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UNDERGROUND UNCUT Plus Long, Pas Corrigé et Pas Coupé
La version roman (l'Attente de Paris) a
été publiée chez :
Roland Michel Tremblay
44E The Grove, Isleworth, Middlesex, Londres, TW7 4JF, UK
Tél./Fax: +44 (0) 20 8847 5586 Mobile: +44 (0) 794 127 1010
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L'Attente de Paris, Version Roman de l'Underground
L'Attente de Paris présente un jeune homme amoureux de deux femmes à la fois (dans
Underground il est amoureux de deux hommes). Entre Ottawa, Paris et New York, il
doit faire des choix et tenter de réaliser ses rêves.
C'est donc l'histoire traditionnelle d'un jeune Québécois qui ne vit que pour Paris et
qui fera tout pour y arriver, jusqu'au jour où finalement ça y est: il est parachuté
directement entre les murs de la Sorbonne de Paris. Cependant le choc culturel est un peu gros,
c'est une faillite absolue. Les rêves sont si simples pourtant, un idéal qui ne soupçonnait
rien des obstacles et de la bureaucratie des gouvernements et des universités. Mais ça
construit de belles histoires, surtout lorsque l'émotion, l'ironie et le sarcasme se trouvent
au rendez-vous.
L'Attente de Paris a été écrit dans un style franc et direct, c'est d'emblée le livre le
plus accessible de toute l'uvre de l'auteur. Un seul niveau d'interprétation (ou presque) et
par endroit d'un comique surprenant. Une uvre instantanée écrite avant et après le
départ de l'auteur pour Paris.
Dans sa version originale (Underground), le livre a été finaliste du Concours pour
Jeunes Auteurs de la Banque Nationale de Paris organisé par le Journal Le Monde et Gallimard.
ISBN : 2-7479-0018-5 Prix public : 109FF / 17 Euros
En téléchargement gratuit sur
www.idlivre.com/rolandmichel.tremblay
Achetez-le sur le site Le Livre Français :
www.livre-francais.com/?tliv=11&idliv=2-7479-0018-5
Note : Underground contient certains passages en anglais, ils ont été traduits en
français dans la version roman l'Attente de Paris. |
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UNDERGROUND UNCUT
Début décembre 1992, Dans un cours de Philo médiévale
Il n'y a pas que mon âme qui pense.
Je rêve de crisser mon camp d'ici, d'aller rêver sur un terrain vague avec du gazon, de
m'écraser là, de plonger dans l'eau, de nager nu alors qu'une seule personne m'observerait
peut-être, je m'en fous.
Je suis seul, heureux, je nage, je m'assis au bord de l'eau, sur le sable ou le gazon, je rêve
de ne pas avoir d'obligations et de devoirs, j'aimerais me lancer dans un gouffre, ma vie
serait autre, la peur me motiverait à vivre...
J'aimerais me lancer du haut d'une montagne très haute, dans le vide, et ne jamais
atteindre le sol. J'aimerais aller au centre d'achats en bas de la ville où je restais.
J'aimerais sortir de cette ville et m'isoler sur une route perdue comme je faisais jadis. Je jouis à
penser que la Turquie existe encore et qu'elle m'attend. Que j'y rencontrerai Roger, cet acteur
Anglais, et que nous rêverons une existence parfaite sur les plages de sel bizarres. Je
voudrais une preuve concrète qu'il existe autre chose que mon cours de philo je veux une
illumination de la part de dieu qui me motivera à vivre je veux pas aller chez nous je veux pas
rentrer chez moi je veux pas être trop loin de mon lit sinon je fatigue je souhaiterais voir une
forêt en neige qui m'ouvrirait à la vie
Tous les hommes sont misérables et moi de même, meuhh! c'est horrible, je souhaite
la mort.
PS: Le pire c'est que j'ai l'amour et que ça ne pourrait aller mieux! |
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(Les deux prochaines lettres datent de mars 1993)
Entends le cri du chêne à travers le vent
Il reste si simple
Il dit regarde la profondeur
La base de cette union fut jetée bien avant
Et futiles les raisons qui la briseraient
Comparé à ce doux sentiment grandissant
Car faut-il détruire les maisons de pierres?
Les seules qui tiennent indéfiniment
Puisqu'il faut les habiter un jour
C'est sérieux la vie, dit le chêne
Suffisamment pour que le vent ne puisse
En ébranler les constructions solides
Les vois-tu ces murs de pierre?
Tu les pleures pourtant
Et tu les pleureras longtemps
Puisque que tu as connu les murs de carton
Peut-on envisager la vie sans maison?
Puisque la vie c'est maitenant
Et les arbres qui ne sont pas heureux
Ne devraient pas en blâmer le soleil
Mais cet argument est de taille
Que fait Dieu devant sa créature qui lui dit:
Je ne suis pas heureux!
Il pleure, car il a failli |
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Mais la créature devrait se demander
Ce qui pourrait la rendre heureuse
Et regarder si elle serait vraiment heureuse
Car le bonheur est en elle
Oublie tes peines, ouvre ton coeur
Et la maison s'y bâtira
Sera l'Homme de ma Vie celui qui:
-M'aimera tout naturellement plus que tout
-Voudra partager ses moments avec moi, sans regret
-Sera fier de moi devant ses amis,
et voudra bien de ma présence
-Cherchera mille et une occasions de me voir,
malgré les contraintes de la vie
-Ne manquera pas une occasion de se rapprocher de moi
-Souhaitera vraiment partir autour du monde avec moi
-Après un an et demi, saura bien que je suis la seule personne
avec qui il veut terminer ses jours
-Ne doutera pas de ses sentiments
-Sera Heureux avec moi
Je ne crois pas que ses choses entre personnes qui s'aiment soient difficiles à accomplir,
car elles sont les signes évidents de leur Amour. Il ne faut surtout pas y voir des reproches,
mais une constatation à l'Échec d'une relation. |
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7 mars 1994
La mécanique des événements ne prend même plus la peine de cacher son jeu,
ses coïncidences nous frappent et l'on se demande encore s'il peut s'agir de coïncidences.
Ainsi je risque mon avenir pour la France et j'y rencontre Edwin Kuester the Third. Bruno en
est jaloux, on dirait l'intuition. Bref, j'en reparle dans les piliers, mon corps à Val-Jalbert,
mon coeur à Paris, mes deux amours se payeront les bons temps without me, speaking english
for the cause, both liking French. Mais prévoir qu'un an plus tard, the Third will came to
Bruno's place, is something strange. But at the time, he was not knowing that we were gays.
Finally, Bruno told him, and ô surprise, he his. So he came back to Ottawa, slept in my room.
The inevitable happen. Les humains n'ont aucune volonté, placez-les dans une situation
telle qu'un Edwin presque nu à côté, voulant certainement faire des choses, et ils ne
pourront résister. Tout le monde retrouve son change dans cette relation. Edwin est prêt à faire
n'importe quoi pour se rapprocher de la culture francophone, il adore Montréal, grâce à nous il
a découvert un nouvel Univers. Moi j'ai retrouvé mes nostalgies de Paris, et Bruno aura
besoin d'un endroit où demeurer à New York lorsqu'il devra essayer de trouver un agent
pour entrer en contact avec une maison de disque.
Ed est étrange. Il ne me semblait pas si expérimenté, sexuellement surtout, et
plutôt maigrichon. Mais son parfum a eu raison de mes passions, je lui ai sauté dans les bras,
ô misère, mais quel bonheur. Que je regretterais de ne pas l'avoir fait, et quelle
soudaine sensation de libération. Certainly a big line of my existence, I cannot stop thinking about
it, it's now a necessity for me to write about it, just to try to understand all the elements
in action. I learn that my possessivity for a pure Bruno is injustify, if he wants to sleep
with someone else, I will less care now. I learn that Bruno is really beautiful, more than Ed
et others. And the worse, sleeping with Ed was like sleeping with Bruno, it feels the same,
and they looks the same on lots of points. Same skin, and that surprise me because one is
American and the other is French. Bref, j'ai été surpris de savoir qu'Ed n'était pas innocent, il a
déjà couché avec cinq gars, dont moi, et je suppose que le chiffre est supérieur (c'est vrai que les |
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gays ont une facilité à mentir, plus spécifiquement sur leur âge). Il est fort, ses bras assez musclés et ses épaules larges. Lorsqu'il s'est approché trop près, j'ai changé de lit, et l'incroyable s'est produit. Je le sentais partout, plaçais mon visage dans son cou, et lorsque j'approchais de son oreille, il atteingnait un degré de jouissance que je n'avais jamais vu. Il gémissait comme une femme fragile qui s'abandonne à l'homme, le tout agrémenté d'une sensation de remords qui paralysait. Est-ce cette impression de faire le mal qui faisait mes membres shaker, me rendait malade, ou est-ce la beauté d'Ed et un sentiment quelconque pour lui? Certainement les deux. J'y pense encore, je me demande ce que sera ma prochaine rencontre avec Bruno. Il est la Vitalité, tandis que Bruno est l'Ours, selon les dires mêmes d'Ed (moi, ce n'est pas nouveau, il m'a qualifié d'écureuil, comme David jadis). L'Ours me semble la comparaison parfaite pour parler de Bruno. Peu importe l'heure, il est fatigué, il ne pense qu'à dormir pour être en forme le lendemain. C'est son obsession, dormir, et la fatigue. Le matin, it's even worse. He's unable to get out of bed, I cannot touch him, and he always feels like if he did not get enough sleep. The problem is that I am high in the morning, like Edwin, and Bruno he's high at night. Do I really want to finish my days with a Bear? A bear and a Squirrel (Squeerel in the occurancy)... and why not? Is it true that you're going to sleep with someone else if you don't really like your boyfriend? Well, I wanted since a long time to experiment someone else, and I have wait for the right time, the right person. It finally came, and I can do comparison now. The only problem is, do it change something in my mind, about Bruno? Do I will love him as much as before, more, or maybe less? Dans la dernière situation, will I leave Bruno? And what I am gonna do? Go to US find Ed? What's telling me that he wants a relationship, and that he will be stable, not sleeping around (and is that really important for me now)? I don't want to try someone else, I'm not feeling for that. I love Bruno, and I want to know if something will change in my sentiments for him. Too bad, each time we are sleeping together, he starts to masturbate, he can't help it, and ten minutes later it's finished. Edwin likes to that that in four hours! God, and he is usally coming five times! Il m'est arrivé une seule fois de venir quatre fois avec Bruno, si je me souviens bien. Et trois fois, assez souvent, en début de relation. We are not doing that anymore, because Bruno is always tired, he used to come tree times too. Another problem, Edwin has |
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a girlfriend, can you believe it? Not because he loves her, but for sex! He tells me that
is never coming more than one time with girls. Quand on est entré dans un magasin de
films porno pour gays à Montréal, il avait déjà vu plus de la moitié des films, connaissait les
titres et noms d'acteurs! What the hell is that? I always thought that a porno movie is like
another, no difference, and it was fake names on generic, without any popularity. It does not
seems so. Pauvre fille, Cathrine qu'elle s'appelle, comme elle va souffrir un jour! Comme il se
joue d'elle, aucun remords pour la tromper à droite et à gauche (ce qui devrait me faire
réfléchir sur l'histoire de ma propre infidélité), is he with her for the image?
Pourquoi cela est-il arrivé? I have this impression that Bruno will know about it,
and then something will maybe change radically in my life, or something will be different.
No matter if I love Bruno more now, and I dont really want to do that again, I dont really
physically want to sleep with Ed again, nor someone else d'ailleurs. Cela ne m'empêche pas
d'admirer Ed, il est plus fort que je ne le croyais, il est un peu adipeux, mais beau. J'en garderai
un souvenir inoubliable, c'est la réconciliation du passé et du présent. Reste maintenant
le futur. Mais je suis prêt à l'affronter, dussé-je souffrir, et espérer que Bruno n'en
souffrira pas, car c'est là mon unique préoccupation, empêcher Bruno de souffrir à cause de moi.
Parce que s'il devait souffrir, je souffrirai tout autant sinon plus. I really love him. [This
paragraphe was wrote before the half of the one before].
I know that if Ed was around, I will sleep again with him. What does that mean if
I'm really loving Bruno? Je devrais reprendre toutes les questions des pages avant et tenter
d'y répondre. Cela sera fait dans ma littérature. J'accuse à ce propos une critique assez
destructive des gens du milieu à Montréal. Rien n'y fait, ils ne sont même pas indifférents, ils
sont frustrés. Leurs commentaires s'enchaînent, ils utilisent le même vocabulaire, c'est à
croire qu'ils ont été à la même école. Et lorsque je sais que ma pièce a un problème, les
corrections que je voudrais appliquer vont carrément à l'encontre de ce que les critiques me
conseillent. J'ai payé 75$ au Centre des Auteurs Dramatiques de Montréal pour me faire lancer de
la Bullshit pendant deux pages. Comme le théâtre de 4'sous, ils recherchent des
personnages consistants (Lorraine Pintal aussi du TNM (Théâte du Nouveau Monde) me dit ça), une mon |
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tée dramatique suivie d'un climax époustouflant. Bref, il y en a même un pour qualifier le tout de Téléromanesque et non théâtral. Well, je vais m'en tenir à ma première idée, je vais réécrire la pièce selon le point de vue d'Antoine, avec une réalité morcelée, laquelle il pourra modifier. Mais pas avant cet été, et je vais garder cette pièce dans mes tiroirs jusqu'au jour où je pourrai la monter moi-même, et là ce sera beau. La critique semble rechercher un texte qui se modèle sur les règles théâtrale établies, ou du moins, selon les règles théâtrales du Théâtre Québécois (qui somme toute, occupe une place bizarre dans le répertoire international). Tout cela me décourage (ne m'outrage pas du moins, ça fait longtemps que je sais passer par-dessus la critique, et je réécris toujours mes choses selon les conseils reçus et que je trouve constructifs; ce qui n'est pas le cas actuel, aucun critique est dans la capacité de me dire là, concrètement, ce que je devrais changer ou faire, et je ne vais pas ajouter une montée dramatique à ma pièce avec un climax sur le top et le bel enchaînement avec le dénouement). Enfin, cela me donne l'impression que je devrais abandonner l'écriture, ou de ne plus penser à écrire en fonction d'être lu, mais n'est-ce pas déjà le problème? Comme dirait le gars du CEAD, on dirait que l'auteur se fait plaisir. Et puis, j'ai l'impression qu'ils ajouteraient que je suis prétentieux. Well, fuck that, they doesn't seem to read the same way as me. They are able to see everything in a paper, cry for some good lines, make a big deal of nothing. Comme cette remarque surprenante de Joël Beddows à propos de LE MARCHAND DE VENISE À AUSCHWITZ, «C'est pas souvent que l'on assiste à une l'éxécution de dix personnes sur une scène.» Peut-être suis-je de la génération de l'audiovisuel, où tout est banalisé par les médias, puisque pour moi, dix personnes qui se font tuer sur une scène, ça passe comme du beurre. Et si cela agit quelque part, c'est loin dans mon cerveau. J'ai plutôt besoin d'une bonne hache lancée par la tête pour me sensibiliser et m'émouvoir. J'ai assisté à une pièce quand j'étais jeune. Une grosse poule a passé une heure à nous faire comprendre qu'il fallait que l'on pondent des oeufs, c'est-à-dire, que l'on fasse des enfants (plus tard, j'imagine, lorsque nous serions des adultes). Eh bien, je peux vous jurer que jamais cela aurait pu me convaincre de quoi que ce soit. Peut-être juste de me déguiser en poule, pour la sensation. Mais ma critique n'est pas d'accord avec ce qu'elle juge de l'exagération. Ils n'ont pas le même adage que Ginette Munger: «C'est pas avec des chuchotements que l'on réveille |
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un peuple!» Et la petite élite fort intellectuelle (j'en suis ravi d'ailleurs, je ne croyais pas
que les directeurs artistiques au Québec écrivaient si bien, et savaient exactement ce
qu'ils voulaient), bref, cette élite qui ne voit que trop bien les mécanismes du texte, perde de
vue l'ensemble, ou plutôt, ils recherchent trop ce sens que je dissimule. Et si quelques
personnages ne semblent apporter quoi que ce soit à l'évolution dramatique de la pièce, c'est
peut-être que l'évolution de la pièce est déjà un trop gros mot pour le peuple. Et dire que
je croyais écrire pour d'autres gens que le peuple. Je n'atteins même pas l'élite. Et
pourquoi? Parce que toute oeuvre doit être imposée pour être reconnue. Ce n'est pas pour rien que
la publicité fait tout dans notre société. Céline Dion est numéro au Billboard Américain
depuis une couple de mois, ce n'est pas là le fruit de ses qualités, bien qu'elle doit tout de même
en avoir du talent, mais bien le produit d'une campagne de publicité à l'échelle des
États-Unis, et merveilleusement bien orchestrée. On achètera le plus possible d'apparitions aux
shows américains les plus connus, on la fera chanter en duo avec les grands noms, on la fait
apparaître sur la connerie du siècle, le spectacle spécial de Michael Jackson sur le réseau
Américain, qui essaye de nous convaincre d'acheter encore ses disques, même s'il est accusé
de pédophilie. Je n'ai pas besoin de savoir que l'auteur d'une chanson est pédophile ou non,
s'il porte des caleçons rouge ou bleu, pour apprécier sa musique. Céline Dion, celle qui achète
le succès! Comme tous les autres d'ailleurs. Et moi je dois m'en remettre à une petite
élite fermée qui décide tout pour ses lecteurs. La preuve, une maison d'Édition est si fermée
dans ce qu'elle publie, qu'il est rare d'y voir apparaître plus de trois catégories de livres
différentes, et encore, celles-ci sont déjà fort spécialisées, ce qui implique que l'on doit écrire
en fonction de ces catégories. Même l'histoire de l'Art se répète. On est pas plus
ouvert aujourd'hui qu'on l'était voilà 200 ans. Un Rimbaud aujourd'hui passerait
probablement inaperçu, et sa mort ne confirmerait que son oubli le plus total. Et l'élite qui s'imagine
que l'on lit Rimbaud sans y rien comprendre, est probablement plus prétentieuse que je ne
le suis. Et puis après, vive la prétention!
8 Mars 1994
Sans trop m'en rendre compte, c'est encore au mois de mars que le besoin d'écrire |
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mon journal se fait sentir. Cette fois-ci, Ed peut en être la raison, mais certainement pas
le Bruno. Sa crise à lui devrait venir avec le changement de température plus tard durant
le mois. Il se mettra à paniquer jusqu'à ce qu'il s'achète des billets pour aller quelque part.
Je pense encore à Ed, et c'est plutôt stupide, je n'ai pas aimé extraordinairement faire
l'amour avec. C'est son absence tout court qui m'ennuie. Mais j'ai encore cette envie de le
prendre dans mes bras, sentir son parfum, et l'embrasser, chose que je n'ai pas faite lorsqu'il était
ici (le frencher).
Bruno me dit souvent que j'ai autour de moi, juste par les gens que je connais,
matière à écrire un roman complet. C'est vrai, mais comment pourrais-je écrire sur mon
oncle Jean-Paul, à propos qu'il est l'homme de la maison et que sa maison, avec les quatre
enfants, est une porcherie permanente? Sans dire en plus, qu'il fait partie, comme Mario
et Michel, d'une sorte de religion (?) bizarre. Les Rosicruciens en ce qui concerne J-Py, et
la Fraternité Blanche en ce qui a trait à Mario. Michel, je ne sais pas. Et moi, dans la
même veine, je suis devenu végétarien, sans pour autant en être venu à ces religions. Quoique
que j'ai lu avec passion LA COSMOGONIE DES ROSE-CROIX, et m'en suis inspiré pour la
troisième partie de LA RÉVOLUTION, René l'Illuminé. Il existe certainement beaucoup de
sagesse dans ce livre, et je soupçonne que les sources ont été puisé un peu partout. Il y a
bien 6 000 ans de réflexions là-dedans, si on nous avait assommer avec ce livre plutôt
qu'une fausse bible déformée, peut-être la religion jouerait un rôle plus important dans nos vies,
et peut-être serions-nous plus heureux. Mais je ne crois pas qu'une religion puisse rendre
heureux en tant que tel, ni même la prière. En fait, les explications fournies, et la logique
ou raison des arguments qui justifient toutes les contradictions de l'histoire, sans compter
une description de la mécanique de l'existence qui n'oublie absolument rien au passage,
auraient pu m'amener à la philosophie. J'y suis tout de même, j'ai lu le livre, il me serait bien
difficile de le contredire sur aucun point. Bien au contraire, qu'il s'agisse là de niaiseries ne
me tracasserait nullement, ces enseignements m'aideront à vivre de toute façon. Et la vie
est suffisamment pénible pour je me permette de lui apposer un sens. Ce sens, on le
retrouve dans PHILOSOPHIE DE RENÉ DE L'AVENTURE (qui sera renommé PHILOSOPHIE DE LA RÉ |
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VOLUTION), et on le retrouve un peu épars dans René de l'Aventure, René l'Illuminé et LES LETTRES DE R.M. Je ne saurais dire exactement jusqu'à quel point mes idées d'alors provenaient de LA COSMOGONIE DES ROSE-CROIX. Je n'avais pas lu tout le livre dans le temps, et surtout par la partie qui en parlait. J'ai plutôt analysé René de l'Aventure pour en arriver à écrire LA PHILOSOPHIE, aussi, j'ai été surpris de retrouver dans LES ROSE-CROIX à peu près les mêmes choses, sauf qu'eux, ils ajoutaient la réincarnation, et j'avoue que cela ajoute beaucoup de sens à mes idées. Ce qui est bien, c'est qu'après avoir lu le livre, je n'ai pas jugé qu'il me fallait changer quoi que ce soit à ce que j'avais écrit avant. Ainsi LES ROSE-CROIX ne semble pas avoir joué un grand rôle sur ma littérature, quoique qu'ils abordent les mêmes sujets. Je serais toutefois dans le tort d'avouer que de voir en Dieu la Terre et le Soleil, provient de mes idées. Il s'agit là de conversation avec mon oncle Mario, et peut-être même qu'avec lui j'ai inconsciemment acquis plusieurs connaissances. It's too bad that he thinks that to be gay is so wrong that I should change right now. He thinks that my life is a waste, and I will suffer après la vie. Il s'agit donc de dire que je suis immoral et que je brûle la chandelle par les deux bouts. Eh bien, j'ai eu un chum Bruno, j'ai couché avec Martin (avant Bruno), un quart avec Leblanc (arrêté par les remords), et Edwin (continué malgré les remords). Les remords disparaissent, mais pas les regrets (de ne pas avoir été plus loin). Je suppose que la vie de Mario était déjà plus chargée lorsqu'il avait 21 ans. Juste à considérer ma soeur, elle a bien couché au minimum avec une trentaine de gars, il est vrai qu'elle n'en a jamais trompé un seul. Mais mon père trompe sa femme depuis la nuit des temps, et maintenant qu'ils sont séparés, il trompe ses blondes. La société est un gros melting pot, la non-vertu se retrouve un peu partout, et il serait vint de mal juger une catégorie sous prétexte qu'elle ne fait pas partie de la majorité. Mais ses raisons, à Mario, vont plus loin. Cela remonte à Sodome et Gomorrhe. Mais moi, de ce que j'en ai lu, il ne s'agit point là de parler que des homosexuels, mais bien d'une société devenue très promiscious, c'est-à-dire, qui couche avec tout le monde, sans fin. Eh bien, aujourd'hui on pourrait pointer Amsterdam, et se demander quand donc elle sera détruite. Ou même Paris ou New York. J'ajouterais que ces endroits plutôt ouverts par rapport au sexe ne m'intéressent nullement (sauf Paris, et pas pour le sexe). Je serais le premier surpris si je devais aller à Amsterdam, et je me permets de croire que ce ne sera point là ma seule décision si j'y vais, probablement pas dans le but de |
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coucher avec plein de gens. Mais je ne cacherai pas que le sexe est important pour
moi, comme pour tout le monde d'ailleurs. Ceux qui le refoule aux yeux des autres, en
arrivent certainement à la jalousie, et à crier à la non-vertu ou au jugement, seul moyen pour
croire que notre sacrifice ne servira pas à rien. Moi j'ai pour idée que rien n'est mal jusqu'à ce
que quelqu'un souffre physiquement ou moralement. Alors coucher avec Ed est mal, car
Bruno pourrait en souffrir. Et connaissant la mécanique des événements, il le saura un jour, et
il souffrira. Je continuerai à regarder les gens qui m'entourent un autre jour.
9 Mars 1994
Ma confidente Mireille reçoit ce mot dans la classe de Mme Nicole Bourbonnais à
l'Université:
-J'ai couché avec Edwin Kuester the Third, j'ai couché avec un Américain.
-Bruno le sait?
-Non
-Comment as-tu rencontré ce gars?
-À Paris voilà un an. Je pense à lui depuis ce temps. J'en avais parlé dans mes écrits.
-Veux-tu le revoir?
-Oui
-C'est pour ça ta dépression?
-Oui, je ne peux penser à autre chose.
-Je ne comprends pas: tu te morfonds de remords?
-Oui, plus les regrets qu'Ed soit parti.
-Comment penses-tu que ta relation avec Bruno puisse continuer?
-Ed est loin, et j'aime Bruno.
-C'est son titre qui t'a impressionné?
-Non. J'ai dû écrire une vingtaine de pages de journal pour me comprendre. C'est
sûrement un tournant important dans ma vie. Je suis incapable de faire un move, je ne fais qu'y pen |
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ser. Je suis en léthargie.
-Il parle français? sûrement pas.
-Oui, il capote sur le français.
-Je suis ébahie! Je ne sais que dire: tu me surprends. Mais si tu crois vraiment aimer Ed,
tu devrais poursuivre cette relation et laisser Bruno.
-Impossible, il a une blonde et reste à New York.
-Si tu restes avec Bruno, tu devrais couper tous liens avec Ed.
-Que me reste-t-il d'autre à faire? Sexuellement j'aime mieux Bruno. Moralement, je ne
sais pas. Ça va s'estomper j'imagine.
-Pardonne-moi, je porte un jugement sévère et ce n'est pas dans mes habitudes de
prêcher. Avez-vous des intérêts communs?
-La France.
-Que fait-il dans la vie?
-Université.
-C'est lui qui était venu te voir au mois de novembre?
-Oui
-Quelque chose a dû se passer?
-Non. Mais je ne regrette pas. Je recommencerais, mais pas avec n'importe qui. Je ne
vais pas tromper Bruno encore. Lui, j'éprouvais quelque chose envers lui...
Analyse:
Mireille a laissé son chum voilà un an et demi, parce qu'elle ne voulait pas d'une
vie de couple dont l'avenir est déjà tout prévu. Elle a couché avec deux gars avant d'en
trouver un troisième et de l'emmener chez-elle. Nedko vient de la Bulgarie et a les cheveux
long. Une semaine plus tard, Mireille avait son billet pour le Down Town Ottawa. Elle
déménagea un ou deux mois après, pour un avenir moins que certain avec Nedko. Et comme
Bruno (Roumain aux cheveux courts), la vérité a pris du temps avant de faire surface. Et les
problèmes refont encore surface. Et j'ai toutes les raisons de croire que le pire n'est pas encore |
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parvenu à la surface. Enfin, tout ça pour dire que l'on peut changer sa vie, coucher
avec d'autres comme ma soeur ne compte plus le nombre de personnes avec qui elle a couché,
et tout cela la conscience claire. Elles ne sont pas folles, elles crissent leur chum là
avant d'aller voir ailleurs. Ô misère! Et moi qui a 21 ans! Que se passerait-il si je n'avais pas
vécu? Dring! Le réveil sonne, j'ai 35 ans, seul, impossible d'attirer qui que ce soit. Comme cela
me fait du bien d'entendre Edwin me dire que ce fut extraordinaire le week-end passé (je
l'ai appelé ce soir (10 mars, après avoir écrit tout ce qu'on peut lire sous ce 9 mars et 10
mars). Je lui parle, il bande. Malheur, il me compare encore à un écureuil, mais il trouve ça
tellement cute les écureuils, ça lui donne envie de le prendre dans ses bras et l'écrapoutir.
(Moi j'ajoute qu'un des écureuils finit toujours par se faire écraser de toute façon, ou pire,
demeure à des kilomètres de l'autre.)) Laisser Bruno, c'est lui offrir une inspiration
certaine pour sa musique. Deuxièmement, il s'en remettra, trouvera quelqu'un d'autre. Et puis,
je n'en peux plus d'espérer qu'il réussisse dans la musique alors que moi-même j'en ai assez
de me tracasser avec une éventuelle publication. Paris, next destination, first objective,
to write my life. Un jeune homme du Canada qui débarque à Paris avec le seul Père Goriot
et qui s'imagine qu'il deviendra un Balzac.
Où es-tu ce soir? Perdu dans l'Université d'Oswego, tu portes une de tes chemises
en flanelle, et ton parfum français... Entouré d'amis ou seul avec ta blonde. Elle te serrera
dans ses bras, t'embrassera dans le cou, et vous vous embrasserez à la française. Où es-tu ce
soir? Devant un ordinateur. Ou seul a marcher à l'extérieur, pensant à moi peut-être. Je
t'embrassais derrière l'oreille et tu jouissais fort. Quel effet je te fais on dirait. Et si Diane aurait
été absente de la maison, comme nous y aurions été fort. Lunatique de l'Univers, je vous
ai compris! Je suis en léthargie complète, malade moralement, séduit au sang, déchiré
entre deux hommes. Tu me prenais la main, me parlais de très près, et comme Bruno tu m'as
dit que j'étais la première personne avec qui tu aimais être aspergé de mon... Ton visage,
c'est la joie, l'expression du bonheur, la folie, le prêt à faire n'importe quoi, même à sacrifier
des choses, mais certainement aussi porté à ne pas manquer une chance d'avoir du plaisir,
et cela inclu l'infidélité. Ainsi nous ne serons jamais en relation long-terme. Mais plutôt des |
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amis long-terme qui coucherons ensemble à l'occasion... (quelle non-vertu, comment
puis-je ne pas m'indigner en disant cela)... l'Amour Christ! J't'aime, et ma peur c'est de
découvrir que je t'aime plus que le Bruno. Et dans ce cas, je sacrifierais tout. Je ne resterai pas
avec quelqu'un que je n'aime pas. Mais maintenant je me vois incapable de distinguer mes
sentiments, c'est là le fruit du mois de mars. Chacun se réveille à la vie, mais doit d'abord
traverser la période du réveil, là où on est ordinairement mêlé. Ah Ed, j'aimerais te revoir
pour apprendre à te connaître davantage. Ouvre-moi ton passé, j'y devine l'opposé de Bruno
en personnalité. Et j'y soupçonne encore bien de l'admiration. Que je tomberais amoureux
facilement avec toi!
La fin du monde est à nos portes! Le mois de mars m'apporte à nouveau la joie
des échéances! Rapport d'impôt, formule de prêt et bourse, demandes aux universités,
travaux longs, livres à lire, rêves à réaliser... je crisserais mon camp pour la France
aujourd'hui! Paris Paris Paris! Cette ville m'appelle à elle, comme jadis elle appelait à elle les
artistes des quatre coins de l'Europe. Un grand cri languissant au-dessus de l'océan, quand
bien même il s'agirait d'une vie de misère, une misère à Paris, c'est une littérature pour
l'éternité! Comme dit la préface de Cyrano: «Est-il possible d'imaginer autrement un auteur
écrire ses premiers poèmes dans une chambre de misère, le ventre vide si possible?» Moi,
c'est tout ça, mais à Ottawa! Ma misère est sans avenir! Comme dit Dominique Lafon, parfois
une ville abrite plusieurs grands auteurs sous une même époque, je me demande quels
grands auteurs mon époque décellera? Et moi dans tout cela? Je n'ai qu'à continuer mon
cheminement, écrire ce que je veux, ne pas arrêter et l'on verra. Bon Dieu, il est probablement
trop tard pour aller étudier à Paris! Paris, Paris, Paris même s'il s'agit d'y laisser Bruno
derrière, s'il m'aime, il me suivra, sinon, je trouverai quelqu'un d'autre. Wow, quelle libération!
Vive Ed, pour m'avoir ouvert les yeux sur l'asservissment qui m'assaille. Pour Bruno je
mourrais à Ottawa? Bruno partira jamais seul, il faut le forcer à me suivre. Peut-être viendra-t-il?
Il est français, c'est déjà ça, moi, je vais faire des démarches pour crisser le camp d'ici!
Ma crise commence, imaginons celle de Bruno qui s'en vient. |
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Ô Ed, tu me rappelles Paris, tu es la misère que je veux vivre, rue des
Bernardins, quartier Latin, le site de ma nouvelle inspiration. Ces derniers temps j'ai expérimenté
ces sortes de vertiges-fatigues qui me rendent prêt à perdre connaissance. Si je repars
pour Paris seul, je me trouverai vite des amis. Comment faire avaler ça à mes parents?
Fuck them, j'y vas cet été! J'y resterai le plus longtemps possible, sur place je ferai des
démarches pour y rester. Et pourquoi pas Montréal au pire allé? No way! Les Montréalais se
prennent pour d'autres et s'enferment dans leur petit univers, ils y crèveront. «Les feuilles mortes
se ramassent à la pelle, tu vois, je n'ai pas oublié. Les feuilles mortes se ramassent à la
pelle, les souvenirs et les regrets aussi! Et le vent du nord les emporte...» Prévert's poetry,
musique de Kosma (?), chanté par (?). Comment un auteur devient-il connu? Cela est-il
long? Impossible? Doit-on imposer nos choses et espérer qu'un jour, quelqu'un écrira dessus
et enclenchera le processus? Un de mes livres pourra-t-il connaître du succès? Ou même
être publié? 1- Vers et verts les champs - bof. 2- La révolution - (?). 3- Les Quatre Piliers - (non).
4- Antoine - (à oublier). 5- Val-Jalbert - (?). 6- Les lettres de R.M. - (non).
1er livre Vers et verts les Champs 90 pages
Les lettres de R.M. 60 pages
Les Quatre Piliers 45 pages
total : 200 pages
2ième livre La Révolution 150 pages
3ième livre La Légende de Val-Jalbert 60 pages
Antoine, Amour et Médiocrité 50 pages
total : 110 pages
10 mars 1994 |
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J'ai téléphoné à l'Ambassade de France, demain ils vont me rappeler. Je veux
faire des études supérieures à paris, je suis prêt à partir au mois d'avril! J'espère qu'il n'est
pas trop tard!
Hier Bruno m'a parlé de ses idées futures. Je croyais être désespéré, mais Bruno
me le semble davantage. Hier j'ai compris des choses, et s'il ne m'avait pas dit qu'au moins
il aurait bientôt un diplôme universitaire, j'aurais été tenté d'avouer qu'il avait raté sa
vie. Plusieurs mauvais choix, le voilà sans avenir. Et je dois avouer que cela m'a affecté.
Quoi? Moi qui prône le changement de ce mauvais système - comme mme de Beauséant du
père Goriot qui connaît l'horreur des rouages de la société aristocratique et bourgeoise, les
accepte et joue le jeu - me voilà qui veut me lancer dans des études supérieures alors
que j'aimerais bien prendre une année sabbatique à Paris, tout vendre, même mes cd's, et
partir. Mais comme je me sentirais perdu en faisant cela. Et aucune aide à attendre de mes
parents, je me retrouverais vite à mendier, pleurant comme celui que j'ai rencontré dans les
bouches de métro à Chatelet-Les Halles.
Bruno en est déjà à sa deuxième expérience en affaire. Une vague histoire
d'entretient d'automobiles à 17 ans, presqu'une faillite, avec publicité et enregistrement au
gouvernement. Et l'histoire des crayons avec noms des compagnies, sa propre compagnie à
22 ans, qu'il a parti avec nul autre qu'Éric. Encore des vérités qui reviennent à la surface,
ce n'était pas le moment, moi qui me pose tant de questions. Le voilà encore qui veut
s'embarquer dans une campagne vouée non seulement à la faillite, mais qui lui coûtera tant
en temps que cela ne servira pas sa carrière en musique. Le pire c'est qu'il veut embarquer
sa mère et ses fonds, et moi! Moi, étudiant à temps plein, écrivain à temps plein, je m'en
irais construire des hommes nus en plâtres faisant office de lampe pour satisfaire une
minorité gay, alors qu'elle même est une minorité de la société? Je me demande s'il est si
intelligent que cela! Une histoire de crayons fait faillite absolue, le
voilà avec une idée aussi pire, sauf que cette fois-ci, il veut y engouffrer la petite fortune de sa mère. Voilà un homme qui n'a |
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pas achevé sa Chimie, fait trois ans en économie pour rien, pour dire qu'il a un diplôme,
et qui ne veut plus mettre à exécution ses plans de poursuivre en Génie. Que lui
reste-t-il donc? Un travail de misère à la BNR, 33 000$ par année, sans possibilité
d'avancement, risque probable de perdre son emploi, et impossibilité de trouver un autre emploi qui
paye un peu plus que le salaire minimum. Il lui reste son espoir en musique, et moi dit-il!
Je l'admirais, sachant toute cette situation à l'avance, mais lui se déteste, se voit comme
un moins que rien, et il m'a convaincu. Je n'ai rien contre le fait qu'il pourrait n'être rien,
ce n'est pas ce qui m'arrête, c'est plutôt son désespoir, il s'accroche maintenant à moi
(non, c'est fort). Je ne pense pas ce que je dis, je rétracte tout ce paragraphe, ça n'a pas
rapport, j'étais au courant de tout cela, c'est son désespoir qui m'afflige. Qu'il arrête donc, il a
de l'avenir dans la musique. Il veut partir une compagnie? Fine, mais qu'il joue sur des
valeurs sûres! Et qu'il veuille partir cela avec sa maman? D'accord, je l'aiderai peut-être.
Parfois je me demande ce que je veux aller chercher à Paris. Peut-être que je
m'imagine retrouver Ed, ou son pareil? Mais je me souviens ce rêve à mon retour de Paris.
J'y étais retourné et il n'y avait plus ni Edwin ni Bruno, et j'étais désespéré. C'est là que
j'ai écrit: «Il faut revenir, il faut m'avouer des choses!» Un an plus tard c'était fait, mais à
quel prix? Hier je ne pensais qu'à lui, couché dans le lit de Bruno, alors il téléphona! Mon
coeur battait, je lui ai parlé un peu, incapable, il a dû croire que je ne voulais rien savoir de lui!
Il faut que ce soit clair, Paris c'est le brainwash complet, c'est le renouveau absolu.
Pauvre Bruno, je suis dur avec lui en mes idées. Je l'aime. J'aimerais qu'il me
suive à Paris. J'ai parlé avec la femme de l'Ambassade, mes chances sont grandes d'être
accepté qu'elle a dit, même à la Sorbonne. Me voilà déjà dans l'avion, prêt à partir, les études
supérieures à Paris, c'est être étudiant à 21 ans à Paris, mais plus, car j'ai déjà ma license
du 2ième cycle, en 11 mois j'aurai terminé ma maîtrise à Paris! Avec ça je peux déjà
faire quelque chose. Moi et Paris, une misère qui n'en est pas une. YA YA YA (it seems that
i'm already there!) Si je suis accepté, je crisse le camp au plus vite. En juillet ou début août?
Je n'emporte que deux valises, and that's it! Faudrait que Bruno travaille tout l'été, que l'on |
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parte ensemble à Paris, qu'il prenne son année sabbatique, et emporte son synthétiseur.
Il pourra trouver un travail là-bas, il a la nationalité française.
Je ne veux plus de ces rêves qui n'aboutissent jamais. Paris m'appartient, la
décision ne sera pas difficile à prendre lorsqu'ils me diront oui. J'espère juste que mon père y
verra son intérêt, lui qui se dorait de voir sa fille ingénieure, et son garçon en droit. Une
lueur reviendra-t-elle dans ses yeux? Mon fils en maîtrise à Paris? ou plutôt, le christ, se serait
si simple d'étudier à Montréal ou Ottawa...
Première Lettre à Edwin Kuester The Third: |
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Ottawa, 11 mars 1994
Cher Edwin Kuester The Third, mes sentiments sont actuellement ambigus, et
c'est peut-être une bonne chose. Le mieux serait que je me réveille et voit en Bruno la
seule personne que j'aime. Je le souhaite. Mes prochaines lettres t'en diront davantage à ce
propos. Pour l'instant, voici la meilleure lettre que je puis écrire, c'est directement tiré de
mon journal. Ce ne sont que des passages de mon journal, les parties qui t'intéresseront.
C'est plutôt long, bonne lecture. Notre Amour est Impossible!
7 mars 1994
La mécanique des événements ne prend même plus la peine de cacher son jeu,
ses coïncidences nous frappent et l'on se demande encore s'il peut s'agir de coïncidences.
Ainsi je risque mon avenir pour la France et j'y rencontre Edwin Kuester the Third. Bruno en
est jaloux, on dirait l'intuition. Bref, j'en reparle dans les Piliers (mon livre), mon corps à
Val-Jalbert (village autour du Lac-St-Jean), mon coeur à Paris, mes deux amours se payeront
les bons temps without me, speaking english for the cause, both liking French. Mais
prévoir qu'un an plus tard, the Third will came to Bruno's place, is something strange. But at
the time, he was not knowing that we were gays. Finally, Bruno told him, and ô surprise, he
his. So he came back to Ottawa, slept in my room. The inevitable happen. Les humains
n'ont aucune volonté, placez-les dans une situation telle qu'un Edwin presque nu à côté,
voulant certainement faire des choses, et ils ne pourront résister.
Ed est étrange. Il ne me semblait pas si expérimenté, sexuellement surtout, et
plutôt maigrichon. Mais son parfum a eu raison de mes passions, je lui ai sauté dans les bras,
ô misère,
mais quel bonheur. Que je regretterais de ne pas l'avoir fait, et quelle soudaine sensation de |
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libération. Certainly a big line of my existence, I cannot stop thinking about it, it's now
a necessity for me to write about it, just to try to understand all the elements in action. I
learn that my possessivity for a pure Bruno is injustify, if he wants to sleep with someone else,
I will less care now.
Edwin est fort, ses bras assez musclés et ses épaules larges. Lorsqu'il s'est
approché trop près, j'ai changé de lit, et l'incroyable s'est produit. Je le sentais partout, plaçais
mon visage dans son cou, et lorsque j'approchais de son oreille, il atteignait un degré de
jouissance que je n'avais jamais vu. Il gémissait comme quelqu'un qui s'abandonne à un autre,
le tout agrémenté d'une sensation de remords qui paralysait. Est-ce cette impression de
faire le mal qui faisait mes membres shaker, me rendait malade, ou est-ce la beauté d'Ed et
un sentiment quelconque pour lui? Certainement les deux. J'y pense encore, je me demande
ce que sera ma prochaine rencontre avec Bruno. Ed est la Vitalité, tandis que Bruno est
l'Ours, selon les dires mêmes d'Ed (moi, ce n'est pas nouveau, il m'a qualifié d'écureuil).
Is it true that you're going to sleep with someone else if you don't really love
your boyfriend? Well, I wanted since a long time to experiment someone else, and I have wait
for the right time, the right person. It finally came, and I can do comparison now. The
only problem is, do it change something in my mind, about Bruno? Do I will love him as much
as before, more, or maybe less? Dans la dernière situation, will I leave Bruno? And what am
I gonna do? Go to U.S. find Ed? What's telling me that he wants a relationship? Is
there anything possible in there?
Cela ne m'empêche pas d'admirer Ed, il est beau. J'en garderai un souvenir
inoubliable, c'est la réconciliation du
passé et du présent. Reste maintenant le futur. Mais je suis prêt à l'affronter, dussé-je
souffrir, et espérer que Bruno n'en souffrira pas, car c'est là mon unique préoccupation, empê |
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cher Bruno de souffrir à cause de moi. Parce que s'il devait souffrir, je souffrirai tout
autant sinon plus. I really love him.
I know that if Ed was around, I will sleep again with him. What does that mean if
I'm really loving Bruno? Je devrais reprendre toutes les questions des pages avant et tenter
d'y répondre. Cela sera fait dans ma littérature future.
8 Mars 1994
Sans trop m'en rendre compte, c'est encore au mois de mars que le besoin
d'écrire mon journal se fait sentir. Cette fois-ci, Ed peut en être la raison, mais certainement pas
le Bruno. Sa crise à lui devrait venir avec le changement de température plus tard durant
le mois. Il se mettra à paniquer jusqu'à ce qu'il s'achète des billets pour aller quelque part.
Je pense encore à Ed, et c'est plutôt stupide. C'est son absence tout court qui m'ennuie.
Mais j'ai encore cette envie de le prendre dans mes bras, sentir son parfum, et l'embrasser,
chose que je n'ai pas fait lorsqu'il était ici (le frencher).
9 Mars 1994
[Ma confidente Mireille reçoit ce mot dans la classe de Mme Nicole Bourbonnais à
l'Université:]
-J'ai couché avec Edwin Kuester the Third, j'ai couché avec un Américain.
-Bruno le sait?
-Non
-Comment as-tu rencontré ce gars? |
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-À Paris voilà un an. Je pense à lui depuis ce temps. J'en avais parlé dans mes écrits.
-Veux-tu le revoir?
-Oui
-C'est pour ça ta dépression?
-Oui, je ne peux penser à autre chose.
-Je ne comprends pas: tu te morfonds de remords?
-Oui, plus les regrets qu'Ed soit parti.
-Comment penses-tu que ta relation avec Bruno puisse continuer?
-Ed est loin, et j'aime Bruno.
-C'est son titre qui t'a impressionné?
-Non. J'ai dû écrire une vingtaine de pages de journal pour me comprendre. C'est
sûrement un tournant important dans ma vie. Je suis incapable de faire un move, je ne fais qu'y
penser. Je suis en léthargie.
-Il parle français? sûrement pas.
-Oui, il capote sur le français.
-Je suis ébahie! Je ne sais que dire: tu me surprends. Mais si tu crois vraiment aimer Ed,
tu devrais poursuivre cette relation et laisser Bruno.
-Impossible, il a une blonde et reste à New York.
-Si tu restes avec Bruno, tu devrais couper tous liens avec Ed.
-Que me reste-t-il d'autre à faire? Ça va s'estomper peut-être.
-Pardonne-moi, je porte un jugement sévère et ce n'est pas dans mes habitudes de
prêcher. Avez-vous des intérêts communs?
-La France.
-Que fait-il dans la vie?
-Université.
-C'est lui qui était venu te voir au mois de novembre?
-Oui
-Quelque chose a dû se passer?
-Non. Mais je ne regrette pas. Je recommencerais, mais pas avec n'importe qui. Je ne vais |
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pas tromper Bruno encore. Ed, j'éprouve quelque chose pour lui...
[suite de mon journal (Mireille n'a pas lu la suite)]
Enfin, tout ça pour dire que l'on peut changer sa vie, coucher avec d'autres
comme ma soeur ne compte plus le nombre de personnes avec qui elle a couché, et tout cela
la conscience claire. Elles ne sont pas folles (ma soeur et Mireille), elles crissent leur chum
là avant d'aller voir ailleurs. Ô misère! Et moi qui a 21 ans! Que se passerait-il si je n'avais
pas vécu? Dring! Le réveil sonne, j'ai 35 ans, seul, impossible d'attirer qui que ce soit.
Comme cela me fait du bien d'entendre Edwin me dire que ce fut extraordinaire le week-end passé
[je l'ai appelé ce soir (11 mars). Je lui parle, il bande. Malheur, il me compare encore à
un écureuil, mais il trouve ça tellement cute les écureuils, ça lui donne envie de le
prendre dans ses bras et l'écrapoutir. (Moi j'ajoute qu'un des écureuils finit toujours par se
faire écraser de toute façon, ou pire, il demeure à des kilomètres de l'autre.)] Laisser Bruno,
c'est lui offrir une inspiration certaine pour sa musique. Deuxièmement, il s'en remettra,
trouvera quelqu'un d'autre. Et puis, je n'en peux plus d'espérer qu'il réussisse dans la
musique alors que moi-même j'en ai assez de me tracasser avec une éventuelle publication.
Paris, next destination, first objective, to write my life. Un jeune homme du Canada qui débarque
à Paris avec le seul livre LE PÈRE GORIOT et qui s'imagine qu'il deviendra aussi grand
que Balzac.
Où es-tu ce soir? Perdu dans l'Université d'Oswego, tu portes une de tes chemises
en flanelle, et ton parfum français... Entouré d'amis ou seul avec ta blonde. Elle te serrera
dans ses bras, t'embrassera dans le cou, et vous vous embrasserez à la française. Où es-tu ce
soir? Devant un ordinateur. Ou seul a marcher à l'extérieur, pensant à moi peut-être. Je
t'embrassais derrière l'oreille et tu jouissais fort. Quel effet je te fais on dirait. Et si Diane aurait
été absente de la maison, comme nous y aurions été fort. Lunatique de l'Univers, je vous
ai compris! Je |
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suis en léthargie complète, malade moralement, séduit au sang, déchiré entre deux
hommes. Tu me prenais la main, me parlais de très près, et comme Bruno tu m'as dit que
j'étais la première personne avec qui tu aimais être aspergé de mon... Ton visage, c'est la
joie, l'expression du bonheur, la folie, le prêt à faire n'importe quoi, même à sacrifier des
choses, mais certainement aussi porté à ne pas manquer une chance d'avoir du plaisir, et cela
inclu l'infidélité. Ainsi nous ne serons jamais en relation long-terme. Mais plutôt des amis
long-terme qui coucheront ensemble à l'occasion... (quelle non-vertu, comment puis-je ne
pas m'indigner en disant cela)... l'Amour Christ! J't'aime, et ma peur c'est de découvrir que
je t'aime plus que le Bruno. Et dans ce cas, je sacrifierais tout. Je ne resterai pas avec
quelqu'un que je n'aime pas. Mais maintenant je me vois incapable de distinguer mes
sentiments, c'est là le fruit du mois de mars. Ah Ed, j'aimerais te revoir pour apprendre à
te connaître davantage. Ouvre-moi ton passé, j'y devine l'opposé de Bruno en personnalité.
Et j'y soupçonne encore bien de l'admiration. Que je tomberais amoureux facilement avec toi!
10 mars 1994
Ô Ed, tu me rappelles Paris, tu es la misère que je veux vivre, rue des
Bernardins, quartier Latin, le site de ma nouvelle inspiration. Si je repars pour Paris seul,
trouverai-je des amis? «Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, tu vois, je n'ai pas oublié. Les
feuilles mortes se ramassent à la pelle, les souvenirs et les regrets aussi! Et le vent du nord
les emporte...» Prévert's poetry!
Parfois je me demande ce que je veux aller chercher à Paris. Peut-être que je
m'imagine retrouver Ed, ou son pareil? Mais je me souviens ce rêve à mon retour de Paris.
J'y étais retourné et il n'y avait plus ni Edwin ni Bruno, et j'étais désespéré. C'est
là que j'ai écrit: «Il faut revenir, il faut m'avouer des choses!» Un an plus tard c'était fait, |
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mais à quel prix? Hier je ne pensais qu'à lui, couché dans le lit de Bruno, alors il
téléphona! Mon coeur battait, je lui ai parlé un peu, incapable, il a dû croire que je ne voulais rien
savoir de lui! Il faut que ce soit clair, Paris c'est le brainwash complet, c'est le renouveau absolu...
* * *
Voilà Ed. C'est tout. J'ai été assez franc dans les passages donnés. À la prochaine,
Vôtre,
Roland-Michel Alexandre Tremblay (The Second)
(mon père s'appelle Roland Tremblay)
12 mars 1994
J'ai lu la petite brique du THÉÂTRE ET SON DOUBLE d'Antonin Artaud cet
après-midi. Tout ça est très bien, le résultat de ses pièces devaient être extra. Je serais porté
à suivre ses conseils pour ANTOINE AMOUR ET MÉDIOCRITÉ, c'est d'ailleurs exactement
ce que je désirais faire avant même de lire le livre. Sauf que j'oublie la pantomime et les
personnages de X mètres de haut. Nous avons un bel exemple de société qui sait
développer chaque concept, écrire indéfiniment sur certains sujets, jusqu'à ce qu'ils soient épuisés
complètement. Ça nous manque au Québec cette métaphysique de la vérité ou
intellectualisation de chaque nouvelle idée. J'avais déjà remarqué chez les anglais cette façon de
tout réduire et de banaliser les choses que j'étais encore à essayer de comprendre. C'est
décevant de voir que je puis écrire des choses qui sont si communes dans les préfaces de
certains livres. Comme de celle de NOTES ET CONTRE-NOTES de Ionesco que je lisais
aujourd'hui. Comme il dit, il est dangereux d'écrire sur un sujet sans avoir lu ce que la planète en a
dit depuis quatre millénaires, en commençant par Aristote et Platon. Aof, je verrai ce que
l'on en dira. |
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Bruno est venu ce soir. On a fait l'amour pour la deuxième fois depuis le départ de
Ed. C'était mieux que voilà trois jours, mais il manque cet effet piquant comme lorsque Ed
est avec moi. J'ai peur. Peur de ne plus l'aimer, sans pour autant avoir Ed, et sans pour
autant savoir si j'aimerais Ed. Je me suis vu si libre en le reconduisant à sa voiture. Pour la
première fois, je me sentais comme quelqu'un qui faisait sa jeunesse, ou qui allait la faire.
Je me voyais parti pour Paris, non pris dans une relation, libre de jouir de la vie comme
je l'entends, acquérir l'expérience la plus bizarre avec les gens les plus variés, pour ne pas
dire avariés. Ouais. Moi qui capotait de voir que Bruno avait couché avec au moins huit
personnes, voilà Ed qui couche avec sa blonde, couche avec un gars probablement écoeurant
la veille à Montréal, le lendemain, le voilà dans mon lit, alors que je sors avec Bruno.
Quelle histoire, digne du Vaudeville Parisien! Ah, je me délecterai de ce théâtre de boulevard
lorsque je serai à Paris. J'aimerais revoir Edwin pour comparer avec Bruno. Cette nuit
furtive n'a peut-être pas été concluante. Seulement au niveau de la brisure de mon
asservissement envers Bruno, si je puis m'exprimer ainsi. Il me fait de l'effet, mais pourrais-je l'aimer?
Et Bruno, ah que la vie est difficile parfois.
Je n'aime pas le message que Ed m'a laissé. Il a signé un billet de un dollar
américain et a écrit: To R.M., there is a real american dollar from your American friend, Ed de
NY. Semble-t-il, il joue sur le fait qu'il soit Américain, comme si l'on était en admiration
envers ce fait. Ne sait-il donc pas que la planète déteste les Américains? Même si l'on ne
peut critiquer le fait qu'ils sont absolument nécessaires à un équilibre mondial dans la
balance du pouvoir. Mais encore, on connaît ses tares, ses contradictions, etc. Peut-on être fier
d'être Américain? Quand je vois les chartes musicales ou de cinéma à travers l'Europe et que
je constate que dans le top 10, il y a huit films Américains traduits, j'ai envie de pleurer.
Quel viol au niveau culturel! Cela ne m'empêchera pas d'apprécier ces films, ces acteurs,
cette musique, que voulez-vous, nous sommes brainwashés. Je me demande juste comment
leur monopole ou réussite peut être si absolue.
Mais Edwin a raison, il existe tout de même une jeune génération à travers l'Europe, |
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plus spécifiquement à Paris, qui adore les États-Unis. Et pour paraphraser Jacques
Godbout et UNE HISTOIRE AMÉRICAINE, le mythe se construit dans les laboratoires de la
Californie. New York en tire son profit. Et puis ça impressionne d'être New Yorkais. Moi-même,
j'étais fier d'avoir couché avec un Américain. Où s'arrêtera donc la bêtise? Et quelle est donc
la sensation que l'on ressent lorsque l'on couche avec un Allemand? Un juif? Je n'en dis
pas davantage. Mais s'il existe une différence entre Bruno et Edwin, elle est psychologique,
et mes sentiments pour l'un et l'autre semblent indépendants de ma volonté.
Quelle extraordinaireté que de croire qu'Ed soit straight, puis de finalement
savoir qu'il est gai, puis de coucher avec. Jamais je n'aurais osé croire qu'il était comme moi,
et qu'il me tiendrait dans ses bras un jour. Comme je l'appellerais tout de suite et
l'inviterais à retourner à Paris. Mais n'aimerais-je pas mieux m'assurer un avenir avec Bruno? He's
still very beautiful, especially when he's nude. Je ne peux en dire autant de Ed. Mais Edwin
en caleçon et T-Shirt, avec son bedon qui se voit un peu, c'est incroyable. J'explorerais
son corps de A à Z s'il revenait. Mais il m'a bien spécifié qu'il ne recoucherait pas avec moi,
car Bruno est son ami... et c'est vrai qu'il serait définitivement immorale de bâtir une
double relation dans le dos de Bruno. Mais devrais-je le laisser là? What a tricky situation.
And what about if I had never slept with Edwin? Je sais que mes regrets auraient été
énormes. Mais j'aurais peut-être oublié plus vite cette aventure. À moins que je me serais mis à
souhaiter son retour dans l'espoir que la chose se produise? Il m'arrivait de me poser la
question à savoir si j'en arriverais à coucher avec Neil un jour. Plus spécifiquement qu'il
dort souvent ici et que nous sommes seuls dans la maison le matin. Je sais qu'il s'exhiberait
un peu plus s'il en avait la chance, et qu'il brûle peut-être de me voir m'exhiber. Il lui est
arrivé à deux reprises d'entrer dans ma chambre sans frapper, chose qu'il n'avait jamais fait
depuis les deux dernières années. Mais après l'histoire d'Edwin, je comprends que tout cela
était futile, même, je n'y aucun intérêt. La séduction est impossible, et dangereuse. Qui me
dira si cela ne se retournera pas contre moi? Je réentends Ed me dire: «I tried so hard to
resist you!» J'imagine qu'il voulait dire qu'il avait essayé un peu plus que s'il n'y avait eu
aucune barrière. Car tout s'est passé si rapidement. Quelle expérience! Je me revois allumer la |
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lumière, le voir étendu sur le lit, me coller contre lui. D'avoir sa bouche contre la
mienne. Chacun des détails de sa personnalité refait surface. Son petit case où il range sa brosse
à dent, sa soie dentaire. Sa voiture, ses cassettes, on me dirait en admiration totale. Ô
Edwin, je revois même le gros ED écrit au crayon feutre sur ta tasse. Si tu a pu sentir que j'étais
en érection lorsque je t'ai pris dans mes bras à l'Hôtel des Gouverneurs à Montréal, cela ne
me surprends pas. Je pense même que Bruno l'a remarqué, il s'est retourné deux fois pour
regarder. Tant pis, j'ai tant besoin de cela, je ne pourrais même pas reprocher à qui que ce soit
la tournure des événements. Serait-ce là l'âme soeur? Je n'ai pas choisi Bruno que je
sache. J'ai bien pris un an et demi pour ressentir un sentiment qui ressemblait à de l'amour,
sans toutefois me transporter à la passion. Que dis-je, j'ai aimé me retrouver dans ses bras ce
soir. Si Ed dispaissait, je continuerais très bien avec Bruno. Je vais essayer de ne plus y
penser. Ed serait-il l'âme soeur? J'espère que non.
14 mars 1994
J'ai enfin passé à travers le calvaire de Ionesco ou presque. Dieu qu'il se répète,
et cela me donne un avant-goût de la France. J'y distingue déjà ce que j'omettrai de mes
livres déjà écrits. J'ai aussi enfin posté toutes mes demandes d'Universités, en particulier
celles de Paris. Mais je suis trop fatigué pour l'apprécier, et découragé de savoir que je suis
peut-être trop tard. Edwin m'a téléphoné hier soir. Bruno était en dépression, mais Ed a
rappelé un peu plus tard. On s'est masturbé au téléphone! Mais je ne suis pas venu, et Edwin
semblait déçu. Il interprête peut-être ça comme s'il ne me faisait pas d'effets, et cela
m'affecte. Mais je suis tant fatigué ces temps-ci. Le temps passe vite, c'est indéniable, il me
reste moins d'un mois d'école. Mais le physique en prend tout de même pour son rhume.
Bientôt les rhumatismes, je le sens. C'est la première fois de ma vie que je ne désire pas finir
l'année scolaire. Je n'ai rien à attendre de l'été, plutôt le désert et l'insécurité. Vais-je
travailler? M'ennuyer? Repartir pour Jonquière? Demeurer ici pour Bruno? Et comment va aller
notre relation alors? Et Ed dans tout cela? Je le répète, un coup venu, cela m'écoeurait un
peu d'attendre qu'Ed vienne à son tour. Je sais cependant que la prochaine fois je serai en monde |
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connu, et que j'en ferai plus, le sucer entre autres choses. Je bande à y penser. Il est certain que je voudrais le revoir. Je voudrais même lui parler ce soir. D'où mon besoin d'écrire dans ce journal. J'ai hâte qu'il reçoive ma lettre, en attendant, je souhaite en recevoir une de lui. Le problème c'est aussi que j'ai de la misère à le conceptualiser. Même son visage, je dois faire un effort pour m'en souvenir dans ses moindres traits. Il m'a dit avoir fait un rêve la semaine passée, très réel. J'étais nu dans ses bras, il sentait mes jambes contre les siennes, et il s'est réveillé en sursaut avec un oreiller dans les bras. Est-ce possible? Maybe he's becoming Newyorkais crazy? Mais j'y crois, et je peux apercevoir jusqu'à quel point j'ai laissé ma marque sur ce jeune homme. Comme il est bien de se flatter ainsi. Un jour je ne le pourrai plus, profitons-en. Surtout lorsque je sais que personne ne lira ce journal, mais je serai bien naïf de le croire. Je suis comme André Gide, je n'ai pas d'amour propre. Je laisserais ce journal se faire publier, si cela n'en tenait pas aux gens auxquels je fais mention. Mais à moins de le perdre dans les méandres de l'informatique, ce journal sera publié un jour. Peu importe, je parlais d'Edwin, le beau jeune homme qui n'a plus aucun intérêt pour Cathrine sa copine. Il l'a rencontrée avant hier, et lui a fait comprendre que c'était fini. Il insiste auprès de moi qu'il ne voudrait jamais que par sa faute, moi et Bruno on se laisse. Mais pour moi, il a enfin compris qu'une femme dans sa vie, c'est pas le paradis. C'est triste d'ailleurs, mais ça en prendrait beaucoup pour m'en convaincre définitivement. Car les anciens de l'Université d'Ottawa, que je téléphone en ce moment pour demander de l'argent pour l'Université; Dieu qu'ils semblent avoir une vie plate. Encore que, ma définition de ce qu'est une vie plate prend des proportions inquiétantes. En effet, rien ne va me satisfaire je crois. Ma crucifixion par les critiques, si un jour j'arrive à publier quoi que ce soit, sera peut-être d'un intérêt, mais à entendre Eugène Ionesco, c'est plat. Le succès, c'est plat. Le sexe, c'est plat. Il existe une vie après le succès, et c'est plat. Seul l'argent devient intéressant, et seulement dans le sens où il me permettra de vivre sans faire des choses encore plus plates que ce qui est plat. Paris me réveillera-t-il? Même psychologiquement? Et si Paris était plat? Si je m'écoutais, je prendrais une chire (?) sur la drogue, dure en l'occurrence. On attend tellement de choses de la vie, pourquoi ne nous a-t-on pas dit qu'il n'y avait rien de plus que notre quotidien actuel? Même le sexe ne contente pas! |
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Monsieur Vandendorpe sera dans mes rêves cette nuit. Mais il ne sera pas nu avec
sa chose entre mes jambes. Il sera devant son ordinateur à me réclamer trois mois de
travaux hebdomadaires en retard. Je me déshabillerai alors, lui carresserai le crâne dégarni, et
le bedon trop gros, et il me suggèrera d'oublier les futilités du cours. Adieu!
monsieur Vandendorpe. Je suis Eugène de Rastignac (pas Eugène Ionesco), et je m'en vais me
confronter à Paris tout entier. Je me vois déjà le porte-parole des Québécois en France. Leur
rappelant qu'il en existe tout de même huit millions et que ce chiffre, il ne pourront plus
l'ignorer trop longtemps. Ah ça oui, ils l'ignorent, et pour cause. Ils s'imaginent que nous
sommes semi-français, et encore, des habitants. Les grands auteurs Québécois sont publiés au
Seuil, Gallimard et cie, et l'on oublie qu'ils sont Québécois. De toute façon ils sont déjà bien
suffisamment Français, et c'est là une preuve que la littérature du Québec n'est pas une
branche de la littérature française, mais bien une partie intégrée. Godbout, Hébert,
Beauchemin, Thériault, (Tremblay? Bouchard?), ce n'est pas la littérature qui manque.
Et moi, le pauvre, qui nage à contre-courant. Qui est d'avant-garde peut-être,
mais peut-être davantage de l'arrière-garde comme dirait éventuellement Ionesco dans ses
presque 400 pages de bullshit-justifications. S'il existe des règles en littérature, je suis celui
qui vient de les apprendre, et celui qui les a vite oubliées. Dieu merci, je déteste avoir
une marche à suivre. C'est plus de travail, et inutile peut-être. Tient, ça me tente de relire
René le Bon Gars...
15 mars 1994
J'ai certainement des problèmes psychologiques de ce temps-ci. Je me demande
bien ce qui peut me pousser à écrire autant au mois de mars. Hier j'ai encore fait des folies.
J'ai bu la moitié de la bouteille de vin que Bruno avait laissée par hasard, et j'ai téléphoné
le Edwin à Oswego. Le problème c'est que cette fois-ci je suis venu. Je commence à me
sentir vraiment coupable, de tous les sens. Il me semble que je me joue de Bruno, qui parle mainte |
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nant un peu plus de me suivre à Paris, de même, je me joue d'Edwin, puisque je vais demeurer avec Bruno. J'amplifie un sentiment qu'il a pour moi, pour rien. Je lui ai dit que je l'aimais hier, il m'a dit de même, en spécifiant qu'il s'agissait d'un trop gros mot. Jusqu'où ira la bêtise? Est-ce que les gens straigt se foutent aussi dans des situations comme cela? Je n'en doute pas, le frère de Sherry entre autres, avait deux blondes en même temps, et je le soupçonne de ne pas s'être posé la question, à savoir, était-il bien de se jouer des gens ainsi. Et si j'en crois ma pseudo-philosophie sur le bien et l'expérience, c'est indéniable que je vais apprendre beaucoup, à faire la distinction du bien et du mal entre autres, mais en faisant le mal. Et le problème commence là où je me sens comme si j'avais outrepassé les limites et qu'il n'y avait plus de retour possible. Comme si j'avais failli totalement et qu'il ne me restait plus qu'à oublier ma philosophie. Mais je crois que ce paradoxe n'en est pas un. L'expérience se fout pas mal de l'humain, de ce qu'il est capable de faire. Coucher avec une ou dix personnes, ou mille, ne changera rien. C'est la souffrance que l'on cause qui compte, et celle que l'on reçoit ou en mesure de percevoir. Le problème aussi c'est lorsque je me mettrais à coucher à tort et à travers, sans m'attacher à personne ni connaître personne. Ce serait là une stagnation, une non-possibilité d'avancement sur la ligne de l'expérience. Les interractions entre moi et Bruno, moi et Edwin, Edwin et Bruno, sont déjà forts complexes. Sinon je n'en écrirais pas autant de pages de journal. Et peut-être éventuellement je serai davantage en mesure de distinguer ce que je dois apprendre là-dedans. Encore qu'il s'agit peut-être de m'orienter vers des décisions plus importantes, comme le départ pour Paris. Si tout semble évident en ce qui concerne le futur, je dois cependant avouer qu'il risque de changer encore. Ne serait-ce que les choses tournent et qu'on ne sait jamais si la meilleure solution qui se présente pour l'avenir consistera bien en la meilleure solution dans six mois. Mais pour l'instant, ce n'est pas inutilement si Bruno a la nationnalité française et qu'il se retrouve devant un vide dans sa vie pour septembre prochain. Je vois bien qu'il me suivra en France, il en rêvait, il en a la possibilité, il en a le désir, encore deux semaines de mars, il dira oui, je pars. Et j'avoue que ce serait bien. J'ose croire que je vais oublier Edwin, arrêter de lui dire des choses qui le feront rêver ou espérer, et me concentrer pour raviver la flamme avec Bruno. De toute façon, j'ai de bonnes raisons de croire qu'elle ne sera pas difficile à rallumer, et je crois que l'étape Edwin est accomplie: me faire rêver à la |
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France, me faire courir à l'Ambassade, me tiendre en haleine jusqu'à ce que j'aie posté
les lettres de demandes d'admissions. Mais l'avenir m'en dira tant. Il n'y a pas que moi à
soutirer des avantages ou désavantages dans tout cela. En attendant, Edwin lui-même
traverse une drôle de passe avec sa blonde... il n'y a que Bruno qui semble en retard sur les
événements, je ne doute pas que la crise s'en vient.
Mon premier cinq minutes à l'Université fut un rêve. Mais la première heure, un
vrai calvaire. La secrétaire du département me connaît si bien qu'elle m'a dit que j'avais
un paquet au département. Je dis bonjour à M. Simard, il était de bonne humeur. Je
rencontre Pierre-Louis Vaillancourt, il est encore positif relatif au fait qu'il doive m'écrire des
lettres de références. Je lui mentionne Paris, et là, la transformation-métamorphose, digne du
christianisme, se produisit. «Si tu as besoin de lettres de références, viens me voir!» Ainsi,
j'aurai non seulement deux bonnes lettres de références, mais en plus, provenant des deux
pires ennemis au département. Ainsi Dominique et Pierre-Louis se détestent, se battent pour
la présidence je crois, se cherchent des poux, et voilà qu'ils ne pourront se contredirent
sur mon cas, puisque chacun devra normalement prendre ma défense.
En ce moment j'écoute une fille me faire le résumé de Don Quichotte, et Dieu
que c'est plate! Il est midi, vais-je survivre jusqu'à 20h30? Impossible. Et le pire, j'ai rien fait
à propos de mes travaux pour le cours de Vandendorpe. J'ai un test demain matin plus le
plan du travail final en théâtre. Mais demain, il y a mieux: Danielle Forget, à l'intérieur de
son cour de stylistique, fera lire mon texte LE PRINCIPE avec l'Hilda la Dame, pour que les
gens de la classe l'analysent. Et je dirai ce que j'avais en tête lorsque j'ai écrit ces deux pages.
Je serai bien embêté d'ailleurs. Je suis d'abord parti de la théorie des contraires de Socrate:
les contraires s'attirent, la vie entraîne la mort, et la mort appelle la vie. Ainsi, tout est
doublé pour montrer la dialectique, le mouvement double, avec comme parallèle, la misère
appelle la réussite et vice versa. Mais ce n'est pas le cas de l'Hilda la Dame. Cette dernière en
plus, est un mélange de moi et de Coco, Claudia qui travaillait à la cafétéria de l'Université.
En plus que je substitue Claudia à ma mère, et moi à son fils. |
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Si Joël savait à propos de bien des choses. Et je n'ose même pas en parler ici. Cinquante ans après l'Holocauste, je n'ose même pas parler des juifs. Et ce n'est pas comme si je parlais des noirs (d'eux, je n'en parle pas de peur que l'on me taxe de racisme, pire, de peur que je m'accuse moi-même de racisme), mais plutôt que le racisme envers les juifs est encore virulant et effrayant. Et quand je pense que Joël est non seulement juif, mais qu'il est homosexuel en plus, je me demande quels peuvent être ses espoirs de traverser la vie sans rencontrer de problèmes. Il veut repartir pour Jérusalem, ou du moins Israël, il finira en prison, ou mieux, on l'assassinera. L'homophobie est plus inquiétante que l'anti-sémitisme à l'heure actuelle, car aucune charte des droits et des libertés n'interdit à quiconque d'être juifs. Et plusieurs États américains ainsi que la Chine entre autres, nous disent illégaux explicitement. Mes propres voisins ne m'acceptent pas. Je suis jugé telle une menace constante pour les valeurs de la société, jugé et pendu avant même de naître. Cet idiotisme est surprenant, et à les entendre aujourd'hui, sans les lois, on nous tuerait tous sur-le-champ. Mais sur quoi reposent-ils qu'être homosexuel puisse être illégal? Ou plutôt, sur quels principes interdisent-ils qu'il est illégal d'avoir des relations homosexuelles? En quoi cela les concerne? N'est-ce pas une violation de mon être? M'en vais-je chez mes voisins leur dire ce qu'ils sont en droit de faire lorsqu'ils font l'amour? Pire, est-ce que je m'en vais explicitement écrire dans la charte des droits et libertés qu'il leur est interdit de faire l'amour si ce n'est pas dans le but exclusif de faire un enfant? Pauvres Chinois, ils ont droit à un enfant, ils ne feront l'amour qu'une seule fois dans leur vie, peut-être deux si cela ne fonctionne pas, et dans ce cas, ce serait déjà illégal. Mais leurs principes découlent-ils de la bible? Sodome et Gomorrhe? Pas en Chine en tout cas. Eh bien, en ce qui concerne ceux qui ont une charte où c'est dit qu'on ne peut pas discriminer en rapport à l'orientation sexuelle, ceux là, s'ils ne peuvent comprendre le non-sens de leur sentiment, peut-être finiront-ils par le comprendre de force? Non. C'est sans espoir, la bible a laissé sa marque indélibile dans les guerres planétaires, et cela non plus ils ne le comprendront jamais. Il faut peut-être continuer la sensibilisation, Michel Tremblay l'a compris, il va nous laisser toute une littérature sur le sujet. Michel Marc Bouchard aussi, moi de même probablement, si j'ai la chance. C'est impossible de croire que je pourrais me taire sur le sujet. Le crétinisme des sociétés |
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est sans borne, surtout lorsque celui-ci a été imposé dès l'enfance et fait encore office d'enseignements. Lorsque l'on se décidera à tuer tous les homosexuels de la planète, ce sera 700 millions de personnes minimum que l'on tuera, et ce, à l'intérieur de chaque société ou religion. Autant prendre un humain et lui arracher 10% de son cerveau. Pas de problème, c'est juste 10%, mais le cerveau fonctionnera-t-il très bien après cela? Je n'en doute pas. Et si l'on me réfute encore ce 10% d'homosexuels, j'attaquerai en disant que chez la plupart des gais, il est impossible de voir à l'oeil nu qu'ils le sont. Et dans tous les groupes d'étudiants que j'ai fréquentés en vingt ans, j'ai toujours pu en identifier un où c'était évident. Toujours. Et même deux parfois. Sans compter que je l'étais moi-même, il y a donc toujours ou presque eu deux homosexuels connus de moi, en chaque groupe de 22 à 30 élèves. Nous sommes déjà près du 10%. En comptant maintenant ceux dont j'ignore qu'ils le sont, on saute certainement le 10%. C'est que ce sujet est tellement tabou. Jamais au téléphone ou en un quelconque sondage, je ne divulguerais une telle information. C'est comme l'histoire des femmes battues dont les sondages estimaient leur nombre à 1% avant de se rendre compte qu'avec un sondage anonyme, on récoltait 16% (En France, article intitulé VIVE LES SCÈNES DE MÉNAGE! de Gérard Petitjean dans le Nouvel Observateur, 3-9 avril 1987). Notons aussi ceux qui ne se l'avoueront qu'à 25, 35, 45 ans, ou même jamais! Ce que le lavage de cerveau peut faire, comme ils souffrent, mon Dieu. Montrez-moi une famille de 10 enfants, et je vous jure qu'il y en a au moins un (souvent deux) qui sont gais là-dedans. J'ai connaissance de plusieurs familles de 15 enfants qui contiennent deux et trois gais ouvertement déclarés. Dans la famille de mon père, 16 enfants, je sais qu'il en existe un qui s'est exilé à l'extérieur de la province d'ailleurs. Mais je pense en connaître un deuxième qui pourrait bien se réveiller un jour, peut-être même qu'il possède sa deuxième vie en parallèle de la première, qu'il jouerait bien son jeu. La famille de ma mère cochonne (Ginette), un ou deux se sont déclarés ouvertement. Celui dont je suis certain, racontais la façon dont on l'a battu à Montréal à cause de son orientation sexuelle. J'en aurais d'ailleurs long à dire sur certains de mes amis qui se sont fait suivre ou battre à la sortie d'un bar (je ne parle pas de ceux (que je ne connais pas) qui se sont fait assassiner à chaque mois, on ne s'en sortirait plus (une quinzaine juste à Montréal, depuis 1990). Prenons juste un autre exemple. Dans ma classe actuelle, mon cours de ce matin, avec M. Lemoine, sur 13 étudiants, quatre le |
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sont officiellement (moi inclu). Eh bien, 4/13 nous donne 31% d'homosexuels dans ma classe. Mais nous sommes en Art, paraît-il, il existe davantage d'homosexuels en art. Prenons donc mon ancienne classe de droit, je ne sais plus combien nous étions, et je connaissais peu de gens. Mais j'ai connaissance de deux autres qui le sont, puis des rumeurs pour quelques autres. Sans compter ceux qui se l'avoueront bientôt, et ceux qui le sont mais dont j'ignore l'existence. On dépasse certainement le 10%. Des professeurs à l'Université? J'en ai connu au moins quatre qui l'étaient, et dont les gens en parlent. Même chose au Collège. J'ai même parlé directement avec eux, ou rencontrer dans les bars gais, ou mes amis les ont rencontrés. Vous voyez, une personne sur dix qui est homosexuelle, est un chiffre réaliste, et minimal. Si les tabous disparaissent un jour, la population comprendra enfin qu'elle ne peut s'amputer d'un 10% de la population. Et même, si elle ne le comprend pas, nous, serons dans la capacité de les rendre impuissants face à nous! [23 mars 1994: J'ai parlé avec Joël à propos du pourcentage de gais, il m'a dit qu'il croyait qu'au Québec ce pourcentage selon lui dépasse le 40%. Dans sa classe de séminaire, il a couché avec six gars sur 22. Mais cela est juste un exemple, on pourrait rétorquer que plusieurs gais prennent le chemin des séminaires, bien que ce ne soit pas là un fait vérifiable, c'est habituellement les parents qui décident pour les enfants. Mais enfin, on pourrait rétorquer que ces hommes qui se retrouvent ensemble finissent par se désirer l'un l'autre, mais à ma connaissance, je ne finirai pas par désirer les filles si l'on me place dans un groupe de filles pour cinq ans. On est gai où on l'est pas, puis il y a les degrés entre l'être ou le pas être... bref, partout Joël constate qu'il y en a beaucoup, et selon lui 40% de la population au Québec. Et cela est possible, si héréditaire. Mon grand père l'est, il ne faut plus me le cacher, il loue des films porno gais depuis 10 ans, il se faisait sucer par les petits gars dans le bois, le sujet est tabou, mais j'en ai su suffisamment. Pour Bruno, c'est la même chose, son grand-père, sa mère croit qu'il était gai. Si au Québec les premiers arrivants étaient gais, il est possible qu'un plus haut pourcentage de gens soit homosexuel. J'ai d'ailleurs vu des statistiques, paraît-il, plus de 50% des hommes au Québec ont déjà eu une relation homosexuel au moins une fois dans leur vie. Edwin nous disait que Montréal était reconnu pour être une ville gai fort intéressante en Amérique du Nord, et plus intéressante que New York. Je suis d'ailleurs toujours surpris de voir cette |
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communauté gai à Montréal, ils vivent sans se cacher, aux yeux de tout le monde, ils
ont leur magasins, leurs bars, et ce n'est peut-être pas comme cela partout. À Ottawa c'est
déjà beaucoup plus caché. Le Tactiks, le 380 Bank et le B, ont tous les trois des entrées
cachées ou entrées arrières, ce qui est plus dangereux. Mais bon, je ne vais pas commencer à
faire des statistiques, mentionnons toutefois qu'il n'est plus possible de parler d'un simple 3%
de la population qui serait gai, ils sont au moins 1 sur 10 au minimum, et il faut bien être
gai pour s'en rendre compte.]
Le message de Dieu, épuré et se limitant à l'amour, est le plus beau cadeau que
l'on peut offrir à l'humanité. Mais la religion est le pire des poisons que l'on peut offrir à
l'humanité. John Lennon l'a dit, il en est peut-être mort. Je vois aussi en les États-Unis
d'Amérique un pays fort intolérant. Cette terre de liberté, une fumisterie gigantesque, l'est
seulement pour l'homme et la femme de race blanche d'origine Anglaise, et encore, ils ne me
semblent pas être libre d'être libre.
J'ai avoué à Joël que j'avais couché avec Edwin. Je me demande comment le
gros message moraliste qui précède pourra passer entre deux discours sur l'infidélité. Je
réponds que l'infidélité est commune à plusieurs humains, gais ou straigt. Mon père lui-même et
la quinzaine minimum de femme mariées avec qui il a couché me le prouve. Bref, j'ai dit
à Joël... et on dirait que ça me rapproche d'Edwin. Je crois que je m'en vais maintenant
atteindre un comble en disant que moi et Joël on parlait d'une éventuelle relation entre lui et
le Sylvain Simard, notre prof commun. C'est vrai qu'il est bel homme, mais straigt.
N'empêche qu'après sa mort, on n'entendra pas parler de lui. Malgré qu'il est en première page
du journal le Devoir de voilà deux ou trois semaines à Montréal. Histoire de scandale de
voyage-pot-de-vin en remerciement de quelque chose en rapport avec le parti du Bloc
Québécois. Tient, c'est rare que je parle de politique canadienne-québécoise dans mes écrits. Et il
est marié à Dominique Lafon, qui en est déjà à son troisième mari aux départements de
théâtre et de littérature. Je me demande s'il y a eu sexe (consommation) avant le mariage. Mais
que puis-je lui reprocher si pour faire taire les bruits elle s'est remariée sans cesse? Comme elle |
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fulminerait en lisant ceci! C'est de toute façon ne pas lui rendre justice en parlant ainsi.
Je ne rends d'ailleurs justice à personne lorsque j'écris ici. Et je n'en ai nul besoin
puisqu'il s'agit de pensées, et que l'on ne peut empêcher les gens de penser sous les lois actuelles
de notre actuel gouvernement (je crois). Et je ne crois pas que les pensées des autres se
distinguent par une vertu exemplaire. La seule chose que l'on pourrait me reprocher, c'est
d'écrire ce que je pense, alors qu'il faudrait le taire. Mais remarquez qu'à l'origine, je ne désire
pas publier ce journal, après ma mort peut-être, car il fera tout de même réfléchir les
quelques personnes qui le liront, et cela aidera peut-être à comprendre des choses. Ça est
important (la littérature).
J'ai rencontré Vandendorpe au Pivik. God! C'est fait exprès! Je devrais l'accuser:
«Il fait exprès!» Mais comme je me raccroche à la destinée, cette rencontre était donc
prédestinée. Comme je pourrais être à côté de la track avec ma belle philosophie un peu pas mal à
la Rose-Croix. Le secret, c'est de se remettre sans cesse en question. S'enfermer dans
une idéologie, c'est la mort assurée. Et comme dit Ionesco, quand un mouvement devient
trop généralisé, c'est le temps de le remettre en question et de regarder à côté.
Edwin me disait hier qu'il voudrait faire l'amour pendant quatre heures avec
moi, prendre son bain/douche avec moi, se retrouver dans mes bras, là mon rêve. Oui oui
oui! Quel doux souvenir je garde de lui. Et il voudrait devenir végétarien, trop beau pour
être vrai. En effet, Bruno m'a téléphoné ce soir. Pauvre lui. Comme il semble dépressif, il se
rend compte que je l'aime moins de ce temps-ci. Ça m'a donné un choc, je crois que je l'aime.
Je souhaite qu'il devienne un rien plus nostalgique-romantique, pour que je puisse revenir
à lui plus facilement. Je suis déjà si loin. Mais chaque fois que je le reverrai, je me
rapprocherai de lui. En attendant, je me demande si je vais poster la lettre suivante à Edwin? (Je
crois que oui.)
Deuxième lettre à Edwin |
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15 mars 94
Salut ô Ed!
La vie est plate. Je suis dans mon cours de M. Vandendorpe, ça dure trois heures et
je lutte pour ne pas ronfler. Dans ces temps je ne fais que penser à toi. Dans tes lettres,
parle-moi de ton passé. D'où tu viens, qui tu es, pourquoi toi et ta soeur étudiez à Oswego et non
à New York, etc. Pourquoi tu étudies la littérature française? Pourquoi ne resterons-nous
jamais dans la même ville? Sinon Paris? Tu ne pourras pas trouver un travail en passant
par les autres (Alban, ton prof à la Sorbonne). Tu dois trouver toi-même du travail en
France. Mais pour être professeur, ce sera difficile. Peut-être tu peux t'inscrire à l'Université
de Paris? Quand donc te reverrai-je? Tu m'as promis de faire l'amour pendant quatre
heures, puis de prendre un bain avec moi. Je ne peux penser à autre chose, mais tu sais, je
me contenterais de ta présence, ta senteur, et de te prendre dans mes bras. Ah! Si je
pouvais ressentir la même chose avec Bruno... Quand donc vas-tu revenir? Et serons-nous
seuls? Bruno se rendra-t-il compte de quelque chose? La solution serait de laisser Bruno, j'en
serais incapable, sauf si je me rends compte que tu es mieux (je dois te revoir pour cela) et aussi,
je dois pouvoir te voir souvent, ce qui me semble impossible. Il nous faut nous contenter
d'une relation d'amitié à distance. Et espérer se voir quand il est possible. Si tu reviens, cela
ne me surprendrait pas que Bruno veuille que tu ailles chez-lui. Ah, Ed, tout nous sépare,
et j'ignore quels pourraient-être mes sentiments envers toi.
Tu imagines, si nous serions tout les deux à Paris? Ce serait merveilleux. Ô Ed,
j'aime tout en toi. La vie est cruelle, je suis face à un avenir incertain, je ne sais plus quelle
place occupera Bruno, mais je sais que je veux être ton ami, mais pas un ami comme les
autres. Jamais je ne voudrais que tu te forces à m'écrire ou m'appeler. Moi aussi j'ai en moi
un endroit qui t'es réservé, et chaque fois que l'on se verra, mon coeur battra plus fort.
Trouvons un terme approprié: nous sommes special-friend, des amis spéciaux. En français on
dira aussi special-friend. So you're my special-friend, ô Ed, pour longtemps j'espère. Il est
tellement rare de rencontrer la bonne personne. Moi aussi j'ai gardé ce souvenir lorsque je t'aidais |
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en grammaire à Paris. Comme j'étais déçu lorsque tu m'as montré la photo de ta blonde,
en plus, je la trouvais laide (excuse-moi, c'est sûrement la jalousie). Mais que vient faire
la jalousie là-dedans. Tu as droit à ta vie, et moi la mienne (malheureusement). Il me faut
te voir au plus vite, je veux te voir! Reviens bientôt, invente-toi un prétexte, ou viens à
l'insu de Bruno... Je veux me retrouver avec toi, en caleçon et T-shirts, puis nus. Edwin, je
voudrais t'embrasser, dans le cou, toucher ta peau, te flatter le menton, te regarder l'intérieur de
la bouche, voir ma réflexion sur tes dents, et puis le reste, je te laisse l'imaginer. Je te
laisse, je t'aime (le gros mot) ô toi my special-friend,
Bye!
(19, rue Lathoap street, 13126, Oswego, New York, U.S.A.)
(315) 342-4348 (Oswego) (914) 968-6495 (New York)
16 mars 1994
Comme cette lettre est puérile. C'est la première fois que j'utilise ce mot, mais
aucun autre n'aurait ici sa place. On accuse souvent à la puérilité, l'innocence, la naïveté,
l'inexpérience, etc. Mais lorsque nous en sommes conscients, les accusations tiennent-elles
encore? Conscient et ne rien changer à ses actions, qu'est-ce que cela signifie? Vive la
puérilité!
Je suis d'humeur massacrante. John m'a reproché des banalités, je lui ai
presque sauté au coup (pour l'égorger). Ses banalités, qu'il les garde donc. Lui qui ne parle jamais,
je le sais très bien que lorsqu'il parle, c'est que le problème est beaucoup plus généralisé,
et surtout, ailleurs. Et le problème n'est pas dur à voir. Il n'en veut plus de ses roomates
qui détruisent sa maison. Et puis, son copain Neil voudrait nous sortir de la maison. Il
prendrait ma chambre? C'est définitivement la fin de mon bail, à la fin de l'été, Paris ou non, I'm
out of the house. Non pas que je ne veux plus affronter les problèmes, mais que j'accepte le
fait que cela fait plus d'un an que John cherche à se débarrasser de sa visite, et que c'est
le temps que je le comprenne. Il n'a jamais osé faire l'amour avec Neil while we were here.
They absolutly need everyone to be out of the house. Is this because he's Italian? Catholic maybe? |
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Non, j'exagère, mais il est tout de même prude le John, et c'est aussi la première fois
que j'utilise ce mot. Mais vaut mieux être puéril et conscient que prude et inconscient! Bon,
les vacances sont finies.
Dur à croire? Il me reste deux semaines de cours, plus une demie. Les gens
commencent à espérer la fin. Moi je m'en fous. Je ne vois pas très bien comment je vais faire tout
ce que j'ai à faire, et je ne sais pas ce que je vais faire lorsque ce sera fini. On dirait que je
ne puis attendre pour partir vers Paris, mais je dois avouer que je suis conscient que je
serai déçu. Que je me réveille à Paris ou Ottawa ou Montréal, n'est-ce pas la même chose? Plus
de chance de réussir à Paris peut-être, même pas, et certainement bien des dépressions.
Paris is maybe not that good, and that's what I'm going to discover. So I shouldn't be that
impatient to go there. Just see things when they come. Cette nouvelle passivité sur ma vie,
qui me permet d'arrêter de penser, et de me lancer et subir l'environnement, en espérant
qu'un jour cela va se terminer, I'm sick. Sick sick sick. Je n'ai pas même cette impression
d'avoir terminé quelque chose avec mes études. Et même si cette année ce serait le Doctorat
que l'on me donnerait, cela ne changerait rien. Quel est donc mon problème? Je veux rien
savoir de la société, je ne veux que m'isoler loin, très loin. Retour autour du Lac-St-Jean
peut-être, hors de ville ou village, ça c'est de l'isolement. J'en ai assez de tous ces gens que je
rencontre chaque jour, que je téléphone sans cesse, j'apprends peut-être des choses, et je n'en
vois pas le but. Le bien, le mal, fuck it. 21 ans à essayer de faire le bien pour finalement
aller tromper Bruno. Que me voilà donc bien préparer pour ma vie de Saint homme. «Mais
la contradiction est saine pour celui qui essaye d'adapter l'Univers à ses principes.»
Et si je me tirais une balle ce soir?
17 mars 1994
Fuck que les jours passent vite. Hier j'ai entendu un méchant discours de
Monsieur Ahmed Sdiri, notre poète Marocain. Selon lui et une autre étudiante, les Français n'auraient |
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jamais rien inventé, ils auraient puisé leurs sources dans la littérature Allemande. En
particulier Sartre. Cela me désole, j'aimerais croire le contraire, d'ailleurs, on peut s'inspirer
de sources, et extrapoler davantage, on a encore du mérite. Mais en un autre sens, cela
m'encourage. Ils ne sont pas mieux que moi. Si je n'ai pas la culture Allemande en arrière, ou
si peu, ils n'ont pas non plus des qualités extravagantes que je ne puis atteindre. La
France, mon nom y ressortira un jour. Mais mon seul avantage est d'avoir pu en vivre, m'y
consacrer chaque jour. J'ai pour mon dire que pour écrire une grande oeuvre, il faut avoir lu sur
un sujet en particulier. Travail de résumé et de synthèse, mais certainement une
nouvelle ouverture sur le sujet, plusieurs si possible. J'ai beaucoup à lire, mais j'ai déjà une
bonne base. Et si je n'ai que 21 ans, au moins, je pourrai écrire directement dans la fiction
sans connaître la planète et ses écrits.
18 mars 1993
J'ai dormi chez Bruno. On a fait l'amour comme deux déchaînés deux fois. Cela
me redonne-t-il espoir à Bruno? Je crois que oui. Je vois de moins en moins, peut-être
que j'essaie de m'en convaincre et cela ne change rien, à moins que de me mentir soit
inutile, mais je vois de moins en moins ce que j'ai à attendre, pour l'instant, d'Edwin. Il me
décourage un peu plus chaque jour par son éloignement, cela me facilite la tâche pour
l'oublier. Entre autres, je peux me rabaisser sur le fait qu'il a couché avec trop de monde, embrassé
six gars en un seul soir à Montréal. Il a couché avec un christ de laite, une LOQUE Humaine!
(Je ne l'ai jamais vu.) Et que dirais-je encore pour l'oublier... rien à faire, j'ai toujours ce
petit espoir de le revoir. Mais Bruno m'est devenu soudain moins important, j'ai même
besoin d'un éloignement (je n'arrive pas à croire que je puisse penser cela). Je crois que je
vais partir pour Jonquière cet été. Même si alors il me faudra être loin et de Bruno et de Ed.
Et s'il m'écrivait une lettre?
Comme l'été me sera pénible à Jonquière! Mon père me reprochera chaque jour de
ne pas me chercher un travail, et moi, je ne veux pas passer mon été à chercher un emploi, |
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surtout que je retourne à Jonquière pour éviter de travailler ici à Ottawa. Et puis surtout,
je dois écrire un chef d'oeuvre cet été (tu parles!). Loin de Bruno et Edwin? Près de mes rêves
et ma muse. Monter moi-même ma pièce de théâtre cet été à Alma? Des projets de fous,
sans argent, sans espérance d'en retirer de l'argent.
J'ai parlé avec des filles de mes cours, au 216, cela me redonne confiance en
l'avenir. Mes écrits ont peut-être un intérêt au-delà du bureau de M. Yergeau (là, ils retournent à
la Terre). Le coup d'envoi fut donné dans le cours de Mme Forget, on parle de moi, de
mon texte, avant-goût de mes délires elliptiques à la Cendrars peut-être comme dit Joël.
Voici une conversation échangée avec Mireille dans le cours de Mme Bourbonnais (faut croire,
on travaille pas fort là-dedans):
(17 mars, Mireille commence à parler)
-Je suis allée chez le médecin hier:
otite
virus bactérien
rhume de cerveau
infection vaginale
-Il devait être content, tu ne lui a pas fait perdre son temps. Je t'envie, j'ai toujours
voulu être aussi malade. (Je suis romantique, je dois mourir à la fin de mon oeuvre).
Malheureusement, je ne peux que me plaindre sans raison. Profites-en pour te lamenter, tu ne seras
peut-être pas toujours aussi malade. Entre autres cet été... (Elle veut laisser son chum Nedko
et retourner chez ses parents. Elle hésite.) Rien de grave j'espère?
-Non. Malheureusement.
-Tu as déjà lu ma petite nouvelle «Le Principe» à propos de l'Hilda la Dame? Je voulais
faire un exposé là-dessus dans le cours de Mme Forget. Mais elle a plutôt voulu le remettre
aux gens (ce mercredi), l'analyser avec les étudiants, puis j'en ai parlé après. Beaucoup de
retentissement, on parle encore de moi au département. Beaucoup trouvent ça fort
intéressant, et ce n'est pas un éditeur qui parle... |
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-Wow!
(Fin de message)
J'ai parlé avec Sylvie et Adeline (une française). Cette dernière veut venir au
théâtre ce soir ou demain avec moi et Bruno. Ionesco, le Roi se meurt, ce n'est pas peu dire, le
nom écrase mes neurones, mes nerfs se verdissent, les tempes de mon cerveau disparaissent.
Je m'en vais assister à la naissance du néant, l'incarnation de l'absence. Ionesco m'en
voudrait s'il m'entendait penser cela. Je brûle de lire l'oeuvre de Ionesco, mais je n'en ferai rien.
Je vais lire Rhinocéros et allez voir la pièce du Roi qui se meurt. J'en aurai une bonne
idée, puisque j'ai vu la Cantatrice Chauve et la Leçon au théâtre la Huchette à Paris. C'était
la première fois que le théâtre me faisait me lever de ma chaise. J'ai applaudi (moi qui en
ai perdu l'habitude et qui m'est devenu maintenant un exercice souffrant). J'en suis ressorti
la tête pleine d'idéaux, mais cette motivation s'est perdue loin de l'Absurde, en admettant
que Ionesco ne se retournera pas dans sa tombe à la prononciation de ce mot. Parfois j'ai de
la misère à croire qu'il est encore vivant. Motivé peut-être pour La Légende de
Val-Jalbert, sûrement pour les Piliers peut-être, encore que j'en reste à la motivation, pas
l'inspiration. Puis-je écrire de l'Absurde? Ai-je vraiment besoin de me poser la question? L'oeuvre
elle-même que je veux écrire me dictera sa voie. C'est stupide, c'est seulement en 4ième année
de littérature que je me rends compte qu'il y avait des gens intéressants là-dedans. Je
pense à Nathalie Petit, Joël Cyr, Adeline, Sylvie, Nathalie Leduc. Cette dernière est un cas
particulier. J'ai toujours voulu m'en rapprocher. Elle avait ou a beaucoup à m'apprendre,
mais dirait-on, on a jamais eu le temps. Bizarre comme elle l'est, cheveux longs jaunes au
printemps, verts en été, orange à l'automne, culottes entièrement faite de pièces rapiécées.
Sa littérature à la Boris Vian ou à la pataphysique d'Alfred Jarry, me montre une voie.
Mais n'ai-je pas trouvé ma voie moi-même? M'inspirer de la Pataphysique, je ne suis pas
certain. Je peux admirer l'histoire du Scratipoint de Natali, car je ne cherche pas à faire la
même chose et n'en suis pas jaloux. Au contraire, cela me motive. Et l'inspiration que je peux
y trouver me dicte surtout que je peux écrire n'importe quoi, n'importe comment.
Aucune limite ou barrière ou système. Mais chaque idée doit être élaborée en elle-même et compor |
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ter un message symbolique original (je ne veux pas me limiter à ça, mais pour mon
prochain livre, oui).
Il me serait peut-être important d'esquisser les bases du genre que j'écris, veux
écrire et écrirai. Si je veux élaborer et aller au-delà de ce que je fais.
Les Piliers
Les piliers me semblent être forts symboliquement et réussis en rapport à ce que
je cherchais à faire. Les piliers sont déjà les écrits bibliques, les livres religieux, les livres
de lois, la voix des autorités, des médias, de la littérature, puis de l'écrivain en lui-même.
Le voilà confronté à autrui, à son passé, puis doit tenter, comme dans l'essai, d'exprimer
des opinions et sentiments. L'ironie est que les Quatre Piliers se contredisent, parlent à tort
et à travers, et proviennent tous de la même source, l'auteur. Comment donc faire la
justice dans tout cela? Contexte enlevé, référents partis, nous n'avons que les
conclusions-affirmations venues de nulle part. Quand bien même nous aurions eu le contexte, comment
aurions-nous pu juger, interpréter les dires. Personne ne saura vraiment ce qui a été dit, et
les interprétaions possibles à ce qui a été dit. Et les Quatre Piliers représentent ces voix
que l'on entend, et l'épilogue montre cette impossibilité de faire justice sur les piliers et
par conséquent, la stupidité d'essayer d'analyser le contenu, et surtout, de l'utiliser à des
fins personnelles ou collectives. Je pense aux religions, aux courants idéologiques et
politiques. En fait, il faut toujours prendre une distance avant de juger, de critiquer ou d'employer
des écrits à titre d'arguments ou de justifications. Je ne saurais ne pas mentionner que
les Piliers sont une réponse à tout ce que l'on pourra dire d'une quelconque lecture ou
analyse de La Révolution, la trilogie de René.
20 mars 1994
J'ai beaucoup de choses à discuter. À tel point que je me demande si ce n'est là
le fruit du mois de mars ou le conditionnement de parler de chaque chose qui m'arrive, que |
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d'avoir autant de chose à dire ou à analyser. Je devrais toujours tenir un journal. Cela m'aide à comprendre des choses, et m'inspirera pour ma littérature à venir. Pour en revenir à Ionesco, il parle d'avion dans sa pièce, et l'on nous a ramené une chaise roulante. J'ai failli crier à l'anachronisme! Je ne pourrais dire que la pièce n'est pas bonne, car bien intelligente. La mise en scène, je vois difficilement comment elle pourrait être mieux ne connaissant rien à cet art. Les comédiens overeacted et cela ne m'amuse pas. Le théâtre à l'Université d'Ottawa ne changera pas de sitôt, on y apprend comment faire avec le théâtre, du théâtre. Je ne voudrais pas sombrer dans le réalisme, mais l'artifice des acteurs me rappelle que des enfants inexpérimentés pourraient peut-être en arriver à un résultat même. Mais je ne dirais pas cela tout haut. Car point certain de mes dires et puis, le théâtre c'est difficile. Mais la réussite tient en la multitude des détails et le rythme. La pièce avait ses longueurs, et si je n'ai pas été soulevé de ma chaise comme lors de la Cantatrice Chauve, j'ai bien souvent regardé ma montre pour en voir la fin. Je n'accuse pas Ionesco, ou du moins, je ne veux l'accuser. Ce que dit Claire Faubert au département de théâtre et directrice du Trillium, que les gens ne sont plus capables de durer un spectacle d'une heure trente, est faux. Les gens ne sont pas capables de durer une heure si le spectacle est trop fade pour les tenir en haleine. Le problème c'est qu'Hollywood pousse cette idée à l'extrême. Hollywood et les règles classiques du théâtre, qui, si elles ont éclatées avec le théâtre de l'absurde, sont d'un côté encore bien présentes en l'esprit des metteurs en scène Québécois (Théâtre du Nouveau Monde, Quat'sous, CEAD), et d'un autre côté conduisent à l'ennui total. J'ai vu ce à quoi Ionesco s'insurgeait dans Notes et contre-note à propos du théâtre de son temps. Et j'ai eu l'impression que de rendre les discours absurde ou sans sens, faire éclater le temps et l'espace ne suffisait pas, qu'à la limite, il n'y avait aucun changement d'avec les autres pièces, à l'oeil. Je pourrais l'accuser de théâtre didactique. Mais le texte est génial, il n'y a pas à hésiter. Je veux revoir cette pièce par une équipe professionnelle, je suis convaincu que ce sera aussi bon que la Cantatrice Chauve à Paris. Il manquait les décors qui devaient disparaître à ce que l'on m'avait dit dans les pièces originales. On peut changer une mise en scène, mais pas en la régression. Les acteurs se sont trompés un peu, je m'en fous, c'est du théâtre, et universitaire. Je donne un B, comme c'est la mode chez mes professeurs. Non, je ne juge pas ou ne veux pas juger, je réfléchis. |
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J'ai vu dans le journal puis dans une description de ce qui s'en vient au
département, deux pièces qui reprennent, et même pas symboliquement, l'absurde de deux
comédiens placés sur une scène, enfermés, et réduits à leur plus simple expression de comédiens
qui doivent faire un spectacle. Pastiche de Beckett ou de Ionesco? En sommes-nous réduit
à subir le mise en abyme jusqu'à ce que le théâtre n'en porte plus aucun intérêt? Lafon
le disait, quand un théâtre commence à se questionner sur lui-même, ou sur le genre qu'il
fait, c'est la fin. Oh, me voilà devenu le pire des critiques. Heureusement, je n'écrirai
jamais publiquement des critiques comme cela, et je ne voudrais pas que l'on puisse dire ces
choses dans un quelconque journal ou critique à propos de ces pièces. Cela enfermerait
l'esprit, détruirait le travail honnête des gens qui ont travaillé au projet. Si je ne vois pas l'intérêt
de réécrire En attendant Godot, c'est que je l'ai surétudié. Mais qui ne connaît pas
Beckett, appréciera le spectacle. Laissons les gens entendre et voir ce qu'ils veulent, ce qu'ils
cherchent. Orientons les peut-être, mais pas dans l'abyme, vers une meilleure
compréhension peut-être, mais pas de destruction ou de réduction de sens. Je n'ai même pas digéré le
paragraphe explicatif de la pièce Le roi se meurt de Jérôme St-Denis, le metteur en scène.
S'il avait lu le livre de Ionesco notes et contre-notes, il aurait mieux dit, et moins réduit. Ce
qui me fait voir que tout est important. Si on leur donne un seul moyen de nous critiquer,
nous sommes fichus, ils ne manqueront pas leur chance, ils veulent de la perfection, rien
de moins. C'est lorsqu'ils n'ont plus rien à redire qu'ils n'ont plus le choix de crier ou
d'admettre la réussite. Et encore, si les préjugés n'avaient pas déjà écrit la critique avant même
de voir la pièce. Je suis entré avec une attente impatiente de découvrir Ionesco et l'Absurde,
et je donne raison à Ionesco: on a un peu oublié la pièce en tant que tel dans la littérature
qui accompagne la pièce.
Nous avons été prendre un café moi, Bruno, Nathalie Petit et Adeline. Au café
Nicole. Ce fut bien, nous avons bien ri, parlé de tout sauf de la pièce de Ionesco. J'espère
qu'aucune de ces filles ne s'intéresseront éventuellement à moi, mais notre conversation fut
intéressante. Je ne sais pas ce qu'elles pensent, j'espère aussi qu'aucune ne croit que je
m'intéresse peut-être à l'une ou l'autre. Peut-on encore parler avec une fille sans qu'elle s'imagine |
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que l'on pourrait être intéressé? Je n'en sais rien. Mais Nathalie aurait de bonnes
chances de le croire. Sans m'en rendre compte j'ai dit des choses comme quoi elle
m'intéressait. L'ambiguité provient toutefois que c'est comme amie qu'elle m'intéresse, pas par amour
ou désir. Mais j'avoue que c'est le genre de fille que je voudrais si je n'étais pas gai. Mais il
n'y aucune possibilité que je pourrais la désirer sexuellement. Comme un homme straight
qui pourrait admirer un autre homme straight, pour certaines raisons, comme par exemple,
si l'autre représente ce que l'on voudrait faire ou être, sans en avoir le courage ou la
possibilité. J'aime le côté sportif et courageux de Nathalie. Prête à partir en bicyclette autour
des Pays-Bas, God, elle a bien pu en plus y rencontrer un bel homme, encore perdu aux
Payx-Bas. Le pauvre et la pauvre.
Hier j'ai été dans un party chez Cameroun avec Bruno. C'était la fête de ce gars
qui s'intéresse à Bruno. Deux gars portaient des kilts, ces petits jupes écossaises, et nus
en dessous, pour qu'à l'occasion on puisse voir leurs parties. Oh mon Dieu, Edwin et Bruno
ont pris le bord, j'ai bondi au plafond. Me voilà devenu digne de Sodome et Gomorrhe,
j'aurais sauté sur Cameroun, là, dans sa chambre, ou même devant tout le monde. Aujourd'hui
j'y pense déjà un peu moins. Il s'agit de sexe, et rien d'autre. Quoique les sentiments
viendraient rapidement, je le sais. Mais pour l'instant, moi, je n'ai aucun moyen pour les
mythifier, me les rendre nostalgique. Edwin j'ai la France, Paris. Et même les États-Unis,
New York. Voilà donc le triangle de l'Histoire Américaine. Quelles sont donc les
interractions entre la France, les États-Unis et le Canada? Tombe t-on amoureux de quelqu'un parce
que l'on aime tel pays? Edwin m'a répété qu'il aimait mon côté Français, que je suis comme
les gens en France (!), et qu'il avait découvert en Montréal ce qu'il recherchait, et même
mieux que la France (!). Que le mythe devient séduisant. J'ai couché avec un Américain, et
qui parle français. Une contradiction vivante. De voir que je pourrais coucher avec une
multitude me fait comprendre que c'est pas mal tout du pareil au même. Lorsque j'ai couché
avec Edwin, mes sentiments étaient confus. Je tenais un autre corps que celui de Bruno. J'ai
fini par oublier le parfum avec le temps. Jamais je n'aurais cru que le parfum puisse être
si aphrodisiaque. Je n'ai même pas une photo d'Edwin. Mais j'ai l'impression de toucher la |
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multitude, d'atteindre le monde et l'humanité. Comment dire, se sentir dans l'action.
Se débarrasser de cette impression solitaire, de rejeté, loin du monde et incompris, me
voilà qui va vers les gens, qui vois en chaque rencontre, une banque d'informations,
d'expériences, qui me font du sens. Quelle sensation j'ai depuis un temps, de vouloir sauter dans
les airs, exploser, crier partout, une joie de vivre, ou un désir de vivre, qui se compense
par l'échange avec les gens. Enfin, je m'autosuffis, sans attendre de quelqu'un un
quelconque salut. Je vois Adeline qui s'accroche à nous, veut des amis, Edwin qui me dit ce que l'on
me répète depuis longtemps, avec moi, on ne s'ennui pas, on voit en moi celui qui apporte
l'action, the entertainer. Ma soeur est du style aussi à rendre aux soirées plates, un intérêt
qui fait que l'on attend plus de l'extérieur un sauveur. J'ai longtemps cherché un Luc
Villeneuve qui s'autosuffit, qui donne l'impression qu'en étant avec lui, on ne manque rien de
ce qui se passe ailleurs. Je suis donc cet ailleurs, à m'autosuffire, Dieu peut mourir.
Encore que j'ai l'impression d'en manquer des choses. Bruno ne remplit pas ce vide, et moi je ne
puis le remplir pour moi. Edwin? Ça reste à voir. Cette personne existe-t-elle? En la
multiplicité peut-être? Sur l'instant, Untel remplira le vide? Ce Untel changera avec le temps?
Qu'ai-je donc à attendre de la vie? D'autrui?
Sylvie, on me la répété plusieurs fois, elle-même le dit sans cesse, se cherche.
La femme de 35 ans, aux enfants de 10 et 13 ans, divorcée, qui n'en peut plus d'attendre
sa liberté pour vivre, voyager, étudier à Paris peut-être, et qui se cherche. Elle n'en peut
plus d'attendre, elle a 35 ans, elle doit absolument faire ce qu'elle doit et veut faire, elle a 35
ans et n'a plus de temps à perdre. La limite est atteinte, le gouffre s'en vient, vite-vite-vite, il
me semble voir là la façon la plus rapide d'atteindre le ravin. Elle se cherche. Et que veut
dire cette expression? Elle est en crise d'identité, and so we are, en crise d'identité. Le gros
mot. Le Québec se cherche, les Franco-Ontariens se cherchent, la France se cherche, les
États-Unis se cherchent, se trouvent peut-être aussi, en la multitude. Ceux qui se trouvent,
souhaitent détruire ceux qui se cherchent, ce qui n'est pas pour régler le problème de ces
derniers. Ku Klux Klan, nous savons qui nous sommes, nous savons qui vous êtes, nous
allons nous débarrasser de vous, car il est important que nous puissions demeurer ce que
nous sommes, puisque nous avons découvert qui nous étions, et rien n'est pire que de se chercher |
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une identité. Les juifs trouveront leur voie si ce n'est déjà fait. Ils ont l'étiquette, ils
sont juifs, à anéantir, et sans raison? Ils possèdent dit-on, ils manipulent dit-on, ils ont un
pouvoir sur l'économie dit-on, sur les gouvernements, dit-on peut-être (je suis loin du
problème). Sylvie se cherche, so do I. Et les Ku Klux Klan ne se chercheraient pas? Une gang de
suiveux, de conformistes à un chef peut-être, se laisser entraîner à tuer pour aller pourrir en
prison ensuite? Suivre des chefs peu subtils, criant à qui veut l'entendre qu'ils tueront tout
le monde, comment alors se croire en sûreté et capacité d'accomplir notre mission?
Propagande nécessaire pour attirer de nouveaux moutons. Mais ces moutons, ne se
cherchent-ils pas? Quelle peur les pousse à suivre ces chefs, à agir par admiration ou peur de ces chefs.
Et ces chefs, d'où provient cette haine pour toute une collectivité? Ne provient-elle pas
d'expériences personnelles et isolées qui n'ont rien à faire avec l'humanité? Le gars prêt à
faire sauter la planète parce qu'il a essuyé un petit échec dans une cabane à patates frites?
Tout les moyens sont bons pour soutirer de l'argent, ou avoir des pouvoirs, se croire
important (base de nos sociétés, la compétition pour la richesse et le prestige). Et nous serions
surpris d'avoir élevé des prêts à tuer tout le monde pour se faire servir et admirer par une
gang apeurée? Avouer ses échecs, avouer ou chercher ses vraies motivations, voilà déjà un
bon pas pour l'humanité. Se comprendre d'abord! Comprendre les autres ensuite. Le seul
message que j'aurais pour ces membres du Ku Klux Klan, c'est celui de se demander ce
qu'ils cherchent vraiment, le pourquoi de leur mouvement, leur motivation ou problème en
cause. Une haine, ça se justifie, rationnellement. Si leur seule motivation est de s'approprier
le pouvoir, la richesse, la servitude, leur haine est injustifiée. On déteste pour que les
gens détestent, pour faciliter l'action. En fait, les motivations sont ailleurs, et les moutons
ignorent ces motivations. Ou au contraire, en sont trop conscients. Vivre et laisser vivre,
quelle belle expression qui n'a jamais été entendu de personne. D'aucun peuple ou pays, et
surtout pas des États-Unis. Qu'avons-nous à attendre d'autrui? La servitude certains pensent.
Eh bien pas moi! Je tuerai moi aussi, non, je serai plus subtil et j'atteindrai mes fins. En
attendant, qu'ai-je donc à attendre d'autrui? En attendant, je pourrais vivre et laisser vivre.
Ainsi donc, il ne me reste qu'à me chercher.
Voilà que je rentre en dépression. Je viens de téléphoner Edwin. Il n'a pas reçu ma |
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lettre, un de ses amis est arrivé chez-lui, d'Allemagne, il est là jusqu'au quatre avril,
empêche Ed de m'écrire, de me parler... je dépressionne sans raison, je ne peux rien
attendre d'Edwin, mais il s'est justifié pendant cinq minutes à propos de ce qu'il ne m'avait pas
téléphoné et me disant qu'il n'avait pas arrêté de penser à moi. Les justifications
détruisent tout. Elles font penser qu'il a des comptes à rendre, alors que je ne peux rien exiger de
lui. Cela me fait penser que je lui reproche des choses alors que ce n'est pas le cas. Et je ne
veux pas de rôle du gars qui veut une lettre, qui vont qu'on l'appelle, qui ne veut pas être
négligé et quoi encore. Je pense que je vais arrêter d'appeler Edwin, et attendre ses contacts. Il
va m'appeler ce soir il dit. Je n'ai pas hâte. Se sent-il trop obligé envers ses amis? Ce
qui m'inquiète, c'est qu'il m'oublie je pense. Oh, Ed, que fais-tu? Dépassé par les événements,
je n'existe plus? Quel affront, je me retourne vers Bruno, je n'en veux plus de cette
multiplicité de relations. Je veux un Bruno, ne pas souffrir, observer chez les autres
l'expérience qu'ils en retirent. Je vais me mettre à lire, on apprend beaucoup par les livres je
pense. Qu'ai-je à aller chercher ailleurs que ce que j'ai en Bruno. Je ne vais que m'attirer des
problèmes, souffrir souffrir souffrir. Ne souffre-je pas déjà? Jusque où cela ira-t-il? Jusqu'où
cela pourrait-il aller? Quel serait donc les pires scénarios? Les plus beaux? Ô Gwendoline,
pure beauty, attends-moi à Cythère, je t'y retrouverai après mon shift de télémarketing. Ô
Edwin, pure beauty, laisse-moi un demi siècle et je te retrouverai dans mon lit. Dear God, je
suis venu sur cette planète parce que, me disait-on, il y avait beaucoup à apprendre. Un
édifice complet m'est tombé sur la tête ce mois de mars, et je ne distingue pas ce que j'ai
appris. Croyez bien que je désespère d'en voir davantage et pour l'instant, je ne peux attendre de
me retrouver dans les bras de quelques humanoïdes que j'ai connus. Veuillez me faire
parvenir immédiatement la marche à suivre pour trouver la sortie du labyrinthe, j'attends la
réponse vers neuf heures ce soir, après le travail. Et puis tant qu'à bien faire, agréez, dear God,
mes salutations distinguées. Vôtre, RM.
Apprendre par soi-même n'est-il pas plus passionnant que d'apprendre par les
autres? Et ce que les autres vivent et que l'on entend a t-il autant d'impact que si on le vivait
soi-même? |
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Je repense aux membres du KKK, si les groupes voués à l'anéantissement ne leur provoquaient qu'une indifférence, ce serait déjà normal. Leur provoquer de l'intérêt est déjà plus énigmatique, et de la haine, j'y vois un paradoxe. Ce paradoxe, le voici: il existe une raison au pourquoi un sujet provoque de la haine et du dégoût, et c'est cette raison qui n'est pas claire. J'ose croire que le pouvoir et la richesse peuvent être de bonnes motivations, mais que dire de l'homophobie? L'homme a peur d'être comparé à la femme, car la femme est un être jugé faible. On ne gagne pas une guerre avec des faibles. La question n'est pas ici de savoir si les femmes et les homosexuels masculins sont faibles, mais de comprendre le point de vue des homophobes. Les blancs suprémacistes veulent une société à 100% composée d'hommes blancs (et de femmes blanches je suppose) tous riches, plein de pouvoirs, hétérosexuels qui se reproduisent. Voyez-vous le genre de société que cela donnerait? On ne peut pas dire qu'ils ne veulent rien des autres puisqu'ils n'auraient qu'à s'isoler dans leur cours ou ailleurs et oublier ces autres. Non, il s'agit de tuer les autres jusqu'au dernier, c'est le paradoxe à la Staline. De quoi servent les sujets, que leur apportent-ils de plus? On se débarrasse de la moitié du pays en l'envoyant dans les camps de concentration en Syrie, on force l'autre moitié à nous admirer et nous aimer (!), et l'on se met à jouir de la vie et à être heureux (ce qui ne peut être, Staline devenait paranoïaque de peur qu'on le trompe)? Qu'est-ce que cela apporte d'être riche à craquer et seul au monde? Prestige, admiration, envie? Qu'est-ce que cela rapporte de contrôler 100, 10 000, 7 millards d'humains, particulièrement lorsqu'ils ne sont plus humains, déshumanisés à l'extrême? Un petit feeling intérieur? Une petite satisfaction personnelle? Je ne doute pas qu'Hitler aurait été fier de lancer la bombe nucléaire et faire sauter la planète. Mais qu'aurait-il fait lorsqu'il n'y aurait resté que lui? N'aurait-il pas été mieux de se construire une cabane dans les bois et y demeurer seul, même avec sa femme? Comme les membres du KKK d'ailleurs. Lorsqu'ils souhaitent tuer tout ce qui n'est pas exactement comme eux, n'en viendraient-ils pas à s'entretuer ensuite? Car personne n'est exactement comme soi à la limite. Et quand bien même on en arriverait à ce qu'il ne reste plus qu'eux, c'est-à-dire, j'imagine, les 100% de race blanches descendants d'Angleterre, que feront-ils? Quels seraient les changements tant attendus? Des terrains plus grands? Davantage d'espace pour les édifices vides? La fierté à la possession d'un morceau de planète? Et combien leur en faut-il d'espace, et qu'escomp |
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tent-ils en faire de cet espace? Mais tuent-ils vraiment les gens pour l'espace ou pour
autre chose? Je parle, leur finalité à atteindre, on ne tue quand même pas sans raison, pour
avoir une société uniforme tout de même, en croyant que de là émergera une société
intelligente et puissante. J'aimerais que l'on m'éclaire.
Aujourd'hui on parlait au travail, Frédéric Lavau disait qu'à continuer comme cela,
je suppose qu'il parlait de la surpopulation mondiale, il faudrait qu'il arrive quelque chose
de toute façon. Je suppose encore qu'il parlait d'une genre de catastrophe gigantesque
comme un tremblement de terre ou une guerre nucléaire ou chimique, on parlait de Tchernobyl
et les prédictions de Nostradamus. La venue d'un troisième Antéchrist, probablement juif
que les interprétations ont conclu, qui émergerait d'Israël (il est drôle de voir que les juifs
se sont justement formés une armée, et qu'en plus, un groupe terroriste est né et a déjà tué
50 muslims dans une mosquée si je me souviens bien, mais cela, je n'encourage pas cela).
Frédéric Grignon disait que c'était très anti-sémite cette interprétation des prédictions de
Nostradamus. Pas vraiment. Quoique j'avoue que j'ignore d'où provient l'interprétation et
j'ose souhaiter qu'elle n'est pas établie dans le but de nuire au peuple le plus meurtri que
la planète ait porté après les homosexuels peut-être, si ceux-là on pouvait les appeler
peuple. Les gens n'aiment pas les comparaisons entre les souffrances juives et homosexuelles,
eh bien tant pis, les deux ont souffert injustement, en particulier durant l'holocauste (en
fait, les juifs sont prêts à tuer les homosexuels et ne manquent pas une occasion des
condamner). Souffre-t-on davantage d'être juif ou homosexuel? Je ne pourrais dire, j'ignore le
nombre d'homosexuels tués à chaque année, et le nombre tués au cours de l'histoire. Et si le
chiffre de 6 millions est très significatifs pour les juifs, Sodome et Gomorrhe l'est aussi, en
admettant que ce conte ait autre chose à faire que d'être une fiction mythique franchement
malhonnête et sournoise, persverse, mal, si seulement la portée de ces trois seuls lettres
pouvaient frapper en plein visage 6 000 ans de fanatisme religieux... je calcule peut-être
un chiffre aussi impressionnant d'homosexuels tués au cours de l'histoire, nous ignorons
tout à ce sujet (j'ai appris vers le début juin dans le citizen qu'on estime qu'il pourrait y avoir
eu un million d'homosexuels tués pendant l'holocauste de 39-45; certains affirment qu'il y en |
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a au moins 500 000 et tout le monde semblent s'accorder sur un chiffre minimum de 220 000). Et je puis déjà dire qu'il m'est déjà bien insupportable de vivre, comme tous ces gens d'ailleurs. On avoue plus facilement être juif, et avec fierté, que d'être homosexuel. Et on souffre en christ, hier, aujourd'hui, et demain. Je dévie du sujet. Je ne cherche qu'à prouver jusqu'à quel point les homosexuels sont injustement traités encore aujourd'hui. Dans quelles conditions on nous laisse respirer et souffrir, sortir de l'ombre si on en a la chance ou autant de volonté qu'il en faudrait, se décider à trouver quelqu'un, de vivre comme il est notre seule façon d'être pour être heureux, je m'excuse, on ne peut changer sa nature. Ceux qui semblent y réussir souffrent plus que tous et ne peuvent se l'admettre peut-être, et surtout pas l'admettre aux autres. Et si les bisexuels, puisqu'ils semblent exister pour vrai, peuvent tout aussi bien se trouver quelqu'un du sexe opposé et être heureux, qu'ils ne viennent pas dire aux homosexuels qu'ils peuvent changer. Je n'en crois rien, et pas un homosexuel en croirait quelque chose. (Lorsque je parle d'homosexuel, j'aimerais que l'on considère que je parle autant des lesbiennes, des bisexuels et bisexuelles. On a toujours tendance à ne compter que les gais masculins, puisque c'est surtout après eux que les gens en ont, je pense. Il est peut-être aussi plus facile pour une femme lesbienne de se marier et avoir des enfants et souffrir sa vie durant si la religion était forte dans sa jeunesse. Mais je sais qu'il existe un très grand nombre de lesbiennes, et que l'on aurait tort de les oublier ou de réduire l'homosexualité à l'homme. À ce sujet je trouve bizarre que n'importe lequel film porno puisse nous montrer deux femmes en train de s'embrasser et se lécher, bref, de faire l'amour, sans scandaliser personne. Alors que deux hommes qui feraient cela implique tout de suite que le film est gai. Cela montre les mentalités et la tolérance par rapport au sexe, et explique que l'on omet souvent les lesbiennes). Je n'essaie pas de banaliser ce qui est arrivé aux juifs! Je montre que si l'on s'indigne sur ces atrocités, c'est le temps que l'on se réveille, et que l'on comprenne qu'il existe toute une partie de la collectivité qui nous entoure qui souffre tout autant et qui a souffert tout autant dans son histoire. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, je ne m'adresse pas aux chefs ou membres du Ku Klux Klan, mais à la petite mémère et au petit pépère lavés du cerveau par leur religion et qui en arrive à affirmer la phrase maintenant classique que le Sida est un cadeau de Dieu pour nous débarrasser des homosexuels! Calice, quelle sorte de Dieu avez-vous donc pour chercher à se débarrasser |
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comme cela d'un groupe de gens, et qu'avez-vous donc à espérer d'un Dieu comme ça?
Un Dieu qui est amour? Et vous, juste à penser une telle chose, avez-vous vraiment une
quelconque espérance d'aller au ciel? Laissez-moi rire! Un jour je vais faire du Voltaire, je
me payerai la bible, les 300 versions différentes qui existent s'il le faut, juste pour vous
en ressortir les choses les plus inconcevables qui se puissent exister. Et que l'on
m'apporte encore une de ces phrases bibliques à la noix qui puisse s'interpréter pour aider à
l'anéantissement de tout un peuple. Votre Ku Klux Klan, étudié le bien. Il ne diffère pas beaucoup
de certains partis politiques, de certains gouvernements, et peut-être pas du tout de
plusieurs mouvements religieux. Dieu merci, la France elle a compris. Elle s'est vite laïcisée. Et si
le Canada n'a encore rien compris, c'est qu'il souffre encore de ce que le colonisateur a
bien voulu faire de lui. Relisez, ou plutôt lisez André Gide, Voltaire, Rousseau, ou même,
lisez-la votre bible, et pas n'importe laquelle version. Avant de commencer à la citer à tort et
à travers comme si elle faisait office de loi divine, vous serez peut-être surpris d'y lire
que vous êtes condamnés. Je croyais que les sociétés évoluaient, je pensais que lorsqu'un
auteur comme Rousseau avait écrit ses briques, on avait plus besoin de les répéter. Eh bien non,
il faut sans cesse reconstruire les consciences, laver le cerveau des gens dans un but un
peu plus humanitaire, recommencer la sensibilisation. Comme il est difficile pour quelqu'un
de se croire libre de penser avec tout un bagage de croyances implanté dans son cerveau.
Ces gens ne sont même pas capables de revenir sur leur idéologie pour se demander s'ils
ont peut-être tort. Pas du tout, et tout jugement par la suite devra aller en fonction de ce
savoir qui ne leur appartient pas. Alléluia! Fêtons la mort du Christ puisque personne n'a
compris son message!
J'ai parlé avec Edwin. Comme il est bizarre d'alterner les grosse discussions
sociologiques et politiques et militantes et religieuses, avec les puérilités de l'amour. Cela
montre que mon cerveau fonctionne fort de ce temps-ci. Et me fait me demander s'il ne
fonctionne pas toujours aussi fort en temps normal. Bref, j'ai parlé avec Edwin. On s'est répété les
traditionnels bonjour et discours presqu'amoureux, on se verra vers la mi-avril. Ô horreur,
cela est long, mais comme il dit, moi au moins j'ai Bruno pour me contenter. J'ajouterais
même que je ne devrais qu'avoir Bruno pour bonheur. Et si j'en profitais pour me conditionner à ne |
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pas coucher avec quand il viendra, et même, souhaiter qu'il ne viendra pas? On verra.
En attendant, c'est vrai que lui doit souffrir de n'avoir personne avec qui coucher. Mais
peut-être couche-t-il avec d'autres et qu'il n'ose pas me le dire. Je le souhaite, ainsi il ne
souffrira pas trop. Mais il disait à la blague qu'un coup à Ottawa, il chercherait un mec avec qui
passer la nuit. Je lui ai dit non, eh, il vient pour moi, pas pour que je souffre de la voir coucher
avec un autre, comme ce serait cruel, sans perdre de vue que Bruno ignore cette histoire et
qu'ainsi, l'histoire n'est pas encore cruelle. Mais ne sais-je donc pas que je n'ai rien à attendre
dans cette histoire, et surtout pas de la pitié ni de la compassion? Bruno me téléphone pour
me dire qu'il m'aime, il est 12h38 du soir, j'arrête d'écrire, c'est sûrement un signe...
21 mars 1994
Bon Dieu que j'ai écrit hier! Depuis le 7 mars, qu'est-ce qui se passe. Et
j'entendais Benoit Leblanc le prof me dire qu'il avait ce désir d'écrire mais qu'il n'avait rien à
dire. Encore un obnubilé par les chefs d'oeuvre, mais les chefs d'oeuvre, ils ne viennent pas
en série! Un auteur aura peut-être un, deux ou trois chefs d'oeuvre sur vingt-cinq livres.
Le pire, si je regarde Ionesco, ses chefs d'oeuvres ne semblent avoir été choisi qu'en fonction
de l'histoire que l'on a bien voulu faire du théâtre contemporain. Assez d'écriture sur le
théâtre! Rhinocéros est mieux. Mais je ne l'ai pas lu. Je le veux mieux, voilà.
Nathalie Petit était dépressive avant. Quatre à cinq mois de dépression à ne plus
être capable de se remettre sur pieds. Solution? Le Soleil! Qu'elle me rendrait jaloux si elle
était ma blonde, je lui ai dit. Tous les gars lui tournent autour. L'autre sportif entre autres,
celui qui reste en shorts, arrive en bicyclette, mange des ragoûts maison à la limite du
végétarisme (ça viendra). Et il pense avoir un droit sur elle parce qu'elle aussi fait du sport
et mange des ragoûts maison bizarre. Eh bien oui, nous sommes différents, le différend,
Adieu, je ne mérite peut-être pas une amitié avec toi. Mais je vois bien que tu as cette volonté
de me parler davantage. Je t'ai vaguement laissé entendre que mes problèmes venaient
en partie de Bruno, et tu m'as dit avoir piqué ta curiosité. Tu veux en savoir plus maintenant. |
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«Tu n'aimes pas mieux en parler avec des gens qu'avec un journal?» Mais d'où donc
sort cette fille? Origine Mongolienne, créée en France, déménagée au Canada, esprit
voyageur, avec ses ragoûts, bon Dieu que je rencontre des gens bizarres ces temps-ci. Et tous ces
français qui m'entourent, avec Adeline, Frédéric Lavau, Olivier à Versabec voilà trois mois,
Bruno François et sa famille, l'Ambassade de France, mes téléphones aux Universités de Paris,
et d'autres Français dans mes cours, dont plusieurs profs, Mme Kaye, Swiderski, Lafon,
Maser, Bourbonnais (?), M. Vaillancourt je pense (non), Gallays peut-être (non)(s'ils ne sont pas
Français, ils ont étudié là-bas et se donnent le genre). Que font-ils donc ici? Des perdus. Si
c'est en France que cela se passe, s'ils ne jurent que par la France, que font-ils à pourrir ici?
Petit me disait que ses parents étaient venus pour posséder une terre. Encore une question
d'espace. Kaye et Swiderski disent qu'il y avait l'opportunité à l'emploi, elles sont venues,
c'est tout. Les parents de Bruno fuyaient une famille devenue imposante, et une troisième
guerre mondiale hypothétique d'après ce que j'ai pu comprendre. Jamais je n'aurais pu côtoyer
ces gens à Montréal. Je suis bien préparé pour la France.
22 mars 1994
Mes opinions changent comme la température. Une lecture du Voir, journal de
la ville de Montréal, et me voilà converti à la culture québécoise. Je regretterai un jour de
ne pas avoir passé par Montréal, peut-être. La petite élite de Montréal que j'accusais
dernièrement, n'est peut-être pas si petite ni ridicule. Quel est ce mythe en moi de voir en
Montréal une ville que je n'aime pas? C'est le mythe des années 70 je crois, et l'histoire de la
révolution tranquille que je ne digère pas. J'ai idéalisé un faux Québec, un faux Montréal.
Chaque fois que j'y vais, je me retourne et me dis, mon Dieu, est-ce possible, une ville si grande
et francophone en Amérique? Puis c'est l'extase, j'aimerais davantage conquérir Montréal
que Paris, c'est chez-moi en fait. Je serais l'élite, bien plus rapidement que je voudrais le
croire, et en fait, il en faut toujours une élite. Que deviendraient les arts si Jurassic Park
auraient gagné sept oscars avec 12 nominations au lieu de Schinder's list? Trois oscars avec
trois nominations pour Jurassic Park, c'est déjà beaucoup pour Spielberg. Si la masse ne lisait |
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que Stephen King, on passerait peut-être à côté de... je cherche un bon auteur contemporain... impossible. Voilà, on passe déjà à côté des bons auteurs contemporains. Et vive Stephen King! Il en faut une élite, mais je ne veux pas en être. Ni en France, ni au Québec. I want to be out of the scene. Qu'ils se débattent peut-être avec mon oeuvre, mais qu'ils ne m'en demandent pas d'en dire plus que l'oeuvre elle-même. Mais comme dit Ryngaert, saurais-je résister et ne pas donner clés en mains l'univers de ma littérature? Il me serait si simple, en une page, de vendre La Révolution. Quelle erreur ce serait. Mais que vont-ils y comprendre? J'ai l'expérience, les comités de lecture n'ont pas dépassé les dix premières pages de La Finalité. Ils ont cru que je cherchais à les convertir à Dieu, ils se sont sentis frustrés ou trahis. Qu'ai-je donc à espérer de La Réussite? Ils croiront que j'essaie de leur vendre l'anarchie avant la huitième page. Il faut au moins une lettre d'accompagnement pour les mettre en garde contre les jugements trop rapides. Mais je me demande pourquoi je m'inquiète, ils ont déjà lu, en théorie, La Finalité. Je ne peux donc plus leur envoyer les trois parties, La Révolution. Ce livre ne pourra donc être publié qu'en France. C'est triste. Mais c'est peut-être mieux pour moi. En fait, j'aime bien Montréal, mais si je veux faire différent, il est bien de vivre au Saguenay-Lac-St-Jean et à Ottawa. I'm out of space, j'appartiens à toutes les époques de la littérature dans mes cours. Et je peux quand même apprécier le talent québécois. Les Portes Tournantes, c'est quelque chose comme film. Jésus de Montréal aussi j'imagine. Qui je n'aime pas, bien que je n'aie jamais assisté à aucun de leur spectacle, c'est Messier (celui de Broue), Patrice l'Écuyer, Rémy Girard, etc. Ils ont beaucoup de talents, c'est indéniable, ils font de belles choses, c'est bien, mais on ne voit qu'eux! Et je ne veux pas immortaliser la culture québécoise dans ces quelques comédiens du temps. Je n'ai vraiement pas l'impression de vivre en une époque fertile en films et littérature. C'est peut-être faux, I'm out of space. C'est le temps que je fasse mon entrée dans la civilisation si je veux me défaire de mes préjugés. J'apprécie Ottawa pour son unique caractéristique, que pour une région de plus d'un million d'habitants, la culture est complètement inexistante. Tout provient d'ailleurs, par bribes, Montréal ou Toronto, et pour peu que l'on lise The Citizen d'Ottawa et que la sous-culture anglophone ne nous intéresse pas, we are free of influence, almost. |
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Je termine à peine le visionnement du film Pump up the Volume, film Américain, cela va de soi, et j'ai enfin compris le film (c'est la dixième fois que je l'écoute). La génération X. C'est moi ça? La génération X, qui n'a rien à attendre de la politique ni des institutions, mais qui doit elle-même prendre la voix des ondes, des médias, et prendre le contrôle pour à son tour écraser une autre génération. N'en avais-je pas déjà parlé? Je ne me souviens plus. J'avais cette impression qu'il était vrai que c'était à nous d'agir, mais c'est vrai qu'il est impossible d'agir si ceux qui sont en contrôle ne nous en donne pas la chance. Mais n'est-il pas normal de ne pas vouloir céder sa place lorsque tout va bien? Combien d'entre-vous laissera son travail d'ingénieur pour permettre à un plus jeune de travailler, même à la limite de l'âge qu'habituellement on croit la retraite normale? Personne, et c'est normal. Je ne le ferais pas non plus. C'est donc que nous devons leur rentrer dedans. Prendre d'assaut les maisons d'éditions, se bâtir les nôtres, publier nos choses, écrire dans les journaux, mais pas pour sa génération, l'autre génération, celle qui travaille et qui vieillit. J'ai longtemps souffert à lire quelque fois les journaux du Québec et comprendre que ces beaux articles dénonciateurs des actions contre les Francophones ne seraient lus que par des Francophones. Pendant ce temps, les Anglophones se délectent de Mordicaï Richler, celui qui dénonce les tares québécoises, chez les Anglais, y compris les Américains semblent-ils, ils ont entendu le message, nous sommes la petite Allemagne de 39 à 45, les nouveaux nazis sur la planète. Parlons donc là où il faut. Et encore, à ce rythme là, c'est vrai que je ne serai pas entendu ni cette année, ni l'année prochaine, ni l'année après celle de l'année prochaine, ni l'autre d'après... j'avoue bien franchement que je ne peux faire davantage que ce que j'ai fait pour me faire publier. Pas avant cinq ans, je me demande encore là si j'aurais une quelconque chance. Cela m'importe moins maintenant. Je survivrais même si je dois n'être jamais publié, et surtout, j'écrirai toute ma vie. Je pourrais publier à Saint-Germain-des-Prés à Paris, et j'avoue que cela me tente. Vente par souscription, meilleur moyen d'être entendu, on s'impose de force. Oeuvre lancée un peu en scandale (je ne saurais calculer la portée que pourrait avoir La Révolution), quarante personnes à trouver pour acheter une copie de luxe à 50 ou 60 dollars. Et hypothéquer mon avenir en littérature, après cela, aucun moyen de se |
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faire entendre. Ils sont pas fous les éditeurs, leurs institutions sont merveilleusement contrôlées: tout livre à compte d'auteur ou vente par souscription est considéré tel un navet sans intérêt; un livre qui n'a pas su trouver un éditeur est certainement sans valeur. C'est mon problème. Mais je n'écris pas ce que l'on cherche, ce qui est publiable. Aucune maison d'édition n'a de collection où peut s'insérer La Révolution, et j'avoue qu'il leur serait difficile de la vendre dans ces conditions. Valeur à scandale, c'est déjà plus intéressant, je vais essayer de le publier en France, personne n'aura encore lu cette version définitive de 150 pages. Mais je me demande s'il ne vaudrait pas mieux passer directement chez Saint-Germain-des-Prés. Je ne veux plus perdre un an ou deux, des lettre d'éditeurs dont je sais que la réponse sera négative. Entre vous et moi, aucun éditeur n'acceptera La Révolution. Et ce n'est pas là le fruit de la génération X, c'est une littérature différente, et encore là, je ne la crois pas si différente de ce qui a pu se faire. Mais c'est vrai que ce n'est pas un roman à la mode de notre siècle. En fait, à court terme, le seul projet qui pourrait déboucher c'est la pièce de théâtre sur Val-Jalbert, et les troupes de théâtre du Sagenay-Lac-St-Jean sont plutôt peu nombreuses et déjà engagées en d'autres projets. Peut-être cela débouchera à l'été 1995. Autant mourir, si j'attendais après cela. C'est vrai que Paris sera un nice change. À défaut de publier, j'y trouverai un air différent, et plus près de la littérature que perdu à Ottawa. J'ai bien l'intention de m'impliquer dans un journal étudiant. Je vais atteindre les masses, j'aimerais mieux être journaliste que professeur. Journaliste et écrivain libre. Pour un retour à l'objectivité peut-être, l'anti-destruction. Je vais monter lentement dans la hiérarchie, mais comme dirait René l'Illuminé, il y a peut-être un intérêt à tenter l'ascension de la société, surtout pour quelqu'un qui ne prend pas cela trop à coeur et n'a pas peur de l'échec. Après en avoir tant parlé, l'échec est apprivoisé. Parlant de rite initiatique, il est tellement vrai que la trilogie de René est un vrai exorcisme. René qui a les yeux fermé avec tout un savoir qu'il rejette. Il s'embarque sur l'océan, c'est le lavage de cerveau complet, le néant. Vient ensuite la sagesse, la connaissance, le vrai être, celui qui voit en chaque chose la futilité, un intérêt en chaque chose, pris au deuxième niveau. Mais encore là, ce serait peut-être se tromper. Je n'encourage pas plus la spiritualité que la nage dans le marasme de la hiérarchie sociale. Peut-on s'en soustraire vraiment? En fait, si René à trouver sa voie et |
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qu'il devient le Soleil, ce qui sera, je pense, le comble de l'idiotie pour le lecteur,
l'auteur lui, en est au stade du lavage de cerveau, la tête vide, qui ne sait plus trop où
s'embarquer. Voilà tout le message de l'absurde. Et il ne me semble pas que ni Ionesco ni Beckett
aient trouvé leur voie dans la littérature. La tendance vers le néant ou l'absence d'idéologie
prévaut, et c'est peut-être mieux ainsi de toute manière.
Je multiplie les «je pense», les «je crois», les «peut-être», voyez, je n'ose pas
affirmer. Je suis conscient que chaque phrase que je dis sera contredite. Ionesco en parle
beaucoup dans Notes et contre Notes, ce qui me fait penser que ce livre me suivra longtemps. En
fait, il faut tout de même affirmer des choses, ne serait-ce que pour provoquer les débats.
Et surtout, ne pas avoir peur de revenir sur ses idée, ses dires même. Bon Dieu, j'ai
manqué cinq cours aujourd'hui pour faire mes travaux pour Vandendorpe, j'ai rien foutu. Sauf
écrire ce stupide journal, et écrire deux pages de La Révolution. Il n'y a plus rien qui fonctionne.
Je vais téléphoner Joël Cyr, sait-on jamais, le salut viendra peut-être de lui.
Une heure au téléphone, j'ai appris que notre Sylvain Simard va passer à
l'histoire. Notre bon Jacques Parizeau, chef du Parti Québécois, voit en Simard un futur ministre, de
la culture probablement, aussi, ils vont le parachuter dans le comté Richelieu, puisqu'il n'y
a aucun moyen de gagner un siège dans la région de la Capitale Nationale. Je n'aime pas
cette façon de prendre un contact brutal avec la vie. Moi qui étais loin de l'holocauste, loin de
la politique, surtout au Québec, me voilà qui côtoie des gens très près de ces milieux,
m'entraînant dans leur ronde et discussion. J'avoue que j'y vais à contre-coeur, je devrais
peut-être m'y engouffrer de plein fouet, ainsi je ne serai pas à côté de la track en tant
qu'écrivain. Mais je ne peux m'en défaire, ces sujets ne m'intéressent pas. Ils sont ceux du moment,
ce sont les seuls qui font l'actualité, tout est déjà analysé en première page, et je déteste
le fanatisme politique et religieux. Je ne veux donc pas m'en mêler, ou sinon, de loin. Ce
n'est pas pour rien que l'on va me parachuter à Paris bientôt, il faut me préserver de tous
ces mouvements qui m'entourent. |
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Il m'est passé par la tête dernièrement, d'établir la liste de tous les gens que j'ai connus et dont je peux me rappeler au moment où je ferais la liste. Même si je devais juste les définir qualitativement. J'ai vite compris que cette liste me prendrait beaucoup de temps à établir. Prenons juste les personnes que j'ai nommées dans ce journal cette année. Et c'est rien, j'en passe tant que je ne nomme pas. J'ai compté une fois que j'avais parlé avec au moins 1000 personnes en une journée lorsque je travaillais à la cafétéria, la caisse enregistrait le nombre de transactions. Encore que plusieurs passaient deux fois à la caisse. Disons entre 500 et 700 personnes. Aussi, un jour que je suis descendu à Jonquière, dans la même journée j'ai parlé quand même assez longtemps avec un peu plus de 50 personnes différentes, entre Ottawa et Jonquière, en passant par Montréal, Québec et Chicoutimi. Qui sont donc tous ces individus, qui ont leur vie propre, et qui se côtoient comme cela, en paix? Ont-ils tous une chambre, un toit, une automobile, un amant, une garde-manger, un réfrigérateur, etc.? Mais pourquoi donc n'existe-t-il pas davantage de facilités (facilités est un anglicisme et je l'utilise avec fierté, pour ceux qui cherchent le mot exacte, ce serait services) entre toutes ces personnes? Pourquoi ont-ils tous besoins d'avoir une automobile, un toit, un réfrigérateur, etc.? Juste au niveau des étudiants, il me semble que l'on devrait construire des facilités plus grandes, un genre de coopérative, plus de logements avec chambres et cafétéria abordable. C'est ça le vrai rôle des associations étudiantes. Prenons CNOUS et CROUS en France, eux ça fonctionne. Nous, on meurt sous le poids de compagnies qui font de l'argent sur notre dos. Il n'y a rien de plus pauvre sur la planète qu'un étudiant. Ils sont en voient de devenir les riches de demain et vivent pour cela plusieurs années sous le seuil de pauvreté. Les libraries nous vendent des livres avec un profit qui dépasse probablement les 40%, la cafétéria nous coûte minimum 8$ par repas, et encore, nous n'avons pas de dessert à ce prix, puis les logements sont introuvables, hors de prix, infestés d'insectes comme les coquerelles. Si c'est cela tout ce que les associations étudiantes ont réussi à nous gagner, je m'inquiète sincèrement à propos de la société de demain. Le problème en Ontario, c'est que l'on augmenterait les taxes de 5 000$ cette année et les gens râleraient trois jours pour finalement accepter l'injustice. Car il s'agit bien d'injustices, si l'on constate les millions jetés à droite et à gauche. Prenons par exemple la simple petite bureaucratie de l'Université |
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d'Ottawa. Après avoir travaillé à la cafétéria aux Caterings, et après avoir constaté
comment pouvait coûter la livraison sur le campus de deux petits plateaux à sandwichs avec 25
cafés et une dizaine de cannes de cokes, je vois déjà plusieurs milliers de dollars dépensés
pour rien. Cette petite livraison, habituellement plus grande, reviendrait à environ 350$, et
des livraisons comme cela, il y en a une à deux par heure, parfois plus, de 7H le matin à 9h
le soir. Le pire c'est que souvent, ce goûter n'est même pas touché. Il y en a du gros surplus
à faire sauter et le problème c'est que lorsqu'il y a des coupures, c'est jamais au bon
endroit, c'est toujours dadns l'essentiel. Mais qui donc est en charge de ces factures?
Comment peuvent-ils tolérer ça? Quelqu'un qui se fout des finances de l'Univerité en tout cas.
Les étudiants devraient négocier tout ça, ce qu'ils essayent de faire d'ailleurs. Et employer
les étudiants étrangers puisqu'ils ne peuvent travailler que sur le campus (ce qui est
d'ailleurs très discriminitaoire, c'est dire que les gens ne sont pas égaux).
23 mars 1994
Encore une journée, puis une autre, puis une autre, c'est merveilleux, ce journal
à fait passer le mois à une vitesse surprenante, tout juste si je me souviens d'avoir dormi.
J'ai perdu la notion du temps, il me semble que cela fait une semaine qu'Edwin est parti.
Comme j'aurais toujours voulu faire de la musique et non de la littérature. Avec
la musique tu peux dire des niasieries, la musique transforme, transporte, transpose le
tout. J'ai toujours mis la musique au premier plan dans l'art, il m'a toujours semblé que c'était
là une chose que je ne pouvais faire et impossible à faire. Mais dernièrement je suis revenu
sur cela. En ouvrant René l'Illuminé je me suis rendu compte qu'une bonne littérature
valait bien un bon groupe de musique. Et même, a plus de portée en un sens puisque l'on
s'attarde davantage au contenu et à l'analyse. Peut aussi traverser les décennies plus
facilement qu'un album. Mais il s'agit encore là d'être dans les meilleurs, sinon plus rien ne vaut
dans cela. La musique est plus accessible, fait des millions, est adulée, moi, on ne risque
jamais de me reconnaître dans la rue, en admettant que l'on puisse reconnaître mon seul nom. Et |
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c'est bien, je n'en suis pas désolé.
Troisième Lettre à Edwin: voir 6diary94 (c'est la lettre au complet) |
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Les Feuilles Mortes
Oh je voudrais tant que tu te souviennes
Des jours heureux où nous étions amis
En ce temps-là la vie était plus belle
Et le Soleil plus brûlant qu'aujourd'hui
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle
Tu vois, je n'ai pas oublié
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle
Les souvenirs et les regrets aussi
Et le vent du nord les emporte
Dans la nuit froide de l'oubli
Tu vois, je n'ai pas oublié
La chanson que tu me chantais
C'est une chanson
Qui nous ressemble
Toi tu m'aimais
Et je t'aimais
Nous vivions tous les deux ensemble
Toi qui m'aimais, moi qui t'aimais
Mais la vie sépare ceux qui s'aiment
Tout doucement, sans faire de bruit
Et la mer efface sur le sable
Le pas des amants désunis |
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23 mars 1994
For the Citizen
Ottawa south, mai 27 1994
Adam et Steve
I think we had touch an essential truth of our society. A thruth that we won't be
able to hide forever. We might want it or not, for this reason or other, but Adam et Steve
exist, and there is a lots of them.
If it's not out in the open, it's hidden. They then built a second life, a second
personality in parallel of they're first exemplary life in the image of what society wants.
But a society is not just the white heterosexual descendant of England or France,
it's a multiplicity of people, and a society should respond to all it's constituents.
Inside any groups I have been through, I always spot at least one or two persons
that were homosexuals, and I had talk to them. So I always had the knowledge that there was
at least 10% in any group that was homosexual. From that number, I'm not counting the
ones that I dont know they are, and also the ones, of course, that will accept themselves only in
a few years because of the education and values they got. We need to face it, at least
one person on ten is homosexual and maybe 90% of these people are living a hidden life.
So hidden than if they suffer from beating or discrimination, they won't go to the police
or complain, they will just walk away.
There is no way I will ever tell anyone I'm homosexual, especially in any form
of sondage. Dont do that mistake about the 1% of woman we though they were beaten until
we find out this pourcentage became 16% when anonymous (Nouvel Observateur, 3-9 april
1987, p.4).
It's time to stop people from thinking and deciding for us, especially when we cannot |
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change our mind. If some bisexuals are able to find someone from the opposite sex and
be happy, then they should'nt come to the homosexuals and tell them they can change,
and, the religious organisations (or the Ku Klux Klan), should'nt try to convince us of things
we already know about. We know, and we are the best ones to know about it, than that's
impossible to change. And we dont want to change, in majority, we just want to be able to breath,
to survive, to tell people who we really are. If only we were able to get out of the closet.
We have to fight a group that judge us immoral and wants our disparition, or if
not, wants us to continue to live hidden life. I dont believe it's to help a society to save
the appearances, hide the thruth. Adam and Steve have the rights to live, and the bible is
probably the worse autority we can use to teach us anything in our actual society. There is
many versions of the bible, and it's a big weapon to justify lots of atrocities. If you are a bit
human, you will understand that the only morale law is to let people be happy, with no pain, as
long as it doesn't hurt you.
The conformism time is over, we are not what you want us to be. Acceptation,
tolerance, that does not remembering you something? I will have the courage to sign my letter (it's
the only way to publish it), because someone has to do something. You know, it's dangerous
to be homosexual here and one of the problem is maybe because it's taboo.
Homophoby is as bad as racism, maybe worse, because to not be the same colour
as the majority is not illegal, and still in the world there is place like China and some
states where a relationship between same-sex couple is. It's a good thing the government is
not going to your bedroom to tell you that if it's not to conceive a child, you should'nt have
sex. Poor chinese people, they will be allowed to have sex one time in their life.
Let us be a part of the society! Let us bring things to wolrd! Let us have a family!
Let us live!
R.M. Tremblay
(2316, Ryder Street
Ottawa, Ontario
K1H 6X5, 521-8906) |
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Mon anglais est tellement mauvais, probablement parce que j'ai traduit mot
pour mot du français à l'anglais, chose qu'il ne faut pas faire paraît-il. Je ne vais pas envoyer
cet article. Je vais le lire en français à Bruno et il l'écrira directement en Anglais. Ce sera
plus facile de corriger ça. Pour ce faire, je vais retraduire cet anglais au français pour
permettre une meilleure traduction en anglais puisque cette version est meilleure que l'ancienne
version française. Parfois la vie semble plus compliquée qu'elle ne l'est. Bruno ne veut pas
que j'envoie cet article, il juge que c'est trop dangereux. Je vais être sur des listes noires
de mouvements religieux et de Skin Heads et white supremacists.
En parlant de vie compliquée, je me suis payé 1 heure 30 minutes de parlotte
avec Sylvie, la fille de trente-cinq ans, encore au 216. La famille symbolique. La fille qui, à
13 ans, écrit des lettres à Dieu, qu'elle brûle ensuite pour permettre la sublimation
jusqu'au ciel. Quelle intelligence! Quelle enfant à 7-8 ans penserait à faire une chose pareille?
C'est peut-être bien de l'imitation. En fait, la question n'est peut-être pas à se demander
comment une jeune fille peut être aussi intelligente, mais plutôt, qui peut être aussi
innocent dans les deux sens du terme pour agir de la sorte et montrer l'exemple à une jeune fille
qui aurait pu sacrer le feu à la maison? J'espère que Dieu a entendu son dernier message:
«Cela ne me dérange pas de souffrir maintenant, si après je suis pour être heureuse le reste de
mes jours». Qu'est-ce que je retiens de notre conversation. Elle veut devenir une
intellectuelle. Cela m'a obligé à me demander à moi-même si je désirais éventuellement devenir un
intellectuel, et même, si je ne me considérais pas déjà comme tel. J'avoue que je n'ai pas
trouvé de réponse spontanée à mes questions. Je remets cela à plus tard, car pour répondre à
la question, il me faudrait d'abord définir ce qu'est être un intellectuel, et alors là, ça pourrait |
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ouvrir tout un débat. Mais cette seule question en elle-même n'est-elle pas déjà révélatrice? Un intellectuel, à mon avis, c'est quelqu'un qui va mourir dans ses idées. Et au stade où j'en suis, c'est-à-dire, au niveau de Zombi, il n'y a pas à hésiter, je suis un intellectuel! Ma tête n'arrête pas de penser et d'écrire! Mais peu importe. Chose qu'elle n'avouerait pas trop fort, elle veut écrire et en vivre. Elle est déjà en train d'écrire des nouvelles. Elle tente dans ses écrits de déconstruire les structures établies. Lesquelles structures? Dieu, les religions, les gouvernements, les idéologies, les courants philosophiques, etc. Ce qui me fait me demander si je ne suis pas aussi en train d'essayer de déconstruire tout cela moi aussi. C'est une bonne question. Il serait plat d'amplifier les structures existantes. Comme il ne serait pas nouveau d'élaborer davantage un courant existant ou de détruire certaines structures. Et détruire n'implique-t-il pas une reconstruction? Je le lui ai fait remarqué et elle m'a dit que non. Pour l'instant elle en était à la destruction, elle rejette tout, elle se cherche. Elle pense qu'elle se trouvera dans la littérature. Curieusement, c'est après avoir lu LA VIE DEVANT SOI de Romain Gary, qu'elle a décidé de laisser son mari. Elle a pleuré comme un veau. La même année, la famille symbolique frappait encore, son frère se suicidait le jour de pâques, à 23 ans, le 3 avril 1983. Sans croire à la chrétienté plus qu'il ne faut, il s'abandonne au jour J de Jésus Christ. Quel message, et quelle matière à penser pour les restes de la famille. Tout cela à cause d'un père abusif et d'une mère trop psychologue. C'est drôle, en écrivant ces choses ici, cela me force à y réfléchir, à me rappeler chaque détail de la conversation, de les écrire, et m'y faire réfléchir. Alors qu'en temps normal, il m'aurait peut-être fallut rencontrer une autre personne pour me répéter une chose similaire et que je fasse le lien entre sa situation et celle de Sylvie, et qu'enfin je me mette à y réfléchir. Peut-être même qu'il m'aurait fallu passer à travers les mêmes choses et puis me souvenir de ma conversation avec Sylvie. Cela est certainement bien pour mon expérience. Et de toute façon, la seule raison pourquoi je voulais lui parler, c'était justement parce que j'essaye de comprendre des choses pour les écrire ici ensuite et même terminer La RÉVOLUTION. Elle m'a raconté sa mauvaise entente avec sa bell- mère. Elle lui avait même avoué à la fin qu'elle l'a détestait peut-être plus que son mari. Aujourd'hui, Sylvie a apprivoisé sa belle-mère, elle va y faire le ménage à 16$ de l'heure deux heures par semaine. C'est son seul travail. Mais pour réussir à apprivoiser sa belle-mère, il a fallu la cause désespérée, elle se |
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meurt d'un cancer. Elle a donc eu besoin de pleurer dans les bras de quelqu'un, Sylvie
en l'occurrence. La vie est injuste, a-t-elle dit lorsqu'elle parlait d'une jeune fille de 22 ans
qui venait de mourir du cancer à l'hôpital. Et par transpossition, comme la vie est injuste de
me faire mourir moi! La vie est-elle injuste? La vie est la vie. Sylvie a vu au moins 5 ou 6 de
ses proches mourir. Elle a maintenant apprivoisé la mort, elle ne s'en fait plus avec cela. Ce
qui me surprend d'ailleurs. Elle est heureuse dit-elle, elle semble heureuse, mais je sais
qu'elle doit passer des moments très difficiles, et pas toujours heureux. Mais comme elle dit, il y
a eu métamorphose, et je ne pourrais pas accuser Romain Gary de cela (curieusement,
celui-ci s'est suicidé parce qu'il allait mourir d'un cancer), bonjour le symbolisme. La vie
est-elle injuste?
24 mars 1994
La température est à la pluie, je suis dépressif. J'ai discuté avec Joël Cyr, bon Dieu,
il a couché avec la moitié des gars de son dortoir au séminaire. De bons souvenirs; derrière
des rideaux de théâtre, la nuit dans les dortoirs, mon coeur se débat juste à y penser. Il y en
avait un qu'ils dénigraient, ils l'appelaient le fefi, même si ceux-là mêmes avaient couché avec
le fefi. Joël a de gros remords au sujet de ce gars-là, de très gros remords. Paraît-il, même
un professeur était entré dans la ronde de la ridiculisation. Cela me fait rappeler mon
enfance, dont le calvaire a atteint son climax en secondaire II. J'aurais cependant tendance à
dire que c'est en secondaire IV que le point culmine. J'avais toute la classe contre moi, on
me traitait de cave, de poire, on riait de moi (encore chanceux que l'on m'appelait pas le
fefi, encore que j'ignore ce que l'on disait de moi dans mon dos). On jouait au Volleyball et
je n'étais pas si mauvais, une erreur à l'occasion, cela suffisait à me dévaloriser aux yeux
de mes coéquipiers. L'équipe adverse disait qu'il fallait m'envoyer le ballon pour ainsi faire
le point. Il me fut possible d'affronter ces attaques et j'étais fier, mais après 5 ou 6 attaques
il me semblait normal de manquer, moi qui n'étais pas déjà très grand ni sportif, en plus
que deux ans avant je n'avais aucune motivation, mes bras ne bougaient pas. Eh bien, pas
une seule personne m'a épargné son commentaire, sauf deux. Le professeur et Christian
Gagnon dit le Boxeur, celui qui s'est fait sucer par Annick Ainsley alors qu'il était tout jeune, celle |
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qui plus tard me sucait à mon tour (j'avais 15 ans alors, et cette ralation m'a fait paniquer, peur de ne pas bander, peur du condom, etc.). Et si Christian ne prenait pas ma défense, du moins il me laissait tranquille, peut-être davantage pour cause des lois inhérentes aux vrais sportifs (le respect de l'autre, qu'il se faisait un devoir de suivre à la lettre). De plus, sa fausse modestie cachait une forte prétention qui lui dictait de montrer l'exemple, aussi il se prenait pour la sagesse même. Il n'a cependant pas su résister ce jour-là, il m'a finalement ridiculisé à son tour devant tout le monde. Je lui ai dit sur place, je lui ai fait remarquer sa déviance, le seul que je me suis senti obligé de lui dire, il en a eu des remords. Après le cours il est venu s'excuser et voulait me serrer la main. J'ai peut-être manqué ma chance de m'en faire un ami, peut-être aurait-il prit ma défense ensuite? mais je n'y croyais pas, et je n'en avais nul besoin. Parfois l'indifférence fait encore plus mal que la mauvaise action. Y a-t-il un esti de prof qui s'est levé pour arrêter la destruction qui me rongeait, pour dire que cela suffisait? Jamais en cinq années de secondaire. Ah si, une fois ou deux lorsque le mouvement était trop généralisé et que le choix d'intervenir devenait une obligation, donc pas pour me défendre, mais pour l'ordre et le contrôle. C'est un mouvement comme celui-là qui prenait place ce jour-là, mais le professeur a fait bien pire que ce en quoi je n'osais à peine penser, il m'a carréement abaissé, ridiculisé devant tout le monde, me criant que j'étais cave, cela était injustifié, injuste. Ainsi il n'y aurait plus de salut. Alors lorsque Christian s'est approché pour s'excuser, ma réaction fut spontanée, comme si n'ayant plus rien à attendre de rien, aucun pardon n'était possible. Il m'avait abaissé, qu'il vienne s'excuser ensuite ne change rien à son action, il ne reprendra pas l'humiliation que j'ai subi sur le coup, encore que, un élément d'un groupe qui t'humilie ne devient-il pas secondaire? Non. J'ai refusé de lui donner la main. Il m'a répondu que je venais de construire un mur entre nous. Je lui ai rétorqué que je me demandais bien qui l'avait construit ce mur. Alors on a vu sa nature et sa motivation, il a dit que cela ne le dérangeait pas, qu'il serait gagnant au bout de la ligne puisqu'il avait plus de popularité que moi. And so what? Je lui ai dit: «C'est pas parce que ta photo est chaque semaine dans le journal le Réveil de Jonquière que tu vas commencer à te prendre pour un autre». Et je l'ai bien ébranlé je crois. Sûrement une ligne importante de se vie. Un de ses amis est allé le voir après et lui a dit que je ne valais pas la peine |
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que l'on se tracasse à propos de moi (que j'étais un moins que rien autrement dit, une
forme inférieure d'humain). Aucune conscience. Et le pire, c'est que le seul qui avait une
conscience, je l'ai atteint en plein coeur, il a payé pour tous les autres. Est-ce que je
regrette? J'aurais dû accepter son pardon, cela m'a semblé trop facile pour lui de m'humilier aux
yeux de tous, et venir se faire pardonner ensuite à l'insu de tous. Mais on aurait bâti l'avenir
sur une note positive, et cela importait peut-être plus. Et Joël qui a des remords
encore aujourd'hui, les autres en auraient-ils aussi? J'en doute et je m'en fous. Une des
conséquences directes de ce calvaire c'est le repliement sur moi-même, ma nonchalance, insolence
et surtout, ma prétention. Mais cette dernière est nécessaire, sans elle j'aurais perdu
toute confiance et je me serais suicidé. J'ai plusieurs fois pensé à le faire, réfléchi aux moyens,
et l'écriture ainsi que la programmation sur ordinateur des aventures illustrées m'en ont
chaque fois aidé à en sortir. Le suicide, c'était en plus amplifié par le fait que j'étais
homosexuel et que je croyais que j'étais seull au monde, ou que je mourrais seul dans mon coin
car jamais je n'aurais eu le courage d'en parler ou de me renseigner.
Je suis prétentieux, j'en souffre. Il me faudrait me corriger, mais comment? La
misanthropie encore? En quoi suis-je prétentieux? Lorsque je parle de moi Joël dit. Ainsi
je devrais arrêter de parler de moi et d'intervenir en classe. Je vois que deux semaines
avant la fin, ça ne vaut plus la peine de changer. Prenons en leçon pour Paris. Ne plus parler de
moi ni intervenir en classe... En attendant je vais faire attention à cela, après ce cours, on
va justement au 216 (j'écris ce journal dans le cours de M. Simard). Je suis un monstre
de prétention (j'exagère), un être affreux qui devrait s'isoler et ne plus parler! Me
retrouver seul avec moi-même, cacher une telle personnalité. Et le paradoxe c'est que les gens
semblent m'apprécier. Il n'y a pas à dire, les leaders doivent être du genre prétentieux ou ont
de la gueule et une personnalité, mais cela est peut-être nécessaire à mon bonheur (me
donner l'impression d'être au-dessus de tout? Banaliser la réalité pour la rendre acceptable?).
Soyons prétentieux donc? Cela m'aide à acquérir une grande confiance, ce qui me permet
d'oser agir (et écrire). Je sais qu'il ne me reste rien à attendre de la vie que je n'aie déjà. En
effet, qu'ai-je donc à vouloir me payer toute la littérature de la planète et de laisser à l'humanité |
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une couple de livres de plus? Aucun intérêt. J'aime écire et si je pouvais en vivre, ce
serait mieux que de travailler à quelque chose que je n'aime pas, particulièrement en un
endoit fixe.
Notre conversation au 216, quel calvaire! Je souffre en collectivité, je souffre
tout court. Je pense que ces derniers temps je me suis trop mêlé des choses et événements
extérieurs, il me faudrait revenir à moi-même. Je pense étrangement à Edwin, je m'ennuie
vraiment, je voudrais le revoir, vais-je pouvoir attendre jusqu'au 15-17 avril? Bruno ne me
contente-t-il pas? Je constate que le printemps m'affecte au point de vue de Bruno. Je
me rappelle des événements des deux printemps passés où il m'a carrément laissé-là. Mais
je vois aussi l'après, l'été où il était beau en bermudas et T-shirt, ça me revigore un peu.
Je voudrais le voir ce soir. Mais j'aimerais me retrouver dans les bras d'un autre. Edwin
par exemple. Je me sens vraiment mal, j'ai des remords parce que je ne vais pas travailler
ce soir. En fait j'ai déporté ce soir à lundi prochain. Mais je n'aurais pas le temps de
travailler lundi prochain, trop de choses à faire! I better go to work tonight. Vandendorpe first. Et
si j'avais de la poste? Des nouvelles positives d'une maison d'Édition quelconque?
Serait-ce seulement possible? Où donc se situe le problème? Combien de chose vais-je écrire
avant d'être publié? J'ai bien l'impresiion que je pourrais en écrire éternellement. Comme le
père Ubu, sans se faire imposer et têter Lugné Poe, jamais Jarry n'aurait passé à l'histoire. Ah!
je pense que je ne vais pas être en mesure de survivre au cours de Mme Bourbonnais. Lundi
je manquerai le cours de Mme Lafon, ainsi je respirerai un peu. Il me faudrait finir la
session comme je l'ai commencée, manquer les deux dernières semaines. Je vais manger du pain
ce soir. Cela fait au moins deux mois que je n'ai pas fait d'épicerie. Je n'ai plus rien à
manger, j'ai même dégusté une boîte de fèves à la sauce tomate, découverte dans le fond de
l'armoire à ma grande stupeur. Elle devait trainer là depuis au moins trois ans. Et à vrai dire je
n'ai pas faim. J'en arrive à ma dernière tasse de café ce soir, je vais me mettre au thé. Jamais
je n'aurais cru être capable de survivre aussi longtemps sans faire l'épicerie. Et ce qui est
bien là-dedans, c'est que je n'ai plus besoin de faire attention à ce que je mange, je n'ai pas
le choix. J'en arrive à la limite, les cannes de soupe bizarre et le riz. Et encore, je n'en ai
plus pour longtemps. C'est avec mon dernier 10$ que j'ai acheté du lait et un pain hier, c'est |
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presque le bonheur. J'apprends à apprécier des choses aussi futiles que le pain alors que
je n'ai plus rien à mettre dessus. Je termine la marmelade que je n'aimais pas, et j'ai peur
de mon Cheez whiz de trois ans, il a dû produire des petits amis depuis le temps. Je
voulais acheter du beurre d'arachide, à 5$ j'ai laissé faire. Mais cette misère n'en est pas une. Je
ne peux être désespéré car je sais qu'il ne peut rien m'arriver. J'ai la possibilité d'aller
chercher de l'aide un peu partout, mais je n'en demande pas. Il me semble que je ne peux
m'endetter davantage ou demander davantage. Je n'ai plus aucune motivation. C'est l'heure
des dead lines.
«À l'intérieur, c'est plein de papillons», l'homme est en amour. Drôle
d'expression. Moi ma bedaine est pleine de chenilles! Il me faudrait faire un kermess pour les
métamorphoser en papillons. Joël Cyr aussi écrivait des lettres à la Vierge Marie et les brûlait.
C'est donc que c'était une pratique courante, ô mon Dieu. Je devrais brûler mon journal et
attendre une quelconque réponse du ciel par la poste. Peut-être la réponse sera positive,
juste pour faire contraste avec les Éditeurs. Je viens de me retourner (on est dans le cours de
la Bourbon), Alec me regardait. À la dernière session je rêvais de lui, je lui ai parlé, il ne
m'a jamais donné aucun indice sur son homosexualité. Son intérêt n'était, assez
surprenant, que celui de l'amitié. J'ai dû m'y résoudre. Encore l'infidélité! De tous les livres qui ont
fait le sujet d'un exposé dans ce cours, les deux tiers portaient sur l'infidélité, et l'autre
tier l'avait en thème secondaire. Même l'Immortalité de Kundéra parle de ce sujet. C'est
une constante qui reflète bien la conscience d'une collectivité. Tout le monde se trompe
l'un l'autre, et en souffre. Si je devais me faire un nouveau chum, je crois que ce sera clair dès
le début: je ne vais pas chercher les moyens de coucher avec d'autres, mais si le contexte
s'y prête, je ne pourrai et voudrai résister. Et ainsi il n'y aura plus de mensonge ni de remord.
La collectivité pourrait-elle en venir à ça? Non, ça sonne trop immoral une relation ouverte,
et c'est le chaos en un sens. Imaginons un instant une société qui accepte la relation à
droite et à gauche, avec plus aucune stabilité «apparente», en une activité bien en delà du
message religieux. Ça, ce ne sera pas généralisé, même si tout le monde couche déjà avec tout
le monde, même les plus Chrétiens. Il faut le dire, c'est une mani chez les hommes de tenter de |
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se rendre coupable et se faire du tort mentalement, sans raison. On aime ça la
flagellation psychologique, on est masochiste. Je me rappelle Suzanne, l'amie de Raymonde (qui
couchait avec mon père), me disait que Dieu demeurait son maître mais qu'elle ne
s'empêcherait pas de vivre comme elle l'entendait. À ce propos, c'est d'ailleurs fort intéressant
de constater que les quatre belles-soeurs de Suzanne trompent toutes leur mari. Pas besoin
de se demander si les maris trompent leur femme. Quoique le mari de Suzanne est
impuissant. Et tout ce petit monde croit en Dieu et au purgatoire et juge et condamne les
homosexuels. C'est beau l'altruisme.
Si je pouvais tuer, je tuerais! Je peux tuer, je tue, je tue le Vandendorpe ici dans
mon journal, le crisse! Ah, tout a été très bien organisé. Je le rencontre au Pivik, le monsieur
me fait une remarque, cela lui permet dans son bureau de me dire qu'il m'avait averti à
plusieurs reprises. J'ai cinq travaux en retard? Fine, mais la moitié du groupe à en moyenne
2 à 3 travaux en retard aussi. Monsieur est fier de son calice de programme
d'informatique (Communication
écrite). Je viens de perdre six heures à chevaucher à travers les bugs
pour rien! Six heures à jeter au feu! Avec aucune preuve de combien de temps j'ai fucké
là-dessus! (Là, j'ai déchiré la feuille sur laquelle j'écrivais, avec le crayon, et tout le monde me
regarde dans l'autobus, je suis chaque jour plus près de l'asile...)
Je me suis trompé à propos de M. Vandendorpe. Il ne me demandera pas trois mois
de travaux hebdomadaires en retard, il m'a clairement spécifié qu'il va me faire couler.
Me voilà donc dans la même situation que Caroline-Anne Coulombe lorsque je lui ai dit
que c'était normal qu'elle coule le cours de M. Vallancourt si elle n'y avait pas été une seule
fois. Il me faut donc comprendre que je mérite de reprendre un cours cet été. Et qu'est-ce que
j'en ai à foutre? Son cours de 3 heures qui m'en semblait 6, et qui était mon quatrième cours
de la journée et mon sixième cours de la session, il m'était impossible de passer au travers.
Ne mérite-je donc pas de prendre un cours cet été? Et pourquoi pas. Même les larmes ne lui
font pas. Je lui ai raconté une histoire à pleurer, comme quoi je travaillais 30 heures par
semaine (sic, j'en travaille à peine huit), je lui ai dit aussi que j'avais des problèmes person |
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nels, etc. il m'a répondu qu'il s'en foutait. Je vais répliquer avec une lettre. Le salaud, il
m'a si bien jugé à partir de son cours qu'il m'a carrément dit que je n'étais pas prêt pour
la maîtrise. Qu'il aille chier, cela fait je ne sais plus combien de cours je suis, avec tout
de même de bons résultats. Qu'est-ce qu'il en sait? Et il serait capable de parler contre moi
au département. J'espère que Dominique se lèvera et parlera, et de toute façon, je m'en
fous. J'aimerais bien qu'il me refuse et que la Sorbonne m'accepte, cela montrerait tout
leur syndrome du professeur un peu frustré, qui exige alors que c'est nous qui payons et
qui s'endettons. Eux, ils ont eu l'école gratuite en France. Il fallait travailler dure pour
passer une année. C'est pas comme cela que ça marche en Amérique Christ! Ici, avec l'argent,
il faut quelque chose au boutte! Surtout lorsqu'il s'agit d'une hypothèque dont le
montant sera quadruplé avec les années.
25 mars 1994
Retour sur le 216. Everything makes me sick. Je suis tellement malade! Dans la
tête aussi. Je ne serais pas surpris que l'on finisse par m'enfermer, comme Artaud. Joël s'est
mis à pleurer «comme un bébé» avant hier au travail. Est-ce si difficile cette passion pour
Jake? Prétextant l'école, il a fait une méchante crise. Ainsi tous les étudiants sont dans la
même situation que moi. Et moi je ne pleure pas. En attendant, je retombe en amour avec
Bruno, hier c'était incroyable, il est beau, a son charme, c'est n'est pour rien que cela fait deux
ans et demie que l'on est ensemble. Je regarde par la fenêtre, j'aurais envie de partir dans
le ciel, mais je m'écraserais sur le trottoir. Pourquoi? À cause de mes problèmes de
conscience, pas Bruno, mais mes travaux d'école. Que la vie peut être exécrable parfois, et fort
souvent. Je regarde les édifices, cela s'écroulerait et rien ne changerait, il me faudrait tout de
même lire 2000 pages et en écrire une centaine d'ici à Mercredi prochain, jeudi.
Le 216. Adeline, un intérêt plat. Sylvie, une crisse de fatigante, Nathalie Petit?
Si j'étais straight, elle serait conquise, et je serais heureux ou malheureux plus
probablement avec cette fille. Je suis homosexuel, un intérêt plat. Sébastien (?), lui il vit dans un
autre univers, pas mal plat. Le «beau presque gros hétérosexuel white man with his girlfriend» (je |
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ne connais pas son nom), son pseudonyme en dit suffisamment long pour justifier mes
vomissements. La vie de tout le monde me fait dégueuler!
Je souhaiterais n'avoir jamais entrepris l'étude de la langue française, il n'y a
pas pire calvaire sur la planète. Si je passe à travers ma session, je jure de remercier le ciel
et d'écrire une lettre au bon Dieu, pour le remercier (une lettre à la Terre en l'occurrence, il
me faudra donc l'enterrer au lieu de la brûler? Bof, je vais la brûler, les cendres ou les
molécules changées risquent davantage de retomber sur la Terre que d'aller au ciel. Quand je dis
qu'il est temps venu de m'enfermer!): Dear God! Do something or I'm gonna kill someone. I'm
not going to wait until they figure out I'm crazy OK? I want to see Bruno! Bruno Bruno
Bruno Bruno Bruno Bruno Bruno..................
J'en ai encore pour de 3 à 6 heures à passer sur Communication écrite de Vandendorpe + ces cinq travaux, qui une fois comptés, donne en fait sept travaux. Ô misère! Sans
compter mes deux exposés oraux, Tardieu et Erman Broch - dérivé de l'Enéide, oh my God, oh
my gods! Plus les cinq travaux longs finaux. Lafon, Bourbonnais, Forget sont intraitables. Me
le faut donner la semaine prochaine. Simard et Lemoine, la semaine d'après only!
Joël a des problèmes psychologiques. Il arrête pas de faire des clins d'oeil. C'est
très significatif ça. Un clin d'oeil inspire une complicité, une relation privilégiée, mais après
le cinquième clin d'oeil, la séduction se transforme en analyse ou en colère de ma
part. Aujourd'hui c'est l'analyse: il a des problèmes psychologiques. Le pire c'est qu'il n'est pas
si laid, beau même, mais tant qu'à coucher avec lui, j'aime autant Bruno. Je ne pense pas
être porté vers l'infidélité généralisée. En fait, je mérite peut-être encore Bruno, si je pense à
le tromper, je n'en ferai tout de même rien. Seul Edwin, et je sais que j'avais vraiment
des sentiments pour lui. Heureusement, j'aime mieux Bruno je crois. C'est peut-être une
idéalisation, j'aime Edwin moralement? Mais surtout lorsqu'il est là. Physiquement aussi
donc. Ça aussi ça pèse sur mes épaules. Tout le monde a-t-il son petit Jake qu'il souhaite
tenir dans ses bras éventuellement, et qu'il se rend malheureux pour ça? C'est déjà bien assez... |
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29 mars 1994
(Voir 5diary94)
30 mars 1994
J'ai avoué à Nathalie que j'étais... avec Bruno. Elle s'en doutait m'a t-elle dit.
Peut-être aurait-elle dû dire qu'elle y avait songé, et à peine.
Je veux partir sur une brosse de malade. Encore deux semaines à vivre sans
sous. J'ai fait une épicerie de 60$, en trois jours j'aurai passé au travers. Après cela je vais
continuer à gruger le fond des armoires. Non, j'exagère, j'en ai encore pour une semaine avant
de recommencer à gruger. C'est drôle, je vois davantage à ne plus gaspiller. Je vais dorénavant,
comme je l'ai déjà dit, manger jusqu'à la dernière tranche de pain.
Avant dernier jour de mars. Bruno s'inquiète que je pourrais partir pour Paris et
qu'on se laisserait. Peut-il être si aveugle? N'a t-il pas compris que si moi, suis capable de
prendre une telle décision c'est que quelque chose a changé? J'y vais avec le sourire à Paris, avec
la nette intention de rencontrer quelqu'un sur place. Moi, un an sans affection?
Incapable. Comme ce serait cruel de laisser croire à Bruno que je sors avec pendant que j'ai
quelqu'un en Europe. N'ai-je donc plus de sentiments pour lui? On a fait l'amour ce matin, on ne
l'aurait pas fait et ce serait du pareil au même. Il est beau, mais il m'excite moins. Mais Edwin
non plus, je l'ai finalement oublié si on regarde les pages de ce journal. La vie scolaire et
du département, et la pensée d'aller à Paris, me nourrisent amplement. Mais peut-on voir
clair pendant le mois de mars? Spécialement à la fin? Surtout que, par expérience, il
déborde dans le mois d'avril. Que je suis las, las de tout. La vie me traverse sans que je m'en
rende compte. Je prends des décisions directement par la raison je serais porté à dire, mais c'est
le coeur. Je suis en amour avec Paris, le même sentiment que lorsque je voyais mon
départ pour Ottawa comme une délivrance. Un sentiment plus fort, parce que j'étais davantage
au désesppoir en ce temps, je souhaitais qu'Ottawa soit une délivrance sans y croire assuré |
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ment. En fait, Ottawa fut une délivrance. Qu'ai-je à attendre de Paris maintenant? Un RM
en transition, constamment en transition, transition encore et encore...
Mireille veut laisser son copain, le summum est atteint, elle va se sortir de son
marasme. Elle compte beaucoup sur moi, c'est moi qui lui aurai tout conseillé: de le crisser
là, de déménager, etc. Peut-être ne se rappelle-t-elle pas qu'à l'origine c'est moi qui l'ai
encouragée à déménager de chez elle et d'aller demeurer avec Nedko. J'ai de la misère à
m'avouer cela, mais je n'ai pas fait d'objection proprement dit. Je reparlerai un autre jour de sa
relation avec ce Bulgarien.
29 mars 1994
Rimbaud, Une saison en enfer (La descente aux enfers), L'Illumination (René l'Illuminé). Oops, voilà que je reprends des titres de Rimbaud sans m'en rendre compte. Je
me demande si je reprends un peu sa structure: l'enfer de la réussite suivi du bonheur (bof)
de l'Illumination? Quels liens peut-on en tirer? Quels liens peut-on faire entre moi et
Rimbaud? Jeune homme homosexuel en révolte? De toute manière, j'aime mieux être
comparé à lui qu'à Michel Tremblay (et le pire c'est que celui-là porte mon nom, ou plutôt, c'est
lui qui porte mon nom). Si Michel Tremblay a été la voix d'un peuple dans les années 70, qu'il
a aidé à la Révolution Tranquille à quelque part, s'il a été le porte-parole du féminisme
(le gros mot), tant mieux pour lui. Moi je crache sur les années 70, j'en garde le plus
mauvais des arrières goûts. Une histoire comme celle-là, je ne veux pas y être associé, et
encore moins réaliser leurs rêves d'enfants. Les clichés qui sont parvenus jusqu'à nous,
effrayants. J'ai déjà parlé de mes faux préjugés à propos de Montréal... Leur look idiots, la
caricature qu'en font les comédiens d'aujourd'hui alors que c'était comme cela qu'ils étaient...
l'histoire n'a rien d'intéressant, pas un avant gardiste en plus. Artaud m'est beaucoup plus
contemporain, Jarry aussi. Comme c'est drôle, j'analyserai un autre jour cette mauvaise
image que je garde des années 70. Revenons-en à Rimbaud. Entre moi et lui, il existe une
marge. Je ne voudrais pas que l'on me compare trop à lui. Bien que ce soit l'auteur que j'aime
peut- |
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être le plus (il me reste beaucoup de choses à lire). Il m'a probablement inspiré
inconsciemment (plutôt motivé), les lettres de RM plus particulièrement. Mais enfin bon...
Encore une semaine de cours et je serai déjà plus libre. Quatre jours de congé
cette fin de semaine, vive la mort du Christ! Après la session, j'aurais envie de tout abandonner
et faire comme si je n'avais aucune éducation. Partir de par le monde, me perdre dans
les taudis, les lits des étrangers, communiquer avec l'ensemble. Paris sera un pas de plus
vers cette liberté. La publication à succès (une chose impossible) est peut-être ma seule
voie d'accès. On est encore mardi. Je ne pense pas que je vais survivre! Je me suis couché à
4h00 du matin, levé à 7h30, j'ai travaillé pour Vandendorpe comme un déchaîné. Trois jours
pour compléter trois mois d'études, il faut qu'il accepte mes travaux, j'ai même été raconter de
la broue au médecin pour avoir un billet médical. Je vous jure que cela était un tour de
force. Combien cette consultation éclair coûtera aux contribuables? Les médecins ne sont
pas payés à l'heure, ils sont payés à la seconde, au mot prononcé. Le pire c'est qu'il me
faudra passer un dernier mardi la semaine prochaine. Vais-je survivre? En plus de mon exposé
pour Lemoine et mes six travaux longs à remettre... Quel calvaire! Cela va-t-il finir?
M. Simard a gagné son investiture dans le comté Richelieu. Il sera
probablement député, et si le PQ rentre aux prochaines élections, il sera ministre. C'est beaucoup de
«si» cela. Il devient pourtant chaque jour un peu plus calme. Heureusement je me suis mis
à l'écart. C'est moi qui l'ai interpelé (il nous devançait de quelques dix mètres) puis il est
venu à nous. C'est la première fois que je réussissais à me taire, et encore, je lui ai dit ce que
j'en pensais: J'ai toujours cru que la politique devait se faire par derrière, dans l'ombre.
Publiquement il n'y a rien de pire, on se fait détruire par les autres et cela n'a pas d'avenir. Il
a acquiescé à cela, pouvez-vous le croire? Il me pense naïf et innocent, jeune ignorant, qui
est tellement loin du monde, que cela fait peur. Mais je me demande qui de lui ou moi est
plus près des tares de la société. Lequel pense chaque jour aux façons d'améliorer la condition
du peuple, et surtout, lequel de nous deux est vraiment objectif? Je serais tenté, sans le
savoir vraiment je l'avoue, de dire que le Parti Québécois tient davantage de l'éthique de convic |
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tion que de l'éthique de responsabilité, pour reprendre Max Weber dans son traité de politique à propos de [deux morales]. Perdre tant d'énergie et d'argent sur des questions de constitutions et d'idéologies, à se chercher une identité... cela est important peut-être, mais cela vaut-il les millions, que dis-je, les billions qu'on y a engouffrés? Sans parler du temps accordé à cela, les ressources qui auraient pu servir à atteindre, peut-être autant sinon davantage, les mêmes objectifs, de façon concrète. Citons Les Années de Rêves, le film (sic, des années 70) qui montre que ce n'est pas une guerre d'idéologie que l'on a besoin, mais d'une transformation à d'autres niveaux (dans le film on parle de la dramaturgie de Michel Tremblay (sic) comme d'une voix, qui commence dans le coeur, et qui nous montre la voie à suivre). Multiplicité de détails qui vont dans le même sens, et surtout, qui aidera la cause de l'humanité. Je comprends qu'il faille bâtir un fossé entre les Anglais et les Français pour arriver à des fins plutôt ambiguës, mais à quel prix ces sensibilisations? Et ce n'est que sur les prochaines générations que l'on verra le produit de leur histoire. Ceci dit, peut-être que la séparation du Québec est nécessaire et souhaitable puisque les Anglais seront presque la majorité à Montréal en l'an deux mille, ce qui serait désolant pour la cause du français en Amérique. Mais je ne saurais juger et ne veux me prononcer là-dessus. À me renseigner un peu plus sur le sujet, je crois que je souhaiterais la séparation, pour en finir avec le marasme de misère que cette union a su provoquer. Aux origines, il n'y avait rien à l'avantage du Québec là-dedans, au contraire, l'union n'avait qu'un seul but, nous assimiler, nous anéantir. Serait-il possible qu'aujourd'hui on puisse tirer des avantages de cette union? Sûrement, mais, je ne suis plus certain. Peut-être vaut-il mieux être un pays fort mondialement, mais peut-être faut-il sauver la langue au Québec et éliminer le doule gouvernement qui coûte une fortune? Mais est-ce bien là les vraies raisons qui font des séparatistes-souverainistes des gens qui veulent la séparation? Il est là le problème. Quelles sont les motivations réelles derrière celles que l'on entend? Du reste, il me surprendrait grandement que Sylvain Simard ait des intentions humanitaires définies afin d'aider la nation, le pays, la planète. Je voterais pour lui? Peut-être parce que je le connais, comprends à moitié, ses motivations mêlées d'ambitions, sais qu'il sera compétent comme ministre de la culture, il est le type parfait du bureaucrate pourri qui voudra tout institutionnaliser, tout le |
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contraire de sa femme Dominique. Elle qui est contre l'institutionnalisation, au théâtre
du moins, ainsi qu'au département. Elle est maintenant présidente du comité du
baccalauréat, la voilà enfin au pouvoir dans l'administration, elle pourra peut-être enfin mettre sur
pieds son cours sur la bande dessinée (Tintin et son homosexualité, j'imagine, comme elle nous
en avait déjà parlé). L'autre aspire à mieux, même s'il n'apportera rien de nouveau je crois,
le pouvoir sur le peuple, pas sur le marasme de misère du département de Lettres. Mais
le peuple est pire que le département, malgré les chicanes de l'autre jour aux réunions
pour l'amélioration du programme. Marie Couillard contre Lafon, Lafon c. le chef du
dép., Vaillancourt c. Lafon. RM c. Vaillancourt, RM c. Marie Couillard, Gallays c. Vaillancourt,
RM c. (?): l'ennemi qui en a inventé à Daniel Poliquin pour se venger de je ne sais trop quoi
(on aurait dit à Poliquin des choses que j'aurais dites et que je n'ai pas dites). Il s'agit
peut-être d'un étudiant qui cherche à me causer du trouble, mais ce pourrait très bien être un
prof maintenant que je connais leur vraie nature. Et cela fait pitié car ce ne sont ni des
enfants ni des étudiants, mais des adultes qui se battent pour leur crédibilité, leurs opinions,
leur place dans la société, la hiérarchie, et c'est là la jungle, la nature, la loi du plus fort,
c'est-à-dire de celui qui se gagnera le plus d'alliés pour arriver à des fins obscures, le pouvoir
probablement. J'espère ne jamais en arriver là un jour, je fuirais. Je n'ai rien à gagner
là-dedans, et j'ai ou j'aurai l'avantage de m'en remettre à mes vrais projets, l'écriture. Un poste de
prof à l'Université ne m'est aucunement essentiel. Mais je parle, et mon seul premier livre,
la Révolution, fera peut-être parler la critique, je me débattrais alors dans leur
incompréhension, les interprétations qui seront probablement à côté des objectifs du livre. Je
pense essayer de les laisser se débattre entre-eux, mais il m'en serait peut-être impossible?
J'espère juste pouvoir leur répondre à l'aide de ma littérature même, m'inspirer à écrire
en même temps, qu'ils me montrent une voie à suivre...
Victoire le Vandendorpe! Il m'a fait peur pour rien. Je n'ai qu'un exercice de plus
à faire, une aberration! Quoi? Un étudiant manque plus de la moitié de ses cours, fout rien
de la session, ne remet aucun des travaux, des rares fois où il vient il fout le camp à
deux reprises lors de la pause, et il réussira avec B? Ça me rappelle le cours avec M. Lemieux. J'ai |
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dû assister à quatre cours sur vingt-six, fini avec un A. Jusqu'où puis-je donc pousser
l'audace? Next level? Comment m'abstraire de mes travaux finaux en soutirant tout de même de
bons résultats? Cela me tente de dire que dans la vie il y a toujours un moyen de s'en sortir.
Au pire allé, je n'avais qu'à suivre un cours cet été. Reste la Télé-Université, un autre coup
de maître? Faire augmenter un C à C+, un an après avoir terminé le cours? I hope so, cos I
don't want to do another class just for 2 or 3 points. En insolent je dirais, donnez-moi ce que
je veux, et on me le donne, c'est ça le pire. Maintenant je dois cependant travailler sur
mes travaux finaux, never stop, never enough, until death, courage, c'est la fin. Ce cours de
trois heures est un vrai calvaire. Et le pire, je dois le subir à nouveau mardi soir prochain.
J'ai bien envie de le skipper le Vandendorpe, comme je le disais à Mireille:
-Le Roi ne se meurt plus, il est mort! (Ionesco) C'est bien beau l'histoire de
Vandendorpe, mais je suis incapable d'aller à son cours, ni ce soir ni la semaine prochaine. Penses-tu
que je peux les skipper? Y'a un gars au département qui est tout timide et cela fait deux
sourires qu'il me fait. Qu'est-ce que ça veut dire? 1- He might be gay, 2- he wants friends (he is
always alone), 3- I have just look at him and his smile means I should be worried about my
onions! (It seem that Mireille didn't answer me that day, à partir d'ici j'étais frustré et je ne lui ai
pas fait lire le prochain bloc.) Bof, dans le fond, réponds-moi pas, ça sert à rien, toi tu es
pure, pure comme la rivière qui conduit à l'océan... j'ai envie de faire comme toi voilà un an
ou deux, laisser qui tu sais et coucher avec trois personnes en ligne avant d'aller m'établir
avec le troisième... (Elle commençait à dire à la classe qu'elle trouvait le livre de Marie
Laberge disgusting parce que ça semblait promouvoir une idée non-morale, c'est-à-dire une
relation à trois personnes où les deux femmes qui se font mutuellement trompées souffrent. Par
la suite elle m'a dit qu'elle voulait tromper son chum avec son meilleur copain (aussi
Bulgarien), qui est souvent à l'appartement et dont il s'est passé des choses un peu bizarre.
Semblerait qu'elle pourrait faire de telle chose mais ne pas être en encore avec le fait d'en écrire
une belle histoire. Ah la Mireille, à l'image de notre société qui ferme les yeux sur le pire, et
se scandalise pour les niaiseries. La suite, Mireille l'a lue:) Marie Laberge - mon
ennemie! Celle qui «a écrit» une oeuvre collective sur Val-Jalbert... faire l'amour avec cette fille
qui parle, j'aurais peur de la casser! «Çaaa vaaa bien-ien-ien-ien, ça va si bien...!» Elle me fait |
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penser à Katleen! On peux-tu faire l'amour avec un cancéreux sans attraper le cancer?
Une saleté? L'homme est une saleté, vaut mieux être heureux justement - égoïsme
peut-être? (Fin de la conversation à sens unique avec Mireille.)
Timide le garçon, je l'ai à peine regardé au 216 l'autre jour, il lisait le Fulcrum,
puis me fit un sourire. Aujourd'hui encore dans les escaliers du pavillon Simard, un sourire
imperceptible, mais fort clair, j'ai perçu. Si ce jeudi il sera au 216, j'y serai aussi et
l'interpellerai et lui demanderai pourquoi il est si seul, s'il étudie en littérature, sinon, pourquoi
il n'étudie pas en littérature, et si oui, comment cela se fait-il que je ne l'avais jamais
vu auparavant dans mes cours, puis je lui donnerai mon numéro de téléphone, il attendra
deux jours avant de me téléphoner, on se rencontrera, on se sautera dans les bras et cela
finira dans le lit. La vie pourrait être si simple si on faisait un effort! Mais là j'en serais à
ma deuxième infidélité, vous vous en rendez compte? Il me faudrait considérer laisser Bruno.
Ô my God, et je pense que cela serait aussi simple? Et de toute façon, cet inconnu, je ne
le connais pas. On verra en temps et lieu, et je doute fort qu'il sera au 216, mais s'il n'est
pas fou, après ses sourires, et s'il s'intéresse le moindrement, il sera là. Sinon, je peux en
conclure qu'il n'est pas intéressé. Se souvient-il seulement que c'était un jeudi?
31 mars 1994
Et si la société ne produisait plus que des surbébés qui, à la naissance,
n'auraient qu'un désir, celui de mordre leur maman jusqu'à ce qu'elles en meurent? Quelle
horreur pour la mère d'accoucher alors. Une toute nouvelle génération de méchants enfants
qu'on aurait à coeur de laver du cerveau et de gagner à n'importe laquelle cause. Je m'en
inspirerai pour la Révolution.
Ne pas sous-estimer l'influence parentale, les pères de famille continuent à
promulguer des valeurs effrayantes et désuètes des religions bizarres. Le père de Nedko qui
traite son fils de lâche parce que c'est lui et non sa blonde Mireille qui se lève pour aller
chercher une tranche de pain! Ça fait peur. Il faut que j'en parle aussi du rôle de la femme et des gais |
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dans La Révolution, et les enfants à exploiter - Gabrielle Roy - Ces enfants de ma vie.
Suprématie de l'homme, la loi du plus fort, la nature créée par Dieu (j'en connais une gang
qui vont lever six pieds au-dessus de la Terre).
On a parlé avec la grosse Sophie Palluc, celle qui est lesbienne. Qu'elle est
fatigante, elle m'a fatiguée. Sucer mon énergie. Me racontant que ses goûts, c'était Dominique
Lafon. Qu'elle la voyait très bien habillée en cuir avec le fouet (moi aussi je le vois très bien
cela). Elle parle de son homosexualité comme cela, sans complexe, comme Joël. Une fille
dans son cours aujourd'hui lui a carrément demandé s'il était homosexuel (avec son maudit
foulard rose, fallait bien qu'il s'y attende), eh bien il lui a répondu que oui. La fille s'est mise
à le crier à tout le monde. Bravo, et moi là-dedans? Tout le département est-il maintenant
au courant? Sûrement. Si le gouvernement Réformiste de Preston Manning venait qu'à
prendre le pouvoir, je ne serais pas long à traquer, on me jetterait vite en prison, à moins
qu'il mette à éxécution son projet de réinstaller la peine capitale, on me décapiterait donc,
à moins qu'il n'ait déjà pensé à la chambre à gaz, et pourquoi pas le four crématoire comme
les Nazis, ça au moins ça vaut la peine, on y passe en série. À ce propos, je pense que le
nombre de gais qui y ont passé lors de l'holocauste est peu important comparé à celui des juifs. Il
est donc vrai que la comparaison est difficile (faux, j'ai appris les chiffres au début de juin,
ils peuvent aller jusu'à un million). Mais les gais se sont toujours cachés, même les
membres de leur famille ignorent qu'ils le sont. Un juif marche encore dans la rue avec fierté,
et pourquoi ne le ferait-il pas. Lui on le passe au bûcher pour s'approprier ses biens (?),
les homosexuels, c'est pour autre chose?
1er avril 1994
Mon calvaire se terminerait-il aujourd'hui?
3 avril 1994 |
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La descente aux enfers commence. Je croyais avoir vu mon calvaire de près, je
me trompais. Hier au lit chez Bruno, j'ai eu, et personne ne me dira si c'était là une bonne
idée ou non, de regarder les numéros de téléphones qui avaient appelés, je le fais souvent
non pas pour vérifier ou surveiller des choses, mais parce que c'est un gadget intéressant.
Quoique je me pose toujours des questions à savoir qui sont ces numéros, et peut-être bien
qu'à la limite c'est parce que je m'inquiète. Eh bien, un numéro qui commence pas 567,
c'est-à-dire dans le secteur autour de l'Université d'Ottawa ou Downtown, avait la mention 24,
ce qui signifie que la personne avait appelée 24 fois. Même moi n'avait téléphoné que 4
fois. J'ai demandé comme cela à Bruno, sans trop m'attendre à de réponses, je ne lui
demandait pas plus que ça d'informations là-dessus, je pensais même que l'appareil était détraqué.
Je shake au moment où j'écris ces lignes. Comme hier. Bruno m'a alors dit qu'il ne savait
pas qui c'était. Puis il m'a avoué que Glenn avait trouvé son numéro dans l'annuaire puis
qu'il n'arrêtait pas de l'appeler depuis. D'accord, cela ne me dérangeait pas. Mais il avait sur
le coeur cette chose qu'il devait m'avouer, alors il m'a dit avoir rencontré Glenn à
l'Université d'Ottawa et qu'ils étaient passés à l'appartement de Glenn. Bruno s'excusait, s'excusait
de ne pas me l'avoir dit. Fine, j'm'en fous. Mais j'ai bien compris qu'il avait davantage de
choses à se faire excuser. Il m'a enfin dit ce qu'il avait à dire: Glenn lui aurait sauter dans
les bras, puis s'est frotté contre Bruno. Un peu plus tard, il avait même frotté la mauvaise
place, bien qu'ils étaient habillés. Je voulais mourir. J'ai eu beau me dire que j'avais fait pire
avec Edwin, impossible. Je shake en ce moment, je shakais là, je suis alors allé à la salle de
bain. Maintenant, j'essayais de voir jusqu'où c'était allé. Eh bien Glenn avait ouvert ses
pantalons, puis avait ouvert ceux de Bruno. Ils se sont masturbés, ils sont venus. Ils ne se
seraient pas embrassés. Je suis retourné à la salle de bain. Cette épreuve fut pire que celle de
mon infidélité contre Bruno. Je n'ai point été capable de le juger, étant dans la même
situation. Je ne lui ai pourtant pas dit l'histoire avec Edwin. Car alors il n'aurait plus été à New
York, n'aurait plus parler à Edwin, Ed m'en aurait voulu et n'aurait pu revenir à Ottawa.
Si l'épisode de Edwin ne se serait pas produit, la rupture entre moi et Brunoo
aurait été instantanée. Aucun pardon possible. Sans compter cette peur qu'il recommence,
qu'il couche avec Glenn en cachette, double relation humiliante. Edwin est loin lui. Et s'il ne |
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l'était pas, je ne suis pas certain si je voudrais coucher avec lui. Bruno me dit qu'il ne
veut plus recoucher avec Glenn, il le connaît maintenant, il n'est pas si bien. Mais qu'est-ce
que cela veut dire? Jusqu'où vont les mensonges? Cela m'a pris deux heures pour arriver
à connaître la vérité, sans quoi, sot que je suis, je ne saurais que l'aspect visite chez Glenn.
Je l'ai poussé en prenant pour acquis dès le début qu'il avait couché avec. Ainsi, avec 24
téléphones, peut-être que la rencontre à l'Université est une invention? Bruno est tout
simplement allé directement chez Glenn, sachant exactement ce qu'il allait y chercher? Je les
ai bien vus au Tactiks, j'ai alors souffert de les voir ensemble, ils m'ont, comme par
hasard, perdu dans la brume pendant 45 minutes. D'autres mensonges? Ils vont recoucher
ensemble, c'est certain. L'autre continue d'appeler sans arrêt, ils discutent sûrement, on ne
couche pas avec quelqu'un sans développer une sorte de complicité. Et ainsi, moi et
Bruno, sommes aussi pire que tout le reste.
Je ne suis pas assez fou pour ne pas voir que cette similitude entre mes actioons
et celles de Bruno sont significatives à plusieurs niveaux. Premièrement elle signale un
problème dans notre relation, ou du moins, un désir de bien voir si la relation existe bien, ou
si son avenir est à remettre en cause. Deuxièmement, j'ai souffert tout le mal que je cause
ou pourrais éventuellement causer à Bruno en couchant avec Edwin, puis en lui avouant
ensuite. J'ai tant eu mal, que je ne lui dirai pas pour Ed. Mieux vaut lui éviter cette
crise, même si cela pouvait le soulager de comprendre qu'il n'est pas seul à avoir triché.
Peut-être pense-t-il le contraire? Puisqu'à ses yeux, Bruno se considère de bien supérieur à Edwin, à
la limite, cela passerait mieux pour lui. Moi ça m'a détruit complètement. Il se pourrait
que Glenn soit plus beau que moi aux yeux de Bruno. Mais pourquoi donc ne s'est-il pas
arrêté? Plus fort que lui? Pourquoi jouait-il tout son avenir avec moi, pensait-il trouver mieux
en Glenn? Les mêmes questions à propos de Edwin deviennent intéressantes. Pourquoi
donc ne me suis-je pas arrêté? J'ai tout fait pour m'arrêter, cela ne s'est pas fait
spontanément, deux ou trois heures avant que je tombe dans ses bras, après avoir tant voulu rien
faire. Bruno n'a eu les remords qu'après être venu. Pas hésité une seconde avant de passser
à l'acte. Lequel est le mieux? Moi qui a eu le temps d'y penser, d'en prendre conscience, ou lui |
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qui n'a pas réfléchi, geste spontané? Lui est davantage excusable je pense. Mais moi
je voulais connaître ce que c'était qu'un autre homme, cette expérience qu'il me
manquait, mais que lui a déjà bien expérimenté avec ses 10 à 15 derniers partenaires, à moins que
ce ne soit davantage, et je le crois bien maintenant.
Que tout est à remettre en question maintenant! Comment le laisser?
Impossible. Comment l'aimer? Difficile. Comment lui faire confiance? Quel calvaire. Et que cela
soudainement m'ouvre toutes les portes vers l'infidélité en série. J'ai téléphoné le jeune
Philip, avec l'espoir de le voir. Même s'il ne m'intéresse pas. Le gars de 16 ans est retourné
vivre chez son chum Mark (qui le trompe avec son roomate d'ailleurs), et est revenu à ses
habitudes pantouflardes, son chum ne lui laissant aucune liberté. J'ai bien regardé Neil, jamais
je n'aurais le courage de lui sauter dessus comme a fait Glenn avec Bruno. Et pourquoi
vouloir détruire sa relation avec John? En plus que ce dernier viendrait qu'à le savoir,
l'hônnêteté de Neil n'est plus à prouver, on me jetterait à la rue. Et puis je ne veux rien savoir de
personne. Mon sentiment est la jalousie. Moi aussi j'aurais aimé le faire avec Glenn, on
auait même pu le faire à trois, et comme cela aurait facile à digérer. Mais les choses se
sont passées pour multiplier les parallèles et me faire comprendre les implications de ma
relation avec Edwin. Puis-je en vouloir à Bruno? Je lui en veux, comme il m'en voudrait
s'il savait. Lorsque j'imagine la fameuse scène, j'ai envie de pleurer. Semble que je l'aimais
le Bruno. Moi qui m'ai tant posé la question. Je suis certainement dû pour la dépression
jusqu'à la fin du mois d'avril, et après, le Soleil ne se montrera guère, je ne sais plus où
j'en suis, ce que je veux, attends...
Essayons de voir quelles sont les chances que Bruno récidive. Première question,
se sont-ils bien rencontrés à l'Université? Quel jour exactement, à quel moment de la
journée? Et pourquoi ont-ils été chez Glenn? Bruno ne sait-il jamais douté que celui-ci avait des
intentions? Quand donc Glenn a commencé à appeler Bruno, avant ou après leur
rencontre? Combien de fois Bruno et Glenn ont-ils parlé au téléphone? Longtemps? Glenn a-t-il
rappelé dernièrement? Est-il au courant que je sais? Si Bruno voulait recommencer, voudrait-il
m'y inclure? Et voudrais-je m'y inclure? Peut-être le lui faire croire, pour une sécurité. Au moins, |
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s'il désire vraiment coucher avec encore, au moins il aura une porte de sortie. Il me
semble avoir bien grandement pesé la question. Ce qui revient à dire qu'il considère la
possibilité de coucher avec à nouveau. Il aimerait bien en tout cas, et pourquoi pas. Comme moi
avec Edwin. Je ne suis plus en état de penser.
5 avril 1994
(Conversation avec Joël Cyr dans mon cours avec M. Simard:)
-Conseille-moi, je ne puis puis l'aimer comme avant, je ne puis non plus le laisser, je ne
peux me retrouver seul en ce moment, et surtout me trouver quelqu'un d'autre. Il me dit que
c'est une erreur, qu'il m'aime, ne veut pas me perdre, ne recommencera pas (et toute la
bullshit qui habituellement va avec ça). En tout cas, comme j'aurais eu regret de pas avoir été
jusqu'au bout avec Ed. Je ne sais plus où j'en suis, mais maintenant je ne m'empêcherai
plus jamais d'agir comme je l'entends, dans n'importe laquelle relation. Tu t'imagines?
J'aurais pu coucher avec Phil, un superbe beau jeune homme de 16 ans, Tchéchoslovaque et
romantique... mais...
Tes livres sur le comment faire un scénario sont merveilleux, il me faudra les
acheter. Je vais certainement passer au travers avant d'écrire un scénario. Je t'avais dit
que mon ami Patrice à Montréal sort de cinéma (directeur) et qu'il est celui qui a pproduit le
plus grosse production à l'UQAM de l'histoire. Il sort cette année, et à moyen terme,
j'aimerais bien faire équipe avec lui. Pour l'instant, mais ce ne sont que des idées, j'aimerais
bien écrire des scénarios pour «Les enfants du Sabbat» d'Anne Hébert, «Une Histoire
Américaine» de Jacques Godbout et même la vie d'Alfred Jarry autour d'Ubu Roi. Maintenant je te
laisse me désillusionner.
Arrête de me regarder avec un grand sourire, le prof se sent menacé, il pense que
l'on parle de son futur en politique. Ah, je suis dépressif, je ne veux pas être seul dans ma
dépression, dis donc à Jake que tu l'aimes à mourir! Il te crissera là et tu souffriras moins après
la crise. Quand je pense qu'il ignore tes sentiments, ce qui me fait penser à notre relation. |
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J'espère juste, de tout coeur, et je ne saurais trop t'éviter des souffrances, que je ne
m'intéresse à personne qui demeure au Canada, même pas juste pour le sexe, ma psychologie
est malade. Ainsi donc je suis ouvert à Edwin, et encore, et peut-être Paris dans le courant
de l'année prochaine. Je t'avoue bien franchement que coucher avec quelqu'un d'autre d'ici
à la fin de l'été, me serait fatal pour l'opinion que je me fais de moi. Il s'en est déjà trop
passé... tu n'es pas fâché de mes paroles? Enfin, j'aime mieux l'honnêteté, j'ai tendance à
faire souffrir les gens sans m'en rendre compte.
J'ai juste peur que tu penses que l'amitié que j'ai pour toi puisse dépassser
l'amitié. C'est hypothétique, mais j'aime meiux prévenir. Au titre d'ami d'ailleurs, tu es
vraiment spécial pour moi, il est rare que des gens nous apporte quelque chose, et j'ai beaucoup
à apprendre de toi. Je dois te sembler bien naïf, tant pis. J'espère juste que je t'apporte
aussi quelque chose, ou apporterai. Où seras-tu cet été? Et mon René l'Illuminé, tu veux
garder les vingt premières pages jusqu'à Jeudi? J'ai l'impression de parler seul!
(Il se met à parler enfin, les parenthèses sont de moi:)
-S.V.P. Ne me met pas sur un socle, je n'en vaux pas la peine. (Encore un qui s'imagine
qu'il ne lui reste qu'à mourir.) Pour toi je ne ressens que de la sincère amitié. (C'est pour ça
qu'il n'arrête pas de me prendre les mains.) Le «ne que» n'est pas diminutif, mais il se
présente plutôt comme un bouclier vis-à-vis les intentions que tu sembles me prêter. (N'en
pouvant plus, il avoue:) Je te trouve bien séduisant et surtout charmant (le «mais» s'en vient)
mais, j'écarte tout désir de mes sentiments (y réussirait-il? j'en doute) car je crois deviner
que toute autre relation pourrait être néfaste à notre amitié qui me satisfait grandement
(un autre qui se contente de désirer sans sauter sur la personne). La seule chose à
laquelle (j'ose) aspire (r) un peu plus à chaque fois que je te vois, c'est te connaître davantage (et
au diable la connaissance du corps puisque je suis bouché). Et ce, dans un seul but,
apprendre dans l'agrément (quoi, mais de quoi parle-t-il? c'est la seule finale qu'il a pu trouver à
cette belle déclaration d'amour étouffée?) |
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Or, pour ce qui est de tes amours tumultueuses (heek!), je ne crois pas te fournir
la panacée. Cependant, dis-toi une chose, c'est que la mouvance appartient au monde des
sentiments, et des raltions avec les autres. Ça m'écoeure, mais c'est comme ça. Celui que
j'aime aujourd'hui, je vais l'ignorer demain, ou peut-être même l'haïr. De plus, et crois-moi,
ces métamorphoses s'accélèrent avec l'âge (comme Bruno, à 28 ans il a déjà l'impression
d'en avoir 45, et dites-moi que ce n'est pas là un stupide sentiment transmis par les
baby-boomers qui ont bien vu et nous ont répété à tort et à travers qu'ils pognaient plus rien de
beau et jeune...) Le vieux que je suis en sait quelque chose! (!) (il vient de couper tous les
fantasmes que j'aurais pu avoir avec lui, il m'a convaincu qu'il ne valait plus rien, à 28 ans, oh
my god, il ne me reste que cinq ans à vivre! En admettant que sa crise existentielle n'ait
pas commencée à 22 ans.) Autre chose, l'hypocrisie est ce qui est de plus vitiolique dans
l'amour! (Avoue donc à Bruno que tu as couché avec Edwin! Et deviens ainsi aussi libre que le vent
et prêt à me sauter dans les bras!) On se parle franchement (tu parles) ou (et?) on se
quitte, sinon le jeu devient trop sérieux, il ne débouche sur rien (un jeu doit-il déboucher sur
quelque chose?) et il s'avère à chaque fois néfaste...
Pour ce qui est de Jake, il y a là de quoi se marrer (tu parles). Je nage en plein
drame Cornélien (mais pas du tout mon ami): Jake regarde langoureusement un type et je
me doute de quelque chose... Ce type s'intéresse à une fille qui... me voue une admiration
qui me gêne. Que faire...? En rire sans doute! (Et le sarcasme ou cynisme entre en jeu, on
aura tout entendu.) Pourtant je me jetterais sous un train si Jake me le demandait (and
how about me? Joël, je le veux, je le désir, jette-toi sous un train, et ça c'est pas Cornélien,
c'est Toïlstoien...)
(Fin de la conversation interractive doublée).
* * *
Me voil&agra |