Un Québécois à New
York
(MIND
THE GAP)
Roland Michel
Tremblay
Éditions T.G.

Voici un Extrait d'un Québécois à New York.
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sont distribués dans toute la francophonie : France, Québec, Belgique,
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livres ne sont pas sur les rayons.
Un Québécois à Paris et Un Québécois à New York sont
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Présentation de l’auteur
Roland Michel Tremblay écrit depuis qu’il a dix ans, sérieusement depuis
ses 17 ans. Il a écrit plus de 16 livres de tous les genres dont 5 sont publiés
à Paris. Il est également scénariste, recherchiste et consultant scientifique
pour la télévision et le cinéma. Il a une maîtrise de littérature française de
l’Université de Londres, Birkbeck College.
Il est né à Québec en 1972 et habite maintenant Londres.
Il a joué un rôle important au niveau du développement de la série
télévisée Black Hole High
qui passe en ce moment dans le monde entier et plus spécifiquement sur le
réseau NBC aux Etats-Unis et au Canada. Il a
également travaillé sur un film de science-fiction à gros budget d’Hollywood
nommé Prometheus Rising qui devrait
sortir d’ici deux ans. Enfin, il a travaillé en tant que Development
Producer sur un important documentaire à propos
d’Albert Einstein pour
Roland Michel a écrit plusieurs scénarios et synopsis de films et de séries
télévisées, et plusieurs compagnies de productions se sont déjà montrées
intéressées. Pour plus d’informations lisez son CV sur son site anglophone et visitez ses deux sites
francophones :
http://www.anarchistecouronne.com
http://www.lemarginal.com/pointdevue.html
Il a parlé récemment à la conférence Crossing Borders, Literary
Symposium à l’Université de Tulsa à Oklahoma à propos de ses écrits
et de la littérature québécoise. Il a également donné une entrevue importante à
propos de ses livres et Londres pour une série télévisée nommée Rose/Pink. Cela passera au Québec en janvier 2004 sur le Canal
Évasion et possiblement à Musique Plus/Much Music et
Télévision Quatre Saisons. D’autres articles et entrevues dont une à Radio-Canada peuvent être lus et entendus sur son
site dans la section Articles et Entrevues dans les Médias.
Dossier de presse en
trois formats :
http://www.anarchistecouronne.com/tremblayrmpresse.htm
http://www.anarchistecouronne.com/tremblayrmpresse.doc
http://www.anarchistecouronne.com/tremblayrmpresse.pdf
Du même auteur publié
chez aux Éditions T.G. :
Du même auteur publié
chez iDLivre Éditeur :
L'Anarchiste (Poésie), Denfert-Rochereau
(Roman), L'Attente de Paris (Roman), L'Éclectisme (Essai)
Pour plus
d'informations veuillez visiter le site de l'auteur ou le contacter:
www.anarchistecouronne.com et rm@anarchistecouronne.com
44E The Grove, Isleworth,
Middlesex,
Un Québécois à New
York © 2004, Roland Michel Tremblay
ISBN: 2-914679-12-2
Éditions T.G., Paris
pedro@textesgais.com http://www.textesgais.com
Un Québécois à New York
EXTRAIT (les 50 premières
pages de 270)
1
J’ai
passé la journée avec Renaud, il me faut l’éviter sinon je risque d’avoir des sentiments
pour lui. Il est vraiment temps que Sébastien arrive. Je pense que quelque
chose se passe. Il y a séduction mais nous sommes tous les deux dans une autre
relation. Il est impensable que je laisse Sébastien, et Renaud est, disons,
moins beau. Mais tout cela n’est-il pas relatif ? On parlait que je fasse un
strip-tease et qu’il me fasse un massage. Cela n’arrivera pas, mais si oui, ce
n’est pas moi qui dirai non. Le problème, c’est qu’il faut des sentiments pour
passer à l’acte, j’en ai, mais ils ne sont pas très forts. Le problème, c’est
que je ne veux pas les amplifier. Mais je ne veux pas de cul sans sentiment. Il
me faudrait me tenir tranquille, mais à chaque fois que je le vois, je le
désire un peu plus. On parle et je bande. Heureusement, il ne s’en rend pas
compte. On ne parle que de sexe, c’est affreux, et de
cela, on n’a pas l’air de s’en rendre compte.
Nous
sommes allés manger avec deux de ses amis, et c’était dur de ne plus pouvoir
lui dire ce que je voulais. Son copain, on l’a vu ce matin quand on est allés
chez lui prendre un café. J’ignore s’il s’imagine des choses ; il semblait ne
pas s’inquiéter outre mesure. J’ai lu ses dix pages sur la fidélité dont il
m’avait parlé. Ça semble plutôt être dix pages sur un gars qui lutte contre ses
désirs. C’est devenu une crise obsessionnelle. Le gars qui lui a permis
d’écrire ça, était, paraît-il, le plus bel homme jamais vu. Renaud voulait
coucher avec l’Apollon, Renaud l’a repoussé, et le regrette amèrement. Il
aurait mieux fait de coucher avec lui ; il aurait été inspiré pour écrire un
livre complet ensuite.
Renaud se
laisse séduire par moi, quelle erreur ! Je me laisse séduire aussi, quel
malheur ! Il ressemble tellement à Ed que je ne sais
plus faire
J’ai
l’impression que Renaud me fait oublier qu’il existe un univers extérieur à
Paris. C’est bien. J’aimerais m’en faire un vrai ami sans que cela aille
jusqu’au sexe. Les amis ne sont-ils pas doublement intéressants lorsqu’on les
désire ? Franklin et Antonin seront de vrais amis pour moi, et j’en suis
heureux. Croyez-le, j’ai l’impression qu’il est plus simple de se faire de
vrais amis sincères à Paris que n’importe où ailleurs. Ce me semble être des
gens intelligents, éveillés à la vie, simples et attachants.
Je m’en
vais à Pigalle, souper, que dis-je, dîner chez Franklin. Dorothée y sera avec
son bébé ; depuis le temps que l’on m’en parle, j’ai hâte de voir.
Je suis à
Je suis à
2
Anne
Hébert, une des plus grandes écrivaines du Québec qui vit maintenant à Paris,
sera le 9 février à
3
Je capote
littéralement. Je ne tiens plus à terre. Je viens de recevoir une invitation de
la directrice de
Je fais
des cauchemars toutes les nuits ; j’arrive dans des classes où les professeurs
me font comprendre que si je ne commence pas à étudier maintenant, c’est foutu.
Et là je regarde autour pour voir si Renaud est là, et Renaud n’est pas là. Et
je panique, car je ne fous rien. Et Sébastien qui arrive la semaine prochaine.
Mon beau petit ourson poilu qui arrive la semaine prochaine. Comme ce sera bien
de l’avoir près de moi, le toucher, l’embrasser, lui faire l’amour, ah ça,
aucun doute, je ne penserai même plus au petit Renaud.
La fin du
monde est à nos portes, c’est le 8 février, bientôt le mois de mars, le
calvaire aussi, je le sens. Aujourd’hui, je rencontre Renaud après mon cours de
M. Tapin. On se rencontre à Place de
4
Ma
journée a été illuminée hier soir tard, lorsque j’ai parlé avec Renaud. Je
savais bien que si je m’attendais à être illuminé, je le serais.
J’ai
présenté Renaud et Maurice avant le cours aujourd’hui. Je prends le risque,
lequel risque qu’il ne prend pas. Il s’est rasé lui aussi, le pauvre, ça
saignait encore. On va prendre un café... avec Maurice. C’est peut-être mieux
ainsi ? Un café, connerie, à Paris on passe notre vie à boire du café... et de
[
Aujourd’hui, il est venu dans ma chambre, mais nous sommes avec
Maurice, alors je ne sais pas si nous allons faire l’amour. Il n’a pas l’air
décidé. ]
C’est
Renaud qui a écrit cette phrase entre crochets. Il a lu mes écrits. J’ignore
s’il avait écrit autre chose, ça n’a pas enregistré. C’est du mépris cette
phrase. Et même si cela n’en est pas, je la veux méprisante. Je viens de relire
ce qu’il a lu. Je peux comprendre sa réaction. Il a fui et m’a fait comprendre
que Sébastien arriverait et que ce serait à moi de prendre une décision
ensuite. J’ai vu cela comme un échec et me voilà prêt à le balancer,
orgueilleux que je suis. Mais je crois qu’il est prêt à laisser son Habib pour
moi, puisqu’il me dit que j’ai une décision à prendre. J’ai même l’impression
que je lui ai fait comprendre qu’il était impensable que je laisse Sébastien.
Je regrette tout ce que j’ai fait. J’ai compris ce soir que je ne le voulais
pas, qu’effectivement il faudrait que je laisse Sébastien pour lui et que c’est
une décision que je ne pourrais prendre. Et du sexe, je suppose que ni lui ni
moi n’en avons besoin puisque nous avons chacun quelqu’un. Et ça aussi il me
l’a dit, qu’il était heureux et qu’il n’avait pas besoin d’aller voir ailleurs.
Plus personne ne lira ce que j’écris. Les gens connaissent soudainement ce que
je pense et moi c’est tout le contraire. Les gens changent toute leur façon de
voir les choses, changent leur comportement du tout au tout, et moi je dois
soudainement tenter de voir ce qui s’est passé, pourquoi ils réagissent de
5
Renaud
m’a téléphoné à 7 heures ce matin pour me dire d’arriver à l’avance au cours de
latin. Comme c’est drôle. Alors je suis arrivé 10 minutes à l’avance, en même
temps que lui. On s’est encore parlé sur papier, même s’il ne voulait pas, et
ça a été lourd. C’est moi qui commence à parler :
—
T’as fini de cruiser les filles ? Je sens que tu peux me faire des reproches,
je me sens mal à l’aise. Je m’excuse si je t’ai fait du tort, ce n’étaient pas
mes intentions. Si tu as quelque chose à me dire, vas-y, je suis prêt.
Il
m’accuse de me servir de lui pour compléter mon œuvre, et du coup de ne pas
être naturel ou sincère.
—
Hier, je voulais tout effacer parce que j’avais honte. Je ne me sers pas de toi
pour mon œuvre. En ce qui concerne la sincérité, il me semble que de t’avoir
laissé lire mes pensées est une bonne preuve de franchise. Surtout qu’il y a
certaines phrases que tu pourrais interpréter de façon différente. Tu crois que
je ne suis pas naturel avec toi ? Je ne comprends pas, je ne t’ai rien caché,
je ne joue pas un jeu avec toi. Si tu vois des contradictions d’avec mes
écrits, c’est bien simple, les choses évoluent. Ce que je pense la veille, le
lendemain je pense à autre chose. Et je sais qu’un jour Sébastien lira ces
écrits, alors je modère ce que je dis. En quoi ne suis-je pas naturel ou
sincère ?
Il
affirme que je n’agis qu’en pensant à ce que cela pourrait donner dans mes
écrits. Que ce n’était plus une fin, mais un moyen.
—
Tu radotes, je ne m’abaisserais pas à agir en fonction de mes écrits, sinon mes
actions seraient beaucoup plus éclatantes. Je sortirais davantage. Je n’arrive
pas à croire que tu dises ça. Si j’ai retranscris notre conversation sur
l’ordinateur, de prime abord c’est qu’il me fallait faire disparaître le papier
et que j’aimais relire notre conversation. Et puis, je ne peux pas me battre
contre toi, tu es libre de penser, mais ça me désole que tu penses cela. Et si
effectivement tu en es convaincu, je m’inquiète vraiment pour notre future
amitié. Je ne vais quand même pas me mettre dans des situations franchement
éprouvantes afin d’écrire une page ou deux dans mes écrits, c’est absurde. Au
contraire, je ne t’ai rien caché et je crois que toi tu ne m’as rien dit de
toi. J’ai l’impression que tu vas m’arriver avec une foule d’autres choses.
Mais je ne te cache pas que le but de mon existence, c’est d’acquérir des
expériences de toutes sortes, pas pour mes écrits nécessairement, mais pour me
faire avancer dans
6
Ma
relation avec Renaud devient de plus en plus bizarre. Il devient distant. J’ai
l’impression qu’il est sur le bord de me dire qu’il ne veut plus rien savoir de
moi. Je l’ai poussé à bout. Il y a des amis comme cela avec qui ça ne marche
pas, on a exagéré quelque part et le tout s’est envolé. Je dois maintenant
l’extraire de mes écrits, alors je lui ai fait un fichier à part, le Chapitre
Renaud. Il faut qu’il ignore que je n’ai rien effacé de nos conversations. Il
m’a demandé aujourd’hui si je regrettais de ne pas avoir couché avec lui. Je ne
regrette pas, mais j’aurais voulu lui dire que oui. Compromis, je lui ai dit
que c’était difficile de répondre à cause des conséquences d’un tel acte.
Sébastien arrive après-demain, je l’ai réalisé aujourd’hui, car je commençais
mon déménagement dans la chambre plus grande. Mon beau Sébastien, je suis
demeuré fidèle tant que j’ai pu. Une semaine de plus et c’en était fini, je
crois. À moins que Renaud ne soit qu’un
allumeur, et je le pense, parce que Maurice m’a dit que Renaud le
draguait dans son cours. Cours où, sur 12 gars, huit sont officiellement gais.
Il y en a partout, partout, partout. Le gars en face de ma chambre, il est
encore dans le placard. Il a vu tous les films gais que j’ai vus dernièrement,
moins Les Roseaux sauvages qu’il veut d’ailleurs voir. Il connaît de A à Z tous
les producteurs de films de notre siècle avec tous les acteurs, les titres, en
musique aussi, effrayant. C’est juste un indice de plus qui s’ajoute à la façon
bizarre qu’il a de regarder les hommes qui l’entourent. Il vivait avec un gai à
Ottawa, il fallait qu’il lui rase le poil du dos. Heeurk
! Peut-être qu’il aimait ça !? Mon nouveau voisin l’est aussi ; selon Maurice,
c’est écrit dans sa face, il est du type que l’on rencontre à Montréal. Il
étudie en théâtre. En plus j’en ai partout dans mes cours, le Renaud en a
dragué un au Queen qui est justement dans notre cours
de latin. Je lui ai demandé comment il avait pu draguer au Queen,
danser avec le gars alors qu’il désire rester fidèle ? Il a dit que ce n’était
pas une contradiction. Allumeur ! Allumeur ! Et il m’accuse de me servir de lui. C’est plutôt lui qui va se servir de moi
pour terminer sa nouvelle sur l’infidélité. Il en a écrit une page et
demie hier, et il en écrira autant aujourd’hui, puis ce sera terminé. Ça lui
prenait une heure d’écrire un paragraphe avant. Depuis huit mois il a beaucoup
de problèmes avec ses parents, ils sont en crise parce que l’enfant modèle de
la famille est gai. Ils lui ont proposé un psychologue, un psychiatre, une
automobile flambant neuve et n’importe quoi d’autre pour qu’il change
d’orientation sexuelle. Le meilleur, paraît qu’en ville il y a un imbécile qui
affirme qu’avec des pilules on peut redevenir hétérosexuel ; les parents de
Renaud l’ont exhorté à les essayer. Renaud a tout refusé, il ne leur dit
surtout pas que son copain est arabe, ce serait la fin du monde, ils sont hyper
racistes. Bref, Renaud est convaincu qu’ils vont être au courant bientôt ; il
croit que ses parents ont payé un détective privé pour enquêter sur son cas.
Quel beau roman tout cela ferait.
7
Sébastien
est encore sorti dans un bar tapette d’Ottawa hier. Il a été au restaurant Mother Tucker, a dû manger un
gros steak, il a reçu des roses aujourd’hui de ses amis, ils lui ont payé un
danseur nu hier. Ça m’a mis en christ. Tu vas dans une salle en arrière avec le
gars et il te fait un strip-tease. J’ai une certaine misère à croire que ce
strip-teaseur ne te touche pas, j’ai longtemps entendu parler que c’était du
sexe, que tu pouvais les toucher et les sucer. Sébastien me dit tout ça et il
s’imagine que je vais rire. Ça me donne juste envie de coucher avec le premier
du bord. Quel est donc le problème de ses amis ? Il part pour quatre mois, c’est pas la mer à boire ! Un strip-teaseur, pourquoi pas un
prostitué ? Quel genre d’amis a-t-il ? Ils veulent accélérer notre rupture ? Ça
va marcher, parce que moi les sacrifices inutiles j’en ai plein mon casque. Je
ne sors pas au Queen parce que mon Sébastien
paniquerait, il sort deux fois en deux semaines, il se fait même payer un
strip-teaseur. Le sacrifice est inutile, j’aurais mieux fait de coucher à droite
et à gauche, profiter de