OLD STREET

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Roland Michel Tremblay

 

 

 

 

 

44E The Grove, Isleworth, Middlesex, London, UK, TW7 4JT

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OLD STREET

         

          Jamais Londres ne m'a paru plus terne et misérable qu'aujourd'hui, pourtant c'est le printemps et le soleil n'a jamais été plus éclatant. C'est mon coeur je suppose qui est lourd. Après cette année sabbatique loin du monde merveilleux des conférences, voilà que j'y retourne de plein fouet à plein temps. Je ne me rends plus à Oxford Street, Dieu merci, mais à quelques milles plus au nord, à Old Street. Je ne vais pas travailler pour une multinationale monstrueuse sans queue ni tête, mais une petite compagnie familiale. Je vais être l'assistant de l'assistante du propriétaire qui a fini par marier le patron. Son nom est Dana et elle vient de l'État de New York. Je ne sais vraiment pas à quoi m'attendre aujourd'hui comme première journée, mais j'avoue avoir peur. De quoi au juste ? De ne pas aimer mon emploi, de découvrir que ce sera infernal ou ennuyant.  En tout cas, Old Street, c'est loin comme ce n'est pas possible. Je suis dans l'Underground, Piccadilly Line comme depuis les 7 dernières années, et le service ne s'est jamais amélioré. Londres est toujours aussi surpeuplé et les transports toujours dans un état de décomposition avancée. Les trains sont toujours remplis à craquer et cela n'est pas une figure de style. Je suis heureux que ce matin j'aie pu m'asseoir, mais j'ai pratiquement dû me battre avec une vieille folle pour avoir le seul siège disponible. Je n'ai plus aucun complexe d'avoir perdu toute gentillesse, politesse, morale ou éthique, moi les vieilles je les pousse et je m'assois. Elles n'avaient qu'à rester à la maison. Je suis tellement découragé, tellement déprimé de recommencer à travailler que je pense que je vais recommencer à penser au suicide. Ce n'est pas tant ma vacheté qui est le problème, mais bien que j'aie beaucoup de travail à faire sur mes projets personnels comme entre autres ma philosophie et ma physique théorique, et travailler au centre de Londres arrête tout cela d'un coup. Tous mes projets demeurent en chantier pendant des années, sans que j'aie la chance ou la motivation même de les contempler de loin. J'ai cherché un emploi amusant, près de chez-moi qui ne paie rien du tout, mais je n'ai pas trouvé. En fait, après six mois de recherche intense d'emploi, ce poste d'administrateur de conférences est le seul emploi que j'aie pu décrocher. C'est tout de même un compromis, je ne dois pas écrire de conférence, les rechercher ou les produire, je dois juste les administrer. Mais voilà, si je savais ce que cela signifiait, je me sentirais déjà mieux, ou pire selon les circonstances.

 

          Avant j'étais beau, jeune et gentil, cela m'ouvrait toutes les portes. Aujourd'hui je suis un peu gros, j'ai perdu ma jeunesse avec mes 29 années toutes comptées et je ne suis plus gentil. Je suis un monstre de prétention qui manque énormément de patience et qui ne sait plus cacher sa rage contre l'autorité et la hiérarchie. Bref, je suis devenu un véritable anarchiste alors que je me souviens très bien que je ne l'avais jamais été dans le passé. Je n'ai pas envie d'être là au travail et je sens que cela paraîtra, ils le sauront, et je sens que cela explosera. Pourtant, ils semblent gentils, tranquilles, et puisqu'ils sont propriétaires, jamais je croirais qu'ils veulent mourir à la tâche ? D'autant plus qu'ils n'ont aucune pression d'un être supérieur dans l'organisation, qu'un employé comme moi n'a jamais rencontré dans le passé, et qui leur dit : on veut plus de millions !!! Cependant, quelqu'un ne réussit pas dans sa propre compagnie sans travailler comme un malade, toute sa vie est en jeu si un seul flop survient. Ce doit être une passion, une obsession et j'ai peur que ce sera un enfer. En tout cas, Nigel, le proprio, ne semble que vouloir parler de son succès, de leur première position dans les marchés parce que la compétition vient de faire faillite, et comment intelligent, beau et fin il est. Eh bien, si les gens aiment ça se payer des employer juste pour se redorer l'ego, il va falloir que je m'adapte et accepte son radotage tout en le flattant et en amplifiant son succès. Merveilleux. Tout simplement merveilleux.

 

 

          Ma première journée est enfin terminée. Tel que prévu cela est un enfer. 56,000 choses à faire et trop peu de temps pour les faire. Je suis déjà enregistré pour une demie douzaine de voyages à travers l'Europe dont Paris, Budapest, Malta et les États-Unis. Avec mon statut d'immigrant illégal j'ai manqué tomber par terre. Ce qui n'a pas aidé mon coeur est que ma directrice m'a invité au restaurant ce midi et je l'ai bombardé de questions personnelles : son mari propriétaire, ses deux enfants, sa vie depuis son enfance. Alors elle s'est retournée pour me dire que, puisque nous en étions aux questions personnelles, est-ce que j'étais encore marié, pourquoi je ne portais pas mon jonc de mariage (et bien sûr, sans le dire vraiment, étais-je ici légalement ou non ?). Eh bien, j'ai failli faire un infarctus. Je lui ai dit que j'étais séparé mais encore marié, alors que je suis divorcé depuis 3 ans. Alors elle voulait savoir ou l'on s'était rencontré ma femme et moi, si elle habitait encore en Angleterre et pourquoi nous étions séparés. Merde, pire que les agents d'immigration lorsque je reviens au pays. Je lui ai dit que ma femme habitait le nord de Londres près du cimetière de Highgate et qu'elle était heureuse (alors qu'elle habite maintenant la France et que je n'ai aucune idée où). Comme si je n'avais pas suffisamment menti à m'enfoncer dans un  trou sans fond, je lui ai dit que ma femme avait deux enfants maintenant (mais pourquoi lui ai-je dit cela !) alors bien sûr ça a été le choc absolu. Est-ce que ce sont tes enfants ? m'a-t-elle pratiquement crié. Je l'ai rassurée en lui disant que non, ils étaient d'un autre et que c'était là une des raisons que l'on n'était plus ensemble. Vous vous imaginez ? L'histoire rocambolesque, je la vois déjà courir à son mari ce soir pour lui lancer tout cela par la tête, sans compter l'épisode sur le fait que je sois séparé et donc j'habite l'Angleterre de façon illégale. Oh mon Dieu, dans quel pétrin me suis-je mis.

 

          Cependant nous avons passé une heureuse journée ensemble, nous avons beaucoup discuté. Je pense qu'elle pense que je me suis bien intégré (mets-en, j'ai déjà pris le contrôle de toute une conférence qui aura lieu à Paris dans deux mois.  Mais une heure a été bien insupportable lorsque son mari Nigel est venu nous déblatérer comment attirer les conférenciers, quelque chose que je connais depuis 5 ans. Encore une fois j'ai dû souffrir son Ego et sa prétention, et, drôle à dire, selon lui ce sont ces seules qualités qui attirent les conférenciers. Un peu plus tard le directeur des finances m'a accroché à la sortie des toilettes. Lui aussi se pense meilleur que le pape et croit que sa compagnie est la meilleure du monde, surtout depuis que les concurrents sont capoutes, et il s'assoit sur ses lauriers en attendant la fin du monde. Si je réussis à me maintenir ces quelques mois sans me tirer une balle dans la tête, je chie par terre, autrement dit cela me surprendrait. Je cherche déjà les portes de sorties, lorsque j'ai avoué à Dana être séparé et que je comprenais dans ma tête mon erreur monumentale, j'éprouvais tout de même une certaine satisfaction à l'idée qu'ils pourraient bien me mettre à la porte demain matin. Si je n'avais pas la certitude que j'arrêterais de travailler là à la fin de l'année à cause de mon visa, j'aurais démissionné aujourd'hui même. Mais cela, je ne puis le dire à Stephen, mon copain qui m'attend maintenant à la station de train Brentford et qui se lamentait qu'il n'aimait pas revenir à l'appartement alors qu'il n'y a personne. Il m'a téléphoné 6 fois aujourd'hui au bureau, la directrice n'est pas folle, ça ne prendra pas de temps pour qu'elle réalise que mon colocataire est mon copain.

 

 

          Je suis passé par Victoria ce matin parce que Stephen devait aller en Écosse, plus précisément à Edinburgh. Cela m'a rappelé de mauvais souvenirs, lorsque je travaillais à Victoria. Eh bien, maintenant que je suis dans le train de Victoria jusqu'à King's Cross, je me sens encore plus misérable que jamais je ne l'ai été lorsque je travaillais à Victoria ou Oxford Street. Je rêve encore que la destinée me sauve de cet emploi pourri, mais c'est trop demander. Il faudrait un miracle, genre une soucoupe volante avec des extraterrestres en manque de sujets à étudier. J'aimerais bien mieux me faire ouvrir le cerveau à la scie par des extraterrestres que d'aller à Old Street dans le nord-est de Londres. Véritablement, je pense au suicide. Je le contemple de plus près chaque minute. Comme s'il s'agissait là de ma seule porte de sortie, mon seul moyen de ne pas travailler dans les conférences. En plus, chaque conférencier que je trouve doit absolument être le top de sa compagnie, il ne doit pas faire partie de l'industrie des hautes technologies et je dois d'abord avoir l'accord du patron. Juste ma chance, tomber sur un malade qui veut tout contrôler et qui rend notre emploi impossible. Tu confirmes des conférenciers déjà difficile à trouver que tu dois ensuite annuler, pour de vagues raisons.

 

 

          Ah mon Dieu ! Je suis mort ! Il est 21h15, je suis encore à la station Old Street. À Bank je dois changer pour aller à Waterloo et je sais très bien qu'il n'y aura pas de train pour Isleworth. Je vais arriver à l'appartement à 23h, ma journée a été de 14h30 alors qu'il n'y avait rien de spécial autre que de me présenter le conférencier le plus téteux jamais observé dans mes cinq ans dans le monde des conférences. Et lui aussi a été lavé du cerveau, et j'ai dû me payer 4 heures de : la compagnie est la meilleure compagnie du monde, nulle part ailleurs dans le monde une compagnie de conférence n'est aussi professionnelle et extraordinaire, la compagnie est le chef de file mondial de toutes les compagnies de la planète. Vous croyez que cela ne me tue pas, lorsque les preuves que l'on me donne sont le standard minimum que j'ai donné à toutes mes conférences ? Et le pire, est que ce conférencier téteux, qui n'a rien d'autre à faire que de passer ses 28 jours de vacances par année aux 13 conférences que nous organisons, le patron l'a finalement embauché ! Un malade comme ça, moi, je ne les réinvite jamais, eux ils les engagent. Il est clair que son intérêt à ce Conférence c'est ma directrice, la femme du propriétaire. Et non seulement ça crève les yeux, mais en plus il la drague ouvertement devant tout le monde. Quelle écoeuranterie ! L'univers des hétéros, moi, ça me fait vomir. Cependant, notre chère directrice Dana est une fag hague, tous ses amis semblent être gais, ses meilleurs amis aux États-Unis du moins. Et je pense qu'elle a la finesse nécessaire pour reconnaître que je suis gai moi aussi, ainsi je ne crois pas pouvoir lui mentir trop longtemps. Mais je vais faire mon possible. Un Australien au travail, qui est resté jusqu'à 20h et qui semble être un bon ami de Dana, me semble pas mal gai. Beau en plus malgré ses 37 ans. Mais je suis bien certain qu'il est inaccessible ou qu'il ne s'intéresserait pas à moi. Et de toute manière cela m'arrange, je ne veux plus de ces faux espoirs et ces aventures extraconjugales, j'aime bien mon Stephen. Et puis il travaillera de nuit à partir de dans deux semaines, il travaille dans les ventes de conférences américaines. Je semble bien m'entendre avec Dana, ce qui est bien bizarre, d'habitude je ne devrais pas m'entendre avec les directrices, en tout cas il y a peu de chance que je m'entende avec le proprio, je gèle complètement lorsqu'il approche. Et s'il me parle, je suis comme un robot qui écoute et qui tente de le regarder sans bouger, sans cligner des yeux, si bien que ça me fait mal et il doit bien voir mon air ahuris et mon sourire qui descend vers le bas de chaque côté.

 

          Je suis maintenant dans le train, en route vers Isleworth. J'avais oublié que de prendre les transports publics est souffrant parce qu'il y a plein de beaux jeunes hommes virils un peu partout, et tu viens qu'à penser que tu manques quelque chose. D'autant plus que ma vie sexuelle en ce moment est nulle, à cause des problèmes de drogue de Stephen. Ça me donne envie de me lancer dans une diète du tonnerre et de recommencer à sortir. Surtout que je serai appelé à voyager un peu partout en Europe très bientôt. Mais cela ne fonctionnera pas, je n'ai pas la motivation. Je n'ai plus motivation à rien, et arriver à la maison à 23h n'aide pas ma crise existentielle. Je suis au moins satisfait de ma journée, j'ai repassé en revue et corrigé les 600 erreurs qui s'étaient glissées dans les informations relatives aux 65 délégués de ma première conférence. Les gens se foutent tellement des détails. Je suis peut-être suicidaire, je suis peut-être illégal, mais au moins j'ai une conscience professionnelle. Et mon plus grand danger en ce moment, c'est une des filles responsables des ventes, une française vraiment bitch prête à exploser à tout moment. Je pense qu'elle a besoin d'être déviergée au plus sacrant, mais je pense que même satisfaite sexuellement elle serait une tabarnack de poufiasse mal sortie du trou du cul de sa mère. Elle est la Française frustrée typique modèle, la raison pourquoi je ne regrette pas d'être à Londres plutôt qu'à Paris. Bien que je n'aie pas trop le choix de toute manière, je ne serais pas plus légal en France, sans moyen de fourrer le système comme à Londres. Alors je prie au moins la France de garder ses bitches frustrées à la maison plutôt que de nous les bombarder à Londres. Je sens que les problèmes avec Carla commenceront bientôt, mais je pense que je n'ai pas trop à m'en faire, elle s'est déjà mise à dos bien du monde dans le département des ventes, alors je réussirai facilement à la blâmer pour notre prochaine guerre inévitable. Cela n'enlève rien au fait que je devrai transiger avec elle, puisque je suis responsable des conférences françaises.

 

 

          Je suis un vrai zombi. Je m'en vais au travail ce matin en métro plutôt qu'en voiture et malheureusement  c'est bondé et je ne puis m'asseoir. Je vais commencer à prendre l'auto pour moins souffrir l'enfer de travailler si loin, d'autant plus qu'il y a un stationnement public près d'ou je travaille qui ne coûte que £ 5.

 

 

          J'en ai appris davantage aujourd'hui sur les dessous de la compagnie. Non seulement celui qui est en charge de la compagnie est gai, mais en plus tous les anciens employés l'étaient. Environ une douzaine. Le seul qui ne l'était pas est parti, il était homophobe, et il est la raison du pourquoi j'ai cet emploi. En effet, il était trop négatif, il passait des commentaires anti-gais devant les employés gais et il ne s'entendait pas avec la fille que je remplace, voilà pourquoi elle est partie. Aujourd'hui ma directrice me racontait l'histoire de la compagnie et tous les gais qui y travaillaient, et comme je ne peux pas lui dire que je suis gai sans confirmer que je suis au pays illégalement, je réagis toujours bizarrement lorsqu'elle me raconte ses histoires. Si bien qu'elle a cru que j'étais homophobe et qu'elle m'a sermonné pendant 20 minutes à propos de l'autre homophobe et que si j'avais un problème avec cela, elle allait me mettre dehors. N'est-ce pas ironique. Comment j'ai pu lui paraître homophobe en tentant de lui cacher mon homosexualité me dépasse complètement. Je pense que je lui parle trop et on ne travaille pas trop fort. Je crois qu'elle va commencer à me le reprocher. Ce genre d'attitude est acceptable le entre employés de bureau qui n'en ont rien à foutre des résultats des conférences, d'autant plus que je ne tire aucun profit peu importe s'ils font une fortune ou rien, mais avec la femme du patron qui possède également un pourcentage de la conférence, cela ne se fait pas. Je pense aussi que sans son mari la compagnie s'écraserait en un rien de temps car il est bien trop responsable de tout. Or, s'il se tue dans un accident de moto (il n'a qu'un permis de moto et il stationne sa moto dans le stationnement ou je vais mettre ma voiture), elle sera très mal prise. Comme il a de grandes chances de faire un accident, c'est une possibilité qu'il faut garder à l'esprit. De toute manière, sans lui tout irait mieux. Je m'entends très bien avec sa femme, et je serais bien plus ouvert avec elle si c'était elle qui prendrait les décisions. Elle me semble bien compréhensive et prête à aider, mais pas son mari, lui, seul la logique compte. Son argent et son succès. Et le pire de toute cette histoire est que je n'ai pas l'impression qu'il est si social, pourtant il est dans l'emploi ou le sociale est primordiale. Je me demande parfois si sa femme, ce n'est pas une question d'image. Elle prend sa voiture, il prend sa moto, alors même qu'il ne me semble pas du genre à rouler en moto ou style aventureux. En plus ils sont bien séparés au bureau, ils travaillent dans des bureaux différents et ne se voient pratiquement jamais. Ils communiquent par téléphone alors qu'ils sont dans des bureaux collés l'un sur l'autre. Et je me demande bien ce qu'il pense des amis gais de sa femme. Peut-être que sa tête est tellement dans les affaires et sa compagnie qu'elle ne s'est jamais rendu compte que tous les jeunes que sa femme engageait étaient des petits efféminés mignons attentionnés qui aiment Barbra Streisand. Bien que je n'aie pas l'air gai, elle s'est encore arrangée pour en engager un autre. Et les pauvres, ils ignorent encore ce que je vais leur demander au bout de mes huit mois, c'est-à-dire de continuer à travailler pour eux dans un autre pays ou leur demander de me procurer un visa de travail. Mais je n'ai aucun doute que la destinée m'a conduit dans cette compagnie, c'est trop parfait comme situation, ça crève les yeux. Je n'aurais pu mieux tomber.

 

          La personne la plus fascinante de la compagnie est la vieille Allemande que j'ai encore réussi à insulter à cause de mes préjugés. Elle est née en 1941 en Allemagne, durant la Deuxième guerre mondiale, et paraît avoir au moins 70 ans (sans doute elle ment sur son âge réel). Comme la compagnie organise des conférences en France, au Royaume-Uni, aux  États-Unis et en Allemagne, nous avons quatre départements des ventes qui parlent quatre langues différentes (le british et l'américain étant des langues différentes) et qui forment à peu prêt la compagnie au complet. Car c'est tout ce que l'on a, un département des ventes. Le proprio, sa femme et l'autre qui a également son pourcentage sont ceux qui s'organisent de tout le reste, avec moi comme administrateur, marketing, coordinateur, réceptionniste, inviteur des conférenciers, vidangeur, etc. Alors c'est un peu la guerre entre les Français et les Allemands. Et il semblerait que les Allemands ont gagné la guerre avec une telle figure de proue, il faut voir le petit tyran qu'est Madame X, une vraie petite Hitler en puissance. Hier il m'a réprimandé parce que je dérangeais tout le temps les vendeurs, dorénavant il me faut aller la voir de façon exclusive. À cause d'elle et de ses règlements pour tenir un groupe de vendeurs tellement démotivés qu'ils sont hors de contrôle, je n'ai pas le droit de mâcher de la gomme, ni d'ouvrir mon téléphone mobile, et si je fumais, je n'aurais pas le droit aux pauses cigarettes. Quoi d'autres ? La liste des règlements et des politiques internes n'en finit plus, ils en ont écrit un livre complet. Ce qui n'aide pas est que toutes les conférences sont à propos justement de règlements internes pour surveiller et punir les employés qui dérogent aux règles. Alors vous imaginez bien que ce ne sont pas les règlements qui manquent. Bref, jamais le droit de boire ou de fumer en présence des délégués, surtout pas le droit de sortir avec eux au pub ou de coucher avec eux. Plusieurs se sont fait mettre à la porte dans le passé. Être en état d'ébriété, peu importe ou et comment, et beaucoup plus dérangeant, si je suis en retard une seule fois, je suis à la rue. En contrepartie d'un tel régime de prisonnier, tu aurais cru que lorsque 17h30 sonne tu aurais le droit de t'envoler, eh bien non. Ce soir, si la directrice n'avait pas été arrêtée par une visite surprise d'un client ou vieil ami dans la soirée, je serais demeuré au travail jusqu'à 23h pour nettoyer les 500 pancartes de la compagnie à l'aide de pétrole à briquet. Car pour elle, nettoyer des pancartes n'est pas rentable, ce n'est donc pas du travail et cela doit être fait en dehors des heures de bureau, heures supplémentaires non payées. Elle se plaît à nous considérer comme de la famille et non des employés, et je comprends bien pourquoi, seule la famille peut ainsi être exploitée à outrance sous des prétextes bien mesquins de survie de la famille, obligations morales, etc. Voilà bien pourquoi tous les petits gais qu'elle a embauchés ont tous joué son jeu et ont sans doute travailler double temps pour des salaires misérables, sans compter que, d'après ce que j'ai pu comprendre, souvent leur partenaire aidaient également. Sinon, comment pourrait-elle ainsi me parler autant des partenaires de ses employés comme si elle les connaissait si bien ? Ah malheur, dans quoi ai-je embarqué ? Elle n'en finit plus de me dire de ne pas faire ceci ou cela, et elle m'annonce qu'elle aura une copie des règlements pour moi très bientôt. J'en suis à souhaiter que quelque chose d'effrayant se produise dans sa vie ou dans la compagnie pour qu'ils reviennent tous sur terre et oublient leurs petites idées de contrôler chaque minute de notre existence. C'est simple, nous sommes tous les deux seuls dans ce bureau et pourtant elle ne m'a jamais laissé seul plus de dix minutes. Même lorsqu'elle va acheter un sandwich, ce qui me laisse penser qu'elle doit courir comme une folle. De quoi a-t-elle peur? Que je vole leur base de données de 11,000 noms? J'ai déjà une base de données 50 fois plus grande, amassée chez tous leurs compétiteurs pour lesquels j'ai travaillé. Je pensais leur donner en cadeau mais plus maintenant. Ces employeurs ne le méritent pas.  Hier je me suis couché à 4 heures du matin parce qu'un producteur de télévision de Los Angeles me demandait si mes idées sur la physique permettaient de voyager dans le temps et comment on pourrait renouveler le sujet. Or, si j'annonce cela à la proprio aujourd'hui, je pense qu'elle me mettrait à la porte sous prétexte que je suis tant fatigué qu'il m'est impossible de me concentrer sur mon travail fastidieux et répétitif d'entrée de données dans l'ordinateur. Et elle aurait raison. Je ne ferai pas grand-chose aujourd'hui à part boire du café et courir bailler aux toilettes. Heureusement que ce soir sa petite soirée surprise au pétrole de briquet est remise à la semaine prochaine, car sans avoir d'urgence, sans être dans le jus (ce qui arrive 13 fois par année chaque fois qu'une conférence survient), elle se serait déjà organisée pour me garder deux soirs sur cinq jusqu'à très tard le soir. Qu'est-ce que cela sera lorsqu'une conférence se produira? Du 80 heures par semaine? Je n'ai aucune misère à le croire.

 

 

Me voilà qui m'en vais à Budapest pour une semaine, je vais à une conférence de moins de 100 personnes, pourtant l'organisation et l'équipement que l'on emporte semble suggérer qu'il y aura quelque chose comme 3000 personnes. Nous arrivons deux jours à l'avance pour tout préparer et vérifier alors que tout mes Conférence passées, la préparation s'est toujours fait le matin même de la conférence. Et nous n'avons jamais eu de problèmes. Je pense qu'il y a qualité et il y a parano, et je vais payer le prix de cette parano. Selon leur horaire du temps, je vais travailler 12 heures en ligne pendant 4 jours pour une conférence de 100 personnes ? C'est à mourir de rire. Mais rien n'est laissé au hasard, et je ne peux tout de même pas me plaindre, moi qui s'est tant lamenté, dans mes premiers jours en production, du peu d'organisation et d'aide que la compagnie m'offrait tout en chargeant des milliers de livres aux délégués. Je n'ai jamais vu la Hongrie et cela faisait longtemps que je voulais y venir. J'ai emporté ma caméra et un peu trop de bagages, le patron a failli faire un infarctus, nous étions supposés ne rien emporter pour pouvoir prendre l'équipement de la conférence avec nous. Moi il me faut ma trousse de maquillage, mes chandelles et mes pantoufles, sinon je ne voyage pas. Je blague, je n'ai pratiquement rien emporté, mais ma valise est tellement grosse et lourde que je pense qu'elle pèse à elle seule la limite permise sur les ailes de Malév.

 

Moi qui déteste l'autorité, avoir ton patron et sa femme qui est ma VP surveiller tout ce que je fais et dis n'est pas facile. D'autant plus que je viens de commencer et j'ai peur de leur laisser une mauvaise impression. J'aime bien Dana, elle est un peu folle, au sens des femmes qui, comme elle dit, ont besoin d'un niveau élevé de maintenance. Le mari, Jon, est beaucoup plus pratique, ne perd pas de temps, va droit au but. George lui est parti avant nous, c'est moi qui l'ai reconduit à l'aéroport pour qu'il puisse aller retrouver nos boîtes coincées aux douanes de la Hongrie. Il a fallu leur donner 500 livres aux douaniers pour qu'ils nous laissent passer. La Hongrie semble fonctionner à coup de pots de vins et je ne comprends pas pourquoi un pays peut tolérer cela, il me semble qu'ils envoient un message très clair au monde entier, qui est ne faites pas d'affaires chez nous, n'investissez pas en Hongrie, car nous allons vous compliquer la vie, vous empêcher de faire des affaires et d'emporter au pays ce dont vous aurez besoin et nous ne fonctionnons qu'à l'humeur et au montant d'argent que vous serez prêts à nous donner en dessous de la table. Eh bien, je transmets le message ici, ne faites pas des affaires avec la Hongrie, dès la porte d'entrée vous sentirez la corruption qui semble empêcher quiconque de faire des affaires. Nous avons presque fait un accident lorsque je suis allé porter George à l'aéroport de Gatwick, il avait oublié son passeport chez lui et nous avions moins de 2 heures pour l'emporter à l'avion. En arrivant à Gatwick nous nous sommes rendus comptes qu'il fallait plutôt aller à Heathrow ! Nous avons donc rouler à 80 milles à l'heure jusqu'à l'autre aéroport et voilà, il a attrapé son avion à cinq minutes près et nous avons sauvé la conférence. Donc je me sens déjà mieux.

 

 

George est du style très fatigant et je m'emmerde grandement à lui parler. Il est très gros et il se prend pour le nombril du monde. Pourtant je l'imagine mieux comme le bouchon d'égout du monde. Si toute la merde de la planète se mettait soudainement à disparaître dans un trou, il serait ce qui ne passerait pas dans le tuyau et ainsi empêcherait la merde de quitter ce monde. Il est un passionné de scooters et apparemment fait beaucoup d'argent pour s'acheter une tour gigantesque de £ 260,000. Il travaillerait dans les Conférence par pur plaisir.

 

Il n'a pas arrêté de se lamenter sur le comment ma Renault 5, ma nouvelle voiture que j'ai payé £250 la semaine dernière, est de la bullshit. Lui il a deux Rovers et une qui était à l'origine une auto de course. Rover est la seule marque automobiles britannique et la moins bien classé sur tous les marchés et à tous les niveaux. Qu'il ne vienne  pas me faire chier, le gros calice. Moi qui étais si fier de ma petite Renault, depuis que ma christ de Volvo m'a laissé tomber la semaine dernière. En plus, je l'ai laissé conduire parce qu'il était trop fatigant, il me disait sans cesse de passer sur les rouges ou d'utiliser les voies d'autobus et de dépasser le monde, alors je l'ai laissé conduire et il a failli nous tuer. Il n'avait pas vu la grosse BMW gigantesque sur le M25

 

Enfin, heureusement, nous avons sauvé la conférence.

 

George n'avait pas tellement l'air content du comment les employés sont traités à la compagnie, mais comme je n'ai pas encore vraiment goûté à ce qu'il y a de négatif et qu'il n'a pas voulu m'en dire plus, j'ignore encore à quoi m'attendre.

 

L'autre avec qui je voyage est une Française de Nord-est de la France qui parle très bien l'Allemand et qui est d'une gentillesse et d'une personnalité extraordinaires. Elle sourit tout le temps, travaille comme dix et est toujours prête à t'aider. Comme si, pour compenser les manques chez certains qui ne se comprennent plus et qui par conséquent rendent notre vie insupportable, il fallait d'autres qui se sacrifient pour tout et chacun avec le sourire immanent en plus.

 

 

L'autre vient de l'Irlande du Nord, et bien qu'il soit très laid dans sa grandeur et sa minceur et face irlandaise bizarre, je n'ai jamais vu plus beau et plus excitant. Il ne semble pas intelligent, pourtant il l'est. J'aurais tant aimé partager ma chambre avec lui plutôt qu'avec le directeur général qui pue de la bouche et qui a un corps qui dégage une senteur nauséabonde, en plus il ronfle. Mais on ne peut pas tout avoir. Ryan est tellement beau que mon coeur bat juste à le voir, cela fait très longtemps que je n'avais pas éprouvé quelque chose d'aussi intense. Mon seul problème, il a une blonde.... un détail. Voilà, l'amour de ma vie est hétéro, il sort avec une fille d'Afrique et je n'ai aucune chance.

 

 

 

Cinq minutes après être arrivé à l'hôtel Hilton de Budapest, nous étions déjà dans la préparation de la conférence. Il fallait absolument que le patron nous pousse dans le dos comme un fou et si j'avais le malheur de ne rien faire pendant 30 secondes, le voilà qui fatiguait et qui semblait ne pas trouver cela normal. Il fallait remplir les cartables si rapidement que même moi qui suis d'ordinaire très rapide, étais trop lent pour lui et j'ai fait des erreurs. Donc tout son stress et sa pression ne fait multiplier les erreurs. Après nous avons eu une longue et pénible morale sur ce que nous devins faire et surtout ne pas faire à la conférence. En particulier nous ne devons jamais parler négativement de la conférence, ne jamais donner la liste des délégués, ne jamais se retrouver en état d'ébriété et surtout, ne jamais coucher avec les délégués. Deux bières ce soir au restaurant Pierrot, et la fatigue, j'étais comme saoul et j'avais l'air cinglé. S'il y avait eu un gai dans le tas, c'est certain que j'aurais fait l'amour avec. Ils m'ont regardé  bizarrement toute la soirée, il faut dire que  ma conversation avec la Française était très animée. Avec les Français ça devient vite philosophique et métaphysique, et comme ce genre de conversation ne se produit jamais avec les Brits, les Canadiens ou les Américains, cela m'a été comme une grande bouffée d'air frais. Alors qu'ils croyaient que j'étais saoul, il fallait pourtant se rendre à l'évidence, je n'ai eu que 2 verres de bière, je ne pouvais pas être saoul. C'est qu'ils ignorent les pauvres qu'il ne me suffit que de trois verres pour que je me mette à danser sur les tables.

 

Le patron avec qui je partage ma chambre s'appelle Henry. Sa mère s'appelle Lady X (je vais taire le nom ici) et est très très près de la reine Élizabeth II. Alors Henry rencontre souvent la reine et soudainement, bien que je ne rencontrerai jamais la reine, j'ai tout de même un moyen pour lui communiquer quelque chose. Une phrase, une idée, quelque chose d'important. Mais voilà, quoi ? Voilà que j'aurais enfin ma chance de rencontrer la reine, avec tout ce que j'aurais toujours voulu lui dire après toutes ces années à travailler dans sa cour arrière à Victoria (enfin, de mon bureau je voyais son jardin et je la voyais atterrir en hélicoptère ou je la voyais arriver en voiture avec sa suite) et je me retrouverais devant elle avec rien à lui dire ?  C'est cela l'ironie de la vie. Et si je n'avais rien à lui dire, c'est peut-être qu'elle est devenue si insignifiante que ça ne vaut pas la peine. Elle a toujours été comme un robot sans âme, elle est pire qu'un Vulcain dans Star Trek, elle n'a aucune émotion. Henry me dit que les parents de sa mère étaient les Earls of X et X. Il semble avoir peur qu'on pense qu'il est snob, et lorsque je lui ai posé une centaine de questions et que je lui ai dit que je n'en avais aucune pour le patron, il m'a dit que c'était parce que j'étais snob.

 

 

          Ah, ma deuxième journée est enfin terminée. Ce fut un enfer, j'ai fait plein d'erreurs et je me suis aliéné pratiquement tous les employés de la compagnie, certains membres de l'hôtel qui parlent maintenant dans mon dos, et certains conférenciers. S'ils ne me mettent pas à la rue, je devrai me mettre moi-même dehors. Demain la journée sera de 18 heures, alors je m'en vais me coucher.

 

 

          Je suis à Budapest depuis maintenant 3 jours et mes 2 dernières heures ont été consacrées au comment me suicider. J'ignore si c'est la fatigue, la tête des délégués qui n'a guère changé en 5 ans ou mes collègues que je ne puis plus sentir. Cependant je pense que c'est plus profond que cela, c'est toute mon existence qui réalise qu'elle n'a pas de but ni de motivation pour continuer. Je n'ai plus cette impression que j'avance sur la ligne de l'expérience et que j'apprends des choses qui m'emmènent bien plus loin une fois apprises. Je suis d'autant plus convaincu que la vie de l'humain n'a pas plus de valeur ou d'importance de celle de n'importe quel animal ou insecte et à ce titre, pourquoi vouloir souffrir plus longtemps alors que je puis si bien en finir maintenant. Je ne crois plus non plus que les suicidés de la société errent dans les autres dimensions d'univers parallèles, le monde des morts, à la recherche d'une vie qu'ils auraient dû vivre alors que maintenant ils doivent observer leurs proches vieillir et mourir lentement. À vrai dire, je ne crois plus à aucun mot qui soit sorti de la bouche d'un humain ou d'un livre, peu importe l'aura divine, mystique ou ésotérique du livre en question. Quand tu crèves, c'est comme fermer un ordinateur, il n'y a plus rien. Pas d'âme, pas de monde des morts ou peu importe, et si j'ai tort, tant pis. La seule raison au pourquoi je ne me suis pas encore suicidé est simple, je n'ai pas encore trouvé le moyen parfait qui me convienne.

 

Je n'ai plus envie de parler de mes collègues, c'est sans intérêt. Je me fous de leur existence pourrie et de leur ego infini. Je ne m'entends avec pratiquement aucun d'eux, je les méprise tous sans exception, et je me demande si c'est moi le problème ou si ce sont eux. Ils sont trop près des réalités, la vie est trop sérieuse pour eux, trop compliquée. Ils appartiennent au monde des vivants alors que moi j'appartiens au monde des morts.

 

 

Je prenais des photos de la fenêtre de ma chambre d'hôtel, des délégués sirotant leur bière à la soirée organisée par la compagnie. C'est alors que le Directeur général est entré dans ma chambre. En me voyant courir sur mon lit en sautant par-dessus le sien, Henry s'est écrié, je t'ai surpris ! En effet, il m'a bien surpris, mais il n'y a pas de mal. Cependant il racontera cela demain à tout le monde, je commence à le connaître. Et déjà il va raconter cela aux propriétaires ce soir. J'ignore ce qu'ils feront de cette histoire, c'est une bourde de plus à ajouter à toutes celles que j'ai faites. Il n'y a pas d'espoir avec moi. Dieu que cette soirée m'a emmerdée ! Je déteste le social, je déteste parler de la pluie et du beau temps avec les gens, et quelque chose me dit qu'à part certaines grosses têtes, la plupart déteste cela également mais n'a pas le choix d'être là parce que c'est leur travail d'apprendre comment faire leur travail et maximiser les profits, ou alors de vendre à ces autres et maximiser les profits. Alors tout ce bon peuple se ramasse dans les endroits les plus exotiques comme Budapest et tous détestent cela pour mourir. Apparemment il y aura un débriefing de retour à Londres ou l'on me dira tout ce que j'ai fait de pas correct et comment je peux m'améliorer dans l'avenir, à moins que l'on ne discute mon renvoi. La conférence n'est pas terminée, je risque encore de faire la plus grosse gourde demain, j'ai encore 18 heures pour la faire.

 

J'ai parlé avec un gros prétentieux qui croit tout savoir, j'ai entendu mon patron faire sa présentation, j'ai rencontré une folle qui a très bien su manipuler tout le monde à son avantage, et mes patrons plier et ramper à ses pieds. J'ai vu des petites frustrées frigides qui ne se laissent pas draguer facilement par les beaux jeunes hommes, leur mari n'est jamais très loin dans les conversations, il vient d'habitude à la troisième phrase. J'ai vu des vieux qui sont sans doute retraités ou qui devraient l'être s'amuser comme des petits fous toute la soirée, à se demander comment ils peuvent encore tenir debout alors que moi mes pieds sont en feu et mon cerveau prêt à exploser. Et le patron, lui, m'exaspère. Je ne puis plus, mais alors là pas du tout, supporter sa voix stridente et trop claire qui monte un peu trop, et même sa femme Américaine, bien qu'elle ait un grand coeur et une personnalité merveilleuse, elle est de cette race d'Américaines qui parlent sans cesse et toujours très fort qui en font des fatigantes exaspérantes. Mais elle se fend en quatre pour mon bien-être, aussi considérée, comment pourrais-je la détester ? Heureusement c'est elle qui fait le pont entre moi et son mari, donc je n'ai jamais à confronter le monstre. Je dois cependant dire que j'ignore jusqu'à quel point elle raconte tout à son mari. Certainement tout, car ce matin elle nos disait comment elle avait un Bad Hair Day, une journée qui a mal commencé parce qu'elle n'a pas eu le temps de s'arranger les cheveux parce que son mari avait un problème de digestion et qu'il est resté sur les toilettes toute la matinée. Ça c'était plus d'information que nous n'en voulions.

 

Ah, comme la vie serait simple si j'étais comme l'Irlandais et la Française. Ils ont les yeux bleus, la peux picotée naturelle, ils ont l'air sereins et ils ne sont jamais fâchés. Ils sont toujours heureux, rien ne semble les atteindre. En plus, ils ne font jamais d'erreur, comme le gros fatigant. Ils sont parfaits et ils me font chier. D'ailleurs, ils sont tous ainsi, presque blonds, tous ont les yeux bleus, tous sont d'une bonne humeur à tout casser, n'ont jamais de soucis, la vie est belle pour eux. J'ai l'impression d'être avec des extraterrestres, des gens anormaux, une race différente. Il faut toujours se méfier de ces gens trop beaux aux yeux bleus qui sont heureux, à mon avis ils nous cachent des choses et sans doute un jour vont décider de conquérir la planète. Je suis bien surpris que l'on m'ait accueilli dans leur groupe, il est clair que je suis un élément dissident. Je réponds, je commente, je refuse de répondre aux ordres, je n'en fais qu'à ma tête. Je pense qu'ils le savent tous maintenant, ils en parlent dans mon dos, que je suis une pomme pourrie, je ne suis pas un  Oui, m'sieur, tout de suite m'sieur ! C'est que mon j'ai décidé de penser par moi-même, cela n'est d'habitude une chose réservée qu 'au propriétaire du groupe, ou le conseil exécutif de la compagnie, peu importe si ce sont tous des cons. Ensuite, je n'en ai rien à foutre de cet emploi, on me laisserait aller demain matin que ce serait le plus beau jour de ma vie. Alors je n'ai pas cette peur intrinsèque que si je fais une erreur, papa va se fâcher, alors on commence à faire de la bile, à avoir mal au ventre en blâmant les menstruations, et à vouloir se tirer en bas d'un pont pour en finir. Je suis suicidaire, mais c'est avant tout parce que la vie en générale me décourage, pas à cause de mes erreurs qui vont m'attirer des ennuis. Je suis prétentieux et arrogant, et ce sont là les qualités de tout bon  patron, alors c'est comme l'eau sur l'huile en feu, c'est explosif. Il vient un temps ou tu refuses de souffrir, refuse de tout accepter de ces tristes conditions dans lesquelles on vit, un temps ou l'on ne te dira plus quoi faire, comment le faire, et te réprimander hors de proportions avec des peurs et les conséquences juste parce que l'on te paie un salaire. Il existe un temps ou tu vas vivre ta propre vie sans un autre pour t'encadrer complètement jusqu'à t'étouffer juste parce que l'on te permet de payer ton logement. Il vient un  temps ou tu vas te retourner contre l'oppresseur et lui dire qu'il a fini de te contrôler. S'il voulait un robot, il n'avait qu'à acheter une machine. Ils n'ont pas le droit de voler ma vie ainsi, pas le droit d'exiger de moi le mensonge et la prétention au sens où l'on prétend que tout va bien, que nous sommes heureux à toujours sourire, alors que nous sommes en ébullition et que ça veut sauter. Ce monde d'hypocrisie, prétendre être ce que nous ne sommes pas, ces masques, c'est cela qui me tue. Tant qu'à prétendre la vie, aussi bien ne pas la vivre. Et tant qu'à endurer cette pénible existence, aussi bien ne pas exister

 

 

          Comme je le pensais hier, j'ai fait une grande erreur et cela dans les premières 15 minutes, faut le faire. George m'a fait chier par son mépris et son air autoritaire injustifié. Il me déteste, c'est certain. Je lui ai demandé s'il avait besoin d'être là, en voulant dire : Christ ton camp mon gros tabarnack. L'Irlandais du nord, lui, qui a été pendant 11 ans ingénieur sans jamais avoir suivi un cours universitaire en ingénierie et qui sans doute n'a jamais fait d'études tout en se prononçant ingénieur (si les titres étaient si faciles à s'approprier, ce serait merveilleux), je lui ai suggéré une petite chose qui améliorerait la conférence et son cerveau n'a pas été capable de le prendre. Si une idée est contraire aux ordres reçus, ils sont incapables d'agir, incapables de prendre une décision. Alors ils commencent à te faire une morale comme quoi cela a toujours été fait ainsi et que je devrais faire comme tout le monde, accepter la stupidité de certaines choses et seulement faire ce que l'on me dire de faire.

 

Je suis seul en bas dans la salle de conférence en ce moment, ils sont tous en haut et je me suis bien certain qu'ils discutent mon cas. Le Canadien-Français avec une attitude, trop émotionnel avec les nerfs à fleur de peau, et plus aucune patience pour rien ni personne. Ma contre-attaque c'est que le gros George me " patronize ", j'ignore comment traduire cela en français, un air condescendant. Il me prend pour un imbécile, aussi simple que cela. Sans doute parce que je suis francophone, cela me donne un air stupide en anglais, il mélange l'incapacité de parler une langue avec le niveau d'intelligence d'une personne. C'est une grave erreur, et une insulte de premier ordre. J'ai raconté tout cela à l'Irlandais, je n'ai pas besoin comme eux de tout radoter cela à la patronne, et je suis certain que toute cette histoire ne fait que commencer. Elle viendra me voir bientôt pour m'expliquer la personnalité du gros George, qu'il n'avait pas de mauvaises intentions, et cela, je sais que c'est faux. Ce matin je me disais que j'étais prêt à quitter la compagnie. L'ironie c'est que je ne peux pas. J'ai besoin d'argent et trouver un autre emploi est impossible. Cela m'a pris des mois pour trouver celui-ci, elle m'a choisi dans une liste d'au moins 250 personnes. Pauvre elle, je pense qu'elle a mal choisi, il est clair que je suis un cas problème. Je ne suis plus capable de vivre avec mes semblables. Voyez, ma vie leur appartient déjà, je suis incapable de quitter mon emploi, ils sont donc maîtres de mon existence. Et voilà comment on réussit à créer des " oui m'sieur " par obligation, si on désire garder son emploi. Ryan, l'Irlandais, devrait être ici avec moi, maintenant il me fuit. Il reste en haut, me laissant seul dans la salle 2 de conférence. Tant mieux, j'aime mieux la solitude aujourd'hui. Et même une salle remplie de délégués, sans collègues autour, c'est la solitude.

 

          Une conférence est toujours un événement très éprouvant pour les organisateurs. Ça dure plusieurs jours de tôt le matin jusqu'à tard le soir, sans jamais laisser même 5 minutes de pause. Voilà pourquoi on finit toujours par se sauter à la gorge et s'entretuer. Le problème est que nous ne revenons pas au bureau heureux et en toute amitié, nous revenons avec les couteaux, en attendant patiemment le moment approprié pour l'enfoncer dans le dos de nos collègues. Je suis très mauvais à ce jeu, cela n'aide pas ma cause. Et la plupart du temps les autres sont très bons à ce jeu. C'est devenu une seconde nature pour eux, ils vont toujours tout rapporter aux supérieurs, et te présenteront aux autres et à tes patrons sous ta plus mauvaise lumière. Et il n'y a rien que tu puisses faire pour protéger tes intérêts. Tu ne peux qu'accepter la défaite et partir. Sinon passer à l'attaque, confronter les obstacles, trouver les solutions et devenir ami avec l'ennemi. C'est sans doute la marche à suivre idéale, la diplomatie. Mais plus pour moi. Je n'en peux plus de me battre. Je n'en peux plus de tenter l'impossible pour faire de mes ennemis des amis. Il n'y aura pas de résolution de conflit, mais il n'y aura pas de guerre non plus. Je pense plutôt et toujours à m'isoler dans une montagne quelque part et je pense que je vais peut-être actionner ce plan. Comme j'en ai assez de me battre avec l'immigration britannique, je crois que je vais retourner au Québec. Sur cette planète aujourd'hui, à moins d'être riche, on ne peut vivre qu'à l'endroit où l'on est né. Sinon la bureaucratie est trop grande, elle est insurmontable, elle détruit ta vie, elle t'écrase le cerveau. Ça ne vaut pas la peine. Tant que l'humain ne pourra pas vivre n'importe où sur cette planète tout a fait librement et sans complication ou bureaucratie, il ne sera jamais libre. Nous sommes tous les prisonniers de nos pays, nous sommes tous les prisonniers de nos frontières. C'est comme d'obliger une vache à mourir dans un clôt de 5 mètres carrés, parce qu'elle aurait eu le malheur de naître dans ce 5 mètres carrés. Et malheur à cette vache si elle est né sur un 5 mètres carrés où il n'y a pas de foin, car alors elle mourra de faim. Et plus jamais je ne veux travailler dans un bureau avec autrui, en une hiérarchie effrayante qui elle aussi te détruit l'âme et l'espoir en un monde meilleur. Il me faudra travailler seul à la maison. Mon copain Stephen ferait un infarctus si je lui disais que j'en arrive à prendre la décision de retourner au Canada. J'espère qu'il comprendra que c'est parce que je ne suis puis plus lui demander de payer mes dettes, et certes, des dettes, j'en ai trop.

 

 

24 heures ont passé depuis cette dernière soirée avec la compagnie et les conférenciers amis des patrons et je n'ai toujours pas réussi à décompresser. Comment cette soirée a pu ainsi tourner au cauchemar est un mystère pour moi car je suis pourtant parti avec toutes les meilleures intentions du monde, tout en m'assurant cependant que j'allais m'asseoir à côté de la Française et non du gros George ou de l'Irlandais. Le problème est que le hasard ou la destinée a fait que la Française a dû se lever pour aller aux toilettes. À son retour, au lieu de venir se rasseoir à sa place, nous avons tous bougé d'une place et je me suis retrouvé à côté du gros laid sans génie. Je suis maintenant capable de me tenir et d'être hyper hypocrite même sous un niveau élevé d'alcool, j'ai trop bien appris à mes conférences dans le passé. Ce que je n'avais pas prévu est que les deux jeunes saoulards de 37 ans (le gros George) et de presque 30 ans (l'Irlandais Ryan), ne savent pas se tenir et toute la vérité est sortie à la table des invités. Je n'ai jamais autant été insulté de ma vie depuis la petite école, j'en suis encore traumatisé. Mais j'étais trop saoul, il y avait trop de bruits et je n'ai réalisé qu'à la fin de son discours qu'il parlait de moi. Je n'ai compris qu'une phrase, que j'avais une attitude (négative) et son geste " dans le cul " qui consiste à lever dans les airs le majeur tout en gardant les autres doigts baissés. De toute manière le contenu du discours est secondaire. Un silence de mort est tombé sur la table après que le gros ait fini son discours sur moi et je suis entré dans une sorte de transe méditative où tout le passé infernal de mon enfance a refait surface. Dans ma tête, des idées comme : suis-je dû toute ma vie pour souffrir le rejet absolu de mes semblables même en vieillissant ? Suis-je donc tant ce monstre qui est incompatible avec la vie ? N'est-il vraiment pas venu ce temps de mettre fin à mes jours ? J'avais dépassé l'idée de quitter la compagnie, j'en étais carrément sauté à l'idée de me tirer en bas d'un des ponts qui traversent le Danube. Ma transe a duré au moins 45 minutes où je n'ai dit aucun mot. J'en étais réduit a faire ce terrible constat sur mon existence et à observer les autres tenter de rendre la conversation plus intéressante. L'atmosphère a été si intenable que nous avons presque arrêté le repas pour partir, c'est tout dire. Le problème est que ces deux cons n'ont pas de cerveau, aucune lueur d'intelligence dans leurs yeux. Or, il ne m'a pas souvent été donné de côtoyer des animaux en milieu de travail, je dois avouer avoir été chanceux à ce niveau. Des cas aussi particuliers sont rares de nos jours, et voilà que j'en avais deux avec moi dans les jambes à cette conférence. J'aurais tellement honte à la place des patrons d'avoir comme représentants de ma compagnie de tels innocents qui risquent de raconter n'importe quoi aux délégués, je ne les aurais jamais sortis du bureau. Donc, comment se battre avec des cons ? Cela est impossible. Ils n'ont pas de conscience, ils n'ont pas peur de se faire mettre à la porte, et ils sont tellement niaiseux qu'on doit leur pardonner leur manque d'intelligence. On ne peut pas les punir, car ils ne sont pas responsables de leurs actes. Ils sont trop ignorants pour apprendre et comprendre par eux-mêmes. Où cela me laisse-t-il ? Je l'ignore. Pourrais-je retourner travailler demain au bureau mine de rien, à les ignorer ? Lorsque je suis entré dans la chambre, Henry le directeur général dormait déjà, mais la lumière était encore allumée et je crois qu'il désirait me parler à propos de cet épisode. Je pense qu'ils sont de mon bord, mais je n'en suis plus aussi certain depuis la crise au restaurant Fâtal. Henry m'a dit avant de partir que George était jaloux, que j'avais pris l'emploi qu'il avait auparavant mais qu'il n'a pas pu avoir parce qu'il ne parle ni le français ni l'allemand, sans compter son manque d'intelligence. Mais que leur a-t-il raconter à mon propos? Ces gens-la sont capables de mentir, alors je dois m'attendre à n'importe quoi. Je crois que demain je vais prendre la journée de congé, pour reprendre mes esprits et réfléchir plus longuement au où ma faute commence et où la faute des autres se termine.

 

 

          En tout cas, voilà encore une joyeuse bande de saoulards British qui adorent passer pour de purs Hooligans dans tous les pays d'Europe. Le groupe de 15 était dans un état d'ébriété si flagrant, à crier si fort, que tout le monde nous regardait comme si nous étions des fous échappés d'un asile d'aliénés mentaux. Les serveurs ont bien essayé de les calmer sans succès, et si tous les autres clients n'avaient pas quittés le restaurant très rapidement à cause de nous, je suis bien certain qu'ils nous auraient mis à la porte, banni du restaurant à tout jamais. D'ailleurs on m'a confirmé qu'ils sont déjà bannis de plusieurs restaurants d'Europe. Inutile de dire que c'est la dernière fois que je me rends à une de ces soirées et je ne me sentirai certes pas coupable de leur dire en pleine face que je ne suis pas payé pour faire le saoulard dans les rues de la Hongrie, d'Allemagne ou de la France avec eux, à me faire insulter et chasser des restaurants. Sans compter qu'après le départ de ma patronne et du directeur général, le patron, lui, a dragué les deux filles du groupe dont ma Française, à un tel point que cela en était embarrassant pour moi et les conférenciers. Nous tentions de les ignorer pendant qu'ils s'embrassaient presque dans le restaurant et sur la rue. Il ne me manquerait plus que d'être mêlé à une histoire d'infidélité flagrante entre le patron et une employée alors que la femme du patron travaille chaque jour en face de moi. Comment me sentirais-je, à ne rien lui dire des infidélités de son mari ? Et comment il a l'audace de draguer ainsi devant tout le monde est une honte extraordinaire. Un des conférenciers a répété plusieurs fois à la Française : n'embrasse pas le patron. Il n'y avait aucun doute sur ce qui se passait entre eux.

 

 

          Quant aux conférenciers, une est professeure à l'université de Sheffield. Ma patronne était fort heureuse de ma la présenter car j'avais, selon elle, l'intelligence requise pour apprécier la qualité des propos d'une femme qui enseigne à l'université. Malheureusement, cette professeure de marketing est une petite dévergondée qui voulait bien davantage coucher avec mon patron et draguer l'Irlandais pour la deuxième partie de la soirée que de discuter marketing et philosophie de la vie avec moi. Lorsque j'ai compris cela, j'ai vite regretté de m'être excusé pour les propos insultants du gros George après qu'il ait dit qu'elle ne pouvait pas s'empêcher d'être un objet sexuel. Elle méritait bien ce titre.

 

          Un autre conférencier était un vieillard retraité du monde de l'informatique et qui joue maintenant au golfe et tente d'entrer en politique au parlement de Londres. On lui a donné un comté où il était certain de perdre aux dernières élections. Il veut entrer au Parti conservateur maintenant pratiquement mort. Il espère devenir député aux prochaines élections. Il semble m'avoir beaucoup apprécié, bien sûr parce qu'il ignorait que j'étais gai. Un tel conservateur, je suis bien convaincu qu'il ne pourrait digérer cela. Mais il n'avait aucune honte à avouer que la corruption politique était naturelle et acceptable, et qu'il avait pratiquement hâte de sauter là-dedans à deux mains. Inutile de dire comment je me sentais de trop à cette table.

 

          Le plus intelligent et sensible du groupe, je me demandais bien ce qu'il faisait la avec cette bande d'ignares. Il était Finlandais et habitait maintenant les Pays-Bas. Il m'a menti, d'abord il m'a dit qu'il était en année sabbatique et qu'il continuerait d'habiter la Hollande à cause de sa femme. Puis plus tard dans la soirée, sans doute à cause de l'alcool, son année sabbatique semblait se terminer deux jours plus tard et il est maintenant divorcé. Je pense qu'il était gai, et je pense qu'il a bien compris que je l'étais également. Mais je me suis tenu très loin du sujet, je ne pouvais en aucun cas courir le risque que cela se sache, d'autant plus que la crise de George semblait signifier que j'étais gai ou tapette, comme à l'école primaire. On ne dit pas le mot, pourtant on l'entend clairement. Mais bien sûr, tant qu'ils ne font que douter, alors je ne suis pas en danger. Quand bien même ils en seraient certains, tant que je ne leur dis pas la vérité, le doute existe encore et ils ne peuvent pas agir et me mettre à la porte à cause de mon illégalité dans ce foutu pays qui a su reconnaître trop tard, dans mon cas, les droits des couples gais.

 

          Enfin, je vais parler d'un conférencier qui m'a fait pleurer. Cela prouve jusqu'à quel point mes émotions étaient toutes prêtes à sortir au moindre événement. C'est que j'étais véritablement dans un état de choc permanent à cause du gros George et l'Irlandais. Le conférencier m'a raconté son travail de charité qui vient en aide aux enfants malades de cancer, la réalisation de rêves d'enfants qui vont mourir. Il voit cela comme une thérapie qui fonctionne vraiment et qui, surtout, aide la famille avec cette pénible mort lente qui empoissonne l'existence. Il m'a raconté comment il en était venu à travailler là-dedans, un de ses amis Américains lui aurait envoyer sa fille mourante qui avait toujours voulu monter à cheval en Angleterre. Ne me demandez pas pourquoi, mais cela a toujours été son rêve (je suppose que monter sur un cheval aux États-Unis n'aurait pas fait l'affaire dans son cas). Il m'a raconté comment lui et sa femme se sont occupés d'elle pendant quelques jours et comment merveilleuse cette expérience a été pour lui. Après ils se seraient lancés dans un projet pour aider les rêves des enfants malades et on lui aurait donné 3 millions de livres pour qu'il crée sa propre organisation de charité. Il voulait me raconter une autre histoire, mais je pleurais tellement que j'ai du l'arrêter. Je suppose qu'il a été bien impressionné par ma sensibilité, c'est bien certain que ce n'est ni le gros ni l'Irlandais qui seraient charmés par cette histoire. Enfin, cette soirée infernale a tout de même eux de bons moments. Voilà que j'arrive à Londres, je dois quitter. Demain je dois retourner au travail.

 

 

Voici le message électronique que j'ai envoyé à ma patronne ce matin au lieu de retourner travailler comme j'aurais dû :

 

 

Chère Dana,

 

Parce que je pense que j'ai été profondément humilié devant d'importants conférenciers et modérateurs de nos conférences, j'ai décidé de prendre une journée de congé afin de réévaluer ma situation.

 

Je n'ai jamais été ainsi blessé par un tel comportement non professionnel et je pense que cela a endommagé ma crédibilité et ma confiance en tant qu'administrateur de conférences représentant la compagnie à de grands événements.

 

Je pense qu'il est clair que depuis le début le gros semble avoir un problème à travailler avec moi peu importe combien d'énergie je mets à développer de bonnes relations de travail. J'ai essayé de le mettre de mon côté, de faire un ami de lui, mais il ne semblait pas prêt à accepter cela. Il a été condescendant et m'a fait sentir inadéquat pour le travail en faisant des commentaires non mérités.

 

Considérant comment le gros a pu ainsi embarrasser les conférenciers et moi, je crains qu'il pourrait continuer sa campagne contre moi au bureau. Je suis très inquiet à propos de mon futur dans cette compagnie pour laquelle j'éprouve du plaisir à travailler.

 

* * *

 

 

          Voilà, il ne me reste plus qu'à attendre que Dana me téléphone ou m'envoie un message. Il semble que la guerre a été déclarée par le gros et que maintenant je dois agir avant que lui n'atteigne sa victoire. J'ai été trop bon dans le passé, trop gentil, je me suis toujours pris trop tard afin de comprendre que l'on m'avait lancé un défi et que la guerre était commencée. Par le temps qu'il me fallait pour comprendre cet état de fait, j'avais déjà perdu la guerre et mon emploi. Je ne voulais pas me battre, mais il semble que ce soit là ma seule solution. Car comment croyez-vous que ce gros plein de soupe va commencer sa journée de travail aujourd'hui ? Il n'aura que du négatif à dire à propos de moi, d'autant plus s'il se sent un tant soit peu coupable de m'avoir mis dans une telle position lors de ce repas. Il lui faudra alors justifier ses conneries, m'anéantir avant que l'on ne puisse le blâmer pour son idiotie. Je suis bien conscient que ma lettre et mon absence aujourd'hui est un coup violent qui pourrait bien le faire mettre à la porte, surtout s'il a déjà fait de mauvaises choses dans le passé, comme je le crois maintenant bien que l'on ne m'ait rien dit. Mon souhait n'est cependant pas de le mettre à la porte, mais seulement d'empêcher qu'il ne me mette à dos tout le département des ventes car alors il me sera bien impossible de me maintenir dans cette compagnie. D'autant plus que les deux Canadiens ne semblent pas trop m'aimer non plus et que je les ai déjà identifiés comme de potentiels problèmes. À mon avis ils n'ont besoin que d'un discours de gros pour se mettre à me détester complètement à tout jamais. La fille de Toronto est plus plaisante, mais son copain de Vancouver, lui, je pense que son problème c'est la séparation du Québec d'avec le Canada. Je ne crois pas qu'en temps normal il m'aimerait de toute manière, il me semble du genre sportif anti-gai, mais en plus, que je sois Canadien-Français pour lui, c'est le comble. Il a déjà clairement dit ce qu'il pensait des Québécois, même si c'était à la blague. Donc je ne pouvais pas laisser le gros revenir au bureau pour, avec l'aide de l'Irlandais, me détruire. Je n'ai pas à me battre avec l'Irlandais même s'il peut me causer des dommages en criant partout mon attitude négative, car je peux tout mettre cela sur le compte du gros qui lui aurait monté la tête contre moi.

 

          Cette histoire de ne pas me rendre au bureau aujourd'hui, c'était surtout pour prendre le temps de respirer un peu (cela faut 10 jours en ligne que je travaille tous les jours des heures impossibles pour cette damnée conférence), et aussi parce que je n'avais vraiment pas envie de leur revoir le visage après tout ce qui vient de se passer. Je crois sincèrement que si le gros s'était approché de moi aujourd'hui pour me dire quoi que ce soit, n'importe quoi, même " comment vas-tu ", j'aurais explosé et j'aurais quitté la compagnie pour ne jamais revenir. Il me fallait prévenir tout cela. Mais maintenant que c'était difficile de justifier cette absence, je me suis mis à écrire cette lettre qui semble être le dernier clou sur la tombe de cet enfoiré. Mais maintenant je me sens tout drôle, je regrette amèrement cette lettre. J'ignore encore s'il s'agit de culpabilité ou de peur que l'effet désiré soit manqué par des kilomètres. Tout cela pourrait bien aisément se retourner contre moi. Ils pourraient bien vouloir me dire que c'est fini, et me remercier pour mes services. Et j'ignore ce que les autres ont dit à mon sujet, certes ils vont avoir une réunion à ce propos aujourd'hui, une à travers tant d'autres. Cela ne fait que commencer, je le sens. Je ne suis pas certain si je peux me remettre de tels événements, j'ai peur d'avoir été trop loin et d'avoir détruit ma lune de miel avec Dana. Le patron lui, cela va lui passer 20 pieds au-dessus de la tête, il ne comprend pas ces choses, il n'a pas de sensibilité ou de compréhension. Lui n'aura que sa longue liste de choses qui ne sont pas correctes et que l'on ne doit pas faire à la conférence, qu'il donnera à sa femme qui nous sermonnera à ce propos. Cela me laisse donc l'opinion d'une dernière personne qui compte, celle de James, le directeur général. Ah, j'ignore comment tout cela va tourner. Suis-je à blâmer ? Ont-ils tous été témoins de ma brusquerie, mon attitude un peu négative et le fait que je n'en fais toujours qu'à ma tête ? Si oui, je suis foutu. Le gros ne gagnera pas sa cause, mais il pourrait bien réussir à marquer un point également. Il ne faut d'ailleurs jamais sous-estimer les innocents, ils sont imprévisibles et on arrive facilement à les croire parce que l'on croit à tort qu'ils sont incapables de grands stratagèmes comme celui élaboré ici. Mais l'attente me tue, il faut être patient à la guerre, et il faut se rendre à l'évidence, on doit toujours au moins compter quelques morts, je ne ressortirai pas blanc comme neige de cet épisode, cela va faire mal. Ironiquement, s'il n'avait pas si bu au restaurant, il n'aurait pas fait l'erreur fatal de m'insulter devant tout le monde. Il aurait réussi sa campagne, il m'aurait détruit avant la fin de la semaine, surtout au débriefing où il n'en aurait eu que pour moi. Il aurait décrit en long et en large mon incompétence et comment j'ai questionné tous ses ordres et que je ne travaillais pas en équipe  et que j'avais une attitude très négative. Il aurait même eu son témoin, l'Irlandais aurait pu confirmer le tout. Et j'aurais dû écouter impuissant toutes ces attaques et bien sûr je n'aurais pu me défendre. Qu'aurais-je pu dire pour retourner ces attaques, d'un certain point de vue, ils ont raison ! Tout ce dont ils m'accusent, c'est vrai ! Mais il faut comprendre pourquoi cela est vrai, pourquoi j'étais de mauvaise humeur et que j'ai paniqué à plusieurs reprises. Les cons m'ont poussé à cet extrême, et cela n'aurait pas été facile à expliquer, parce que ce sont des détails insignifiants qui font que les gens avec le temps explosent, et alors on dirait qu'il n'existe aucune explication logique à tout ce remue-ménage et cette crise. Rien ne semble justifier cet enfer qui a pris des proportions titanesques et l'on a l'air bien con ensuite.

 

          Bon, Dana vient de me téléphoner. Cela a sans doute été le coup de fil le plus embarrassant qu'il m'ait été donné de recevoir. Elle n'a jamais reçu mon message parce qu'ils utilisent ce système de messages électroniques vieux de 200 ans que personne n'utilise et qui est incompatible avec le reste de la planète. Ils m'ont dit qu'ils utilisaient ce Calypso plutôt que Microsoft parce qu'ils pensent que c'est plus sécuritaire à propos des virus. Or, je sais bien que c'est parce qu'ils veulent sauver de l'argent et que ce Calypso ils l'ont eu gratuitement ou quelque chose du genre. Alors, elle me reproche grandement le fait que je ne lui ai pas appelé pour lui dire que je ne venais pas. Elle dit que c'est très peu professionnel. La nouvelle Allemande a commencé aujourd'hui et nécessairement elle voulait faire bonne impression. Bien sûr, c'est la période de crise. Les employés qui devaient venir ne viennent pas et soudainement lorsqu'on les téléphone, il faut changer de bureau pour garder la conversation privée. Pauvre Allemande, elle doit bien se demander dans quel bateau elle vient d'embarquer. Ensuite, selon la belle Dana, j'aurais tout imaginé. Le gros n'aurait rien dit à mon propos au restaurant, sauf radoter des choses incompréhensibles parce qu'il était trop saoul. Apparemment personne n'aurait entendu ce qu'il a dit, personne n'a été embarrassé, personne n'a compris ce qui s'est produit. Comme c'est drôle. Et demain, lorsque le gros sera questionné, il n'aura qu'à dire qu'il n'a rien dit, et l'on pourra retourner le projecteur sur moi. Alors, tu inventes des histoires, tu ne te présentes pas au travail sans même donner signe de vie, tu as détruit l'image parfaite que l'on veut offrir à la nouvelle Allemande, tout cela mérite bien un renvoi immédiat. Certes, ça n'en prend pas beaucoup aujourd'hui pour perdre un emploi, suffit de se présenter deux heures en retard sans rien dire au patron ou au superviseur, et voilà que tous les autres employés se réjouissent, peut-être qu'il y aura du sang à l'attaque de l'employeur le lendemain sur son employé incompétent. On ne traite même pas le bétail comme cela, on nous a tant imposé de règlements que pour être l'employé du mois il faut des miracles. Tout cela parce que je ne lui ai pas téléphoné. Ma grave erreur qui me coûtera cette manche et ternira gravement ma position. Je dois maintenant retourner au bureau demain matin avec ma queue entre les jambes, affirmant qu'il s'agit d'un malentendu, que j'ai rêvé le tout, qu'il n'a jamais eu l'intention de m'insulter, et que bien sûr il ne saurait être question d'une sorte d'attaque quelconque de sa part qui continuera dans les prochains jours au bureau. Pendant ce temps ils ont bien vu de quoi je suis capable, laisser tomber la compagnie en des moments forts importants à la première petite crise avec un employé quelconque qui, selon Dana, ne peut pas avoir de pouvoir sur moi ou m'affecter, car il est dans un autre département et n'a aucun pouvoir. Elle semble ignorer le pouvoir de monter les autres contre quelqu'un. J'ignore vraiment comment je vais faire pour me sortir de ce pétrin, il est bien certain que demain ce ne sera pas rose. Il faudra que je confronte le monstre, que je m'explique à propos de ce qui s'est produit, qu'est-ce que je lui reproche au juste ? Je l'ignore moi-même, son attitude sans doute, sa négativité, sa mauvaise humeur, son patronage, ses commentaires. Lesquels ? Je ne sais plus. J'ai oublié de considérer qu'il a l'excuse parfaite, il était saoul. Alors il n'est pas responsable de ses agissements. Et, ah oui, moi aussi j'étais saoul selon elle, cela aurait amplifier quelque chose qui n'existait pas. Ce ne sera pas drôle. Je pense que je vais aller dormir et j'ose espérer que je ne me réveillerai plus.

 

          J'ai été réveillé par les parents de Stephen, mon auto est prête. Son père est venu me chercher et j'ai dû le redéposer à la maison. C'était très embarrassant, d'autant plus qu'il connaissait l'histoire à propos du pourquoi je n'étais pas allé travailler même si Stephen me dit que non. Lorsque j'ai dit que demain tout rentrerait dans l'ordre, son père s'est écrié : oui ! En voulant dire qu'il faudrait bien que je reprenne ma vie en main et que je cesse de risquer mon emploi comme cela. Peut-être que c'est moi qui interprète tout de travers, peut-être que j'ai tort sur toute la ligne, peut-être que je ne vois que ce que je veux voir. Il existe également peut-être cette possibilité que la vie de l'humain est en effet de se faire cracher dessus sans dire un mot, se faire insulter et humilier de la sorte en acceptant tout dans la joie et le bonheur, et surtout cet éternel sourire que la Française a toujours. Peut-être que je rends le tout trop compliqué alors que le tout est justement très simple. J'ai l'impression d'avoir fait une grave erreur et que je ne m'en remettrai pas de sitôt. Mais bien sûr, je ne saurai jamais ce qui se serait produit si j'étais allé au travail ce matin sans m'inquiéter outre mesure avec le gros. Je suppose que je verrai ce qui se produira maintenant que j'ai tout détruit, en particulier ma relation avec ma patronne. Et je parie n'importe quoi que l'Allemande sera une vache qui me causera bien des problèmes. Et cela permettra à Stephen de dire que je suis incapable de m'entendre avec autrui, je suis anti-social. Et j'avoue que c'est vrai, je ne peux endurer personne, alors ne faudrait-il pas que je trouve un emploi où je ne me retrouverai pas dans une situation où je dois accueillir 200 délégués et prétendre avec mes collègues enragés que tout est beau et bien, que les abeilles butines sur les fleurs et que Dieu veille sur nous pour le meilleur et le bonheur de tous ? Ah, pass me the bucket (passe-moi le seau que je puisse vomir dedans).

 

 

 

Je m'en vais à Paris pour le week-end, j'ai une réunion ce vendredi après-midi avec un groupe de Français qui sont tous responsables de la sécurité informatique dans leur société. C'est la première fois de ma vie que je vais travailler avec des Français ainsi et la première fois que j'ai une vraie journée de travail à Paris a part la conférence que j'ai eu au Hilton Tour Eiffel voilà deux ans. Je trouve l'idée séduisante, même si le travail en lui même n'est pas extraordinaire. Stephen va venir me rejoindre ce soir et nous passerons le week-end ensemble.

 

Au moins au travail les choses se sont tassées. J'ai bien eu une réunion ce matin là avec les propriétaires ou je me suis fait accuser de ne pas être professionnel et que de ne pas venir au bureau n'était pas la chose a faire. Mon patron lui même est devenu tout rouge et il semblait plus mal a l'aise de me faire une morale que moi de la recevoir. Car mon agir, pour une fois, était si calculé que j'avais pris en compte les risques et les reproches que l'on allait me faire, et je savais qu'en autant que je souffrais leur petit discours en entrée, le repas principal serait offert par moi. Ce que j'ignorais cependant, c'est que soudainement ma prédisposition d'esprit avait change. Oui il fallait empêcher l'imbécile de George de me détruire auprès de tous dans le bureau, oui il fallait lui fermer la trappe et le remettre à sa place, mais pas de manière aussi violente. Alors je leur ai dit ce qu'ils voulaient entendre, que le pauvre était saoul et que je comprenais, et qu'il faudrait éviter de le questionner de façon officielle, Dana devrait plutôt l'accoster a un moment donne pour lui demander ce qu'il avait dit au dîner et qu'a l'avenir il devrait être gentil avec moi. Or, ils n'y sont pas allés avec le dos de la cuillère, ils l'ont rencontre comme on rencontre un criminel en cours de justice, tous les patrons autour de la table, et maintenant le pauvre ne dit plus un mot, comme si on lui avait littéralement arrache la langue et par la même occasion son existence. Lui qui était si heureux, qui marchait tout le temps autour du bureau, et qui se mêlait de tout, travaillait a tout, soudainement il s'asseyait a son bureau pour travailler, sans un mot. Je l'ai rencontre une fois en allant aux toilettes, son humilité m'a anéantie. Le sentiment de culpabilité s'est empare de moi, j'en tremblais. Cela me rongeait tant que j'ai tout explique a la nouvelle Allemande Rhitta même si on m'avait demande de ne rien lui dire. Et j'en ai parle a Dana également. Bien sûr, ce qui n'a pas aide, c'est que pendant qu'il s'enfonçait, moi je continuais à briller comme jamais, mon expérience dans les conférences fait de moi un conseiller essentiel au succès des conférences futures. Jamais victoire contre un imbécile au travail n'a été aussi éclatante. Même que le lendemain ma culpabilité avait disparu, parce que finalement je leur avait demande de ne pas le réprimande officiellement, que cela le détruirait et nous empêcherait de construire une relation de travail même minimale. Eh bien ils ont décide de le détruire et maintenant il est un homme a l'âme cassée. Ensuite, je ne suis pas fou, j'ignore ce qui se serait produit si je n'avait pas décide de passer a l'attaque, je pari que c'est moi aujourd'hui qui serait détruit, j'aurais tout le département des ventes a dos. Mais voilà, nous ne saurons jamais ce qui ce serait produit si je n'avais pas attaque le premier.

 

L'atmosphère après tout cela ne m'a pas semble lourde, au contraire, l'autre étant de l'autre cote, je ne le voyais jamais. Je pouvais prétendre qu'il n'avait jamais existe sans trop de problème. Et chaque jour ma relation avec les proprios est allée de mieux en mieux. Je pense que mes capacités et mes aptitudes les ont pris par surprise, encore une fois je puis être un travailleur miracle tout simplement en faisant un emploi pourri bien en dessous de mon potentiel. Autrement, si j'avais saute dans la production, qui est certes au niveau de ce que je suis capable de faire, je ne brille pas, je ne me démarque pas, à la limite je vaux la même chose que tous les autres. Et à ce titre on a le droit de me considérer comme quelqu'un de non essentiel, que l'on peut facilement remplacer, et alors on me crache dessus, on me rend la vie impossible. Vaut mieux recevoir deux fois moins d'argent et briller, avec le temps nous monterons dans la hiérarchie bien plus facilement et rapidement. Cependant je n'aurai jamais le temps de monter dans la hiérarchie car je serai parti de cette compagnie dans quelques mois, et, j'espère bien, avant la fin de l'été.

 

Enfin je voudrais parler de la nouvelle Allemande en administration, Rhitta, avec qui je passe le clair de mon temps. On dirait des amoureux, nous passons toutes nos heures de pause ensemble, à parler de combien de travail nous avons à faire et comment les autres Allemandes du bureau la détestent comme ce n'est pas possible. Elles aussi apparemment sont jalouses, elles voulaient son emploi, alors elles ne sont pas trop contentent de la voir la. Cependant, la belle Rhitta est de Bavière, le coin le plus riche de l'Allemagne et qui snob le reste du pays. Si tu es de Bavière, tu n'es pas Allemand, tu es Bavarois. Aussi Rhitta est très belle comparée aux trois autres Allemandes dans le bureau qui sont un peu difformes et qui ont même été jugées lesbiennes par la belle Rhitta. Notons également que la belle Rhitta ne semble pas avoir vécu, je pense qu'elle est allée une fois a Prague dans sa vie et voilà, cela fait 30 ans qu'elle n'a jamais sorti de sa Bavière. Elle se demandait pourquoi les tasses de café en carton avec couverts en plastiques avaient un trou sur le dessus (pour boire peut-être?). Et cela n'en qu'un des exemples aberrants, on dirait qu'elle n'est jamais sortie de chez elle. Cette innocence est merveilleuse, on voit toute l'excitation qui brille dans ses yeux depuis son arrivée à Londres, elle est un peu comme moi voilà 7 ans. Et j'ignore pourquoi, mais l'homosexualité, bien qu'acceptée en Allemagne (qu'elle me dit), ne semble point exister. Elle en a rencontre un seul, trop évident pour qu'il le cache, alors que la compagnie pour laquelle elle travaillait à ses quartiers généraux à San Francisco et apparemment dans ce bureau ils sont tous gais. Ce qui lui a fait dire que tous les Américains étaient gais sans compter ses commentaires extraordinaires a propos de ce gai d'Allemagne. Elle a l'air de voir cela comme quelque chose de méprisable ou de bizarre. Bien sûr Dana, avec tous ses amis gais, est saute là-dedans à deux mains. Un long discours sur les gais aux Etats-Unis s'en est suivi, je n'ai même pas eu à dire un mot. Enfin, d'après ce que j'ai pu comprendre, les Allemands sont non seulement anti-gais (d'ou sans doute le fait que les gais ne s'affirment pas sur le marche du travail), mais en plus ils sont très racistes. Ils ne feront jamais aucun effort pour employer un étranger quel qu'il soit, même Français ou Britannique blanc. Mais cela ne s'arrête là, ils se sont en plus développe un système de classe et a moins de parler un certain dialecte et d'être ne a certains endroits, tu ne pourras pas non plus te trouver un emploi ou du moins tu n'auras pas le droit de parler au téléphone avec les clients. Je suppose qu'avec de telles règles en milieu de travail, qui semblent écrites et non juste prises pour acquises, il doit y avoir un très faible pourcentage d'Allemands qui soient vraiment des Allemands, ou devrais-je plutôt dire comme Nietzsche des surhommes, des hommes supérieurs. D'après ce que les Allemandes du bureau me raconte de leur pays, je dirais que même si les Allemands se morfondent de culpabilité en rapport a la Deuxième guerre mondiale, toute la mentalité qui a permis les erreurs et les massacres est encore bien ancrée dans le cerveau de la population qui est des lors très à risque de répéter les mêmes erreurs.

 

Enfin, moi et Rhitta nous nous amusons comme des fous, nous rions toute la journée, on dirait presque un petit couple amoureux qui découvre la vie pour la première fois et qui refuse même a Dana la patronne sa demande d'aller manger au restaurant pour que l'on se retrouve ensemble attables à un café. Et bien que Dana s'amuse à faire des commentaires déplacés à propos d'une éventuelle relation amoureuse entre moi et Rhitta, je pense qu'il est clair que Rhitta ne me trouverait pas suffisamment de son goût, je pense qu'elle a été habitue aux plus beaux Allemands sans doute jamais rencontres, grands et blonds, et elle ne cache pas comment les petits Britanniques tout blanc avec des picots sur tout le corps, comme Rhitta le dit si bien (donc elle en a déjà ramassés quelques-uns) sont loin d'être satisfaisants. Elle n'a pas encore vu un seul beau gars depuis son arrivée à Londres, alors que j'en vois à tous les coins de rue. C'est vraiment une question de goût. Si j'étais hétéro, son rejet m'anéantirait complètement, je serais déjà tombé amoureux fou et mes journées se composeraient de rêveries et de désirs incontrôlables, sans compter toutes ses invitations a aller au cinéma, a se voir en dehors du travail, elle n'a pas beaucoup d'amis à Londres. Je sais par expérience que je ne suis pas ce qu'elle voudrait comme amant, mais je sais que je suis l'ami et la bouée de sauvetage tout désignée pour elle. Car un collègue de travail c'est inoffensif, ça ne risque pas de te violer ou te causer du mal (en théorie du moins). Ensuite notre emploi est si stressant et il y a tant à faire, qu'elle est maintenant misérable et désespérée. Sans moi pour lui dire tout le contraire de ce que la patronne lui dit sans cesse, comment lui montrer tous les raccourcis pour accomplir du bon travail sans se casse la tête avec les règlements et sans crier ces pratiques aux patrons, je pense qu'elle aurait déjà abandonné cet emploi infernal. C'est d'ailleurs ce qu'elle m'a dit hier lorsqu'elle savait que j'allais à Paris pour une réunion : reviens vite ! Heureusement je ne serai pas dévasté lorsqu'elle me dira qu'elle ne veut qu'être mon ami, pendant qu'elle me parlera des merveilleux hommes avec qui elle couche et qui semble être surhumains, des êtres d'une race supérieure que je n'atteindrai jamais. Il existait un temps ou mon charme était irrésistible, on tombait amoureux de moi instantanément, mais plus aujourd'hui. La magie fonctionne encore un peu cependant, elle pourrait vouloir une relation, elle pourrait tomber amoureuse, et je fais tout pour prévenir cela, mais on dirait que je ne puis m'empêcher de lui dire combien elle est belle et merveilleuse, car elle l'est. J'espère que tout cela n'est pas mal interprète.

 

En tout cas, je pense que malgré son silence, elle vient d'une famille riche. Elle a un cheval et une automobile (sans doute une BMW ou une Mercedes, les Allemands n'achètent rien d'autres). Son salaire dans son ancien emploi était moins élevé, mais le niveau de vie en Allemagne est bien plus élevé qu'en Angleterre. Ici la vie est impossible, ce n'est pas difficile à battre. Elle dit que son misérable £ 21,000 de salaire est tellement élevé compare à ses autres amis en Angleterre et d'Allemagne, qu'elle est fière de son statut social. Pourtant nous n'avons pas l'argent pour manger au restaurant et acheter un sandwich tous les jours commencent a peser fort sur nos maigres épaules. Bref, nous avons la mentalité de pauvres, nous sommes pauvres, même si notre statut social semble élevé en rapport à la majorité. La clé du mystère réside au fait qu'il y a beaucoup de gens en Angleterre qui gagne presque rien, bien il y a également un nombre gigantesque de gens qui gagnent bien trop en rapport à ce qu'ils font. Et Londres est une ville virtuelle, comme d'habitude on dirait que toute l'économie repose sur des tours a bureaux remplis d'ordinateurs et de gens qui poussent des boutons sur un clavier, et cela suffit pour rendre tout le monde riche. Il me semble que rien n'est produit ou construit à Londres, c'est comme un gigantesque centre administratif qui pourrait certes administrer le système solaire au complet, ou du moins les 3000 colonies anglaises du monde.

 

 

 

          Je suis dans le tunnel sous la manche. Je me souviens lorsqu'ils ont construit ce tunnel, je suivais les nouvelles dans les journaux et à la télévision. J'avais l'impression que cela allait prendre des années à creuser et construire, et puis un jour c'était ouvert. Les Français et les Anglais se serraient la main en plein milieu du tunnel, ils s'étaient enfin rejoints. J'ignorais alors que j'allais prendre ce tunnel plusieurs fois ensuite, je me souviens d'un agent d'immigration qui était bien impressionné de voir l'estampe dans mon passeport. Pourtant, ce n'est qu'un tunnel. Vingt minutes plus tard tu as traversé la Manche. Aujourd'hui il y a eu quelques incendies dans le tunnel, des immigrants tentent d'entrer en Angleterre par ce tunnel et meurent étouffés avant d'arriver, voilà pourquoi l'Eurostar fait encore la une. Et cette traversée-ci, moi, je devrais travailler. Entrer des chiffres dans l'ordinateur, les résultats et l'analyse de la conférence à Budapest. Dana voulait que je fasse cela a la maison un soir. Mais je lui ai fait comprendre que je n'avais pas beaucoup de temps en soirée (et que merde, je veux encore une vie sociale, je termine déjà à 19h tous les soirs sans pause, c'est la semaine de 50 heures minimum payée à 37 heures et demis. Je comprends bien pourquoi c'est payant pour les employeurs cette semaine de 35 heures, ils vont nous payer moins et nous les cons travailleront encore entre 50 et 60 heures semaine. Voilà, je suis sorti du tunnel, je suis officiellement en France. Eux au moins ils ne risqueront pas de me refuser l'accès, bien parce qu'ils se sont assures que je n'aurais jamais le droit d'y demeurer plus de 6 mois en premier lieu. Je n'ai pas travaille sur les questionnaires, je vais leur dire que je me suis endormi et que je finirai cela ce week-end à Paris plutôt que de prendre le temps de vivre et respirer et apprécier Paris, comme il serait logique que je fasse. Bien sûr, j'apprécie bien davantage m'enfermer dans ma chambre à l'hôtel du Parc Montsouris et travailler comme un enrage. Bien sûr, tout ce travail qui n'est pas suffisamment important pour être fait durant les heures normales de travail, il faut le faire a la maison en heures supplémentaires et cela me tue, car c'est un enfer pour trouver le temps de le faire. Comment leur faire comprendre que je n'en peux plus, que je ne dors plus ? Ca ce sont des choses que les employeurs ne comprendront jamais.

 

 

          Je suis maintenant assis à un café sur le boulevard Saint-Germain, j'ai une trentaine de minutes à brûler avant la fameuse réunion. J'ignore tout de ce qui surviendra a cette réunion, je sais cependant que je ne dois pas boire avec eux, et donc sans doute éviter d'aller manger au restaurant. J'espère que ce sera court et que ce ne sera pas pénible. J'espère également qu'eux vont s'amuser et trouver cela intéressant. Nous payons 50 Euros par tête pour cette réunion, 22 personnes, cela nous coûte un bras. J'espère que je pourrai demeurer silencieux, mais comme je le sens, je suis certain que ce sera moi qui présiderai la réunion puisque le responsable de ces groupes et mon directeur général ne parlent pas français. Je suppose qu'à cause d'eux la réunion se déroulera en anglais. Et comme les Français ne sont que trop prompts a pratiquer leur anglais, je serai bien mal pris pour traduire mes notes de l'anglais au français puisque je ne connais pas les mots que les Français utilisent lorsqu'ils en viennent a parler informatique.

 

 

 

          Ah Paris, quel effet tu as sur moi !

 

 

Aujourd'hui la journée a été perdue parce que nous avons tente de laisser notre valise a la gare du nord, et comme cette gare sera toujours éternellement désorganisée, cela n'a pas été possible. Alors nous avons perdu notre temps autour de la station toute l'après-midi. Je n'aime pas tellement non plus qu'ils aient détruit une partie de la vieille station pour la remplacer avec une construction moderne de verre d'un blanc éclatant. C'est un peu comme Paddington, ou j'adorais la saleté et l'antiquité de la station qui font partie de l'héritage Londonien. La pluie nous arrête également, nous avons décide de ne pas se promener autour de la Gare du Nord. En tout cas ce matin j'ai au moins eu le temps d'admirer le paysage de ma chambre d'hôtel. La rue de Montsouris est très belle et si un jour j'ai de l'argent, je vais m'acheter un appartement dans ce coin. Il y a plusieurs petites maisons remplies d'arbres et de verrières, dont une franchement impressionnante avec un atelier de peinture en verre sur le toit. Je tournerais un film dans cette maison, l'inspiration viendrait assurément. Et c'est juste a cote de mon parc, et tout près de Denfert-Rochereau, mon coin préfère de Paris. Je connais très bien Paris, j'ai marche dans toutes les rues de tous les arrondissements au moins cinq fois, et quand je dis toutes les rues, je ne mens pas, je dois avoir encore les cartes a Ottawa ou au Québec pour le prouver. Je me demande combien de Parisiens ont fait cela. J'ai fat la même chose à Londres, au moins deux fois, mais pas autant qu'à Paris.

 

          La réunion a été une sorte d'enfer psychédélique, avec 22 Français responsables de la sécurité dans leurs organisations qui se sont presque entretués afin de prouver leur point de vue. Pour la première fois j'ai vraiment fait partie de cette vie française qui m'est interdite et puis soudainement je vois que je ne voudrais pas en faire partie. Je me demande ou les Français trouve le temps de tout savoir, de tout apprendre et ainsi de donner l'impression de tout savoir alors qu'en fait ils n'en savent peut-être pas plus que moi. J'admire cependant leur savoir faire et leur perfection, à défaut de pouvoir trouver un meilleur mot pour qualifier leur façon de faire. Parfois c'est juste l'impression qu'ils donnent, mais souvent je pense que cette assurance fait que l'on peut leur faire confiance et c'est ainsi que les grands projets aboutissent. Je me suis occupe du buffet, cela a coûté au-dessus de 2000 Euros, et ils n'en ont fait qu'a leur tête. Rien n'était végétarien malgré toutes mes communications qui affirmaient combien important cela était. Cela m'a fait chier.

 

          J'ai enlevé mon côte d'habit à un moment donné car il faisait tellement chaud, mais mon directeur général m'a demandé de le remettre, et un de nos conférenciers habitué a confirmé qu'en France, le code d'habillement ne permet pas d'enlever le côte d'habit. Quel code ? Je n'ai jamais rien lu à ce sujet ! Stephen me disait plus tard que d'habitude tu ne peux pas l'enlever et si vraiment tu dois l'enlever, il ne faut jamais le mettre sur le dossier de la chaise. Quelle connerie, cela m'a excédé au plus au point. Serais-je donc le seul crétin de cette planète qui ignore les codes de travail en matière d'habillement, des codes non écrits mais que tous semblent connaître ? S'il y a une seule chose que je voudrais léguer a la civilisation, si un génie me permettait de changer une seule chose pour améliorer le niveau de vie et le confort de mes concitoyens (voici le discours politique), ce ne serait pas de régler la famine dans le monde, ni de sauver l'Afrique du Sida, mais bien d'interdire les habits avec cravates dans le monde du travail. Tout le monde déteste ces habits, personne sur cette planète n'aime les cravates, pourquoi diable sommes nous donc obliges de toujours les porter et qu'un code implicite nous empêche même d'enlever le côte ? Si jamais des Président-directeur généraux lisent ceci et que vous ayez le pouvoir de changer ces codes désuets qui ne font aucun sens, rendez illégaux les habits et les cravates dans vos organisations et faites connaître votre décision pour marquer l'exemple et faire comprendre a ceux que ces codes arrêtent leur stupidité, qu'ils acceptent la liberté de l'employé ! Je serais prêt à parier que cela encouragerait les meilleurs de l'industrie à changer de compagnie, car il me semble qu'il est bien mieux de ne pas avoir à porter d'habit que d'avoir un salaire plus élevé. Ce sont des conditions de travail très importantes. Ça c'est une bataille que la société française n'a pas encore gagnée, parce qu'elle est tant ancre dans ces codes d'habillement qu'elle n'a jamais pense qu'ils pourraient faire une grève pour gagner cette cause. Oh, vous avez entendu ? Je viens de mentionner le mot grève, cela va sûrement attirer leur attention, les Français sont incapables de passer une occasion de partir en grève ou d'aller marcher dans les rues. Comme preuve que personne n'aime porter des cravates (et par extension des habits), le roi des Pays-Bas a refuse de porter une cravate dernièrement, prétextant les détester. Eh bien il a fallu moins d'une heure pour que le reste de la population masculine imite le geste, tous ont enlevé leur cravate et ne les ont plus remise. Il faudra organiser un sondage sur le sujet, avis aux intéressés.

 

          Il est vrai que les Français sont a chevaux sur leurs principes, il est très difficile de déroger a la bonne façon de faire les choses, alors que ces façons sont discutables. En plus ils pensent toujours tout savoir et ils vont t'imposer leur façon de voir les choses qui devrait selon eux être la façon de faire partout en France. Par exemple, un incident bien banal aujourd'hui, et la serveuse m'a confirme que cela se produit tout le temps, qu'il ne s'agissait point la d'un incident isole. Nous mangions chez Hippopotamus en face de la Gare du Nord et il y avait un de ces Français qui avait fini de manger et que nous voulions bien voir partir bientôt. Cela n'est jamais survenu car il attendait deux amis qui sont arrives seulement lorsque nous étions prêts a partir. Alors il nous a écouté parler tout le long de notre conversation, ce que je déteste, d'avoir quelqu'un qui t'espionne ainsi, mais les Français sont curieux par nature. Enfin, si le serveur n'avait pas eu la malchance de demander s'il y avait quelque chose qui n'allait pas avec les patates demeurées intouchées, il se serait peut-être épargné 15 minutes de morale insignifiante et humiliante de la part du client. En effet, les patates mélangées à l'huile d'olive apparemment, cela ne se fait pas. Et nous avons eu droit a tout un sermon a propos du comment rendre les patates un peu plus légères ou molles sans utiliser l'huile d'olive. Ce que le serveur en avait à foutre, et nous qui devions écouter ce discours inopportun. Or, Hippopotamus est une chaîne en France, et comme les Français aiment les standards, tout doit être fait de la même manière dans tous les restaurants de la chaîne. Alors ce discours était inutile. Ensuite, puisque notre client avait l'expérience parce qu'il avait travaille Dieu sait ou, il s'est permis une autre remarque a notre serveur, comme quoi il ignorait le nom de l'épice Estragon en anglais et qu'il était inacceptable qu'il ignore cela puisqu'il c'était l'ingrédient principale de la sauce béarnaise qui semble être servi avec tous les plats. Il conseillait au jeune serveur d'ouvrir un dictionnaire au retour a la maison et d'aller chercher ce que ce mot était en anglais (j'ai offert la réponse puisque le client lui-même ne le savait pas : tarragon). Le serveur n'est plus revenu ensuite, il a envoyé une serveuse à la place. Cet exemple est parfait, il est tellement commun d'en rencontrer partout où l'on va en France, qu'il faut faire attention et éviter ces crétins qui se prennent pour le nombril du monde. Ma salle de réunion en était pleine de ces gens-la, et moi je n'ai plus aucune patience avec ces eux. Je suis un vrai danger ambulant parce que je ne tolérerai jamais qu'un délégué me fasse chier ainsi avec ces choses. Si les standards et les codes sont si importants pour ces cons-la, ils n'ont qu'à s'isoler en une petite communauté religieuse sur une montagne où ils pourront mourir étouffés dans leurs règles et leurs sermons. Mais qu'ils ne viennent pas me faire chier. Moi je ne fais que tenter de traverser cette christ d'existence sans me suicider, je cherche donc a rendre cette sacrée existence un tant soit peu plus facile a vivre qu'elle ne l'est en ce moment, je cherche même des cinq minutes pour respirer et je suis incapable de les trouver. Alors ôtez-vous de mon chemin ou je vais commencer à vous tirer au fusil.

 

          Voilà, je suis sous la Manche, encore une fois. Je voudrais bien me prendre un mille-feuilles acheté autour de la Gare du Nord mais je viens juste de manger un pain baguette avec beurre et fromage gruyère, et Stephen va paniquer si je mange encore. Lui il n'a pas besoin de manger, il est maigre comme un clou et n'a jamais faim. Avant que je n'arrive dans sa vie, je pense qu'il n'a jamais mange un seul repas normal. Il ne mange que des cochonneries toute la soirée. Il ne comprend pas que je ne mange pas de cochonneries, mais que je mange bien aux repas. Bien que je suppose qu'un mille-feuilles français pourrait être considéré comme une cochonnerie ? En tout cas, c'est bon en maudit.

 

 

 

 (La suite bientôt.)

 

 

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