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Un Québécois à Paris (UNDERGROUND) Roland Michel
Tremblay Éditions Textes Gais
Voici un Extrait d'un Québécois à Paris.
J'ai dû me résoudre à enlever la version complète pour ne pas nuire aux ventes
par respect pour mon éditeur, même si j'ai gardé le droit de le garder en
ligne. Si vous désirez écrire un article ou un commentaire sur les sites où
le livre est en vente (et copier l'éditeur avec ce commentaire), demandez-moi une version complète et je vous
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Les quatre livres publiés aux Éditions iDLivre sont distribués dans toute
la francophonie : France, Québec, Belgique, Suisse, Afrique et
Moyen-Orient. Il suffit de commander en librairie si les livres ne sont pas
sur les rayons. Un Québécois à Paris est pour le moment en vente en France dans certaines librairies de
Paris : FNAC, Virgin Megastore, Les Mots à la Bouche, Blue Book. Il sera
bientôt offert à la grandeur de la France et du Québec. C’est probablement plus rapide de les acheter en
ligne : Les 5 livres : À la Page : http://www.alapage.com Amazon.fr (sous deux noms différents,
alors faites une recherche sur Roland Tremblay pour trouver mes 5 livres) : Roland Michel Tremblay et Tremblay Roland Mich) :
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en a plusieurs copies. Présentation de l’auteur Roland Michel Tremblay écrit depuis qu’il a dix ans, sérieusement depuis
ses 17 ans. Il a écrit plus de 16 livres de tous les genres dont 5 sont
publiés à Paris. Il est également scénariste, recherchiste et consultant
scientifique pour la télévision et le cinéma. Il a une maîtrise de
littérature française de l’Université de Londres, Birkbeck College. Il est né
à Québec en 1972 et habite maintenant Londres. Il a joué un rôle important au niveau du développement de la série
télévisée Black Hole High qui passe en ce moment dans
le monde entier et plus spécifiquement sur le réseau NBC aux Etats-Unis et au
Canada. Il a également travaillé sur un film de science-fiction à gros budget
d’Hollywood nommé Prometheus Rising qui devrait sortir d’ici
deux ans. Enfin, il a travaillé en tant que Development Producer sur un
important documentaire à propos d’Albert Einstein pour la PBS aux Etats-Unis
avec le directeur Kevin MacDonald (gagnant d’un Oscar). Roland Michel a écrit plusieurs scénarios et synopsis de films et de séries
télévisées, et plusieurs compagnies de productions se sont déjà montrées
intéressées. Pour plus d’informations lisez son CV sur son site anglophone et visitez ses
deux sites francophones : http://www.anarchistecouronne.com
http://www.lemarginal.com/pointdevue.html Il a parlé récemment à la conférence Crossing Borders, Literary Symposium à
l’Université de Tulsa à Oklahoma à propos de ses écrits et de la littérature
québécoise. Il a également donné une entrevue importante à propos de ses
livres et Londres pour une série télévisée nommée Rose/Pink. Cela passera au
Québec en janvier 2004 sur le Canal Évasion et possiblement à Musique
Plus/Much Music et Télévision Quatre Saisons. D’autres articles et entrevues dont une à Radio-Canada peuvent être lus et entendus sur
son site dans la section Articles et Entrevues dans les Médias. Dossier de presse en trois formats : http://www.anarchistecouronne.com/tremblayrmpresse.htm http://www.anarchistecouronne.com/tremblayrmpresse.doc
http://www.anarchistecouronne.com/tremblayrmpresse.pdf
Du même auteur publié
chez un autre éditeur : L'Anarchiste (Poésie), Denfert-Rochereau
(Roman), L'Attente de Paris (Roman), L'Éclectisme (Essai) Pour plus
d'informations veuillez visiter le site de l'auteur ou le contacter: www.anarchistecouronne.com et rm@anarchistecouronne.com 44E The Grove, Isleworth, Middlesex,
Londres, TW7 4JF, Angleterre Un Québécois à
Paris © 2003, Roland Michel Tremblay ISBN:
2-914679-10-6 Éditions Textes
Gais, Paris pedro@textesgais.com http://www.textesgais.com Un Québécois à Paris EXTRAIT (les 50
premières pages de 251) La mécanique des événements
ne prend même plus la peine de cacher son jeu, ses coïncidences nous frappent
et l'on se demande encore s'il peut s'agir de coïncidences. Ainsi je risque
mon avenir pour la France et j'y rencontre Edward Thorp The Third. Sébastien
en est jaloux, on dirait l'intuition. Bref, j'en reparle ailleurs, mon corps
à Val-Jalbert, mon cœur à Paris, mes deux amours se payeront les bons temps
without me, speaking English pour la cause. Comment aurais-je pu prévoir
qu'un an plus tard The Third viendrait chez Sébastien ? Dans le temps il
ignorait que nous étions gays. Pour ma plus grande perte, lors de son
deuxième voyage à Ottawa, il a dormi dans ma chambre. Les humains n'ont
aucune volonté, placez-les dans une situation telle qu'un Edward presque nu à
côté, ils ne pourront résister. Tout le monde retire certains avantages dans
cette relation. Edward est prêt à faire n'importe quoi pour se rapprocher de
la culture francophone, il adore Montréal, grâce à nous il a découvert un
nouvel univers. Moi j'ai retrouvé mes nostalgies de Paris et Sébastien aura
besoin d'un endroit où demeurer à New York lorsqu'il devra essayer de faire
déboucher sa musique. Ed est étrange. Il ne me
semblait pas si expérimenté, sexuellement surtout, et plutôt maigrichon. Mais
son parfum a eu raison de mes passions, je lui ai sauté dans les bras, ô
misère, mais quel bonheur. Que je regretterais de ne pas l'avoir fait et
quelle soudaine sensation de libération. Je ne peux penser à autre chose, il
m'est nécessaire d'en parler, juste pour observer tous les éléments en cause.
J'ai compris que ma possessivité est injustifiée. Si Sébastien veut coucher
avec quelqu'un d'autre, ce sera moins dur maintenant. J'ai également appris
que Sébastien est vraiment beau, davantage qu'Ed et les autres. De surcroît,
c'était pareil de coucher avec Ed qu'avec Sébas, ils se ressemblent sur
plusieurs points, ils ont la même texture de peau. Cela surprend parce que le
premier est un Américain tandis que l'autre est un Français (qui a été à
l'école anglaise au Québec cependant, allant jusqu'à changer de religion du
catholicisme au protestantisme pour ce faire). Bref, j'ai été surpris de
savoir qu'Ed n'est pas innocent, il a déjà couché avec cinq gars, dont moi,
et je suppose que le chiffre est supérieur. Il est fort, ses bras assez
musclés, ses épaules larges. Lorsqu'il s'est approché trop près, j'ai changé
de lit et l'incroyable s'est produit. Je le sentais partout, plaçais mon
visage dans son cou. Lorsque j'approchais de son oreille, il atteignait un
degré de jouissance que je n'avais jamais vu. Il gémissait comme une femme
fragile qui s'abandonne à l'homme, le tout agrémenté d'une sensation de
remords qui paralysait. Est-ce cette impression de faire le mal qui faisait
mes membres trembler, me rendait malade, ou est-ce la beauté d'Ed et un
sentiment quelconque pour lui ? J'y pense encore, je me demande ce que
sera ma prochaine rencontre avec Sébastien. Ed est la vitalité tandis que
Sébas est l'ours, selon les dires mêmes d'Ed. Moi, ce n'est pas nouveau, il
m'a qualifié d'écureuil, comme David jadis. L'ours me semble la comparaison
parfaite pour parler de Sébastien. Peu importe l'heure il est fatigué, il ne
pense qu'à dormir pour être en forme le lendemain. C'est son obsession,
dormir et la fatigue. Le matin c'est encore pire, il est incapable de sortir
du lit. Je ne peux le toucher, il a toujours l'impression de manquer de
sommeil. Le problème c'est que je suis en air le matin, comme Edward, alors
que Sébastien ferait plutôt l'amour le soir. Est-ce que je veux vraiment finir
mes jours avec un ours ? Si l'on couche avec un autre, aime-t-on encore
son copain ? Eh bien, je voulais expérimenter quelqu'un d'autre depuis
longtemps, j'ai attendu pour la bonne personne, je peux maintenant faire des
comparaisons. Cela va-t-il changer quelque chose au niveau de mes sentiments
pour Sébastien ? Je me demande si je devrais partir pour les Etats-Unis
retrouver Ed. Veut-il seulement une relation stable dans la fidélité ?
Je ne veux pas essayer quelqu'un d'autre. C'est de valeur, chaque fois que
l'on couche ensemble Sébastien commence à se masturber et dix minutes plus
tard c'est terminé. Edward aime le faire en quatre heures ! Dieu !
Il éjacule habituellement cinq fois ! Il m'est arrivé une seule fois de
venir quatre fois avec Sébastien. Trois fois assez souvent en début de
relation. Et puis il existe une autre barrière, Edward a une blonde. Mais pas
parce qu'il l'aime, pour le sexe ! Il me dit cependant qu'il n'éjacule
jamais plus d'une fois avec les filles. Lorsque l'on est entré dans un magasin
de films pornos pour gays à Montréal, il avait déjà vu plus de la moitié des
films, connaissait les titres et noms d'acteurs. Qu'est-ce que cela
signifie ? J'ai toujours cru qu'un film porno en valait un autre, aucune
différence, de faux noms sans popularité au générique. Pauvre fille,
Catherine qu'elle s'appelle, comme elle va souffrir un jour. Comme il se joue
d'elle, aucun remords pour la tromper à droite et à gauche, ce qui devrait me
faire réfléchir sur l'histoire de ma propre infidélité. Sort-il avec elle
pour l'image ? Pourquoi cela est-il
arrivé ? J'ai cette impression que Sébastien va le savoir et que quelque
chose va changer radicalement dans ma vie. J'admire Ed, il est plus fort que
je ne le croyais, il est un peu adipeux, mais beau. J'en garderai un souvenir
inoubliable, c'est la réconciliation du passé et du présent. Reste maintenant
le futur. Mais je suis prêt à l'affronter, dussé-je souffrir. J'espère juste
que Sébastien n'en souffrira pas, c'est là mon unique préoccupation. Sans trop m'en rendre
compte, c'est encore au mois de mars que le besoin d'écrire se fait sentir.
Cette fois-ci Ed peut en être la raison, mais certainement pas Sébastien. Sa
crise à lui devrait venir avec le changement de température plus tard durant
le mois. Il se mettra à paniquer jusqu'à ce qu'il s'achète des billets pour
aller quelque part. Je pense encore à Ed, c'est plutôt stupide, je n'ai pas
aimé extraordinairement faire l'amour avec. C'est son absence tout court qui
m'ennuie. Mais j'ai encore cette envie de le prendre dans mes bras, sentir
son parfum, l'embrasser. Sébastien me dit souvent
que j'ai autour de moi, juste par les gens que je connais, matière à écrire
un roman complet. C'est vrai, mais ces gens que je décrirais, me
parleraient-ils ensuite ? Comment pourrais-je écrire sur mon oncle
Jean-Marc à propos qu'il est l'homme de la maison et que sa maison, avec les
quatre enfants, est une porcherie permanente ? Sans dire en plus qu'il
fait partie, comme Louis et Charles, d'une sorte de religion bizarre. J'ai eu
de bonnes conversations avec mon oncle Louis et peut-être même qu'avec lui
j'ai inconsciemment acquis plusieurs connaissances. Il pense que d'être gay
est mal et que je devrais changer tout de suite. Il croit que ma vie est une
perte de temps et d'énergie, que je vais souffrir après la vie. Il s'agit
donc de dire que je suis immoral et que je brûle la chandelle par les deux
bouts. Eh bien, je me suis masturbé une fois avec Sylvain, j'ai eu un copain
Sébastien, des préliminaires avec Ménard arrêtés par les remords, puis couché
avec Edward malgré les remords. Les remords disparaissent, mais pas les
regrets de ne pas avoir été plus loin. Je suppose que la vie de Louis était
déjà plus chargée lorsqu'il avait 21 ans. Juste à considérer ma sœur Dominique,
elle a bien couché au minimum avec une trentaine de gars, il est vrai qu'elle
n'en a jamais trompé un seul. Mais mon père trompe sa femme depuis le début
des temps, et maintenant qu'ils sont séparés, il trompe ses maîtresses. La
société est un gros melting pot, la non-vertu se retrouve un peu partout. Il
serait vain de mal juger une catégorie sous prétexte qu'elle ne fait pas
partie de la majorité. Mais ses raisons, à Louis, vont plus loin. Cela
remonte à Sodome et Gomorrhe. Moi, de ce que j'en ai lu, il s'agit surtout de
parler d'une société où la promiscuité est devenue la loi, c'est-à-dire que
l'on couche avec tout le monde, sans fin. Ce qui n'est pas mon cas, ni celui
de mes amis. Mais je ne cacherai pas que le sexe est important pour moi,
comme pour tout le monde d'ailleurs. Ceux qui le refoulent aux yeux des
autres en arrivent certainement à la jalousie, à crier à la non-vertu ou au
jugement, seul moyen pour croire que leur sacrifice n'est pas inutile. Moi
j'ai pour idée que rien n'est mal jusqu'à ce que quelqu'un souffre
physiquement ou moralement. Alors coucher avec Ed est mal, car Sébastien
pourrait en souffrir. Et connaissant la mécanique des événements, il le saura
un jour, alors j'en verrai les conséquences. Murielle a laissé son
copain voilà un an et demi parce qu'elle ne voulait pas d'une vie de couple
dont l'avenir est déjà tout prévu. Elle a couché avec deux gars avant d'en
trouver un troisième et de l'emmener chez elle. Marko vient de la Bulgarie et
a les cheveux longs, les parents de Murielle en ont perdu l'appétit. Une
semaine plus tard Murielle avait son billet pour le downtown Ottawa. Elle
déménagea un ou deux mois après, pour un avenir moins que certain, avec
Marko. La vérité à propos de ce nouveau venu a pris du temps avant de faire
surface. Et les problèmes refont encore surface. Vols et vendeur de drogue,
entre autres. Enfin, tout ça pour dire que l'on peut changer sa vie, coucher
avec d'autres, tout cela avec une conscience claire. Elle n'est pas folle,
elle crisse son copain là avant d'aller voir ailleurs. Ô misère ! Moi
qui n'ai que 21 ans, que se passerait-il si je n'avais pas vécu ?
Dring ! Le réveil sonne, j'ai 35 ans, seul, impossible d'attirer quoi
que ce soit. Comme cela me fait du bien d'entendre Edward me dire que ce fut
extraordinaire le week-end passé. Je l'ai appelé ce soir. Je lui parle, il
bande. Malheur, il me compare encore à un écureuil, mais il trouve ça
tellement cute les écureuils, ça lui donne envie de le prendre dans ses bras
et l'écrabouiller. Moi j'ajoute qu'un des écureuils finit toujours par se
faire écraser de toute façon, ou pire, demeure à des kilomètres de l'autre.
Si je laisse Sébastien, il s'en remettra, trouvera quelqu'un d'autre. Je n'en
peux plus d'espérer qu'il réussisse dans la musique, j'ai déjà suffisamment
de tracas. Paris, next destination, un jeune homme du Canada qui débarque à
Paris avec le seul Père Goriot et qui s'imagine qu'il deviendra un Balzac. Où es-tu ce soir ?
Perdu dans l'Université d'Oswego, tu portes une de tes chemises en flanelle
et ton parfum français. Entouré d'amis ou seul avec ta copine. Elle te
serrera dans ses bras, t'embrassera dans le cou et vous vous embrasserez à la
française. Où es-tu ce soir ? Devant un ordinateur ou seul à marcher à
l'extérieur, pensant à moi peut-être. Je t'embrassais derrière l'oreille et
tu jouissais fort. Quel effet je te fais, on dirait. Si Anne avait été
absente de la maison, comme nous en aurions fait davantage. Lunatiques de
l'univers, je vous ai compris ! Je suis en léthargie complète, malade
moralement, séduit au sang, déchiré entre deux hommes. Tu me prenais la main,
me parlais de très près. Comme Sébastien, tu m'as dit que j'étais la première
personne avec qui tu aimais être aspergé de mon... Ton visage c'est la joie,
l'expression du bonheur, la folie, le prêt à faire n'importe quoi, même à
sacrifier des choses. Mais certainement aussi seras-tu porté à ne point
manquer une chance d'avoir du plaisir, cela inclut l'infidélité. Ainsi nous
ne serons jamais en relation à long terme. Mais plutôt des amis qui
coucheront ensemble à l'occasion. Comment puis-je ne pas m'indigner en disant
cela. L'Amour christ ! Je t'aime ! Ma peur c'est de découvrir que
je t'aime plus que le Sébastien. Dans ce cas je sacrifierais tout. Mais
maintenant je me vois incapable de distinguer mes sentiments, c'est là le
fruit du mois de mars. Chacun se réveille à la vie mais doit d'abord
traverser la période du réveil. Ah Ed, j'aimerais te revoir pour apprendre à
te connaître davantage. Ouvre-moi ton passé, j'y devine l'opposé de Sébastien
en personnalité. J'y soupçonne encore bien de l'admiration. Que je tomberais
amoureux facilement avec toi ! La fin du monde est à nos
portes ! Le mois de mars m'apporte à nouveau la joie des échéances.
Déclaration de revenu, formule de prêt et bourse, demandes d'inscription aux
universités, travaux longs, livres à lire, rêves à réaliser... je sacrerais
mon camp pour la France aujourd'hui ! Paris, Paris, Paris ! Cette
ville m'appelle à elle comme jadis elle appelait à elle les artistes des
quatre coins du monde. Un grand cri languissant au-dessus de l'océan,
ouaaaahhhh, quand bien même il s'agirait d'une vie de misère, une misère à
Paris, c'est une littérature pour l'éternité ! A Ottawa, ma misère est
sans avenir ! Bon dieu, il est probablement trop tard pour aller étudier
en France. Paris, Paris, Paris ! Même s'il s'agit d'y laisser Sébastien
derrière, s'il m'aime, il me suivra, sinon, je trouverai quelqu'un d'autre.
Quelle libération ! Vive Ed pour m'avoir ouvert les yeux sur l'asservissement
qui m'assaille. Pour Sébastien je mourrais à Ottawa ? Sébas ne partira
jamais seul, il faut le forcer à me suivre. Peut-être viendra-t-il ? Il
est un Français, c'est déjà ça, moi je vais faire des démarches pour sacrer
le camp d'ici ! Ma crise commence, imaginons celle de Sébas qui s'en
vient. Ô Ed, tu me rappelles
Paris, tu es la misère que je veux vivre, rue des Bernardins, Quartier Latin,
le site de ma nouvelle inspiration. Ces derniers temps j'ai expérimenté ces
sortes de vertiges-fatigues qui me rendent prêt à perdre connaissance. Si je
repars pour Paris, seul, je me trouverai vite des amis. Comment faire avaler
ça à mes parents ? Fuck them, j'y vais cet été ! J'y resterai le
plus longtemps possible, sur place je ferai des démarches pour y demeurer.
Mais pourquoi pas Montréal ? No way ! « Les feuilles mortes se
ramassent à la pelle, tu vois, je n'ai pas oublié. Les feuilles mortes se
ramassent à la pelle, les souvenirs et les regrets aussi ! Et le vent du
nord les emporte... » Prévert's poetry ! J'ai téléphoné à
l'Ambassade de France, demain ils vont me rappeler. Je veux faire des études
supérieures à Paris, je suis prêt à partir au mois d'avril. J'espère qu'il
n'est pas trop tard. Hier Sébastien m'a parlé de ses idées futures. Je
croyais être désespéré mais Sébastien me le semble davantage. Hier j'ai
compris des choses. S'il ne m'avait pas dit qu'au moins il aurait bientôt un
diplôme universitaire, j'aurais été tenté d'avouer qu'il avait raté sa vie.
Plusieurs mauvais choix, le voilà sans avenir. Cela m'a affecté. Quoi ?
Moi qui prône le changement de ce système -comme Mme de Beauséant du
Père Goriot qui connaît l'horreur des rouages de la société aristocratique et
bourgeoise de Paris, mais qui pourtant les accepte et joue le jeu - me
voilà qui veut me lancer dans des études supérieures alors que j'aimerais
bien tout vendre et prendre une vie sabbatique à Paris ? Mais comme je
me sentirais perdu en faisant cela. Aucune aide à attendre de mes parents, je
me retrouverais vite à mendier, pleurant comme celui que j'ai rencontré dans
le métro à Châtelet-Les Halles. Sébastien en est déjà à sa
deuxième expérience en affaires. Une vague histoire d'entretien d'automobiles
à 17 ans, presque une faillite, avec publicité et enregistrement au
gouvernement. Puis l'histoire des crayons et cartons d'allumettes avec noms
des compagnies, sa propre entreprise à 22 ans qu'il a mise sur pied avec nul
autre qu'Eric, son ex. Encore des vérités qui reviennent à la surface, ce
n'était pas le moment, moi qui me pose tant de questions. Le voilà encore qui
veut s'embarquer dans une campagne vouée non seulement à la faillite, mais
qui lui coûtera tant en temps que cela ne servira pas sa carrière en musique.
Il veut y embarquer sa mère et ses fonds, et moi ! Moi, étudiant à temps
plein, je m'en irais construire des hommes nus en plâtre faisant office de
lampe pour satisfaire une minorité des gays, eux-mêmes une minorité de la
société ? Une histoire de crayons fait faillite absolue, le voilà avec
une idée aussi pire, sauf que cette fois-ci il veut y engouffrer la petite
fortune de sa mère. Il lui reste son espoir en musique et moi, dit-il. Je
l'admirais, sachant toute cette situation à l'avance, mais lui se déteste, se
voit comme un moins que rien, il m'a convaincu. Je n'ai rien contre le fait
qu'il pourrait n'être rien, ce n'est pas ce qui m'arrête, c'est plutôt son
désespoir. Qu'il arrête donc, il a de l'avenir dans la musique. Il veut
mettre sur pied une compagnie ? D'accord, mais il faut jouer sur des
valeurs sûres. Il veut monter cela avec sa mère ? D'accord, je l'aiderai
peut-être. Parfois je me demande ce
que je veux aller chercher à Paris. Peut-être que j'imagine aller retrouver
Ed ou son pareil ? Mais je me souviens ce rêve à mon retour de Paris.
J'y étais retourné et il n'y avait plus ni Edward ni Sébastien, j'étais
désespéré. C'est là que j'ai dit : « Il faut revenir, il faut
m'avouer des choses ! » Un an plus tard c'était fait, mais à quel
prix. Hier je ne pensais qu'à lui, couché dans le lit de Sébastien, alors il
téléphona. Mon cœur battait, je lui ai parlé un peu, incapable, il a dû
croire que je ne voulais rien savoir de lui. Il faut que ce soit clair, Paris
c'est le renouveau absolu. Pauvre Sébastien, je suis
dur avec lui en mes idées. Je l'aime. J'aimerais qu'il me suive à Paris. J'ai
parlé avec la femme de l'ambassade, mes chances sont grandes d'être accepté
qu'elle a dit, même à la Sorbonne. Me voilà déjà dans l'avion, prêt à partir,
étudiant à Paris, en onze mois j'aurai ma maîtrise ! Avec ça je peux
déjà faire quelque chose. Moi et Paris, une misère qui n'en est pas une. YA
YA YA, it seems that I'm already there ! Si je suis accepté, je crisse
le camp au plus vite. En juillet ou début août ? Je n'emporte que deux
valises and that's it ! Faudrait que Sébastien travaille tout l'été, que
l'on parte ensemble à Paris, qu'il prenne son année sabbatique et emporte son
synthétiseur. Il pourra trouver un travail là-bas, il n'aura pas tous ces
problèmes avec l'immigration. Je ne veux plus de ces rêves qui n'aboutissent
jamais, Paris m'appartient. J'espère juste que mon père y verra son intérêt,
lui qui se flattait de voir sa fille ingénieure et son garçon en droit. Une
lueur reviendra-t-elle dans ses yeux ? Mon fils en maîtrise à
Paris ? Ou plutôt, le p'tit christ, ce serait si simple d'étudier à
Montréal ou à Ottawa ? Sébastien est venu ce
soir. On a fait l'amour pour la deuxième fois depuis le départ d'Ed. C'était
mieux que voilà trois jours, mais il manque cet effet piquant comme quand Ed
est avec moi. J'ai peur. Peur de ne plus l'aimer, sans pour autant avoir Ed,
sans pour autant savoir si j'aimerais Ed. Je me suis vu si libre en le
reconduisant à sa voiture. Pour la première fois je me sentais comme
quelqu'un qui faisait sa jeunesse ou qui allait la faire. Je me voyais partir
pour Paris, non pris dans une relation, libre de jouir de la vie comme je
l'entends, acquérir l'expérience la plus bizarre avec les gens les plus
variés, pour ne pas dire avariés. Ouais. Moi qui capotais de voir que
Sébastien avait couché avec au moins une dizaine de personnes, voilà Ed qui
couche avec sa copine, couche avec un gars probablement écœurant la veille à
Montréal, le lendemain le voilà dans mon lit alors que je sors avec
Sébastien. Quelle histoire, digne du vaudeville parisien. Ah, je me délecterai
de ce théâtre de boulevard lorsque je serai à Paris. J'aimerais revoir Edward
pour comparer avec Sébastien. Cette nuit furtive n'a peut-être pas été
concluante. Seulement au niveau de la brisure de mon asservissement envers
Sébas, si je puis m'exprimer ainsi. Ah que la vie est difficile parfois. Ed m'a laissé un message
de mauvais goût. Il a signé un billet d'un dollar américain et a écrit :
« Here is a real American dollar from your American friend, Ed de
NY ». Semble-t-il, il joue sur le fait qu'il soit américain, comme si
l'on était en admiration envers ce fait. Ne sait-il pas que la planète
entière déteste les Américains ? Même si l'on ne peut critiquer le fait
qu'ils sont absolument nécessaires à un équilibre mondial dans la balance des
pouvoirs. Mais encore, on connaît ses tares, ses contradictions. Peut-on être
fier d'être américain ? Quand je vois les chartes musicales ou de cinéma
à travers l'Europe et que je constate que dans le top 10 il y a huit films
américains traduits, j'ai envie de pleurer. Quel viol au niveau
culturel ! Cela ne m'empêchera pas d'apprécier ces films, ces acteurs,
cette musique, que voulez-vous, on appartient à sa génération. Je me demande
juste comment leur monopole et réussite peuvent être si absolus. Mais Edward
a raison, il existe tout de même une jeune génération à travers l'Europe qui
adore les Etats-Unis. Puis ça impressionne d'être new-yorkais. Moi-même,
j'étais fier d'avoir couché avec un Américain. Où s'arrêtera donc la
bêtise ? Quelle est donc la sensation que l'on ressent lorsque l'on
couche avec un Allemand ? Un Juif ? Je n'en dis pas davantage. Mais
s'il existe une différence entre Sébastien et Edward, elle est psychologique,
et mes sentiments pour l'un et l'autre semblent indépendants de ma volonté. Que c'est extraordinaire
de croire qu'Ed soit straight, puis de finalement savoir qu'il est gai et de
coucher avec lui. Jamais je n'aurais osé croire qu'il était comme moi et
qu'il me tiendrait dans ses bras un jour. Comme je l'appellerais tout de
suite et l'inviterais à retourner à Paris. Mais n'aimerais-je pas mieux
m'assurer un avenir avec Sébastien ? He is still very beautiful,
especially when he's nude. Mais Edward en caleçon et t-shirt, avec son bedon
qui se voit un peu, c'est incroyable. J'explorerais son corps de A à Z s'il
revenait. Mais il m'a spécifié qu'il ne recoucherait pas avec moi, car
Sébastien est son ami. C'est vrai qu'il serait définitivement immoral de
bâtir une double relation dans le dos de Sébastien. Mais devrais-je le
laisser là ? What a tricky situation. Je
réentends Ed me dire : « I tried so hard to resist
you ! » J'imagine qu'il voulait dire qu'il a essayé un peu plus que s'il n'y
avait eu aucune barrière. Tout s'est passé si rapidement. Quelle
expérience ! Je me revois allumer la lumière, le voir étendu sur le lit,
me coller contre lui, avoir sa bouche contre la mienne. Chacun des détails de
sa personnalité refait surface. Sa petite boîte où il range sa brosse à dent,
sa soie dentaire, sa voiture, ses cassettes, on me dirait en admiration
totale. Ô Edward, je revois même le gros ED écrit au crayon-feutre sur ta
tasse. Si tu as pu sentir que j'étais en érection lorsque je t'ai pris dans
mes bras à l'Hôtel des Gouverneurs à Montréal, cela ne me surprend guère. Je
pense même que Sébastien l'a remarqué, il s'est retourné deux fois pour
regarder. Tant pis, j'ai tant besoin de cela, je ne pourrais même pas
reprocher à qui que ce soit la tournure des événements. Ed serait-il l'âme
sœur ? J'espère que non. J'ai enfin posté toutes
mes demandes d'université, en particulier celles de Paris. Mais je suis trop
fatigué pour l'apprécier et découragé de savoir qu'il est peut-être trop
tard. Edward m'a téléphoné hier soir. Sébastien était en dépression, alors Ed
a rappelé un peu plus tard. On s'est masturbé au téléphone. Je ne suis pas
venu, c'est-à-dire que je n'ai pas éjaculé. Edward semblait déçu. Il
interprète peut-être cela comme s'il ne me faisait pas d'effet, cela
m'affecte. Mais je suis tant fatigué ces temps-ci. Le temps passe vite, c'est
indéniable, il reste moins d'un mois d'école. Le physique en prend pour son
rhume. Bientôt les rhumatismes, je le sens. C'est la première fois de ma vie
que je ne désire pas finir l'année scolaire. Je n'ai rien à attendre de
l'été, plutôt le désert et l'insécurité. Vais-je travailler ?
M'ennuyer ? Repartir vers Jonquière ? Demeurer ici pour
Sébastien ? Comment irait notre relation alors ? Puis Ed dans tout
cela ? La prochaine fois, je serai en monde connu, j'en ferai davantage,
le sucer entre autres. Je bande à y penser. Le problème c'est aussi que j'ai
de la misère à l'imaginer. Même son visage, je dois faire un effort pour m'en
souvenir dans ses moindres traits. Il m'a dit avoir fait un rêve la semaine
passée, très réel. J'étais nu dans ses bras, il sentait mes jambes contre les
siennes, il s'est réveillé en sursaut avec un oreiller dans les bras. Est-ce
possible ? Maybe he's becoming new-yorkais crazy? Mais j'y crois et je
peux apercevoir jusqu'à quel point j'ai laissé ma marque sur ce jeune homme.
Comme il est bien de se flatter ainsi, un jour je ne le pourrai plus,
profitons-en. Peu importe, je parlais d'Edward, le beau jeune homme qui n'a
plus aucun intérêt pour Catherine sa copine. Il l'a rencontrée avant-hier, il
lui a fait comprendre que c'était fini. Il insiste auprès de moi qu'il ne
voudrait jamais que par sa faute moi et Sébastien nous nous laissions. Mais
pour moi, il a enfin compris qu'une femme dans sa vie, ce n'est pas le
paradis. C'est triste d'ailleurs, mais ça en prendrait beaucoup pour m'en convaincre
définitivement. Je regarde tous ces couples hétérosexuels, dieu qu'ils
semblent avoir une vie plate. Encore que, ma définition de ce qu'est une vie
plate prend des proportions inquiétantes. Paris me réveillera-t-il ?
Même psychologiquement ? Et si Paris était plat ? Si je m'écoutais,
je prendrais une virée sur la drogue, dure en l'occurrence. On attend
tellement de choses de la vie, pourquoi ne nous a-t-on pas dit qu'il n'y
avait rien de plus au programme que notre quotidien actuel et plat ?
Même le sexe ne contente pas. Monsieur Vanvinburène sera
dans mes rêves cette nuit. Mais il ne sera pas nu avec sa chose entre mes
jambes, il sera devant son ordinateur à me réclamer trois mois de travaux
hebdomadaires en retard. Je me déshabillerai alors, lui caresserai le crâne
dégarni et le bedon trop gros, il me suggérera d'oublier les futilités du
cours. A Dieu monsieur Vanvinburène. Je suis Eugène de Rastignac, je m'en
vais me confronter à Paris tout entier. Je me vois déjà le porte-parole des
Québécois en France. Leur rappelant qu'il existe tout de même huit millions
de francophones au Canada, et que ce chiffre, ils ne pourront plus l'ignorer
trop longtemps. J'ai certainement des
problèmes psychologiques de ce temps-ci. Hier j'ai encore fait des folies. J'ai
bu la moitié de la bouteille de vin que Sébastien avait laissée par hasard et
j'ai téléphoné le Edward à Oswego. Le problème c'est que cette fois-ci je
suis venu. Je commence à me sentir vraiment coupable, dans tous les sens. Il
me semble que je me joue de Sébastien, qui parle d'ailleurs un peu plus de me
suivre à Paris, de même je me joue d'Edward puisque je vais demeurer avec
Sébastien. J'amplifie un sentiment qu'il a pour moi, pour rien. Je lui ai dit
que je l'aimais hier, il m'a dit de même, en spécifiant qu'il s'agissait d'un
trop gros mot. Jusqu'où ira-t-on ? Est-ce que les gens straights se
mettent aussi dans des situations comme ça ? Je n'en doute pas, le frère
de Shelly entre autres avait deux blondes en même temps, je le soupçonne de
ne pas s'être posé la question à savoir s'il était bien de se jouer ainsi des
gens. Si j'en crois ma pseudo-philosophie sur le bien et l'expérience, c'est
indéniable que je vais apprendre beaucoup, à faire la distinction du bien et
du mal, mais en faisant le mal. Le problème commence là où je me sens comme
si j'avais outrepassé les limites et qu'il n'y avait plus de retour possible
vers le bien. Comme si j'avais failli totalement et qu'il ne me restait plus
qu'à oublier mes idées. Mais je crois que ce paradoxe n'en est pas un.
L'expérience se fout pas mal de l'humain, de ce qu'il est capable de faire.
Coucher avec une, dix ou mille personnes ne changera rien. C'est la
souffrance que l'on cause qui compte, et celle que l'on reçoit ou que l'on
est en mesure de percevoir. Le problème aussi c'est lorsque je me mettrais à
coucher à tort et à travers, sans m'attacher à personne, sans les connaître.
Ce serait là une stagnation, une non-possibilité d'avancement sur la ligne de
l'expérience. Les interactions entre moi et Sébastien, moi et Edward, Edward
et Sébastien, c'est déjà fort complexe. Peut-être qu'éventuellement je serai
davantage en mesure de distinguer ce que je dois apprendre là-dedans. Encore
que, il s'agit peut-être de m'orienter vers des décisions plus importantes,
comme le départ pour Paris. Si tout semble évident en ce qui concerne le
futur, je dois cependant avouer qu'il risque de changer encore. Ne serait-ce
que les choses tournent et qu'on ne sait jamais si la meilleure solution qui
se présente pour l'avenir consistera bien en la meilleure solution dans six
mois. Mais pour l'instant, ce n'est pas inutilement si Sébastien a la
nationalité française et qu'il se retrouve devant un vide dans sa vie pour
septembre prochain. Je vois bien qu'il me suivra en France, il en rêvait, il
en a la possibilité, il en a le désir. Encore deux semaines de mars, il dira
oui je pars. J'avoue que ce serait bien. J'ose croire que je vais oublier
Edward, arrêter de lui dire des choses qui le feront rêver ou espérer, me
concentrer pour raviver la flamme avec Sébastien. De toute façon, j'ai de
bonnes raisons de croire qu'elle ne sera pas difficile à rallumer, puis je
pense que l'étape Edward est accomplie : me faire rêver à la France, me
faire courir à l'ambassade, me tenir en haleine jusqu'à ce que j'aie posté
les demandes d'admission. Mais l'avenir m'en dira tant. Il n'y a pas que moi
à soutirer des avantages ou désavantages dans tout cela. En attendant, Edward
lui-même traverse une drôle de passe avec sa copine. Il n'y a que Sébastien qui
semble en retard sur les événements, je ne doute pas que la crise s'en vient. Si Jean savait à propos de
bien des choses, je n'ose même pas en parler ici. Cinquante ans après
l'Holocauste, je n'ose même pas parler des Juifs. C'est que le racisme envers
les Juifs est encore effrayant. Quand je pense que Jean est non seulement
juif, mais qu'il est homosexuel en plus, je me demande quels peuvent être ses
espoirs de traverser la vie sans rencontrer de problèmes. Il veut repartir
pour Jérusalem, ou du moins Israël, il finira en prison, ou mieux, on
l'assassinera. L'homophobie est plus inquiétante que l'antisémitisme à
l'heure actuelle, car aucune charte des droits et libertés n'interdit à
quiconque d'être juif. Alors que plusieurs Etats américains, ainsi que la
Chine entre autres, nous disent illégaux explicitement. Mes propres voisins
ne m'acceptent pas. Je suis jugé telle une menace constante pour les valeurs
de la société, jugé et pendu avant même de naître. Cet idiotisme est
surprenant. A les entendre aujourd'hui, sans les lois, on nous tuerait tous
sur-le-champ. Mais sur quoi reposent-ils qu'être homosexuel puisse être
illégal ? Ou plutôt, sur quels principes interdisent-ils les relations
homosexuelles ? Cela ne les concerne aucunement ! N'est-ce pas
une violation de mon être ? Vais-je chez mes voisins leur dire ce qu'ils
sont en droit de faire lorsqu'ils font l'amour ? Pire, m'en vais-je
explicitement écrire dans la Charte des droits et libertés qu'il leur est
interdit de faire l'amour si ce n'est pas dans le but exclusif de faire un
enfant ? Et leurs principes découleraient, je crois, de la Bible. Pas en
Chine en tout cas. Eh bien, en ce qui concerne ceux qui ont une charte où
c'est dit qu'il est interdit de discriminer en rapport à l'orientation sexuelle,
ceux-là, s'ils ne peuvent comprendre le non-sens de leur sentiment, peut-être
finiront-ils par le comprendre de force. Non, sans espoir, la Bible a laissé
sa marque indélébile dans les guerres planétaires et cela non plus ils ne le
comprendront jamais. Le crétinisme des sociétés est sans borne, surtout
lorsque celui-ci a été imposé dès l'enfance et qu'il fait encore office
d'enseignement aujourd'hui. Lorsque l'on se décidera à tuer tous les
homosexuels de la planète, ce sera au moins 700 millions de personnes
que l'on tuera, et ce, à l'intérieur de chaque société ou religion. Autant
prendre un humain et lui arracher 10 % de son cerveau. Pas de problème,
c'est juste 10 %, mais le cerveau fonctionnera-t-il très bien après
cela ? Je n'en doute pas. Si l'on me réfute encore ces 10 %
d'homosexuels, j'attaquerai en disant que chez la plupart des gays il est
impossible de voir à l'œil nu qu'ils le sont, suffit d'aller dans un bar gai
pour constater ce fait. Puis dans tous les groupes d'étudiants que j'ai fréquentés
en vingt ans, j'ai toujours pu en identifier un où c'était évident. Toujours.
Souvent deux. Sans compter que je l'étais moi-même. Il y a donc toujours eu,
ou presque, deux homosexuels connus de moi en chaque groupe de 22 à 30
élèves. Nous sommes déjà près des 10 %. En comptant maintenant ceux dont
j'ignore qu'ils le sont - il m'est arrivé souvent d'apprendre
ensuite que des gens dont on ne se doutait de rien l'étaient - on
saute les 10 %. Un autre exemple. Dans ma classe actuelle, mon cours de
ce matin avec M. Lemay, sur 13 étudiants, quatre le sont officiellement. Eh
bien, 4/13 nous donnent 31 % d'homosexuels. Mais nous sommes en arts, il
existe davantage d'homosexuels en arts, paraît-il. Prenons donc mon ancienne
classe de droit, je ne sais plus combien nous étions et je connaissais peu de
gens. Mais j'ai connaissance de trois autres qui le sont, puis des rumeurs
pour quelques autres. Sans compter ceux qui se l'avoueront bientôt et ceux
qui le sont mais dont j'ignore l'existence : on dépasse les 10 %.
Des professeurs à l'université ? J'en ai connu au moins quatre qui
l'étaient dont les gens le savaient et en parlaient. Quatre autres au collège
dont j'ai connaissance. J'ai même parlé directement avec eux, ou je les ai
rencontrés dans les bars gais, ou mes amis les ont rencontrés. Vous voyez,
une personne sur dix qui est homosexuelle est un chiffre réaliste et minimal.
Si les tabous disparaissent un jour, la population comprendra enfin qu'elle
ne peut s'amputer de 10 % de la population. Même, si elle ne le comprend
pas, nous serons alors dans la capacité de les rendre impuissants face à
nous. J'ai rencontré
Vanvinburène au Pivik. God ! C'est fait exprès ! Je devrais
l'accuser : « Il fait exprès ! » Sébastien m'a téléphoné
ce soir. Comme il semble dépressif, il se rend compte que je l'aime moins de
ce temps-ci. Ça m'a donné un choc, je crois que je l'aime. Je souhaite qu'il
devienne un rien plus nostalgique et romantique, pour que je puisse revenir à
lui plus facilement. Je suis déjà si loin. Mais chaque fois que je le
reverrai je me rapprocherai de lui. En attendant, je me demande si je vais
poster la lettre suivante à Edward ? Salut ô Ed ! La vie est plate. Je suis
dans le cours de M. Vanvinburène, ça dure trois heures et je lutte pour ne pas
ronfler. Dans ces temps je ne fais que penser à toi. Dans tes lettres,
parle-moi de ton passé. D'où viens-tu, qui es-tu, pourquoi toi et ta sœur
étudiez à Oswego et non à New York ? Pourquoi étudies-tu la littérature
française ? Pourquoi ne resterons-nous jamais dans la même ville, sinon
Paris ? Tu dois trouver toi-même du travail en France. Mais pour être
professeur, ce sera difficile. Peut-être tu peux t'inscrire à une université
de Paris ? Quand donc te reverrai-je ? Tu m'as promis de faire
l'amour pendant quatre heures, puis de prendre un bain avec moi, je ne peux
penser à autre chose. Mais tu sais, je me contenterais de ta présence, ta
senteur, de te prendre dans mes bras. Ah ! Si je pouvais ressentir la
même chose avec Sébastien ! Quand donc vas-tu revenir ? Serons-nous
seuls ? Sébastien se rendra-t-il compte de quelque chose ? La
solution serait de laisser Sébastien, j'en serais incapable, sauf si je me
rends compte que tu es mieux. Je dois te revoir pour cela, et je dois pouvoir
te voir souvent, ce qui me semble impossible. Il nous faut nous contenter
d'une relation d'amitié à distance et espérer se voir lorsque c'est possible.
Si tu reviens, cela ne me surprendrait pas que Sébastien veuille que tu
ailles chez lui. Ah Ed, tout nous sépare et j'ignore quels pourraient être
mes sentiments envers toi. Tu imagines, si nous
étions tous les deux à Paris ? Ce serait merveilleux. Ô Ed, j'aime tout
en toi. La vie est cruelle, je suis face à un avenir incertain, je ne sais
plus quelle place occupera Sébastien, mais je sais que je veux être ton ami,
mais pas un ami comme les autres. Jamais je ne voudrais que tu te forces à
m'écrire ou m'appeler. Moi aussi j'ai en moi un endroit qui t'est réservé.
Trouvons un terme approprié : nous sommes special friends, des amis
spéciaux. So you're my special friend, ô Ed,
pour longtemps j'espère. Il est tellement rare de rencontrer la bonne personne.
Moi aussi j'ai gardé ce souvenir lorsque je t'aidais en grammaire à Paris.
Comme j'étais déçu lorsque tu m'as montré la photo de ta copine, en plus je
la trouvais laide. Excuse-moi, c'est de la jalousie. Mais que vient faire la
jalousie là-dedans. Tu as droit à ta vie et moi la mienne, malheureusement.
Il me faut te voir au plus vite, je veux te voir ! Reviens bientôt, invente-toi
un prétexte, ou viens à l'insu de Sébastien. Je veux me retrouver avec toi,
en caleçon et t-shirt, puis nus. Edward, je voudrais t'embrasser dans le cou,
toucher ta peau, te gratter le menton, te regarder l'intérieur de la bouche,
voir ma réflexion sur tes dents, puis le reste, je te laisse l'imaginer. Je
t'aime (le gros mot) ô toi my special friend. Comme cette lettre est
puérile. C'est la première fois que j'utilise ce mot, mais aucun autre
n'aurait ici sa place. On accuse souvent de puérilité, d'innocence, de
naïveté, d'inexpérience. Mais lorsque nous en sommes conscients, les
accusations tiennent-elles encore ? Conscient et ne rien changer à ses
actions, qu'est-ce que cela signifie ? Vive la puérilité ! Je suis d'humeur
massacrante. Jim m'a reproché des banalités, je lui ai presque sauté au cou
(pour l'égorger). Ses banalités, qu'il les garde donc. Lui qui ne parle
jamais, je le sais très bien que lorsqu'il parle c'est que le problème est
beaucoup plus généralisé, et surtout ailleurs. Le problème n'est pas dur à
voir, il n'en veut plus de ses colocataires qui détruisent sa maison. Puis
son copain Nick voudrait nous sortir de là. Il prendrait ma chambre ?
C'est définitivement la fin de mon bail, à la fin de l'été, Paris ou non, I'm
out of the house. Non pas que je ne veux plus affronter les problèmes, mais
j'accepte que cela fait plus d'un an que Jim cherche à se débarrasser de sa
visite et que c'est le temps que je le comprenne. Il n'a jamais osé faire
l'amour avec Nick while we were home. They
need everyone to be out. Is this because he is Italian? Catholic? Non, j'exagère, mais il
est tout de même prude le Jim, et c'est aussi la première fois que j'utilise
ce mot. Mais vaut mieux être puéril et conscient que prude et
inconscient ! Bon, les vacances sont finies. Dur à croire ? Il me
reste deux semaines de cours plus une demie. Les gens commencent à espérer la
fin, moi je m'en fous. Je ne vois pas très bien comment je vais faire tout ce
que j'ai à faire et je ne sais pas ce que je vais faire lorsque tout sera
fini. On dirait que je ne puis attendre pour partir vers Paris, mais je dois
avouer que je suis conscient que je serai déçu. Que je me réveille à Paris, à
Ottawa ou à New York, n'est-ce pas la même chose ? Davantage de chances
de réussir à Paris peut-être, même pas, et certainement bien des dépressions.
Paris might not be that great, and that is
what I am going to discover. I should not be that impatient to go there. Just
live day by day. Cette nouvelle passivité sur ma vie, qui me permet d'arrêter de penser,
de me lancer et subir l'environnement, en espérant qu'un jour cela va se
terminer. I'm sick. Sick sick sick. Je n'ai pas même cette impression d'avoir
terminé quelque chose avec mes études. Même si cette année ce serait le
doctorat que l'on me donnerait, cela ne changerait rien. Quel est donc mon
problème ? Je ne veux rien savoir de la société, je ne veux que m'isoler
loin, très loin. Retour autour du Lac-St-Jean peut-être, hors des villes et
villages, ça c'est de l'isolement. J'en ai assez de tous ces gens que je
rencontre chaque jour, auxquels je téléphone sans cesse. J'apprends peut-être
des choses, je n'en vois pas le but. Le bien, le mal, fuck it. Vingt et un
ans à essayer de faire le bien pour finalement aller tromper Sébastien. Que
me voilà donc bien préparé pour ma vie de saint homme. « Mais la
contradiction est saine pour celui qui essaye d'adapter l'Univers à ses
principes. » Si je me tirais une balle ce soir ? J'ai dormi chez Sébastien.
On a fait l'amour deux fois comme deux déchaînés. Cela me redonne-t-il espoir
à Sébastien ? Je crois que oui. Je vois de moins en
moins - peut-être que j'essaie de m'en convaincre et cela ne change
rien, à moins que de me mentir soit inutile - mais je vois de moins
en moins ce que j'ai à attendre, pour l'instant, d'Edward. Il me décourage un
peu plus chaque jour par son éloignement, cela me facilite la tâche pour
l'oublier. Entre autres, je peux me rabaisser sur le fait qu'il a couché avec
trop de monde, embrassé six gars en un seul soir à Montréal, qu'il a couché
avec un christ de laid dans cette ville, une loque humaine (je ne l'ai
jamais vu). Que dirais-je encore pour l'oublier, rien à faire, j'ai toujours
ce petit espoir de le revoir. Sébastien m'est devenu soudain moins important,
j'ai même besoin d'un éloignement, je n'arrive pas à croire que je puisse
penser cela. Je crois que je vais partir pour Jonquière cet été. Même si
alors il me faudra être loin de Sébastien et d'Ed. Et s'il m'écrivait une
lettre ? Nous sommes allés prendre
un verre au Café Nicole, moi, Sébastien, Nathalie et Adeline. Ce fut bien,
nous avons bien ri, parlé de tout sauf de la pièce d'Ionesco qu'on venait de
voir à l'université. J'espère qu'aucune de ces filles ne s'intéressera
éventuellement à moi, mais notre conversation fut intéressante. Peut-on
encore parler avec une fille sans qu'elle s'imagine que l'on pourrait être
intéressé à coucher avec elle ? Je n'en sais rien. Mais Nathalie aurait
de bonnes chances de le croire. Sans m'en rendre compte, j'ai dit des choses
comme quoi elle m'intéressait. L'ambiguïté provient toutefois que c'est comme
amie qu'elle m'intéresse, pas par amour ou désir. Mais j'avoue que c'est le
genre de fille que je voudrais si je n'étais pas gai. Mais il n'y a aucune
possibilité que je pourrais la désirer sexuellement. Je l'admire comme un
homme hétéro pourrait admirer un autre homme hétéro, pour certaines raisons,
comme par exemple si l'autre représente ce qu'il voudrait faire ou être, sans
en avoir le courage ou la possibilité. J'aime le côté sportif et courageux de
Nathalie. Prête à partir en bicyclette autour des Pays-bas, elle a bien pu y
rencontrer un bel homme, encore perdu aux Pays-bas. Hier j'étais dans un party
chez Cameroun avec Sébastien. C'était la fête de ce gars qui s'intéresse à
Sébas. Deux gars portaient des kilts, ces petites jupes écossaises, nus en
dessous pour qu'à l'occasion on puisse voir leurs parties. Oh mon Dieu,
Edward et Sébastien ont pris le bord, j'ai bondi au plafond. Me voilà devenu
digne de Sodome et Gomorrhe, j'aurais sauté sur Cameroun, là, dans sa
chambre, ou même devant tout le monde. Aujourd'hui j'y pense déjà un peu
moins. Il s'agit de sexe et rien d'autre. Quoique les sentiments viendraient
peut-être, mais pour l'instant, moi, je n'ai aucun moyen pour les mythifier, me
les rendre nostalgiques. Edward, j'ai la France, Paris. Et même les
Etats-Unis, New York. Voilà donc le triangle de l'histoire américaine.
Quelles sont donc les interactions entre la France, les Etats-Unis et le
Canada ? Tombe-t-on amoureux de quelqu'un parce que l'on aime tel
pays ? Edward m'a répété qu'il aimait mon côté français, que je suis
comme les gens en France, qu'il avait découvert en Montréal ce qu'il
recherchait et même mieux qu'en France. Que le mythe devient séduisant. J'ai
couché avec un Américain qui parle français. Une contradiction vivante. De
voir que je pourrais coucher avec une multitude me fait comprendre que c'est
tout du pareil au même. Lorsque j'ai couché avec Edward, mes sentiments
étaient confus. Je tenais un autre corps que celui de Sébastien. J'ai fini
par oublier le parfum avec le temps. Jamais je n'aurais cru que le parfum
puisse être si aphrodisiaque. Je n'ai même pas une photo d'Edward. Mais j'ai
l'impression de toucher la multitude, d'atteindre le monde et l'humanité. Comment
dire, se sentir dans l'action. Se débarrasser de cette impression solitaire,
de rejeté, loin du monde et incompris. Me voilà qui va vers les gens, qui
vois en chaque rencontre une banque d'informations et d'expériences. Quelle
sensation j'ai depuis un temps de vouloir sauter dans les airs, exploser,
crier partout une joie de vivre, un désir de vivre qui se compense par
l'échange avec les gens. Enfin, je me suffis à moi-même, sans attendre de
quelqu'un un quelconque salut. Je vois Adeline qui s'accroche à nous, veut
des amis, Edward qui me dit ce que l'on me répète depuis longtemps, avec moi,
on ne s'ennuie pas. On voit en moi celui qui apporte l'action, the
entertainer. Ma sœur est du style aussi à rendre aux soirées plates un
intérêt qui fait que l'on n'attend plus de l'extérieur un sauveur. J'ai
longtemps cherché un Luc Villeneuve qui se suffit, qui donne l'impression
qu'en étant avec lui on ne manque rien de ce qui se passe ailleurs. Je suis
donc cet ailleurs, à me suffire, Dieu peut mourir. Encore que j'ai
l'impression d'en manquer des choses. Sébastien ne remplit pas ce vide, puis
moi je ne puis le remplir pour moi. Edward ? Ça reste à voir. Cette
personne existe-t-elle ? En la multiplicité peut-être. Sur l'instant
untel remplira le vide ? Cet untel changera avec le temps ?
Qu'ai-je donc à attendre de la vie ? D'autrui ? Néomie, on me l'a répété
plusieurs fois, elle-même le dit sans cesse, elle se cherche. La femme de 35
ans aux enfants de 10 et 13 ans, divorcée, qui n'en peut plus d'attendre sa
liberté pour vivre, voyager, étudier à Paris peut-être et qui se cherche.
Elle n'en peut plus d'attendre, elle a 35 ans, elle doit absolument faire ce
qu'elle doit et veut faire, elle a 35 ans et n'a plus de temps à perdre. La
limite est atteinte, le gouffre s'en vient, vite-vite-vite ! Il me
semble voir là la façon la plus rapide d'atteindre le ravin. Elle se cherche.
Que veut dire cette expression ? Elle est en crise d'identité, and so are we,
en crise d'identité. Le gros mot. Le Québec se cherche, les Franco-Ontariens
se cherchent, la France se cherche, les Etats-Unis se cherchent, se trouvent
peut-être aussi, en la multitude. Ceux qui se trouvent, souhaitent détruire
ceux qui se cherchent, ce qui n'est pas pour régler le problème de ces
derniers. Ku Klux Klan, nous savons qui nous sommes, nous savons qui vous
êtes, nous allons nous débarrasser de vous, car il est important que nous
puissions demeurer ce que nous sommes, puisque nous avons découvert qui nous
étions et que rien n'est pire que de se chercher une identité. Néomie se
cherche, so am I. Et les Ku Klux Klan ne se chercheraient pas ? Une gang
de suiveurs, de conformistes à un chef peut-être, qui se laissent entraîner à
tuer pour aller pourrir en prison ensuite. Suivre des chefs peu subtils, criant
à qui veut l'entendre qu'ils tueront tout le monde. Comment alors se croire
en sûreté et capacité d'accomplir notre mission ? Propagande nécessaire
pour attirer de nouveaux moutons. Mais ces moutons, ne se cherchent-ils
pas ? Quelle peur les pousse à suivre ces chefs, à agir par admiration
ou par peur de ses chefs ? Et ces derniers, d'où provient cette haine
pour toute une collectivité ? Ne provient-elle pas d'expériences
personnelles isolées qui n'ont rien à voir avec l'humanité ? Comme le
gars prêt à faire sauter la planète parce qu'il a essuyé un petit échec dans
une cabane à patates frites ? Tous les moyens sont bons pour soutirer de
l'argent ou avoir des pouvoirs, se croire important, base de nos sociétés,
compétition pour la richesse et le prestige. Et nous serions surpris d'avoir
élevé des prêts-à-tuer-tout-le-monde pour se faire servir et admirer par une
gang apeurée. Avouer ses échecs, avouer ou chercher ses vraies motivations,
voilà déjà un bon pas pour l'humanité. Se comprendre d'abord, comprendre les autres
ensuite. Le seul message que j'aurais pour ces membres du Ku Klux Klan, c'est
celui de se demander ce qu'ils cherchent vraiment, le pourquoi de leur
mouvement, leur motivation ou problème en cause. Une haine, ça se justifie
rationnellement. Si leur seule motivation est de s'approprier le pouvoir, la
richesse, la servitude, alors leur haine est injustifiée. On dit que l'on
déteste pour que les gens détestent à leur tour, pour ensuite faciliter
l'action. En fait, les motivations sont ailleurs et les moutons ignorent ces
motivations. Ou au contraire, ils en sont trop conscients et espèrent
soutirer leur part du gâteau. Vivre et laisser vivre, quelle belle expression
qui n'a jamais été entendue de personne. D'aucun peuple ou pays, surtout pas
des Américains. Qu'avons-nous à attendre d'autrui ? La servitude
certains pensent. Eh bien moi pas. Je tuerai moi aussi, non, je serai plus
subtil et j'atteindrai mes objectifs. En attendant, qu'ai-je donc à attendre
d'autrui ? En attendant, je pourrais vivre et laisser vivre. Ainsi donc,
il ne me reste plus qu'à me chercher. Voilà que j'entre en dépression. Je viens de
téléphoner à Edward. Il n'a pas reçu ma lettre, un de ses amis est arrivé
chez lui, d'Allemagne, il est là jusqu'au 4 avril, empêche Ed de m'écrire, de
me parler. Je panique sans raison, je ne peux rien attendre d'Edward, mais il
s'est justifié pendant cinq minutes à propos qu'il ne m'avait pas téléphoné,
me disant qu'il n'avait pas arrêté de penser à moi. Les justifications
détruisent tout. Elles font penser qu'il a des comptes à rendre alors que je
ne peux rien exiger de lui. Cela me fait croire que je lui reproche des
choses alors que ce n'est pas le cas. Je ne voudrais aucunement jouer le rôle
du gars qui veut une lettre, qui veut qu'on l'appelle, qui ne veut pas être
négligé, et quoi encore. Je pense que je vais arrêter d'appeler Edward et je
vais attendre ses contacts. Il va m'appeler ce soir, il dit. Je n'ai pas
hâte. Se sent-il trop obligé envers ses amis ? Ce qui m'inquiète, c'est
qu'il m'oublie. Oh Ed, que fais-tu ? Dépassé par les événements, je
n'existe plus ? Quel affront ! Je me retourne vers Sébastien, je
n'en veux plus de cette multiplicité de relations. Je veux un Sébastien, ne
pas souffrir, observer chez les autres l'expérience qu'ils retirent. Je vais
me mettre à lire, on apprend beaucoup par les livres je pense. Qu'ai-je à
aller chercher ailleurs ? Je ne vais que m'attirer des problèmes.
Souffrir souffrir souffrir. Jusqu'où cela ira-t-il, jusqu'où cela pourrait-il
aller ? Quels seraient donc les pires scénarios, les plus beaux ? Ô
Gwendoline, my beauty, attends-moi à Cythère, je t'y retrouverai après mon
shift de télémarketing. Ô Edward, my beauty, laisse-moi un demi-siècle et je
te retrouverai dans mon lit. Dear God, je suis venu sur cette planète parce
que, disait-on, il y avait beaucoup à apprendre. Un édifice complet m'est
tombé sur la tête ce mois de mars et je suis incapable de distinguer ce que
j'ai appris. Croyez bien que je désespère d'en voir davantage, et pour
l'instant, je ne puis attendre de me retrouver dans les bras d'un humanoïde
que j'ai connu. Veuillez me faire parvenir immédiatement la marche à suivre
pour trouver la sortie du labyrinthe, j'attends la réponse après le travail
vers neuf heures ce soir. Et puis tant qu'à bien faire, agréez, dear God, mes
salutations distinguées. Les gens n'aiment pas les
comparaisons entre les souffrances juives et homosexuelles, eh bien tant pis,
les deux ont souffert injustement, en particulier durant l'Holocauste.
N'est-il pas désolant que les Juifs plus religieux soient prêts à tuer les
homosexuels et ne manquent pas une occasion de les condamner ?
Souffre-t-on davantage d'être juif ou homosexuel ? Je ne pourrais dire,
j'ignore le nombre d'homosexuels tués chaque année et le nombre qui a été tué
au cours de l'histoire. Si le chiffre de six millions est très significatif
pour les Juifs, Sodome et Gomorrhe l'est aussi, en admettant que ce conte ait
autre chose à faire que d'être une fiction mythique franchement écœurante,
malhonnête, sournoise, perverse, mal. Si seulement la portée de ces trois
seules lettres pouvait frapper en plein visage 2000 ans de fanatisme
religieux. Je calcule un chiffre impressionnant d'homosexuels tués ou
emprisonnés au cours de l'histoire. On estime qu'il pourrait y avoir eu un
million d'homosexuels tués pendant l'Holocauste de 39-45. Plusieurs affirment
qu'il y en a eu au moins 500 000, et tout le monde semble s'accorder sur un
chiffre minimal de 220 000. Je puis déjà dire qu'il m'est bien insupportable
de vivre en étant gai aujourd'hui. On n'avoue pas facilement être homosexuel.
On souffre hier, aujourd'hui, demain. Je dévie du sujet. Je ne cherche ici
qu'à prouver jusqu'à quel point les homosexuels sont injustement traités
encore aujourd'hui. Dans quelles conditions on nous laisse respirer et
souffrir, sortir de l'ombre si on en a la chance ou autant de volonté qu'il
en faudrait, se décider à trouver quelqu'un, de vivre comme il est notre
seule façon d'être pour être heureux. Je m'excuse, on ne peut changer sa nature.
On ne demande pas à un Juif de devenir catholique (en admettant qu'être juif
ou catholique appartienne à la nature, mais tout n'appartient-il pas à la
nature ?). Ceux qui semblent réussir à changer souffrent plus que tout
et ne peuvent l'admettre, pas même à eux. Et si les bisexuels, puisqu'ils
semblent exister, peuvent tout aussi bien se trouver quelqu'un du sexe opposé
et être heureux, qu'ils ne viennent pas dire aux homosexuels qu'ils peuvent
changer. Je n'en crois rien et pas un homosexuel n'en croira quelque chose.
Lorsque je parle d'homosexuel, j'aimerais que l'on considère que je parle
autant des lesbiennes, des bisexuels et bisexuelles. Je n'essaie pas de
banaliser ce qui est arrivé aux Juifs. Je montre que, si l'on s'indigne sur
ces atrocités, c'est le temps que l'on se réveille et que l'on comprenne
qu'il existe toute une partie de la collectivité qui nous entoure qui souffre
tout autant et qui a souffert tout autant dans son histoire. Puis aussi
surprenant que cela puisse paraître, je ne m'adresse pas aux chefs ou membres
du Ku Klux Klan ou des White Supremacists, mais à la petite mémère et au
petit pépère lavés du cerveau par leur religion et qui arrive à affirmer la
phrase maintenant classique que le Sida est un cadeau de Dieu pour nous débarrasser
des homosexuels. Calice ! Quelle sorte de Dieu avez-vous donc pour
chercher ainsi à se débarrasser d'un groupe de gens, qu'avez-vous donc à
espérer d'un tel Dieu ? Un Dieu qui est Amour ? Vous, juste à
penser une telle chose, avez-vous vraiment une quelconque espérance d'aller
au ciel ? Laissez-moi rire ! Un jour je vais faire du Voltaire, je
me payerai la Bible, les 300 versions différentes qui existent s'il le faut,
juste pour vous en ressortir les choses les plus inconcevables qui puissent
exister. Que l'on m'apporte encore une de ces phrases bibliques à la noix qui
puisse s'interpréter pour aider à l'anéantissement de tout un peuple !
Votre Ku Klux Klan, étudiez-le bien. Il ne diffère pas beaucoup de certains
gouvernements ou partis politiques, et peut-être pas du tout de plusieurs
mouvements religieux. Relisez, ou plutôt lisez Gide, Voltaire, Yourcenar, ou
même, lisez-la votre Bible. Avant de commencer à la citer à tort et à travers
comme si elle faisait office de Loi divine, vous serez peut-être surpris d'y
lire que vous-mêmes êtes condamnés. Je croyais que les sociétés évoluaient,
je pensais que lorsqu'un grand auteur avait écrit ses briques, on n'avait
plus besoin de les répéter. Eh bien non, il faut sans cesse reconstruire les
consciences, sensibiliser les gens dans un but un peu plus humanitaire. Comme
il est difficile pour quelqu'un de se croire libre de penser avec tout un
bagage de croyances implanté dans son cerveau. Ces gens sont même incapables
de revenir sur leur idéologie pour se demander s'ils ont peut-être tort. Pas
du tout, et tout jugement par la suite devra aller en fonction de ce savoir
qui ne leur appartient pas. Alléluia ! Fêtons la mort du Christ, puisque
personne n'a compris son message ! J'ai parlé avec Edward. On s'est répété les traditionnels bonjour et discours presque amoureux, on se verra vers la mi-avril. Ô horreur, cela est long, mais comme il dit, moi au moins j'ai Sébastien pour me contenter. J'ajouterais même que je ne devrais qu'avoir Sébastien pour bonheur. Il disait à la blague qu'un coup à Ottawa il chercherait un mec avec qui passer la nuit. Je lui ai dit non, eh, il vient pour moi, pas pour que je souffre de le voir coucher avec un autre. Comme ce serait cruel, sans perdre de vue que Sébastien ignore cette histoire et qu'ainsi l |