Un Québécois à New York
(MIND
THE GAP)
Roland Michel
Tremblay
Éditions T.G.

Voici un Extrait d'un Québécois à New
York. Si vous désirez écrire un article ou un commentaire sur les sites où le
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Moyen-Orient. Il suffit de commander en librairie si les livres ne sont pas sur
les rayons.
Un Québécois à Paris et Un Québécois à New York sont
pour le moment en vente en France dans certaines librairies de Paris :
FNAC, Virgin Megastore, Les Mots à la
Bouche, Blue Book. Il sera bientôt offert à la grandeur de la France et du Québec.
C’est probablement plus rapide de les acheter en
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Un Québécois à Paris et à New York seulement :
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difficulté à les acheter, contactez-moi, j’en ai plusieurs exemplaires.
Présentation de l’auteur
Roland Michel Tremblay écrit depuis qu’il a dix ans, sérieusement depuis ses
17 ans. Il a écrit plus de 16 livres de tous les genres dont 5 sont publiés à
Paris. Il est également scénariste, recherchiste et consultant scientifique
pour la télévision et le cinéma. Il a une maîtrise de littérature française de
l’Université de Londres, Birkbeck College. Il est né à Québec en 1972 et habite
maintenant Londres.
Il a joué un rôle important au niveau du développement de la série
télévisée Black Hole High qui passe en ce moment dans
le monde entier et plus spécifiquement sur le réseau NBC aux Etats-Unis et au
Canada. Il a également travaillé sur un film de science-fiction à gros budget
d’Hollywood nommé Prometheus Rising qui devrait sortir d’ici
deux ans. Enfin, il a travaillé en tant que Development Producer sur un
important documentaire à propos d’Albert Einstein pour la PBS aux Etats-Unis avec le
directeur Kevin MacDonald (gagnant d’un Oscar).
Roland Michel a écrit plusieurs scénarios et synopsis de films et de séries
télévisées, et plusieurs compagnies de productions se sont déjà montrées
intéressées. Pour plus d’informations lisez son CV sur son site anglophone et visitez ses deux sites
francophones :
http://www.anarchistecouronne.com
http://www.lemarginal.com/pointdevue.html
Il a parlé récemment à la conférence Crossing Borders, Literary Symposium à
l’Université de Tulsa à Oklahoma à propos de ses écrits et de la littérature
québécoise. Il a également donné une entrevue importante à propos de ses livres
et Londres pour une série télévisée nommée Rose/Pink. Cela passera au Québec en
janvier 2004 sur le Canal Évasion et possiblement à Musique Plus/Much Music et
Télévision Quatre Saisons. D’autres articles et entrevues dont une à Radio-Canada peuvent être lus et entendus sur son
site dans la section Articles et Entrevues dans les Médias.
Dossier de presse en
trois formats :
http://www.anarchistecouronne.com/tremblayrmpresse.htm
http://www.anarchistecouronne.com/tremblayrmpresse.doc
http://www.anarchistecouronne.com/tremblayrmpresse.pdf
Du même auteur publié
chez aux Éditions T.G. :
Un Québécois à Paris
Du même auteur publié
chez iDLivre Éditeur :
L'Anarchiste (Poésie), Denfert-Rochereau
(Roman), L'Attente de Paris (Roman), L'Éclectisme (Essai)
Pour plus
d'informations veuillez visiter le site de l'auteur ou le contacter:
www.anarchistecouronne.com et rm@anarchistecouronne.com
44E The Grove, Isleworth, Middlesex, Londres, TW7
4JF, Angleterre
Un Québécois à New
York © 2004, Roland Michel Tremblay
ISBN: 2-914679-12-2
Éditions T.G., Paris
pedro@textesgais.com http://www.textesgais.com
Un Québécois à New York
EXTRAIT (les 50 premières
pages de 270)
1
J’ai passé
la journée avec Renaud, il me faut l’éviter sinon je risque d’avoir des
sentiments pour lui. Il est vraiment temps que Sébastien arrive. Je pense que
quelque chose se passe. Il y a séduction mais nous sommes tous les deux dans
une autre relation. Il est impensable que je laisse Sébastien, et Renaud est,
disons, moins beau. Mais tout cela n’est-il pas relatif ? On parlait que je
fasse un strip-tease et qu’il me fasse un massage. Cela n’arrivera pas, mais si
oui, ce n’est pas moi qui dirai non. Le problème, c’est qu’il faut des
sentiments pour passer à l’acte, j’en ai, mais ils ne sont pas très forts. Le
problème, c’est que je ne veux pas les amplifier. Mais je ne veux pas de cul
sans sentiment. Il me faudrait me tenir tranquille, mais à chaque fois que je
le vois, je le désire un peu plus. On parle et je bande. Heureusement, il ne
s’en rend pas compte. On ne parle que de sexe, c’est affreux, et de cela, on
n’a pas l’air de s’en rendre compte.
Nous sommes
allés manger avec deux de ses amis, et c’était dur de ne plus pouvoir lui dire
ce que je voulais. Son copain, on l’a vu ce matin quand on est allés chez lui
prendre un café. J’ignore s’il s’imagine des choses ; il semblait ne pas
s’inquiéter outre mesure. J’ai lu ses dix pages sur la fidélité dont il m’avait
parlé. Ça semble plutôt être dix pages sur un gars qui lutte contre ses désirs.
C’est devenu une crise obsessionnelle. Le gars qui lui a permis d’écrire ça,
était, paraît-il, le plus bel homme jamais vu. Renaud voulait coucher avec
l’Apollon, Renaud l’a repoussé, et le regrette amèrement. Il aurait mieux fait
de coucher avec lui ; il aurait été inspiré pour écrire un livre complet
ensuite.
Renaud se
laisse séduire par moi, quelle erreur ! Je me laisse séduire aussi, quel
malheur ! Il ressemble tellement à Ed que je ne sais plus faire la différence. Avec
l’un je me sens comme avec l’autre. Il m’a dit qu’il partait pour Chartres ce
week-end. Ça m’a fait un choc de savoir qu’il ne m’appellerait pas avant lundi
ou mardi. Je commence déjà à m’ennuyer, c’est grave. Il faut que Sébastien
arrive, sinon je ne réponds plus de mes actes. Le 11, je déménage dans une plus
grande chambre. J’espère que Sébastien ne sera pas aussi distant qu’il l’a été
au téléphone depuis quelque temps, à croire qu’il a rencontré quelqu’un, alors
je ne comprends pas qu’il veuille venir ici. La musique peut-elle accaparer son
attention au point qu’il m’oublie ? J’espère que oui, sinon c’est inquiétant.
Et s’il m’avait trompé ? Dans le doute, j’ai bien envie de sauter sur Renaud.
Il semble avoir une grosse bosse, c’est important ça, les grosses bosses. Il a
dit à la blague que ma bosse ne semblait pas grosse ; il me faut donc lui
prouver qu’elle n’est pas petite, d’où l’idée du strip-tease. Je ne sais ni où
ni comment cela pourrait se faire, s’attend-t-il à ce que je l’invite ? A-t-il
vraiment cette intention ? À quoi sert une telle introduction sur la fidélité
si c’est pour enfin coucher avec moi la semaine d’après ? Sommes-nous à la
merci du premier beau bébé qui débarque ? Peut-être n’est-il qu’un allumeur :
il se plaît à flirter et à parler de sexe sans vouloir aller plus loin. Le
problème, c’est qu’il pourrait bien se laisser prendre à son jeu. Je ne
lutterai pas, s’il veut, on fera des choses. Mais je suis incapable de faire
les préliminaires. Je serais incapable de lui prendre la main, il pourrait me
la retirer, ce serait une situation intenable. Ne suis-je pas trop gros ? Le
plan d’action est là, il me faut faire un strip-tease et lui demander un
massage. Manquent le où et le quand.
J’ai
l’impression que Renaud me fait oublier qu’il existe un univers extérieur à
Paris. C’est bien. J’aimerais m’en faire un vrai ami sans que cela aille
jusqu’au sexe. Les amis ne sont-ils pas doublement intéressants lorsqu’on les
désire ? Franklin et Antonin seront de vrais amis pour moi, et j’en suis
heureux. Croyez-le, j’ai l’impression qu’il est plus simple de se faire de
vrais amis sincères à Paris que n’importe où ailleurs. Ce me semble être des
gens intelligents, éveillés à la vie, simples et attachants.
Je m’en
vais à Pigalle, souper, que dis-je, dîner chez Franklin. Dorothée y sera avec
son bébé ; depuis le temps que l’on m’en parle, j’ai hâte de voir.
Je suis à
la station Pigalle,
il est minuit passé, je me sens davantage à l’aise ici qu’à la Sorbonne. Quoique
j’ai bue du vin. Dorothée est mieux que je l’avais imaginée, et son bébé aussi.
On a parlé de dépression, de psychologues où il fallait un transfert d’amour ou
de haine. Quel bullshit. Dorothée a dernièrement payé 460 boules à une voyante,
Antonin capotait. Elle te raconte ton avenir par téléphone, par micro-ondes,
why not ? On est à Paris.
Je suis à
la Gare du Nord.
Pour la première fois je suis heureux d’être à Paris. J’aime tellement ça que
je pense que je ferais n’importe quoi pour demeurer ici. Canada ? No way.
Peut-être pas pour finir mes jours en France, mais pour quelques années ce
serait bien. Je ne puis comprendre pourquoi mais, d’être à Paris, peu importe
ce que je fais, me semble être la réussite, la vraie. Et juste de
retourner au Canada serait la fin de mes rêves. Alors je vais rester, je crois.
De toute manière je me sens bien ici. C’est drôle qu’il me faille être sur
l’alcool pour arriver à affirmer une telle chose. Mon bébé s’en vient, je crois
que tout sera bien. Je me demande ce que pensent mes parents de moi. Paris
semble tellement impensable. J’ai vraiment fait tout ce que j’ai voulu faire.
Il n’y a pas de limites. Maintenant, si je pouvais trouver un moyen de
travailler, tout sera accompli. Je pourrai mourir tranquille, pour reprendre Grégoire. Si j’avais pu prévoir en 90
que j’y habiterais quelques années plus tard, mon voyage eût été
différent alors. Je ne connaissais même pas la Sorbonne à l’époque. Est-ce
que les gens d’autres pays rêvent également d’une grande ville
impossible à atteindre ? Qu’en est-il des Canadiens-Anglais ? Ils pensent sans
doute à Londres et New York.
2
Anne
Hébert, une des plus grandes écrivaines du Québec qui vit maintenant à Paris,
sera le 9 février à la librairie Dédale, 4 ter, rue des Écoles. [ Note de l’éditeur :
Anne Hébert est maintenant décédée. ] J’y serai également. Elle a 80 ans, je
vais lui proposer de venir prendre un café avec moi. Je vais lui demander ce
qu’elle pense de porter à l’écran son livre, Les Enfants du sabbat. Je me charge d’écrire le
scénario, quelles sont les démarches à suivre, et tout et tout. Je vais lui
dire que mon ami François est intéressé à faire le film. J’espère qu’il le sera
effectivement en apprenant que j’ai l’accord d’Anne elle-même. J’ai bien hâte
de voir. Peut-être est-elle trop vieille ?
Alors, je vais être obligé de lui demander sur place. Elle est si belle
sur la photo de son nouveau livre, Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant
anglais. Une histoire d’inceste avec un soldat à Valcour, Québec. Pourquoi toute
cette nostalgie ? Pourquoi demeurer à Paris si elle s’ennuie tant des campagnes
québécoises ? L’histoire est bonne, elle aurait pu en faire un livre de trois
cents pages, mais c’est vrai que ça aurait été ennuyant. Quoique Le Premier jardin n’était pas ennuyant et
que c’était long. Les Enfants du sabbat, ça, par exemple, c’est
effrayant. Jamais je n’aurais cru qu’une Québécoise puisse écrire un tel livre.
Et ça m’en prend beaucoup pour dire cela. Anne pourrait bien être aussi
intraitable que la
folle Créthien au bureau des étudiants étrangers de la Sorbonne, ou bien
gentille et intéressée à un pauvre type comme moi qui crève de faim. Alors il
faudra remercier ma jeunesse, ma beauté et mon audace. Si elle est bête, je
vais l’envoyer chier. Mais si belle, je doute qu’elle puisse être bête. Tout au
plus, elle pourrait refuser ou être dans
l’incapacité de me recevoir ou venir prendre un café avec moi. La photo
sur le livre est vieille, ça se voit qu’elle n’a pas 80 ans là-dessus. Elle a
l’air d’être sur la drogue sur la photo, elle semble comateuse avec ses os
brûlés et ses prunelles arrachées. Son obsession des cours d’eau, des arbres,
des os et des mains en bois, des corps qui se cassent comme des arbres et tout.
Elle écrit souvent sur les mêmes thèmes depuis 1942. Elle est demeurée la
petite fille de 15 ans qui fantasme, elle écrit comme une jeune fille. On ne
dirait pas qu’elle a 80 ans, j’ai vraiment hâte de voir comment ça va tourner.
Je vais l’inviter à prendre le thé, je suis prêt à payer alors même que je n’ai
plus un sou. C’est une femme, et la galanterie existe encore de nos jours,
malheureusement. Je l’inviterai au Sarah-Bernhardt, mais c’est trop long de
couloirs de métro pour y arriver. Elle ne s’abaissera pas à aller dans un café
aussi nul. Je pense que je vais lui laisser me nommer un café où elle a
l’habitude d’aller : pourquoi pas l’inviter au Banana café le jeudi même ?
J’aurais mille et une questions à lui poser, mais j’ignore si elle sera
insultée, car je n’ai lu que ses trois livres de poésie, Le Premier jardin et Les Enfants du Sabbat.
Si
j’avais le temps, je passerais pour moins cave, mais c’est dans ma nature
d’être cave et de parler sans savoir. Comme à la conférence d’Élisa T., une
auteure de ma région qui a écrit Des Fleurs sur la neige, le drame vécu d’une enfant
battue. Ce livre est le plus grand best-seller du Québec, plus de 100,000
copies vendues en 20 ans, et Céline Dion a joué Élisa dans la mini-série à la télévision. J’avais
rien lu de ses livres et j’étais le seul à poser des questions. Je pense qu’on
ne s’est pas rendu compte de mon ignorance. La pauvre Élisa ne s’est même pas
sentie attaquée par moi qui lui cherchais des poux. J’espère que je vais
pouvoir me tenir tranquille avec Anne, peut-être pourrait-elle devenir une amie
? Ce serait trop drôle. Serais-je rendu au point où mes amis pourraient avoir
80 ans ? Elle me semble ouverte en tout cas, pas mal plus que la majorité des
croûtons qui existent sur la planète. Elle pourra mourir d’ici peu, elle
pourrait bien vivre encore 20 ans. Est-ce que l’on meurt jeune ou vieux à Paris
?
3
Je capote
littéralement. Je ne tiens plus à terre. Je viens de recevoir une invitation de
la directrice de la Maison
des étudiants canadiens de Paris (MEC) pour aller voir Anne Hébert, c’est donc
déjà beaucoup plus officiel. J’ai lu la moitié des Enfants du sabbat, je vois très bien le
scénario, les parties et sous-parties. Paraît que l’adaptation
cinématographique de son livre, Les Fous de Bassan, c’était raté. Mais que Kamouraska c’était extra. Mon
problème, c’est que j’ai l’air trop jeune. Et si elle a le malheur de vouloir
connaître ma crédibilité, il me faudra lui dire que je n’ai absolument aucune
œuvre à mon actif. Que du passif, madame, et non, je n’ai pas seize ans. C’est
ça que me disait Maurice hier ; il croit qu’elle va éclater de rire, trouvera
ça charmant, mais va me dire un non catégorique. Je me demande même si je devrais
m’habiller en gamin de 14 ans. Calotte beige, gilet Peace and Love/The Smiths
que m’a donné Claude, culottes déchirées. Le contraste sera encore plus
frappant. Mais moi c’est sérieux, je n’ai pas tellement de temps à perdre avec
des projets qui ne déboucheront pas, je suis pressé d’atteindre le ravin, moi,
madame. Et puis on ne sacrifie pas inutilement ses études à la Sorbonne de Paris.
Je fais
des cauchemars toutes les nuits ; j’arrive dans des classes où les professeurs
me font comprendre que si je ne commence pas à étudier maintenant, c’est foutu.
Et là je regarde autour pour voir si Renaud est là, et Renaud n’est pas là. Et
je panique, car je ne fous rien. Et Sébastien qui arrive la semaine prochaine.
Mon beau petit ourson poilu qui arrive la semaine prochaine. Comme ce sera bien
de l’avoir près de moi, le toucher, l’embrasser, lui faire l’amour, ah ça,
aucun doute, je ne penserai même plus au petit Renaud.
La fin du
monde est à nos portes, c’est le 8 février, bientôt le mois de mars, le calvaire
aussi, je le sens. Aujourd’hui, je rencontre Renaud après mon cours de M.
Tapin. On se rencontre à Place de la Sorbonne en face du Baker’s Dozen ; mais ce sera
difficile parce qu’il me faudra éviter Maurice qui justement terminera son
cours à la même heure que Renaud. À se demander s’ils ne sont pas dans la même
classe. Aujourd’hui, je rencontre Renaud et j’ignore si l’on va se retrouver ou
chez lui ou chez moi. S’il veut aller prendre un café et que je vois qu’il ne
m’invite pas, je vais l’inviter. Mais ici à la MEC c’est difficile, il y a des espions en
arrière de chaque porte. Je le sais, j’ai été l’espion personnel de France, une
amie. En plus, l’un viendra cogner à ma porte, c’est immanquable. Alors l’acte sexuel se fera peut-être. Du moins le massage,
et nous garderions une conscience claire. Quelle idiotie. Il dira tout à
son copain, il me l’a dit hier. Alors il risque la relation avec son copain, il
dit qu’ils pourront en discuter et que tout ira bien. Mais alors, on ne pourra
plus se voir, je suppose. Et peut-être que Sébastien viendra à le savoir ?
Playing with fire, yes it burns and I’m still burning, disait Alison Moyet. Je
suis pris entre deux eaux. Pressé de faire déboucher quelque chose avec Renaud
avant l’arrivée de Sébastien, mais en même
temps l’arrivée de Sébastien me calmera. Et s’il était laid, nu, le Renaud ? Je
n’y avais pas pensé à cela. Il n’est peut-être pas comme Edward. Quelles sont
les conséquences ? Trop de conséquences imprévisibles dans cet acte. Il
aura des problèmes avec son Habib et cela pourrait finir. Et mon Sébastien
pourrait l’apprendre, par moi en plus. Ce serait trop infernal, pour une
histoire de branlette comme diraient Franklin et Maurice. Pour une histoire de
branlette, nous voilà prêts à sacrifier le monde
entier, jeter une bombe sur l’histoire pour une heure ou deux de bonheur dans
les bras de Renaud. Mais je ne veux plus m’empêcher de vivre, car je ne suis
pas convaincu que Sébastien au Canada s’empêche de vivre, et on regrette
toujours de ne pas avoir agi quand c’était le temps. Les dix pages sur la
pseudo-fidélité de Renaud sont significatives.
4
Ma
journée a été illuminée hier soir tard, lorsque j’ai parlé avec Renaud. Je
savais bien que si je m’attendais à être illuminé, je le serais.
J’ai présenté
Renaud et Maurice avant le cours aujourd’hui. Je prends le risque, lequel
risque qu’il ne prend pas. Il s’est rasé lui aussi, le pauvre, ça saignait
encore. On va prendre un café... avec Maurice. C’est peut-être mieux ainsi ? Un
café, connerie, à Paris on passe notre vie à boire du café... et de la bière. Knonenbourg,
1664, Stella Artois. Pas de Fin du Monde, de Black Label ou Molson Canadian.
R.E.M. en spectacle, j’ai pas d’argent. Comment se débarrasser de l’intrus ?
Ils ont le même cours, j’y serais allé plutôt que d’assister au cours de Tapin
qui radote pour la première fois quelque chose que je connais : l’utilisation
des temps de verbes dans les descriptions ou récits. Je vais partir, je pense,
acheter un sandwich. Ou, tiens, je vais regarder le Pariscope.
[ Aujourd’hui, il est venu dans ma chambre,
mais nous sommes avec Maurice, alors je ne sais pas si nous allons faire
l’amour. Il n’a pas l’air décidé. ]
C’est
Renaud qui a écrit cette phrase entre crochets. Il a lu mes écrits. J’ignore s’il
avait écrit autre chose, ça n’a pas enregistré. C’est du mépris cette phrase.
Et même si cela n’en est pas, je la veux méprisante. Je viens de relire ce
qu’il a lu. Je peux comprendre sa réaction. Il a fui et m’a fait comprendre que
Sébastien arriverait et que ce serait à moi de prendre une décision ensuite.
J’ai vu cela comme un échec et me voilà prêt à le balancer, orgueilleux que je
suis. Mais je crois qu’il est prêt à laisser son Habib pour moi, puisqu’il me
dit que j’ai une décision à prendre. J’ai même l’impression que je lui ai fait
comprendre qu’il était impensable que je laisse Sébastien. Je regrette tout ce
que j’ai fait. J’ai compris ce soir que je ne le voulais pas, qu’effectivement
il faudrait que je laisse Sébastien pour lui et que c’est une décision que je
ne pourrais prendre. Et du sexe, je suppose que ni lui ni moi n’en avons besoin
puisque nous avons chacun quelqu’un. Et ça aussi il me l’a dit, qu’il était
heureux et qu’il n’avait pas besoin d’aller voir ailleurs. Plus personne ne
lira ce que j’écris. Les gens connaissent soudainement ce que je pense et moi
c’est tout le contraire. Les gens changent toute leur façon de voir les choses,
changent leur comportement du tout au tout, et moi je dois soudainement tenter
de voir ce qui s’est passé, pourquoi ils réagissent de la sorte. Dans le fond,
c’est peut-être moi l’allumeur, moi qui joue avec le feu et qui finis par me
brûler. Trop de franchise n’aide jamais. Mais on ne tète jamais avec la franchise. Renaud
m’a dit qu’après le cours de latin il ne pourra pas demeurer avec moi, il doit
aller travailler. Je n’irai pas au cours de latin. Moi, l’école, c’est fini.
Renaud m’a fait chier quand il m’a avoué qu’il travaillait chez un grand
éditeur. Fait chier comme ce n’est pas possible. Il m’a menti, parce qu’il
avait peur que je veuille profiter de lui, pour un poste de correcteur dans un
comité de lecture. Inquiète-toi pas, j’en veux pas de ton aide, j’m’en fous pas
mal d’où tu travailles, et je veux surtout pas que tu t’imagines que je veuille
profiter de toi. Esti que la vie est plate. Un calvaire. C’est vrai que j’ai
besoin de mon Sébastien et qu’il faut que je me calme. Je ne l’ai pas trompé et
j’en suis heureux. C’est la seule chose qui compte finalement. Tout le reste
n’en vaut pas la peine. Je
ne suis pas artiste, je ne suis pas écrivain, faudrait pas que je me flingue
pour autant, mais je sais que j’aime Sébastien. Je voudrais faire disparaître
Renaud de ma vie, et Maurice, et tout le monde. Je voudrais changer de vie,
partir d’ici, parce que je collectionne maintenant les échecs avec mes amis.
Ces amis qui ne parlent que de rouages et de succès dans la vie. Et je n’en puis plus
de les écouter. Ils me disent des choses que je sais, des choses que je ne veux
pas m’avouer, des choses qui bouffent mes dernières motivations. Je déteste
Paris. Ils se sont inventés une vie sociale à laquelle je ne veux adhérer. J’en
ai assez que tous et chacun viennent me faire comprendre que je me prends pour
un autre et que je n’ai aucune chance de réussir. J’en ai assez de tout ce monde qui se débat pour
arriver quelque part en société et qui pense qu’ils arrivent au bout du tunnel
parce qu’ils achèvent leur maîtrise à la Sorbonne. J’en ai
assez de tout le monde, de leurs simagrées, de leurs productions, de tout. J’en
ai assez.
5
Renaud
m’a téléphoné à 7 heures ce matin pour me dire d’arriver à l’avance au cours de
latin. Comme c’est drôle. Alors je suis arrivé 10 minutes à l’avance, en même
temps que lui. On s’est encore parlé sur papier, même s’il ne voulait pas, et
ça a été lourd. C’est moi qui commence à parler :
— T’as fini de cruiser les filles ?
Je sens que tu peux me faire des reproches, je me sens mal à l’aise. Je
m’excuse si je t’ai fait du tort, ce n’étaient pas mes intentions. Si tu as
quelque chose à me dire, vas-y, je suis prêt.
Il m’accuse de me servir de lui pour
compléter mon œuvre, et du coup de ne pas être naturel ou sincère.
— Hier, je voulais tout effacer parce
que j’avais honte. Je ne me sers pas de toi pour mon œuvre. En ce qui concerne
la sincérité, il me semble que de t’avoir laissé lire mes pensées est une bonne
preuve de franchise. Surtout qu’il y a certaines phrases que tu pourrais
interpréter de façon différente. Tu crois que je ne suis pas naturel avec toi ?
Je ne comprends pas, je ne t’ai rien caché, je ne joue pas un jeu avec toi. Si
tu vois des contradictions d’avec mes écrits, c’est bien simple, les choses
évoluent. Ce que je pense la veille, le lendemain je pense à autre chose. Et je
sais qu’un jour Sébastien lira ces écrits, alors je modère ce que je dis. En
quoi ne suis-je pas naturel ou sincère ?
Il affirme que je n’agis qu’en
pensant à ce que cela pourrait donner dans mes écrits. Que ce n’était plus une
fin, mais un moyen.
— Tu radotes, je ne m’abaisserais pas
à agir en fonction de mes écrits, sinon mes actions seraient beaucoup plus
éclatantes. Je sortirais davantage. Je n’arrive pas à croire que tu dises ça.
Si j’ai retranscris notre conversation sur l’ordinateur, de prime abord c’est
qu’il me fallait faire disparaître le papier et que j’aimais relire notre
conversation. Et puis, je ne peux pas me battre contre toi, tu es libre de
penser, mais ça me désole que tu penses cela. Et si effectivement tu en es
convaincu, je m’inquiète vraiment pour notre future amitié. Je ne vais quand
même pas me mettre dans des situations franchement éprouvantes afin d’écrire
une page ou deux dans mes écrits, c’est absurde. Au contraire, je ne t’ai rien
caché et je crois que toi tu ne m’as rien dit de toi. J’ai l’impression que tu
vas m’arriver avec une foule d’autres choses. Mais je ne te cache pas que le
but de mon existence, c’est d’acquérir des expériences de toutes sortes, pas
pour mes écrits nécessairement, mais pour me faire avancer dans la vie. C’est le sens que je
donne à mon existence, et il est vrai qu’en chaque personne que je rencontre
j’ai effectivement l’intention d’apprendre des choses. Tu sembles avoir
beaucoup à m’apprendre, j’espère qu’on aura cette chance. Écoute, je te promets
d’effacer tout ce qui te concerne sur mon ordinateur et de faire comme si je ne
t’avais jamais rencontré dans mes écrits. Tu peux croire ce que je dis, je suis
« sincère ». Est-ce que c’est OK ? Je ne voudrais pas que tu penses que je suis
un ami superficiel ou pas sincère, car alors il n’y a pas d’amitié. Et des
copains et des copines d’étage, j’en ai à ne plus savoir où les mettre. Je juge
que ton amitié pour moi est plus importante que mes écrits. Pourquoi ne
t’écouterais-je pas vraiment ? Je n’ai pas l’habitude de ne pas respecter mes
amis, mais je t’avoue que je suis franc et direct. Mais c’est un défaut de ma
personnalité sur lequel tu ne dois pas trébucher. Je n’ai pas l’habitude non
plus d’avoir des moitiés d’amis, je ne suis pas très sociable avec les gens
avec qui la communication ne passe pas. Je m’excuse, c’est vrai qu’on ne se
connaît que depuis peu. Je suis aussi extrémiste, c’est pourquoi je vis
toujours dans les hauts et les bas de la vie. Heureusement
que ça ne prend pas grand-chose pour illuminer une journée ou une partie de
journée. La vie est tellement plate. Et toi ? Tu aurais confiance en moi ?
6
Ma
relation avec Renaud devient de plus en plus bizarre. Il devient distant. J’ai
l’impression qu’il est sur le bord de me dire qu’il ne veut plus rien savoir de
moi. Je l’ai poussé à bout. Il y a des amis comme cela avec qui ça ne marche
pas, on a exagéré quelque part et le tout s’est envolé. Je dois maintenant
l’extraire de mes écrits, alors je lui ai fait un fichier à part, le Chapitre Renaud.
Il faut qu’il ignore que je n’ai rien effacé de nos conversations. Il m’a
demandé aujourd’hui si je regrettais de ne pas avoir couché avec lui. Je ne
regrette pas, mais j’aurais voulu lui dire que oui. Compromis, je lui ai dit
que c’était difficile de répondre à cause des conséquences d’un tel acte.
Sébastien arrive après-demain, je l’ai réalisé aujourd’hui, car je commençais
mon déménagement dans la chambre plus grande. Mon beau Sébastien, je suis
demeuré fidèle tant que j’ai pu. Une semaine de plus et c’en était fini, je
crois. À moins que Renaud ne soit qu’un
allumeur, et je le pense, parce que Maurice m’a dit que Renaud le
draguait dans son cours. Cours où, sur 12 gars, huit sont officiellement gais.
Il y en a partout, partout, partout. Le gars en face de ma chambre, il est
encore dans le placard. Il a vu tous les films gais que j’ai vus dernièrement,
moins Les Roseaux sauvages qu’il veut d’ailleurs voir. Il connaît de A à Z tous
les producteurs de films de notre siècle avec tous les acteurs, les titres, en
musique aussi, effrayant. C’est juste un indice de plus qui s’ajoute à la façon
bizarre qu’il a de regarder les hommes qui l’entourent. Il vivait avec un gai à
Ottawa, il fallait qu’il lui rase le poil du dos. Heeurk ! Peut-être qu’il
aimait ça !? Mon nouveau voisin l’est aussi ; selon Maurice, c’est écrit dans
sa face, il est du type que l’on rencontre à Montréal. Il étudie en théâtre. En
plus j’en ai partout dans mes cours, le Renaud en a dragué un au Queen qui est
justement dans notre cours de latin. Je lui ai demandé comment il avait pu
draguer au Queen, danser avec le gars alors qu’il désire rester fidèle ? Il a
dit que ce n’était pas une contradiction. Allumeur ! Allumeur ! Et il m’accuse de me servir de lui. C’est plutôt lui qui
va se servir de moi pour terminer sa nouvelle sur l’infidélité. Il en a
écrit une page et demie hier, et il en écrira autant aujourd’hui, puis ce sera
terminé. Ça lui prenait une heure d’écrire un paragraphe avant. Depuis huit
mois il a beaucoup de problèmes avec ses parents, ils sont en crise parce que
l’enfant modèle de la famille est gai. Ils lui ont proposé un psychologue, un
psychiatre, une automobile flambant neuve et n’importe quoi d’autre pour qu’il
change d’orientation sexuelle. Le meilleur, paraît qu’en ville il y a un
imbécile qui affirme qu’avec des pilules on peut redevenir hétérosexuel ; les
parents de Renaud l’ont exhorté à les essayer. Renaud a tout refusé, il ne leur
dit surtout pas que son copain est arabe, ce serait la fin du monde, ils sont
hyper racistes. Bref, Renaud est convaincu qu’ils vont être au courant bientôt
; il croit que ses parents ont payé un détective privé pour enquêter sur son
cas. Quel beau roman tout cela ferait.
7
Sébastien
est encore sorti dans un bar tapette d’Ottawa hier. Il a été au restaurant
Mother Tucker, a dû manger un gros steak, il a reçu des roses aujourd’hui de
ses amis, ils lui ont payé un danseur nu hier. Ça m’a mis en christ. Tu vas
dans une salle en arrière avec le gars et il te fait un strip-tease. J’ai une certaine
misère à croire que ce strip-teaseur ne te touche pas, j’ai longtemps entendu
parler que c’était du sexe, que tu pouvais les toucher et les sucer. Sébastien
me dit tout ça et il s’imagine que je vais rire. Ça me donne juste envie de
coucher avec le premier du bord. Quel est donc le problème de ses amis ? Il
part pour quatre mois, c’est pas la mer à boire ! Un strip-teaseur, pourquoi
pas un prostitué ? Quel genre d’amis a-t-il ? Ils veulent accélérer notre
rupture ? Ça va marcher, parce que moi les sacrifices inutiles j’en ai plein
mon casque. Je ne sors pas au Queen parce que mon Sébastien paniquerait, il
sort deux fois en deux semaines, il se fait même payer un strip-teaseur. Le
sacrifice est inutile, j’aurais mieux fait de coucher à droite et à gauche,
profiter de la vie. Come
on Antonin et Franklin, Maurice, Renaud, André et Cie. Je me demande pourquoi
Sébastien vient en France, il devrait rester là-bas, je serais enfin libre de
faire ce que je veux. Considérerais-je de le laisser ? Je suis peut-être juste
un peu trop sur le coup de ce téléphone. Il ne
voulait pas me le dire, qu’il dit, foutaise, il sait très bien que je l’aurais
su. Il me fait dégueuler, il ne me dit que ce qui n’est pas dangereux que je sache.
Pensez-vous qu’il n’a rien à se reprocher depuis trois ans et demi ? Ça vaut la
peine que je ne m’arrête pas de vivre, parce que je sais bien qu’il n’est pas
un tronc d’arbre et que le sacrifice est inutile, il conduit à la jalousie et à
la
destruction. Sébastien avait bien honte en sortant de la
petite salle avec l’autre qui devait être d’une beauté effrayante. J’espère que
c’est effectivement le cas, moi je suis loin et je n’existe plus. Ce soir j’ai
envie de sortir, destination Champs-Élysées, le Queen.
J’ai bien envie de raconter ma rencontre d’hier
avec Anne Hébert, mais je suis trop en maudit et je détruirais tout le
monde, les méprisant à tort pour ce qu’ils ne
sont pas. Une petite journaliste téteuse de Radio-Canada entre autres,
un autre con d’un journal quelconque. Le délégué aux Affaires culturelles de la Délégation
du Québec, un esti de snob qui ne voulait même pas s’abaisser à me serrer la
main quand le mari de la directrice nous a présentés. Heureusement que tout
s’est bien déroulé avec Anne, elle va effectivement devenir ma grande amie,
ainsi que son petit ami de 22 ans, André. Il s’est précipité sur moi après la
conférence pour me demander d’où me venait ma passion pour Anne Hébert. J’ai eu
l’air de connaître son œuvre en long et en large, trois misérables questions
qui ont impressionné tout le monde et qui m’ont ouvert toutes les portes.
L’éditrice du Seuil, section auteurs québécois, me regardait lumineusement et
m’a donné le nom et le numéro de téléphone de la femme à qui je dois téléphoner
au Seuil pour faire déboucher mon idée de scénario. Elle m’a dit qu’elle
croyait que je n’aurais pas de problème, je connais tellement l’œuvre d’Anne. La pauvre Anne m’a fait
pitié. Elle a le goût de vivre, un intarissable sourire, elle m’a semblée bien
seule. Elle voulait mon numéro de téléphone et mon adresse, elle veut me
rencontrer, moi qui espérais pouvoir au moins lui parler. J’ai été la vedette
de la soirée, j’ai volé la vedette à Anne ! Sans trop vouloir m’imposer
pourtant, on m’a emmené directement au milieu. J’avais ma future éditrice en
face de moi (sic), Anne de l’autre, mon futur copain André (sic),
sa vieille tante (sic) libraire qui a reçu Anne la première année
qu’elle est arrivée à Paris. Et tout ce beau monde, je vais les revoir. Si
c’est vrai qu’il faut être pistonné pour arriver quelque part, voilà ma chance.