons vivants qui s'amusent l'année entière avec ce que d'autres ont construit. J'avoue n'être jaloux de rien. Je regarde les mouches au nord, j'y attends la mort en m'adressant de funestes lettres posthumes. Je suis celui qui s'installe au sommet de la colline, qui se tient bien droit devant l'univers et qui attend que l'éclair le foudroie. Si c'est là le sens que je donne à la différence, je sais bien que vous ne fuirez pas devant la tâche et qu'au contraire vous y serez bien enchaînés.

Ô toi qui m'ouvres la route vers le sommet, pourquoi m'est-il impossible d'arriver à la plénitude? J'ai pourtant là les armes nécessaires à la destruction d'un monde. J'ai compris de futiles choses. Encore que, que puis-je comprendre par moi-même? Sinon que certains

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ont plus d'imagination que je n'en aurai jamais. Si je n'avais pas tant été puni de ma naissance, je saurais apprécier certaines choses que le temps méprise. Si l'espace ne se composait pas que de ta naissance et ton devenir, il me semble que je verrais en la vie les mystères qui me sont inconnus. Je cherche ce qui motive les uns par ce qui me motive, et ce qui motive les autres, je m'en contrefous. Pourquoi ne puis-je faire de même de ton existence?

Ô madame, vous eûtes souhaité me demander une affliction plus grande que la vôtre en la partageant. De même, j'eus entrevu la possibilité mise à ma disposition pour vous consoler. Mais je fuis, comme les reproches que vous lancez. J'ai appris en votre fille votre blindage face aux événements. J'ai tout de même une justification invalide: j'ai donné à votre semblable, elle m'a mal reçu. Ô potence, je t'ai vue de bien près. Voilà ce que j'en retire. Si ma carapace est si mince, ai-je besoin de vos prédictions pour l'endurcir? Pourquoi donc me faudrait-il tant pleurer? J'accepte le fait que tout ne nécessite pas un pourquoi. Dès lors, j'attends que le plafond me tombe sur la tête, alors j'y développerai ma propre philosophie.

Ô mademoiselle, le blindage de madame est-il aussi pur que votre accent? Si votre nom savait résonner, peut-être y aurait-il de l'espoir? mais là où je vous ai rencontrée, l'espoir est non seulement mort, il n'a jamais eu la chance de naître. Ainsi je vous voyais pour la première fois, suivant ma vaine bêtise. Croyez-vous aux coïncidences? C'est que vous m'avez fourni la nourriture et le courage de sombrer dans la multiplication des coïncidences. Il devient difficile de ne pas y croire, parce que je ne vois aucunement le but, du moins aujourd'hui, que poursuivait en vrac mon échec audacieux. Je vous souhaite néanmoins bonne chère et le titre de mademoiselle pour l'éternité, puisque c'est là l'endroit où je vous ai rencontrée. Je m'invite tout de même à manger au clair de lune, puisque je vous y verrai et rejoindrai par l'entremise de celle qui me respecte, en apparence. Si nous ne sommes pas directement en relation, nous sommes liés par nos connaissances, je comprends alors que notre histoire se poursuivra. Je me place donc en attente.

Alors j'attrape le temps d'y voir celle qui s'est permis une conduite conforme à mes rêves, témoignage des possibles probables à mon abstention. Quel désastre m'attendait, ô damnation, quel calvaire tu vis! Qu'as-tu fait pour te conduire en ces lieux? S'agit-il de ton caractère? De ton tempérament? Ou ton expérience... Pendant ce temps je transpose,

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apprends, plains, et souhaite quand même réaliser mes rêves.

Le non-lieu me prend d'assaut, il me raconte l'alarme qui y sévit. Payant trois fois ce qu'il m'en coûte, vendant leur fortune à qui passe pour détenir si peu de choses. Ils finissent par nous nourrir. J'irais dans ce non-lieu voir la détresse que j'ignore. Je ne saurais les plaindre, j'en ignore trop pour porter un jugement alors qu'ils refusent d'en parler. Mourez donc dans vos préoccupations, si j'ai le temps un jour, j'irai constater vos pleurs, alors il sera trop tard pour vous aider.

Je côtoie cependant ceux qui en savent long sur l'univers. Je ne sais s'ils cachent des choses, mais si tel est le cas, ils en payeront les conséquences, avant leur mort si possible. Qu'ils se débrouillent pour justifier la faillite des lieux. Moi je loge loin de la tour, et si tout s'écroule, j'aurai au moins la chance de n'en rien savoir. Sachez que personne n'est en pouvoir de se déresponsabiliser, et la mort n'efface pas l'histoire, au contraire.

On s'est rencontré dans les bas-fonds, après une série d'événements hasardeux, tu m'as vite enrôlé, puis abandonné trois fois. J'ai trois fois souffert, et te dis, la quatrième sera la délivrance. Alors «nos rêves s'éteindront comme ils s'étaient alors enflammés». Dès lors, j'entreprendrai «ma vie de bohème». D'ailleurs, je n'attends plus la destruction pour naître. Tu as pourtant bien servi ma cause, inspiré bien des choses, mais d'autres m'apporteront autre chose. Ceci dit, il n'y aura pas de quatrième fois.

À la minute où j'accepte de vieillir, je deviens vieux. Il faut alors façonner les gens jusqu'à ce que la pourriture en sorte. Ça les regarde, ça commence par l'âge. Courage, tu vas passer à travers la vie de la même façon que nous tous. Il y en avait un de l'est qui disait: «Envier des êtres que l'on méprise, il y a dans cette honteuse passion de quoi empoisonner toute une vie.» J'ajoute qu'il y a dans cette passion de quoi nourrir la mienne.

Vous êtes honteux monsieur, on connaît votre vie intime. Vous n'osez regarder que le plafond, bien à vous, ça crevait les yeux et je doutais que vous puissiez être du côté des morts. Vivant pour la cause. Longue vie aux damnés! Aujourd'hui je vis plus que celui qui vit! Demain je vivrai plus que celui qui vit! Car je nourris le rêve, et l'homme sans le rêve devient plus végétal qu'un arbre.

Comment leur invitation peut-elle m'être un supplice? Je ne voudrais tout de même pas leur imposer ne serait-ce qu'une seule idée, je suis trop innocent et capable de ruines.

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Mais malgré moi je suis de la famille et j'ai droit à l'obstination. Mais cessez de me rappeler ma condition, je suis tout ce que vous dites, et même pire, cela fait de moi la marque de leurs conventions. Je n'en serai pas plus amer pour autant, et je dis, injustes sont vos démêlés avec la justice. Vous en pleurez toutes les nuits, comme de la mort d'un père dont vous fuyez la personne depuis deux générations. La folie, c'est pénible à endurer. Ils disent que cela n'est point une raison pour se débarrasser de ses obligations. Je suis d'accord et vous appuie. Un juge devra trancher, mais la justice est inaccessible et souvent injuste. J'ai pour ma part expérimenté le crime, et ces reproches ne m'offrent qu'une voie: l'acceptation de ma condition, et ainsi, le droit au crime. Comme vous j'en subirai les conséquences au moment opportun.

Vide vie, j'en suis encore acculé au mur. Obligé comme chacun, cherchant cette misère comme pas un, je vais me débarrasser de ces épreuves. Je m'endette pour apprendre des choses qui me répugnent et ils croient détenir la solution. Une solution bien maigre, qui se meurt alors que je payerai davantage. Mais l'erreur est humaine, irréversible, j'en crèverai de faim.

Elle est si bizarre qu'elle m'effraie. Elle associe son nom à l'horreur, je trouve cela beau. Elle me prend pour un idiot mais j'accepte cette idiotie. Elle me motive et aucune motivation n'est négligeable.

C'est qu'au cours des ans on s'est bâti une place à côté de la vie. J'aime m'inclure dans ce «on» bien que je n'y sois pour rien. Profitons-en, d'habitude je m'en exclus volontiers. Or donc, cette place en parallèle de la vie n'est point dangereuse et ne dérange personne. Certains pensent autrement, bien à eux, je ne les comprends nullement et rejette en bloc leurs faux arguments. Je suppose qu'ils ne nous comprennent nullement et qu'ils rejettent en bloc nos faux arguments. Qui jugera? Souvent ce n'est pas l'affaire d'un juge, c'est l'affaire d'une collectivité, d'une minorité. Ainsi s'amorce une bataille interminable que je laisse à ce «on» dont je m'exclus. Je n'ai ni la volonté ni le temps ni l'argent ni la patience, et toute cette sorte de chose, pour entreprendre quoi que ce soit. Je remercie cependant les autres qui me défendent et je plains ceux qui attaquent, bien que je ne puisse comprendre leur détermination.

Il faut croire qu'ils n'ont que cela à faire. Cela aurait pu être une autre cause, ça été

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celle-ci. Il faudra recommencer à nouveau le lavage de cerveau d'une génération déjà chez le psychiatre. Dites-moi, est-il humain de pointer du doigt un inoffensif mouton noir et de lui dire qu'il n'a rien de mieux à faire que de mourir? Du point de vue d'un psychanalyste, sûrement. Eh bien, donnez-moi une croix ou un fusil, je serai un nouvel exemple qui se sacrifie pour une génération.

Alors que je sais à peine où je vais finir. En pleine période d'indécision et d'appréhension, me voilà qui regrette tous mes choix. Mais c'est le propre d'une société de nous faire regretter tout ce que nous entreprenons. Il est cependant impossible de cacher ses bienfaits trop longtemps. Il serait peut-être vain de l'éliminer, aujourd'hui du moins. Mais je m'isolerais bien quelque part loin de toute vie pour voir ce que c'est. Une cabane, un jardin, des provisions pour l'hiver, voilà qui ressemble à la vie de mes ancêtres.

Ah Dieu, cette marche qui rend malade, profitez-en pendant que cela passe. J'en ai vu assez pour vouloir vous laisser monter et m'enfuir hors de ces murs. S'il me faut vous détruire, il me faut le faire en un bloc. Bof, cela n'en vaut pas la peine, la misère, on en parle trop. J'aime croire qu'il existe d'autres moyens, mais être libre, c'est m'enfuir plutôt que d'affronter. Certains diront qu'il faut confronter pour obtenir la liberté, ils ont raison. À Dieu.

S'ils ne se donnaient le mot pour ainsi m'achever en me faisant courir ici et là, attendre jusqu'à la crise, appliquer les règles jusqu'à provoquer la révolte puis le meurtre, je dirais oui, ça va mieux. Mais non seulement ils multiplient les obligations, mais ils n'offrent rien en compensation. Comprennent-ils la complexité de leurs histoires? Si chacun apporte sa parcelle de vérité, à quoi ressemble l'ensemble? Si moi, à la sortie, j'en sais plus qu'eux, et à quel prix, il est impossible qu'ils soient ignorants de mon calvaire et de leur handicap.

Toi ma visionnaire, je te bois et oublie tes ravages. Je deviens alors profond en mes malheurs, suffisamment pour les sublimer en bonheurs. Je sais que pour communiquer il faut parfois oublier le recul et poser des points de référence, sans les prendre pour acquis toutefois. Me voici enfin délivré de cette matière. Mais le recul demeure utile, pour indiquer que la délivrance est impossible. Ah! Où sont les points de référence? Je m'accroche à tout, je crois en tout, je me satisfais à me mortifier. Ouf! Brûlez-moi et n'en parlons plus.

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Tel que l'obscénité qui se voit chez les gens dits normaux comme si elle était normale. S'il fallait y ajouter quelques détails, la cour rendrait son jugement. C'est qu'au cours des ans, les tabous n'ont ramené que les extravagances, les faits qu'il est impossible de contourner. Voilà d'où proviennent les généralisations. Je suis pourtant l'anormal, l'erreur qui marque ma valeur. Tuez-moi mais ne me changez pas.

 

LE PILIER NORD

On me rejette, moi qui croyais être invulnérable. Je vais apprendre à aimer ce qui m'aime et haïr ce qui reste. Les hommes ne vivront jamais d'amour, moi de même, la cause en est que je vis de détresse et que ma coupe est pleine de ces choses qui valent la peine d'être méprisées.

Or, voici que je rencontre un soleil à moitié consumé, avec des cheveux frisés, puis deux autres pareillement consumés. Puis je vois la chose qui effraie, elle a dit exactement ce que je redoutais. J'ai couru et je regrette. J'ai vu le dépotoir au féminin, eux, je les ai effrayés, tous. Ses yeux si grands écoutent pourtant lorsque je parle, et parlent lorsque je radote. Ainsi il n'y a aucune chance à la perversion. Ses sujets sont tout ce qui m'attire vers ma tombe. Mais ce sont les seuls qui sont dignes d'être traités.

Elle est grosse et elle me fait mal! Dois-je l'arracher? Je sens remonter en mon âme, l'âme de mes ancêtres. Je suis de la pire race, celle qui pourrit dans son coin et qui ignore le reste. Il aime la même musique que mes ancêtres, et même plus. Il couche avec plusieurs de ces filles que je rencontre. Est-il heureux? Il est gros. Tant pis pour elles.

Comment ose-t-il s'ouvrir le crâne à la grandeur de la population et croire qu'il éduque nos contemporains? Ils ont tous poussé le fatidique EURK! lorsqu'ils ont vu l'échange. Il fuit les désespérés, il part vers l'ouest, il emmène ma vie tandis que je meurs au nord. Mais ma vie est plus consistante que ses études sociologiques sur les papillons. La comparaison fut plus qu'évidente, jusqu'à réinventer un langage: bilboquet, étagères, femme enceinte... c'est la révolution! Alors qu'ils sont tous là, les yeux creux, la bouche ouverte, on les prendrait pour des vides de l'intérieur. Ils sont la honte réincarnée! Et moi donc! Je jouis à vous

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entendre dire EURK!, vous ignorez que moi aussi je le fais en vous voyant. Priez pour que vous soyez toujours majoritaires, un jour on ne vous tolérera plus. C'est que les droits sont fragiles, même pour les pleins de l'intérieur.

Si nous avions tous la chance d'avoir à notre disposition une cathédrale industrielle pour actionner nos fantasmes, Dieu redescendrait sur terre pour actionner une bombe H. Ça m'a inspiré la papillonne, celle dont les seins pendent très bas. Elle est fascinante, elle dérange mon cerveau qui a fini par s'habituer à la pureté. Mais la pureté ne dérange pas, elle fait sourire. Moi la pureté j'en fais de la compote. Tient, ça me rappelle une histoire que je vais t'épargner. Ça te gêne les histoires que je t'épargne, tu sais alors que je te cache des choses. C'est vrai, comment oserais-je te faire souffrir ou sourire avec la papillonne? Je te cache mes folles idées, je te laisse déduire le reste. Pauvre toi, tu te morfonds à l'ouest alors que je rêve de m'envoler vers l'est et que je vais me retrouver au sud. Mais je vais mettre à la réalité tous mes projets. Même l'invulnérabilité que je croyais avoir perdue refait surface avec tous les avantages. Pour un moins j'obtiens la multiplication des plus, bien que pour toi ce soient des moins, mais pense aux plus que cela t'amènera, pourvu qu'ils ne m'amènent pas des moins. Tu vois lorsque je te dis qu'il faut éviter la séparation, tu risques toujours gros. Mais t'inquiète pas, les moins se transforment en plus à long terme, et ils n'amènent que des plus qui ne sont que de si petites motivations à l'existence, qu'il serait vain de se trop s'en arracher.

Je contrôle les escapades de mes regards, ils sont à la veille de manger des choses franchement affreuses. C'est pour l'oxygénation de mes cellules, pour prouver toute l'audace qui fait l'indépendance si nécessaire à la personnalité. Toi tu n'avoues pas tes fantasmes, allons, je sais tout, tu agis en pensant à ces damnés, bien à toi, car moi aussi. C'est le domaine des probabilités qui accapare nos idées. Les fantômes y sont doubles, mais sache que j'oublie ces hypothèses. C'est ta santé mentale qui m'importe, et la mienne finalement. La jalousie, c'est pour ceux qui sont dépendants, et ceux-là, je les renie. Dieu que je suis dépendant. De toute façon, je ne m'ennuie point de ce que j'ai vécu. C'est faux, je suis masochiste.

Je suis d'un non-lieu, je pleure mes origines. Elles prennent place en un village fantôme d'un côté et en un village inondé de l'autre. La preuve réside en leur cimetière étran

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gement intact. C'est remonter trois générations, et bizarre chose, il m'est impossible de remonter au-delà. Je possède ces images d'époques lointaines, je les ai vécues, je les vis. Pour en voir l'évolution, je la vois. Mais le cimetière n'a pas été déplacé en entier, seules les pierres ont été regroupées au même endroit. Blasphème! Les pierres ont été volées en majorité et personne ne sait! Trois générations, ça oublie des choses. Pas besoin d'aller au sud pour assister à l'horreur, c'est ici chez mes ancêtres, et c'est moi qui serai votre bourreau! Blasphème! Vous mourrez tous en enfer! Il y a plus de deux cents personnes dans ce cimetière, allez chercher des pierres! Il est hanté votre village, hanté par mes ancêtres troublés, et c'est moi qui les ressusciterai, aucune autre! Étrange vengeance, venue trois générations plus tard, inspirée par une religion oubliée qui servira ma cause.

Sept longues années de solitude, il est devenu la nourriture des moustiques. S'il y avait un homme à pirater, ce serait lui. Il laisse un peu de lui-même dans chaque mouche du coin. Il est à l'image de mes idées de fous et je ne consens pas qu'il soit heureux. Tellement que je ne peux consentir être mieux. Mais j'ouvre son coin de pays au monde entier, il n'en sera pas plus heureux. Quand on pense que plus d'une moitié vient de l'est, j'en jouis, même si je ne leur parle pas. Je nourris plutôt le désespoir du coin, à la manière des vieilles tavernes où l'on se retrouve toujours saoul, à faire des choses que l'on regrette avant même de les faire. Il avait raison, je m'interdis tout ça. Mais il faut substituer à mes regrets autre chose. J'ai besoin de ma dose de misère, sinon...

Si la liberté tient à l'est autant que la liberté n'est qu'un sentiment, alors je meurs au nord. Les souvenirs construisent le monde, ils poussent sur les arbres à la manière de mes désirs. Mes besoins en sont plus grands lorsque je suis dans le nord, j'y verrais même une vieille dans mon lit. Si bien que mon orgueil étouffe déjà la mesquinerie. À défaut de l'avoir dans mes bras, je me contente. Pour me convaincre qu'ils sont ici mes rêves. Faites disparaître mes souvenirs, et me voilà à l'affût d'un animal. À travers bois, je vois ma destinée: elle coule au fond de la rivière souterraine, elle se termine au cimetière. Ainsi je pose la légende qui fournit à l'existence une raison.

Sont-ce les choses nobles que l'on voit lorsqu'il est impossible de voir de l'autre côté? Si je me laissais entraîner par les vagues, je m'échouerais en arrière du rideau et ce trou serait le refuge du damné. Je deviens pourtant pur au contact d'un lieu désaffecté, et je n'y

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vois certes pas le témoignage d'une ancienne civilisation. Si on y a vécu, la raison m'en semble frivole. Les grandes civilisations sont mortes, leur histoire avec elles. Je suis également mort, mais ce n'est pas de l'histoire. Voici l'injustice où en quelques paroles je résume l'émotion d'une époque, et comment rendre la chanson de mon temps si, en le faisant, je ne rends aucune mélodie? Alors que cette mélodie ne rendrait ni l'émotion ni l'âme. Que de belles images insignifiantes.

J'arrache un morceau de terre, espère y découvrir la sagesse. Je la trouve, elle n'était pas bien loin. Mais alors l'eau ne suit plus son cours, la chute en devient dévastatrice jusqu'à en tuer les habitants. Je gracie donc la sagesse d'y avoir fait disparaître le mensonge. C'est qu'ils en font des lieux inaccessibles, par de futiles raisons que la nature se charge de contredire. J'irai rêver là où mes ancêtres ont vécu et où ils vivent toujours!

Mais c'est lorsque l'on s'offre la facilité et que l'on se la refuse ensuite que la planète se met à tourner. Les divers prétextes sont souhaitables et ne se comprennent plus. Les plaintes ne font que se perdre jusqu'au jour du retour. Ma vie fut si stagnante que j'espérais voir en cette vie une quelconque renaissance. Mais tout innocent que je suis, je me sens tout aussi coupable de vivre. D'où viennent ces fardeaux? je l'ignore. C'est que là où il abandonne tout pour ne se tracasser que de la température, moi je m'enfonce et la température m'est un fardeau.

Ses moignons crochus me font exploser, c'est la mousse qui m'y garde incompris. C'est l'oeuvre d'un jeune naïf, c'est simple, il faut l'achever. «Tu vas me faire plaisir, sinon je t'assomme!» Heureusement je n'y étais plus. Je marchais sur cet arbre, mangeant des pacotilles à six dollars pièce. Il parle aussi de fraîche mouture et j'en pense qu'ils sont amers. Il dépouille ma réussite, ne cherche que ses vues, s'enterre chaque jour plus profondément.

Mais comment comprendre l'autre à la carcasse méchante? Faut-il déduire l'absence de lit? Ou bien un tiers à l'affaire des cerises sans jus? Jetez-les, elles sont trop ridées et la canne s'est substituée au romantisme. Et les niais qui en sont sortis sombreront dans ma médisance. Qu'avez-vous besoin de suivre l'exemple des morts? ils s'en permettent davantage lorsque la tornade a ravagé les coutumes vous savez. Eh bien, enchaînez avec les

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palpitations si vous désirez vous abaisser au niveau des cerises.

Le nord va parler! Il entend mais n'est point d'accord. Pourtant il me vénère et je suis curieux d'en comprendre les raisons. S'il faut construire la nature, il s'y prend bien. Elle est hors-lieu, les principes l'ont détruite. Belle nature.

Mais de ceux dont je me fous, celle de la machine, pareille caricature m'impressionne. On comprend l'incompréhension lorsque l'on pompe à ce point tous les cerveaux qui s'approchent. On en vient à souhaiter la mort au fond du puits, ou comme les moignons disent, un bon bâton avec des piquants, pour frapper jusqu'à méconnaître les restes. Embarquons-y son semblable aussi. Je ne me connaissais pas si violent. Je suppose que rencontrer la monstruosité peut justifier bien des bravades. La justice divine pardonnerait, pas celle des hommes. Je me contrôle donc et dis, malheur à celui qui agira. Je lui prête cependant le bâton.

C'est la même chose avec les autres. Elles agrémentent nos avant-midi, égayent la visite plus qu'on ne leur en demande, puis font voir par des riens qu'elles ont l'instinct généreux. Moi qui ne suis encore qu'un débutant, j'ai droit à tous les honneurs, puisque mes ailes, supposées absentes, pousseront dans un jour lointain. On me porte donc où je veux alors que je pourrais marcher. On m'apporte les mouches cuites alors qu'elles me tournent autour et qu'elles sont meilleures crues. Il en résulte tant de conséquences fâcheuses que je me demande qui a des ailes finalement. Je déteste les bons sentiments qui conduisent au désastre. Vivez donc en pleine nuit, je vivrai en plein jour et la visite sera satisfaite.

Quand ils nous envoient promener, ils le font raide et se lamentent fort. Moi je prescris l'indifférence et les lamentations subtiles. Lorsqu'ils empaquettent leurs petits, c'est pour trois saisons de vacances dignement gagnées par une saison de lamentations. Je remercie alors la collectivité d'enlever plus de la moitié des gains à ceux qui se crèvent quatre saisons durant, moi, pour faire vivre des idiots qui ne servent à rien, surtout lorsque ces idiots ont à leur deux une dizaine d'enfants qui vivent très bien. C'est dans ces temps que j'ose dire: «Faites-moi disparaître ces sécurités collectives, on s'organisera bien avec les quelques qui seront vraiment dans la rue!» Mais je n'oserais jamais le penser, c'est pourtant

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chose dite.

J'accuse plutôt celui qui rêve de rêver bien simplement. Mais j'admire ce vide d'idéal qui aborde à l'occasion les terribles guerres, sans toutefois en dépasser le mot. C'est que la morale ne se prend guère. Seize longues années dans les bas-fonds, le pauvre, pourtant je ne le plains.

M'est-il étrange de me ranger du côté droit alors que celui-ci est responsable des troubles du côté gauche? Je devrais pourtant être au neutre puisque je me contrefous éperdument de leurs gains et pertes. Néanmoins je suis du côté droit et souhaite la destruction de gauche. Aof, encore quelque temps et non seulement je ne serai plus au centre, mais je n'y serai plus du tout.

L'autre, l'insatisfaite des laids de l'existence, trouve l'audace de nous sauter dans les bras, nous les sans défense qui méritons la pire besogne. Et elle dit qu'il est tout petit! Dieu qu'il doit souffrir. Me voilà qui ne parle que de misère, c'est que certains meurent en ces endroits, vivant sur des réserves peu certaines, quoique durement gagnées. Je ne sais plus qui admirer entre ceux qui peinent près de la chute et ceux qui peinent loin de cette chute.

Mais elle ne produit que de la pourriture, tout juste bonne à écœurer les petites bêtes incrustées dans les murs de pierres. On comprend que ce bâtiment ait fermé avec de pareils sons. On peut copieusement en mourir étouffé, il ne peut en être autrement. Et tandis qu'il veille fraîchement aux vivants, on lui prépare franchement une belle pierre gravée. Celle-ci indiquera: ci-gît Untel en un non-lieu. C'est la prophétie de l'avenir!

Le petit mécréant, que j'écraserais s'ils m'en laissaient la chance, bien qu'au niveau où j'en suis, c'est possible, je lui arracherais sa moustache pour l'avaler. Je le présenterais ensuite à celle qui a deux fois son âge, il me remercierait. De rien mon ami, trouve un prétexte, sort du trou, respire un peu.

Lorsque la jeunesse se fait présente et parle plus qu'on ne le peut, l'admiration fait découvrir un lieu que je croyais avoir découvert. Dès lors, et de toutes parts, il me vient ces occasions de brûler la chandelle par les deux bouts. Ô toi qui n'es pas là, moi qui suis ailleurs, arrive et je serai sage, mais arrive vite, je suis à la veille d'en mourir. Je représente un risque et j'ai fini par l'accepter. Je suis dangereux, pourtant je n'ai pas fait grand-chose,

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ni de grandes choses. Les grandes choses sont celles qui mettent en branle-bas de combat ces autres qui n'ont pas la motivation. Souventes fois ces moments en sont de toute une vie. On ne sait jamais vraiment ce qui nous attend dans la vie qu'elle disait. Mais d'autres le savent très bien, ils rêvent dans les livres alors que j'incarne ce rêve. Il faut qu'ils me le reprochent plutôt que de l'admirer. C'est de la jalousie ou de l'incrédulité?

Je lui ai dit qu'elle était belle, elle me donnerait maintenant la lune. Je lui dirais maintenant que je suis laid, la planète s'écroulerait. Dieu merci, elle m'offrira tout de même la lune avant d'en apprendre davantage. Elle vit aussi à mes dépens, prétextant les dires d'un autre pour en dépenser encore plus. Elle m'en donne presque, mais je ne saurais accepter. Elles ont de l'argent ces pauvres oubliées de Dieu. De la charité qui rapporte, alors qu'elles méprisent les perdus tel que moi. Ils ont peut-être fait de grandes choses voilà des lustres, aujourd'hui ils ne sont là que pour ma destruction. Entre eux et moi, c'est la guerre déclarée.

Pilier nord, mon ami, je préfère l'oubli à ton doigt et tes secrets. Si tu ne m'entends point, tu entends de moi. Je voguais à la non-reconnaissance, d'être le miséreux qui le sera encore davantage à tes yeux. Risible, tu es grand au sud, moi à l'est.

Entends, je me pense au-dessus de tout parce que je méprise ce tout. Je suis donc au-dessus de l'univers. Nul n'a besoin de le répéter, mis à part les en dessous de tout. J'affronterai mes dires sans m'en excuser, j'assume ce qu'il me faut assumer. Vous jugez très bien. L'autre en connaît cependant un différend. D'autres jugent autrement. Mais je sais tout de même ce que je vaux au nord... ô potence, je te vois de bien près.

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LE PILIER EST

Il n'y a pas que la vie qui soit intéressante, c'est toute la nostalgie d'un coin de pays mort en mes idées. Révolues qui m'attendent, on m'en refuse pourtant l'accès. Ô terrible incident, mes frères, vos intérêts sont aussi grands que les miens. Davantage d'où vous venez, pour m'enhardir de futiles raisons qui marquent mon désir.

Je suis pourtant soucieux de celui qui pleure ses origines, je les pleure aussi, plus fort, et ma peine est si grande que je ne vois plus que cette nostalgie comme détresse. Je rêve de ne rien dire, je transcende vos marques, je marche vers un but qui est tout sauf commun. Je pleure d'autres lieux, c'est la grâce de la description qu'il manque. C'est de l'intérieur que je vous parle et jamais des lieux mêmes. Je me retourne, fais face à ceux qui jouissent et chantent leurs journées sur les terrasses, sur les rivières, à vendre d'insipides objets près de la montagne. J'admire ceux qui espèrent acheter ma maison, je la leur donne, elle m'a rendu faible. Si faible que l'univers n'a pas suffit à me soutenir. Je dis ce qu'ils souhaitent, que je m'évanouisse en ce lieu. Je dis, c'est réussi, je meurs en ces lieux.

Je reparle pourtant du neuf que j'ai rencontré. C'était le plus beau jour de ma vie, marqué par le destin, par un tas immonde que je n'ose raconter. Ces étrangers qui aiment ces choses que je ne puis comprendre, que par la grandeur du paysage au-dessus de ces marches. La jeune fille ignorait certes la beauté de cette ville. Et moi je l'ai connue avec ce jeune homme. L'inspiration sera comprise par ceux qui ont les mêmes intérêts, alors les grands perdront à jamais le goût de se justifier. La jeune fille ne comprendra pas, bien que je voie sa détresse, bien que je veuille lui faire un enfant. Leur nature ne m'échappe pas.

Un jeune qui étudie des choses et qui permet la communication entre deux autres, mérite tout un éclat dans l'évolution de mes visions. C'est par le mot con que j'aime davantage. Sa jalousie me réjouit en ce jour où ma mauvaise humeur se rendit humiliante, lorsque je comprends mon impuissance à prendre des décisions. Je me décourage, je suis loin de mon lieu et ils sont tous disparus. Je revois en rêve ma solitude, j'ai perdu des moments que je ne veux perdre. La vie me retient là où je ne veux. Il faut revenir, il faut m'avouer des choses! Rien ne sera plus jamais comme ces courts moments, je me contente amèrement de

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choses que je devrais écouter, plus tard. J'apprends pour oublier, et mon oubli, c'est mon calvaire.

La beauté ne se suffit plus si elle est trop loin et aveuglée par le chemin. Je voudrais l'arrêter un moment pour lui bien dire qu'il faut arrêter un instant. Le chemin attendra, il disparaîtra. Mais la beauté est sourde, elle creuse son lit dans les notes et rêve de temps passés. Je souffre de ne pas être à la hauteur, d'être moins bien que la beauté et la beauté que cette dernière a connue. Je souffre de ne pouvoir l'enfermer pour l'éternité. Mon égoïsme m'étouffera et j'y perdrai intérêt. La beauté ne se suffit plus! Il me faut plus grand. Il me faut la grandeur. Celle qui étouffe tout sur son passage, qui cause les pleurs par la vraie beauté et dure jusqu'à ce que la mort emporte.

Nous avons pourtant franchi le tombeau des grands, vu la statue de l'un, lu les mensonges de l'autre. Il faudrait maintenant croire au respect. Il parle d'égalité, il est seul au firmament; il parle de nature, il est seul à être profondément enfermé en la pierre. Désespère-t-il de voir ses cendres éparses en la nature? Moi je ne veux pas que l'on puisse reconnaître les restes de mon corps. Je ne veux pas même que l'on puisse reconnaître les restes de mon âme. Je me déresponsabilise donc de mes restes.

Abasourdi par les sonnets du trou, je dis, vive la mort qui apporte ce que je n'aurais point dû lire! L'objet caché dans la cheminée ne se découvre point en de vaines copies, mais en une oeuvre intéressante. Ainsi je peux parler de ces choses, alors j'en parle. Mais de quoi cela pouvait-il leur être utile? à travers leur odyssée dans les vieux ports, dont moi-même je n'ai su jouir pleinement. Je peux tout de même vous raconter les choux pourris et le vin maussade que j'y ai ingurgités, et cette famille qui nous croyait de la grande ville. Il est vrai qu'il en porte le caractère, n'empêche que là-bas il se fait suivre et ment.

Cela m'implore de belles histoires. Le sujet peut en être vain et devenir concret à la représentation, étant donné qu'alors, nous sommes obligés de subir cet art. Mais je m'abstiens de juger. Posez-moi juste le contexte et j'apprécierai la mémoire de l'histoire.

Qu'il soit né dans la région de l'est, m'étonne que je l'aie su. Si je projette d'y aller découvrir mes origines, mes frères en feront-ils autant? En proportion, le nord et le sud, c'est à eux. Moi c'est à l'est que je dégage mes sentiments. Mais remontons l'arbre encore

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plus haut, encore et encore, et dites-moi où cela conduit. Rien ne m'en indiquera la route. Je n'en ferai cependant pas un récit complet.

Que l'homme ait découvert la propriété des vignes me surprend. Que Dieu leur ait permis cette découverte me fait réfléchir. Qu'il en ait fait sa passion me permet d'en visiter les châteaux. Ainsi j'ai goûté les fines roches et les graves, signe de fraternité, ô ironie. Mais lorsque je reviens au nord, j'engloutis une bière. Me voici alors débauché, à la manière de mes compatriotes. Pour sûr, il vaut mieux ne rien voir et espérer. Ce qui me permet d'être à l'est, d'y laisser mon avenir.

C'est là le chemin qui conduit à ceux qui s'affairent à le constituer, cet avenir. Nous pensions y trouver la vertu, mais la vertu s'y vendait ailleurs. Nous apercevions cependant cet ailleurs, il n'y avait qu'à suivre les flèches vers les diverses routes, simple, elles découlaient du sommet où nous buvions l'histoire. Voilà tout le paradoxe: nous y sommes pour rebâtir la morale du passé alors qu'ils fêtent les profits d'un futur plutôt médiocre. Je vois pourtant ce qui a causé leur perte.

Si j'en pense que ces roches ont de quelconques propriétés médicinales, j'en pense également que ce vieux qui n'en veut pas croire un mot s'y plantera pour y bien mourir. L'atout, c'est aussi la confiance que mon optimisme pousse à franchir les quelques rochers, pour y voir le mystère: un jeune couple à moitié nu qui prend des images souvenirs. J'aime bien ce culot et j'y réponds par la nudité, ma vie sera pleine de ce que j'admire chez les hommes: le non-lieu. C'est la joie d'être partout au même instant. C'est traverser l'est alors que le passé est encore au présent en le cœur de ceux que j'ai connus. Il y a de ces choses nécessaires qui méritent l'oubli de certains principes établis en mes idées. La contradiction est toujours saine pour celui qui essaye d'adapter l'univers à ses principes.

Notre sentiment commun devrait en rendre un plus grand collectivement. Mais comme nous sommes justement loin des valeurs du prochain village, je serais bien en peine de m'aventurer où l'on serait prêt à nous brûler. Ô toi, faisons l'amour seuls à la source de cette rivière, ce n'est pas ici que l'on tentera de nous contredire.

Mais sache que j'observe l'inconnu des catacombes. Tu es loin de la source et ses os me démangent. Qu'il ait l'audace de provoquer les autres siècles m'enivre à l'idée qu'ils pourraient se venger. Et que sous la rapidité de la scène tu n'aies pas eu à payer, m'égorge

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de ce que je suppose. À la manière d'un voleur au fond d'une grotte, celui-ci présente sa tête en forme d'ovale long et difforme, ceci afin de s'emparer de la vérité qui t'échappe. Gloire à mon absence! La preuve ne prouve rien, pas même ta réelle identité. Mais les circonstances ne m'ont pas encore envoyé l'occasion de m'y voir en un tel contexte. Et j'aurai soin d'en oublier le souvenir. Gloire à ton absence!

Je ne savais pas qu'en ma perte tu te découvrais un crâne pareil à une vorace plante. Je distingue bien ce qu'il y a de charmant qui soutient que tu devais partir, en solitaire, ce qui inaugure bien ce néfaste lieu où tu crois me retrouver. N'oublie pas, je joue ma vie dans le nord pour tes yeux et je suis le premier à croire que tu t'étoufferas à l'ouest. Oh darling, can't you continue to speak strange language? Then I'll go meet myself somewhere else. Tu n'as pas compris que cela ne procure de plaisir que sous certaines conditions. Le harcèlement, il n'y a que cela de vrai. Mais je me prends au sérieux, tu sais. Ils payeront chèrement leurs idées.

Mais nos visions y sont plus fortes. C'est là le gros iceberg dont la propriété est privée et dont l'accès ne se découvre aucune ouverture. De riches compatriotes en ont espéré davantage sur rendez-vous. Peut-être ont-ils réussi à sauter les limites de leurs effusions, c'est que leur bateau est digne de leur région. Et comme pareil iceberg est digne de ton âme, je n'y vois que la paix, chose tant redoutée de nos jours. Tu y imagines déjà une ribambelle de taches, pour ma part, je répulse les bornes.

Tes jambes écartelées face au paysage font grâce au ciel que parfois je reviens sur terre. Pour y anticiper la visite d'un lieu à la hauteur de son inaccessibilité. Notre iceberg fondrait en cette montagne, et la chance que je puisse le remettre d'aplomb est incertaine, quoique possible. La magie de notre destinée nous construira n'importe quoi n'importe où, si on prend le temps de s'y rendre. Or, tu es aise de choisir le portrait au réel, de t'en satisfaire. J'en aurai pour des années à m'en remettre, voyant chaque nuit cette stupidité de ne pas en avoir franchi les portes. Un bien bel éphémère que j'ai entrevu en mes cauchemars.

Mais que de reproches à un si bel amour. Telle une vierge frustrée, je fais la morale alors que je suis l'homme des horizons et que j'ai le pouvoir de décider de ma destinée. Ces mots ne sont-ils pas forts? Ils remettent en question le volant que tu tiens et Dieu dans son

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ciel troué. Il ne faut pas se leurrer, il faut me donner les moyens d'agir alors que la soumission est indigne des quatre piliers. Ainsi Dieu va bientôt s'écraser par Terre.

Entouré de murs comme tu l'es, comment verras-tu la providence? Fâché de vouloir reprendre les rênes sur ce que j'entreprends si naturellement, on ne peut que s'enfoncer un peu plus. Comment verras-tu la providence à travers cette croissance rachitique qu'est la nôtre? Et c'est cela supposé fournir le meilleur fruit pourri qu'exige la rançon de la gloire?

À l'arrière plan on distingue à peine le témoignage de ces grandes familles avec leurs noms qui frappent. C'est qu'il ne suffit pas d'être grand, il ne suffit pas que le nom reste, il faut que l'histoire fasse son ouvrage, c'est-à-dire effrayer. Nous sommes les morts qui hantent l'inconscient pour rappeler à l'homme que ce qu'il fait n'est pas fondé. Cela aura raison de lui.

Les grands de ces lieux sont ceux qui ont dénoncé leurs idées. Ils ont survécu aux siècles, mais leurs discours sont aujourd'hui d'un intérêt plat. Accepter maintenant ce qui sera de toute manière accepté un jour fera revivre les fantômes, et les grands établiront enfin des discours éternels.

Les discours éternels sont ceux qui ruineront les discours éternels et qui seront d'intérêt même après la mort de toute existence. Ainsi donc je n'établirai jamais de discours éternels, je laisse cela aux grands qui reposent en paix, loin des cris d'une humanité qu'ils ont vu mourir.

Heureusement tu me tiens loin des astres, toi, si miniature aux côtés de cette construction. Si j'avais peine à inventer des sottises et de m'isoler dans le nord, tu arracherais le pont et me le tendrais vers l'ouest. Mais ce pont est à l'est et il doit y revenir.

Certains provoquent déjà ceux venus les observer. Mais si l'observateur se place là où il recevra la balle en plein front, doit-on arrêter la guerre? Si l'on veut jouir du spectacle, il faut savoir que ce qu'il y a de plus prévisible, c'est une balle en plein front. Certaines tentent d'en parler. Une en particulier y met plus de charme, elle fait pourtant le même sale travail que les autres, elle mendie la paix. Mais puisque le talent lui sourit, je lui offre la liberté. Elle ira regarder ces cochonneries qui tournent sur le feu et celui du sud qui mange ces choses. Je dirais du mal de lui, je ne serais pas surpris que le sud entier s'en sente concerné. Ceci dit, l'est me remerciera de lui avoir réinventé la langue pour la cause.

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Ah, je néglige ma tâche, moi qui cherche à substituer tel lieu à un autre, telle personne à telle autre, sans que l'on puisse voir que je parle d'un peuple à l'agonie. Je substitue alors celle-ci à celui-ci, tout un cri se fait entendre. Je substitue donc celui-ci à celle-ci, me voilà qui crie au meurtre! Comme est amusante cette recherche de ce qui fait honte. Je suis fort aise de me substituer à celle-ci si c'est pour mieux approfondir vos peurs les plus grandes. Regardez la nature en face, en chaque celui-ci il y a du celle-là, et les moins indifférents sont ceux qui le refoulent le plus. Ce qui ne nous atteint pas laisse indifférent.

Certaines ne méritent pas d'être substituées à moi. Celle-ci prend des décisions et s'est mise dans le crâne de me déshabiller. Me voilà donc nu. Je la déshabille alors et me permets de la contempler. Mon membre se dresse aussitôt et me permet de l'y bien rentrer. Ô toi bel amour, tu ne m'aurais certes point pardonné si tu avais su le plaisir que j'y ai pris.

Aof, quelques folies m'incitent à me lancer à la rivière et voir l'action m'y sortir. N'est-ce pas ce que tu me racontais que je n'ai pas oublié? C'est d'ailleurs la seule chose dont je me souvienne. Sans plus attendre je saute, nage. Ô surprise, personne ne réagit. Je fais davantage de bruits, on me regarde, on se retourne. Faut-il, à nouveau, que je me déshabille? Dès lors, je m'aventure nu vers le milieu de la rivière. Faudra-t-il que je m'y noie? Je me noie donc, la vie continue. Sachez tout de même que je les tiens responsables de ma mort!

Mais qui se sent responsable, se sent coupable et souffre. Il est difficile de vivre avec pareil sentiment. Encore plus d'entreprendre de grandes choses à l'insu de certains. Mais la sagesse dicte qu'il est parfois bien de marcher à l'encontre de la sagesse. Sinon la sagesse n'est qu'obstacle, et les obstacles, je me charge de les faire disparaître.

L'on s'était pourtant battu, pression due à l'environnement plutôt provocant. Je sais te pousser à bout, je le savais depuis longtemps. Que tu le saches maintenant est bien, tu sais à quoi t'attendre. Il est dit que je serai encore plus grincheux, que j'arriverai à en violer plusieurs, juste avant de mourir d'une maladie bizarre. Ma destinée m'effraie lorsque je sais que tu es le seul amour de ma vie. Ô pureté sentencieuse, tu t'évanouiras le jour où je m'y attendrai le moins. Eh bien, souffrez vous tous! ma place, je la prendrai.

Lorsque l'est visite le nord, il dit repartir avec les images du plus bel endroit qui se puisse exister. Le nord pense de même de l'est. Serait-ce que le reste peut s'effondrer sans

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que personne n'en pleure? Faites, je n'en ai que faire de toutes ces réflexions. Les opinions ne m'atteignent pas, ni même les miennes, car j'y reviens sans cesse m'y contredire. Je dis cependant que je souhaiterais revenir en ce lieu. Un amour parfois difficile à comprendre, sinon qu'il a vu naître les ancêtres de mes ancêtres.

Autant que je sache, on doit parcourir l'est trois fois pour en connaître une infime partie. Et le pilier est prétendrait gravement vous en apprendre? Bien sûr, ils en sauront autant que leur imagination leur en permettra l'ascension, mais je n'y crois pas. J'y vois plutôt une histoire d'amour coulée dans le ciment, à la grâce de leurs instincts, afin d'y découvrir une vérité. Et quelle vérité! Je désire ne plus en entendre parler.

Voici mes adieux. Je m'évanouis et me déresponsabilise. Je graviterai autour de la masse, jure de m'y écraser le jour où mes racines sortiront de terre, suffisamment pour m'envoler vers la liberté. Je serai libre le jour où je serai d'un non-lieu.

 

ÉPILOGUE

On vient de loin pour observer et surtout écouter les piliers. C'est qu'alors la sagesse parle et les conclusions se font. Vous dites grâce, et vous avez raison. C'est complexe la vie.

Le pilier sud parle: «Il est grand le mystère. Les sociétés complexes sont trop complexes pour que nous puissions les comprendre. Mais elles sont le tout pourquoi l'on vit. Les sociétés primitives restent avec une idéologie reculée. Je sais que je suis différent d'elles. Trop même. Avec leurs champs, y a-t-il quelque chose de plus plate qu'un champ? J'y observe les habitants et je cherche ceux qui, à la limite, seraient rendus au même niveau que moi. On les reconnaît facilement, ils diffèrent des primitifs. Les êtres intelligents recherchent cette différence, alors que les autres ne recherchent que le trouble. C'est bien loin de mes pensées aujourd'hui. Je suis la voie de l'analyse psychologique, j'aime à découvrir les gens de par les associations que l'on peut en tirer de comparaison en comparaison. On apprend beaucoup, et sur les sociétés complexes, et sur les primitives sociétés. Vous savez, mais j'aimerais bien que vous me parliez de moi. Suis-je si difficile à atteindre? Des fois je, et je, et puis je... vous comprendrez qu'alors, et puis il ne faut pas penser que, mais je

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sais que vous êtes comme moi et c'est bien, tout est bien oui. J'aime bien visiter les primitifs, mais je ne saurais survivre longtemps sans les complexes, quoique je n'en sais rien, mes proches viennent tous de là. Mais moi j'ai vécu longtemps dans les complexes sociétés, aussi, j'ai la connaissance, mais vous également, bien sûr, et chance de posséder ceci et cela que l'on ne retrouve pas chez vous. Que voulez-vous, si vous venez, je vous montrerai ces endroits, ça vaut la peine. Je sais, vous savez, j'aime bien être ici avec vous. Ces complexes à travers les primitifs, c'est bien cette loi de la hors-normalité. Moi, personnellement, on m'aborderait, on s'intéresserait à moi, et je ne m'en rendrais compte. Je suis comme ça. Bref, je vous enverrai des nouvelles du sud, aussi, ne dérogez point, ce serait la fin des quelques gens complexes à travers les primitives sociétés.»

Mais pas aussitôt terminé que le pilier ouest tente l'offensive de la question. Le pilier ouest parle: «Oh, vous comprendrez que je ne cherche point l'appui des sociétés dites complexes. Je suis moi-même complexe et cela me laisse indifférent. Je ne cherche pas l'appui du sud. Je comprends que l'on puisse voir en ces primitifs une régression des plus effroyables dans l'avancement des relations entre les habitants. Voyez ce que je veux dire, alors que les instincts animaux refont surface, ou bien ils y sont depuis toujours, que pouvons-nous y faire. Personnellement je m'y trouve parce que je n'ai pas eu la chance de me diriger vers les complexes sociétés, mais ce temps arrive. Ces primitifs m'exaspèrent, ces hommes qui regardent ces femmes de la tête aux pieds, les déshabillent, presque prêts à faire la chose sur place; ils osent passer par-dessus les préjugés pour faire des folies impensables. Certes, ils en seront liés pour la vie. Ils n'ont qu'à mourir sur leurs champs, leur vie est insipide de toute façon. En ce qui me concerne, ce n'est pas mon genre. Je suis d'un naturel largement plus complexe. Il me faut tellement analyser mentalement, des fois j'en pense devenir fou. Que voulez-vous, c'est notre nature. Enfin, je vais attendre les nouvelles du sud, bien que j'envisage de m'y rendre sous peu.»

Le pilier nord parle: «Moi je suis plutôt très timide. J'ai peur d'aborder les gens, mon signe me chante le contraire, mais je suis entêté, une vraie tête de cochon. Je sais ce que je veux, je finis toujours par atteindre mes buts. Mais je suis réservé, je ne puis vous en dire davantage des voies que je poursuis. Je laisse seulement sous-entendre que je me dirige vers les hautes sphères. Évidemment, je ne saurais avoir une conversation avec quelqu'un

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d'inintelligent qui raconte des choses déplacées. Mais souvent ce sont les personnes les plus belles physiquement, celles que l'on est porté à entreprendre. Il serait intéressant de faire l'amour avec quelqu'un de bien inférieur à soi, un ignorant de la chose dépourvu de la pensée, toute la liberté de réaliser nos fantasmes les plus audacieux... c'est important de se revaloriser. C'est complexe la vie. J'ai dû prendre mes responsabilités de bonne heure dans ma jeunesse, je ne souhaite pas à mes amis les épreuves que j'ai traversées. Je pense toujours ce que je dis, or, je pense que les primitifs sont fatigants pour sûr. Ils sont bien dénaturés, ils nous ressemblent un peu. Heureusement qu'ils existent pour nous enseigner quelles folies nous ne devons pas nous permettre. Pour nous orienter vers la liberté des sociétés complexes, la grande satisfaction de notre propre actualisation. Mais il ne faudrait tout de même pas les sous-estimer, certains ont un certain potentiel, et certaines gens complexes devraient revenir sur Terre, sur les champs, et prendre exemple sur ces primitifs. Il existe une limite à vouloir être différent. Parfois ils devraient revoir les idéologies primitives, non pas pour tenter l'autre côté de la médaille, mais pour en acquérir une certaine sagesse. Mais que voulez-vous, il faut bien vivre, ainsi je m'intéresse davantage au pilier sud.»

Le pilier est, il parle: «Que pourrais-je ajouter, vous avez fait de moi un reclus afin de déblatérer vos idées. Qui a décidé de définir les primitifs par le mot primitif? N'est-ce pas plutôt la différence d'avec ce que l'on nomme les complexes? Bof, je sais que vous n'êtes pas d'humeur à entendre ces choses déjà retournées. Je me demande parfois si les complexes sociétés ne s'éloignent pas à tort des idées primitives. Et s'en éloignent-elles vraiment en définitive? Et puis, ces primitifs, ne semblent-ils pas heureux? Sur leurs champs verts, ils ont le temps d'apprécier leur nature, chose qui n'existe plus au sud, ou peut-être que si, mais une nature superficielle, fallacieuse, quel intérêt. En un tel ou en un tel jour on en vient à en perdre le sens oui. On dit des choses que les autres veulent entendre, ou des choses que l'on voudrait qu'ils entendent pour se revaloriser, alors que s'ils se sentent dévalorisés, ils perdent intérêt à converser. Il n'y a qu'en amour qu'on aime réentendre des histoires plates. Ah ce sud, c'est complexe, trouver le juste équilibre. C'est bien plus simple chez les primitifs, là où l'on reste sincère, là où les gens prennent le temps de nous écouter avec intérêt, là où l'on n'hésite pas à tenter les folies. Pourtant, nous cherchons tout de même à complexifier les choses. Peut-être est-ce là le sens que l'on doit donner à sa vie. De

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plus, cette histoire de conformisme est effrayante. Et puis, s'il fallait que l'on m'empêche de penser différemment de la masse, où m'en irais-je moi qui suis hors-normalité? Mon mode de vie ne saurait être accepté à travers ces primitives sociétés, je suis trop différent. Même s'ils ne l'apprennent, je ne puis simuler être primitif alors que je suis si complexe. Au sud, il se pourrait que je passe inaperçu, et sincèrement je le veux. Bref, c'est la meilleure alternative, il faut faire sauter les sociétés primitives.»

Longtemps après que les quatre piliers se soient tus, les gens venus observer et surtout écouter en furent mûrs pour en parler pendant des années. Juste à retourner ces phrases dans leur tête, leur suggérant des idées lorsqu'ils cherchent réponse, certes, ils admiraient la sagesse des piliers. Mais les auditeurs comprennent que le bouche à oreille et la mémoire de l'humain en général, toujours subjective, sont tout ce qu'il faut pour déformer une réalité. C'est alors qu'aujourd'hui on se demande si les piliers ont effectivement conversé. Mais les venants d'alors n'étaient pas innocents, or, il devient intéressant de voir ce que nous réservent les voix d'aujourd'hui:

«Le pilier sud racontait, toute la joie des champs verts!» «Le pilier est racontait, il faut faire sauter les complexes sociétés!»

Ainsi, la justice humaine est parfois déroutante pour le commun des mortels, nous ne saurions donc faire justice sur ce que les piliers ont dit et ce que les voix d'aujourd'hui prétendent qu'elles ont dit. De même, les complexes ne disent pas souvent leurs pensées vraies, par conséquent les interprétations pourraient s'avérer plus significatives que les paroles dites. Mais enfin, je ne doute pas que les auditeurs sauront faire justice aux piliers.

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TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE ... 2

VERTS ET VERS LES CHAMPS

Première partie

On va le vivre notre temps! ... 3

Georges le Bon Gars ... 5

Un Édifice sur la Lune ... 6

Le Principe ... 8

Digne d'être digne ... 9

On ne nous a pas tout dit ... 11

La Nouvelle Ère ... 12

L'Évolution ... 12

Les Lettres de Concert ... 16

Faites la Guerre! ... 18

Les Vagants chantent ... 20

Moi pour Moi ... 23

Léonard l'Illuminé! ... 25

Deuxième partie

Je chante ma vie! ... 28

Construire l'Existence ... 33

L'Anticipation ... 35

Détruire les Clôtures ... 38

Burlesque Vie ... 40

Le Lieu inédit ... 43

Quand nos folies se justifient-elles? ... 46

Nos folies se justifient-elles? ... 48

Sur le Plateau du Passé ... 50

Madame Latulipe et ses Olives vertes ... 52

DROIT DE LA FAMILLE 434 ... 53

Les Tours de l'Orage ... 61

Le Chapitre dernier ... 62

LETTRES DE R.M.

Lettre i ... 65

Lettre ii ... 66

Lettre iii ... 67

Lettre iv ... 70

Lettre v ... 74

Lettre vi ... 75

Lettre vii ... 78

Lettre viii ... 80

Lettre ix ... 81

Lettre x ... 84

Lettre xi ... 90

Lettre xii ... 92

Lettre xiii ... 97

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LA VOIX DE LA VÉRITÉ

Les Quatre Piliers

 

Prologue ... 100

LE PILIER SUD ... 101

LE PILIER OUEST ... 107

LE PILIER NORD ... 114

LE PILIER EST ... 121

Épilogue ... 127

TABLE DES MATIÈRES ... 131

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