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Auteur Sujet: LE PEIGNOIR  (Lu 1744 fois)

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aristee

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LE PEIGNOIR
« le: mardi 22 mai 2007 - 06:53:32 »

    Cela faisait beaucoup. Beaucoup trop.
   Pierre Dulac dans un fauteuil, les coudes sur les genoux, la tête entre les mains, se demandait si cela valait la peine de continuer. Il se leva, vint vers la fenètre. Il était au 4 ème étage. Il suffisait de sauter, et à cette hauteur, le coup ne pouvait pas rater. En 3 ou quatre secondes, tous ses ennuis seraient terminés.
    Mais il semblait que le moment n’était pas tout à fait venu, car Pierre revint s’asseoir dans son fauteuil.
   Pourtant, oui, cela faisait beaucoup.
   Cela avait commencé il y a moins de trois mois. Son fils unique, Nicolas, s’était tué en faisant une chute de cyclomoteur.Ce fut un écroulement dont Pierre ne parvenait pas à se remettre. Curieusement, sa femme, qui était restée abattue durant quelques jours, reprit rapidement gout à la vie, au point de déclarer à Pierre moins de quinze jours après l’enterrement : « Celui qui nous servait de lien, n’est plus. J’aime ailleurs, je pars. »
    Pierre sut très vite que «  l’ailleurs » était son ami d’enfance, Claude. Classique. Monstrueusement classique. Bien sur, ce malheur additionnel, n’augmenta pas très sensiblement sa déprime. Il avait atteint presque une limite avec la mort de son fils.
    Chef de contentieux dans une société, il était l’objet depuis plusieurs annèes de jalousies. Son travail irréprochable, l’avait mis à l’abri de toutes les manœuvres. Mais depuis trois mois, il avait commis deux erreurs importantes, lourdes de conséquences pour la Société. Le Directeur Général adjoint l’avait convoqué la veille.
  «  Je sais que vous avez subi un deuil très éprouvant, et comme homme, je comprends et j’excuse vos lourdes erreurs. Mais professionnellement, je ne peux vous laisser continuer sans mettre en danger l’existence même de notre Société. Vos fautes graves pourraient me servir de motif de licenciement. Mais compte tenu de votre passé, je vous demande de me remettre votre démission. Je vous ferai une lettre personnelle, expliquant que les raisons de vos erreurs, sont d’ordre privé, et  que votre valeur professionnelle  n’est pas en cause. »
    Pierre avait écrit immédiatement sa lettre de démission, était  rentré chez lui la veille vers 17 heures, et depuis, était resté dans son fauteuil. Il s’était assoupi une ou deux heures dans la matinée et n’avait pas bougé de son fauteuil alors qu’il était 10 heures du matin..
   Il venait de se rasseoir lorsqu’il sentit qu’il était sale. Il n’y eut dans son esprit qu’une urgence : Prendre une douche. Il se dirigea vers sa chambre, prit dans l’armoire du linge propre, et se rendit dans la salle de bain, ou il prit une douche de plus de vingt minutes.
  Au moment ou il allait s’asseoir de nouveau dans son fauteuil, il dit à haute voix :Non, Non
, Non. !Pas le fauteuil !! Il se rendit dans la cuisine , ouvrit son réfrigérateur, prit une tranche de jambon, du pain de mie, et attablé sur un coin de la table de cuisine, il se confectionna et avala deux sandwichs, les poussa avec un verre de vin, et après quelques instant de reflexion, il se dirigea vers son poste de téléphone..
    Après avoir consulté son carnet d’adresses, il composa un numéro.
«  Allo ? Pourrais je parler à Monsieur Vidal ? »
  «  Allo ? Jacques ? C’est Pierre. ? oui….Je remonte peu à peu. Dis donc, il faudrait absolument que je retrouve une situation……Oui, je suis libre.. ;depuis hier après midi..Tu as raison, ça fait beaucoup, beaucoup trop, mais il faut que je réagisse…Oh un poste dans un contentieux…peu importe le niveau, il faut que je travaille. OK j’attends ton coup de fil, et quoiqu’il en soit, je te remercie..non, non, merci pour ton invitation, mais je préfère rester ici pour l’instant. Tu penses m’appeler demain ? d’accord. Merci d’avance. A demain »
     Pierre qui au sortir de la salle de bain était resté en peignoir, alla s’habiller, puis il s’installa devant sa télévision, jusqu'à 19 heures, ou tombant de sommeil, après avoir grignoté quelques fruits, il alla se coucher.
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Re : LE PEIGNOIR
« Réponse #1 le: mercredi 23 mai 2007 - 06:47:58 »

    C’est en fin de matinée que Jacques lui téléphona pour lui proposer un poste de simple rédacteur contentieux, mais avec la possibilité de prendre dans 3 mois le poste de Directeur adjoint du Contentieux si son stage était concluant.
    N’étant pas tenu par sa Société d’effectuer un préavis, Pierre prit son poste de Rédacteur 3 jours plus tard.
  Il constata combien il était reposant d’être simple rédacteur. Les décisions importantes étant prises par la Direction, Pierre aurait pu rester dans le confort intellectuel du simple exécutant.
   Pourtant, à l’occasion d’un dossier sur un problème d’abus de droit, il ne put s’empécher d’entrer en conflit avec son Directeur. Dans un dossier roulant sur plus d’un million d’Euros, Pierre estimait que l’abus de droit pouvait être plaidé. D’un avis contraire, le Directeur voulut arriver à une transaction avant l’audience. La partie adverse, en maintenant la totalité de sa demande, refusa tout arrangement amiable. L’affaire vint donc devant le Tribunal et Pierre fournit à l’avocat de la société tous les éléments nécessaires pour plaider l’abus de droit.
   Le Tribunal suivit l’avocat de Pierre, estimant qu’il s’agissait bien en l’espèce d’un abus de Droit, et en accordant  la demande reconventionnelle d’indemnité pour procédure abusive.
     Le Directeur ne pardonna pas à Pierre d’avoir eu raison contre lui, et ce d’autant plus que la partie adverse ne fit pas appel et que la condamnation fut définitive.
    Dés lors entre le Directeur et le rédacteur, ce fut la lutte du pot de fer contre le pot de terre..et Pierre donna sa démission.
  Ce nouvel avatar, cependant eut pour Pierre des conséquences heureuses. Ce succés technique qu’il venait de remporter, lui redonna la confiance qu’il avait un peu perdue.
    Mais il ne chercha pas un autre poste. De tous ces évènements, Pierre ressortait plus confiant en lui, mais malheureux et aigri ; Il résolu de ne plus avoir confiance dans les autres, et décida de mettre ses connaisances juridiques à son propre service. Il avait quelques économies et monta une agence juridique, qui rachetait à bas prix des causes désespérées. Les créanciers avaient un avantage en retirant quelques capitaux d’une affaire qu’ils avaient pratiquement classées dans la rubrique « Pertes et Profits ». Quand à Pierre, s’il perdait quelques affaires, il suffisait qu’il en gagne une de temps en temps pour tirer globalement un bénéfice interessant.
    Après un an, l’Agence de recouvrement  était bien installée. Une secrétaire et un jeune collaborateur venaient épauler Pierre, qui, à coté de son système d’achat de créances, envisageait de créer un département de recouvrement contentieux classique.
     Sa vie sentimentale était à l’étiage zéro. A 38 ans, il ne ressentait pas le vide affectif de sa vie. Il n’avait aucun désir physique, et se concentrait uniquement sur son activité professionnelle.
    Sa clientèle, alors qu’il habitait à Avignon, s’étendait sur 3 ou 4 départements voisins. C’est avec une certaine surprise qu’il reçut une lettre de Douala, au Cameroun, qui sollicitait son aide.
 Elle émanait d’une Société française dont le Directeur connaissait une personne à Marseille, qui lui avait parlé de Pierre. Cette Société, avait un litige important avec une Société italienne dont le Siège social se trouvait à Yaoundé.
    Pierre était invité à venir au minimum trois jours à Douala, pour étudier sur place la totalité d’un dossier complexe. Il accepta cette affaire, et partit un soir glacial de Février, pour arriver à l’aube à Douala, dans une atmosphère humide, chaude et  suffocante.
   Son client l’attendait à l’aéroport et l’emmena à l’hotel des Cocotiers ou une chambre avait été retenue pour lui.
   Après s’être installé et qu’il eut pris une douche, une voiture vint le chercher à 9 heures pour le conduire au siège Social de la Société.
  Il fut reçu par le Directeur, qui après lui avoir brossé un tableau général du problème, le remis entre les mains de son adjointe, Roxane Rieux.
  Si  Pierre avait été un homme dans un état normal, il n’aurait pu ignorer le charme, la beauté, la gentillesse évidente de Roxane.
   Mais, dans Pierre, sous l’avalanche des malheurs qui s’étaient écroulées sur lui en un temps relativement court, toute une part de sa personnalité était morte. Les fibres sentimentales étaient desséchées, et il ne ressentait plus aucun désir. Il n’avait qu’une raison d’être- elle même d’ailleurs n’était pas surpuissante-  c’était ses affaires.
          Ses connaissances juridiques et son intelligence lui permettaient de travailler sans trop d’effort. Lorsqu’il avait rassemblé tous les éléments d’un problème, il voyait aussitôt ou se trouvaient les points forts et les points faibles des deux parties, et en tirait immédiatement la conséquence.
   Pierre dans un bureau mis à sa disposition, passa la matinée et l’après midi à étudier toutes les pièces du dossier en compagnie de Roxane. Cette dernière connaissait bien le dossier, mais elle n’avait pas la culture juridique et l’esprit de synthèse qui conduisaient Pierre immédiatement à aborder tel ou tel problème sous l’angle le plus avantageux pour son client.
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Re : LE PEIGNOIR
« Réponse #2 le: jeudi 24 mai 2007 - 06:43:14 »

       Le Directeur d’abord, Roxane ensuite, avaient invité Pierre au restaurant. Il avait refusé, préférant déjeuner seul au restaurant de l’hotel pour faire ensuite une courte sieste.
   A 18 heures, Pierre demanda à voir le Directeur pour lui faire part de ses conseils sur la façon d’aborder le problème posé. Roxane bien entendu assistait à l’entrevue.
   Pierre fut assez bref.
 «  Le dossier que vous m’avez communiqué est extrèmement touffus. Cela vient du fait, que vous avez trop trainé, et que vos adversaires ont multiplié les procédures sur des points de détail.Je dois dire qu’ils ont fort bien manœuvré, car devant le volume de ce dossier, il est possible de perdre de vue le fond du problème, pour s’attarder sur des détails.
   Votre cause est  bonne. Je dirais même excellente.A mon avis, vous ne devez pas donner suite aux offres d’une transaction à l’amiable. Il faut plaider, et vous avez les plus fortes chances d’obtenir le rejet de leur demande. Leurs pseudos preuves n’en sont pas. Il suffit de ramener cette affaire à ses éléments de base, pour que la loi soit de votre coté. Bien mieux, la multiplication des procédures de votre adversaire vous permet de demander et d’obtenir des dommages intérets pour procédure abusive.
      Le litige roule sur des sommes extrèmement importantes et je vous conseille de prendre un avocat du barreau de Paris qui, en mettant de surcroit son poids dans la balance…..de la justice, fera pencher le plateau dans un sens favorable pour vous.
  - Monsieur Dulac, vous me soulagez d’un grand poids répondit le Directeur. Je vous remercie vivement pour vos précieux conseils. Je vous laisse le soin de choisir un avocat du barreau de Paris, et je vous demande de mettre noir sur blanc la façon dont à votre avis, il faudra plaider cete affaire. Vous remettrez votre travail à Madame Rieux.
   Par ailleurs, puisque vous êtes là, jusqu’à demain soir, j’aimerais que vous puissiez voir…( Le Directeur s’adressa alors à Roxane) Roxane, pouvez vous sortir le dossier de notre litige avec Total et en parler demain matin avec Monsieur Dulac ?
   Pierre répondit qu’il examinerait volontiers ce dossier, mais qu’il allait consacrer la matinée du lendemain à rédiger la lettre d’instruction pour l’avocat. Il proposa donc de voir le dossier Total dans l’après midi, puisque son avion ne partait que vers 21 heures, ils auraient tout le temps.
-Parfait répondit Roxane, mais demain, samedi, les bureaux seront fermés.. Si vous le voulez bien, nous pourrons étudier le dossier Total chez moi, ou je l’aurais amené.
  Après accord de Pierre elle lui remit sa carte avec son adresse.
 De l’hotel, Pierre passa un coup de fil à son bureau à Avignon. Tout allait bien. Pas de problème spécial. Dans le hall d’entrée, quelques livres étaient en vente, et Pierre acheta un vieux livre d’Exbrayat : » Une ravissante idiote », qu’il commença à lire en prenant son diner dans la salle de restaurant et poursuivit dans sa chambre.
     La lumière éteinte, et avant de s’endormir, Pierre pensa à la note qu’il allait écrire à l’intention de l’avocat.
   Dés 8 heures 30, il commença la rédaction de la note, et vers 10 heures et demie, elle était terminée.
   Pierre pensa alors qu’il avait peut être le temps d’étudier  avec Madame Rieux le second dossier, ce qui lui permettrait dans l’après midi de prendre un taxi pour aller faire un tour en brousse. Venir au Cameroun, et ne rien voir du pays serait idiot.
    Lorsqu’il arriva chez Madame Rieux, il sonna à plusieurs reprises, mais personne ne vint lui ouvrir. Il repartait vers l’ascenseur lorsque derrière lui, la porte s’ouvrit, et il entendit madame Rieux s’exclamer
 - Ah, c’est vous, Monsieur Dulac ? Excusez moi, j’étais sous la douche et je n’ai sans doute pas tout de suite entendu la sonnerie.
 En effet, Madame Rieux devait sortir de la douche. Ses cheveux mouillés se collaient sur ses joues, et elle était vétue d’un peignoir de bain.
 - C’est moi Madame qui devrait vous demander de m’excuser. Je ne devais venir que cette après midi, mais comme j’avais terminé ma note pour l’avocat……j’aurais dû vous téléphoner avant… Je reviendrai cette après midi.
 - Mais non ! Puisque vous êtes là, entrez. ! Nous allons voir le dossier Total.
   Pierre entra dans une salle de séjour climatisée, agréable, confortable
 - Si vous voulez me laisser quelques minutes, je vais aller m’habiller et essayer d’être plus présentable, regardez cette coiffure…
   Ce disant, elle porta ses mains sur la tête, et le peignoir s’entrouvrit brusquement. Elle apparut complètement nue, durant un très court instant, mais ce très court instant suffit pour que Pierre ressente dans tout le corps, comme une violente décharge électrique. Certes chez un homme normal, voir subitement une très jolie femme nue peut provoquer un choc, mais rien de comparable avec ce que ressentit Pierre. Un désir violent, dont depuis deux ans il était complètement sevré, le besoin d’aimer et d’être aimé, le gout du beau, toutes ces sensations qu’il n’avait plus connues depuis de longs mois, se révélaient simultanément en lui, avec une force énorme. Pendant que Madame Rieux rosissait en s’excusant, Pierre titubait et palissait d’une façon tellement spectaculaire que Roxane prit peur :
 - Vous vous sentez mal, Monsieur  Dulac ? Asseyez vous, je vais appeler un médecin.
   Pierre fit non de la tête, puis parvint à parler
 - Non, non, c’est inutile, cela va aller…
     Il avait laissé sa tête se renverser vers l’arrière et gardait les yeux clos
 - Je crois qu’il est plus prudent que j’appelle un médecin
    Sans ouvrir les yeux, Pierre répondit
 - Non non. C’est inutile. Si vous voulez bien me laisser quelques minutes, cela va aller…Et je vous expliquerais… ;Il faudra que je vous explique….
 - Vous croyez  que je peux aller m’habiller ? Vous allez un peu mieux ?
 - Oui, je vous l’ai dit, ça va aller !. Quand vous reviendrez, ça ira…Excusez moi…
    Roxane sortit toujours inquiète et il ne s’écoula pas plus de 10 minutes avant qu’elle ne revienne, habillée et peignée.
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Re : LE PEIGNOIR
« Réponse #3 le: vendredi 25 mai 2007 - 06:22:10 »

   Pierre n’avait pas bougé. La tête toujours en arrière et les yeux fermés, ce qui fit peur à Roxane
 - Ca ne va vraiment pas ? Voulez vous…
 - Si, ça va beaucoup mieux. Si vous voulez bien vous asseoir, je voudrais….j’ai besoin de vous parler
 - Je vous écoute. Mais voulez vous boire quelque chose ?
- Non, merci asseyez vous.
   Roxane s’installa dans un fauteuil, et Pierre, les yeux toujours fermés commença son récit.
 «  Il y a deux ans, j’étais parfaitement heureux. J’étais marié depuis 12 ans, notre couple était très uni . Sur le plan matériel, j’étais chef de contentieux dans une multinationale et…. nous avions un petit garçon de 11 ans….
       Pierre s’arréta un moment submergé par une profonde émotion
  ….Nous avions un petit garçon de 11 ans……. Un jour, l’un de ses copains, plus agé, lui préta son cyclomoteur, et ( Pierre essuya une larme)….excusez moi…..renversé par une auto, il décéda sur le coup.
 Pour moi,  le choc fut effroyable. J’adorais mon fils. Ma femme tout d’abord, fut très touchée également, mais 15 jours plus tard, elle partait avec mon ami d’enfance.Nous ne nous sommes plus revus. Ce nouveau coup du sort,je vous l’avoue n’ajouta pas beaucoup à mon malheur, tant le décés de mon fils m’avait amené aux limites du desespoir. Mais je me retrouvais subitement seul
  Quelques semaines plus tard, A la suite de deux erreurs commises dans l’exercice de mes fonctions, j’ai été amené à donner ma démission. Tout ce qui faisait ma raison de vivre disparaissait, s’écroulait…
    Vous pouvez penser dans quel état je me trouvais. Et puis, subitement, j’ai décidé de réagir. Par un ami, j’ai pu entrer dans un service contentieux qui offrait pour moi d’interessantes possibilités d’avenir. Malheureusement, j’ai eu le malheur d’entrer en conflit avec le Directeur sur un dossier important.. Et j’ai eu  le plus grand malheur encore d’avoir eu raison contre lui. Ma thèse avait triomphé devant les tribunaux. Il ne me le pardonna pas, me rendit la vie impossible, et je finis par donner ma démission.
    Réagissant une nouvelle fois, j’ai voulu avoir ma revanche sur le plan professionnel, et c’est pourquoi, j’ai crée ma Société actuelle, qui marche très convenablement.
    Mais tous ces évènements ont fait qu’une partie de moi-même était morte. Ma sensibilité, mes capacités affectives étaient …anesthésiées. Je vivais pour mon travail, sans passion d’ailleurs évidemment puisque j’étais incapable d’ avoir des sentiments profonds…..
   Et puis….Il y a eu l’incident de tout à l’heure. Quand je vous ai vue…..Ce fut pour moi un choc, un tourbillon, ou plus exactement un choc, une commotion puis un déblocage . Madame, lorsque je vous ai vu, si belle si……oh excusez moi…Mais il fallait que je parle..
   A ce moment, Pierre ouvrit les yeux et constata que Roxane pleurait
 - Ah, Madame, je constate que vous, vous  n’avez pas besoin de déblocage…tiens je plaisante maintenant…A contre temps d’ailleurs…Excusez moi. Décidemment je passe mon temps à m’excuser depuis que je vous connais, madame,
  - Mon prénom est Roxane, dit elle en souriant à travers ses larmes. Le récit  de vos épreuves m’a beaucoup émue
 - Mon prénom est Pierre.Et je constate que moi aussi désormais je peux être ému. C’est un peu…comme une renaissance. Merci Roxane !..... Ou bien devrais je dire, merci ma Mère ?
 - Je préfère Roxane !
 - Bon. Merci Roxane ! J’ai éprouvé le besoin irresistible de vous parler de toutes mes épreuves. J’espère que vous n’en avez pas subi d’aussi difficiles à surmonter. Peut être pouvez vous cependant me dévoiler un peu de votre passé
 - Dévoiler ? Vous avez des mots qui me font rougir ! Ma vie jusqu’à ce jour n’a pas présenté de grands intérets.. Mon divorce n’a pas été aussi dramatique que le votre. Je m’étais mariée à 22 ans avec un ami d’enfance……qui était et qui reste un excellent ami, mais notre couple n’en fut jamais un. Nous étions des copains de sexes différents… Il nous a fallu tout de même huit ans pour nous en apercevoir. Ce fut le jour ou mon mari rencontra le véritable amour. Il est marié, heureux, il a deux enfants. Nous continuons à nous voir lorsque je rentre en France ( il est à Marseille, et c’est lui qui nous a parlé de vous comme étant au top sur le plan professionnel)
 - J’aime bien votre ancien mari…Surtout parce qu’il ne l’est plus…
- Je ne vous connaissais par auparavant…. vous ne plaisantiez vraiment plus depuis deux ans ?
 - Non, hélas ! Jamais depuis deux ans. Mais je sens que je vais me rattraper. Rentrez vous souvent en France ?
 - Chaque annèe au mois de Juillet. Je viens dans une maison de famille que nous avons prés de Marseille.
 - Donc, nous avons une chance de nous revoir dans cinq mois ?
 - Pourquoi pas ? Mais puisque vous partez ce soir, peut être faudrait il que nous regardions ce dossier Total ?
      Pierre ne répondit pas tout de suite. Il semblait réfléchir et Roxane respecta ses reflexions. Il finit par reprendre la parole
-   Ce dossier, nous l’étudierons Lundi. J’ai décidé de prolonger un peu mon séjour. Je suis venu au Cameroun et je n’ai pratiquement rien vu du pays.Qu’avez-vous prévu pour ce week end ?
-   Rien de spécial..Ah si j’ai une invitation à déjeuner chez des amis demain, mais…ce n’est pas important.
- Donc vous pouvez remettre ce déjeuner à plus tard ?
 - Cela ne présente aucune difficulté.
 - Parfait. Pouvez vous me faire visiter un peu le pays, jusqu’à demain soir. Je repartirai Lundi soir
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Re : LE PEIGNOIR
« Réponse #4 le: samedi 26 mai 2007 - 06:37:57 »

    Après réflexion, Roxane proposa de prendre la route de N’gongsamba et de pousser jusqu’à la station climatique de Dschang, sur les flancs du Mont Cameroun.
    Pierre et Roxane déjeunèrent au restaurant de l’hotel des Cocotiers et prirent la route, à travers le pays Bamiléké, jusqu’à Dschang. Après la chaleur humide, étouffante de Douala, Dschang leur sembla un petit paradis. L’air y était léger, la température agréable, et ils prirent deux chambres dans un hotel simple, mais propre, et sans climatiseur parce que cet appareil est inutile à cette altitude.
   Le lendemain, ils firent de longues promenades au milieu des caféiers, et parlèrent parlèrent, jusqu’à ce que, le gosier sec, ils rentrèrent déjeuner à l’hotel.
   Ils arrivèrent à Douala dans l’après midi et se donnèrent rendez vous au bureau le lendemain matin.
    Le lundi matin Pierre téléphona à l’aéroport et put avoir une place pour le soir même. Il prévint son adjoint qu’il ne serait au bureau que dans la matinée du lendemain, puis se rendit chez son client. Roxane était déjà là, et elle avait prévenu que Pierre avait prolongé son séjour à Douala, jusqu’au soir.
    Après avoir étudié le dossier Total et donné son avis sur la façon dont ce dossier devait être plaidé, il prit congé du Directeur et de Roxane et rentra à l’hotel.
   Le bouleversement qui s’était produit en lui l’avant-veille, était encore trop frais pour qu’il en prenne l’exacte mesure. Il sentait bien qu’il était attiré par Roxane, mais ne savait pas s’il s’agissait  d’une simple reconnaissance pour avoir débloqué ses sentiments engourdis, ou s’il y avait quelque chose de plus sérieux.
    Le lendemain dans la matinée, il reprenait le cours quotidien de ses occupations.
  Durant les mois qui suivirent, Pierre eut de nombreuses liaisons. Il se jetait avec boulimie sur les plaisirs du sexe, comme s’il voulait rattraper le temps perdu.
      Roxane lui téléphonait environ chaque semaine, toujours pour des raisons professionnelles, mais qui manquaient souvent de crédibilité.
    Le mois de Juillet était arrivé, et un matin, une dame se présenta à la secrétaire de Pierre en demandant à rencontrer le Directeur. C’était Roxane.
    Le soir même, Pierre amenait Roxane à son appartement…
   Lorsqu’il la vit nue, il se demanda pourquoi il avait ce corps aussi sublime. Certes la jeune femme n’était pas désagréable à regarder, mais si au dessus de l’équateur, la poitrine et le visage étaient  assez attirants, au sud de l’équateur, les hanches étaient fortes avec un début de culotte de cheval et les jambes étaient maigres, presque frèles. Bref, il ne comprenait pas le choc qu’il avait subi en voyant ce corps. Il est probable que le moment était venu pour qu’une renaissance se produise en lui.
    Lorsque Roxane repartit au Cameroun, Pierre reprit sa vie dissolue.
   Sa secrétaire, Mathilde,qui avait 28 ans quand il l’avait embauchée, avait tout de suite été amoureuse de son patron. Pour Pierre, elle était simplement un rouage de son affaire, et même lorsque ses sens se furent réveillés, il ne vit toujours pas la femme qu’il y avait en Mathilde.
    Deux nouvelles annèes s’écoulèrent. Durant les deux mois de Juillet, par une entente tacite, Roxane et Pierre cohabitaient comme un couple normal, puis elle repartait à Douala, et ils se téléphonaient une ou deux fois par mois.
      Roxane était partie la veille après son troisième mois de juillet  passé avec Pierre .Exceptionnellement Pierre vint au bureau à 8 heures 30, alors qu’habituellement , après des nuits agitées, il ne venait jamais avant 9 heures.
   Il trouva Mathilde en pleurs. En le voyant, elle se leva brusquement murmura «  excusez moi » et partit aux toilettes. Lorsqu’elle revint à son bureau, les traces de son chagrin avaient été effacées, et elle s’excusa à nouveau. C’est lorsqu’elle s’assit sur son fauteuil, qu’il constata combien Mathilde était une femme admirablement faite. Pour la première fois, il vit en elle autre chose qu’un instrument professionnel, et, s’asseyant sur le bord du bureau de sa secrétaire, il lui demanda de lui confier la cause de son chagrin
     -Je pourrais être votre père, Mathilde, vous pouvez vous confier à moi.
Mathilde réagit brusquement
-Non, vous n’êtes pas et vous ne pourriez pas être mon père.Nous n’avons que neuf ans et demie de différence.
   Cette précision sur leurs ages respectifs surprit Pierre, qui subitement comprit la cause du chagrin de Mathilde.
   Après un moment de silence, et avec une voix douce, Pierre demanda
-   Il y a longtemps que vous m’aimez, Mathilde ?
Surprise par cette question abrupte, Mathilde releva la tête et répondit simplement
-   Depuis le début, Monsieur.
-   Bigre, cela fait 4 ans ! Vous avez bien caché votre jeu !
-   Ce n’est pas un jeu, Monsieur, et je n’avais rien à cacher puisque vous ne voyiez rien
         Pierre qui était resté assis sur le coin du bureau se redressa et reprenant son ton de Directeur.
-   Pouvez vous apporter dans mon bureau le dossier Dumas ?
En se levant, Mathilde répondit
-   Tout de suite monsieur.
Quelques minutes plus tard, elle pénétrait dans le bureau de Pierre, un dossier à la main.  Pierre qui était assis derrière son bureau se leva, invita Mathilde à s’asseoir dans l’un des deux fauteuils devant son bureau et s’ assit lui-même dans le second fauteuil.
-   Posez le dossier sur mon bureau. Ce n’était qu’un prétexte.. Je suppose que vous connaissez parfaitement les grandes lignes de ce que fut ma vie. Alors par souci de symétrie, j’aimerais que vous me parliez ce que fut la votre.
-   Est-ce vraiment nécessaire, Monsieur ?
-   Ni vous ni moi ne le savons. Mais prenons nos précautions dit Pierre en souriant. Parlez moi de vous .
-   Si vous le désirez……Bon. Je suis née à Marseille. Mon père maintenant à la retraite, travaillait à la gare Saint Charles de Marseille. Ma mère ne travaillait pas. J’ai un frère qui a deux ans de plus que moi.. Sur le plan professionnel, vous avez mon dossier, il est donc inutile que je vous en parle.
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Re : LE PEIGNOIR
« Réponse #5 le: dimanche 27 mai 2007 - 07:13:47 »

           Sur le plan privé, j’avais à 22 ans fait connaissance d’un sergent des Transmissions. Nous avons eu une liaison …..en pointillé durant 2 ans. Nous ne nous sommes plus revus depuis 4 ans. Je sais qu’il est en République Centrafricaine. Et puis, je suis rentré chez vous….et voilà
-   Et voilà dites vous. Cela signifie qu’il vous suffisait de me voir chaque jour pour combler vos besoins affectifs.
-   Combler serait beaucoup dire…surtout que j’avais l’impression d’être une vitre à travers vous voyiez les autres.
   Après un moment de silence, Pierre demanda
- Si vous êtes libre ce soir, nous pourrions diner ensemble ?
 - Il y a si longtemps que j’espérais ce moment sans trop y croire, que même si j’étais invitée chez le Président de la République, je me décommanderais
 - Vous me faites regretter de ne pas m’être présenté à l’élection Présidentielle. En cas d’election, j’aurais eu un plus. Bon. Comment venez vous au bureau ?
 - A pied. Je n’habite pas très loin
 -He bien pour une fois, vous allez rentrer en voiture. Nous partirons d’ici à 18 heures, je vous conduirai chez vous, ce qui me permettra de repérer votre domicile, et je reviendrai vous y prendre à 20 heures. D’accord ?
- Tout à fait. Bien sur
   Mathilde sortit du bureau, et Pierre reprit l’étude d’un dossier.
  Vers 17 heures, Mathilde lui passa une communication en provenance de Douala.
  Il était dit que cette journée serait une journée marquante pour Pierre. Il venait de découvrir une femme qui vivait à ses cotés depuis 4 ans, sans qu’il la considère comme telle, et maintenant, Roxane lui téléphonait, pour d’une façon abrupte, lui faire une proposition
 - Bonjour, Pierre. Et si nous nous mariions ?
 - Pardon ?
 - Tu as parfaitement compris. Je dis : Et si nous nous mariions ?
 - Non !!
 - Parfait !
    Et elle raccrocha.
    Bien embété, Pierre finit par rappeler Roxane.
 - Mais enfin, à quoi rime cette proposition ?
 - C’est très simple. Je t’aime. Tu m’as répondu que ce n’était pas ton cas. Restons en là !
  Après avoir raccroché, Pierre pensa que la vie était décidemment une drôle de chose.
   Roxane et lui se connaissaient depuis prés de 4 ans et c’est aujourd’hui qu’elle réalise qu’elle l’aime.
   Lui, était en contact chaque jours avec Mathilde depuis 4 ans et c’est également aujourd’hui qu’il réalise qu’elle l’aime, et que lui….
   Mais au fait l’aimait t il lui ?
 
   Il est incontestable que se savoir aimé par une  jolie femme, beaucoup plus jeune est très agréable….Mais est ce de l’amour ?
  Deux femmes qui le même jour déclarent leur amour pour lui, c’est grisant. Raison de plus pour ne pas agir inconsidérement.
   La soirée passée avec Mathilde fut très agréable. Mais des soirées analogues, il en avait vécu pas mal depuis que Roxane, un beau jour, avait provoqué un déclic. Il fut prudent dans ses propos, et après avoir raccompagné Mathilde chez elle, avant de la quitter, il lui dit qu’il avait besoin d’un peu de temps pour voir clair en lui.
    Les jours passèrent. Le directeur et la secrétaire n’abordèrent pas les problèmes personnels. Les rapports étaient purement professionnels..
 ( A suivre)
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aristee

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Re : LE PEIGNOIR ( SUITE ET FIN)
« Réponse #6 le: lundi 28 mai 2007 - 06:43:52 »

     Espérant y voir plus clair en lui, Pierre décida de se rendre au Cameroun pour rencontrer une fois encore Roxane, à laquelle, malgré ce qu’il lui avait dit, il continuait à penser.
    Il n’avait pas prévenu Roxane de sa venue.
    Arrivé à Douala dans la matinée d’un samedi, il dormit un peu dans sa chambre d’hôtel, alla déjeuné, puis décida de se rendre chez Roxane, qui ne devait pas travailler.
   Ce n’est qu’à la quatrième sonnerie qu’elle vint lui ouvrir. Comme la première fois, elle sortait de la douche. Ses cheveux étaient trempés et elle avait enfilé à la hâte son peignoir de bain qu’elle maintenait fermée de la main droite.
   Lorsqu’elle vit Pierre sur le pas de la porte, elle s’écria
-   Toi ???
Et de saisissement, elle lacha son peignoir qui s’entrouvrit…tout comme la première fois.
   En voyant ce corps nu, il sentit qu’un ouragan se déchainait en lui. Il la prit violemment dans ses bras, et c’est à son insu qu’il prononça les mots qu’il ne savait s’il pourrait les dire un jour : je t’aime.
    Par deux fois, un peignoir qui s’ouvrait, cela avait été un peu comme le rideau qui se levait et qui l’avait propulsé dans un monde nouveau.
    La première fois, le rideau en s’ouvrant lui avait restitué sa sensibilité, sa libido, et à la suite de cela, comme pour rattraper le temps perdu il avait mené une vie tourbillonnante, mais superficielle. Luttant contre son attirance vers Roxane, il en était arrivé à se la représenter beaucoup moins belle qu’elle ne  l’était réellement. Ne pas s’attacher, ne pas s’attacher, surtout ne pas s’attacher. Inconsciemment il agissait comme si son besoin de revivre intensément était la priorité.
    Cette fois ci, la levée du rideau lui faisait apparaître d’une façon nette, très claire, que le moment était venu pour lui de vivre en profondeur un amour qu’à son insu il nourrissait pour Roxane
   Deux heures plus tard, le corps apaisé et l’esprit très clair, il savait maintenant qu’il avait trouvé ce qu’il voulait savoir.
   Lorsqu’il reprit l’avion, Dimanche soir, ils avaient pris la décision de se marier très vite.
  Le lendemain, au bureau, avec le maximum de délicatesse, Pierre prévint Mathilde qu’il ne pouvait envisager son avenir avec elle. Elle pleura beaucoup, et en fin de semaine vint lui apporter sa démission
-   Je ne peux continuer à travailler ici, en sachant que vous ne m’aimerez jamais.
De son coté, Roxane avait donné sa démission et entra comme associée et collaboratrice dans le cabinet de Pierre.
      Le mariage eut lieu hier matin. Souhaitons leur une longue et heureuse vie ;
      Je suis Jacques. L’ami de Pierre. Celui qui lui a procuré un premier travail après qu’il a été contraint de donner sa démission de chef de Contentieux.
     C’est hier après midi, avant de partir en voyage de noces qu’il me raconta dans tous ses détails son histoire peu commune, et il m’a autorisé à vous la relater.Plus qu’autorisé, il me l’a demandé. Il voudrait que cela puisse servir à ceux qui traversent en ce moment des moments difficiles. Il voudrait qu’ils sachent que même si la vie a été dure avec eux, même s’ils pensent qu’ils ne pourront jamais remonter la pente, il y aura peut être un jour, un moment  d’une puissance inouïe,un instant d’exception qui leur ouvrira des horizons nouveaux  porteurs d’espérances et de bonheur.
    La Vie a des ressorts insoupçonnés. Ne perdez jamais courage.Telle est la leçon que Pierre veut vous transmettre.

                                                            FIN
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