English
Contenu différent du site francophone

Accueil

Qui suis-je ?
Roland Michel Tremblay
Bio-Biblio

Dossier de Presse 2004
Dossier de Presse 2001


Poésie Noire
L'Anarchiste partie 1
L'Anarchiste partie 2
L'Anarchiste partie 3


Romans
Denfert-Rochereau
L'Attente de Paris
La Révolution
Philosophie de la Révolution
Le Box sur le Seven Dials
The Relative Universe


Philosophie
L'Éclectisme
La Relativité Universelle
The Shrinking Theory
Aux Infinis de L'Univers


Nouvelles
Verts et Vers les Champs


Théâtre
Théâtre, version Québec
Théâtre, version France


Journal --» Roman
Underground - Un Québécois à Paris
Underground Uncut
Mind The Gap
No Way Out
Éléments Urbains Londoniens
Old Street


Autres Écrits
Scans (brouillons - lettres)
Manifeste et Naissance
Entrevue Radio-Canada
Point de Vue
Gay Londres
Le Marginal (Français)
The Marginal (Anglais)
Les Dernières Mises à Jour


Autres Auteurs
Patrice Bégin
Natali
Frank Meyrous


Scénario
Les Enfants du Sabbat


Films et Photos
Films (Français)
Films (Anglais)
7000 Photos


Forum et Annuaire Littéraires
Forum Littéraire
Annuaire Littéraire
Cercle des Poètes et Cercle Littéraire


Partenaires et Liens
iDLivre Éditeur
Numilog




Achetez les livres de Roland Michel Tremblay sur ces sites:


Archambault (Québec)












CRIS



Poésie






Catherine Emery




Poésie à la limite de l'anarchisme. Catherine est devenue une bonne amie à moi qui vit à Genève. Sa poésie est franche et directe. Une constante arrière-pensée qui juge et sait reconnaître la qualité de celui en face d'elle.








Cris






Comment se fait-il que, lorsque j'appelle au secours,
je dévie mes cris pour que tu ne les perçoives pas ?
J'ai mal, qu'avais-tu à être aussi distant
quand j'avais besoin de te sentir près de moi ?
Allez, repars vers d'autres chemins,
je souffre trop de t'aimer, laisse-moi seule.
Je n'en peux plus,
je finirai par te posséder jusqu'à l'épuisement de tes sources d'amour.
Ne les taris pas en te forçant, tu me fais mal.
Je suis trop sensible pour toi et je ne crois pas que tu peux m'aider,
sinon de mettre ma douleur à vif.

Je finirai mal un jour, mais ce coup-ci
il ne s'agira plus d'une tentative.
J'éteindrai ma vie pour toujours
et tu seras peut-être le dernier
qui m'aura conduite au bout de ma route
que j'aurai décidé d'abandonner.

Comme je ne crois pas à autre chose que la vie,
il n'y aura même pas l'espoir de retrouvailles.
On ne décide pas des sentiments de ceux que l'on aime.
Dommage, j'ai froid et ma trouille est si forte que je claque des dents
et je n'espère même plus que tu m'aides, tu ne peux plus rien.
Laisse-moi seule !

Mais la fragilité nous gagne, même le désespoir est fragile.
Tu m'as réchauffée et j'ai pu me remettre à nu.
Je t'aime si fort, tu es bien là, il n'y a plus de nuage
et nos sincérités s'accordent à nouveau.
Que c'est bon cette étreinte de nos corps
après le combat victorieux de mes angoisses.

Les soldats sont entrés dans ma maison.
Ils ont piétiné mon jardin d'illusions.
Ils ont pillé tout ce qu'ils approchaient.
Les soldats sont repartis joyeux.

Les jardins d'illusions sont des champs de bataillon
Il n'est plus le tic-tac
du coeur à l'attaque.
Il n'est pas de fleur
qui air résisté à leur fureur.
Les soldats connaîtront le goût amer
de la dernière heure, loin de leur mère.
Leur dernière demeure leur fera connaître la peur.
Ils n'auront plus la force souveraine
de resemer les jardins de la haine.


* * *


Mon amie la loi était avec moi.
Mon amie la loi
a suivi tout droit
Mon amie moi
est restée là
Mon amie la loi
m'a montrée du doigt.
Mon amie moi
est restée avec moi.
Mon ennemie la loi
n'a pas eu raison de moi.
Mon amie moi
ne tolère pas ça.
Mon ennemie la loi
les a dressés contre moi.
Mon amie moi
a bien ri de cela.
Elle m'a fait regarder au-delà
Mon ennemie la loi
m'a suppliée une dernière fois.
Mon amie moi
l'a découragée.
Mon ennemie la loi
est partie tout droit
Avec mon amie moi
on est resté là.

Irrémédiablement, je suis en train d'y prendre goût.
Je ne suis même pas rebutée par les préparatifs.
Et pourtant j'en suis encore
à me demander ce que j'y trouve.
Si c'est un état de lucidité,
c'est bien superflu, car c'est mon état permanent.
J'ai beau fixer le mur
il est toujours blanc et rien de plus.
Si c'est pour le goût d'une cigarette,
alors franchement c'est payer cher
un état si dérisoire.
Je continue à ma demander ce que je cherche.
Sans doute d'approcher l'excès
et de sonder les ressources de cet apport.
Mais j'ai l'air d'être encore coincée
alors que je devrais m'éclater
sans réserve aucune.
Je devrais me croire toute-puissante.
Rien de plus, en fait, que la prise de conscience de mes propres moyens.
Alors, je suis bien tentée de me ressaisir.
Mais j'ai envie de repousser l'échéance.
Le moment n'est pas encore venu de recouvrir ma vertu
c'est peut-être là que je peux constater les dégâts.
Car je crois pouvoir déboucher
sur plus fort et plus grand encore.


* * *


L'Hercule enchaîné, pour mieux subir la torture
ne restera pas longtemps passif.
Ses muscles se gonfleront par la rage.
Et se feront acier
pour mieux trancher ses liens.
Et ses bourreaux emportés par l'extase de leur puissance retrouvée
ne s'apercevront pas que les chaînes sont prêtes à exploser.
Les bourreaux ne renonceront pas à la jouissance
ils seront aveuglés de désir
au bord de l'orgasme, ils n'auront pas vu l'Hercule se déployer
attraper son bourreau le plus acharné
lui arracher la tête d'un seul mouvement.
Le vider de ses tripes qui remuent encore
et l'écraser jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'une
flaque de viscères mêlée de chair et d'os.
Et les autres paralysés par ce spectacle,
à deux doigts de jouir
oublieront de s'enfuir.
Alors chacun à leur tour
ils subiront l'assaut
de leur victime devenue le plus puissant des bourreaux


* * *



C'est le vide, le noir
et je me débats, j'étouffe.
Je suis en train de me perdre
et je me regarde me fuir.
Mon corps emporte mon esprit
et je regarde sans bouger.
Très lentement, je deviens tache.
Où irai-je au bout de ce voyage ?
Pour l'instant je me balade
dans mon inconscient.
Et j'y vois l'autre versant.
Quelle lenteur, quelle masse.
Je la soulève et je vois
l'explosion, ma mort !
J'ai peur, mais je regarde encore.
C'est loin, très loin.
Je vois défiler tous ceux qui me sont chers.
Je les appelle, je les retiens.
Ils passent leur chemin.
Alors je rallume pour qu'ils me voient.


* * *




Je les méprise, tous, tous je les méprise.
Même toi le gnome répugnant
qui te croyais Hercule
Mais tu n'as pas brisé tes chaînes.
Tu restes trop attaché à ton vernis
je te méprise.
Toi l'hydrocéphale débile
toi plus laid qu'un reptile,
plus répugnant qu'un porc,
jusque dans ta façon de ronfler,
tu crois que je n'ai pas compris ton jeu,
sale animal tiqueux
pardon pour la race animale.
Et mon gros qui dort !
pour lui, rien !
Seul, il sera le seul épargné.
Pour en venir au gnome,
faut pas qu'il débarque dans un cirque,
il se ferait embarquer !
ça c'était l'art populaire
maintenant à la sauce bourgeoise
"il m'a approchée, oh, quelle horreur
"oh, cher ami, il faut intégrer les débiles
"ils sont le symbole de nos péchés".
Aussi hideux et aussi ignobles,
ah, tu croyais me dompter,
et bien tu as mal cru,
tu aurais mieux fait de mieux regarder.
Je ne suis pas dupe de ta violence.
C'est de la haine
pour les femmes qui te repoussent
et se tournent pour vomir
en s'imaginant sur toi.
Pauvre fou prétentieux,
je ne serai pas ton faire-valoir.
Plus question de délai,
je t'ai liquidé.
Hors de ma vue !
Ou je te foudroie de ma haine.
Va, ris-toi de moi
ça te permettra de faire face à ta médiocrité.
Ca n'est pas parce que tu gigotes
sur un bout de pellicule
qu'il faut te prendre pour Dieu.
Des dieux comme toi,
j'en dégueule tous les matins.
Encore qu'ils ne sont pas aussi repoussants
et le monde rit, et s'ébat
qu'il crève !
Ce monde m'est étranger,
je n'y ai pas trouvé mon reflet.
Ce monde n'est pas fait pour moi.
Il est temps de reprendre ma route,
les broussailles ont repoussé.
Je l'avais désertée pour rejoindre la vôtre.
Mais je n'ai rencontré que froideur,
et puis aussi un pessimisme stérile.
J'ai déserté vos routes,
je reprends mon chemin,
Je n'attendrai plus demain
vos promesses d'amour égoïste,
pour mieux me retenir,
n'essayez plus de me le resservir.
J'ai choisi mon retour,
aujourd'hui, j'aime la vraie nature.
Il faut que je vous dise,
combien serait inutile
de tenter de me saisir.
J'aime ma vie, pas la vôtre.
Elle chante faux votre vie,
la mienne n'a pas cette prétention,
elle est telle que je la désire.
Mon coeur bat comme un fou
Si je vous écoute,
vous prétendez que c'est grave.
Je cours un danger,
mais foutez-moi la paix.
Quelle importance,
on ne choisit pas l'heure de crever.
A votre avis, on peut retarder ?
Ne me faites pas rigoler.
Je n'ai que faire de votre aide
qui vise à me posséder.
J'ai assez de ressources en moi
pour me sauver.
Il ne faut pas vous croire obligé,
je n'ai pas de comptes à vous rendre.
Contentez-vous de votre existence,
n'est-elle pas suffisante ?
Remplissez-là d’un peu de gaieté
au lieu de tourner en rond.
Décidément, on ne peut pas vous aider
vous finissez par m'effrayer,
mais ce petit jeu ne saurait durer
et si vous en inventiez un autre ?
Mais la vie est simple.
Il suffit de la vouloir.
De ne pas distiller le désespoir.
Laissez les vagues vous submerger !
jusqu'à retrouver le calme plat
le calme en soi.
Pourquoi remuer les choses tristes ?
Ca n'est pas juste pour les choses gaies
car elles sont en minorité.
Recensons les amitiés,
cessons d'être amers et frigides,
respirons à pleins poumons
l'air qui nous fait vivre.
Il n'est pas encore temps de partir.
Oublions nos mauvais souvenirs,
je veux croire pleinement,
retenir tout le bonheur
et puis seulement après
songer à m'en aller !


* * *




Et toi, que vis-tu en toi,
je ne te connais plus !
je t'ai délaissé ces temps.
Mais j'ai envie de te donner de l'amour.
Si je me suis éloignée
c'est parce que je m'étais perdue.
Je me suis laissée frustrer
et tu as été mon reflet.
A présent je t'emmène avec moi
visiter mon palais nettoyé.
Je peux t'accueillir en moi
sans autre recours
que celui de croire en moi
je veux te réapprivoiser,
et te prendre sous mon toit.
Maintenant tu fais partie de moi,
c'est à moi de faire le pas.
C'est dur, mais je lutterai
et toi tu vas m'aider.
Je la comprends si bien notre vie,
je la croyais fade et routinière
et j'avais idéalisé des minables,
des vrais paumés
qui vivent dans un enclos fermé
Ils acceptent si mal les étrangers
ces exécrables dégénérés
qui s'octroient la liberté de juger.
Ils refoulent leurs ambiguïtés
mais savent si bien
vous condamner et vous classer.
Je ne voyais pas que tu étais là,
toi tu es saisissable,
toi tu es généreux.
A quoi bon chercher ailleurs
ce que tu t'évertues à me donner
en échange de rien.
Toi tu ne m'as pas blessée,
je t'aime sans regret

* * *



Descente et remontée, remontée pour une descente,
la ronde joyeuse d'un accouplement différé
danse en l'air.
Le mal ronge l'esprit noir
mais il va faiblir et retomber.
La descente accourt à sa suite,
l'ombre va s'en aller.
L'âme s'est égarée,
elle chevauche tes ambiguïtés.
Hermétique aux remontées,
elle se complaît dans la descente.
En s'accompagnant du petit frisson
qui dormait là-haut.
L'amère réalité du déchet que tu es,
voile le désastre de tes envies.
L'âme capricieuse des êtres est partie en balade,
elle s'est laissée embarquer
pour une promesse d'amour,
qui s'éveille en eux.
Mais elle t'a abandonnée,
tu peux enfin respirer,
tu n'as plus d'âme pour juger.
Insensible aux douleurs des pauvres,
tu peux laisser là tes scrupules,
on a besoin d'un bourreau.


* * *




Et la ronde continue.
Après avoir laissé dormir
mes idées, du moins sur le papier,
voilà qu'à l'occasion d'une dérouillée
que je viens de me faire infliger,
je réveille ma créativité.
Quand tout va bien, il n'y a rien à dire
la souffrance m'inspire
la lutte pour la dépasser m'anime soudain
et m'éveille de ma torpeur trop douce pour y nager à jamais.
Cet état n'est que créateur de médiocrité et de mièvrerie.
Nanti, pour moi, rime avec petit.
Douleur de l'infini rime avec génie.
Et je me fous des règles
imposées à la créativité,
qui veulent imposer un ordre à la pensée.
Si même sur ces sentiers
on ne peut vagabonder,
alors, où se réfugier ?
Je me demande si je m'en sortirai ?
J'ai quand même envie de me diffuser sur toutes les ondes,
avec l'avantage de faire ainsi une sélection sur le tas.
Je suis encore sacrément imbibée
avec une bonne dose de narcissisme.
Quel dilemme !
Il me faudrait une bonne poire
pour s'identifier à moi.
Pour me convaincre, simplement me confirmer.
Mais elle ne doit pas exister celle-là,
ou peut-être qu'elle est en moi et pas ailleurs.
J'admire toute forme d'expression
et surtout de n'importe qui.
Il n'y a pas place pour les médiocres dans ce domaine.
Quand bien même le génie ne serait que d'avoir osé se dévoiler
même le peu qui existait, de l'avoir partagé,
le soumettant au risque inévitable de la critique
Sa force c’est de s’être exposé.


* * *



Cette année-là fut riche en événements ;
pas des plus heureux
et encore moins des plus tendres.
J'allais de casse-gueule en désillusion,
à l'aube de l'extrême lucidité,
quand le coup de grâce me fut donné.
Je laissais vagabonder mon âme qui,
en redevenant solitaire et en perdant la plupart de ses alliances,
s'allégeait ainsi de poids inutiles à traîner.
Je me sentis mieux avec moi,
un cynisme tranquille
vint s'installer sur mes lèvres
en un rictus qui devint sourire.
Le spectacle allait commencer !
J'assistais à des scènes de déchéance parmi mes anciennes alliances.
Moi, ma folie, je l'avais adoptée,
mais eux, ils se désintégraient.
Ce qu'ils appelaient liberté
n'était plus qu'un pauvre fac-similé.
Que de contraintes composaient leur vie de tous les jours !
ces pâles restes d'humains
ne m'inspiraient plus que de la pitié.
Et lentement cette pitié devenait indifférence.
Rien, seulement moi et un peu des autres !
Voilà que j'apprivoisais l'idée de la mort
l'idée de ma mort.
Tant que je la niais, j'étais déjà vieille,
morose, pas drôle pour moi-même
Et petit à petit,
Après bien des luttes,
voilà que je gagnais la dure bataille contre l'évidence,
je me trouvais nettement plus sympathique et
plus agréable à vivre.
Encore une fois je me ramassais !
Moi le tas éclaté.
Voilà que je m'érigeais !
Sans craindre d'user de prétentions.
Oui, c'est moi, je suis bien là.
J'ai laissé quelques traces qui s'effaceront ou s'entretiendront
au gré de ceux qui me suivront de près ou de loin
jusqu'à me perdre de vue.
Tant mon chemin est long
jusqu'à la plénitude
qui pourra bien être la mort physique.
J'aurai évité la tentation d'être sédentaire
dans un univers étriqué à la mesure de ses idées.
A ce prix là, je veux bien encore connaître l'angoisse
et son cortège de maléfices.
Oui, je veux bien être seule,
même si souvent j'ai souhaité de toutes mes forces le contraire.


* * *




Je n'aime pas la lâcheté vis-à-vis de soi-même.
Je n'aime pas les concessions gratuites.
Je n'aime pas les compromis.
Je n'aime pas la sensiblerie.
Je n'aime pas les faibles.
Je n'aime pas les cons.
Je n'aime pas ceux qui se cherchent et ne se trouveront jamais.
Je n'aime pas les mots à la mode.
Je n'aime pas les moutons qui mentent bêtement en bêlant.
Je n'aime pas ceux qui ignorent l'humilité.
Je n'aime pas les gens pitoyables.
Je n'aime pas les femmes qui se comportent comme des chiennes.
Je n'aime pas les inconscients volontaires.
Je n'aime pas la maladie et les malades qui s'y complaisent.
Je n'aime pas ceux qui n'ont rien compris.
Je n’aime pas les stéréotypes de quelque camp qu'ils soient.
Je n'aime pas les imbéciles,
Je n'aime pas les illuminés et les névrosés.
Mais moi, en tout cas, je m'aime bien !


* * *



Il y a des vieilles putains raffinées
et de superbes call-girls, égéries de bien des PDG,
qui sont d'une vulgarité repoussante.
Hommage à toi putain vieillissante qui te donne
pour cinq francs afin de survivre.
Et tous ces refoulés qui rigolent de ta misère
serrent les fesses lorsqu'ils croisent ton regard,
qui, à force de souffrances, sait si bien mettre à nu,
l’impuissance du faible
Va tranquille à ta mort, moi j'ai compris.
Que tes dernières années à vivre soient remplies d'affection
par les sages qui te croiseront
au hasard de leur errance,
en quête de regards profonds dont tu fais partie !


* * *



Quel est ce vent prétentieux
qui ose déranger ma maison.
Ce vent qui s'impose
et ne se présente pas.
Non seulement prétentieux mais vulgaire.
Ce vent si froid
qui me fait grelotter.
Ce vent qui s'approche
me frôle et m'étreint,
qui arrange ma maison
humble et poli.
Ce vent doux qui effleure mon corps et le réchauffe,
ce vent qui pénètre ma chair
nourrit mes sens et les éveille,
ce vent si doux sur ma peau
qui ondule sur mes hanches
et les remplit du pollen des fleurs.
Tout est ouvert mais le vent s'imprègne, reste là
et se repose pour longtemps.


* * *



Le chemin de ma vie s'est tracé en ton corps
et mon corps à celui de ton chemin.
Pour le temps de ta vie.
Tu veux partir, prends la porte !
Mon corps est ouvert
mais tu trouves porte close,
qui sait si tu n'as pas jeté les clés !
Reviens-tu à mon corps ?
As-tu trouvé plus tendre ?
Mon corps est à toi
permets qu'en ton absence
il se donne.
Mais tu as tracé des sillons de plaisir
et personne ne s'y installe.
Je crois qu'il est bon de ménager
tes plaisirs que j'ai tant étudiés.
Serait-il banal de te dire que je t'aime ?
Oh, tendre, tendre amour,
je t'étreins et je me fous des désirs
qui ne me concernent pas.
Viens, cesse de pleurer,
cesse de chercher,
prends ici ce que tu cherches ailleurs !
Viens, tu es là !


* * *



Ce soir, je ne rentre pas.
Pour une fois, tu m'attendras.
Peut-être ne t'inquiéteras-tu même pas.
Et puis je ne cherche pas à t'éprouver.
J'ai besoin de fuir de ma cage,
les barreaux se rouillent "érosion des larmes".
A qui ai-je dit je n'en peux plus ?
Je ne sais plus à qui je parle.
A moi peut-être, aux autres.
M'entendent-ils, les autres ?
Toi tu ne peux pas,
les accents aigus de ton piano couvrent mes propos !
J'en ai assez de gueuler dans le désert.
« De quoi se mêle la mégère ? »
Le titre actuel de ma vie
où est cette douce quiétude
du temps de nos folies,
du temps où on vivait,
du temps où on se foutait d'être fatigué.
Notre rythme morose bat son plein.
Nous refoulons nos passions au bénéfice de nos actions.
Quelles actions ? Pourquoi ?
Pour payer cher, très cher, le droit d'être décent !
Quelle belle saloperie cette ligne de vie,
mais voilà, nous tremblons de peur
devant les méandres des emmerdements.
A quoi bon t'accabler, es-tu le seul à les chercher ?
Veux-tu bien te détacher, moi je les provoque.
Mais comprends-moi, je nage dedans
depuis si longtemps que je deviens folle.
Si au moins j'avais appris à nager
pour nos désirs nous avons préféré tout sacrifier.
Arrête-toi de marcher et fais le bilan.
Nous sommes en train de nous bousiller.
Et pourquoi, en somme, pour rien !
Mais pour rien du tout !
Moi, je suis terrée au fond de mon gouffre.
Oh, j'ai l'habitude de descendre
alors je connais le chemin.
J'attends la petite lueur qui me tirera de mon silence
j'aurais aimé qu'elle soit animée par toi,
un mot, un geste, mais j'attends en vain
car tu es celui qui attend que ça vienne.
Toi, tu ne donnes pas facilement,
tu permets qu'à mon tour je sois épuisée,
je veux m'arrêter pour mieux contempler ma déchéance.
Il n'y a rien de positif,
toute entreprise de mes mains échoue,
sans doute n'ai-je rien compris.
Je n'ai jamais aussi bien saisi
le sens du mot répression.
Je ne l'ai jamais autant vécu.
J'ai décidé que j'en avais marre.
D'ailleurs je ne ressens plus rien,
Je n'éprouve plus rien,
je ne m'appartiens plus,
je crève à petit feu.
Je m'échappe en fumée et deviens insaisissable.
Pour tous je suis une ombre pitoyable,
mais personne n'a l'idée de remplir ma sébille.
Toujours pas de lueur,
je suis toujours aveugle et mon répit va s'achever.
Mais pourquoi ce noir emplit ma vie,
je ne vois toujours pas
mon nouveau chemin.
Faut-il que je m'éteigne ?
Est-ce là mon seul salut ?
Pas très sérieux, l'initiative n'est pas séduisante.
Et si seulement j'atteignais
un souffle de vitalité.
Combien de temps vais-je encore nager ?
Y aura-t-il une rive pour accoster ?
Peut-être suis-je condamnée à toujours errer ?
A toujours pleurer ?
Même plus un souffle pour hurler,
dernière ressource pour extraire mes angoisses
à peine effleurées.
Après tant d'égarements,
je comprends que ma confiance s'était égarée.


* * *



Mais que de temps perdu
pour parvenir à me retrouver.
Je sens déjà en moi un sourire qui s'éveille
"J'en ai tant bavé !"
Et pourtant je n'ai pas encore envie de rentrer,
je suis là, figée,
sans résistance, sans force.
Oui, c'est un peu de force qu'il me faudrait
car je crois que je ne suis pas prête pour t'affronter.
J'ai encore peur, je suis incapable
de savoir de quoi j'ai peur.
Mais en tout cas je sens bien
ce désordre en moi.
Je me sens mal ;
qu'est-ce que je cherche, au fond ?
peut-être le goût du mal ?
J'ai tout bêtement envie d'un enfant.
Il est long ce sursis.
J'ai envie d'un enfant.
Je deviens égoïste.
Peut-être viendras-tu me chercher.
Je sais bien que toi aussi tu souffres,
mais cela ne me console pas.
Plus le temps passe,
plus je m'éloigne.
Je vais me faire engueuler.
Pourquoi cette angoisse, mais pourquoi ?
Je ne suis plus une petite fille
qui redoutait ses parents.
Qu'ai-je à redouter ?
quelle autorité ?
J'ai peut-être peur de moi-même.


* * *



C'est toi, pourquoi ?
Tu n'en peux plus !
Tu voudrais que je décide pour toi ?
Tu veux que j'endosse des responsabilités
comme je comprends ta lutte,
comme je ressens ta souffrance
et comme je m'en fous !
Je t'ai assez démontré
qu'on était seul !
Tu m'entends, seul !
Un peu de courage,
il est temps de laisser tes angoisses
dans ton enfance !
il est temps d'être un homme !
Mon ami, si tu refuses cet acte,
vas-t'en, je n'approuve pas
l'absence d'énergie et de décision.
Moi j'ai appris à être seule,
tu m'entends, seule !
Je ne crains pas de renoncer,
à toi de faire le pas !
vite,
je n'ai pas le temps d'attendre
que tu évolues, ça peut être long.
Tout de suite ou jamais !
Je refuse toute condition,
il n'y a pas "d'après ça ira mieux !"
Pour moi, la vie se vit dans l'instant.
Je te réserve quelque temps un endroit
où tu peux puiser chaleur et force,
mais cet abri se referme vite s'il reste vide ;
car j'y puise ma source de vie,
ma source de croyance.
Quand par mégarde, on néglige l'alliance,
alors moi, je me lie avec moi
et je deviens encore plus forte,
pour vous mépriser,
pour me posséder.
A moi je suis fidèle.
Quant à vous, poursuivez votre errance.
Je ne me sens pas responsable de votre désir,
du goût à détruire !
Bonsoir !
Je rentre, j'ai hâte de me retrouver.


* * *



Je souhaiterais qu'elle s'écarte de mon chemin,
mais elle reste là, souriante et collante à la fois.
Ce sourire ne s'adresse pas à moi,
j'ai beau me raisonner,
l'angoisse ne s'en va pas.
Pourquoi ai-je si peur de cette ingénue ?
Elle pèse comme ombre lourde et tenace
au-dessus de nos têtes.
N'entends-tu pas ses plaintes ?
C'est toi qu'elle appelle.
Elle te désire à présent que tu n'es plus seul.
Tout ce qui est beau, elle le salit
et toi pour panser ta blessure d'amour-propre,
tu te laisses attirer par son piège.
Un jour, je sens que tu flancheras.
Avec un grand soupir, j'ouvrirai les armoires,
j'y prendrai mes effets.
Très calme, je céderai la place,
mais comme tout sera facile, tu te retrouveras seul
et moi, je crois bien que je reviendrai.
Maintenant, je sais revenir,
ou alors je te maudirai si fort,
je serai si lourde de larmes,
que je m'allongerai pour renoncer à la vie.
Je crois bien que ce coup sera fatal.
J'aurai beaucoup trop souffert pour résister,
j'ai mis mes dernières forces au service de notre réussite.
Je fuirai donc cet échec,
en m'endormant à tout jamais
et elle s'assouvira de ma souffrance.


* * *



J'ignore d'où me vient
cette amertume qui émerge
de mon bonheur des mille marques
de tendresse que tu me donnes.
J'ai mal de trop t'aimer
car j'ai détruit toutes les barrières
qui freinaient l'expression de notre amour.
Tu es bien là cependant
et le seul frôlement de nos corps
nous entraîne dans une interminable étreinte.
Quand j'ai très envie d'hurler que je t'aime,
je me tais, préférant l'exprimer avec mon corps,
souhaitant que tu le lises dans mes yeux.
En espérant trouver un écho à mes cris,
sereine, la paix de notre lutte pour nous deux,
chaudes tes mains qui savent me faire vibrer.
J'aime te voir frissonner lorsque les miennes ont su te caresser.
Alors j'oublie mes angoisses,
elles n'ont plus de place car il n'y a plus d'obstacle.
Tu es là !


* * *



Les mots nous semblent inépuisables.
En les plaçant sans fin,
Certains reviennent.
Souffrance, génie, douleur, source, tendresse, solitude...
On a la prétention de faire de grandes découvertes,
puis, au hasard d'une oeuvre,
on retrouve des bribes
d'une philosophie que l'on croyait unique et inconnue
On n'a plus rien à apprendre au monde
on gagne seulement un brin d'humilité
qui ménage notre confiance
et permet de ne pas refouler les redécouvertes
qui germent en nous.


* * *




Si j'avais eu la possibilité de revivre,
je me serais bien offert le luxe du suicide.
Quand on en est à ce stade
On ne peut pas aller plus loin
On décide de renoncer à la lutte,
à la vie ;
Toutefois avant de mettre le projet à exécution
Observons la tournure des événements.


* * *




J'ai jeté ta cigarette !
Témoin de ta présence
Coule mon sang.
Tu t'en vas en fumée
et moi je reste, bien entière !
Tu peux bien crever,
ça me fera au moins rigoler.
On ne rit jamais assez.
Taisez-vous !
Je ne vous ai pas demandé
ce que vous en pensiez !
Avez-vous une cigarette ?


* * *



L'oeuvre s'est achevée et tu étais là.
Je t'offre tout ce que tu y découvriras
Parce que je te crois capable d'amour,
tu sais apaiser tes angoisses
N’aies pas peur de t'engager.
Ta témérité est ma tendresse,
ta tendresse est inépuisable,
et la mienne te répond sans cesse
dans une étreinte sans fin
où nous puisons le goût de vivre
mais plus jamais seuls.
Où le partage de nos richesses
s'accumule et s'accroît
en nous dotant d'une force
qui nous fait vaincre les assauts
de toutes parts.
Dont le pire est la solitude.
Pour la première fois je n'ai plus peur d'être quittée
tu m'as donné assez de joies
pour continuer ma route au-delà de ses limites.


* * *



Quand mes amours sont durables,
ils sont minables.
Quand je les vénère,
ils sont éphémères.
Faut-il de mes échecs
faire une loi
afin de mieux supporter leur poids.
Sachez que je suis las
de vos êtres indécis
qui ne se décident pas
à aimer ce qui est moi.
Je vous renierai,
vous n'existerez plus dans mes étés,
si pauvres face à moi
j'aurai honte de ces fois
quand j'étais aux abois
d'avoir osé vous inviter
à partager ce que vous avez gaspillé.


* * *



Acceptez les autres comme vous tolérez le monde.
Vous serez moins déchirés,
au lieu de dire qu'il est mal fait,
essayez de vous consoler tout seul.
Vous êtes peut-être responsables de cet état
car vous restez assis sans bouger,
vous êtes las et vous pleurez.
Cessez donc de vous complaire dans le goût du mal.
Peut-être avez-vous peur de vous fatiguer,
préférez-vous la médiocrité ?
Impuissants de la créativité
n'ayez pas peur de vos mots
même si vous êtes seuls à les comprendre.
Cherchez sans cesse l'aliment de votre espoir
quand vous trouverez votre source,
vous bannirez l'angoisse d'être assoiffés.


* * *



Si je saisis le vide
dans cette masse incolore
j'enfouirai l'image de ma vie,
l'image de mes rêves impies,
rouge le sang versé
pour mes péchés noirs
pour que plus jamais ne m'effleure le souvenir gris
de mes vertes rencontres.
Pour que toujours il me reste la douce amertume
de tout le beau que j'y ai puisé
afin que la voûte céleste
aux couleurs apaisantes
m'entoure de sa chaleur.
Que je sois éclairée par l'éclatante lumière
qui ne me fera pas fermer les yeux.
Que mon esprit soit tellement léger
qu'il puisse s'envoler.


* * *



La terre est ouverte au soleil.
Celui qui l'a entaillée
l'avait fait fructifier
Ses mains étaient propres
et la terre voulait tout donner.
Mais la peur
d'être engouffré
et de disparaître dans ses entrailles
L’a fait fuir en les laissant suppurer.
L'eau salée a tout inondé,
Mais n'a pas pu l'abreuver.
Le soleil l'a fait frissonner
Et les fleurs n'ont plus jamais repoussé.
Les fruits ont été égorgés
la terre n'en peut plus
d'être retournée par des mains sales.


* * *



Si le Bon Dieu existe,
quel con de s'amuser
à nous infliger des disgrâces,
un corps qui nous gêne
par sa lourdeur
que l'on affuble d'apanages.
Si le Bon Dieu existe,
quel con de s'amuser
à tourmenter nos esprits.
Pourquoi ne s'amuse-t-il pas seul
au lieu d’irriter nos sentiments
durant le temps de notre vie
après avoir fait mûrir notre trouille de partir,
il nous laisse crever sans nous achever
comme ça, pour s'amuser !


* * *



Tiens, ces gens-là,
au milieu de qui je vis,
ces gens-là étaient du même bord.
Ces gens-là
m'ont blessée
Alors ces gens-là
ne m'en veuillez pas,
mais j'ai bien le droit,
de les mépriser.
Ces gens-là
ne sont pas tous les gens !
Quand on a mal
toute drogue est impuissante
pour vous calmer.
Alors ces gens-là
ne m'en veuillez pas,
si je me suis octroyé
le droit de les mépriser !
Mais rassure-toi,
tu n'es pas
de ces gens-là !


* * *



L'acceptation de nos refoulements
est malheureusement éphémère.
Sans confrontation, l'homme se maintient
dans l'illusion de sa réalisation.
Il suffit d'un léger obstacle
pour que la remise en question soit immédiate ;
Il en résulte un sentiment d'impuissance
et de dégoût de l'être,
de son moi !


* * *



Tu sais Marianne, ma vie va sans doute s'arrêter là.
Et oui, je ne suis pas infaillible.
J'ai tellement lutté dès l'enfance que mes forces sont épuisées.
J'ai décidé d'aider le destin.
Tu sais que mes jours sont comptés.
J'ai déjà eu des alertes.
M'en étant sortie, j'ai eu une folle envie de vivre.
Tant pis pour les obstacles !
Mais hélas ils me mènent irrémédiablement à l'échec.
L'angoisse de mourir au moment où je vis pleinement,
l'angoisse de vivre au moment où j'agonise.
Non, ce n'est plus possible.
Quand ces abrutis de médecins essayaient de me cacher la vérité,
je les maudissais, car je savais bien que j'étais perdue.
Tant qu'on n'est pas face aux réalités,
on ne s'affole guère.
C'est la raison pour laquelle j'ai fui toute existence à deux ;
à moins de n'y trouver que du bonheur dans l'instant.
Ai-je le droit de cacher la vérité ?
de laisser les gens s'engager envers moi,
sachant que le délai n'est pas très loin de son échéance ?
J'ai eu tellement mal,
j'ai fait tellement mal.
Marianne, dis-leur bien tout ce qui a été.
N'épargne rien.
J'ai tenu à tout te dire, au moins à toi,
car personne d'autre ne sait ce que j'ai vécu.
Dis-leur à tous la vérité.


* * *



Connais-tu ce vent de folie qui élève mon coeur vers le tien ?
Sais-tu que je vis avec toi !
Tendre enfant je t'ai pris dans mon jardin,
pour t'abriter des vengeances des fous.
Toi, tu as remué mes pensées et je t'ai installé chez moi.
Je te réserve un abri où tu viens sans cesse te réfugier.
Je te parle sans fin de mon amour qui s'éveille en pensant à ton visage.
Je le prends dans mes mains pour que ma chaleur te redonne confiance.
Reste pur je t'en supplie.
J'attendrai ton retour, ne change pas en toi ce qui m'a tant émue.
Le jour où je t'ai découvert, au-delà de cette barrière,
ton regard m'a pénétrée et lentement a fait son chemin
pour envahir tout mon être.
Je rêve que je t'enlève et t'emmène dans un nid caché dans nos forêts.
Là, je te garde et te protège.
Notre étreinte n'en finit plus,
n'osant reprendre nos souffles,
nous nous endormons pour toujours
dans nos rêves éternels.


* * *



T A C H E

Coulée sur un tout trop parfait,
tache misère salit
le confort des satisfaits,
jusque-là jamais inquiets.
Soudain ils glissent
dans la déchéance
et la tache s'étend.
Laissez-vous envahir
car vous n'êtes pas de taille à l'effacer.
A moins d'adhérer à la pureté.
Lutte stérile ou impossible,
jouissance pour nos lâchetés,
pour arriver quand même épuisés
tache-labeur pour nos erreurs.


* * *



Je n'ai été qu'un numéro.
Je serai toujours un numéro.
Mes parents étaient des rêves,
dans la réalité ils étaient gardiens.
Je n'ai pas voulu donner vie
à un numéro.
Je l'ai donné à manger aux chiens
pour qu'il ne soit pas bouffé par l'existence.
Qu'il me fait mal ce souvenir
De celle qui a refusé de rejeter
ce qui l'habitait
pour l'offrir à la société
qui le fera numéro sans l'aimer.


* * *



Lors de ta dernière heure,
Tes saloperies remonteront à la surface de ta conscience
Tu voudras te retenir,
mais tout sera fini.
Il n'y aura personne
pour te tendre la main.
Tu essayeras de te relever mais tu tomberas.
Nous nous rappellerons tes méfaits,
impassibles à ta douleur.
Tu pourras bien t'en aller,
Nous n'avons pas de temps à perdre.
Imagines un peu : ta chair deviendra pourriture.
Tu seras enfermée dans une boîte hermétique.
Si tu te réveilles,
tu pourras hurler,
nous ne t'entendrons pas.


* * *



Pour une année perdue,
lourde de soucis,
pleine de nuages,
gonflée d'ennui,
ma nuit a emporté mon amour
et mon souffle a manqué
au moment où je l'atteignais.
Epuisée, je suis tombée,
ma tendresse se sauvait,
mais au terme d'une année
les souvenirs crevèrent les nuages,
les larmes séchèrent,
libérant un coeur emprisonné,
las des épreuves,
venues nous surprendre,
au creux de nos étreintes
nos passions torturées,
au seuil d'une nouvelle année,
se sont ranimées.
Au souvenir d'une rencontre,
un enfant sensible s'est installé
à force de caresses m'a apprivoisée,
moi la sauvage craintive,
j'ai appris à donner.
Dans sa chaleur,
j'ai trouvé un goût nouveau.
Cette saveur, inconnue, grisante,
je lui ai donné ton nom !


* * *



LETTRE A UN NARCISSIQUE

Ce silence est inadmissible,
mon enthousiasme y perd éclat,
basta, sors de là,
j'ai d'autres gens à découvrir.
Mes hommages n'étaient pas des dus.
Je reste claire et peu encline
à te servir de faire-valoir.
Sache-le une bonne fois pour toutes.
Salut, il fallait m'attraper au vol,
je suis dure à gagner
bien que facile à saisir
à qui veut se donner sans nécessité de rejet.
Tu es déjà bien loin,
d'autres m'ont approchée
et ont comblé le vide que tu as laissé.
Euphorie quand tu nous tiens !
Je me fous de ton spasme continu.
D'autres sont venus et demeurent.
Jusqu'au seuil de ma gloire
de m'être fait reconnaître.
Par le seul être
qu'il m'importait de toucher et d'émouvoir.
Bien pris qui croyait prendre,
je me suis servie de toi.
Tu me redoutais envahissante.
Prétentieux, ta gloire n'atteindra que des sommets illusoires.
Seule ma liberté compte,
cette liberté passe par des contraintes dont je t'ai exclu.
Voyage dans ton narcissisme.
Je n'ai plus envie de me faire brutaliser.
Pour mieux me laisser envahir.
Je ne te dis pas de t'en aller,
tu pars sans comprendre.
Tu as jeté un don de moi car tu croyais
qu'il ne te concernait pas.
Tu n'as pas su le saisir,
au fond tu es resté un bourgeois passif.
Au revoir, à jamais !
Je ne suis plus pour toi.
Il te fallait descendre de ton estrade,
mais tu m'as refusé ce geste.
Je ne veux plus t'entendre,
toute supplique serait vaine.
Reste au moins décent !
Tombe en essayant de bien te recevoir.
Salut l'ami, je t'ai relégué dans mes lointains souvenirs.
Tu fais partie de mon passé.
Adieu !


* * *



Un certain souffle de solitude m'envahit,
c'est le meilleur remède à ma souffrance
qui me soulève les tripes et paralyse tous mes gestes.
Je supporte très mal ces états et loin de m'y complaire
je m'accroche de toutes mes forces au bord du précipice,
pour ne pas basculer dans le vide.

Dès que je suis atteinte par une humiliation,
je la dépasse pour atteindre à grandes enjambées
ma montagne de silence où je me retrouve face à moi-même.
Je réapprends à m'aimer.
Je dois à tout prix exécuter, après un difficile combat,
l'être qui s'impose et me détruit.
Je retrouve à l'issue de ce combat mortel
toutes les forces qui sont ma sève.
Je redécouvre les parfums de la terre et l'apaisante lumière de mes pensées.
Je suis bien en moi, avec moi.
Tous les êtres qui m'entourent, sauf un,
sont rejetés dans l'obscurité, amoindris, diminués,
jusqu'à n'être plus que des ombres sans résonance,
sans valeur, pareils à d'insignifiantes effigies.
Alors la force du triomphe me pousse vers d'autres connaissances,
me libère de l'oppression et tout mon corps reprend vie.
Je recompose mon sourire pour de nouveaux compagnons.


* * *



Je sais bien ce que tu peux ressentir
à l'idée d'être perturbé par certaines personnes que tu hais à juste titre.
Il est salutaire que tu laisses monter cette haine,
pour que la gêne qu'elle entraîne puisse éclore et qu'enfin elle se fane.

Bien sûr, l'exercice est périlleux, mais tu dois y passer,
sinon cette gêne sera seulement enfouie et elle rejaillira,
pas forcément au bon moment !

Il ne faut pas craindre de regarder en face la possibilité
que cette gêne salisse à nouveau des gens que tu estimes.
Il faut aller plus loin et prendre le risque de renoncer à ceux-là.
Surtout ne te rends pas dépendant de ceux que tu estimes.
Caresse à nouveau ta solitude. Réapprends à vivre avec elle.
Ne t'en fais pas, tu sais que tu peux compter sur son refuge.
Ta solitude est maintenant aménagée.
Ta solitude est un palais aux dimensions d'une maison de poupée,
on y est bien, tu as déjà atteint au-dedans d'elle
une plénitude qui te nourrit de rêves fous,
tellement fous, qu'un jour tu t'aperçois que tu es en train de les vivre.
Ceux que tu choisis pour y participer rayonnent de toi
et leur vie cesse d'être monotone.
Toute histoire a son épilogue.
C'est toi qui décides de son issue, bonne ou mauvaise,
triste ou gaie, sublime ou pitoyable.
C'est toi et pas eux,
ne te laisses jamais prendre au piège de croire que tu n'y es pour rien.
Que cette histoire te redonne le goût de vivre sans avoir peur des après.
Continue ton chemin sans te retourner,
rappelle-toi à l'ordre lorsque le calme t’abandonne.
Sois tranquille,
il y a encore des arbres et l'eau du ruisseau à contempler
à l'ombre de toi-même.
Il y a ces moments de création qui font de toi ce que tu es.
Ne dérange rien, ne perds pas pied,
tu es bien là et tu existes intensément
cet état se paie de quelques souffrances
qui, au jugé, se maîtrisent et s'exploitent
et ainsi de suite jusqu'à la mort.


* * *



Un peu de fumée me transporte dans le souvenir d'une nuit passée,
d'une nuit pleine de feu capricieux,
tantôt éclatant, tantôt rougeoyant.
Quels rires auprès de notre fou du roi.
As-tu compris les débordements de sa folie, tellement passive
qu'elle nous mettait dans un état de surexcitation telle
qu'elle aurait pu nous conduire à des actes meurtriers.
J'aurais arraché violemment tous ses vêtements pour le mettre nu,
me frotter à lui jusqu'à susciter la manifestation d'une envie.
Mais d'envie il n'en a pas eue, ce fou trop chaste
pour ne pas être pervers, dans quel état il m'a mise !
Rien à faire, moi qui aurais aimé le mettre en transe
et pouvoir dans sa suprême jouissance l'achever,
le faire éclater si violemment qu'il n'aurait plus jamais ouvert les yeux.
Et puis qu'est-ce qu'on s'en fout.
Il y a assez de fous pour les sacrifier,
en offrande à mes phantasmes.
Où sont les orgies romaines d'antan ?
Une vie entière vautrée dans des coussins moelleux,
servie par de jeunes éphèbes et de moins jeunes eunuques.
Au gré de mes besoins, je les ferais courir à l'appel de mon sexe.
Que n'existe-t-il d'hommes putains.
0ù sont nos bordels pour nous les femâles ?
Il parait que pour nous c'est gratuit, les put'uns n'auraient pas preneur.
Moi, je dis si ! Moi je prendrais. Je voudrais monnayer mon plaisir,
pouvoir les évaluer à leurs formes et dire à mes complices,
celui-là je me le fais. Vite fait bien fait !
Je vous l'essaye, si c'est suffisamment blindé, je vous le transmets.
Moi aussi j'aimerais tirer mon coup au gré de mes envies
J’aimerais me payer ce petit sourire bien lourd de mépris
en m'enfonçant sur lui,
recevoir sa semence du bout des lèvres et la lui répandre en pleine figure.
Ainsi, en le plaquant là à poil sur le lit d'un air satisfait,
je me rhabillerais en pensant déjà à après.
Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ? Si je t'aime ? Mais oui, mais oui !

Et intérieurement je me dirais : "Allons bon, en voilà encore un sur le dos".
-"Tu sais, je suis très prise en ce moment,
je suis en train de me réaliser intérieurement
et mon état ne souffre pas d'être perturbé, même par toi mon amour !
Je te demande de me comprendre.
Il est indispensable que tu renonces à moi quelque temps.
Peut-être à l'issue de mon retour sur moi-même, te reviendrai-je,
mais je ne peux rien t'assurer pour l'instant !"

-"Reviens-moi, je t'en supplie, je serai ton esclave !"
Et moi intérieurement je me dis qu'on tombe dans un mélo bon marché.
Quelle pauvre histoire. Bon, il est temps que je rentre chez moi
pour y retrouver ma maîtresse la solitude.
Quand je lui raconterai ça, on va bien se marrer.

Mais toi, c'était quand même pas mal, d'ailleurs j'en frissonne encore,
Même si je me retiens pour le cas où !
au cas où il n'y aurait plus personne à la rentrée.
Je n'ai pas envie de faire les frais de l'avantage que je te donne.
Je veux t'exorciser, mais je manque d'éléments pour t’oublier
Sois beau joueur, laisses-moi le dessus ;
une toute petite fois dans ta vie,
change de sexe et laisse-moi jouir de toutes mes forces.
Donne-moi le repos du guerrier !


* * *



Dis-moi un peu, qui peut t'empêcher de parler avec toi-même,
si ce n'est ta propre méfiance quant à l'intérêt d'un quelconque dialogue.
Dis-moi, qui peut t'empêcher de parler avec toi-même
si ce n'est ta fierté quant à ton impor¬tance.
Quel but as-tu en te penchant sur ta feuille
si ce n'est d'y tracer mot après mot le reflet de ton âme.
Dis-moi, qui peut t'empêcher de parler avec toi-même
si ce n'est une envie de puissance et de domination
de tout ce qui n'est pas toi-même.
Et peut-être y a-t-il un désir de domination suprême sur ton âme ?
Dis-moi, qu'as-tu trouvé en parlant avec toi-même,
si ce n'est de t'être mis en lumière,
tout en faisant le compte de tes angoisses
qui savent si bien te réduire à néant.


* * *



Qui m'inspire, qui me tire de ma monotonie ?
C'est peut-être toi que je regarde derrière l'écran de ton visage
pour y sonder ta vie intérieure.
Ou peut-être toi dont le regard en dit long sur tes souffrances ;
je ne suis pas dupe de cet éclat particulier qui m'atteint
sans que nous n'ayons échangé le moindre mot.

Mais toi, que viens-tu faire, pourquoi t'interposer entre nos regards ?
Tu nous déranges, tu n'as pas ta place ici.
Tu fais partie d'autres regards.
Laisse-nous à notre recherche d'absolu
Dont tu ignores l'existence.


* * *



Nous voilà arrivés au bout de notre chemin.
Car j'ai décidé de te laisser poursuivre seul
tes dangers qui ne m'intéressent pas et auxquels tu m'associes
pour autant que je sois d'accord avec toi
Et dans cette histoire, je me retrouve seule à payer le prix
d'une lutte dont tu te défiles,
te réfugiant dans un domaine qui m'est hostile
et que tu te soucies peu de me rendre accessible.

J'accepte difficilement cette triste réalité qu'est ta vie.
Je commence enfin à faire le compte
de ceux qui s'accrochent à ton apparence.
Ils ne sont que faiblesse et nonchalance,
errant de ci delà en quête d'histoires qu'ils te servent en pâture
et dont tu te repais, sans même t'apercevoir que tu ne seras jamais rassasié.
Tu n'es plus mon ami, aujourd'hui je t'évince, je te chasse.
J'ai vidé la place que je te préservais en combattant sans relâche
ceux qui voulaient la combler.

J'avais espéré jusqu'à cet ultime instant un appel de toi,
un geste qui n'est pas venu. J'en souffre pour l'instant,
mais je suis intraitable
Non, c'est bien fini.
Oh, et puis la paix ne sera pas longue à revenir
et l'amertume à se dissiper.
Si je me souviens du temps où tu n'existais pas encore aussi intensément.
Il me suffira de m’y reporter pour m’habituer à ton inexistence.
N'espères plus m'émouvoir, cette fois était la dernière,
tu t'es offert le luxe de la négliger. Tant pis pour toi.
L'histoire s'arrête là.
Si je devais te rencontrer, ne t'étonne pas de ma distance et de ma froideur.
Tu m'auras donné assez d'occasions de les exercer.
Tu seras un homme parmi d’autres hommes,
tu deviendras un simple passant et je n'aurai même plus
le souvenir que cet étranger que je croise aura été mon ami.
J'ai pour habitude d'appliquer cette méthode à quiconque me néglige,
pour toi les échéances ont été maintes fois repoussées.
Mes réserves sont définitivement épuisées ;
je ne crains plus de flancher.
J'ai rétracté toutes mes aspérités auxquelles tu aurais pu te raccrocher !

N'essaie plus de t'agripper, tu t'arracherais les ongles.
Et même la vue de ton sang serait incapable de m'émouvoir.

T'es-tu reconnu? Mais oui, c'est bien de toi que je parlais.
Ne tombe pas des nues.
Tu étais à cent lieus de mes pensées
Tu n'imaginais pas que je pouvais remuer tant de sentiments rien que pour toi !
Pour ton tout petit esprit
je te surprends de tant de souffrances.
Mais oui, dans ma vie tu n'es plus que quantité négligeable.
Hélas pour les intérêts que je représentais pour toi
Si tu me voyais en train d'écrire la tête bien calée dans ma main,
mon bras posé sur mon dossier, j'écris avec recul.
Dès que je pense à toi j'écris avec recul.
Plus je m'affirme dans ma distance plus je me réunis.
Les éclats que j'avais dispersés dans l'espoir que tu me les ramènes,
Je les ai tous récupérés.
Oh surprise ! En refaisant mes comptes,
J'en ai gagné d'autres.
C'était finalement une bonne opération cette rupture.
Si d'autres occasions me sont données, à grands bras je les accueillerai.
Mais bien sûr, il ne s'agit plus de toi.
Je ne peux m'empêcher de réprimer
un grand éclat de rire.
Tout ça parce que j'ose regarder qui tu étais, je dis "étais"
car tu n'es plus rien et c'est justement parce que je constate
que tu n'étais pas grand-chose que je ris.
Je ne devrais pas rire.
L’ alliance avec un fat qui se donne l’air intelligent n’a rien de drôle
C'est grisant de se dire que peut-être jusqu'à ma mort
il n'y aura plus jamais de rencontre.
C'est grisant et terrible à la fois
car il me reste un fond d'espoir.
Il ne doit plus y avoir d'espoir j'ai dit.


* * *




Je ne pouvais souhaiter meilleure vie que celle que je vis.
J'existe, je peux m'étaler partout, sans crainte de rejet.
J'aime cette vie qu'avec toi je vis.
Ca y est, j'ai éliminé mes dernières réserves, je peux exister.
Je peux me raconter sans crainte de brutalité.
J'ai eu si peur, tu sais ! Je crois bien que je me suis enfin libérée
de l'étau du passé qui pesait encore si fort
sur mes quelques velléités d'enthousiasme.

Je ne parvenais pas à faire sauter les serrures
des remparts de mes passions.
J'ai commencé par toi et nous y avons gagné plus de force.
Et puis, voilà que je te raconte tout ce que je te disais
dans le silence de mes pages blanches.
Et voilà que tu me regardes étonné et conquis.
Et voilà que l'on se dit, cette fois allons-y !
Ca y est, j'y suis déjà.
Je ne crains plus ton intrusion dans cette intimité redoutable
d'où, jusqu'à toi, je n'admettais personne.
Et voilà que nous avons fait un petit et qu'au lieu de déranger notre vie,
il est capable de nous remuer jusqu'à nous arracher
quelques larmes d'émotion.
Avec l'approche d'une telle plénitude, j'apprivoise l'idée de ma mort.
J’ai enfin compris qu'en la craignant
je ne faisais que rapprocher son échéance.


* * *



J'ai parfois le sentiment pénible de n'appartenir à aucun monde,
À aucun milieu.
Il m'arrive de me reconnaître à travers certaines formes de marginalité
et à l'apogée de mon apparente intégration dans telle ou telle cellule,
la réalité me cingle comme une gifle.

Je n'ai strictement rien de commun avec celle-ci ou celle-là,
dont je partageais la vie intégralement jusque-là.
A quoi dois-je cet écart ?
Si d'aventure je modifie le rythme de mes compagnons,
ils ont peur et s'en sortent en refoulant toute remise en cause
de leurs confortables habitudes.
Ils se paralysent et se rendent étanches à toute atteinte,
susceptible de démolir leurs fragiles châteaux de cartes
qu'est leur vie construite à la "va-vite".
Ils n’ont pas de temps à perdre avec eux-mêmes !
Ca tient debout pour autant qu'ils vivent en vase clos
et écartent tout souffleur qui réduirait leur presque rien à néant.
Je sais maintenant pourquoi je ne suis pas admise dans certains milieux.
Je sais à quoi attribuer les tentations de leur appartenir.
Je ne maîtrise pas toujours ma solitude. J'ai parfois envie de facilité.
Et dans ces moments-là, ils savent si bien répondre à mon attente.
Sans doute, cette tentation se reproduira-t-elle ?
mais au lieu de vouloir m'abandonner,
je devrais pouvoir me considérer en mutation provisoire.
J'éviterai avec une telle réserve bien des déceptions.
Tout au moins auront-elles sur moi des effets insignifiants.


* * *



A toi qui pleures sans cesse
sur tes malheurs,
je t'envoie ce coup de poing
en souhaitant que tu ne l'esquiveras pas.
Sache une fois pour toutes
Qu'on se fout de ta misère et de tes doutes.
Epargne-nous ton exhibitionnisme
Sans compter que tu n'es pas douée pour l'esthétisme.
De qui tiens-tu cette conviction
que le malheur a ses admirateurs ?
Le tien n'a d'intérêt que pour toi-même.
Celui qui semble t'écouter avec intérêt
pense en lui-même que tu n'es qu'un paumé
et qu'il est bien content
de ne pas te ressembler.
Alors, de grâce, remballe ton histoire,
et rentre chez toi pour voir
s'il n'y a pas moyen
de te la raconter d'ici demain.


* * *




Où es-tu, toi qui étais d'un autre âge
mais qui as tant compté dans mon enfance ?
Je n'ai pas besoin de dire ton nom,
tu te reconnaîtras dans ton néant.
Je ne sais pas où voguent les morts,
mais tu existes encore en moi,
très fort, très fort,
si fort que je nous vois encore,
j'avais dix ans et toi bien plus encore,
je m'admirais en me déshabillant devant ta glace
et nous riions comme des amies.
De tous mes souvenirs d'enfance,
c'est toi qui la première
m'as parlé comme à quelqu'un.
Des rares instants qui nous ont été donnés
de vivre ensemble,
je garde le souvenir intense de nos échanges.
Je me souviens quand sonnait quatre heures,
je devais fouiller dans le fond de ton sac
pour y trouver quelques pièces.
Et seule, j'allais me choisir un goûter.
Je me souviens que beaucoup te craignaient
pour ton caractère acerbe, disait-on !
Mais moi, j'ai bien vu que tu souriais derrière tes colères.
Je t'ai perdue alors que j'avais imaginé d'autres instants pour nous deux.
Tu es partie dans une triste solitude, abandonnée de tous.
J'aurais voulu encore t'embrasser, te retrouver,
te montrer que je t'aimais.
Ils m'ont empêchée de te pleurer,
« C’est la vie », disaient-ils.
Alors, j'ai rentré mes larmes pendant des années,
aujourd'hui je te dédie ces pensées et je pleure.


* * *



A notre prochaine rencontre,
je me réjouis de te mettre à l'épreuve.
Je me vois très bien démonter tes approches,
à grands coups d'affection.
Tu ne recevras plus de réponse à tes appels.
Désolée, il te faudra subir
l'humiliation de ma froideur.
Je serai forcée de sourire à l'intérieur
pour supporter ta défaite.
Tu peux bien vivre ce que tu veux,
je n'en ai plus rien à foutre.
Encore une fois te subir,
le temps de mettre à jour nos comptes,
et bon vent, après toi le déluge.
Va, cours à ton cocon pourri
qui grouille de parasites.
Conforte-toi dans ta triste conviction
de te refaire ton monde
triste monde que le tien,
c'est un vulgaire échafaudage branlant
au moindre souffle de vérité.
Tu te fais beaucoup trop de cadeaux,
je te souhaite bien du plaisir
lorsqu'ils te retomberont sur la gueule
à moins que tu n'y échappes encore
par le biais d'artifices
dont tu prises les mérites.
Certes me trouves-tu acharnée,
mais si je me montre aussi dure,
c'est pour mieux te décoller
de tout ce qui me touche.
Je pense que de ce fait
j'assisterai sans remords
à ta déchéance.
Je t'ai trop porté
en pensant te protéger.
Mais à présent, tu es devenu trop lourd,
mon amitié bafouée
est passée par la haine,
pour n'être plus qu'indifférence.
En cela j'ai atteint ma victoire.
Cela me suffit pour retrouver ma paix
jusque-là entachée de tes abus.


* * *




Bonsoir, toi !
Mais d'où reviens-tu pour être dans un tel état ?
Pourquoi ce silence ?
C'est donc un sanglot cette boule qui roule dans ta gorge
et qui remonte jusque sous tes paupières ?

Ah non, je t'en prie, pas ici ! s'il te plaît, un peu de tenue.
Tu ne vas pas leur servir le spectacle de ta mise à nu.
Tu ne voudrais pas qu'ils s'aperçoivent
que sous tes dehors limpides tu es couturé de cicatrices.
Et leur faire un cours de géographie.
"Celle-là à gauche, c'était...,
oh il y a si longtemps, je ne me rappelle pas
si je savais déjà parler. Non, je crois que j'étais muette de stupeur.
J'avais déjà froid. Même si loin, j'avais déjà froid".
Et puis tu continueras jusqu'à aujourd'hui.
Alors, comme tu constateras que ton public s'est endormi,
de désespoir tu effaceras toutes tes traces
d'un grand coup de lame bien profond.


* * *



Je me permets de condescendre à vous dire du bout des lèvres
que je vous hais.
Et vous le dis comme un crachat,
aussi net et aussi direct,
en espérant bien que je vous aurai irrémédiablement atteinte.

Je vous prie de m'oublier définitivement.
Il n'y a plus rien à glaner de mon côté.

Vaquez à vos phantasmes frigides.
N'est-ce pas dans vos rêves de vous faire éperonner par un asexué
et de pouvoir courir toute la ville raconter
les assauts redoutables dont vous fûtes victime ?

Attendez l'aurore de votre vieillesse qui,
chez vous, je puis vous le garantir, sera décrépie
Tant votre jeunesse aura été pétrie de mensonges.

Vous verrez que vous avez très mal misé
en optant pour d'éphémères rencontres
Rendant hommage à une beauté qui n'était qu'une image.

Où en êtes-vous ? Osez vous retourner sur votre chemin !
qui n'était que cahots désavoués.

Je n'ai pas l'intention de poursuivre plus avant ce dialogue avec vous,
Je sens que je vais vomir de trop vous découvrir.

Vous me fatiguez, ne touchez plus à ceux qui me sont précieux.

Quelque soit le prix de ma vengeance, je le paierai.

Rassurez-vous, vous n'aurez rien à craindre de moi.

J'ai dit que je paierai !

Vous ne saurez bientôt plus ce que veut dire dormir en paix.
Je vous ferai vous éteindre à tout petit feu,
ainsi que vous avez pratiqué
De la même manière que vous avez tenté de me détruire.

Je suis usée, il est temps de vous oublier.
Je vous relègue dans ma poubelle
en souhaitant que vous ne tardiez pas à pourrir
et à devenir tellement repoussante que je pourrai vous jeter
dans mes chiottes et tirer la chasse sur votre petit tas.


* * *



3 août 1979, jour de révélation,
jour d'un grand coup en pleine gueule.
Mon corps tout entier a subi un choc immense,
il se cabre, tous mes organes se liquéfient.
Le sang fuit mon visage, je me refroidis,
Je claque des dents.
Mes gestes s'éparpillent, je ne contrôle plus rien.
Non pas encore,
la tentation est grande de tout lâcher pour mieux fuir.
Non ! me dit ma conscience,
tu restes là et tu subis,
tu regardes bien en face ce qui t'arrive.
Je me noie, j'étouffe, mais !
je suis en train de crever !
Non, me dit ma conscience, tu restes là et tu résistes,
pas question de tomber dans la facilité,
redresse toi immédiatement
ou tu ne seras plus qu'un pantin pitoyable.
J'ai mal, je suis à la limite du supportable.
Accroche-toi d'autant plus fort,
ton seul refuge est ta conscience.
Au déclin de la torture,
tel l'aboutissement d'un orgasme,
je m'effondre épuisée de cette lutte.


* * *



Mais que veulent-ils de plus,
je me donne bien et sans histoire,
ni après, ni pendant, ni avant.
Je m'en vais sur la pointe des pieds
jusqu'à la prochaine
si prochaine il y a !
C'est au gré du preneur.
Je donne sans compter, sans délai.
Peut-être s'offusquent-ils
qu'en me conduisant en vraie pute,
je ne demande pas de salaire.
Je crois que j'y arrive, ils se disent
que ce n'est pas normal.
Ah, voilà j'y suis, nymphomane !
Ah, ce n'est qu'une nymphomane !
C'eût été trop beau,
voilà qu'ils se sont fait avoir.
"Ai-je été à la hauteur ?"
C'est qu'avec cette race-là
on sait quand ça commence
mais pas quand ça s'arrête.
Leur virilité risque d'en prendre un sacré coup.
Abandonnons cette étreinte redoutable
pour le maintien de notre prestige.
Ah, non, pas de ça chez nous.
De grâce messieurs,
pas de panique à l'intérieur de vos culottes.
Vos performances ne seront pas menacées.
Tiens, je me suis demandée à moi-même
si réellement j'étais nymphomane.
Eh bien je me suis répondue, sur un drôle d'air,
nymphomane ou putain, femme ou moi-même,
l'essentiel est de bien m'envoyer en l'air.


* * *



Dis donc toi, l'inspiration,
tu en as mis du temps à venir.
Je t'avais préparé depuis longtemps
un endroit où tu aurais du plaisir à vivre.
Je te croyais impatiente
tu m'as fait attendre de longs mois
qui étaient des éternités.
On n'est pas mal ici ! avec cette douce lumière
qui permet aux mots de danser sur ma feuille
en composant un ballet qui me satisfait.
Mais qu'est-ce que je fais,
je n'ai pas besoin d'artifices pour te faire parler,
qu'est-ce que j'ai à renifler tout le temps.
Cette fois c'est la dernière,
je ne veux plus recourir à ça.
Même si ça fait partie du décor,
je ne suis plus d'accord.
Oui, j'ai quelque chose à dire.
Parfaitement et je le dirai.
Mais attendez, attendez et écoutez,
voici mon discours.
Chers nantis, en ce jour où l'inspiration est venue me rendre visite,
je tenais à vous rendre hommage.
C'est à vous, chers nantis de la haute et de la jet
que je dédie ce qui va suivre.
Où sont vos queues, mesdames,
Où sont vos chattes, messieurs ?
Savez-vous même vous en servir ?
Serait-ce prolo de vous envoyer en l'air à pleine main ?
Avez-vous seulement essayé de prendre madame en un lieu repoussant ?
Mais si, mais si, succès garanti !
Essayez les décharges municipales avec autour de vos ébats
un grouillement de rats !
Que vos partouses sont tristes
En des endroits aseptisés
une douche à portée de mains
Mais monsieur, je vous en prie,
ôtez-moi cette queue de pie
et montrez-nous la vôtre.
Sans votre masque et le secours de vos artifices
il faudra vous mesurer à plus fort que vous sans
que votre bourse soit pleine
ne remplira pas les deux vôtres.
Ne m'expulsez pas encore,
je veux contempler votre spectacle.
Allez ! Ne restez pas paralysés.
Est-ce que je vous gêne ?
Dans ce cas je m'en vais.
Je m'en voudrais d'être à l'origine
de la révolution sexuelle chez les cons.


* * *



Raconte-moi encore comment ça t'a fait quand tu l'as tué.
J'ai rencontré un homme
qui en avait tué un autre et qui jouissait encore
en évoquant son acte.
C'était très impressionnant.
Soi-disant choquant, mais au fond assez tentant.
Ce criminel avait été bafoué
et avait choisi le moyen de vengeance le plus extrême.
C'était grisant de le voir encore se délecter
et pouvoir affirmer menottes aux mains :
si c'était à refaire je le referais,
s'il n'était pas mort je le tuerais.
C'était un acte complet. Effrayant.
Il faut toujours se repentir dit ta morale.
Ta morale il la fout au panier


* * *



Moi aussi je deviens réaliste,
plus réaliste que le roi
des CONS !
Ca ne me donne pas pour autant
le droit de t'écraser,
pourtant il s'en faudrait de peu,
je dois plutôt surveiller où je mets les pieds.
Tu n'atteins pas des sommets,
je crains toujours de te fouler quand je marche.
Tu te confonds avec le vide
Je n'ai fait que te renvoyer ta gifle
dont je n'ai que faire.
Il a suffit que je te lâche
pour que tu t'écrases,
au lieu de bien te recevoir.
Je sais bien que tu espérais imprimer ta trace.
Mais il y a les pluies, l'érosion du temps
et ta trace est tellement faible
que je ne lui donne pas deux jours
pour disparaître.


* * *



J'ai envie de ne plus rien dire,
ne plus écrire,
à quoi bon, pour qui ?
Si c'est pour moi,
ma tête est assez grande pour emmagasiner mes idées.
Je me crois dans un monde stérile qui ne mérite pas de m'écouter.
Qu'est-ce que je vais trouver
au bout de mes recherches ?
J'ai peut-être peur de l'aboutissement fatal
de mes pensées que je sollicite à profusion.
J'ai bien envie de faire table rase,
afin de me libérer d'un carcan
que je m'épuise à écarter
et à maintenir loin de mon corps
afin de mieux respirer.
Tout ça pour approcher la grandeur
seulement pour avoir une image potable
de ma vie intérieure,
à trop vouloir faire corps avec moi-même,
je finis par me coller, telle la maîtresse inassouvie
qui devient l'intruse
de l'esprit de son amant.
Alors, redescends sur terre
et fais-toi plus modeste
pour ne pas risquer de te briser.


* * *



Il n'y a rien de plus agaçant
que ces amoindris qui forcent
sans vergogne mes sentiments.
D'un moment d'égarement,
ils font un début de vie commune
et débarquent s'installer.
Ils se transportent d'un lieu qu'ils renient
et sans rien demander
se veulent, exigent d'être,
les maîtres de votre esprit.
Subrepticement ils se glissent en vous,
il est temps d'intervenir !
Dégagez immédiatement !
Si c'est nécessaire, employez la force,
mais surtout ne vous laissez jamais glisser,
apprenez que vous êtes seul maître à bord.
Une fois que vous vous êtes dégagés
de l'étreinte oppressante,
rajoutez quelques serrures de sécurité
à chacune de vos portes.
Armez-vous si nécessaire !


* * *



La fainéantise avouée et acceptée
nous oblige à être à l'écoute de nos instincts
et nos instincts sont nos meilleurs guides pour survivre.

La crainte de mourir bête et surtout lâche,
vieux et refoulé de partout,
c'est-à-dire du monde qui bouge vit et produit

Le vieux est productif tant qu'il reste décent
et ne pleure pas sur ses rides.
Que je sache, il y a beaucoup de vieux dans l'histoire
qui sont morts dignes et qui ont su partir sans faire de bruit.

Que je sache, on ne meurt pas sur le billot
de dire ce que l'on pense dans un état démocratique.
A 20 ans je suis partie de France pour me réfugier en Suisse
sans devoir demander l'asile.
J'ai quitté la France à cause de la peine de mort
et tant que je n'étais pas sûre,
de ne pas tuer quiconque me pousserait à bout.


* * *



Depuis que j'ai rencontré un autre que moi-même,
j'ai pu vraiment me réaliser.
Même si parfois il y a l'amertume de ma vie
soi-disant libre de tout attachement, libre des contraintes
entraînées par la présence de l'autre.
Je crois qu'on oublie trop les longues heures,
les longs mois de solitude, l'absence de chaleur
qu'on colmatait tant bien que mal,
en s'étourdissant de projets où on se voyait grandir