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Auteur Sujet: ALAL ' ' @  (Lu 1041 fois)

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ALAL ' ' @
« le: jeudi 30 mars 2006 - 20:06:46 »
LES PARAMECIES
SCENARIO DE JEAN-CHRISTOPHE COHEN

SYNOPSIS

Deux jeunes gens au pied du mur. Vont-ils réussir à faire l’amour ? Très partiellement seulement. Il leur faut, pour l’instant, rencontrer les fantasmes de l’autre et la réalité du désir. ..Donc la confrontation se fera dans une certaine violence. Rien d’innocent dans ce jeu, il vise à vous faire sortir de l ’état d’adolescence pour vous propulser dans le monde des adultes, créant, copulant....Ce seront les codes de bienséance qu’il faudra s’habituer à voir bousculer...On a beauêtre gêné par le corps de votre partenaire, c’est pourtant bien avec celui-ci qu’il faudra faire...


L’action se déroule sur cinq jours

Premier jour

SCENE 1
INTERIEUR JOUR ( AU PETIT MATIN ) DANS L’APPARTEMENT DE LA MERE DE LA FILLE
( Durant la scène on entend la benne à ordures qui passe dans la rue.)
Ce qui arrive quand on veut jouer aux grands....

Ils sortent de chez le médecin, leurs tests V.I.H. sont négatifs, et donc ils sont contents, ils pensent ne plus rien avoir à craindre l’un de l’autre...Pour fêter ça ils décident ensemble de se mettre nus...Mais, voilà...Au fur et à mesure qu’ils quitteront leurs habits uns gêne va progressivement s’installer entre eux...Rien que le fait de faire ça est compliqué, ils se cognent l’un à l’autre, sont très mal à l’aise avec leurs corps..Ils finissent complètement immobiles avec comme un frisson qui les parcoure...
Les deux sont en pied, côte à côte.
Aristide : Donc, voilà !
Chloé : Tu l’as dit !

Ils se mettent à se déshabiller. Ils se débarrassent de leurs habits en les jetant à leurs pieds, en tas. Ils vont d’abord assez lentement, et ils ont du mal avec leurs jeans qu’ils finissent par piétiner. Enfin, ils sont nus.

Aristide: Voilà, donc !
Chloé : Tu l’as déjà dit !


SCENE 2
EXTERIEUR JOUR, DANS UN PARC PARISIEN
( Pendant la scène, on entend, à côté d’eux deux mecs qui parlent de leurs expériences avec les acides. )

Après une longue marche Chloé tire quatre mots d’Aristide et ça la rend toute contente...

Aristide et Chloé ont marché toute la journée...Maintenant ils veulent se reposer...La tension est très sensible entre eux, Aristide n’a pas décroché un mot de la journée, ce qui agace beaucoup Chloé...Ils paraissent tous les deux très attentifs à na pas laisser croire qu’ils sont ensemble...Ils tiennent donc leurs distances...A la fin de la scène Aristide s’adresse quand même à Chloé, ce dont elle lui est reconnaissante, et du coup elle prend la même attitude que lui...

Il fait beau, c’est le printemps, ils sont assis sur un banc,  avec leurs sacs de part et d’autre d’eux.
Bernard : J’ai des fous !
Jojo : Tant mieux !
Chloé se penche par dessus les jambes d’Aristide pour aller chercher une clope qui est dans son sac, de l’autre côté.
Bernard : J’en ai déjà pris un ce matin...
Jojo : Un deuxième ça peut pas faire de mal !
Il se sent envahi, il se recule, puis reprend sa position habituelle très abattue, les coudes reposant sur ses genoux.
 Il a la tête penchée et regarde mollement de part et d’autre pendant qu’elle allume maladroitement une clope. Elle a même failli allumer le filtre !
 Bernard : J’ai l’habitude...C’est l’même tarif depuis six moi....
Jojo : Ces fous, j’les connais bien, ils viennent de Belgique...
Elle tire une taffe et prend la même position que lui, la main pendante avec la clope qu’elle tient entre le pouce et l’index.
Aristide lui prend la clope, en tire une taffe.
Aristide: T’as eu raison de pas allumer le filtre. Des fois ça arrive, et c’est mortel comme truc !
Il lui rend sa clope.
Bernard : Tu m’en diras des nouvelles...
Jojo : Pas d’problèmes...

SCENE 3
 EXTERIEUR JOUR, AU MEME ENDROIT, DANS LE MÊME PARC, UN PEU PLUS LOIN
( Pendant la scène on entend : des oiseaux, des gossent qui s’égaillent, le sifflet du gardien, de plus en plus d’oiseaux, une réflexion du gardien pas content et les mêmes gosses qui réclament à goûter à leur mère...)

Désirs désaccordés...
Pas de temps à perder....Mais l’urgence c’est pas tout...Pour Chloé l’important est de se mettre du bon côté pour offrir le meilleur profil possible....Et puis, elle a ses petites habitudes...Elle va lui montrer un peu de quel bois elle se chauffe...Et puis il est pas commode, à pas vouloir qu’elle parle...Aristide, lui, va se laisser emporter par la passion...
Ils arrivent, Chloé s’asseoit, Aristide aussi. Elle change de place, et elle met son bras sous celui du garçon. Ils restent comme ça, un temps face à la caméra. Le garçon dégage son bras ( coincé par la fille ) et le lui passe autour des épaules. La fille soupire. Elle laisse partir sa tête en arrière retenue par le bras du garçon. Elle ouvre la bouche comme pour dire quelque chose. Le garçon penche sa tête vers elle, leurs nez se touchent et Aristide fait : “ Non ! Non ! de la tête ( il a pas envie qu’elle se mette à parler ). Il la force du bras à relever la tête. La fille se secoue un peu, et met sa main sur sa cuisse à lui et elle commence à sa tortiller. Elle penche sa tête vers lui, il fait pareil et ils finissent par s’embrasser sur la bouche. Chloé a l’air de vouloir qu’il y mette plus de bonne volonté. Il reste un peu en retrait. D’un coup il s’énerve et lui mord sa lèvre inférieure. Il essaye de lui sucer la lèvre. Elle se recule ( pourtant elle avait l’air d’apprécier ça ) et elle dit :
Chloé : De toutes les façons, ça veut rien dire de s’embrasser comme ça
!


SCENE 4
EXTERIEUR JOUR, DANS LES RUES DE PARIS
( Pendant la scène on entend : un autobus qui démarre, une vieille en colère, des conversations de passants qui commentent les dernières vannes de Bouvard, des passants qui se saluent, des sirènes de pompiers...)
Où comment Aristide arrache à Gérard un assentiment ( très ) mesuré...
Il faut bien que notre héros se raccroche à quelqu’un. Il ne peut pas rester comme ça, avec le souvenir de cette réflexion de Chloé qui lui gâche la vie...C’est qu’il y croit, même si on dirait pas...Donc l’heure est aux confidences...La rencontre qu’ils font aurait dû être une sorte d’avertissement pour Aristide...Comme on le voit il a beaucoup de problèmes avec son propre corps...Mais, bon, même Gérard a l’air de trouver ça plutôt ennuyeux toutes ses histoires...
Aristide est avec son pote, Gérard. Ils marchent de front.
 Arrive une vieille, une clocharde qui pousse un chariot plein de trucs. Aristide s’efface poliment, la laissant passer, alors que son copain continue à marcher.
Aristide trébuche, ému, il se reprend en faisant de grands pas maladroits pour retrouver l’équilibre, avance un peu, et regarde derrière lui, étonné de ce qu’il vient de faire.
Gérard l’a attendu.
Aristide: La mouise !
Il continue à se regarder les pieds. Il manœuvre ses pieds, lève les genoux, il ne comprend toujours pas comment il a pu...
Aristide se place brutalement devant son copain, l’empêchant d’avancer.
Aristide : Qu’ d’embrasser !
Gérard s’arrête, compatissant, l’air de penser, irrité quand même : «  Ça y est ? On peut y aller maintenant ? “ Puis il le pousse.
Gérard : C’est vrai que c’est pas tout !
Aristide l’arrête, en lui mettant les mains sur les épaules.
Aristide : Oui, mais quand même !
Gérard, excédé : C’est vrai aussi que ça compte !
Aristide, reprenant sa marche, la tête rentrée dans les épaules, traînant des semelles, les mains dans les poches : Bof ! ...

SCENE 5
EXTERIEUR JOUR, DANS UNE COUR D’IMMEUBLE PARISIEN
(Durant toute la scène on entend les voisins qui discutent pour prendre un rendez-vous, mais y’en a un qu’a pas l’air content du tout...)

Où comment Aristide fait un truc qu’il a vu dans un film de Godard...
Le corps habillé d’Aristide a des ressources qu’il met en œuvre, sans pouvoir s’empêcher de faire le pitre, d’en faire des tonnes...Chloé est loin d’être acquise à sa cause et montre, par ses paroles et ses gestes qu’elle n’apprécie que modérément...Aristide s’inspire de spots pour les préservatifs et de délires qu’il avait avec ses potes...;Chloé dévoile son côté très narcissique, elle semble soudée à ses convictions et à son propre corps...
Chloé et Aristide sont ensemble.
 Il l’entraîne par le bras, mais elle, elle a pas l’air d’avoir envie d’aller par là, elle est déjà en train de se gratter l’oreille...
Il est content de l’endroit, il en ouvre les bras.
Voisin 1 : Donc, alors, à vendredi,
OK ?
Voisin 2 : J’peux pas, un autre jour !
Il donne une place à Chloé.
Aristide : Ça se passera pas comme ça !
Il va s’installer plus loin.
Il met un doigt sur sa bouche, l’air de réfléchir, il fait trois pas en arrière.
Voisin 1 : Pas possible, c’est vendredi ou jamais...
Voisin 2 : Fais pas ta tête...
Aristide : Bon, alors, là...
Il revient en faisant des brasses, lentement. Il suit une ligne imaginaire, sur le sol.
Aristide : Voyons un peu...
 Il est comme tout déséquilibré.
Il met les bras  en croix pour rétablir l’équilibre.
 Il se retourne et se met au garde-à-vous. Il pousse des cris martiaux pour accompagner sa marche.
Aristide : Voilà, comme ça...
Il avance,  le menton levé, en levant bien les genoux.
 Voisin 1 : J’te r’vaudrais ça...
Voisin 2 : Salaud !
 Aristide : Arche ! Heingn ! Deux !
Il est commme repoussé par quelqu’un, et il rebondit, il est projeté en arrière.
Il se ressaisit.
Il est comme encore poussé, il manque tomber, il est obligé de mettre la main par terre.
Aristide : Non, mais, ça va pas, non ?
Il continue à avancer, se retourne et traverse en se dandinant comme une folle. Il sort à gauche et revient, les mains dans les poches, décontracté, chantonnant, tournant la tête à droite à gauche.
Aristide : Et puis quoi, encore ?
Chloé : Tes trucs, ça finit toujours par me donner envie de me gratter !

SCENE 6
EXTERIEUR JOUR DEVANT BERTILLON
( Durant toute la scène on entend des clientes qui se chamaillent pour savoir à qui c’est le tour..)
On va quand même pas s’disputer pour une de ces cochonneries sucrées !

La présevation de l’espace vital est fondamentale pour les protagonistes...Ils empiètent à tour de rôle chacun sur celui de l’autre...Chloé se croit décidément tout permis avec Aristide...Tout c’qui lui appartient lui appartient à elle aussi...Elle est on ne peut pas penser moins gênée...

Aristide est en train de savourer une bonne glace, une boule. Il tient sa glace d’une main et est en train de chercher un kleenex de l’autre dans sa poche. Chloé arrive sur le côté, elle prend la glace dans sa bouche et l’avale d’un seul coup, elle s’attaque même au cornet. Il en sauve une partie, en se reculant.
Chloé : C’est plus fort que moi, ça m’faisait vraiment envie ! C’est froid !

SCENE 7
INTERIEUR NUIT ( LE JOURNAL FILME D’ARISTIDE )
Comment ça va mal dans sa tête...

Aristide: Chassez le naturel, on connait la chanson...J’suis pas normal, mais mon synopsis est clair, très clair, même...Je sais pas pourquoi ça fonctionne pas...Je ne dirais rien...J’ai à peine commencé à dire que ça ne mène à rien...

Deuxième jour ( qui est, en fait une nuit )

SCENE 8
INTERIEUR NUIT
( Pendant toute la scène on entend l’orage qui gronde au dehors, le pluie et le vent...)
Où il s’agit de bousculer les conv’nances...
Chloé est prête à toutes les provocations...Cela est même redoublé d’une vraie mise en scène...Elle n’hésite pas à exhiber son intimité...On dirait qu’elle tient surtout à ne pas être séduisante...Ce qu’elle tend à faire, et elle le prouve avec cette photo, c’est à laisser une empreinte indélibile dans l’esprit de son  compagnon...Finalement Aristide prendra beaucoup de distance, et c’est sans doute ce qu’il y avait de mieux à faire...Il parvient à renverser la vapeur et à prendre l’ascendant sur Chloé...
Ils sont assis côte à côte sur un canapé. Un temps.Chloé lui tend un polaroid, et elle joue un peu avec.
Puis elle le montre à Aristide
Chloé : Regarde, c’est une photo !
Aristide : C’est un clito !
Chloé : C’est le mien, bougre d’imbécile !
Aristide : Non, mais, je rêve...Tu oses me montrer ça... Qui a pris la photo ?
Chloé : Un copain.
Aristide : Qu’est-ce que tu dirais si j’me f’sais photographier la bite par une copine ? Hein, t’y pas pensé à ça un peu ?
Chloé : Moi, ça m’gên’rait pas, du moment que ...
Aristide :: Du moment que quoi ? Et puis, la photo est mal prise, elle est toute floue...
Chloé : C’est une photo artistique, c’est pour ça...
Aristide : Un clito est un très mauvais sujet de photo artistique .
Chloé : Je sais pourquoi tu dis ça .
Aristide : Et pourquoi ?
Chloé : Parce que t’es même pas capable de reconnaître mon clito...C’est qu’tu m’connais bien mal ...
Aristide : Un clito c’est un clito...J’dis pas ça pour te vexer mais le tien a rien de particulier...
Chloé : Dis plutôt que ça te dépasse comme truc !

SCENE 9
EXTERIEUR NUIT, PARIS
( Pendant toute la scène on entend les bruits d’une manif, les sirènes, des slogans criés dans un mégaphone, des cris...)
C’est simple, Aristide ne peut parler que pris dans un grand mouvement, ici, celui de la foule qui se presse...
Tant qu’à faire qu’à parler, autant le faire savoir le plus bruyamment possible, et tant qu’à faire avec un mégaphone, ce qu’il fait donc...C’est c’qui s’appelle en faire des tonnes et il y va franchement...L’influence du back-ground se fait sentir ici...Il ne peut pas s’exprimer sans un certain cirque...
Aristide a un gros manteau et il cache dessous son mégaphone, il a une écharpe qui lui couvre la bouche, et un survêt' dont la capuche est rabattue sur ses yeux.
Il a l’air inquiet.
Il marche vite, il court presque, il regarde.
Il hésite sur le chemin à prendre. Pendant ce temps on entend les bruits d’une manif :
“ Ploum ! Ploum ! Tralala ! Les anars sont là ! “
Il arrive en bas de chez elle.
Il se cache derrière un arbre, il prend son mégaphone, il le branche, et il commence en bafouillant :
 Ploum ! Ploum ! Tralala ! les anars sont là !
 Puis il prend de l’assurance et y va carrément.
La fenêtre de la fille est au premier étage, elle est ouverte, et il y a de la musique. Une musique débile. Un mec arrive, un verre à la main.
Aristide : Chloé est là ? Je peux lui parler ? Je veux lui parler !
Elle arrive.
Aristide : Les masses vont se soulever ! Tu perds rien pour attendre !

SCENE 10
LE JOURNAL FILME DU GARÇON

Où Aristide est au bord du pétage de plombs...

Aristide : On m’avait bien prév’nu...J’en dis toujours trop...La voilà la bonne résolution...J’le savais bien tout ça...Je n’suis pas encore fou, ce sont les autres qui s’inquiètent...J’ai jamais d’mandé à personne...C’est pas Chloé qui va commencer à m’convaincre...La raison du plus fort...

Troisième jour

SCENE 11
INTERIEUR JOUR, DANS LE CABINET DU PSY
Où Aristide trouve à qui ne pas parler ( une fois d’plus...)
Aristide a du mal à émerger du silence de la séance...Il reste perdu dans on ne sait quelles pensées...Il a une tendance certaine à remplacer les paroles par des gestes ( moins fatigant...)Néanmoins ce qui se révèle c’est qu’Aristide est toujours plus ou moins prêt à reprendre la conversation...Là il relance le psy qui s’en tire comme il peut en remettant à plus tard...
( Pendant toute la scène on entend des bruits qui viennent de l’appartement du psy : des portes qui claquent, une chasse d’eau, un aspirateur etc...)

Au moment où on prend la scène, c’est la fin de la séance. La garçon se relève péniblement du divan où il était allongé. C’est vraiment pénible et il est obligé de faire un gros effort. On le voit se tortiller, avancer un pied lourd.
Gros plan du psy qui fait une grimace et laisse échapper un “ Humpf ! “ pas réjoui du tout.
Quand enfin Aristide réussit à s’extirper ( le psy accompagne le mouvement d’Aristide avec des gestes des bras ), le psy laisse échapper un “ Ha ! “ satisfait.
Aristide, assis, abattu, comme à son habitude, articule à peine :  Grave ?
Le psy, toujours assis, croise les mains sur son genou qui est croisé sur l’autre : Rien, mais faites gaffe quand même avec votre truc !
Aristide, toujours assis sur le divan, penché en avant et s’appuyant des mains sur le bord du divan :
 Vous voulez vraiment  ?
Le psy, se relevant en s’appuyant les mains sur les genoux. Puis, debout, en pied :
Non, ça attendra la prochaine fois !
Ils échangent une poignée de main très molle.

SCENE 12
EXTERIEUR JOUR, DANS LA RUE, A UN PASSAGE PIETONS
(Pendant la scène on entend des klaxons, une moto qui démarre bruyamment, etc...)
C’est quand même incroyable le cinéma qu’on peut s’faire dans la tête, des fois...
Une fois d’plus Aristide a tendance à surjouer son personnage, à en faire des tonnes...Il fait le petit chef, il a très bien intériorisé les normes, et il le fait savoir...L’aventure, bien sûr, est minuscule, ce qui permet justement à Aristide de faire son cirque sans trop prendre de risques...On remarque qu’il est très soucieux des convenances et du savoir-vivre en société...
Aristide et Chloé se tiennent par la main et s’apprêtent à traverser la rue. Ils y vont alors que le feu est orange. Et donc il y a encore des voitures qui passent.
Aristide : Allez !...Bon !...Qu’est-ce que c’est ... ?
Une voiture passe lentement. Il fait de grands gestes avec les bras :
Et encore une !
Le fille se laisse traîner par le bras. Il la tire. Ils avancent. Une voiture s’arrête en plein sur le passage.
Aristide : Saloperie !
 et il donne un coup sur le toit de la voiture, du plat de la main. Le conduteur se met à la fenêtre :
 Non, mais, où est-ce que vous vous croyez ?
Aristide : Y’a pas ! C’est rouge !
Une voiture passe lentement au rouge. Ils se faufilent derrière. Arrivés au bout, il se retourne et fait :
Il faut vivre dangereusement !

SCENE 13
EXTERIEUR JOUR, A LA TERRASSE D’UN BISTROT
( Durant la scène on entend des conversations de jeunes bourgeois à une table voisine, qui parlent de leur vacances...)
Où Chloé ne se gêne pas pour si peu, comme à son habitude...
L’activité de Chloé qui écrit ses cartes semble déplacée à Aristide...Comme à son habitude il ne réagit pas et s’enfonce en lui-même...
Les deux sont assis, attablés. Il a une main sur la table, elle est occupée à écrire des cartes postales.
Elle les tire de son sac dans lequel elle a dû fouiller pour les retrouver.
Jeune bourgeois 1 : Moi j’ai pas aimé les Baléares !
Jeune bourgeois 2 : T’as raison, tout ce bleu...
 Puis elle cherche à nouveau pour trouver un stylo quelle pose brusquement sur la table. Ensuite elle sort un miroir pour se recoiffer.
 Elle regarde les cartes, en choisit une et la place devant elle. Elle fait des gestes avec les bras pour se mettre à l’aise. Elle penche la tête et se met à écrire.
Jeune bourgeois 1 : J’ai pris des photos, elles sont toutes ratées...
Jeune bourgeois 2 : C’est ton destin !
Elle écrit, puis s’arrête, se recule, soulève la carte de la table, se corrige. Elle en prend une seconde. Même topo.
Pendant ce temps Aristide est de plus en plus renfrogné. Il met ses coudes entre ses jambes, tout voûté. Il baisse la tête et de temps en temps il jette un œil sur la fille. Elle n’arrête pas d’écrire.
Voix off d’Aristide : Non, non, je ne dirais rien...Je ne décrisperai pas mes maxillaires. J’y peux rien...Quelle fébrilité elle a ! On se demande bien où est...Bon, tout ça n’est que passager...Elle va bientôt reprendre une attitude normale..Et, là, elle trouvera à qui causer...Enfin, j’parle pour moi... Là, c’est très clair,on voit bien qu’elle ne m’aime pas.  Rien qu’à la façon de tenir son stylo, on sent qu’elle m’est hostile. Et cette façon qu’elle a de regarder en l’air...On sent qu’elle n’a que  de la haine pour moi !
Elle continue pendant ce temps-là. Elle fait un tas de ses cartes, bien rangé. Elle remet le tout dans son sac, cherche de la monnaie pour les consos. Elle se tourne vers lui l’air de dire : On peut y aller !

SCENE 14
EXTERIEUR NUIT, DANS LES RUES DE PARIS
( Pendant la scène on entend des pochtrons qui commentent les mauvaises manières de la fille...)
Chloé mène la danse à son train...
Aristide est parfaitement passif. Il récupère la bouteille et est pris sous les assauts d’une Chloé déchaînée...Il n’y a qu’elle qui prend la parole, et elle place son copain en position de victime...Il faudra qu’il connaisse tout des turpitudes des filles...Elle a un côté comme ça, à revendiquer ses humeurs, ses secrétions et tutti quanti...
Elle est en train de boire au goulot d’une bouteille de Cointreau, appuyée sur le capot d’une voiture.
Pochtron 1 : J’la r’connais ! C’est Chloé !
Pochtron 2 : Cette brave Chloé ! ...
 Elle fait : Wharhg ! en retirant la bouteille de sa bouche. Elle s’essuie avec sa manche et lui tend la bouteille.
 Il la prend.
Elle lève la main pour lui faire signe d’attendre.
 Elle se dirige entre deux voitures, baisse  sa culotte et pisse dans le caniveau.
 Pochtron 1 : Tu sais qu’c’est interdit, ça, ma p’tite ?
Pochtron 2 : Et vas-y, parles à mon cul ...
En même temps elle lève le majeur pour lui faire un geste obscène. Elle ajoute :
! Je te réserve un petit truc à ma façon

SCENE 15
INTERIEUR NUIT, CHEZ LA FILLE
( Pendant cette scène on entend la radio qui diffuse des pubs, un couple en train  de se chamailler pour savoir si ils ont acheté le bon truc...)
Elle allume grave, Chloé, mais elle assume pas...
Durant la scène ils se livrent mutuellement à un vrai concours de séduction.
Le jeu de Chloé commence en étant très sérieux...Sans doute est-elle déçue de la réaction d’Aristide...Du coup elle en profite pour lui rabattre son caquet une fois de plus...C’est très intime comme situation, il s’agit de se confronter à l’effet qu’on fait sur l’autre...Les réactions sont parfois tout à fait inattendues...
La tête de la Chloé face caméra. Elle a un foulard devant les yeux. Elle le monte et le descend à la limite des yeux.
Simone :
Mais enfin, Gérard, qu’est-ce que t’as dans la tête ?
Gérard :
Ça t’plaît pas ? J’ai pris des grandes tailles de Pampers...C’est pas c’que tu voulais ?
Aristide, même cadrage, a une moue nerveuse de rocker ( sorte de spasme ).
Elle descend le foulard lentement, et le remonte toujours lentement.
Lui, bouche bée, prêt à rigoler.
Simone :
Mais enfin, le bébé c’est pas avant deux ans au moins, le temps que tu...
Gérard :
Que je quoi ? Oserais-tu douter de ma   ?
Simone :
Je doute pas, mais ja crois que c’que j’vois...
 Elle continue son petit jeu, se couvre la tête.
Il éclate de rire :
Moi, c’est tout à fait le genre de trucs...
Il continue à rire.
Elle retire le foulard :
Tu crois pas qu’t’en fais un peu trop ? Vraiment y’ t’en faut pas beaucoup !...
Fin sur lui qui rigole.

SCENE 16
LE JOURNAL FILME DU GARÇON
Où on voit qu’Aristide est à deux doigts de plus en pouvoir...
J’ai quelques soucis, aujourd’hui...Où est la racine du mal ? On peut s’poser la question...Et puis j’ai toujours l’impression funeste qu’elle entrave que dallle aux trucs...Avec elle c’est toujours dare-dare..On dirait que j’parle en une langue étrangère...Je n’aime pas, d’abord, les chiffrs pairs...Le dix, n’en parlons pas...C’est mon anniversaire...

Quatrième jour

SCENE 17
EXTERIEUR JOUR,  A LA TERRASSE D’UN BISTROT
( Durant la scène on entend des musiciens de rue, des trompettes...Les musiciens font la manche...A la fin de la scène le bistrotier s’adresse au garçon familièrement. )
Aristide cherche du réconfort à son mal de vivre...
Musicos :
Quand même, Madame, il y a trois musiciens !
Bistrot :
Bonjour, Monsieur Aristide !
Il y a un décalage comme partout, entre la position très relax d’Aristide et son manque de paroles notoire...Il se heurte au manque d’intérêt de son pote Zizi. Il en est réduit à évoquer ses ascendants de la deuxième génération, en vain...
Lui est très à l’aise avec son pote, Zizi. Il est renversé sur son siège, la clope à la main. Il parle en faisant des gestes avec la main. D’un coup il se rabat en avant, croise les bras et les appuie sur la table.
Aristide :
Mais, toi, Zizi...
Zizi le regarde à travers la fumée de sa clope au bec, en clignant de l’œil, gêné par la fumée...
Aristide, hochant la tête, martelant presque pour affirmer le propos
Aristide :
J’ai rien demandé ...
Zizi, retirant sa clope du bec, gonflant les joues, et appuyant dessus du doigt, semblant dire que tout ça n’est que du vent.
Aristide, fronçant les sourcils, claquant de la langue :
 Même la grand’mère!

SCENE 18
INTERIEUR NUIT, CHEZ LA FILLE
( Durant toute la scène on entend les paroles du garçon, à la Tati, qui commente ce que disent les deux filles...)
Où Aristide rique de sombrer dans la misogynie...
L’évidence est que les filles accaparent la parole pour dire que des bêtises...D’ailleurs ça finit par se retourner contre elles...Tout cela ne fait que renforcer Aristide dans ses convictions, à savoir que ça ne sert pas à grand chose de parler...Les filles resteront toujours un continent étranger pour lui...
Les deux filles, la fille et une copine, sont occupées, dans le canapé, à lire leurs horoscopes.
Chloé : Dis, donc, ça a pas l’air d’aller fort, toi !
Aristide ( over ) : Bon, là...L’autre : J’vois vraiment pas comment ils peuvent savoir ça  !
Aristide ( over ) : Enfin, c’est elle...
Chloé : Tu t’poses trop d ’questions ! Tu vois pas la réalité en face !
Aristide ( over ) : C’est vrai, ça...
L’autre : Tu peux parler, toi qu’es toujours collée aux gens !
Aristide ( over ) : Ça c’est pas faux ! ...
Chloé : Moi, j’suis toujours collée aux gens ? Tu t’es pas r’gardée, ma pauvre fille !
Aristide ( over ) : Pas commode, la Chloé ! ...
L’autre : commence pas avec ça...Ça pourrait mal ...
Aristide ( over ) : Le bout du truc ...
Chloé : c’est vrai qu’le garçon est là...Il pourrait... Suis sûr qu’il perd rien de c’qu’on dit ...
Aristide : Pécho !... Les filles me fatiguent. d’ailleurs y’a qu’à voir...

SCENE 19
INTERIEUR NUIT, CHEZ LA FILLE
( Pendant la scène on entend le J.T....)
Chloé connaît tous les trucs qui font craquer les mecs...
Chloé se lance...A-t-elle appris ça dans un bouquin, ou alors c’est qu’on le luia déjà fait...La position est sans aucune équivoque...Il s’agit d’éveiller les pulsions sexuelles d’Aristide...Le trajet est assez lent, et elle évalue à tout moment l’effet de son geste sur son copain...Puis, elle se lâche complètement, là où y’a d’la gêne...

Chloé avance sa langue vers l’oreille d’Aristide. Du bout de la langue elle lui touche l’oreille, puis se recule.
Elle fait , toujours avec sa langue, le tour de l’oreille. Elle prend le pavillon entre ses dents.
 Elle tire dessus. Un temps. Puis, même chose avec le lobe. Elle commence à sucer ce lobe.
 Enfin, avec sa langue, elle plonge dans son oreille carrément. Le garçon réagit, rougit, sourit, et rigole.
Aristide : Moi, ce genre de trucs, j’adore ça !

SCENE 20
INTERIEUR NUIT, CHEZ ELLE, SUR UN CANAPE
(Pendant la scène on entend la copine de Chloé qui marmonne, pas contente d’avoir été rabrouée...)
Aristide tente de prendre puérilement une revanche sur Chloé...
Il arrive à Aristide de revendiquer une certaine forme de crauté gratuite...Il se comporte avec Chloé comme les garçons le font entre eux avec une certaine brutalité...Son côté “ brut de décoffrage “ plaît à sa copine...Il a juste envie qu’elle fasse “ Aîe ! “...

Les deux sont assis sur un canapé, côte à côte.
Copine “ Elle, quand même ! ...Il lui prend le bras et le pose sur ses genoux, il lui fait de la tête : Là, t’es bien eue, hein ?
Il relève le menton d’une manière provocante. Il lui fait de la tête : Si ! Si !
Copine ; Enfin, il va s’occuper un peu d’elle...
Il lui fait un gros pinçon sur le bras en tordant bien fort la chair. Il lui dit :
Là, t’as vu ?
 Chloé prend un air catastrophé, elle retire son bras et le pose sur ses genoux.
Copine : Là, qu’est-ce que je disais !...
 Chloé ouvre la bouche en grand comme pour crier, sauf qu’aucun son ne sort.
Artistide : Tu vois que c’est dur de lutter !
Copine : Moi, j’aimerais pas ça ! ...
SCENE 21
INTERIEUR NUIT, CHEZ LUI
(Pendant la scène on entend Chloé, pas très contente de ce qu’il lui impose, lâcher de petites interjections de désaprobation...)
Où on voit qu’Aristide, à son tour, peut aussi être assez méchant...
Aristide prend de l’assurance...Mais il est toujoiurs dépendant de son seul public, Chloé...Il joue avec ses différentes identités en choisissant des fringues...Son côté macho ressort finalement...Il ne fait pas semblant d’être encombré par la personnalité de Chloé, il l’est vraiment...
Il est devant sa glace, en train d’ essayer des vestes et des écharpes. Il se met une clope au bec et s’admire.
Aristide : C’ soir j’ai des amis qui viennent !
Chloé ( over ) : Encore ! ...
Il fouille dans la penderie .
Aristide : Il y a Baptiste, tu sais, qui s’occupe des drogués.
Chloé ( over ) : Je t’en prie...
Il ressort une vieille veste qu’il est content de retrouver.
Aristide : Y’aura aussi Gilles, qui est un grand pécheur à la ligne.
Chloé ( over ) : Bon, ça ça va...
Il continue ses essayages : Y’aura aussi Maurice qui fait de la radio.
Puis il n’est pas content de lui, en se voyant dans la glace. Il prend un air dégoûté. Il se reprend, et fait de la tête : Comment tu me trouves ?
Elle lui fait : Oui ! de la tête. Puis elle se détourne, l’air fatigué.
Chloé : Quel frimeur, tu fais !
Aristide : J’espère que tu vas pas en profiter encore pour te faire remarquer !
 en nouant une écharpe autour de son cou.
Chloé : Charmant ! Mais, là, vraiment, j’sais plus...

SCENE 22
 EXTERIEUR NUIT DANS LES RUES
( Le seul bruit qu’on entende est celui des chaussures sur le pavé parisien, de lourdes chaussures comme aiment à en porter les jeunes gens...)
Là, c’est Aristide qui mène le mouvement ( enfin...)
Là Aristide est le chef...Et il le fait savoir...L’amitié entre gartçons est très importante pour lui...Le ban est une souvenance du temps où ils étaient scouts ensemble ( Yougoslavie, Vosges, Irlande...) Chloé est contente d’être admise dans ce petit groupe...Finalement elle aime Aristide, mais, il fait qu’il le mérite...
Les copains : Baptiste est très grand, très maigre, Gilles est un petit, sec, nerveux, Maurice est le plus lourd. Ils marchent tous ensemble en récitant un ban, de manière très virile. Au fur et à mesure de la scène ils marcheront de plus en plus vite.
Tous : Watencho
Balaaskélité watencho
Iskebelotte’ n botte ballaskélité watencho
Le garçon passe devant, et presse le pas.
Liten liten liten liten iskébelotte ‘n botte ‘n ballaskélité watencho
loken doken loken doken liten liten liten liten iskebelotte ‘n botte ‘n balaaskélité watencho
Wataka wataka loken doken loken doken liten liten liten liten iskebelotte’n botte’n ballaskélité watencho
Bibi godnap bibi godnap wataka wataka loken doken loken doken liten liten liten liten iskebelotte’n botte’n balaaskélié watencho.
Il est passé devant et la fille le rejoint. Ils pressent le pas. Aristide, devant, ralentit l’allure et lève les bras au ciel pour les faire crier en rythme, ce qu’ils font. Il tient Chloé par la main, et lèvent leurs mains ensemble pour les accompagner.  

SCENE 23
EXTERIEUR NUIT, SOUS LA VOUTE ETOILEE
( Durant la scène on entend le bruit du ban qui s’éloigne, en redoublant même d’intensité et sur la fin de la scène on entend une chouette qui pousse son cri...)
Où les héros en viennent, quand même, à partager leurs idées sur la vie...
Il s’agit là du premier échange verbal entre les héros et peut-être même du seul...Forcément, la nuit étoilée, ça inspire les amoureux...Et puis cela leur rappelle sans doute de vieux souvenirs...Bien sûr ils n’ont que les filles et les garçons à la bouche, pensant, à tour de rôle en savoir plus que l’autre...Chloé se révèle perspicace en devinant ce à quoi pense son copain...Sans doute a-t-elle simplement pensé la même chose au même instant...Finalement ils se mettent d’accord sur une espèce de proverbe arabe...

Aristide : Regarde, les étoiles !
Chloé : Bof ! C’est tout c’ que t’as...
Aristide : J’aime ça, les étoiles ! Et il prend une pose outrée, levant les bras au ciel, les jambes bien écartées. Elle n’aime pas ça et se met à vouloir le chahuter un peu. Ils se battent presque.
Chloé : Elles te coupent en deux, hein, c’est ça ?
Aristide ( étouffant une sorte de rire nerveux ) : Pourquoi tu dis ce genre de trucs ,
Chloé : Je commence à l’ connaître, ton charabia ! Et puis les garçons ont toujours l’impression que cette fois va être la bonne...Ils pensent toujours que ça s’ra différent après. J’connais très bien les garçons...
Aristide : Tu t’fais des idées...J’dirais même plus des idées toutes faites. T’es qu’une fille !
Chloé : N’empêche que j’ai tout de suite su à quoi tu pensais...
Aristide : C’est pas sorcier...Le destin est écrit dans les étoiles. Et quand on rencontre son destin c’est qu’on a été décortiqué, soupesé, évalué, disséqué, coupé en deux par leur puissance. Si tu aimes mieux je pourrais dire : “ Coupe le temps avant qu’il ne te coupe ! “
Chloé : Je préfère ça...C’est plus dynamique, plus excitant.
Aristide : Tu vois pas c’ que c’est qu’la morsure du temps, c’est ça aussi...
Chloé : J’la connais par cœur...Dès que j’ai eu dix ans je savais que jamais je ne pourrai plus revenir en arrière.?Aristide : Tu étais précoce !
Chloé : Et encore, t’as pas tout vu !
Aristide : J’demande qu’à voir !
Chloé : On dit ça...
Dernier plan sur les étoiles, avec le cri de la chouette.
Aristide : Quand même...

SCENE 24
EXTERIEUR NUIT, DANS LA RUE, SOUS UN RÉVERBÈRE
( Pendant la scène on entend des conversations de fêtards...)

Où on voit Aristide très à l’aise avec les rencontres de la fortune....
Aristide est content de rencontrer, chemin faisant, quelqu’un qui va lui sortir Chloé de la tête pour un instant...L’échange ne sera que très peu courtois, le vieux black se lassant vite des deux héros...Néanmoins Aristide va pouvoir montrer sa science en matière de proverbe, dans laquelle il n’est pas mauvais...
Un vieux black est adossé à un réverbère.
Fêtards 1 : Vous avez vu Madrid ?
Fêtards 2 : Ça a bien pété...
Il a des carnets, des cahiers, ces feuilles et des bouquins autour de lui. Il rigole et parle en bantou.
Les deux avancent vers lui.
 Il les salue :
Salut à vous, les autochtones ! Vous allez m’donner un coup d’main ! J’suis en train de préparer un bouquin sur la sagesse aficaine et ce jeune homme-là, je l’sens bien...
Aristide :
Avant d’avaler, d’abord mâcher. Ça vient des pygmées !
Fêtardsd 1 : Ils s’y sont bien mis...
Fêtards 2 : Boum ! Et Reboum !
Le black : Et, toi, t’en connais, des pygmées ?
Aristide : Des fois, y’en a aux Buttes, dans les arbres, ce sont de bons grimpeurs, il faut dire, aussi...Mais ma tante a jamais voulu m’croire.
Le black : Et bien, moi j’te répondrais : Si tu aimes le chien, il faut supporter ses puces. Allez, vous m’fatiguez, salut !

SCENE 25
EXTERIEUR NUIT, PLUS TARD, TOUJOURS DANS LES RUES
( Pendant la scène on entend un clochard pris de boisson qui fait des phrases, chante, se cogne dans une poubelle...)
Où Aristide promet monts et merveilles à Chloé.
Si Aristide accepte de se projeter dans l’avenir, c’est en faisant bien sentir que cela n’est qu’une pose qu’il se donne...On ditait qu’il veut détourner l’attention sur une gestuelle caricaturale, qui, en fait, lui permet donc d’énoncer quelque chose de très sérieux...Chloé a quand même le sentiment d’y croire...
Clodo : Non, mais, c’est quoi ça ?
Ils marchent et il se met à faire le tour de Chloé, en levant les bras et en les baissant, comme s’il était un vampyre.
 Ça se prolonge en saluts très bas.
Clodo : Ils mettent les poubelles dans la rue, maintenant ?
 Il l’invite à continuer son chemin.
Aristide : Un jour, j’te raconterai...
Il fait une pirouette sur lui-même, puis s’arrête, fléchi, la jambe en avant, le poing sur la hanche, l’air sardonique, et l’autre doigt pointé vers elle. Elle pousse son bras, pour avancer.
Chloé : Oui, mais, quand ?
Il la laisse passer tout en continuant à saluer de façon grotesque et théâtrale.  

SCENE 26
INTERIEUR NUIT
(Pendant la scène on entend des bruits de machines qui fonctionnent, des bips, des petites sonneries etc...)
Aristide veut inscrire Chloé dans son monde imaginaire...
L’art d’Aristide dépasse les bornes de la bienséance...Chloé n’arrive pas à croire que cette image pixellisée d’elle soit de l’art...Là encore ils sont désaccordés. Mais tout ça n’entame pas l’enthousiasme d’Arisitide.Chloé va se saisir de l’occasion pour placer une de ses vacheries dont elle a le secret. Pour elle le garçon doit pouvoir tout subir...
Durant toute la scène on voit à l’écran une image pixellisée de la tête de la fille, en très gros plan. L’image bouge.
Aristide : Tu vois ? Ça c’est ta tête ! C’est fort, non ?
Chloé : On dirait plutôt que c’est raté !
Aristide : Pas du tout ! C’est de l’art ! C’est même le sommet de mon art !
Chloé : C’est comme tout ! Tu te contentes de vraiment très peu !
Aristide : Regarde, ça bouge quand tu parles !

SCENE 27
LE JOURNAL FILME DU GARÇON
Où Aristide en a pas encore fini avec la fait de dépasser une bonne fois pour toutes les bornes des limites...

Pas moyen d’être sérieux cinq minutes..C’est que, voyez-vous je ne suis pas tout à fait ce qu’on pourrait dire normal...Oui, ça remonte à loin...Bon, je ne dirai plus rien...Je vous connais trop. je lâche le mot fatal : “ Aphasie “ . Galopante et sévère. Suite au prochain épisode....

Cinquième jour

SCENE 28
EXTERIEUR JOUR, DANS UN BISTROT
(Pendant la scène on entend le garçon du bistrot aux prises avec un client récalcitrant qui se plaint, un automobiliste aux prises avec une pervenche stagiaire au secours de laquelle arrive sa supérieure...)
Où Aristide parle beaucoup, contrairement à son habitude...
Durant ce cours Aristide prend vraiment son élève pour une bille...Il a pas peur de se contredire de façon flagrante. Difficile de voir où il veut en venir. Son cours est pire que nul...C’est un truc à la mode qui s’appuye sur des données chiffrées, des statisitiques...Il le prend de très haut avec son élève...Le mot “ nomalité “ sonne dans sa bouche comme une incongruité. D ’ailleurs le jeune élève en reste sans voix...
Il donne un cours de maths plutôt débiles à un jeune garçon qui n’y comprend rien.
Aristide : Tu vois, aujourd’hui on va réfléchir...
Client : Non, mais r’gardez un peu, ma bière a pas d’mousse !
Bistrot : C’est une mesure d’économie...
Client : Une bière ça doit avoir de la mousse...
Bistrot : Et bien, pas aujourd’hui....
Aristide : C’est important aussi d’apprendre à réfléchir...On va tester ton quotient...Sauf que le truc, là c’est justement de pas trop réfléchir. C’est pour que tu voies comment fonctionnent vraiment les trucs...
L’élève : J’connais la musique...
Automobiliste : Ah, non ! J’suis parti juste cinq minutes !
Stagiaire : C’est la règle !
Aristide : Lui : Tu connais rien de rien..Imagine que tu ne sais plus rien. Voilà. Divise six par deux. Aditionne trois et trois. Divise douze par quatre.  Et maintenant imagine un légume. Lequel est-ce ?
L’élève : Une coloquinthe .
Automoibiliste : Il faut être un peu plus souple !
Stagiaire : Pas d’ça avec moi ! Ouste !
Supérieure : Allons, Monsieur, ça va s’arranger...
Aristide : Sache, mon gars, que ta réponse ne correspond à rien...L’immense majorité des gens pensent à une carotte. Toi tu serais peut-être dans le un pour cent qui pense à autre chose qu’une carotte...Pour tout dire ça n’est pas brillant et tu as encore du chemin à faire pour être dans la normalité.

SCENE29
INTERIEUR JOUR
( Pendant la scène on entend le morceau  de Sonic Youth qui est le sujet principal...)
Quand Aristide est parti on ne peut plus l’arrêter....
On retrouve là le Aristide déchaîné qui en fait des kilotonnes pour pas un rond...C’est même une constante chez lui et on en déduira que c’est Chloé qui le bloque...Ce qui lui faut toujours, c’est un prétexte pour ses extravagances ( la référence à Godard, la foule dans la rue, les copains etc...)C’est qu’en musique il en connaît un rayon, le bougre...Et il entend bien le faire savoir...Pendant ce temps Chloé est très abattue, comme à chaque fois qu’elle doit affronter les déchaînements de son copain...
Il fait des commentaires savants sur le morceau de musique.

Aristide : Tu veux entendre un vrai disque de noisy rock ? J’en ai un. Ecoute. Tu r’marquras, y’a pour ainsi dire pas de mélodie...Tout l’morceau sur un seul accord...Un accord de sol mineur diminué...Mi, si bémol...C’est c’qu’on peut app’ler un son crade...On dirait qu’ils veulent tout détruire...Pas d’main morte...La dissonnance ne leur fait pas peur du tout...Se sont formés en 1981...Au début des années Reagan...J’te dis ça...Ça a p’têt aucun rapport, mais c’est toujours bon à savoir...Ça tu m’en diras des nouvelles...Du pur noisy rock de derrière les fagots, j’te l’dis..
.
SCENE 30
INTERIEUR JOUR, CHEZ ELLE
(Pendant la scène on entend la voisine qui rentre chez elle et qui n’a pas ses clés, elle frappe à la porte...)
Ce que les garçons apprennent à trop fréquenter les filles...
Là Chloé ne se gêne pas du tout pour Aristide...Elle entend être naturelle et montrer ce qu’elle veut, mais c’est pas non plus la première fois...Aristide devra partager entièrement son intimlté,et elle non plus ne craint pas d’aller contre la bienséance...Elle se comporte exactement comme si n’était pas là...Son geste est dans une affirmation conquérante...
Les deux plans de cette scène montrent, en gros plan, la poitrine et les fesses dela fille. Elle passe ses doigts sous les élastiques et les fait claquer, les tire.
Aristide : Qu’est-ce que c’est encore que ça ?
Chloé : Comme tu le vois, c’est une petite tenue. Il faut toujours que tu ailles chercher trop loin...

SCENE 31
INTERIEUR JOUR CHEZ ELLE SUR LE LIT
(Pendant la scène on entend des bruits parisiens : des enfants dans une cour d’école, des martinets qui crient...)
Pour Aristide le moment est venu d’oser dévoiler sa jouissance physique. Donc on pourrait dire qu’il se contente d’une approche ( c’est bien le mot qui convient ), toute extérieure...Ce n’est qu’une transition entre l’onanisme et le vrai rapport charnel...C’est d’ailleurs comme ça que le comprend Chloé...

Où on voit Aristide se comporter comme un petit chien en rut....
 Ils sont allongés en diagonale par rapport au plan, sur le lit. Ils sont couchés en chien de fusil.Chloé a la tête appuyée sur son bras. Leurs bustes sont découverts. Le drap cache le bas des corps. Le garçon, aprè un temps, commence à l’entreprendre. Il glisse sa jambe sous la sienne et commence à se frotter contre elle qui ne réagit pas. Il va jusqu’à trouver son plaisir.
Aritistide : Excuse-moi, c’est venu comme ça ! Plus fort que moi !
Chloé : Y’a pas d’mal !

SCENE 32
INTERIEUR JOUR CHEZ LUI
(Pendant la scène on entend comme des bruits de chimie, des succions, des gargouillements, des ébulitions...)
Dès qu’il s’agit d’être spectaculaire Aristide est toujours là...
Aristide sait renverser la vapeur quand il el faut....Il sait se montrer très savant à l’occasion, et Chloé n’hésite pas à lui emboîter le pas et à utiliser elle aussi des termes savants...On aurait dit qu’ils auraient été faits l’un pour l’autre...Aristide a réponse à toutes les questions de sa copine....
On voit, à l’écran, des paramécies. Aristide commente de façon savante, la vie des paramécies.
Aristide : Regarde un peu, j’t’ai apporté des images...Ce sont des paramécies...
Chloé : On dirait de petites bites...J’comprends maintenant...
Aristide : On les trouve dans les mares permanentes...Elles sont très résistantes...
Chloé : Et quel est leur fonctionnement, pour parler comme toi ...?
Aristide : Ça mange des bactéries, et quand ça a bien mangé ça se divise jusqu’à des trois fois par jour...
Chloé : Et quand ça mange pas, ça doit arriver, non ?
Aristide : C’est bien simple, elle se trouvent un partenaire et elles se conjuguent...
Chloé : Et quand elles sont agressées ?
Aristide : Elles se défendent très bien, elles ont des trichocystes redoutables qu’elles lancent de toutes leurs forces contre les malfaisants.
Chloé : Ça doit faire mal, ça, un trichocyste qui vous arrive en plein dans la gueule.
Aristide : Te moque pas, la vie des paramécies est pleine de surprises...

SCENE 33
EXTERIEUR JOUR, DANS LE QUARTIER DU MARAIS, A PARIS.
(On entend des bruits de la rue parisienne, des commerçants qui parlent avec leurs clients...)
La mauvaise humeur de Chloé, c’est pas ça qui av faire reculer Aristide...
La scène clôture le film sur une petite note d’optimisme....On pourrait croire que, finalement ils s’entendent pas si mal que ça...Aristide, emporté par un mouvement généreux, s’intéresse à la vie de tout le monde, et donc, des gays tout aussi bien...Mais ce grand mouvement déplaît à Chloé qui reste sur ses gardes...
Ils marchent ensemble et passent devant une boutique gay. Il semble intéressé et lui montre des trucs dans la devanture. Il fait : Oh, là, là ! avec les mains. Il rigole. Il veut l’entraîner dans la boutique, mais elle ne veut pas, elle se traîne. Ils se dirigent vers la porte, mais elle, elle reste immobile sur le trottoir. Elle fait la tête. Il finit par l’entraîner plus loin, se tourne vers la caméra.
Aristide : Tout va bien, merci !

SCENE 34
LE JOURNAL FILME DU GARÇON

La parole revient mais la crasse mentale demeure...Je ne dirais qu’une chose : “ Prenez le temps, tout le temps ! “ Puisque, de toutes les façons ce n’est que ça qu’il vous reste...Allez, sans rancune...










NOTE D’INTENTION

Le film fonctionne par tableaux, on l’aura remarqué. Cela revient à dire que nos personnages auront une vraie lourdeur dans les plans...Le poids des corps étant une donnée fondamentale pour nous.Il y aura, évidemment une tension entre nos plans et les images que les personnages font circuler dans le film....Comment s’extirper de l’image, tel est l’enjeu de tout le film, les personnages étant pris entre leurs propres représentations et la réalité de ce qu’il leur arrive...Un soin particulier devra donc être accordé aux cadrages, la parole accusant toujours un certain retard par rapport à l’image..Les pesonnages sont bourrés de sentiments et n’arrivent pas, ni n’ont l’idéée même, de les exprimer, d’où une impression très mystérieuse qu’on voudrait laisser à travers ce film...La bande-son, en dépassant toujours le cadre de l’image, en mettant l’accent sur le hors-champ, permettra de donner l’idée que rien ne se passe vraiment quand on croit que ça arrive...
BYE !
IP archivée
COME AND SEE THE NEW VIDÉOMAN : STRAP ! http://www.dailymotion.com/video/xey86_webcam-strapforever

simaitha

  • Invité
ALAL ' ' @
« Réponse #1 le: dimanche 02 avril 2006 - 17:35:07 »
c'est vrai qu'ils sont bons, les fous...:D
IP archivée
 

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