Retour à la Bio-Bibliographie

Imprimez et lisez ces pages à partir d'une des versions à télécharger :

 

         L'Éclectisme:                      Tous les Livres de RM:                 Les Applications:

   Acrobat Reader (PDF)            Acrobat Reader (PDF) (EXE)                Get Acrobat Reader

      MS Word (DOC)                      MS Word (DOC) (EXE)                      Get Acrobat eBook Reader

      MS Reader (LIT)                     MS Reader (LIT) (EXE)                     

Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

 

 

L'ÉCLECTISME

 

 

Publié chez :

 

 

Roland Michel Tremblay

 

 

 

44E The Grove, Isleworth, Middlesex, Londres, TW7 4JF, UK

Tél./Fax: +44 (0) 20 8847 5586     Mobile: +44 (0) 794 127 1010

rm@anarchistecouronne.com     www.anarchistecouronne.com

- 1 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

L'Éclectisme

L'Éclectisme est né d'une sursaturation de tout. Il a été écrit à Londres et en partie à Dublin. La vie londonienne y est décrite, la vie dans la vente du whisky de l'Écosse jusqu'en Irlande.

L'Éclectisme est une folie. Un livre qui se voulait illisible mais à portée profonde. Le sujet est celui d'un voyage dans l'univers et dans la tête. Un bilan absolu de toutes les philosophies et des courants de pensées que la planète ait portés depuis les derniers millénaires. Un bilan pour célébrer la nouvelle philosophie du prochain millénaire: L'Éclectisme.

L'Éclectisme est un essai philosophique romancé qui ne suit aucun programme ou plan précis. On y apprend à reconsidérer l'univers en entier jusqu'à ce que les points de repères n'existent plus. Au bout de l'anarchie qui compose l'univers, c'est se lancer tête première dans une crise existentielle à travers une parodie contre l'aliénation de tous ces courants de pensée qui se terminent par ismes.

L'Éclectisme, c'est la mort. La mort des idées, des concepts, des philosophies, des courants de pensées, de la science, des religions, de la parole, des sensations, de la politique, de tout et du rien.

Un large extrait de l'Éclectisme a été publié dans Les Saisons Littéraires (Hiver 1997-1998, numéro 13, Éditions Guérin), et neuf chapitres ont été publiés dans un magazine hollandais (L'Universel).

 

ISBN : 2-7479-0014-2       Prix public : 89FF / 14 Euros

En téléchargement gratuit sur www.idlivre.com/rolandmichel.tremblay

Achetez-le sur le site Le Livre Français :

www.livre-francais.com/?tliv=11&idliv=2-7479-0014-2

- 2 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

 

Avant-propos

Un large extrait de l'Éclectisme a été publié dans Les Saisons Littéraires (Hiver 1997-1998, numéro 13, Éditions Guérin). L'Éclectisme a été également partiellement publié dans un magazine hollandais (L'Universel).

L'Éclectisme est une folie. Un livre qui se voulait illisible mais à portée profonde. Le sujet est celui d'un voyage dans l'univers et dans la tête. Un bilan absolu de toutes les philosophies et des courants de pensées que la planète ait portés depuis les derniers millénaires. Un bilan pour célébrer la nouvelle philosophie du prochain millénaire: L'Éclectisme.

L'Éclectisme est sans doute un peu trop compliqué pour plaire aux masses. Il s'agit d'un essai philosophique romancé qui ne suit aucun programme ou plan précis. On y apprend à reconsidérer l'univers en entier jusqu'à ce que les points de repères n'existent plus. C'est une remise en question absolue de tout, où le temps, l'espace et la pensée s'entremêlent pour créer un monde des idées plus réel que la vie quotidienne. Avec pour création notre seule imagination, nous sommes chacun le Dieu de notre propre univers et nous le dominons autant que nous apprenons à en prendre conscience. Au bout de l'anarchie qui compose l'univers, c'est se lancer tête première dans une crise existentielle à travers une parodie contre l'aliénation de tous ces courants de pensée qui se terminent par ismes. L'Éclectisme, c'est la mort. La mort des idées, des concepts, des philosophies, des courants de pensées, de la science, des religions, de la parole, des sensations, de la politique, de tout et du rien. C'est là où la littérature en est, après la psychanalyse et la sémiologie. Au-delà du tout, il n'y a rien. Comme au-delà du rien, il y a tout.

L'Éclectisme est né d'une sursaturation de tout. Il a été écrit à Londres et en partie à Dublin. La vie londonienne y est décrite, la vie dans la vente de whisky de l'Écosse jusqu'en Irlande.

- 3 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

 

Préface

Après la lecture de ceci, il serait dérisoire de m'assommer avec des concepts insignifiants. Il vaudrait même mieux éviter de me questionner exactement sur son contenu ou de m'attaquer en affirmant que tout ça est une philosophie absurde qui ne saurait être acceptable. Je suis bien conscient que l'on peut contredire le contenu de ce livre dans son essence, et même le contredire à chaque ligne, il s'agit en fait d'une parodie de tous ces courants de pensée qui se terminent par ismes, en premier lieu L'Existentialisme. Le fait demeure qu'il s'agit d'un essai. Un essai que je me suis amusé à écrire et qui devrait demeurer un divertissement pour les sens. Je ne cherche pas à élaborer une nouvelle philosophie de malade mental complètement hors de ce monde, cherchant des justifications jusque dans les développements et les observations de la science actuelle. Je ne cherche qu'à stimuler l'imagination d'autres qui risqueront peut-être de voir le monde un tant soit peu différent et qui peut-être n'hésiteront pas à laisser voguer leur propre imagination vers des chemins éloignés des miens. Et puis si ça vous fait plaisir, je suis prêt à accepter vos qualificatifs de paranoïa et de schizophrénie. Je suis tout ce que vous voulez que je sois et probablement même pire que tout ce que vous pouvez identifier. Et c'est là l'essence de l'existence, un monde éclectique, exactement comme semblent fonctionner notre imagination et l'univers. Tout peut faire sens du jour au lendemain cependant, on découvrira peut-être la grande théorie unificatrice de toutes les théories de ce monde, et alors ce monde éclectique le sera encore davantage, car il ira au-delà de tout ce que l'on aura pu imaginer. Pourtant, le tout se résumera peut-être à une petite équation mathématique qui démontrera que chacune de nos actions ou chacun des événements de cet univers est prévisible jusque dans son essence.

On aura alors, par exemple, une science de la météorologie parfaite. On saura à chaque seconde où risque de tomber quoi sur cette planète, et d'un autre côté il n'existera plus aucun moyen de se faire plaisir à souffrir les déboires d'autrui, puisque l'on pourra tout

- 4 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

prédire. Mais nous n'en sommes pas encore là, j'ignore s'il pleuvra cet après-midi, le ciel semble incertain. Et dans ces conditions, j'entre de plein fouet dans un univers éclectique qui ne répondra à aucune des nombreuses questions que ce monde ne cesse d'apporter. Là n'est pas le but. Simplement parce que moi-même j'ignore quel est le but de ce livre, j'ignore même s'il a une raison d'être. Je l'ai écrit par pur besoin qui semble venir d'ailleurs que de moi-même. Croyez-moi, j'aimerais autant sortir de cet univers et jouir de la température que de perdre ma vie à tenter d'analyser et de comprendre l'existence. Semblerait que, dans mon cas, on ne fait pas ce que l'on veut de cette vie, on fait ce que l'on doit. Et si vous êtes rebuté après la cinquième page, alors il vous suffit d'aller vous amuser à prédire la météo de cet après-midi.

- 5 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

 

Si ce que nous considérons comme réel dépend de notre théorie, comment peut-on faire de la réalité la base de notre philosophie ? Je dirais que je suis réaliste dans le sens où je pense qu'il existe un univers là-bas qui attend d'être étudié et compris. Je considère la position solipsiste - tout est la création de nos propres imaginations - comme une perte de temps.

(Solipsisme : Doctrine où nous-mêmes et notre propre savoir sont la seule réalité.)

 

Stephen Hawking

Black Holes and Baby Universes, and other essays

 

 

 

L'ÉCLECTISME

 

1

Je vous propose le voyage d'un initié au-delà de tout, la mer, la terre, l'espace. Je vous invite à vivre la plénitude à un taux de vibration au moins égal à celui de l'univers dont vous ne soupçonnez pas l'existence. Je dis, voyez le ciel et les astres, voguez à travers les étoiles... ne voyez-vous pas la terre humide à l'aube du jour ? Les feuilles d'automne aux couleurs multiples qui craqueront bientôt pour devenir minérales ? Motivation à apprécier l'existence, à découvrir avec exactitude ce que le mot amour tente de définir. Car personne

- 6 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

n'en a la moindre idée. L'amour n'est tout simplement pas le bon mot. Il n'y a pas plus grande erreur que de s'asseoir et de se demander que faire aujourd'hui. Il n'existe pas de plus grande misère que de se dire le lendemain : les jours et les mois passent, on vieillit et on perd chaque jour davantage l'énergie nécessaire à l'accomplissement d'une destinée.

Je vois un immense champ où toute civilisation est ailleurs. Je vois la nuit dans le foin et les arbres. J'observe une chouette d'un blanc éclatant couver des œufs dans le grenier d'une grange abandonnée, à l'abri des poutres déjà en décomposition. C'est la vie à même la mort. Je vois la foudre mettre le feu à la vie et une chouette qui ne sauvera qu'un seul œuf. Cet œuf, c'est vous. Une structure décomposable jusqu'à la dernière molécule, jusqu'au dernier atome, qui lui-même est décomposable en un milliard de particules qui peuvent devenir immenses pour qui sait faire le point de mire nécessaire. Les idées ne sont-elles pas fortes ? L'imagination n'est-elle pas souvent la seule composante de cette réalité ? Avant d'atteindre les champs, serions-nous sortis du fond des océans ? Dans la noirceur et le calme d'une pression écrasante, pour monter ensuite comme un oiseau vers la surface de la vie, puis voler dans le ciel comme un poisson dans l'espace, trouvant dans chaque consistance de la matière les éléments essentiels à la survie. Jusqu'à la terre ferme, jusqu'au nid qui nous a vu naître pour la énième fois et pourtant la première fois. Il faut s'effondrer de tout son poids entre les branches et les brindilles, respirer le début des jours. Il faut ensuite découvrir ce que sont le soleil et la lune, ce qu'est la lumière du jour et celle de la nuit.

Qui osera encore parler de ce qui est naturel sans savoir ce qu'est la nature de chaque élément et l'infinie capacité de chaque chose. Qui encore ne mérite pas la vie pour ne pas l'avoir regardée une seule fois en face. Qui donc enfermé entre quatre murs de ciment cite des paroles vides pour alimenter la colère et entraîner la destruction de toute vie ? Je dis, écrasez-vous donc dans ce fourré et respirez profondément. Tout le reste n'est que futilité digne des innocents parce qu'incapables d'aspirer en eux les composantes de ce monde. Une vie inspirée n'a que faire des définitions ou du jugement. Elle recherche le bonheur en la plénitude.

Elle arrête de penser à un tas de choses insipides pour observer et méditer la vie qui s'organise et se développe.

- 7 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

C'est pourquoi je vois les arbres embrasser les animaux qui s'affairent à leurs provisions hivernales. Si la vie de l'humain pouvait crever d'autant de simplicité... s'émerveiller et travailler à s'approvisionner pour l'hiver. Si la grâce caractérisait chaque personne. Si l'émerveillement et l'éveil étaient possibles à chacun. Les uns ne risqueraient pas de détruire les autres, les détourner de leur raison, les priver de toute énergie. Si l'on peut voir la clarté du jour une seule fois, alors on en connaît l'existence. La quête commence alors. Il existe une continuation de chaque élément. D'une génération à une autre, de la famine à l'abondance, mais également de l'abondance à la famine. Une quête de l'absolu et de la connaissance, qui ignore où est le début et où est la fin, puisqu'il n'y a pas de début comme il n'y aura pas de fin.

2

Ai-je un nom ? Dois-je en faire quelque chose de respecté ? Non. Je juste, vis. Et vivre peut nous conduire d'un documentaire télévisé à une boîte de nuit londonienne en un instant. Je bois du Cointreau ce soir. Je vivais en Belgique voilà pas longtemps, juste à côté d'où Rimbaud a tiré Verlaine au fusil. Je vous le jure, je n'y pensais pas à cet instant. Je suis maintenant loin d'un coin aussi déprimant. Je vis à même la musique de cette fin de millénaire. J'ai souffert l'enfer d'un damné. Un pauvre paysan qui s'en était promis et puis à la dernière seconde a changé d'avis. Je suis trop grand. Je suis trop puissant. Je suis rempli de cette énergie que l'on gaspille à danser dans les clubs ou à réfléchir à son avenir qui ne viendra jamais. Je plains tout et chacun, autant que je me plains. La vie n'est rien, sauf lorsque l'on est saoul et drogué. Il ne faut jamais s'attendre à des miracles. À de l'éclectique surtout, c'est cela notre vie.

J'ai vécu ! Moi ! J'ai fait l'amour à ce qui existe de plus jeune et de plus beau ! J'aurais pu les garder tout à moi. Leur faire l'amour jusqu'à la fin des temps. Car je suis beau et je suis jeune. La vanité n'a jamais tué personne, seulement elle apporte le mépris des malchanceux et des moins courageux. Avez-vous lu le Rouge et le Noir ? Moi je succombe et je jouis. Je  

- 8 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

me fiche de ce que raconte le village, la ville, la planète. On ne parlera pas encore de l'univers à votre niveau, l'univers est si ignorant. N'avez-vous jamais essayé les vraies drogues ? Vous comprendriez alors pourquoi on en devient si dépendant. Je parle pour une génération. Pour que l'on ne puisse pas dire qu'avant, cela était mieux. Si c'était mieux dans le temps, c'est que vous vous trouvez à la mauvaise place, avec les mauvaises personnes. Rien de pire que de jouir d'un passé douteux, là où l'action se déroulait des siècles avant que l'on ne vienne au monde. La vie existe encore, elle existe toujours. Souvenirs anciens que seuls les vieux peuvent apprécier, et encore, par nostalgie uniquement, car rien ne saurait être pareil de ce qui a été.

Je vis avec mon temps, je vis dans l'action. Ce pourquoi je suis à Londres et que j'amplifie l'histoire. N'y rêvez que pour vous motiver à vivre. Je suis venu au monde pour vous réapprendre à jouir de la vie. Ça commence par les folies. J'en ai déjà beaucoup parlé, mais vous ne m'avez certes pas entendu. Je vis à Isleworth, Middlesex, London. Je suis en amour avec une personne qui a douze ans de plus que moi. Je l'ai trompée avec des jeunes de dix-huit ans qui ne se rendent même pas compte que l'avenir leur appartient. Moi je m'impose à juste titre, je construis la motivation d'autrui. Fuck ! Que faut-il lancer pour provoquer une réaction ? Perdu comme le monde l'est.

À travailler, espérant une quelconque promotion qu'ils jugent due. Non ! Rien n'est dû. Il faut être au-dessus de tout cela. Il faudrait être maître ? Maire de la ville ? Riche industriel, vedette respectée et adulée ? Comte, Duc, Préfet, Évêques ? Et pourquoi. Qu'y trouverions-nous sinon cette liste effrayante d'obligations insupportables ? On est bien plus fort dans le monde des idées. Seul chez soi à reconstruire tous les principes de l'univers à sa guise, pour soi seul. Ah, la liberté de faire ce que l'on veut, de faire en sorte d'être heureux sans l'approbation d'autrui. Autrui vous admire pour ce que vous n'êtes pas, et vous détruit ensuite. Sans cesse nous avons besoin de nous prouver, jusqu'à notre mort. Je pourrais en écrire tout un roman, et personne n'y verrait l'essence. Vous n'êtes qu'un œuf, souvenez-vous. Et encore, un œuf informe. Insuffisamment couvé ou trop couvé. Il n'existe aucun juste milieu en ce monde. Ce n'est que par les extrêmes que l'on réussit à produire des génies.

Faut-il ignorer encore trop longtemps la portée de telles paroles ? Bien sûr. Personne

- 9 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

n'est en position de parler avec un ton aussi pédant, avec une prétention aussi marquée, alors il faut bien qu'il s'en trouve quelques-uns comme moi pour remettre le monde en place. Aucun historien de renom ne réussira à nous faire avaler l'histoire qu'il ou que d'autres auront si stupidement résumée pour la postérité. Personne ne sera jamais suffisamment qualifié pour dire quoi que ce soit. Pas même moi, surtout pas moi. C'est pourquoi je ne suis qu'un intermédiaire ignorant qui cherche à motiver à vivre.

Découvrez l'univers ! Sortez pour marcher dans les bois en pleine nuit ! Vous découvrirez certes quelque chose de différent de votre routine habituelle. Je vous présenterais le parc Osterley, mais cela ne vous dit rien. J'y ai pourtant écrit bien des pages, j'y ai marché en plein jour pour nourrir les oiseaux. En pleine nuit j'y ai fait l'amour, éjaculant sur les feuilles mortes. La beauté n'a pas d'âge, la beauté n'est pas à l'image d'une perfection établie par ceux qui rêvent trop sans vivre.

J'ai un avenir devant moi seulement parce que je le construis moi-même. Rien ne viendra d'autrui, rien ne vient jamais d'autrui. Je retire tout ce que j'ai dit, encore et encore. La vie vaut la peine d'être vécue, si on construit soi-même son avenir. Ça m'en aura pris du temps pour comprendre ça. Mais c'est tellement d'efforts et d'énergie que parfois on se demande si ça en vaut la peine. Je réponds, non, cela n'en vaut pas la peine. Vaut mieux vivre et jouir d'une marche dans les bois. Être heureux ne se résumerait-il donc qu'à une marche à même la nature ? Oui, car cela apporte la plénitude. La plénitude, la paix intérieure, le sentiment de la liberté quand bien même il ne s'agirait que d'une heure par jour. Je n'ai pas changé d'avis en dix années toutes comptées. Les champs verts ne seront jamais une platitude. Mêlons-y tout ce que cette vie a inventé pour nous divertir, Dieu par exemple. La beauté de la vie comme synonyme. À moins que votre vision de Dieu ne soit destructrice, ce que je respecte, croyez-moi. Comme on respecte les mendiants dans les rues, oui. À chacun sa destinée et ses idées. L'univers est grand et permet l'inondation des pensées les plus inconcevables. Mais aussi les motivations les plus imprévisibles. Ce que je sais voir lorsque je m'avance et que je crie sur tous les toits qu'il existe une existence qui en vaut la peine.

Il est deux heures du matin en Belgique, il est à peine minuit à Londres, même pas six heures du soir en Amérique. Tout n'est-il pas relatif ? Oh certes, nous aurions une mission à accomplir sans en être trop conscient. Fuck it.  Certaines étapes sont plus importantes dans

- 10 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

le moment, pour nous qui sommes si loin de la vie spirituelle. Car je sais que plusieurs sont en quête de cette incroyable destinée, alors que trop peu sont vraiment sur la bonne voie. Car y a-t-il une bonne voie ? C'est-à-dire qu'est-ce qu'une vie spirituelle? Sinon celle que l'on se sera fixée. Je ne suis pas vendu à de quelconques courants de pensées insipides qui n'apportent qu'amères déceptions, parfois seulement après quelques années, sinon des décennies. Ce livre se nomme L'Éclectisme pour la simple raison que rien n'est concret, rien n'est juste, rien n'est cohérent, et c'est mieux ainsi. Qui peut avoir la prétention de parler sur une ligne directrice qui part d'un point et conduit à une finalité parfaite et universelle ? Aucune philosophie n'apportera la vérité. La vérité n'émergera jamais d'aucune religion. Simplement parce qu'il n'existe que la vérité propre à chacun. Si vous n'avez pas encore compris cela, payez-vous l'histoire complète de la philosophie en mille sept cents volumes sans oublier l'existentialisme de Jean-Paul Sartre au passage. Alors vous comprendrez que personne ne détient la vérité. Il n'existe que ce sentiment de plénitude parfois si difficile à trouver. Cherchez et vous ne trouverez probablement pas. Faut-il ces romans pour vous apprendre à vivre, la haute société pour vous apprendre à bien vous comporter, l'admiration d'autrui pour vous conduire à un état d'ivresse indescriptible. Sautez dans l'héroïne alors, l'effet aura plus d'impact, sans nécessiter une tâche impossible à accomplir.

De quoi parlai-je donc ? Que comprendre à tout ce blabla ? Est-ce donc à la mode de ne rien comprendre à l'art ? Revenons sur terre, je parle de l'existence. Tous à un moment ou à un autre en arriveront à ce même point, nous ne sommes pas seuls en théorie, mais en vérité nous le sommes. Souffrir, c'est notre destinée.

 

3

Que faut-il espérer du chapitre trois de ce livre? Je me force à écrire, comme un devoir à accomplir, une maladie de naissance qui me force à taper sur ce clavier. Où sommes-nous en ce moment ? Cela importe peu. Je n'arrive à écrire que lorsque je suis inspiré. Aurais-je  

- 11 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

donc moi-même une mission à accomplir ? Quelque chose à partager avec les gens, à faire comprendre ? Je suis saoul, je ne suis qu'un alcoolique. Je n'atteins cet état d'inspiration que lorsque je suis boosté à l'extrême. Je vis alors davantage dans ma tête qu'en réalité. J'écris et on me lit. Quelle expérience ai-je qu'ils n'aient pas ? Que puis-je apprendre aux autres qu'ils ne connaissent déjà ou qu'ils ne puissent apprendre par eux-mêmes ? Mais n'importe quel autre livre qu'ils liraient ne serait que pure perte de temps. Comme de lire ceci. Cela n'est que pure perte de temps. Ils sont malheureux car ils ne peuvent pas être heureux. Ils sont heureux parce qu'ils ne peuvent pas être malheureux. L'indifférence face à tout, voilà leur vie. Mais ils pourraient vite devenir extrémistes face à tout. Nous connaissons un peu la nature humaine. Elle prend vite parti et ne voit plus clair. Rejetant tout ce qui est contraire à sa petite idée bornée et cependant bien grande. Tout mérite d'être méprisé en cette vie. Tout est toujours à remettre en question à chaque seconde. Sinon, nous sommes extrémistes. Où cela nous conduira-t-il ? Qu'importe. Faire la guerre à propos de concepts oubliés, cela est dérisoire et amusant à la fois. Je n'ai pas une grande opinion de la vie, certainement pas une grande opinion de l'existence d'autrui. Crevez au coin de la rue ou devenez président des États-Unis, écouté partout dans le monde chaque fois que vous osez prononcer une parole, cela ne me laisse ni chaud ni froid. Je suis bien au-dessus de tout cela autant qu'en dessous de tout cela.

Je travaille pour une compagnie qui organise des conférences et tous les jours je parle avec des directeurs, des chefs de direction, des directeurs de marketing et puis quoi encore. Qu'est-ce que cela signifie ? Rien. Que font-ils ces directeurs ? Cela est inconcevable. Je pourrais être un producteur de conférence, ou un directeur adjoint au marketing. Qu'est-ce que cela signifie ? Rien. Je suis bien au-dessus de tout cela, autant qu'en dessous. Car je parle du cœur, de l'âme, de la vérité, de la connaissance. L'expérience de la vie, peu importe l'étiquette qui nous caractérise.

J'ai étudié dans les plus grandes écoles qui soient et j'ai refusé le diplôme. Je ne dis pas que cela ne m'a pas traumatisé pendant des mois, mais aujourd'hui j'en suis fier. Peu importe pourquoi exactement. Je n'en ai aucune honte. Seulement celle d'avoir terminé un diplôme universitaire de premier niveau. Que je rendrais sur-le-champ, car cela ne vaut rien. Me juger sur cela, c'est bien mal me connaître. Mais on n'a jamais connu personne, jamais

- 12 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

reconnu personne. Ainsi la vie va. Je ne veux pas de reconnaissance, elle est bien futile à ma plénitude. Je ne veux pas de récompense, elle ne sera jamais à la hauteur de mon bonheur. Pourquoi n'y a-t-il que sur l'alcool ou sur la drogue qu'il est possible de voir vraiment la réalité ? Je suis heureux à Londres. Peu il m'en faudrait pour m'envoler pour le Canada et devenir le plus misérable des vers de terre. Pourquoi est-il si difficile de comprendre que nous sommes heureux lorsque nous le sommes ? Faudrait-il sans cesse souffrir énormément pour revenir ensuite à notre état initial et l'apprécier enfin ?

Je parle de moi, mais je parle d'autrui. Ils peuvent toujours tout transposer à leur vie, les analogies sont infinies. Ils croient que je n'ai aucune raison de souffrir, comme ils ont tort. Ne savent-ils pas que la jeune fille en peine d'amour peut souffrir tout autant sinon plus que le juif qui se fait bouillir à petit feu par les Allemands ? Ne serait-ce qu'à son suicide que l'on reconnaîtra sa misère insupportable ? Pour qui n'a rien connu de pire, le plus petit des événements peut devenir un calvaire infernal. La plus petite des maladresses peut devenir la plus grande honte jamais connue. Nul besoin d'avoir crevé de faim comme moi pendant cinq ans pour comprendre cela. Au moins j'ai choisi ma destinée, cela compense pour toutes les souffrances endurées.

Si cela m'avait été imposé, je n'aurais pas survécu. Et voilà ce qu'il en est de l'existence.

 

4

J'ai un idéal de vie que tous reconnaissent. Les humains ne pensent pas si différemment les uns que les autres. Certains se perdent, mais au fond d'eux-même, ils ont le même idéal de vie. Laissez-les traverser les années, les siècles et vous verrez, ils en viendront tous au même point. De même, nous ne sommes pas si différents de ces animaux sur l'île Georgia. Des pingouins qui accomplissent tous la même destinée. Tentant de freiner leur prochain au possible, sans se rendre compte qu'à être un obstacle pour les autres, on devient son propre obstacle soi-même. Étant jeune, j'étais heureux d'avoir découvert un animal qu'apparemment peu de gens avaient entendu parler, le lemming.

- 13 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

Quelques années plus tard, tous ont fait le parallèle entre la destinée des lemmings et celle de l'homme.

Serait-on aujourd'hui au point de rencontre de toutes les philosophies ? Qu'en est-il du Contrat Social de Rousseau ? Du Prince de Machiavel ? De Locke et de Hobbes ? Ils sont pour moi, certes, essentiels, mais combien tristes. Je vois tellement plus loin, tellement plus grand, je souhaite tellement davantage que ces lois et ces organisations sociales faites pour réprimer tout sentiment et toute vie. À ce titre j'aimerais peut-être mieux Albert Jacquard et Hubert Reeves, qui malgré leur pessimisme marqué, voient tout de même une porte de sortie positive. Qu'en est-il de cette obsession des armements, de ces bombes nucléaires ou bactériologiques ? J'ai souvent dit, faites-les sauter vos bombes, on verra ensuite ce que cela pourra amener de mieux. Quelle idée anarchique, que seul un dérangé comme moi peut lancer sur les toits. Ce sont les grands événements qui apportent plus rapidement un retour sur soi, une analyse de tout, une remise en question globale. Qu'autrement on prendrait des siècles à y parvenir. Après la deuxième guerre mondiale, le philosophe s'est arrêté dans son élan, puis il a tout rejeté en bloc. On a vu la naissance de courants humanistes dont on ne sait plus trop ce qu'il en est. La guerre n'est jamais souhaitable, mais il serait vain de n'y point voir quelques avantages. Sinon, qu'y apprendrions-nous vraiment. Les pires sujets, ceux qui sont tabous, sont évidemment les seuls qui devraient être traités en profondeur, compris et acceptés. L'homosexualité, la pédophilie, les agressions sexuelles, la religion. Qui, quoi, comment, pourquoi.

Seconde tentative. J'ai un idéal de vie à atteindre. Knightsbridge, Sloane Square, Harvey Nichols, Harrods, Dunhill, Mezzo, Hilton ! Ah ! Et des fourmis partout sur le trottoir. Et puis je marche dans Battersea Park avec cette jeune personne blonde qui n'a cessé de me regarder pendant deux mois au travail sur Bressenden Place.

Elle disait être en amour avec moi, moi de même, puis un beau jour cette personne a disparu. C'était mon idéal. Puis j'entends un rythme effrayant, je vois des lumières partout, de la fumée, et des gens danser comme des malades mentaux. Björk, Army of me. Björk est certainement arrivée dans votre village. Mais la musique que j'écoute ne sort pas du Royaume-Uni. La reine n'est-elle pas belle sur les timbres-poste ? Il y a des égouts à Londres, j'y vais souvent. J'y vivais pratiquement, et j'y vivrai encore.

- 14 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

J'ai un idéal de vie à atteindre. Je crois que je déprime. Je ne vais pas vous entraîner dans mon gouffre.

 

5

Ils croient que je ne les vois pas venir de loin. Que je ne ressens pas leur mépris inépuisable, leurs grands airs pour me convaincre qu'ils sont tellement supérieurs à moi. Seraient-ils donc tant convaincus que je ne vaux pas le dixième de leur expérience et de leur cervelle? Ils ont vingt-cinq fois mon salaire, des problèmes d'hypothèques et de crédits. Ils ont une famille complexe, réelle ou projetée. Ils ne sont donc plus de ce monde. Ils ont une vie intérieure, extérieure, puis une autre tout au fond d'eux qu'eux-mêmes ne sauraient atteindre. On me dit qu'il me faut gagner leur respect. Je dois m'habiller ainsi, faire cela, tenter de mériter leur place, et encore, ils me mépriseraient pour ce que jadis j'étais à leurs yeux. Peut-être ne sont-ils qu'insatisfaits sexuellement. Qu'ils prennent donc un bâton et qu'ils se l'enfoncent dans le trou du cul. Je puis les aider s'ils ne s'en sentent pas la force. Mais je les préviens, ça va faire mal.

Chaque matin on se lève, écoutant au loin une nécessité de se rendre à Victoria. Nous prenons le train, bondé à pleine capacité, souvent en retard, parfois en grève, pour accomplir bien peu de choses. Le sens le plus commun à tout cela, c'est celui de la survie. On travaille pour gagner de l'argent, pour se payer un endroit où dormir et manger. Ensuite viennent les loisirs, si l'on est assez sage pour économiser. Cette vie ne contente personne. D'autant plus si on n'est qu'un mécréant à travers cette masse. Ils me méprisent pour éviter de réfléchir sur leur condition. Ils me méprisent afin d'oublier qu'ils se méprisent. Un amour-propre rempli de vanité pour suffire à leur sentiment de misère et leur besoin de voir ce monde éclater. Ils arrivent aisément à oublier ce vide impénétrable, en le remplaçant par une prétention presque imperceptible puisque tellement répandue et cimentée à même les institutions.

- 15 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

Il n'y a pas de quoi être fier de ce monde. De cette construction impressionnante d'un système dont personne ne voit la source ni la fin. Je ne parle pas d'une philosophie de la vie au détriment d'une autre. Qu'ils ne me demandent pas les solutions de rechange, je n'en ai pas ! Je refuse même de trop me soumettre à la construction d'un idéal utopique. Qu'ils soient conscients, c'est tout ce que je demande. Ainsi on évitera l'insipide stupidité de toutes leurs simagrées et leurs humeurs. La conscience d'un ridicule, évite l'enfoncement dans le ridicule. À se prendre trop au sérieux, on finit par tuer tout le monde, soi-même au premier plan.

Je ne suis pas Rousseau, ma vie ne leur appartient pas, je n'ai pas à subir la moindre petite autorité ou même air d'autorité de leur part. Lorsque je les vois se battre pour un bonus de vingt-cinq livres à la fin de la semaine, je les gifle au visage pour les réveiller. Ils sont vraiment atteints. Une maladie probablement incurable, un aveuglement sans possibilité de recouvrement de la vue. La science semble ici ne jouer que le rôle d'un agent destructeur qui empire notre condition.

J'ai passé les quinze dernières années assis devant un ordinateur. Quelle idée peut-on se faire de moi alors ? Celle d'un handicapé paraplégique en chaise roulante qui n'a jamais vécu, qui n'a jamais eu cette chance de sortir au grand air pour aller courir sur les collines dans les jardins botaniques royaux. Parfois j'ai l'impression moi-même d'être un agent destructeur d'une négativité à tout casser. Cette vie semble tout faire en son pouvoir pour tuer tout optimisme. On voudrait même en faire oublier le pessimisme. Il n'y aurait plus qu'à aller travailler le matin et l'après-midi pour aller ensuite s'écraser devant son téléviseur le reste de la soirée. Deux jours de congés pour voir ses amis et accomplir toutes les autres obligations, travaux, formalités impossibles à remplir ou accomplir durant la semaine. Ainsi on est certain de ne plus réfléchir à sa condition d'humain opprimé par tout et chacun. Bien sûr qu'ils ne partagent en rien mes idées, ils ne s'arrêtent jamais pour remettre en question quoi que ce soit. Ils n'ont pas le temps ni l'énergie.

J'ai remis en question ma vie des dizaines de fois, j'ai vécu dans cinq pays différents, déménagé plus de vingt-cinq fois, connu des centaines de gens, et je ne suis pas plus avancé que celui né à Hounslow qui n'a jamais pris un de ces avions qu'il voit à chaque minute  

- 16 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

au-dessus de sa tête et qui décollent d'Heathrow vers des horizons inconnus.

Je suis pourtant rempli d'une énergie infinie, prêt à bâtir de grands courants universels. Je déplacerais les masses, motivant tout un peuple. J'ai cela ancré en moi, avec le charme qu'il faut pour faire de mes ennemis des amis sûrs. Je suis un maître d'orchestre qui sait rendre une harmonie à travers l'infinie cacophonie des civilisations. Mais je réprime tout, comme ceux que je connais, remplis eux aussi de cette inépuisable motivation à vivre, qui sans cesse est remise à sa place, une place bien basse, cachée dans les profondeurs des grandes métropoles.

Pourtant, si je me mets à parler, tout de suite on peut m'accuser de parler à tort et à travers, de radoter, de raconter parfois des stupidités qui marquent mon ignorance absolue de tout. Pourtant, si je me mets à parler et que l'on m'écoute, je ne suis plus qu'un agitateur de foule prêt à abuser autrui. C'est vrai. Personne à la tête d'un groupe, d'une collectivité ou même de la planète entière n'arriverait à quoi que ce soit de bon. C'est que personne n'a rien à attendre de personne et ne devrait jamais rien attendre de personne. Le salut ne vient que de soi, pas d'un Jésus-Christ mort et enterré dont Dieu seul sait dans quelles circonstances et qui risque de nous réapparaître un jour ou l'autre pour pardonner nos péchés et nous ouvrir les portes d'un pseudo paradis qui saura vite devenir un enfer.

Je vous bénis tout de même si vous avez soif de morale, mais je ne vous ouvrirai pas les portes du paradis. Mais vous pourrez vous contenter en pensant que de ce fait, je ne vous ouvrirai pas non plus les portes de l'enfer.

 

6

Qui est Robert Bourassa ? Un politicien québécois qui est maintenant mort. Et qu'a-t-il fait ? Je ne m'en souviens pas, on oublie très vite ce genre de chose. On ne retient que la phrase magique accolée à son tombeau. Quelle est-elle cette phrase demandée à passer à la légende ? C'était un très bon politicien qui a aidé par ses grandes qualités le développement

- 17 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

de sa nation. Cela est-il justifié ? Cela importe-t-il, puisque nous oublions toujours tout. Pourrions-nous oublier cette phrase passée à l'histoire ? Non, elle servira pour les cours d'histoire futurs.

Voyez-vous, on résume la vie d'autrui à une phrase. On résume l'histoire à une ligne. Et tout cela n'est d'aucun intérêt pour personne ici à Londres. Qui est Robert Bourassa ? Je l'ignore et ce n'est pas très important. Personne n'est vraiment important. L'accomplissement de quelqu'un est toujours limité. Parfois essentiel et grand, mais souvent ignoré. Parfois futile, bas, massivement diffusé et apprécié. Ainsi on admire des constructions bien inutiles et l'on vénère des modèles bien dérisoires.

Un politicien n'est qu'un outil qu'un ordinateur programmé avec des paramètres bien définis saurait remplacer aisément. Certains politiciens sont irremplaçables, mais jamais blancs comme neige. Peut-on admirer l'homme ou quelques actions isolées et même transformées par l'histoire ? Arrêtons un instant pour réfléchir à qui on a appelé génies cette année. Qu'est-ce qu'un génie ? Combien y en a-t-il dans l'histoire ? Pourquoi le sont-ils ? Leur titre est-il mérité ? Tout cela n'est que concepts qui font se pâmer bien des gens. Heureusement il y a encore des gens sensés sur cette planète, qui mesurent le pour et le contre de chaque chose en considérant toutes les variables (et parfois réussissent encore à prendre les mauvaises décisions). Il est toujours surprenant de retrouver à la tête de toute grande organisation la ou les personnes que soi-même on juge les moins aptes à accomplir quoi que ce soit de bon. C'est que les intérêts de chacun diffèrent énormément. Alors les frictions sont inévitables. Le pouvoir, et pourquoi on l'offre comme un prix à gagner plutôt qu'une nécessité essentielle, est trop souvent pris pour acquis. Jusqu'au jour où c'est fini et que le bilan à tous les points de vue est négatif.

J'admire certaines personnes en pouvoir, mais qu'ont-ils fait de concret et de significatif? Mais avaient-ils besoin d'accomplir quelque chose de concret et de significatif ? Tout dépend de notre définition du mot pouvoir et si ce pouvoir est bien nécessaire. Voulons-nous un outil à prendre des décisions, une personnalité amusante pour les journaux dont on note en pourcentage la popularité de chacune de ses décisions, ou alors un meneur révolutionnaire qui va tout remettre en question pour le mieux et ensuite va passer à l'histoire ?

- 18 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

Mieux, voulons-nous de petits mécréants qui n'accomplissent rien mais qu'un coup mort nous élèverons au titre d'un Moïse qui a sauvé tout un peuple de l'esclavage et de la mort certaine ? Prendrions-nous trop au sérieux le pouvoir et à la fois trop à la légère ? Sans compter que le système destructeur de hiérarchie et d'empiétements des pouvoirs assure la fin d'un règne assez rapidement et toujours à coup de pied au cul.

Voici 100 milliards de livres en retour de toutes sortes, taxes et impôts inclus. Comment les dépenser ? Ah, nommons des ministères, des ministres, des députés, etc. Et dépensons deux fois plus en bout de ligne. Pourquoi ? Où va cet argent ? Cela est inconcevable, cela n'a pas d'importance. L'important est que nous avons tout dépensé et même deux fois plus sans brimer notre cote de crédit. Tout gouvernement avec un budget doit être pris au sérieux et ne peut dépenser à tort et à travers sans rendre compte d'abord à tout et chacun. Cela est dans la constitution. Il est inutile de réécrire ici la constitution. Mais il faudrait peut-être la relire et la respecter avant de vouloir la transformer à volonté. Elle n'est peut-être pas parfaite, mais les gens au pouvoir sont encore pires, à prendre des décisions qui frisent le ridicule et qui même questionnées ne sont pas remises en question. Mais ne vous inquiétez pas, ils deviendront tous des héros et passeront tous à l'histoire.

 

7

Faut-il apprécier la vie pour ce qu'elle n'est pas? Faut-il récompenser les gens pour ce qu'ils ne sont pas ? Il est difficile de faire autrement, sinon impossible. Peut-être faut-il baisser les bras et accepter ce monde qui semble imparfait, mais qui vraiment serait imparfait s'il était à l'image de la perfection que l'on s'en fait. Car la perfection est relative, comme toute critique bien futile. Ceci est un jugement, tout jugement est aussi bien relatif. Ainsi il n'y a pas de porte de sortie et le philosophe s'y perd complètement, lui et son discours inutile. S'il faut tout remettre en question, que reste-t-il en bout de ligne ? Puisque questionner tout et chacun devient un obstacle et pourrait même arrêter tout et chacun dans son élan.

- 19 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

Il serait donc important de ne pas trop exagérer dans sa remise en question et d'accepter certains éléments comme acquis, sans les questionner davantage. Puisque, je l'ai déjà dit, l'humain est extrémiste. Il en viendrait vite à se demander s'il y a un sens à tout cela, jusqu'au point où évidemment il remettra en question tout sens qu'il pourrait accoler à tout élément, même l'existence.

Rien ne fait sens en ce monde si l'on ne prend pas certains faits pour acquis. Et déjà ces faits sont discutables et ainsi on se retrouve face à cette question existentielle qui remet toujours cette idée que, si rien ne fait sens, il est temps de s'inquiéter gravement à toutes ces variables qui menacent l'univers. Ou alors accepter un autre extrême où finalement la vie n'en vaut pas la peine. Puisque enfin, pourquoi continuer à vivre si ce n'est que pour souffrir éternellement ? La plus simple de nos actions est souffrante. Un simple mal de tête nous le fait comprendre, un seul mouvement est d'un pénible grandement amplifié. Nous sommes lourds, des masses qui voudraient bien juste s'écraser sur les planchers des vaches et ne plus bouger. Alors on peut faire entrer la motivation à l'existence dans l'équation. Le mystère de la spiritualité, de la religion, de Dieu, de la mort, de l'univers, du paranormal, de la science-fiction, et puis quoi encore. Le suspense, la littérature, les études, la hiérarchie, la réussite sociale et amoureuse. Mais alors le bilan est toujours tellement effrayant lorsque l'on regarde en arrière. Ces motivations ont fonctionné, mais n'apportent que des bilans insipides. C'est ça ma vie ? Eh bien, il semble que oui. Même pour ceux dont généralement on croit leur bilan de vie rempli et amplement suffisant. Peut-on voir une solution à ce problème ? Non, car il ne s'agit pas d'un problème. Il s'agit d'une constatation dont il faudrait peut-être oublier d'en prendre conscience.

Ceux qui réfléchissent trop au sens de la vie sont malheureux, c'est connu. Peut-être au moins ils savent ensuite apprécier chaque petit élément de leur existence, et cela serait déjà suffisant pour justifier un tel amas de réflexions sans doute superflues. Prenons par exemple Londres et la Grande-Bretagne. J'invite n'importe qui à venir marcher sur Baker Street. Il faudrait également prendre le train à Victoria pour aller jusqu'à Croydon via Clapham Junction, retourner à la station Paddington, visiter Oxford plus au nord, puis revenir sur Baker Street. Cela pourrait laisser bien des gens indifférents. Maintenant, j'invite cette personne à lire l'œuvre complète de Sir Arthur Conan Doyle, les Aventures de Sherlock Holmes, puis à refaire le même voyage.

- 20 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

Tout serait changé en son esprit. Il verrait vivre ces lieux en d'autres temps, il deviendrait partie intégrante de quelques enquêtes de Sherlock Holmes à travers l'Angleterre et serait satisfait. Ainsi il ne vivrait que dans ses idées. Capable d'apprécier la vie que parce qu'il aurait déjà enregistré quelque chose auparavant. Il est donc essentiel de se conditionner à aimer la vie par un bagage d'informations qui explicitera et amplifiera chacun des petits éléments de sa vie. Ainsi il est intéressant et puissant de songer à la création de l'univers par quelqu'un qui y aurait songé pour devenir en quelque sorte un songe qui, pour nous, serait bien réel. L'univers ne serait donc qu'une théorie, et une idée qui au mieux de ses connaissances pourrait à la limite provoquer un sens. À quoi penserions-nous s'il n'y avait pas cet incroyable amas d'agencements atomiques qui forment des êtres, des maisons, des planètes et un système social organisé ? À autre chose qui, certes, n'a pas besoin de tous ces agencements pour s'accomplir.

Nous vivons davantage la nuit dans nos rêves que dans la vie quotidienne. Et tout semble très réel juste avant que l'on ne soit complètement éveillé, où une autre sorte d'existence prend place. Certains arrivent à voir et à rêver de choses inconnues de cet univers appelé concret et réaliste. L'imagination peut être remise en question, mais elle est toujours présente. Elle est la base de la construction de chaque innovation. Certains sont architectes de maisons, d'autres de livres ou de musique, d'autres d'univers et de planètes. À prendre en ligne de compte certaines lois et règles qui parfois sont trop limitées. Il est passionnant de pouvoir trouver d'autres règles et lois et d'innover à nouveau. Ainsi tout est infini, ou du moins le semble.

Que l'on m'apporte que Dieu existe ou pas, que l'univers soit créé ou non, qu'il y ait eu évolution ou non, j'ai tout entendu et je n'ai jamais pris position. Pourquoi ? N'ai-je pas eu la chance de tout étudier, de tout voir, expérimenter et reconnaître ? J'ai passé en revue tous les arguments de tous les camps, de gens convaincus de leurs opinions, souvent avec bien plus d'expérience que je n'en aurai jamais, et encore, je doute, je questionne, je regarde aux conditions et tout s'évanouit dans mon esprit parce que je me mets à réfléchir à autre chose qui semble parfois plus concret que ce qui est carrément l'essence de l'existence. Qu'est-ce que cela me dit ? Je ne sais pas, je dois aller aux toilettes. Puis me faire cuire un déjeuner

- 21 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

qui me fera oublier tout ça. Qu'est-ce que cela signifie ? Je n'en sais rien. Pour la simple et unique raison que je suis monsieur tout le monde qui s'inquiétait terriblement avec l'idée de devoir avoir un dentier un jour et qui ignorait que vingt ans plus tard on pourrait tout reconstruire avec des dents de porcelaine au laser dont la différence est pratiquement nulle. Ah si seulement j'avais su. Mais nous ne savons jamais rien et par conséquent de tels discours ne devraient jamais trouver de réponses.

 

———————————————————

Note de l'auteur : Les chapitres 9 à 17 sont assez théoriques. Si vous ne trouvez pas la lecture plaisante et que vous êtes prêt à abandonner, rendez-vous directement au chapitre 18.

 

8

Qu'est la révolution ? Qu'est l'anarchie ? Qu'est la vérité ? Ah. Nous touchons au but. Au but de l'être qu'est le mien. Mon univers, apparemment incompréhensible à autrui. Si nous prenons la bible de la sociologie, mon univers s'écroule, encore qu'il est cohérent. Autant que j'en respecte les définitions. Mais qu'advient-il si j'invente mes propres définitions et que j'en viens à faire autorité en la matière ? Alors adieu la sociologie, le politique, la philosophie. Je détiens tous les pouvoirs de mon univers et vous en êtes prisonnier autant que vous l'appréciez. Mon nom est à oublier. Un nom limite. Je ne suis pas un nom, je ne suis pas moi. Je suis autre, et autre parle et autre fait autorité sur tout sujet abordé. Je suis une autre forme de vie qui vient du monde des idées et qui vit à même l'imagination d'autrui. Incapable ici de démontrer l'infinie capacité de mes pouvoirs. Et c'est triste en un sens, mais en ce seul sens c'est triste. Car c'est l'aliénation qui nous attend tout au bout de  

- 22 -


Roland Michel Tremblay           L'Éclectisme           www.anarchistecouronne.com

cette infinie capacité du monde des idées. Capable de faire oublier les pires conjectures et nous emmener au-delà de tout et de rien. Car là où il n'y a rien, il y a tout. Plusieurs l'ont compris, au-delà de toutes espérances. N'y a-t-il justement aucune espérance à attendre d'un tel fait? Ce fait survient sans crier gare et c'est l'absolution de tous nos péchés, car il n'existe que dans un monde de réalité tellement loin de nos pensées. Et c'est là que réside tout le mystère. Me comprenez-vous ? Et quelle importance cela a ? Aucune en l'occurrence, alors qu'il s'agit d'un simple état de fait. Horrible idée pour tout sociologue en manque de contrôle sur la vie d'autrui. Dérisoire projet que de tout limiter et de contrôler. Heureusement. Complexité du monde et de l'univers. Où pensée, espace et temps ne sont qu'unis dans l'harmonie absolue du tout. Autant dans l'imagination que dans la réalité. Hélas. Mais c'est dans la distinction de cet état de fait que l'on arrive à comprendre et à vivre. Vivre plus dans l'imagination que dans la réalité. Et c'est pourquoi on en arrive à dire que l'on vit au-delà de tout. J'enregistre et j'enregistre pour la postérité. Mais qu'est-ce qu'elle a à en faire la postérité de cet enregistrement. Rien. Car c'est un projet personnel que je propose et advient qui pourra atteindre l'état où je suis et vivre la même intensité des images que je vois. Développer la finesse nécessaire, voir à la même longueur d'onde que la mienne. Mais il faut que j'aille plus loin que la simple observation de mon état. Il me faut partir et décrire cet autre univers. Comment est-il ? Ô Dieu être, ô Dieu monde. Vrai, hélas, encore une fois. Mais que cela ne nous arrête pas. Qu'en est-il de cet univers qui aliène ? Je vais le décrire au mieux de mon talent limité par le médium que j'utilise et qui est ouvert à la critique, ne l'oublions pas. Car cela m'arrête constamment dans mon projet de construction.

Mon univers est celui de l'inconnu, et tout le reste n'est que le pouvoir des idées. Je n'ai jamais parlé c