Les Éléments

Urbains

Londoniens

 

 

 

 

 

 

 

Roland Michel Tremblay

 

 

 

44E The Grove, Isleworth, Middlesex, Londres, UK, TW7 4JF

Tél./Fax : +44 (0)20 8847 5586     Mobile : +44 (0)794 127 1010

www.anarchistecouronne.com   rm@anarchistecouronne.com


 

 

Téléchargez la version MS Word (doc)

 

 

 

 

Résumé

 

Les Éléments Urbains Londoniens aborde la vie sociale hiérarchique dans l'univers des conférences européennes. Le thème principal concerne ce que devient la vie de l'humain enfermé à jamais sous la terre à voyager vers le centre de Londres, une ville faite de ciment, à travailler dans une tour à bureau où la verdure n'existe plus. Le livre raconte également les aventures de l'auteur lors de ses nombreux voyages à travers l'Europe : Cannes, Prague, Amsterdam, Paris et Barcelone.

 

 

 

Préface

 

Voici le plus simple de mes livres. Le vrai et l'accessible, un seul niveau de compréhension. À moins de se mettre à l'étudier dans un cours universitaire. Mais voilà, son intention est d'être d'une certaine humilité, sagesse, à observer la vie londonienne à son rythme le plus élevé. Car n'y ai-je pas souffert un enfer que je ne puis me débarrasser qu'au prix de grandes souffrances ? C'est là l'ironie, le paradoxe. Souffrir de cet enfer, mais ne pas pouvoir vivre sans lui. Si à la fin de ce livre vous ne connaissez pas tous les rats qui gisent sur les rails de l'Underground, comme on a encore subit des délais considérables ce matin parce qu'une femme y a été poussée par mégarde, j'aurai manqué mon coup. Mais là n'est pas l'important.

 

J'avais perdu ce livre, quelque part dans un pub de Soho au centre ville. Je l'ai retrouvé par miracle. Ainsi vous souffrirez les quelques pages écrites sur mes heures de lunch alors qu'il m'est interdit de boire ma pinte de bière traditionnelle. Mais je déroge à la règle, bien entendu. Je bois et j'écris, c'est là la vie. J'ai remarqué que l'on aimait surtout de mes écrits ce qui parle de ma vie londonienne, en oubliant ma philosophie de malade dérivant de mon imagination. Ainsi ce livre sera bien terre à terre, à travers les briques des bâtiments londoniens.

 

Je provoquerai l'envie de venir ici à celui qui vit à la campagne, mais je l'aurai prévenu de cet enfer dont on ne peut se passer. S'il apprend bien sa leçon, il viendra, y travaillera et lira le Daily Mail dans le métro. Il jouira de ces petits détails qui font souffrir des millions de Londoniens qui chaque jour se rendent à Oxford Circus pour travailler à Dieu seul sait quoi.

 

La vie pourrait être si simple pourtant, mais on adore se la compliquer à l'extrême. On arrive tout de même à trouver la plénitude, je l'espère, sans en être convaincu. On imagine des flocons de neige s'écraser sur le pavé où les autobus à deux étages et les taxis noirs les écrasent net. Puis on survit, là l'important, je suppose.

 

 

 


 

Les Éléments Urbains Londoniens

 

Il existe de ces endroits où je me suis retrouvé dans ma vie et dont je me demande pourquoi j'y étais. Ils me ramènent des cauchemars, et la pensée que je pourrais m'y retrouver un jour me tue. Par exemple, tous les coins de rue où, au Québec, j'attendais les autobus scolaires pour m'emporter à l'école me traumatisent encore. Les autobus de ville à Hull et à Aylmer aux limites d'Ottawa, jamais rien vue de plus misérable dans ma vie. Où je travaillais à Bruxelles, un quartier mort de Montgomery, ça non plus ne m'apporte pas de bons souvenirs. Par contre il y a des endroits à Bruxelles qui me hantent et m'enchantent. Comme au Québec, en dehors de la capitale. Et même dans les environs d'Ottawa, une petite maison d'ex-prostituées que l'on projetait acheter au bord de la rivière me fascine encore. Qu'est-ce qui fait d'un endroit un paradis, et un autre un enfer ? Toujours les constructions humaines, puis les événements qui font que nous y sommes comme prisonniers. Était-ce mon choix d'y être ? Oui et non, dépendant du pourquoi je me devais d'y souffrir. Un hôtel du boulevard Hamel à l'Ancienne Lorette dans la ville de Québec est d'un terrifiant, et le restaurant Marie-Antoinette juste à côté, un calvaire. Mais un petit hôtel sur le fleuve Saint-Laurent tout à côté du Vieux Pont de Québec fait toute la différence. Même dans la forêt profonde j'arrive à distinguer des lieux enchanteurs et d'autres infernaux. Pourtant c'est la nature, des arbres et des rivières. Je suis à Cannes en ce moment, hélas c’est pour un congrès sur les téléphones mobiles et non pas à cause du festival de films. C’est mon dernier jour avant le fameux retour à Londres. Cannes est une ville que je trouve charmante, voilà sans doute pourquoi je réfléchis à tout ceci.

 

James m'a encore fait subir bien des émotions. Hier, parce qu'incapable de trouver des billets pour la soirée de Motorola avec Tom Jones, et ignorant que Siemens avait une soirée également, nous nous sommes retrouvés sous la tente Nokia. La foule, environ 3000 personnes, était à 100 % blanche et sans doute la majorité Finlandaise. Pas un Noir, pas un Asiatique. Nous sommes arrivés là, moi, Antonio et James, juste le temps de voir Tom Jones arriver par bateau sous une musique de James Bond et deux hélicoptères, et nous rencontrions déjà nos autres collègues. James s'est mis à marcher en long et en large dans tout le bâtiment, il était le seul à ne point être habillé en habit, et certes, il semblait être le plus jeune de tous. Moi le suivant partout, nous avions l'air des deux plus jeunes personnes de tout le congrès, pourtant nous sommes les recherchistes et producteurs. Je me demandais si nous avions l'air sérieux. Bref, il avait les yeux rivés sur cette blonde qui travaille pour Nokia et qui dansait comme une folle alors que nous savions qu'elle n'avait rien bu. Je l'ai reconnue de Genève où là également, voilà quelques mois, elle dansait de même, en plus de courtiser un vieux porc à côté d'elle. Hier elle dansait encore avec un croûton et je me demandais si ce n'était pas une putain professionnelle dont on a mis un badge Nokia dessus. Tous les hommes de la salle (97 %) à Cannes comme à Genève, n'en avaient que pour elle, oubliant la scène où un groupe finlandais nous chantait des chansons populaires, dont des chansons de Tom Jones. Si ce dernier pouvait entendre de l'autre tente, il devait bien se demander qui pouvait chanter ses chansons aussi bien que lui, peut-être même mieux ! Enfin, c'était un charmant tableau que ce jeune mince éphèbe qui regardait cette blonde pouffiasse correspondant à la « corporate image » de Nokia, et c'est vrai qu'elle est remarquable, mais moi je ne pouvais plus le suivre. J'ignore ce qu'il faisait également, il marchait près d'elle puis retournait dans le fond de la salle, puis refaisait ce même chemin sans cesse.

 

Dans la première heure Antonio a disparu. Ma dernière conversation avec James, avant qu'il ne disparaisse lui aussi, avait quelque chose à voir avec comment atteindre cette femme. Ses beaux yeux bleus charmants la regardaient et je pouvais distinguer dans le luisant de ses yeux son imagination au-delà de rêves impossibles. Faire l'amour à cette femme qui dansait sur une table (avec toute une rangée d'autre monde, y compris toutes les hôtesses de ma compagnie qui se mettaient bien en évidence) et je les voyais dans le lit, son sourire alors qu'ils se déshabilleraient. Et puis je ne l'ai plus revu pour au moins 45 minutes. Tout ce temps, coincé avec mes autres collègues qui dansaient davantage et cherchaient à m'entraîner. Trois ou quatre filles qui me tournaient autour sans savoir que j'étais marié, divorcé et gai. Je suis parti.

 

 

Ah mon Dieu ! La blonde de Nokia vient juste d'entrer dans la salle ! Je suis maintenant à la conférence dans la tente D. Elle a donc un intérêt aux conférences, elle est arrivée avec une délégation de Nokia qui est venue juste pour entendre Nortel Networks, un compétiteur. Les préjugés…

 

 

Vers 3 heures du matin environ ça sonne à ma chambre. Je croyais que c'était Axel, quelqu'un que j'avais rencontré la veille (j'en reparlerai tout à l'heure), mais c'était James. Comme l'autre jour il est entré en grandes pompes et s'est écrasé dans la chaise. Cette fois il était bien déterminé à quitter la compagnie. Il n'en pouvait plus, ce n'est pas lui, il est malheureux, il ne veut pas produire des conférences. Il dit que c'est insignifiant et que cela n'a pas de but. Qu'il se sent comme un plouc avec sa petite cravate à pois à ne rien savoir et à indiquer aux délégués où aller. Dans les salles de congrès, il n'apprend rien, c'est juste de la merde. Tous radotent la même chose et c'est complètement sans intérêt. Mmh, c'est exactement la raison pour laquelle je veux m'en sortir, mais dans huit mois pour entrer à l'Université en Physique. Lui il aurait rendu sa démission la nuit dernière à 5 heures, complètement saoul, alors que nous avons travaillé tous les jours depuis 12 jours, à commencer à 7h le matin et à terminer à entre 6 et 8 tous les soirs. Et lui a bu tous les soirs jusqu'à au moins 3 heures du matin. À ce rythme, je suis surpris qu'il ne se soit pas encore suicidé. Tous les jours de nouveaux problèmes et conflits l'attendaient et je me reconnaissais dans ses actions, à insulter les mauvaises personnes et à me retrouver le lendemain comme sujet de conversation numéro un de toute la compagnie ! Mais trois ans d'erreurs de plus que lui, mon voyage à Cannes, du moins en ce qui concerne la compagnie, est sans histoire. Enfin, je lui ai fait comprendre de tenir le coup, d'attendre jusqu'à au moins mardi prochain, qu'il ne trouverait pas un emploi qui paie davantage et que son travail n'était point d'aller à des conférences, mais bien d'arriver le matin, envoyer quelques invitations et sacrer son camp ensuite. Je crois qu'il a reconnu cette sagesse, mais ce matin c'était moi qui étais la source de ses problèmes, qu'il disait. Parce que je suis parti sans lui dire au revoir hier, et que j'ai fait cela plusieurs fois auparavant. Mais, il disparaît pendant une heure à courir et rêver après des blondes de Nokia, et moi je le suis comme une toupie dans toute la tente, alors que nos autres collègues nous regardent. Il fallait bien que je parte. Et puis lui est resté jusqu'à 3 heures, ils sont allés dans un autre bar ensuite, il a trouvé le moyen de se chamailler avec la directrice du Marketing à propos qu'il voulait acheter une bière, qu'elle avait l'argent, mais elle ne lui faisait pas confiance parce qu'il était saoul. Moi au moins quand j'insulte la grande directrice de la compagnie, comme celui de mon dernier emploi, vendeur de whisky en Écosse, je le fais avec style, et au moins je puis dire que j'avais raison et que j'étais justifié ! Lui c'est des histoires de saoulons, j'étais saoul et je ne me comprenais plus… ouh, ça me donne des frissons.

 

Hier c'était qu'il était en retard, que le directeur lui a téléphoné pour le réveiller alors qu'il dormait dans sa chambre, cela devant la grande directrice. Ainsi lorsqu'il est revenu, ils ont joué avec lui le jeu du sentiment de culpabilité. Jaz est venu le voir pour lui dire que il ne fallait pas que cela se reproduise. La directrice l'a regardé de travers (deux jours avant elle avait fait une crise et l'avait déjà fait paniqué, comme avec Antonio). Et comble de tout, Nathalie est venue lui faire une morale comme de quoi qu'il devrait arrêter de boire, il ne devrait plus rien faire de "slightly bad" et devrait aller s'excuser auprès de Sonja, la grande directrice, ce qu'il a fait aussitôt. Je suppose que du point de vue des directeurs, cette psychologie est efficace, mais ce qu'ils ne comprennent pas est que nous ne sommes point des esclaves vendus à leurs stupides produits, nous sommes capables de les laisser tomber n'importe quand. Et c'est difficile à survivre cette petite psychologie de directeur, tellement que James va lâcher. Je serais curieux de voir leur tête lorsque cela arrivera.

 

 

Bref, ce jeune crétin apprend maintenant à ne pas boire en groupe et je souffre pour lui davantage que moi-même je souffrais lorsque je faisais la même chose, car quand c'est moi qui suis en cause, je n'ai qu'à changer d'emploi et je ne souffre point de me voir moi-même m'autodétruire. Si seulement je n'avais pas eu le temps de me demander s'il était gai et de développer disons une sympathie mal placée et des sentiments défaillants chaque fois qu'il entre ou sort de la salle. À peine si je l'ai regardé pourtant au travail ces derniers trois mois, car je n'avais pas envie d'espérer alors qu'il n'y avait point d'espoir. Cela me tue. Bien qu'avant je me disais que ce serait une motivation supplémentaire d'aller travailler, le voir, mais lui se fout de moi, il fait tout pour se faire mettre à la porte. Enfin, il est prêt à se mettre dehors lui-même. Triste que l'autre nouveau, lui, fatigant au possible, Daniel, tout semble lui glisser sur le dos et va directement jusqu'au plancher. Tout va bien, il s'est trop bien intégré. Il me parle maintenant comme s'il avait 20 conférences de produites et que moi j'étais un nouveau qui n'y connais rien. Je le laisse faire, car lui aussi il s'agit ici d'une sorte de défense de jeune sans expérience qui tente de se mettre à niveau. Il doit bien souffrir, et ce pauvre James lui, comme moi, n'en veut pas de cette hypocrisie, de ces petits jeux psychologiques et confrontations avec les hiérarchies. Et James en parlait de cela, Nathalie qui dit sans cesse : Dan, lui, a déjà fait ça ! Il est comparé à Dan en tout temps et pour Dan ça semble facile. Moi, j'ai eu la vie difficile car j'étais comparé à ceux qui avaient 15 ans d'expérience et ma vie alors a été un enfer. Maintenant je suis comparé à ces nouveaux et ma vie est facile, on me laisse tranquille.

 

 

Enfin, bien que James m'a reproché ce matin d'avoir disparu, j'ignore ce qu'il a décidé de faire, partir ou rester. De toute manière, ce n'est qu'une question de temps. D'autant plus que comme moi il n'a aucune ambition et l'argent est secondaire. J'imagine que la goutte qui fera déborder le vase sera sa facture d'hôtel, puisque le minibar dans la chambre, et surtout toute l'alcool qu'il a consommé au bar de l'hôtel, apparaît sur l'addition de notre chambre. Par exemple, moi qui dois avoir une des factures les plus basses, sur les 875 livres à payer, j'ai 210 livres en déjeuners et alcool (et téléphone, dont une fois il s'agissait de l'appel de James qui voulait voir ses messages électroniques). J'ose à peine imaginer quel sera la montant de son addition, j'espère qu'il a utilisé l'offre des autres lorsqu'ils offraient une tournée. Hier justement il disait que, lorsque l'alcool est gratuit, il va toujours en profiter. Voilà sans doute pourquoi il boit jusqu'à en perdre connaissance. C'est une mentalité assez British, et Stephen mon copain est comme ça aussi. Quand Sonja va voir cette facture, elle va lui parler et user de sa petite psychologie mesquine, et si jamais il avait décidé de continuer malgré ses impressions, c'est sans doute à ce moment qu'il donnera sa démission.

 

 

Je ne sais plus quoi penser, je souffre de le voir s'enfoncer et je souffre de le voir. Je souffre également en ce moment car je ne le vois pas. Son regard illuminé sur cette femme Nokia me tue, malgré le charme du tableau. Il me tue.

 

 

Voilà également pourquoi j'ai décidé de sortir par moi-même dans les bars gais de Cannes deux jours avant, et que j'ai rencontré quelqu'un lorsque je suis retourné une deuxième fois au Zanzibar. Cette fois il y avait davantage de gens, et le plus beau de tous, celui qui était le plus bruyant, sans même m'avoir parlé, déjà m'insultait à voix haute, parlant des Québécois et Londres. Son copain est un des serveurs, mais celui avec qui je n'ai pas parlé. Eh bien, j'ai décidé de confronter le monstre et d'aller lui parler. La conversation a dû être à la hauteur de ses standards car il a arrêté de m'insulter. Au contraire, nous sommes entrés dans une grande conversation et nous sommes allés Au Divan un peu plus loin, où nous avons rencontré un artiste déchu, du Théâtre je crois. Il y avait un temps, qu'il disait, où sa popularité en tant qu'artiste lui permettait d'habiter Le Majestic Hôtel, et voilà que moi, n'ayant jamais rien fait de grand dans ma vie, j'habitais une des plus belles chambres du Majestic pendant 8 jours. Pour eux ça semblait signifier le monde, sans doute car ils s'y sont bien plu dans le passé en des fêtes qui n'en finissaient plus. Ainsi je les ai emmenés dans ma chambre (trois en tout) et toute la nuit nous avons lu ma poésie avec cette voix extraordinaire de Gérard. Et puis il s'est lancé dans la récital de poésie et chansons, et franchement, après Prévert, Hugo, etc., j'en ai pleuré… je ne l'aurais jamais cru. La poésie française a toujours été, à mon avis, d'une platitude assez impressionnante, à part quelques Prévert et Rimbaud. Je ne m'étais jamais rendu compte que lu (alors que je suis saoul) par une belle voix, cela pouvait avoir un tel impact. J'avais avec moi trois Français quelconques, rencontrés dans un bar, et voilà que tous lisaient ma poésie avec un intérêt ardent,  à la vanter au possible. Et tout cela est bien extraordinaire, une telle culture, également cet intérêt ardent et spontané pour la littérature. C'était une soirée magique et spéciale, qui m'a fait comprendre combien le système français a réussi à développer des standards très élevés chez ses enfants, et en a fait des virtuoses de tout, et des êtres sensibles à la culture et à la littérature. Pourtant, elle a fabriqué des êtres de prétention également, mais que voulez-vous, encore qu'il vaut mieux au moins avoir une opinion que de ne pas en avoir du tout. Ainsi je n'ai point dormi de la nuit, et après qu'ils soient partis, le plus beau de Cannes, Axel, est revenu. Nous avons fait l'amour comme des déchaînés le reste de la nuit et nous nous sommes quittés lorsqu'il était temps pour moi de retourner au congrès. C'était vraiment passionné, et les sentiments que j'éprouve pour James étaient absents. Malheureusement je ne pouvais pas me dire qu'il s'agissait de lui plutôt qu'Axel, parce que James a des qualités uniques (British je dirais) que j'apprécie et que je ne retrouve pas chez les autres, et l'embrasser dans le cou serait déjà une expérience susceptible de me faire perdre connaissance. Mais comme chaque fois que je me permets du plaisir, un prix est à payer, et mon Palm Pilot a disparu : £ 300 chez le diable, avec tous les livres électroniques de Sherlock Holmes que je lisais ardemment dans l'Underground de Londres. Il est clair qu'un des trois l'a pris, et j'ai bien cru qu'il s'agissait d'Axel, car lorsque je cherchais mon Palm Pilot le matin même, il me pressait de sortir. Et j'en ai conclu qu'il ne me téléphonerait pas le soir même comme il avait lui-même prévu. Eh bien Gérard m'a téléphoné durant la journée (alors que j'étais revenu pour dormir un peu) et Axel m'a téléphoné également bien plus tard après minuit lorsque j'étais revenu de Nokia. Il voulait me voir, et après ce téléphone j'ai bien eu du mal à comprendre pourquoi il me téléphonerait, à moins bien sûr de décider de venir voler le reste, comme mon ordinateur portatif peut-être. Mais lorsque j'ai mentionné ma calculatrice qui avait disparu, il s'est moqué de moi en disant, une calculatrice ? Bien sûr il aurait compris à ce moment qu'il s'agissait de bien plus qu'une calculatrice. Et son romantisme m'a emmené ailleurs. Toute la journée il avait pensé à moi ! Et moi, pas une seule pensée pour lui, enfin, si peu à cause de James. Puis il disait que cela avait été chaud et notre nuit d'amour franchement bien. Cela m'a redonné courage, car il est sans doute un des plus beaux de Cannes. Il voulait me revoir, mais je n'avais pas dormi la veille, et je devais dormir. Il sera à Londres lundi et mardi prochains avec son copain (qui sait très bien que nous avons fait l'amour, mais il s'en fout). Une histoire abracadabrante. Alors le troisième a volé mon Palm Pilot. Bien que j'aime mieux croire que je l'ai perdu et que cette belle soirée de poésie s'est terminée en une explosion romantique. Ah ces Cannois…

 

 

Me revoilà maintenant à Londres. Un samedi seul comme à l'habitude, je viens de dormir un long douze heures. Stephen déjà planifie le reste de ma journée, il désir m'emmener au Treaty Centre d'Hounslow, le gros centre d'achat du coin. Il s'est acheté une antenne de téléphone mobile qui flash bleu et rouge, et maintenant son téléphone ne fonctionne plus. Il retourne au magasin donc, l'histoire de sa vie, combien terre à terre ! Oh God ! Revenir du plus cher hôtel de Cannes et du plus grand congrès des téléphones mobiles du monde, pour aller s'écraser dans un centre d'achats miniature de Hounslow pour échanger une petite antenne lumineuse défaillante ! Où est ma nouvelle fantaisie, James !? Où est cette belle soirée romantique à Cannes avec Axel ? Ou Gérard, le seul être capable de me faire pleurer à me réciter de la poésie ? Où est cette vie grandiose que l'on m'a montrée l'instant d'un moment pour me la reprendre ensuite ? Comme ce lundi sera fade, ce retour aux réalités sera fatal. J'ai deux conférences à finir, pardon, une à finir et l'autre à commencer, et j'ai ces deux échéances qui m'écrasent le cerveau. Et puis je vais retrouver ce bon Dieu de James juste à côté de moi, j'aurai maintenant le temps de souffrir toute la journée à loisir, juste à le regarder là à côté de moi. Avant je me fichais bien de voir qu'il ne faisait rien, je me disais que les résultats de son travail ne tarderaient pas à éclairer ce fait et qu'ils s'en débarrasseraient bien assez tôt. Maintenant je vais paniquer à l'idée qu'il ne fait rien. Ce serait bien plus simple s'il quittait, mais encore là, j'aimerais mieux l'avoir sous mes yeux et souffrir que de ne plus le voir et de n'avoir rien d'excitant dans ce bureau. C'est déjà suffisamment coincé comme ça là-dedans. 

 

 

Ce lundi je vais revoir cet Axel, je me demande bien à quoi il ressemble, s'il est aussi beau que mes souvenirs, car j'étais saoul tout le temps que j'étais avec lui. Mais j'ai l'impression qu'il est encore plus beau que dans mes souvenirs, à peine si j'ai eu le temps de le regarder. Pourtant je n'étais que saoul, semble-t-il, j'étais drogué ou quoi ? La fatigue sans doute. Cannes me vient à moi ici à Londres, dirait-on. Bien. Cet épisode n'est peut-être point terminé, mais il ne continuera pas à New York la semaine prochaine, car James est un nouveau et n'a pas ce droit à la récompense pour tout ce travail à Cannes, il ne peut venir à New York. Au moins Dan, le petit prétentieux, n'y sera pas non plus. Mais ceux qui me détestent y seront tous. Et Lucy, ma troisième amie (des trois seuls que j'ai dans ce bureau) est nouvelle également, ne viendra pas non plus. Antonio, mon deuxième ami, s'en va à Barcelone je crois pour une conférence ce lundi et mardi, et compte bien ne pas venir à New York. Avec qui donc vais-je parler ? Il n'y a que les nouveaux qui me parlent, et ces nouveaux ne viennent pas ! On verra bien ce que cet épisode de quatre jours donnera, pour l'instant cela ne m'inspire pas. En plus j'ai bien compris que je suis le seul stupide gai de toute cette compagnie de broche à foin. Un record ! Ou alors il y en a quelques-uns qui ont des secrets bien gardés. À moins qu'ils se soient bien assurés, comme dans ces pays d'Europe de l'Est, que j'étais bien marié et susceptible d'avoir des enfants très bientôt avant de m'engager. Pas ma faute si mon directeur s'est mis à lire mon site Internet de long et en large avant de comprendre l'erreur du siècle : un gai a réussi à se faufiler dans les affres de la production de conférences européennes de haut niveau ! Sous de fausses prétentions ! Horreur ! Sa femme est punk aux cheveux rouges et porte une robe de caoutchouc rouge avec une craque à l'arrière qui montre son fessier ! Tout ça c'est de la vielle histoire, on en parlait déjà chez leur plus grand concurrent voilà trois ans, alors que j'avais les six étages à Victoria qui pointaient du doigt moi et ma femme punk, lesbienne droguée et enceinte, avec de larges sourires ! Je devrai quitter le domaine des conférences complètement pour me débarrasser de ce passé extravagant.

 

 

Après tout ce que je viens de traverser, comme j'oublie vite l'enfer, qui voilà encore cinq jours, m'assaillait. Semblerait que rien ne s'est produit, mes conférences sont toutes en retard. Avant je pouvais me justifier, aujourd'hui je ne le fais plus. Et lorsque j'y suis obligé, les problèmes se règlent rapidement car alors je me sens obligé de travailler. Communication est donc mon problème. Mais je déteste cette communication. Elle implique que je doive travailler plus fort, toujours avoir quelque chose à montrer, des comptes à rendre, des justifications. Je déteste me justifier, je déteste communiquer, je déteste travailler à produire des conférences ! Et pourtant c'est ce que j'ai fait de mieux jusqu'à maintenant comme emploi. Encore que, traduire des nouvelles de radio et de télévision pour le gouvernement canadien m'a semblé assez intéressant lorsque j’étais à Ottawa, bien que misérable. Comme je regrettais mes cheveux longs qui m'empêchaient de travailler alors, il me fallait une casquette. Aujourd'hui j'admire cette attitude, comme si franchement il s'agissait là de mon dernier cri de désespoir. Le dernier signe de combat avant de m'éteindre complètement à tout jamais et de venir travailler dans ce bureau à Londres pour les quinze prochaines années.

 

Je comprends maintenant ma femme qui arrivait avec ses cheveux rouges punks au bureau à Victoria, juste devant les jardins de la Reine. Et qui inventait des histoires à n’en plus finir afin de rendre la vie plus attrayante, car la vie est d'une platitude extravagante. Je crois qu'elle et moi nous nous ressemblions, tous d'eux nous voulions de l'attention en inventant les plus sordides histoires qui parcouraient les six étages chaque matin. Heureusement, où je travaille maintenant, bien que les rumeurs continuent de circuler, le tout ne franchit que deux étages. Et tout de même, cela prend des semaines avant que tous sachent ce qui se passe dans ma vie.

 

Mon Dieu, dans la dernière semaine j'ai été accusé d'incompétence et d'être tant en retard qu'ils allaient annuler ma dernière conférence. Et voilà qu'ils voulaient canceller également ma conférence à Prague à cause de nombre sans cesse très bas de délégués. Et la conférence d'avant, c'était la pire de toute l'année 1999. Et le pire de toute l'histoire est que je n'ai jamais arrêté de m'améliorer, sans cesse mes conférences sont meilleures que celles d'avant, et les conférenciers sont les plus élevés, les plus recherchés, etc. Pourtant, parce que l'on me refile les pires sujets, les résultats en livres sterling vont en descendant alors que la qualité va en montant. Pourtant cette qualité s'évanouit à travers l'échec. Pour une raison que je ne m'explique pas, la qualité ne paie pas. La merde attire l'argent, et je ne comprends pas cela, sinon que le bon peuple adore la merde. Nos pires conférences attirent 150 délégués chacune, mais je crois que seul le sujet fait la différence, et il faut avoir travaillé là longtemps pour finalement produire les sujets les plus courus. Alors je m'imagine toute cette histoire à propos de la qualité, et dans le fond j'ignore de quoi je parle. Mais étrangement, j'ai tout de même ce sentiment que ce qui est jugé de qualité n'attire pas le monde. Alors la qualité à mon avis, c'est la facilité. Pourquoi se casser la tête à avoir 15 opérateurs alors que 15 manufacturiers attireront le reste des manufacturiers de l'industrie ? 15 opérateurs n'attirent point tant les délégués, sinon que l'argent des publicitaires, ça oui. Enfin, je pourrais m'asseoir ici à tenter de soulever le secret du succès des conférences, et justifier mes échecs lamentables, plutôt que de me concentrer sur les lois de la physique qui régissent l'univers, et c'est cela sans doute qui m'inquiète. Pourtant j'irais peut-être perdre mon temps en physique et j'avoue qu'il s'agissait là d'une décision très difficile à prendre, retourner aux études pour prouver des théories qui ne font aucun sens, sans queue ni tête. Je suis fou, aucun doute. Tout le monde était contre cette idée, on ne saute pas de la littérature française à la physique, me disent-ils, pas à 27 ans, pas lorsque l'on a un emploi dans les conférences qui paie bien, pas lorsque l'on risque de demander de l'argent à sa famille et ses amis. Eh bien, je m'y aventure seul dans cette aventure, et si je crève de faim, ce sera une bonne chose, car ma diète est bien difficile à suivre.

 

 

Ceux qui crèvent de faim ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont, ils n'auront jamais à s'inquiéter de devenir trop gros, laid et rejeté d'autrui. Je me suis fait couper les cheveux assez court hier, aujourd'hui au travail j'ai eu au moins quatre personnes qui m'ont regardé avec un grand sourire et m'ont dit que cela m'allait très bien. Soudainement on me considère bien davantage, on m'aime bien davantage, je suis un être humain alors qu'avant j'ignore ce que j'étais. Un gros laid sans importance. Pourtant je n'étais pas si gros, mais cela n'en prend pas beaucoup pour que la magie parte. Je tiens cette magie dans ma main pour l'instant, mais je suis encore à la frontière. Il serait bien facile de sombrer de l'autre côté, autant me faire frapper encore et que je ne remonte plus en surface. Qui eut cru qu'il était si difficile de ne pas acheter un christ de bagel le matin en allant au travail ? Je crois que l'on devrait élever les anorexiques au rang d'héros nationaux, car ils accomplissent là quelque chose d'impossible.

 

 

Six jours avant mon départ pour Prague. Quelle chance ! Je vais tenter de faire allonger mon séjour de deux jours. Pourtant je sens que cela sera un désastre. Mais je ne voudrais pas regretter de ne pas l'avoir fait. Et si cela ne fonctionne pas, au moins j'aurai essayé. Et je pourrai m'acheter un billet de retour moi-même sur place si jamais je rencontrais là quelque chose d'extraordinaire qui mériterait que je passe là deux jours de plus. Mais l'image de la Tchécoslovaquie que j'ai, c'est celle de Milan Kundera durant je ne sais plus trop quelle guerre avec la Russie, un État totalitaire qui m'a rendu malade. Est-ce bien ce livre où l'homme se sent surveillé dans son appartement et doit se rendre aux frontières, à traverser une ville morte… ça me donne la chair de poule… tous ces préjugés. Heureusement que je vais pouvoir me rendre compte sur place de ces préjugés. Je voulais acheter ce livre de Kundera avant d'aller à Prague, mais franchement, c'est un peu cliché. Ça fait Américain à Paris qui se met à écouter Édith Piaf. Pourquoi pas Anna Karénine, si je me souviens bien, c'est le livre que la femme tenait dans ses mains, ce livre qu'elle ne lisait pas mais qui fabriquait l'image moderne qu'elle désirait avoir pour attirer l'attention de ce jeune intellectuel. Ouf, Anna Karénine pour image de la modernité. Je vais vomir. Ah non, ce sera Kundera avant d'être Tolstoï.

 

          Enfin, je suis à Londres maintenant, que cela m'ennuie. Ce matin je me disais : ah, si j'étais à Paris… cela en sortant du train à Waterloo. Voilà cinq ans je me serais suicidé si je n'étais pas revenu à Londres. Je me noyais dans mon verre de whisky tous les soirs dans le nord du Québec, avec la plus noire des dépressions. Tout me rappelait à Londres. New York et Toronto n'ont pas suffit à me le faire oublier… ah, l'idée d'être demeuré à Toronto aujourd'hui me bouleverse. Comment aurais-je survécu ? Alors que Londres ne suffit même plus. On finit toujours par attraper le mal de la cité dans laquelle on vit… attraper le mal d'une cité comme Toronto, c'est le désespoir absolu. C'est être misérable au possible. C'est comme cette série télévisée tournée à Manchester, et lorsque les deux héros décident de partir pour la grande cité, Londres, ils comprennent que ce n'est pas suffisant. On ne part pas de Manchester pour aller à Londres, on part de Manchester pour aller à Phœnix, Arizona, USA. Et je suppose que pour les perdus de l'État de l'Arizona, ce qui signifie vraiment sortir de leur trou, c’est de partir pour Londres, UK. La vie est complexe.

 

          À nous deux Prague, car tu es certes l'inatteignable en ce qui me concerne. Jamais je ne pourrais aller vivre et travailler à Prague. C'est comme un rêve si impossible qu'il n'a jamais été considéré. Car si Londres ne suffit plus, Paris non plus ne serait pas à la taille. La Chine et le Japon c'est commun, tout le monde finit par s'y retrouver aujourd'hui. Prague, c'est différent. C'est effrayant, c'est l'Europe de l'Est, c'est la fascination de Staline, l'État de terreur, la Russie. L'enfer et la misère. Je suppose qu'aujourd'hui ils ont exactement les mêmes magasins que j'ai vus à New York et à Cannes ces derniers mois. Là aussi je pourrais acheter un petit ordinateur portatif, bien que j'ai crié partout dans le bureau la semaine dernière que probablement qu'à Prague, ils venaient juste de découvrir la télévision. Et est-elle seulement en couleur ? J'en saurai davantage la semaine prochaine. Il est si bien d'être si politiquement incorrect.

 

 

Bonjour ! Comment allez-vous ? Je vais manger avec Antonio ! Chez Heaven Burger à New York. Une nouvelle révolution, j'écris maintenant à l'ordinateur dans l'avion. Mon voyage à New York est presque terminé, dans une heure trente nous serons à Heathrow, Londres. La seule chose à laquelle je pense à cette heure, c'est James. Aussi triste cela est, puisqu'il n'est pas gai. Mais j'ai cru sentir que lui aussi, je lui manque, quand bien même il ne s'agirait que d'amitié. Mes pensées pour lui ont pris un méchant tournant, je me verrais très bien dans ses bras, je l'écraserais contre moi, je lui embrasserais le cou. Ainsi je m'inquiète, car mes sentiments prennent des proportions exagérées. J'espère seulement qu'il sera heureux de me voir, car s'il se sent seul, au moins je pourrai être un ami.

 

Enfin le voyage à New York tire à sa fin et il était temps, car je n'en peux plus. Si j'en revois un seul de ceux là avec qui je travaille dans le prochain 48 heures, je ferai un meurtre. Maintenant je sais très bien que tous savent que je suis gai, je l'ai moi-même crié partout. Mais cela m'a appris que tous le savaient déjà, qu'ils prétendaient ne pas savoir et que Charlene a effectivement alerté tout le monde dès le premier jour que j'ai commencé à travailler pour cette compagnie. Charlene travaillait avec moi chez le compétiteur. Je suppose qu'elle a également raconté la sorte de scandale dont je suis la source, une journée où j'étais saoul j'ai dragué un de nos collègues. Bien que je ne me souviens plus qui, je savais qu'il était gai mais qu'il n'était pas intéressé. Elle en a fait tout un plat le lendemain cette Charlene, elle en a parlé toute la journée, très fort, à tout le monde.

 

À New York, lorsque je suis arrivé dans ma chambre au quatrième étage du Fitzpatrick, sur Lexington Avenue au coin de la 57ième rue, Ken était en bedaine. Ken s’occupe du marketing. En moins de 5 minutes je lui ai dit : merci de t'être sacrifié et de partager la chambre avec moi, personne d'autre ne le voulait. Je suis gai. La seule personne qui risquera de passer un commentaire c'est George l’homophobe, à part cela tout devrait être correct. Eh bien, en moins de 10 secondes il avait remis sa chemise. Mais après cela, rien d'autre a rapporter à propos de mon co-locataire de Wales, il est bien gentil avec ses cheveux blonds et ses yeux bleus.

 

Le premier soir nous nous sommes retrouves dans le bar de l'hôtel et j'ai bien vu combien j'étais rejeté. Seul assis à une table avec deux autres rejetés qui travaillent dans un autre département, à l'Internet marketing. Mais j'étais bien content de ne pas être avec les autres. Cependant ils sont venus nous chercher. Il n'y avait rien de végétarien et je me suis retrouvé à manger trois bâtonnets de mozzarella, rien de pire pour une diète. Nous avons parlé, j'ai beaucoup discuté avec la directrice du marketing, qui je crois m'aime bien, pourtant c'est elle qui est responsable de la crise avec James. Je dois dire également que j'ai menti. J'ai pris la défense de Sylvia la directrice lorsque je lui parlais, alors que mon cœur me disait de l’envoyer promener celle-là. Je n’avais pas le choix, trois mots à ce propos et elle était bouleversée, elle voulait remonter à sa chambre. J’ai raconté à James ensuite qu'elle ne l'avait pas attaqué ce soir-là, mais se sentait coupable, responsable et se justifiait. Ainsi James a repris confiance, il a arrêté de croire qu'elle voulait qu'il quitte son emploi. Pour une fois j'ai bien manipulé tout le monde à l'avantage de tout le monde. Et j'ai eu la chance d'en reparler avec Sylvia, de cet incident. Indirectement, alors que je parlais de ma propre expérience chez les vendeurs de whisky, ce grand directeur que j'aurais apparemment insulté.

 

Enfin, après deux bières nous étions libres, alors j'ai téléphoné mon Ed, ce fameux Ed que je n'avais plus revu depuis 1995 (cinq ans) et qui était l’amour de ma vie. Cette histoire surréelle continuait. J'ai sauté dans un taxi et je me suis retrouvé à manger au restaurant La Forêt tout près de la 88ième rue où Ed habitait à l'époque. À la table j'étais servi, Ed et son copain de grande classe, Christopher, et deux de ses amis qui ont une troupe de théâtre, rien que ça. J'ai fait mon spectacle, j'ai charmé tout le monde. Le lendemain Ed était bien impressionné de ma performance, car il s'agissait bien de cela, être capable de divertir au point où les autres le disent, et Christopher m'aime bien, apparemment, j'ai une très bonne personnalité. C'est drôle que chaque fois que je rencontre du nouveau monde, je fais une impression impressionnante et tous veulent me revoir. Mais au travail c'est le contraire. On me tolère plutôt, et parfois même on ne me tolère pas et on me le dit. J'étais bien heureux de les quitter ce soir-là, ces monstres du travail qui ne cherchent qu'à détruire ce qui reste d'humanité chez autrui. Après les avoir regardés manger, moi, Ed et Christopher sommes retournés à leur nouvel appartement. C'était très beau à l'intérieur, malgré qu'ils disaient que c'était très sale. Christopher étant malade, et cela se voyait, il est allé se coucher et je me suis retrouvé avec Ed. Il m'a montré des photos et j'ai eu l'impression d'être un fantôme vivant hors du temps, qui chaque 5 ans avait la chance de revenir dans le monde des vivants pour regarder des photos et ainsi voir ce qu'il avait manqué pendant son absence. Ed m'a pris dans ses bras à plusieurs reprises, mon bedon ne semble point l'avoir affecté. Il a vraiment autant été en amour avec moi que moi je l'ai été avec lui, et même je dirais que nous sommes encore en amour, et que cet amour ne vaut aucun autre que nous avons vécu ailleurs. Il était très près de moi, assis juste à côté, il me prenait dans ses bras, mais la fidélité était de mise. Je l'ai compris et d'ailleurs je ne voulais pas détruire son couple. Cela a duré un an et demi avec Christopher, et je ne voulais pas être un élément destructeur. Au contraire, l'amour est mieux sans sexe. Et j'ai vu combien j'aime Ed et que j'aimerais me retrouver dans ses bras. Le lendemain il m'a invité à aller à une soirée chez un ami qui habite la 21ième rue dans le quartier Chelsea, le coin gai, et j'étais bien heureux de m'y rendre après ma journée complète avec le monde du travail.

 

 

Le matin de notre première journée je suis allé déjeuner en bas de notre hôtel. Je me suis retrouvé à la table avec Antonio, et pour ce malheur j'ai passé la journée avec lui à faire les magasins autour de l'hôtel. Qui eut cru que j'étais le gai ? Il a acheté une quantité faramineuse de vêtements qu'il a essayés pendant des heures pendant que j'attendais et n'avais aucun intérêt à rien. Je déteste magasiner. Lorsque nous sommes entrés au Banana Republic, j'ai bien cru qu'il voudrait ressortir tout aussitôt, car je l'ai entraîné là mais je n'avais pas prévu que tous les vendeurs seraient aussi gais et que toute l'atmosphère du magasin criait : ici, nous sommes fiers d’être gais ! Mais au contraire il était enchanté et a dépensé plus de 200 dollars en vêtements. Juste avant nous étions dans un magasin d'ordinateurs où j'ai acheté cet ordinateur portable miniature et il a acheté un ordinateur portatif pour son frère. Nous avions l'air de riches Américains qui débarquaient dans un pays pauvre pour acheter tout ce qu'ils voyaient, parce que les prix exorbitants du pays pauvre sont des prix dérisoires pour celui du pays riche. Nous achetions des ordinateurs comme on achète des croissants, car la livre est tellement forte ces temps-ci... Après notre journée de lèche vitrine et notre burger au Burger Heaven, où Antonio est tombé en amour avec une jeune femme du Maroc qui parlait français, nous sommes retournés à l'hôtel. George avait lui aussi découvert le Banana Republic et avait acheté des pantalons tellement tapette que j'ai voulu rire qu'il puisse à la fois être si homophobe mais vanter les mérites d'un magasin évidemment gai et qui vend des vêtements que je n'oserais même pas porter moi-même. Enfin, nous sommes allés au sommet de la tour numéro un du World Trade Center, dans un bar appelé Windows on the World. Vue superbe de tout New York au 107ième étage et atmosphère très chic. Sans doute l’endroit idéal pour les rendez-vous d’affaires. Le client, impressionné par la vue sur New York du haut d’une des tours du World Trade Center, signe les contrats instantanément. J'y ai discuté avec Roberto qui m'a expliqué comment, à investir 1000 livres à la bourse, il a fait 20,000 livres de profits en moins de six mois. Je ne crois pas qu'il soit gai, mais il est un peu comme James. Ils ont longtemps été rejetés, semblent un peu déplacés en société et se sont construits leur propre petit univers. Ainsi ils m'aiment bien car moi aussi je suis rejet et je leur prête une oreille attentive. Je ne les ai pas jugés comme les autres ont fait, et bizarrement j'ai avec eux des conversations profondes et intelligentes que je n'aurais jamais avec aucun des autres. En plus, Roberto et James sont très intelligents.

 

 

Je suis dans le train qui m'emporte à Londres. Je vais enfin revoir James, après tout ce temps. J'espère qu'il sera encore là. Je me souviens maintenant de New York et je me sens mieux que ce soit terminé. Pourtant j'en garde un bon souvenir, ces taxis jaunes dans New York afin d'aller retrouver Ed sont une passion. 21ième rue entre la 5ième et la 6ième s'il vous plait. Ed a gardé sa fraîcheur et certes sa façon de flirter avec le peuple. Il dit que cela l'a apporté loin, dans les meilleures soirées en ville, avec les gens les plus connus de New York, mais que finalement cela n'avait pas de but et il a arrête de sortir. Après avoir mangé au New Jersey de l'autre côté de la rivière, nous sommes allés dans un bar assez plat avec des vieilles new-yorkaises, entre autres, qui se prenaient pour le nombril du monde. Je suis parti dans les cinq premières minutes pour aller rejoindre ED à Chelsea. Lorsque je suis entré j'ai bien compris que j'allais encore voir la qualité new-yorkaise en action. La trentaine de personnes présentes étaient tous très bien habillées, dernier cri de New York, dont plusieurs avec des gilets moulants montrant leurs gros muscles. Il fallait à mon avis faire de l'exercice et être présentable pour être accepté dans ce cercle d'amis. Comme d'habitude, à New York ou Ottawa, tous se tenaient dans la cuisine et quelques-uns m'ont parlé. Un super de beau jeune homme qui adorait le Québec et qui aimait mon accent. Pourtant il est vite parti, et malgré notre longue conversation, est parti sans dire au revoir. C'était la première fois que je me retrouvais avec plus d'une trentaine de gais tous très beaux, n'importe lequel aurait fait l'affaire, et peut-être même j'aurais développé des sentiments pour plusieurs d'entre eux, avant qu'ils ne me rejettent à la rue. Heureusement nous n'avions pas le temps. Je suis allé prendre un verre avec Ed ailleurs où nous nous sommes répété combien nous étions spéciaux l'un pour l'autre et que nous nous aimions encore, avant que je ne disparaisse dans les rues de New York dans un taxi jaune : Lexington Avenue, coin 57ième Avenue.

 

J'en aurais encore long à dire sur mon voyage à New York mais je manque même le temps de l'écrire et j'aime mieux parler de ce qui m'occupe maintenant. James que je verrai dans quelques minutes. Mais cette fois il faut que je travaille.

 

 

Je n'ai plus rien mangé depuis deux jours. Je me suis couché à 4 heures du matin deux nuits de suite pour terminer cette conférence qui pourtant n'est pas encore terminée, et qui sans doute ne le sera jamais. Hier, saoul, j'ai envoyé des photos à James, dont celle que j'ai pris hier dans le pub, mais avec des couleurs transformées, il est maintenant vert... aujourd'hui je regrette cette folie et j'espère qu'il ne va pas m'en vouloir. Mais j'ai encore plus honte de ce que je lui ai envoyé, deux photos de moi, et pourquoi l'aurais-je fait ? La logique est simple pourtant, celle du pub n’était pas assez bonne, alors j'ai envoyé ma meilleure photo de moi, puis la deuxième fois j'ai envoyé celle du pub. Mais voilà, aujourd'hui ça ne semble pas correct... enfin, je verrai. Je suis trop zombi pour continuer, voilà Oxford Circus.

 

 

Le jeune con, c'est une cause perdue, je ne crois pas qu'il soit gai. Parfois je le regarde et je me dis, heurk, il perd ses cheveux, on  dirait qu'il va mourir bientôt. Et puis d'autres fois je le regarde et je me dis, quel visage, quelle sagesse, quel corps ! Lorsqu'il me pose des questions comme, est-ce que Léonardo di Caprio m'intéresse, je me demande si lui ne s'intéresserait pas par hasard à Léonardo. Lorsque je lui demande, il me demande pourquoi il s'intéresserait à Léonardo. Puis je lui ai posé d'autres questions, comme si j'assumais qu'il était gai, et chaque fois il a répondu avec une question : pourquoi écouterais-je « Queer as Folk » à la télé ? C'est une façon de ne pas répondre. Et mes questions à propos de quelles femmes l'intéressent ne sont pas plus fructueuses, il évite les réponses. Pourtant, tout le reste m'indique qu'il est hétéro à en mourir et que je n'ai aucune chance. Et j'en ai assez de perdre mon temps, mais c’est vrai que je suis très fatigué pour l'instant.

 

 

Je suis en état de choc en rapport à la réaction de James. Il ne supporte plus aucune blague et tout est de ma faute. Il était violemment à me raconter quel enfer je semblais lui faire subir avant que l'on ne commence à se parler. Je ne m'étais point rendu compte jusqu'à quel point mon orgueil pouvait me jouer un mauvais tour. Il m'a lancé en pleine face que je ne lui ai jamais parlé avant, que chaque fois que nous avons parlé au bureau, j'ai contredit tout ce qu'il disait, que j'étais vraiment « unfriendly » et arrogant. Ça m'a fait chier, et son ton en plus. Que cherche-t-il donc à accomplir avec ses crises ? Non seulement c'est hétéro à mourir, mais en plus ça nous court après comme jamais un gai ne le ferait à cause de sa dignité, et ça vient nous accuser des pires atrocités. C'est lui qui s'est assis à côté de moi dans l'avion qui nous emmenait à Nice. Je me souviens, il m'a fait lire un article ou un sidéen se lamentait que son amie de fille racontait à tous qu'il allait bientôt mourir. Ensuite il m'a demandé plusieurs fois si j'avais l'impression que j'allais vivre très longtemps. Quelle belle façon de commencer une amitié, me disais-je ! Ensuite il s'est assis à côté de moi dans l'autobus de Nice jusqu'a Cannes, puis m'a couru après lorsque nous sortions du Caffé Roma pour aller vers la plage. Moi-même je ne m'abaisse plus à poursuivre ainsi les gens, ce qui explique que je l'ai complètement ignoré au travail les trois premiers mois, alors qu'il s'asseyait juste à côté de moi. Pourtant, j'ai bien vu sa jeunesse, sa beauté, j'aurais bien voulu lui parler, et même, l'embrasser, mais de quoi aurais-je eu l'air ? Du gai qui va s'imaginer des espoirs, qui drague tout ce qui bouge dans le bureau sans arrêt ? J'aurais eu l'air d'un pervers, c'est cela les préjugés d'autrui, ça fait que je ne parle plus a personne. Je m'enferme dans mon petit univers et je m'enfonce dans l'ordinateur davantage chaque jour. Des extraterrestres qui nous regarderaient du ciel sans comprendre que l'on regarde quelque chose sur le moniteur, pourrait penser que les humains sont bien bizarres de passer leurs journées ainsi : regarder un bloc an frappant sur une planche toute la journée. Sans doute seraient-ils davantage surpris de comprendre que c'est ainsi que l'on a un toit, un réfrigérateur et une automobile. Encore que ces choses ne font peut-être aucun sens pour eux. Enfin, si je suis si monstrueux dans mon arrogance, pourquoi donc me courir après ? Pourquoi toute cette histoire ? Pourquoi moi ? Il est vrai que je m'assois à côté de lui, mais enfin, Antonio aurait pu faire l'affaire. Jaz ou Dan également. Mais lui et Dan c'est la compétition. George est un monstre, et Marvin et Jaz vivent dans leur propre univers, à se satisfaire de conférences jusqu'a ce que ça leur sorte par les oreilles. Aussi, ils sont tous deux directeurs et donc peuvent nous bouffer à tout moment. Leur job est de nous tomber dessus, nous prendre en défaut, nous reprocher d'exister et de prouver qu'ils sont meilleurs que nous, sinon ils ne mériteraient pas leur poste. Ainsi donc, s'il me parle à moi, c'est que tous les autres sont trop pleins de bugs psychologiques intenses et que moi, étant gai, j'avais l'air inoffensif. C'est par processus d'élimination, après avoir rejeté tous les autres, qu'il a décidé de me poursuivre. Encore que je pourrais me tromper. Bref, si je suis si monstrueux, il n'a qu'à me laisser tranquille. Je ne lui ai rien demandé et il m'apporte davantage de soucis que de bonheur. Encore des histoires impossibles... s'il est gai, qu'il le dise au lieu de tourner autour du pot. Et s'il est hétéro, il n'a qu'à se trouver une blonde et la fourrer au plus sacrant.

 

 

Aujourd'hui il a installé la photo d'un homme sur son moniteur. Pendant un instant je suis demeuré bien perplexe. Je puis bien comprendre qu'il adore le football, mais j'ignorais qu'il aimait tel joueur au point d'avoir sa photo presque encadrée au bureau. Or, les hétéros ne font pas cela, et les gais ne le font pas dans un milieu de travail à moins d'être très flamboyants. En fait, les seules personnes que j'ai vues faire de la sorte sont les gais encore dans le placard. Ils n'avouent pas être gais, ne s'avouent pas être gais, mais voilà que des indices imperceptibles ou flagrants ne cachent point la vérité. Toutes ces choses qu'il semble vivre, il me semble que j'ai passé à travers cela voilà dix ans, et lui n'en est encore qu'à ce point. Pourtant, avec toute sa jeunesse, il n'a que trois ans de moins que moi. Alors il doit être un vrai retardé s'il est gai et encore dans le placard. Et le pourra être encore longtemps. Enfin, il m'avouait aujourd'hui, entre deux discours moraux sur le fait qu'il ne me dira rien de sa vie, que sexuellement il était assez passionné et excité. Je ne crois pas qu'un gai dans le placard puisse être une bête au lit avec des filles. À moins que ce ne soit des mensonges. Je suis tout à fait confus. S'il me ment en plus, je ne m'en sortirai jamais. Je vois des contradictions, mais je ne peux que m'inventer des histoires.

 

Peut être ne devrais-je pas le juger si sévèrement, comme lui m'a jugé. Ça a été une journée particulièrement stressante aujourd’hui, car à Cannes nous n'avons rien fait alors que nous devions prendre des notes et rencontrer des gens de l’industrie. Et voilà que nous devons écrire des pages et des pages de comptes rendus et que nous devons montrer la centaine de cartes d'affaires que nous devions ramasser et communiquer les résultats de notre épuisante recherche à travers les centaines de kiosques du congrès. Alors toute la journée c'était : comment s'inventer des rencontres, produire des cartes d'affaires sur demande, écrire une cinquantaine de pages sur des événements fictifs ? Avoir su, nous aurions écouté les conférences et nous aurions rencontré quelques personnes, cela aurait été plus facile. Mais nous étions tellement mort que l'idée de traverser le Palais des festivals était suffisante pour nous faire vomir. James a fait énormément de stress toute la journée et moi je m'amusais à l'accuser de choses qui ne sont pas vraies. Alors il a pris le temps d'exploser pour me reprocher de lui reprocher des mensonges alors que moi j'en ai beaucoup de choses à me faire reprocher. Et là il m'a lancé une liste. Le pauvre, il ira mieux demain sans doute.

 

 

Hourra ! En ce vendredi matin assez déprimant sur Londres, alors que je n'ai ni dormi ni mangé de la semaine et que je suis dans un état lamentable, voilà que ma toute dernière paire de pantalons hier me semblait trop grande et que ce matin mes trois plus petites paires me vont mieux que jamais ! Même lorsque j'ai commencé à travailler voilà 9 mois, ces trois paires étaient trop petites... ce matin est cause pour célébration ! Maigrir lorsque l'on est gros est une des choses les plus difficiles à accomplir. C'est tellement chiant et impossible qu'il faut presque un miracle pour nous convaincre qu'il est temps de prendre cela au sérieux. Pourtant, si l'on comprenait vraiment les conséquences, jamais nous ne deviendrions gros. Soudainement je suis tellement plus beau ! En plus, on me parle bien davantage, multipliant mes chances de déboucher quelque part plus rapidement. Je me sens bien mieux aussi, je puis monter les trois étages au travail sans même y repenser (je n'arrive pas a croire que j'en étais à prendre l'ascenseur. Malgré la grosse lasagne dégueulasse et les frites que j'ai mangées hier, parce qu'avec le nombre d'heures que j'ai dormi je pensais perdre connaissance si je ne mangeais pas, aujourd'hui je n'ai jamais été aussi mince que depuis mes premiers mois sur Cavendish Square voilà deux ans.

 

Bon, maintenant j'en reviens. Quel matin déprimant aujourd'hui à Londres. J'espère que James sera de bonne humeur et qu'il ne me chantera pas des bêtises. Je vais l'inviter à prendre un verre après le travail, je pense qu'il s'invente maintenant des raisons pour ne pas me voir en dehors du travail. Il évite de venir pour une demie pinte sur l'heure du midi maintenant. Enfin, on verra.

 

Bon, comme je pensais, il a évité une rencontre en dehors du travail. Mais il a de bonnes raisons, il va à une conférence puis s'en va à Manchester or whatever chez ses parents. Le cordon ombilical n'est pas encore coupé, il a ce besoin peut-être croissant de retourner au nid où sa mère le couve comme un œuf informe. Ce matin nous étions ensemble à l'entraînement du nouveau système email, et pour la première fois je l'avais très près de moi, je pouvais aussi le regarder de proche. Aucun doute, il est vraiment beau. Le voir nu serait déjà quelque chose d'impressionnant. Je pense qu'il doit en avoir une grosse, car il est grand et mince. Juste à imaginer qu'il prend plaisir à faire l'amour avec une femme et jouit comme un malade m'achève. Je crois qu'il tente de prendre ses distances, sans doute, comme d'habitude lorsque je me fais de nouveaux amis, je suis allé trop loin. Je l'ai aliéné. Mais ce n'est pas si grave. Je ne suis plus à l'âge de vouloir me faire des amis, au contraire, je suis tellement écœuré de tout que je veux juste la paix. En plus je n'ai plus aucune patience pour rien. Je snap très rapidement et j'envoie chier tout le monde. Redevenir beau à perdre du poids semble avoir un effet dévastateur sur moi, car maintenant j'ai une prétention supplémentaire à mon actif, je ne suis plus un gros laid que l'on ignore, j'ai droit à toute l'attention de tout le monde. Alors je suis encore plus monstrueux que jamais. J'espère encore cependant que redevenir beau va avoir l'effet contraire et m'arrêter d'être constamment frustré. Cela me redonne goût à la vie et je vois enfin qu'il y autre chose que le travail, bien que je passe le clair de mon temps à travailler. Je me tenais très près de lui, trop près de lui, mais il ne semblait pas embarrassé, ou prêt à me repousser. Je le regardais, il me regardait, nous nous regardions, et c'est bien. Sauf qu'à un moment donné il devenait un peu trop à l'aise et indécent et qu'il mimait fumer son stylo comme s'il humait un joint, et je me suis distancé car dans la salle nous avions le directeur général des télécoms et le président directeur général de toute la compagnie. Nous n'étions que six dans cette salle et nous devions nous envoyer des emails et attendre les réponses de tous à une question prise au hasard. La question que j'ai posée était : devrions-nous prendre le reste de la journée off ? Question à laquelle je n'ai reçu que des réponses positives, sauf du directeur général des télécoms. Mais au moins j'ai reçu une réponse positive du président directeur général de la compagnie. Pourtant je suis au travail cet après-midi. Je n'ai aucun respect pour l'autorité. Je m'en fous.

 

Christ de tabarnack de christ de calice d'hostie ! Ce n'est pas tant que leur christ de système de métro est pourri à mort à Londres, non plus que pendant 30 minutes je me suis gelé le cul à Oxford Circus, mais plutôt que l'on m'a fermé cette stupide grille au visage et que pour 5 secondes de retard j'ai dû endurer 30 minutes de froid et d'attente ! J'ai envie de tous les tuer ! Ça termine une christ de semaine d'enfer pourrie au maximum, preuve que la vie fait vraiment chier.

 

Enfin, ils ont rouvert les portes, j'ai manqué le train par 4 minutes et j'ai pris le premier train direct pour Richmond une minute plus tard. Souvent lorsque je suis coincé ainsi, je fais autrement que de rentrer directement chez moi. Comme s'il s'agissait d'un signe qui m'indiquerait que la destinée m'appelle et que je ne doive pas rentrer à la maison immédiatement. Sait-on jamais, je rencontrerais peut-être l'amour de ma vie, encore plus beau que James, et qui demeurerait tout près de chez moi. Bien que parfois je pense également que la destinée n'a rien à voir avec ça et qu'essentiellement je ne fais que profiter de l'occasion pour dériver encore plus, une fois que l'on m'a lancé hors voie. C'est une bonne chose, car alors il m'arrive des événements inconnus, des choses distrayantes et il s'agit là d'une motivation à exister. Mais voilà, à Richmond je me suis aventuré au pub gai, mais ils ont pris plus de trois minutes pour me servir, j'ai eu le temps de me rendre compte que le beau monde avait l'air un peu trop prétentieux et je suis parti. Tous les magasins venaient juste de fermer, comme d'habitude. Je me demande bien comment ils espèrent vendre quoi que ce soit alors qu'ils ne sont ouverts que lorsque l'on travaille. Enfin, j'ai repris ce bus piteux entre Richmond et Hounslow, je retourne à Isleworth, et rien ne s'est produit. Rien de distrayant ou motivant. Au contraire, je n'ai fait que perdre un temps fou et m'épuiser dans les trains et autobus. Alors question destinée, à quoi aurait-il donc servi que l'on me bloque l'entrée à Oxford Circus et que cela me prenne deux heures pour retourner à la maison ? À rien. La vie fait vraiment chier...

 

 

J'ai passe le week-end à télécharger des choses sur le net pour mon nouvel ordinateur, et je me rends compte ce matin, en me rendant au travail, que j'aurais peut-être dû vivre et respirer au lieu de perdre autant de temps inutilement. Aussi je suis content d'aller retrouver mon nouvel ami au travail, celui qui m'a redonné l'espoir que l'on peut toujours rencontrer quelqu'un n'importe quand, mais un bilan de notre relation de ces derniers jours m'indique que ça ne va nulle part. C'est clair qu'il a un problème, mais ne m'en parlera pas car l'occasion ne s'y prête plus. Nous étions amis à Cannes, mais de retour à Londres nous sommes collègues. Il existe cette chance qu'il soit gai, mais il est bien trop coincé si c'est le cas. Il est plus probable qu'il ne soit pas gai et qu'en plus il évite de venir avec moi sur l'heure du midi. Aussi je doute que nous irons prendre un verre après le travail. Pourtant la fréquence de ses messages emails me laisse songeur. Je doute qu'il m'en écrira autant cette semaine, mais nous verrons. Enfin, j'avais hâte de retourner, mais plus maintenant. Je souffre parce qu'il n'a pas un intérêt aussi marqué envers notre amitié et que je ne puis plus me contenter de messages électroniques alors que nous n'osons même pas nous regarder.

 

 

Stephen, mon copain, a encore passé un week-end infernal parce qu'il avait une entrevue ce matin avec une compagnie qui fait partie du groupe de sa maison mère. Le stress l'a presque mangé vivant. Plusieurs fois il a tenté de commencer des crises, heureusement il s'est calmé rapidement chaque fois. Il n'a pas dormi cette nuit. Il ne se doute pas que si je suis au régime c'est que j'ai bien l'intention de faire du changement. Je veux être avec quelqu'un que j'aime, dont je ressente quelque chose lorsque je pose ma tête sur sa poitrine. C'est lui maintenant qui vient à moi pour le sexe, une fois par semaine, car moi-même y ait perdu tout intérêt. Une transition ne sera pas facile, quant à mon avenir en Angleterre, il était une sûreté, cela fait cinq ans que nous sommes ensemble et les lois auront eu le temps de changer d'ici deux ans. Sans doute il serait facile de demeurer au pays en disant que nous sommes un couple. Mais cela ne sont pas des raisons suffisantes pour ne pas être avec la bonne personne. Sil me faut partir, je partirai. Même si c'est en plein milieu de mes études. J'irai les terminer au Canada. Mais il serait difficile d'emporter mon nouveau copain avec moi, David qui retourne au Canada en fait l'expérience avec son Enrico. Comme David dit : Canada, l'État totalitaire, quand on en vient à parler immigration. Les amours internationaux, chez les gais, sont des amours impossibles.

 

 

Hier James s'est beaucoup questionné sur ces filles qui s'étaient intéressées à moi à Cannes, d'autant plus qu'aucune ne s'est intéressée à lui. Pourtant je suis bien convaincu qu'il n'a aucun problème à trouver une blonde, mais à mon avis il cherche fort et en plus je pense qu'il a un blocage psychologique, mais peut-être pas. Enfin, je ne me surprendrais pas si, même en étant hétéro, il finisse dans mon lit, mais cela je veux l'éviter à tous prix. Je ne veux pas de lui s'il n'est pas gai. Quelle sorte de monstre peut aller avec un gai quand il est hétéro ? Je finirais par en souffrir un méchant coup. S'il est pour trouver une blonde, j'espère qu'il la trouvera au plus vite et me laissera tranquille. Il a dit ne pas venir au pub, mais il est venu. Il est vite reparti par contre et s'est assuré que je n'allais pas partir avec lui. Je crois qu'il commence à s'inquiéter avec son image. Encore une fois aujourd’hui quelqu'un de la compagnie est venu, cela ne lui a pas fait plaisir. Demain il ne viendra pas au pub, ça je le sais, car il n'aurait pas dû venir aujourd'hui. C’est assez bizarre et je ne suis pas sur d'aimer trop cela. Il m'a demandé si les filles du Canada aimaient le « Dry Sex », c'est à dire faire l'amour sans enlever leurs vêtements. Où va-t-il chercher cela ? Il a dit qu'il a couché avec deux canadiennes et que son ami aussi, et que chaque fois c'est la même histoire. Finalement je lui ai dit que je n'en savais rien, que je ne m'intéressais pas aux femmes canadiennes (je m'en fous-tu tu penses ?). Cette histoire n'a vraiment pas d'avenir.

 

 

Bon, j'ai maintenant la certitude qu'il ne soit pas gai, cependant, et c'est la l'intérêt, les filles ne le trouvent pas suffisamment beau et par conséquent il semble incapable de trouver une nouvelle blonde. Je me demande bien pourquoi, parce que il est très beau, malgré qu'il soit vrai qu'il semble perdre ses cheveux et que cela ne se voit que lorsque je transforme sa photo en vert. Il ne m'en a pas reparlé, de cette photo que je lui ai envoyée. Je me demande jusqu'à quel point sa situation est désespérée, suffisamment pour qu'il se dise très seul et misérable à Londres. Pourtant il n'a aucune attache, il peut sortir tous les soirs n'importe où, il y a plus de 14 millions de personnes à Londres. Moi je suis attaché et ça complique les choses. Donc, sans doute pourrais-je poursuivre et peut-être qu'éventuellement je coucherais avec, mais je crois que je vais plutôt oublier ça. C'est une perte de temps et je ne crois pas qu'il aimerait trop cela, se contenter de moi parce qu'il ne peut se trouver de blonde. Il va falloir que lui-même fasse toutes les démarches à partir de maintenant s'il veut me voir ou aller au pub. Car moi je retourne à mon anonymat que je n'aurais jamais dû quitter. Merde, s'il n'était pas venu me parler aussi, je continuerais ma vie normale, et en plus j'aurais terminé ma conférence et mes rapports sur d'autres conférences bien plus tôt. Et je n'aurais pas ce désir immense de rencontrer quelqu'un de nouveau que j'aimerais. Rencontrer quelqu'un de nouveau avec qui partager quelques mois, sinon des années, est impossible. Je ferais peut-être mieux d'oublier cette idée et de recommencer à manger comme un porc.

 

 

Mon  Dieu, qu'ai-je fait ? J'ai trop bu hier et j'ai envoyé un de ces messages à James qui disait des choses assez effrayantes.  Je me souviens de lui avoir dit que je l'aimais et j'ai répété au moins cinq fois que je voudrais le prendre dans mes bras, oh merde, aussi que je voudrais me retrouver nu avec lui ! Aujourd'hui il est tout paniqué, il comprend à moitié car j'ai écrit en français, et il voulait rompre les ponts entre lui et moi parce qu'il s'imagine que j'ai perdu la tête et il affirme ne pas être gai.

 

 

Je ne crois pas qu'il viendra au pub ce midi, je crois qu'il va prendre ses distances. Pourtant il a passe l'avant-midi à m'écrire des emails. Je crois que l'intérêt que je lui porte l'intéresse, même s'il ne peut aller plus loin. Je suppose que, parce qu'il dit que peu de femmes s'intéressent a lui, quiconque s'intéresse à lui est une bonne nouvelle. Tient, il vient d'entrer au pub... sans doute il veut sa traduction. Mais aussi, comment interpréter cela ? Je l'ignore. Enfin, j'ai mis de la vie dans notre amitié. Encore quelques gaffes et toute notre semaine sera remplie et aura été excitante. Faut voir ça comme ça. Il vient de me dire que je devrais continuer a écrire, qu'il n'est pas intéressé à parler, il est venu pour lire son Paul Auster, The Art of Hunger, moi qui suis à la diète. Peut-être aussi est-il embarrassé ?

 

 

Je suis maintenant au pub The Escape à Soho où j'attends David. James est venu me rejoindre au pub, je crois qu'il voulait savoir le contenu du message. God, cela a tellement été embarrassant de lui dire que je disais que je l'aimais et que j'aimerais le prendre dans mes bras et le squeezer. Il a semblé effrayé à cette idée. Finalement il n'a pas trop réagit, tout est maintenant revenu à l'ordre. Ce soir il est tout excité parce que England joue contre Argentine, football-soccer, ça m'a fait débander. J'ignore ce qui m'a passé par la tête, c'est clair que quand quelqu'un aime le football, il est hétéro !  Enfin, je pense que je vais finir par décrocher... Certes, je ne suis pas en amour par-dessus la tête, alors ce n'est si pire. Mon Dieu, je viens de me rendre compte que je lui ai fait lire le résumé de la Révolution et que cela dit que le personnage principal va mourir bientôt. Il va aller s'imaginer que j'ai le sida et que je vais bientôt crever. D'autant plus qu'il avait l'air obsédé par cela dans l'avion qui nous emportait à Cannes. Devrais-je lui en reparler ? Je verrai.

 

 

Enfin, Stephen lui est entré dans une dépression, convaincu que j'ai rencontré quelqu'un, et m'a à peine parlé ces trois derniers jours. Le tout a commencé mercredi soir passé où j'ai rencontré mon meilleur ami québécois, David, et son copain Enrico à l'Escape. Enrico semblait très intéressé à moi et toute la soirée ne faisait que des allusions à notre possible union après le départ de David pour la Chine. Avec toute cette histoire que je ressemble à la seule personne qu'il a aimée, j'ai cru que peut-être il était intéressé. Le lendemain, par messages électroniques via nos téléphones mobiles, nous avons échangé toute une conversation assez amoureuse, jusqu'à son dernier message où il m'annonçait qu'il aimait David. Eh bien j'ai fait une croix instantanée là-dessus et cela me soulagé, je ne pouvais pas le prendre, il est à David. Mais il est vrai que d'habitude David n'est pas jaloux, et m'a dans le passé donné son ex-copain Stéphane le temps d'une nuit, mais semble-t-il, cette fois-ci c'est différent.

 

 

Le lendemain j'étais encore dans un pub de Londres avec James, après avoir cherché un endroit où personne de notre compagnie n'était. J'ai comme d'habitude raconté des niaiseries toute la soirée, me rapprochant de lui davantage, au risque de tomber en amour complètement alors que c'est une histoire impossible, puisqu'il s'intéresse aux femmes. Le lendemain il disait que cela avait été une soirée où il s'est amusé, ce qui était rare. D'habitude il va au pub avec ses amis et peu après avoir commencé le rituel de la boisson, tous deviennent silencieux, ils boivent sérieusement afin d'oublier leur existence, ils sont comme en transe. Ainsi il s'est amusé. En plus il pense que je suis un génie. Voilà pourquoi je pourrais l'avoir au pub avec moi tous les soirs de la semaine, mais cela ne pourrait jamais aller plus loin. Pour preuve, le lendemain que je lui ai pincé une fesse à la blague, il a bien failli faire un infarctus.

 

C'est ce jour où Antonio, notre collègue, nous invitait à découvrir ce qu'il faisait, lui, dans ses temps libres. Comment des collègues assis un à côté de l'autre peuvent appartenir à des univers si différents. Moi je suis perdu dans le monde gai de Londres, un univers bien différent de tout le reste. James n'a aucune manière et ne fait qu'aller se saouler au pub tous les soirs à courir les matchs de football. George est un homme marié qui ne sort plus de chez lui, Marvin est marié à son emploi et ne semble plus sortir du bureau, sa blonde fait de même donc cela ne détruira pas son mariage. Antonio lui a de la classe. Premièrement il nous a emmenés au Mezzo, un chic restaurant de la ville à Soho, où il nous a expliqué comment il attrapait ses blondes : il suffirait de les emmener dans ce restaurant dont les additions sont de 80 livres en montant. Je veux bien croire qu'il peut se le permettre, ses bonus étant très élevés dans le moment. Il nous a également expliqué que le problème était que, lorsqu'il emmenait une fille dans cet endroit, elle voulait toujours revenir, ce qui était bien sûr hors de question. Moi, James, Antonio et Nick (le front arrière comme je l'appelle, nous sommes tous assis dans la fenêtre du fond), nous nous sommes levés à exactement 17h30 pour déguerpir du bureau au lieu de 18h00. Cela a dû causer un choc dans le bureau. Antonio m'a insulté plusieurs fois, à raconter les histoires maintenant célèbres de mon mariage avec une lesbienne punk sadomaso et toutes mes extravagances. Ensuite nous sommes partis pour The Atlantic Bar à Soho où il avait réservé pour quatre, il était sur la liste des invités, nous évitant ainsi de faire la file. Oh, à l'intérieur c'était chic et luxueux. Il disait que c'était l'endroit de rêve afin de rencontrer les plus belles femmes de grande classe de Londres. Pourtant ces gens qui se donnaient un air de classe n'en avaient pas. Antonio a sorti des cigares et nous avons fumé comme si nous étions sur le Titanic et que nous allions couler d'un moment à l'autre. J'ai bien du dépenser plus de £ 100 dans ma soirée, quel con je suis. Si je ne me sentais pas à ma place, il fallait voir James, qui lui était même incapable de prétendre s'amuser. Il s'emmerdait. Jusqu'à ce que l'on rencontre deux belles filles potentiellement intéressantes. Malheur, l'une d'elle travaille pour notre compagnie et est d'une prétention à tout casser. L'autre travaillait avec moi chez le compétiteur voilà quelques années, puis a travaillé pour ma compagnie actuelle avant que je n'arrive. L'une d'elle a été éliminée d'emblée car trop ridée... cela n'en laissait plus qu'une, celle qui disait que nous nous étions rencontrés à Cannes, mais j'étais déjà trop saoul pour m'en souvenir. Enfin, Antonio semble avoir développé des tactiques assez impressionnantes, car sa première tâche était d'éliminer ses concurrents. Avec moi cela a été facile. Après 30 secondes, il avait déjà trouvé le moyen de leur dire j'étais gai. En ce qui concerne James, la bitch prétentieuse disait qu'il était beau, mais jeune. Quelle insulte ! En plus il était intéressé à elle, elle est trop poufiasse pour s'en rendre compte et elle ignore ce qu'elle a manqué. Tant mieux. Enfin, la seule raison pourquoi tous étaient là, bien sûr, c'était pour ramasser quelqu'un et avoir une aventure d'un soir. Sous prétexte que les trois hommes près de nous étaient gais et qu'elles voulaient me les présenter, les deux filles sont parti en coup de vent, et après avoir découvert que ces hommes n'étaient pas gais (quel hasard !) l'une d'elle s'est finalement en aller faire l'amour avec un intello à lunettes. L'autre, j'ignore son sort. Enfin, j'ai parlé avec ses filles modèles toute la soirée, et après tous les insuccès de James avec les filles, nous avons décidé de partir. À ce moment il est disparu, mais m'a téléphoné sur mon mobile, j'entendais la musique de l'Atlantic. Il m'a donc attendu, c'est moi qui suis parti sans l'attendre je suppose. Je ne croyais pas qu'il voulait m'attendre.

 

Ce lundi au travail il n'avait que des choses à me reprocher. Lui pincer une fesse, le courtiser devant tout le monde… comme il dit : j'étais en dehors de mon arbre. Il ne veut plus me voir le soir pour une bière et ne me verra que quelques midis par semaine, car c'est trop ! Il n'en peut plus ! Il pense que tout le monde le sait qu'il m'intéresse, ce à quoi j'ai répondu que c'était impossible puisque tout le monde ignore que l'on se voit sur l'heure du midi, ou que l'on s'est vu après le travail un soir. Mon Dieu qu'il faut être coincé pour s'inquiéter autant avec autrui, pourtant je le comprends bien, et certes je regrette amèrement. Je ne crois pas qu'il viendra ce midi au pub (il est déjà 15 minutes en retard) et cela me soulage. Je n'ai point besoin d'une seconde conscience, la mienne suffit.

 

 

Si seulement ce fameux vendredi c'était terminé là, au bar l'Atlantic. Mais au contraire, c'est là que tous les problèmes ont commencé. J'étais complètement saoul à Piccadilly Circus et je devais me rendre à l'ouest jusqu'au Parc Osterley. Eh bien, en marchant dans la rue j'ai téléphoné mon copain Stephen. Quelqu'un s'est arrêté en voiture à côté de moi et me parlait. Pour une raison que je ne comprends pas aujourd'hui, je leur ai donné mon téléphone. Comble de malchance, le con a refermé la fenêtre et a demandé à Stephen s'il fourrait en faisant l'amour... Stephen a manqué en faire une crise cardiaque. Il se demandait où j'étais, avec qui j'étais. Hélas, il allait encore avoir des surprises avant que je n'arrive...

 

En effet, en descendant le premier escalier roulant à Piccadilly Circus, une petite fille, dont il m'est impossible de me souvenir si elle paraissait normale ou anormale, peut-être une handicapée, descendait tranquillement avec son père. À la vue de cette petite fille de 5 ans peut-être, je me suis tourné vers le père et j'ai crié : Oh Mon Dieu ! Le vieux s'est mis à me poursuivra travers la foule en criant : qu'est-ce qu'elle a ma petite fille !? Alors j'ai pris peur et j'ai poussé tout le monde sur les escaliers roulants, espérant échapper au vieux qui semblait prêt à me frapper. J'ai couru tant que j'ai pu sur la plate-forme, mais quelqu'un m'a poursuivi et m'a frappé au visage de son poing. À ce moment je n'avais qu'une idée, ne pas tomber sur les rails et sauter dans le premier train. Je me suis faufilé jusqu'au dernier siège, les deux mains dans le visage, et la rage m'a monté comme jamais elle n'a monté dans ma vie. J'ignore si c'est le vieux qui m'a frappé ou un autre, parce que j'ai poussé tout le monde sur l'escalier roulant, craignant justement d'être frappé par l'autre. Eh bien, je ne m'étais jamais rendu compte combien il était facile de recevoir un bon coup de poing dans le visage. Il suffit d'insulter une petite fille ou de pousser quelques touristes, et puis quoi encore. Toute ma vie on m'a ridiculisé, insulté à l'école, et même au travail dernièrement, et jamais personne ne semble avoir payé pour toute cette souffrance que j'ai endurée. Le lendemain je me sentais tellement coupable pour cette petite fille, mais plus maintenant. Je le referais demain matin. Le peuple est tellement pourri et c'est définitivement une jungle où le plus fort s'en sort. La morale, le respect, j'ai toujours, semble-t-il, avoir été le seul à éprouver cela et mettre cette bonté en pratique, et maintenant c'est terminé. La prochaine fois je frapperai le père avant qu'il ne puisse réagir. C'est lui le problème, pas moi. Au diable sa petite fille dont dire au père "oh mon Dieu" a failli me coûter la vie en dessous d'un train et d'être dévisagé pour le reste de mon existence. Je suis bien prêt à regretter deux jours durant une maladresse irrespectueuse, mais il y a une limite à ce que je dois payer. J'étais tellement enragé, que lorsque je suis enfin sorti du train et que je marchais vers l'appartement, il y avait encore une femme dans mon champ de vision au bout de la rue. Et j'étais comme fou, je ne pouvais plus concevoir que toujours il devait y avoir quelqu'un là devant moi pour pouvoir me juger, qui d'un seul regard pouvait me rendre inconfortable, m'obliger à me cacher, à ne rien dire, etc. Je criais comme un défoncé : ôte-toi de ma vue ! Va-t-en ! Out ! La femme s'est mise à courir comme une folle. Rendu à la maison j'étais dans un piteux état, je me suis mis à pleurer comme un malade. Cela faisait une heure que j'avais déjà remis toute ma vie en question, j'allais me suicider là sur le coup, j'allais moi-même me lancer devant les rails du prochain train, et franchement je ne m'explique pas que je ne l'aie pas fait, car jamais je n'ai eu une telle conviction qu'il était temps que je meure, que j'en finisse avec les platitudes de l'existence. Dans le fond, je venais de comprendre que ma vie est d'une nullité et d'une futilité mornes à mourir. Que la vie n'est que cette stupide succession de terribles événements qui n'apportent que la souffrance et la misère. Que j'étais incapable de nommer une seule raison au pourquoi je voudrais vivre, à endurer cet enfer. Et puis je me suis calmé et je remettais en question mon emploi et Londres. Je retournerais au Canada le plus tôt possible. Je n'allais plus retourner au travail, je n'allais plus rien à voir avec cette vie misérable. J'étais traumatisé, complètement terrorisé, enragé. À ce moment, et durant la journée suivante, j'aurais pu me refermer sur moi-même, m'enfermer à l'intérieur et ne plus jamais en sortir. Regretter à l'infini mes actions, avoir peur du bon peuple de Londres chaque fois que je sors. Mais au contraire, je suis devenu le pire des monstres. Je ne veux plus de conscience, je ne veux plus de bonne manière, je veux une guerre et je veux la gagner ! Il n'y a plus personne qui puisse se tenir devant moi, je m'en vais te les anéantir, les détruire, tous les tuer. Ma patience, je ne connais plus ce mot. Je suppose que c'est ainsi que les criminels commencent, après avoir été frappé par la police, il n'existe qu'une issue, comprendre qu'il n'existe point de justice ou de morale bonne à suivre. Tout est éclaté et l'on va vivre. You fucking bastards ! Pour qui tu te prends ? Tu pourrais me frapper pour une insulte bien subtile ? Ou parce que j'ai un peu poussé ta blonde dans la rampe de l'escalier ? Pourquoi pas me tuer ? Cela suffira-t-il ? Faut-il aussi exterminer la station en entier ? Bien, oui, je le pense.

 

 

Ce que j’ai écrit dans le train après m’être fait frapper au visage :

 

it/ is/ extraordinary, how one thing can change your klife,.... i just/ Been hit in the faceby someone at piccadilly circus wand it s the end of it.../ i am rweadyu olto leave for canad.... crazyk,n i could qasault anyine, ic ould kill i want to die... i thought of it,i qam readuy to jumo in front of thed next un dergrtoundrem, ioi dont bgvicven a sgit an7yjmiore.... (Ib coukls kill niw...