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Titre: Ménage à trois Posté par: aristee le dimanche 14 mai 2006 - 06:52:48 Je vais profiter de l'incognito que permet l'écriture sous pseudo, pour faire un aveu. Nous faisons un ménage à trois. Je le dis très simplement: c'est assez agréable. En tous cas les avantages l'emportent nettement sur les petits inconvénients. Elle, Marie, et moi, nous sommes arrivés, je crois pouvoir le dire, à un point d'équilibre qui fait que les causes de dissensions sont de plus en plus rares. Bien sur, ayant décidé de dire la vérité, je ne peux cacher qu'il existe une certaine Jalousie entre mes deux compagnes. Peut être un tout petit peu moins du coté de Marie Mais pourquoi, le cacher? Cette jalousie ne m’est pas désagréable. Lorsque je reviens du rucher par exemple, elles se précipitent vers moi, comme si elles ne m'avaient pas vue depuis un siècle . Marie par exemple me fait beaucoup plus de mamours que lorsque nous n'étions que tous les deux. Il y a une sorte d'émulation entre elles. C'est a celle qui dira le plus fort et le plus longtemps; "Je t'aime, tu m'as manqué, et plus à moi qu'à l'autre" Mais n'allez pas croire qu'entre elles, c'est la guerre ouverte. Ah, non!! Cela, je ne le supporterais pas. Elles dialoguent normalement et se rendent mutuellement de petits services. L'objectivité m'oblige à dire que c'est Marie la plus serviable. Il faut bien le reconnaître, l'autre a un ego surdéveloppé. Elle estime que tout lui est du. Elle a des droits et les fait respecter. Elle est très sourcilleuse sur ce point. Je me moque un peu d'elle ( gentiment) en l'appelant " Mademoiselle droits acquis" Si vous saviez comme la vie a trois est agréable! Amis, Amies, vous y viendriez tous. Bien sur, il faut savoir faire régner une certaine discipline. Par exemple, en voiture, c'est toujours Marie qui est à mes cotés ( en vertu d'un droit d'ancienneté) et l'autre est toujours derrière. Elle l'accepte très bien du moment que c'est un problème de droit. Elle respecte le Droit comme elle fait respecter les siens. J'ai longtemps hésité avant de vous parler de ce ménage a trois. Maintenant je l'ai fait. Et il faut que je vous quitte immédiatement. Elle est là, Solen, qui me saute sur les genoux pour me dire que c'est l'heure de sa promenade. Elle ne me fichera pas la paix tant qu'elle n'aura pas son collier autour du cou. Ah! Ma petite Yorkshire qu'elle est gentille, et combien avec Marie, elles s'attachent à me rendre heureux……… Titre: Re : Ménage à trois Posté par: simaitha le dimanche 14 mai 2006 - 19:07:20 En plus d'être drôle, c'est assez bien écrit... Rien à ajouter, merci!
Titre: Re : Ménage à trois Posté par: Senhal le jeudi 25 mai 2006 - 08:12:13 Ah bonjour les fantasmes :-P
Titre: Re : Ménage à trois Posté par: Agathon le jeudi 25 mai 2006 - 09:09:14 Moi, c'est un peu pareil. J'ai un aveu à vous faire.
Au début, il y avait juste Senhal ; ensuite, il y a eu Simaitha. Mais je n'irai pas plus loin : je sais bien qu'elles nieraient tout. :wink: Titre: Re : Re : Ménage à trois Posté par: Senhal le jeudi 25 mai 2006 - 09:13:37 Mais je n'irai pas plus loin : je sais bien qu'elles nieraient tout. :wink: Ou plutôt tu ne voudrais pas que l'on dévoile certains détails embarrassants ? Titre: Re : Ménage à trois Posté par: Agathon le jeudi 25 mai 2006 - 09:17:07 Embarrassants sur quel plan ? Qu'est-ce que la nature a fait de mal en moi ?
Titre: Re : Ménage à trois Posté par: simaitha le jeudi 25 mai 2006 - 16:51:39 arrête, tu sais très bien à quoi senhal fait allusion... :-D
Titre: Re : Ménage à trois Posté par: aristee le jeudi 25 mai 2006 - 17:05:40 Arrétez de vous regarder, en ...chien de faïence, ou je vous envoie ma petite Solen. :| Titre: Re : Ménage à trois Posté par: Agathon le jeudi 25 mai 2006 - 17:13:40 A quoi faisait allusion Senhal, Simaitha ? Dis-le moi.
Titre: Re : Ménage à trois Posté par: simaitha le jeudi 25 mai 2006 - 17:36:37 je n'en ai aucune idée... :-P
Titre: Re : Ménage à trois Posté par: Agathon le jeudi 25 mai 2006 - 17:38:49 Il faut dire qu'elle est tellement sibylline !
Titre: Re : Ménage à trois Posté par: Agathon le jeudi 25 mai 2006 - 18:40:38 C'est vrai qu'on y distingue le même air de sérénité bouddhique.
Titre: Re : Ménage à trois Posté par: Agathon le jeudi 25 mai 2006 - 19:57:31 Hum, en fait, Senhal, sauf ton respect, je trouve que tu as un air mélancolique, comme je l'ai déjà dit, qui me rappelle plus le romantisme de Lamartine que le bouddhisme ou le sphinxisme.
J'ai juste voulu enchaîner sur ton lien. Mais il ne faut pas s'en inquiéter. Moi, j'aime le romantisme de Lamartine. Je trouve qu'il a quelque chose de très humain. Les figures sacrées de l'Orient ont souvent quelque chose d'un peu hiératique qui peut lasser l'esprit. Pour Mademoiselle de Maupin, je suis sceptique : elle veut, elle guette, alors que le Sphinx paraît plutôt avoir les yeux fixés sur l'ultime mystère. Il inquiète, mais lui-même est complètement satisfait. Il rassure, aussi. L'ultime mystère n'est pas terrifiant, puisqu'il sourit. Or, je crois qu'en Occident, on trouve le mystère ultime assez inquiétant. C'est venu dès les anciens Grecs. Est-ce que Gautier n'avait pas du Sphinx une vision qui dépendait de la légende grecque d'OEdipe, plus que de l'Egypte à proprement parler ? Tu sais que le Sphinx dévorait, pour les Grecs, ceux qui ne résolvaient pas ses énigmes. Titre: Re : Ménage à trois Posté par: simaitha le jeudi 25 mai 2006 - 21:23:47 comme dans l'histoire sans fin, par exemple.
Titre: Re : Ménage à trois Posté par: Agathon le vendredi 26 mai 2006 - 04:21:58 Mais, Senhal, Gautier se posait (ou s'est posé, plus tard) comme un grand spécialiste de l'Egypte ! Tu l'as lu, Le Roman de la Momie ? Moi, oui, mais j'ai tout oublié. En revanche, je me souviens d'une petite nouvelle fantastique, Le Pied de Momie, qui est vraiment magnifique, et dont Lovecraft même fait l'éloge : quelqu'un rencontre les pharaons immortels à partir d'un pied de momie. Je me souviens aussi très bien du Capitaine Fracasse, qui est bien écrit, mais repose quand même sur le formalisme. Cela prépare Mallarmé, je crois. Tu ne trouves pas cela un peu froid ?
Pour Mademoiselle de Maupin, je me souviens de passages très sensuels, presque érotiques. Mais je ne te cache pas que l'imagerie m'a paru surabondante et de nouveau un peu rhétorique. Et la poésie de Gautier, tu la connais ? C'est déjà du symbolisme, plus que du romantisme, en fait. Berlioz en a mis plusieurs en musique. Un de ces jours, je ferai un article sur Gautier et le Mont-Blanc. Mais il faudrait d'abord que je lise ce qu'il a écrit à ce sujet ! Titre: Re : Ménage à trois Posté par: aristee le vendredi 26 mai 2006 - 09:38:20 Merci d'avoir choisi ma petite plaisanterie du ménage à trois pour vous livrer à un discussion littéraire de haut vol. J'en suis trés flatté, même si je ne suis pas en mesure d'en apprécier le lien. T. Gautier dont vous parlez, avait commencé a écrire le capitaine Fracasse avec l'intention de s'amuser a rester dans le style descriptif à outrance. mais il n'a pas pu tenir, et s'est laissé emporté par son talent de conteur. On part avec des intentions, et puis tout à coup, l'histoire bifurque. C'est là, à mon sens, que réside tout le plaisir d'écrire....ou toute la difficulté.On commence a écrire, à inventer des personnages qui prennent peu a peu une densité, une personnalité, on ne peut plus les controler car ils agissent selon leur propre logique....Et c'est pourquoi j'ai 3 ou 4 pièces qui ne seront jamais terminées parce que les personnages adoptent des positions que je réprouve. Mon observation tombe comme un cheveu dans la soupe...Mais " on cause", quoi!! Titre: Re : Ménage à trois Posté par: Agathon le vendredi 26 mai 2006 - 12:36:10 Non, c'est même un peu trop riche, à mon avis. Coucher charnellement avec une idée, ce n'est jamais facile. On cherche ce qui dans la matière pourrait lui équivaloir, et on se rend compte qu'on n'en a jamais assez, que ce n'est jamais assez précieux. C'est que l'esprit est sans limite !
Titre: Re : Ménage à trois Posté par: Agathon le vendredi 26 mai 2006 - 15:50:43 Mais ce n'est pas tragique, comme l'histoire de Mme Bovary, qui a elle aussi essayé de coucher avec une idée, et qui, logiquement, n'y est pas arrivée ?
Titre: Re : Ménage à trois Posté par: Agathon le vendredi 26 mai 2006 - 17:09:22 Il n'y a pas de damnation éternelle, Senhal.
De Mademoiselle de Maupin, je ne me souviens que des descriptions très riches et surabondantes, de mon point de vue. Parfois, c'était joli. Mais je n'ai pas vraiment été ému. Mais tu ne trouves pas qu'il en faisait un peu trop ? Je crois, du reste, que la préface qu'il a écrite à ce roman est généralement plus louée que le roman lui-même, et je ne cache pas qu'effectivement, je l'ai trouvée plus dynamique, plus prenante. Peut-être parce que moins chargée, en fait. Titre: Re : Ménage à trois Posté par: Agathon le vendredi 26 mai 2006 - 17:56:48 Oui, la préface défendait une tendance en général, et le faisait bien. D'ailleurs, je trouve que ses allusions à la science des temps anciens ont un côté plus magique que ses descriptions. Finalement, cela prépare les belles pages qu'il a écrites sur l'Egypte.
Sincèrement, Senhal, je ne crois pas que Gautier ait eu des idées spécialement intéressantes. J'en ai lu quelques pages hier, et j'ai trouvé qu'il employait des images grandioses pour des idées assez banales. Il faisait un éloge à mes yeux démesuré de l'invention de la photographie, par exemple. Il était meilleur styliste que philosophe. En tout cas, c'est mon avis. Je trouve aussi que ses romans n'ont pas une construction dramatique très nette : il était très attelé au détail. De fait, je ne me souviens que de ses descriptions, pour Mademoiselle de Maupin : pas de ce qui s'y passe, ni des idées, sinon, je crois, qu'elles étaient à l'honneur de la femme libre. J'espère que tu ne m'en veux pas de discuter de cette manière de ton écrivain préféré. Titre: Re : Ménage à trois Posté par: Agathon le vendredi 26 mai 2006 - 19:18:29 Tu sais bien que dans un roman, je ne m'intéresse qu'à l'émotion que j'en tire, et que je suis indifférent aux thèmes. Ou alors, les personnages parlent philosophie, voire le narrateur, comme chez Hugo. Mais il le fait directement. Sinon, cela me fatigue plutôt l'esprit.
Quand un roman est dominé par la description, par ailleurs, au lieu de l'être par une évolution dramatique, je trouve que cela fait suite de tableaux. On ne peut pas lire des pavés qui ne seraient faits que de cela : c'est à transformer en recueil de poèmes en prose. En tout cas, c'est mon avis. Titre: Re : Ménage à trois Posté par: Agathon le samedi 27 mai 2006 - 05:01:52 Certainement qu'oui, l'émerveillement est une émotion, mais je trouve que dans le cas de Gautier, c'est un peu intellectuel. Ce n'est pas tant l'émerveillement face au monde dévoilé que face à son ingéniosité à lui.
Si je peux me permettre, cela rejoint ce que tu dis sur les secrets : je n'ai pas eu le sentiment que Gautier contenait des secrets sur l'univers lui-même, mais plutôt, à la rigueur, sur ses idées, les ressorts de son propre esprit. Or, je ne cache pas qu'un écrivain me passionne quand il me paraît dévoiler quelque chose du monde tel qu'il est. Quant à ses idées, s'il a tenu à les cacher, c'est un peu son problème. Car en théorie, on a le droit d'exprimer toutes celles qu'on veut. Dans les faits, l'ironie est juste une manière de piquer, comme on disait autrefois : cela se goûte pour soi-même. Sinon, les descriptions de Gautier, moi, je les aime beaucoup aussi, et je ne les saute pas non plus, puisque je ne me souviens que d'elles. C'est que le reste m'a paru moins intéressant, en fait. Je ne plaisantais pas, quand je disais que Gautier aurait pu faire un excellent recueil de poèmes descriptifs en prose. Titre: Re : Ménage à trois Posté par: Agathon le samedi 27 mai 2006 - 18:10:09 Je ne sais pas si j'ai tout compris, mais c'est vrai que Gautier ne se gêne pas pour être asssez répétitif. Peut-être qu'il a raison, parce qu'on ne fait réellement jamais rien de nouveau, mais dans ce cas, le mieux, c'est encore de relire l'ancien.
Au reste, je crois que c'est faux : je crois que le monde change, qu'il évolue, et que, quand on parle du monde, ainsi, on en parle différemment d'avant. Le sentiment de Gautier venait de ce qu'il regardait mécaniquement les choses, sous l'aspect des lois éternelles de la physique, ainsi que j'ai pu le vérifier dans les quelques pages que j'ai lues de lui hier et ce matin. D'une façon absolument remarquable, ses descriptions ne contiennent pas d'êtres humains : il ne décrit que les objets immobiles, ceux qui ne changent pas, le règne minéral. Il dit même, à un certain moment, que s'il n'y avait pas l'eau qui coule, le monde tel qu'il le regarde (et le voit) serait absolument mort. C'est assez symptomatique. Le seul élément qui ait du mouvement au sein du monde minéral, c'est vrai que c'est l'eau, qui éternellement tombe. Cela crée une vision plutôt tragique de la situation. Mais en réalité, l'univers n'est pas fait seulement du monde minéral que contemple avec émerveillement Gautier. La vie même apparaît au sein du monde minéral de façon chaotique, en défiant les lois de la physique. Et elle est infiniment variée, toujours renouvelée. Les récits nouveaux sont donc toujours possibles. Il suffit de ne pas regarder la vie de trop haut, depuis les immortelles lois de la physique, mais de rester en son sein, de vivre pleinement la vie. Pour l'existant ou le non existant, je n'ai pas vraiment compris. Il faudra que nous en reparlions. Je dirai seulement que nommer les choses ne les fait pas spécialement exister : le langage n'est qu'une représentation. Gautier peut décrire tant qu'il veut, cela ne change rien à la réalité, qu'elle existe ou non. De toutes façons, on ne nomme pas ce dont on est sûr que cela existe, mais ce qu'on perçoit. Le langage est fait de cela. Il désigne ce qui est communément perçu par les êtres humains. Un roman ne se situe que dans cette sphère. Le fond ontologique de cette perception n'est pas un problème, à mon avis, que peut résoudre un roman. Titre: Re : Ménage à trois Posté par: Agathon le dimanche 28 mai 2006 - 05:36:47 Mais je ne parlais pas de lui, je parlais de ses lecteurs. S'il ne fait que reprendre les anciens, mieux vaut lire les anciens.
En réalité, un poète doit pouvoir oublier les références, il doit avoir intégré à son sentiment spontané ce qu'il a lu auparavant, sans forcément se soucier de savoir où il l'a lu et ce qui était exactement écrit. Ensuite, il sort tout de lui-même. Actualiser les anciens, c'est plutôt l'oeuvre d'un universitaire, en général. Ou d'un vulgarisateur. D'un traducteur. D'un adaptateur. C'est un travail d'abord intellectuel. Je ferai la comparaison avec le sucre. Quand on ne parvient pas à le dissoudre totalement, de manière à assimiler son goût au thé, et qu'on en voit encore des grains, c'est soit qu'il y en a trop, soit que le thé n'est pas assez chaud. Bien sûr, on peut s'amuser à mettre du sucre insolvable dans du thé froid, pour montrer comment on fait. Mais ce n'est justement qu'un amusement. Ensuite, le thé, on ne le boit pas : on se contente de le regarder, ou d'en prendre une petite gorgée. C'est un amusement d'ordre intellectuel. Or, la poésie, c'est la saveur d'un thé qui agit sur l'organisme, et non qui se tâte du bout de la langue. Réellement "actualiser" le sucre, c'est parvenir à le dissoudre ! Si la ficelle reste visible, parce qu'elle est trop grosse, on peut toujours dire que c'est plus amusant ainsi : qu'on a voulu procéder de cette manière. Mais c'est reconnaître qu'on n'a pas voulu que le thé soit buvable. C'est un jeu. Néanmoins, de mon point de vue, l'art nourrit l'âme en profondeur, et n'est pas là spécialement pour distraire l'intellect. On ne se nourrit pas de considérations générales sur les pommes de terre : à un moment ou à un autre, il faut bien les manger. Et pour en savourer le goût, à vrai dire, il n'est nullement besoin d'en établir la composition chimique ; cela aurait même tendance à nuire, au moment où on en mange ! En tout cas, c'est mon avis. |