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Roland Michel Tremblay        Underground Uncut        www.anarchistecouronne.com

 

 

UNDERGROUND UNCUT

Plus Long, Pas Corrigé et Pas Coupé

 

 

 

La version roman (l'Attente de Paris) a été publiée chez :

 

 

Roland Michel Tremblay

 

 

44E The Grove, Isleworth, Middlesex, Londres, TW7 4JF, UK

Tél./Fax: +44 (0) 20 8847 5586     Mobile: +44 (0) 794 127 1010

rm@anarchistecouronne.com     www.anarchistecouronne.com

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Roland Michel Tremblay        Underground Uncut        www.anarchistecouronne.com

 

L'Attente de Paris, Version Roman de l'Underground

 

L'Attente de Paris présente un jeune homme amoureux de deux femmes à la fois (dans Underground il est amoureux de deux hommes). Entre Ottawa, Paris et New York, il doit faire des choix et tenter de réaliser ses rêves.

C'est donc l'histoire traditionnelle d'un jeune Québécois qui ne vit que pour Paris et qui fera tout pour y arriver, jusqu'au jour où finalement ça y est: il est parachuté directement entre les murs de la Sorbonne de Paris. Cependant le choc culturel est un peu gros, c'est une faillite absolue. Les rêves sont si simples pourtant, un idéal qui ne soupçonnait rien des obstacles et de la bureaucratie des gouvernements et des universités. Mais ça construit de belles histoires, surtout lorsque l'émotion, l'ironie et le sarcasme se trouvent au rendez-vous.

L'Attente de Paris a été écrit dans un style franc et direct, c'est d'emblée le livre le plus accessible de toute l'œuvre de l'auteur. Un seul niveau d'interprétation (ou presque) et par endroit d'un comique surprenant. Une œuvre instantanée écrite avant et après le départ de l'auteur pour Paris.

Dans sa version originale (Underground), le livre a été finaliste du Concours pour Jeunes Auteurs de la Banque Nationale de Paris organisé par le Journal Le Monde et Gallimard.

 

ISBN : 2-7479-0018-5        Prix public : 109FF / 17 Euros

En téléchargement gratuit sur www.idlivre.com/rolandmichel.tremblay

Achetez-le sur le site Le Livre Français :

www.livre-francais.com/?tliv=11&idliv=2-7479-0018-5

 

Note : Underground contient certains passages en anglais, ils ont été traduits en français dans la version roman l'Attente de Paris.

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UNDERGROUND UNCUT

 

Début décembre 1992, Dans un cours de Philo médiévale

Il n'y a pas que mon âme qui pense.

Je rêve de crisser mon camp d'ici, d'aller rêver sur un terrain vague avec du gazon, de m'écraser là, de plonger dans l'eau, de nager nu alors qu'une seule personne m'observerait peut-être, je m'en fous.

Je suis seul, heureux, je nage, je m'assis au bord de l'eau, sur le sable ou le gazon, je rêve de ne pas avoir d'obligations et de devoirs, j'aimerais me lancer dans un gouffre, ma vie serait autre, la peur me motiverait à vivre...

J'aimerais me lancer du haut d'une montagne très haute, dans le vide, et ne jamais atteindre le sol. J'aimerais aller au centre d'achats en bas de la ville où je restais. J'aimerais sortir de cette ville et m'isoler sur une route perdue comme je faisais jadis. Je jouis à penser que la Turquie existe encore et qu'elle m'attend. Que j'y rencontrerai Roger, cet acteur Anglais, et que nous rêverons une existence parfaite sur les plages de sel bizarres. Je voudrais une preuve concrète qu'il existe autre chose que mon cours de philo je veux une illumination de la part de dieu qui me motivera à vivre je veux pas aller chez nous je veux pas rentrer chez moi je veux pas être trop loin de mon lit sinon je fatigue je souhaiterais voir une forêt en neige qui m'ouvrirait à la vie

Tous les hommes sont misérables et moi de même, meuhh! c'est horrible, je souhaite la mort.

PS: Le pire c'est que j'ai l'amour et que ça ne pourrait aller mieux!

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(Les deux prochaines lettres datent de mars 1993)

Entends le cri du chêne à travers le vent

Il reste si simple

Il dit regarde la profondeur

La base de cette union fut jetée bien avant

Et futiles les raisons qui la briseraient

Comparé à ce doux sentiment grandissant

Car faut-il détruire les maisons de pierres?

Les seules qui tiennent indéfiniment

Puisqu'il faut les habiter un jour

C'est sérieux la vie, dit le chêne

Suffisamment pour que le vent ne puisse

En ébranler les constructions solides

Les vois-tu ces murs de pierre?

Tu les pleures pourtant

Et tu les pleureras longtemps

Puisque que tu as connu les murs de carton

Peut-on envisager la vie sans maison?

Puisque la vie c'est maitenant

Et les arbres qui ne sont pas heureux

Ne devraient pas en blâmer le soleil

Mais cet argument est de taille

Que fait Dieu devant sa créature qui lui dit:

Je ne suis pas heureux!

Il pleure, car il a failli

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Mais la créature devrait se demander

Ce qui pourrait la rendre heureuse

Et regarder si elle serait vraiment heureuse

Car le bonheur est en elle

Oublie tes peines, ouvre ton coeur

Et la maison s'y bâtira

Sera l'Homme de ma Vie celui qui:

-M'aimera tout naturellement plus que tout

-Voudra partager ses moments avec moi, sans regret

-Sera fier de moi devant ses amis,

et voudra bien de ma présence

-Cherchera mille et une occasions de me voir,

malgré les contraintes de la vie

-Ne manquera pas une occasion de se rapprocher de moi

-Souhaitera vraiment partir autour du monde avec moi

-Après un an et demi, saura bien que je suis la seule personne

avec qui il veut terminer ses jours

-Ne doutera pas de ses sentiments

-Sera Heureux avec moi

 

Je ne crois pas que ses choses entre personnes qui s'aiment soient difficiles à accomplir, car elles sont les signes évidents de leur Amour. Il ne faut surtout pas y voir des reproches, mais une constatation à l'Échec d'une relation.

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7 mars 1994

La mécanique des événements ne prend même plus la peine de cacher son jeu, ses coïncidences nous frappent et l'on se demande encore s'il peut s'agir de coïncidences. Ainsi je risque mon avenir pour la France et j'y rencontre Edwin Kuester the Third. Bruno en est jaloux, on dirait l'intuition. Bref, j'en reparle dans les piliers, mon corps à Val-Jalbert, mon coeur à Paris, mes deux amours se payeront les bons temps without me, speaking english for the cause, both liking French. Mais prévoir qu'un an plus tard, the Third will came to Bruno's place, is something strange. But at the time, he was not knowing that we were gays. Finally, Bruno told him, and ô surprise, he his. So he came back to Ottawa, slept in my room. The inevitable happen. Les humains n'ont aucune volonté, placez-les dans une situation telle qu'un Edwin presque nu à côté, voulant certainement faire des choses, et ils ne pourront résister. Tout le monde retrouve son change dans cette relation. Edwin est prêt à faire n'importe quoi pour se rapprocher de la culture francophone, il adore Montréal, grâce à nous il a découvert un nouvel Univers. Moi j'ai retrouvé mes nostalgies de Paris, et Bruno aura besoin d'un endroit où demeurer à New York lorsqu'il devra essayer de trouver un agent pour entrer en contact avec une maison de disque.

Ed est étrange. Il ne me semblait pas si expérimenté, sexuellement surtout, et plutôt maigrichon. Mais son parfum a eu raison de mes passions, je lui ai sauté dans les bras, ô misère, mais quel bonheur. Que je regretterais de ne pas l'avoir fait, et quelle soudaine sensation de libération. Certainly a big line of my existence, I cannot stop thinking about it, it's now a necessity for me to write about it, just to try to understand all the elements in action. I learn that my possessivity for a pure Bruno is injustify, if he wants to sleep with someone else, I will less care now. I learn that Bruno is really beautiful, more than Ed et others. And the worse, sleeping with Ed was like sleeping with Bruno, it feels the same, and they looks the same on lots of points. Same skin, and that surprise me because one is American and the other is French. Bref, j'ai été surpris de savoir qu'Ed n'était pas innocent, il a déjà couché avec cinq gars, dont moi, et je suppose que le chiffre est supérieur (c'est vrai que les

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gays ont une facilité à mentir, plus spécifiquement sur leur âge). Il est fort, ses bras assez musclés et ses épaules larges. Lorsqu'il s'est approché trop près, j'ai changé de lit, et l'incroyable s'est produit. Je le sentais partout, plaçais mon visage dans son cou, et lorsque j'approchais de son oreille, il atteingnait un degré de jouissance que je n'avais jamais vu. Il gémissait comme une femme fragile qui s'abandonne à l'homme, le tout agrémenté d'une sensation de remords qui paralysait. Est-ce cette impression de faire le mal qui faisait mes membres shaker, me rendait malade, ou est-ce la beauté d'Ed et un sentiment quelconque pour lui? Certainement les deux. J'y pense encore, je me demande ce que sera ma prochaine rencontre avec Bruno. Il est la Vitalité, tandis que Bruno est l'Ours, selon les dires mêmes d'Ed (moi, ce n'est pas nouveau, il m'a qualifié d'écureuil, comme David jadis). L'Ours me semble la comparaison parfaite pour parler de Bruno. Peu importe l'heure, il est fatigué, il ne pense qu'à dormir pour être en forme le lendemain. C'est son obsession, dormir, et la fatigue. Le matin, it's even worse. He's unable to get out of bed, I cannot touch him, and he always feels like if he did not get enough sleep. The problem is that I am high in the morning, like Edwin, and Bruno he's high at night. Do I really want to finish my days with a Bear? A bear and a Squirrel (Squeerel in the occurancy)... and why not? Is it true that you're going to sleep with someone else if you don't really like your boyfriend? Well, I wanted since a long time to experiment someone else, and I have wait for the right time, the right person. It finally came, and I can do comparison now. The only problem is, do it change something in my mind, about Bruno? Do I will love him as much as before, more, or maybe less? Dans la dernière situation, will I leave Bruno? And what I am gonna do? Go to US find Ed? What's telling me that he wants a relationship, and that he will be stable, not sleeping around (and is that really important for me now)? I don't want to try someone else, I'm not feeling for that. I love Bruno, and I want to know if something will change in my sentiments for him. Too bad, each time we are sleeping together, he starts to masturbate, he can't help it, and ten minutes later it's finished. Edwin likes to that that in four hours! God, and he is usally coming five times! Il m'est arrivé une seule fois de venir quatre fois avec Bruno, si je me souviens bien. Et trois fois, assez souvent, en début de relation. We are not doing that anymore, because Bruno is always tired, he used to come tree times too. Another problem, Edwin has

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a girlfriend, can you believe it? Not because he loves her, but for sex! He tells me that is never coming more than one time with girls. Quand on est entré dans un magasin de films porno pour gays à Montréal, il avait déjà vu plus de la moitié des films, connaissait les titres et noms d'acteurs! What the hell is that? I always thought that a porno movie is like another, no difference, and it was fake names on generic, without any popularity. It does not seems so. Pauvre fille, Cathrine qu'elle s'appelle, comme elle va souffrir un jour! Comme il se joue d'elle, aucun remords pour la tromper à droite et à gauche (ce qui devrait me faire réfléchir sur l'histoire de ma propre infidélité), is he with her for the image?

Pourquoi cela est-il arrivé? I have this impression that Bruno will know about it, and then something will maybe change radically in my life, or something will be different. No matter if I love Bruno more now, and I dont really want to do that again, I dont really physically want to sleep with Ed again, nor someone else d'ailleurs. Cela ne m'empêche pas d'admirer Ed, il est plus fort que je ne le croyais, il est un peu adipeux, mais beau. J'en garderai un souvenir inoubliable, c'est la réconciliation du passé et du présent. Reste maintenant le futur. Mais je suis prêt à l'affronter, dussé-je souffrir, et espérer que Bruno n'en souffrira pas, car c'est là mon unique préoccupation, empêcher Bruno de souffrir à cause de moi. Parce que s'il devait souffrir, je souffrirai tout autant sinon plus. I really love him. [This paragraphe was wrote before the half of the one before].

I know that if Ed was around, I will sleep again with him. What does that mean if I'm really loving Bruno? Je devrais reprendre toutes les questions des pages avant et tenter d'y répondre. Cela sera fait dans ma littérature. J'accuse à ce propos une critique assez destructive des gens du milieu à Montréal. Rien n'y fait, ils ne sont même pas indifférents, ils sont frustrés. Leurs commentaires s'enchaînent, ils utilisent le même vocabulaire, c'est à croire qu'ils ont été à la même école. Et lorsque je sais que ma pièce a un problème, les corrections que je voudrais appliquer vont carrément à l'encontre de ce que les critiques me conseillent. J'ai payé 75$ au Centre des Auteurs Dramatiques de Montréal pour me faire lancer de la Bullshit pendant deux pages. Comme le théâtre de 4'sous, ils recherchent des personnages consistants (Lorraine Pintal aussi du TNM (Théâte du Nouveau Monde) me dit ça), une mon

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tée dramatique suivie d'un climax époustouflant. Bref, il y en a même un pour qualifier le tout de Téléromanesque et non théâtral. Well, je vais m'en tenir à ma première idée, je vais réécrire la pièce selon le point de vue d'Antoine, avec une réalité morcelée, laquelle il pourra modifier. Mais pas avant cet été, et je vais garder cette pièce dans mes tiroirs jusqu'au jour où je pourrai la monter moi-même, et là ce sera beau. La critique semble rechercher un texte qui se modèle sur les règles théâtrale établies, ou du moins, selon les règles théâtrales du Théâtre Québécois (qui somme toute, occupe une place bizarre dans le répertoire international). Tout cela me décourage (ne m'outrage pas du moins, ça fait longtemps que je sais passer par-dessus la critique, et je réécris toujours mes choses selon les conseils reçus et que je trouve constructifs; ce qui n'est pas le cas actuel, aucun critique est dans la capacité de me dire là, concrètement, ce que je devrais changer ou faire, et je ne vais pas ajouter une montée dramatique à ma pièce avec un climax sur le top et le bel enchaînement avec le dénouement). Enfin, cela me donne l'impression que je devrais abandonner l'écriture, ou de ne plus penser à écrire en fonction d'être lu, mais n'est-ce pas déjà le problème? Comme dirait le gars du CEAD, on dirait que l'auteur se fait plaisir. Et puis, j'ai l'impression qu'ils ajouteraient que je suis prétentieux. Well, fuck that, they doesn't seem to read the same way as me. They are able to see everything in a paper, cry for some good lines, make a big deal of nothing. Comme cette remarque surprenante de Joël Beddows à propos de LE MARCHAND DE VENISE À AUSCHWITZ, «C'est pas souvent que l'on assiste à une l'éxécution de dix personnes sur une scène.» Peut-être suis-je de la génération de l'audiovisuel, où tout est banalisé par les médias, puisque pour moi, dix personnes qui se font tuer sur une scène, ça passe comme du beurre. Et si cela agit quelque part, c'est loin dans mon cerveau. J'ai plutôt besoin d'une bonne hache lancée par la tête pour me sensibiliser et m'émouvoir. J'ai assisté à une pièce quand j'étais jeune. Une grosse poule a passé une heure à nous faire comprendre qu'il fallait que l'on pondent des oeufs, c'est-à-dire, que l'on fasse des enfants (plus tard, j'imagine, lorsque nous serions des adultes). Eh bien, je peux vous jurer que jamais cela aurait pu me convaincre de quoi que ce soit. Peut-être juste de me déguiser en poule, pour la sensation. Mais ma critique n'est pas d'accord avec ce qu'elle juge de l'exagération. Ils n'ont pas le même adage que Ginette Munger: «C'est pas avec des chuchotements que l'on réveille

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un peuple!» Et la petite élite fort intellectuelle (j'en suis ravi d'ailleurs, je ne croyais pas que les directeurs artistiques au Québec écrivaient si bien, et savaient exactement ce qu'ils voulaient), bref, cette élite qui ne voit que trop bien les mécanismes du texte, perde de vue l'ensemble, ou plutôt, ils recherchent trop ce sens que je dissimule. Et si quelques personnages ne semblent apporter quoi que ce soit à l'évolution dramatique de la pièce, c'est peut-être que l'évolution de la pièce est déjà un trop gros mot pour le peuple. Et dire que je croyais écrire pour d'autres gens que le peuple. Je n'atteins même pas l'élite. Et pourquoi? Parce que toute oeuvre doit être imposée pour être reconnue. Ce n'est pas pour rien que la publicité fait tout dans notre société. Céline Dion est numéro au Billboard Américain depuis une couple de mois, ce n'est pas là le fruit de ses qualités, bien qu'elle doit tout de même en avoir du talent, mais bien le produit d'une campagne de publicité à l'échelle des États-Unis, et merveilleusement bien orchestrée. On achètera le plus possible d'apparitions aux shows américains les plus connus, on la fera chanter en duo avec les grands noms, on la fait apparaître sur la connerie du siècle, le spectacle spécial de Michael Jackson sur le réseau Américain, qui essaye de nous convaincre d'acheter encore ses disques, même s'il est accusé de pédophilie. Je n'ai pas besoin de savoir que l'auteur d'une chanson est pédophile ou non, s'il porte des caleçons rouge ou bleu, pour apprécier sa musique. Céline Dion, celle qui achète le succès! Comme tous les autres d'ailleurs. Et moi je dois m'en remettre à une petite élite fermée qui décide tout pour ses lecteurs. La preuve, une maison d'Édition est si fermée dans ce qu'elle publie, qu'il est rare d'y voir apparaître plus de trois catégories de livres différentes, et encore, celles-ci sont déjà fort spécialisées, ce qui implique que l'on doit écrire en fonction de ces catégories. Même l'histoire de l'Art se répète. On est pas plus ouvert aujourd'hui qu'on l'était voilà 200 ans. Un Rimbaud aujourd'hui passerait probablement inaperçu, et sa mort ne confirmerait que son oubli le plus total. Et l'élite qui s'imagine que l'on lit Rimbaud sans y rien comprendre, est probablement plus prétentieuse que je ne le suis. Et puis après, vive la prétention!

8 Mars 1994

Sans trop m'en rendre compte, c'est encore au mois de mars que le besoin d'écrire

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mon journal se fait sentir. Cette fois-ci, Ed peut en être la raison, mais certainement pas le Bruno. Sa crise à lui devrait venir avec le changement de température plus tard durant le mois. Il se mettra à paniquer jusqu'à ce qu'il s'achète des billets pour aller quelque part. Je pense encore à Ed, et c'est plutôt stupide, je n'ai pas aimé extraordinairement faire l'amour avec. C'est son absence tout court qui m'ennuie. Mais j'ai encore cette envie de le prendre dans mes bras, sentir son parfum, et l'embrasser, chose que je n'ai pas faite lorsqu'il était ici (le frencher).

Bruno me dit souvent que j'ai autour de moi, juste par les gens que je connais, matière à écrire un roman complet. C'est vrai, mais comment pourrais-je écrire sur mon oncle Jean-Paul, à propos qu'il est l'homme de la maison et que sa maison, avec les quatre enfants, est une porcherie permanente? Sans dire en plus, qu'il fait partie, comme Mario et Michel, d'une sorte de religion (?) bizarre. Les Rosicruciens en ce qui concerne J-Py, et la Fraternité Blanche en ce qui a trait à Mario. Michel, je ne sais pas. Et moi, dans la même veine, je suis devenu végétarien, sans pour autant en être venu à ces religions. Quoique que j'ai lu avec passion LA COSMOGONIE DES ROSE-CROIX, et m'en suis inspiré pour la troisième partie de LA RÉVOLUTION, René l'Illuminé. Il existe certainement beaucoup de sagesse dans ce livre, et je soupçonne que les sources ont été puisé un peu partout. Il y a bien 6 000 ans de réflexions là-dedans, si on nous avait assommer avec ce livre plutôt qu'une fausse bible déformée, peut-être la religion jouerait un rôle plus important dans nos vies, et peut-être serions-nous plus heureux. Mais je ne crois pas qu'une religion puisse rendre heureux en tant que tel, ni même la prière. En fait, les explications fournies, et la logique ou raison des arguments qui justifient toutes les contradictions de l'histoire, sans compter une description de la mécanique de l'existence qui n'oublie absolument rien au passage, auraient pu m'amener à la philosophie. J'y suis tout de même, j'ai lu le livre, il me serait bien difficile de le contredire sur aucun point. Bien au contraire, qu'il s'agisse là de niaiseries ne me tracasserait nullement, ces enseignements m'aideront à vivre de toute façon. Et la vie est suffisamment pénible pour je me permette de lui apposer un sens. Ce sens, on le retrouve dans PHILOSOPHIE DE RENÉ DE L'AVENTURE (qui sera renommé PHILOSOPHIE DE LA RÉ

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VOLUTION), et on le retrouve un peu épars dans René de l'Aventure, René l'Illuminé et LES LETTRES DE R.M. Je ne saurais dire exactement jusqu'à quel point mes idées d'alors provenaient de LA COSMOGONIE DES ROSE-CROIX. Je n'avais pas lu tout le livre dans le temps, et surtout par la partie qui en parlait. J'ai plutôt analysé René de l'Aventure pour en arriver à écrire LA PHILOSOPHIE, aussi, j'ai été surpris de retrouver dans LES ROSE-CROIX à peu près les mêmes choses, sauf qu'eux, ils ajoutaient la réincarnation, et j'avoue que cela ajoute beaucoup de sens à mes idées. Ce qui est bien, c'est qu'après avoir lu le livre, je n'ai pas jugé qu'il me fallait changer quoi que ce soit à ce que j'avais écrit avant. Ainsi LES ROSE-CROIX ne semble pas avoir joué un grand rôle sur ma littérature, quoique qu'ils abordent les mêmes sujets. Je serais toutefois dans le tort d'avouer que de voir en Dieu la Terre et le Soleil, provient de mes idées. Il s'agit là de conversation avec mon oncle Mario, et peut-être même qu'avec lui j'ai inconsciemment acquis plusieurs connaissances. It's too bad that he thinks that to be gay is so wrong that I should change right now. He thinks that my life is a waste, and I will suffer après la vie. Il s'agit donc de dire que je suis immoral et que je brûle la chandelle par les deux bouts. Eh bien, j'ai eu un chum Bruno, j'ai couché avec Martin (avant Bruno), un quart avec Leblanc (arrêté par les remords), et Edwin (continué malgré les remords). Les remords disparaissent, mais pas les regrets (de ne pas avoir été plus loin). Je suppose que la vie de Mario était déjà plus chargée lorsqu'il avait 21 ans. Juste à considérer ma soeur, elle a bien couché au minimum avec une trentaine de gars, il est vrai qu'elle n'en a jamais trompé un seul. Mais mon père trompe sa femme depuis la nuit des temps, et maintenant qu'ils sont séparés, il trompe ses blondes. La société est un gros melting pot, la non-vertu se retrouve un peu partout, et il serait vint de mal juger une catégorie sous prétexte qu'elle ne fait pas partie de la majorité. Mais ses raisons, à Mario, vont plus loin. Cela remonte à Sodome et Gomorrhe. Mais moi, de ce que j'en ai lu, il ne s'agit point là de parler que des homosexuels, mais bien d'une société devenue très promiscious, c'est-à-dire, qui couche avec tout le monde, sans fin. Eh bien, aujourd'hui on pourrait pointer Amsterdam, et se demander quand donc elle sera détruite. Ou même Paris ou New York. J'ajouterais que ces endroits plutôt ouverts par rapport au sexe ne m'intéressent nullement (sauf Paris, et pas pour le sexe). Je serais le premier surpris si je devais aller à Amsterdam, et je me permets de croire que ce ne sera point là ma seule décision si j'y vais, probablement pas dans le but de

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coucher avec plein de gens. Mais je ne cacherai pas que le sexe est important pour moi, comme pour tout le monde d'ailleurs. Ceux qui le refoule aux yeux des autres, en arrivent certainement à la jalousie, et à crier à la non-vertu ou au jugement, seul moyen pour croire que notre sacrifice ne servira pas à rien. Moi j'ai pour idée que rien n'est mal jusqu'à ce que quelqu'un souffre physiquement ou moralement. Alors coucher avec Ed est mal, car Bruno pourrait en souffrir. Et connaissant la mécanique des événements, il le saura un jour, et il souffrira. Je continuerai à regarder les gens qui m'entourent un autre jour.

9 Mars 1994

Ma confidente Mireille reçoit ce mot dans la classe de Mme Nicole Bourbonnais à l'Université:

-J'ai couché avec Edwin Kuester the Third, j'ai couché avec un Américain.

-Bruno le sait?

-Non

-Comment as-tu rencontré ce gars?

-À Paris voilà un an. Je pense à lui depuis ce temps. J'en avais parlé dans mes écrits.

-Veux-tu le revoir?

-Oui

-C'est pour ça ta dépression?

-Oui, je ne peux penser à autre chose.

-Je ne comprends pas: tu te morfonds de remords?

-Oui, plus les regrets qu'Ed soit parti.

-Comment penses-tu que ta relation avec Bruno puisse continuer?

-Ed est loin, et j'aime Bruno.

-C'est son titre qui t'a impressionné?

-Non. J'ai dû écrire une vingtaine de pages de journal pour me comprendre. C'est sûrement un tournant important dans ma vie. Je suis incapable de faire un move, je ne fais qu'y pen

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ser. Je suis en léthargie.

-Il parle français? sûrement pas.

-Oui, il capote sur le français.

-Je suis ébahie! Je ne sais que dire: tu me surprends. Mais si tu crois vraiment aimer Ed, tu devrais poursuivre cette relation et laisser Bruno.

-Impossible, il a une blonde et reste à New York.

-Si tu restes avec Bruno, tu devrais couper tous liens avec Ed.

-Que me reste-t-il d'autre à faire? Sexuellement j'aime mieux Bruno. Moralement, je ne sais pas. Ça va s'estomper j'imagine.

-Pardonne-moi, je porte un jugement sévère et ce n'est pas dans mes habitudes de prêcher. Avez-vous des intérêts communs?

-La France.

-Que fait-il dans la vie?

-Université.

-C'est lui qui était venu te voir au mois de novembre?

-Oui

-Quelque chose a dû se passer?

-Non. Mais je ne regrette pas. Je recommencerais, mais pas avec n'importe qui. Je ne vais pas tromper Bruno encore. Lui, j'éprouvais quelque chose envers lui...

Analyse:

Mireille a laissé son chum voilà un an et demi, parce qu'elle ne voulait pas d'une vie de couple dont l'avenir est déjà tout prévu. Elle a couché avec deux gars avant d'en trouver un troisième et de l'emmener chez-elle. Nedko vient de la Bulgarie et a les cheveux long. Une semaine plus tard, Mireille avait son billet pour le Down Town Ottawa. Elle déménagea un ou deux mois après, pour un avenir moins que certain avec Nedko. Et comme Bruno (Roumain aux cheveux courts), la vérité a pris du temps avant de faire surface. Et les problèmes refont encore surface. Et j'ai toutes les raisons de croire que le pire n'est pas encore

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parvenu à la surface. Enfin, tout ça pour dire que l'on peut changer sa vie, coucher avec d'autres comme ma soeur ne compte plus le nombre de personnes avec qui elle a couché, et tout cela la conscience claire. Elles ne sont pas folles, elles crissent leur chum là avant d'aller voir ailleurs. Ô misère! Et moi qui a 21 ans! Que se passerait-il si je n'avais pas vécu? Dring! Le réveil sonne, j'ai 35 ans, seul, impossible d'attirer qui que ce soit. Comme cela me fait du bien d'entendre Edwin me dire que ce fut extraordinaire le week-end passé (je l'ai appelé ce soir (10 mars, après avoir écrit tout ce qu'on peut lire sous ce 9 mars et 10 mars). Je lui parle, il bande. Malheur, il me compare encore à un écureuil, mais il trouve ça tellement cute les écureuils, ça lui donne envie de le prendre dans ses bras et l'écrapoutir. (Moi j'ajoute qu'un des écureuils finit toujours par se faire écraser de toute façon, ou pire, demeure à des kilomètres de l'autre.)) Laisser Bruno, c'est lui offrir une inspiration certaine pour sa musique. Deuxièmement, il s'en remettra, trouvera quelqu'un d'autre. Et puis, je n'en peux plus d'espérer qu'il réussisse dans la musique alors que moi-même j'en ai assez de me tracasser avec une éventuelle publication. Paris, next destination, first objective, to write my life. Un jeune homme du Canada qui débarque à Paris avec le seul Père Goriot et qui s'imagine qu'il deviendra un Balzac.

Où es-tu ce soir? Perdu dans l'Université d'Oswego, tu portes une de tes chemises en flanelle, et ton parfum français... Entouré d'amis ou seul avec ta blonde. Elle te serrera dans ses bras, t'embrassera dans le cou, et vous vous embrasserez à la française. Où es-tu ce soir? Devant un ordinateur. Ou seul a marcher à l'extérieur, pensant à moi peut-être. Je t'embrassais derrière l'oreille et tu jouissais fort. Quel effet je te fais on dirait. Et si Diane aurait été absente de la maison, comme nous y aurions été fort. Lunatique de l'Univers, je vous ai compris! Je suis en léthargie complète, malade moralement, séduit au sang, déchiré entre deux hommes. Tu me prenais la main, me parlais de très près, et comme Bruno tu m'as dit que j'étais la première personne avec qui tu aimais être aspergé de mon... Ton visage, c'est la joie, l'expression du bonheur, la folie, le prêt à faire n'importe quoi, même à sacrifier des choses, mais certainement aussi porté à ne pas manquer une chance d'avoir du plaisir, et cela inclu l'infidélité. Ainsi nous ne serons jamais en relation long-terme. Mais plutôt des

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amis long-terme qui coucherons ensemble à l'occasion... (quelle non-vertu, comment puis-je ne pas m'indigner en disant cela)... l'Amour Christ! J't'aime, et ma peur c'est de découvrir que je t'aime plus que le Bruno. Et dans ce cas, je sacrifierais tout. Je ne resterai pas avec quelqu'un que je n'aime pas. Mais maintenant je me vois incapable de distinguer mes sentiments, c'est là le fruit du mois de mars. Chacun se réveille à la vie, mais doit d'abord traverser la période du réveil, là où on est ordinairement mêlé. Ah Ed, j'aimerais te revoir pour apprendre à te connaître davantage. Ouvre-moi ton passé, j'y devine l'opposé de Bruno en personnalité. Et j'y soupçonne encore bien de l'admiration. Que je tomberais amoureux facilement avec toi!

La fin du monde est à nos portes! Le mois de mars m'apporte à nouveau la joie des échéances! Rapport d'impôt, formule de prêt et bourse, demandes aux universités, travaux longs, livres à lire, rêves à réaliser... je crisserais mon camp pour la France aujourd'hui! Paris Paris Paris! Cette ville m'appelle à elle, comme jadis elle appelait à elle les artistes des quatre coins de l'Europe. Un grand cri languissant au-dessus de l'océan, quand bien même il s'agirait d'une vie de misère, une misère à Paris, c'est une littérature pour l'éternité! Comme dit la préface de Cyrano: «Est-il possible d'imaginer autrement un auteur écrire ses premiers poèmes dans une chambre de misère, le ventre vide si possible?» Moi, c'est tout ça, mais à Ottawa! Ma misère est sans avenir! Comme dit Dominique Lafon, parfois une ville abrite plusieurs grands auteurs sous une même époque, je me demande quels grands auteurs mon époque décellera? Et moi dans tout cela? Je n'ai qu'à continuer mon cheminement, écrire ce que je veux, ne pas arrêter et l'on verra. Bon Dieu, il est probablement trop tard pour aller étudier à Paris! Paris, Paris, Paris même s'il s'agit d'y laisser Bruno derrière, s'il m'aime, il me suivra, sinon, je trouverai quelqu'un d'autre. Wow, quelle libération! Vive Ed, pour m'avoir ouvert les yeux sur l'asservissment qui m'assaille. Pour Bruno je mourrais à Ottawa? Bruno partira jamais seul, il faut le forcer à me suivre. Peut-être viendra-t-il? Il est français, c'est déjà ça, moi, je vais faire des démarches pour crisser le camp d'ici! Ma crise commence, imaginons celle de Bruno qui s'en vient.

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Ô Ed, tu me rappelles Paris, tu es la misère que je veux vivre, rue des Bernardins, quartier Latin, le site de ma nouvelle inspiration. Ces derniers temps j'ai expérimenté ces sortes de vertiges-fatigues qui me rendent prêt à perdre connaissance. Si je repars pour Paris seul, je me trouverai vite des amis. Comment faire avaler ça à mes parents? Fuck them, j'y vas cet été! J'y resterai le plus longtemps possible, sur place je ferai des démarches pour y rester. Et pourquoi pas Montréal au pire allé? No way! Les Montréalais se prennent pour d'autres et s'enferment dans leur petit univers, ils y crèveront. «Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, tu vois, je n'ai pas oublié. Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, les souvenirs et les regrets aussi! Et le vent du nord les emporte...» Prévert's poetry, musique de Kosma (?), chanté par (?). Comment un auteur devient-il connu? Cela est-il long? Impossible? Doit-on imposer nos choses et espérer qu'un jour, quelqu'un écrira dessus et enclenchera le processus? Un de mes livres pourra-t-il connaître du succès? Ou même être publié? 1- Vers et verts les champs - bof. 2- La révolution - (?). 3- Les Quatre Piliers - (non). 4- Antoine - (à oublier). 5- Val-Jalbert - (?). 6- Les lettres de R.M. - (non).

1er livre Vers et verts les Champs 90 pages

Les lettres de R.M. 60 pages

Les Quatre Piliers 45 pages

total : 200 pages

2ième livre La Révolution 150 pages

3ième livre La Légende de Val-Jalbert 60 pages

Antoine, Amour et Médiocrité 50 pages

total : 110 pages

10 mars 1994

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J'ai téléphoné à l'Ambassade de France, demain ils vont me rappeler. Je veux faire des études supérieures à paris, je suis prêt à partir au mois d'avril! J'espère qu'il n'est pas trop tard!

Hier Bruno m'a parlé de ses idées futures. Je croyais être désespéré, mais Bruno me le semble davantage. Hier j'ai compris des choses, et s'il ne m'avait pas dit qu'au moins il aurait bientôt un diplôme universitaire, j'aurais été tenté d'avouer qu'il avait raté sa vie. Plusieurs mauvais choix, le voilà sans avenir. Et je dois avouer que cela m'a affecté. Quoi? Moi qui prône le changement de ce mauvais système - comme mme de Beauséant du père Goriot qui connaît l'horreur des rouages de la société aristocratique et bourgeoise, les accepte et joue le jeu - me voilà qui veut me lancer dans des études supérieures alors que j'aimerais bien prendre une année sabbatique à Paris, tout vendre, même mes cd's, et partir. Mais comme je me sentirais perdu en faisant cela. Et aucune aide à attendre de mes parents, je me retrouverais vite à mendier, pleurant comme celui que j'ai rencontré dans les bouches de métro à Chatelet-Les Halles.

Bruno en est déjà à sa deuxième expérience en affaire. Une vague histoire d'entretient d'automobiles à 17 ans, presqu'une faillite, avec publicité et enregistrement au gouvernement. Et l'histoire des crayons avec noms des compagnies, sa propre compagnie à 22 ans, qu'il a parti avec nul autre qu'Éric. Encore des vérités qui reviennent à la surface, ce n'était pas le moment, moi qui me pose tant de questions. Le voilà encore qui veut s'embarquer dans une campagne vouée non seulement à la faillite, mais qui lui coûtera tant en temps que cela ne servira pas sa carrière en musique. Le pire c'est qu'il veut embarquer sa mère et ses fonds, et moi! Moi, étudiant à temps plein, écrivain à temps plein, je m'en irais construire des hommes nus en plâtres faisant office de lampe pour satisfaire une minorité gay, alors qu'elle même est une minorité de la société? Je me demande s'il est si intelligent que cela! Une histoire de crayons fait faillite absolue, le voilà avec une idée aussi pire, sauf que cette fois-ci, il veut y engouffrer la petite fortune de sa mère. Voilà un homme qui n'a

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pas achevé sa Chimie, fait trois ans en économie pour rien, pour dire qu'il a un diplôme, et qui ne veut plus mettre à exécution ses plans de poursuivre en Génie. Que lui reste-t-il donc? Un travail de misère à la BNR, 33 000$ par année, sans possibilité d'avancement, risque probable de perdre son emploi, et impossibilité de trouver un autre emploi qui paye un peu plus que le salaire minimum. Il lui reste son espoir en musique, et moi dit-il! Je l'admirais, sachant toute cette situation à l'avance, mais lui se déteste, se voit comme un moins que rien, et il m'a convaincu. Je n'ai rien contre le fait qu'il pourrait n'être rien, ce n'est pas ce qui m'arrête, c'est plutôt son désespoir, il s'accroche maintenant à moi (non, c'est fort). Je ne pense pas ce que je dis, je rétracte tout ce paragraphe, ça n'a pas rapport, j'étais au courant de tout cela, c'est son désespoir qui m'afflige. Qu'il arrête donc, il a de l'avenir dans la musique. Il veut partir une compagnie? Fine, mais qu'il joue sur des valeurs sûres! Et qu'il veuille partir cela avec sa maman? D'accord, je l'aiderai peut-être.

Parfois je me demande ce que je veux aller chercher à Paris. Peut-être que je m'imagine retrouver Ed, ou son pareil? Mais je me souviens ce rêve à mon retour de Paris. J'y étais retourné et il n'y avait plus ni Edwin ni Bruno, et j'étais désespéré. C'est là que j'ai écrit: «Il faut revenir, il faut m'avouer des choses!» Un an plus tard c'était fait, mais à quel prix? Hier je ne pensais qu'à lui, couché dans le lit de Bruno, alors il téléphona! Mon coeur battait, je lui ai parlé un peu, incapable, il a dû croire que je ne voulais rien savoir de lui! Il faut que ce soit clair, Paris c'est le brainwash complet, c'est le renouveau absolu.

Pauvre Bruno, je suis dur avec lui en mes idées. Je l'aime. J'aimerais qu'il me suive à Paris. J'ai parlé avec la femme de l'Ambassade, mes chances sont grandes d'être accepté qu'elle a dit, même à la Sorbonne. Me voilà déjà dans l'avion, prêt à partir, les études supérieures à Paris, c'est être étudiant à 21 ans à Paris, mais plus, car j'ai déjà ma license du 2ième cycle, en 11 mois j'aurai terminé ma maîtrise à Paris! Avec ça je peux déjà faire quelque chose. Moi et Paris, une misère qui n'en est pas une. YA YA YA (it seems that i'm already there!) Si je suis accepté, je crisse le camp au plus vite. En juillet ou début août? Je n'emporte que deux valises, and that's it! Faudrait que Bruno travaille tout l'été, que l'on

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parte ensemble à Paris, qu'il prenne son année sabbatique, et emporte son synthétiseur. Il pourra trouver un travail là-bas, il a la nationalité française.

Je ne veux plus de ces rêves qui n'aboutissent jamais. Paris m'appartient, la décision ne sera pas difficile à prendre lorsqu'ils me diront oui. J'espère juste que mon père y verra son intérêt, lui qui se dorait de voir sa fille ingénieure, et son garçon en droit. Une lueur reviendra-t-elle dans ses yeux? Mon fils en maîtrise à Paris? ou plutôt, le christ, se serait si simple d'étudier à Montréal ou Ottawa...

Première Lettre à Edwin Kuester The Third:

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Ottawa, 11 mars 1994

Cher Edwin Kuester The Third, mes sentiments sont actuellement ambigus, et c'est peut-être une bonne chose. Le mieux serait que je me réveille et voit en Bruno la seule personne que j'aime. Je le souhaite. Mes prochaines lettres t'en diront davantage à ce propos. Pour l'instant, voici la meilleure lettre que je puis écrire, c'est directement tiré de mon journal. Ce ne sont que des passages de mon journal, les parties qui t'intéresseront. C'est plutôt long, bonne lecture. Notre Amour est Impossible!

7 mars 1994

La mécanique des événements ne prend même plus la peine de cacher son jeu, ses coïncidences nous frappent et l'on se demande encore s'il peut s'agir de coïncidences. Ainsi je risque mon avenir pour la France et j'y rencontre Edwin Kuester the Third. Bruno en est jaloux, on dirait l'intuition. Bref, j'en reparle dans les Piliers (mon livre), mon corps à Val-Jalbert (village autour du Lac-St-Jean), mon coeur à Paris, mes deux amours se payeront les bons temps without me, speaking english for the cause, both liking French. Mais prévoir qu'un an plus tard, the Third will came to Bruno's place, is something strange. But at the time, he was not knowing that we were gays. Finally, Bruno told him, and ô surprise, he his. So he came back to Ottawa, slept in my room. The inevitable happen. Les humains n'ont aucune volonté, placez-les dans une situation telle qu'un Edwin presque nu à côté, voulant certainement faire des choses, et ils ne pourront résister.

Ed est étrange. Il ne me semblait pas si expérimenté, sexuellement surtout, et plutôt maigrichon. Mais son parfum a eu raison de mes passions, je lui ai sauté dans les bras, ô misère,

mais quel bonheur. Que je regretterais de ne pas l'avoir fait, et quelle soudaine sensation de

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libération. Certainly a big line of my existence, I cannot stop thinking about it, it's now a necessity for me to write about it, just to try to understand all the elements in action. I learn that my possessivity for a pure Bruno is injustify, if he wants to sleep with someone else, I will less care now.

Edwin est fort, ses bras assez musclés et ses épaules larges. Lorsqu'il s'est approché trop près, j'ai changé de lit, et l'incroyable s'est produit. Je le sentais partout, plaçais mon visage dans son cou, et lorsque j'approchais de son oreille, il atteignait un degré de jouissance que je n'avais jamais vu. Il gémissait comme quelqu'un qui s'abandonne à un autre, le tout agrémenté d'une sensation de remords qui paralysait. Est-ce cette impression de faire le mal qui faisait mes membres shaker, me rendait malade, ou est-ce la beauté d'Ed et un sentiment quelconque pour lui? Certainement les deux. J'y pense encore, je me demande ce que sera ma prochaine rencontre avec Bruno. Ed est la Vitalité, tandis que Bruno est l'Ours, selon les dires mêmes d'Ed (moi, ce n'est pas nouveau, il m'a qualifié d'écureuil).

Is it true that you're going to sleep with someone else if you don't really love your boyfriend? Well, I wanted since a long time to experiment someone else, and I have wait for the right time, the right person. It finally came, and I can do comparison now. The only problem is, do it change something in my mind, about Bruno? Do I will love him as much as before, more, or maybe less? Dans la dernière situation, will I leave Bruno? And what am I gonna do? Go to U.S. find Ed? What's telling me that he wants a relationship? Is there anything possible in there?

Cela ne m'empêche pas d'admirer Ed, il est beau. J'en garderai un souvenir inoubliable, c'est la réconciliation du

passé et du présent. Reste maintenant le futur. Mais je suis prêt à l'affronter, dussé-je souffrir, et espérer que Bruno n'en souffrira pas, car c'est là mon unique préoccupation, empê

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cher Bruno de souffrir à cause de moi. Parce que s'il devait souffrir, je souffrirai tout autant sinon plus. I really love him.

I know that if Ed was around, I will sleep again with him. What does that mean if I'm really loving Bruno? Je devrais reprendre toutes les questions des pages avant et tenter d'y répondre. Cela sera fait dans ma littérature future.

8 Mars 1994

Sans trop m'en rendre compte, c'est encore au mois de mars que le besoin d'écrire mon journal se fait sentir. Cette fois-ci, Ed peut en être la raison, mais certainement pas le Bruno. Sa crise à lui devrait venir avec le changement de température plus tard durant le mois. Il se mettra à paniquer jusqu'à ce qu'il s'achète des billets pour aller quelque part. Je pense encore à Ed, et c'est plutôt stupide. C'est son absence tout court qui m'ennuie. Mais j'ai encore cette envie de le prendre dans mes bras, sentir son parfum, et l'embrasser, chose que je n'ai pas fait lorsqu'il était ici (le frencher).

9 Mars 1994

[Ma confidente Mireille reçoit ce mot dans la classe de Mme Nicole Bourbonnais à l'Université:]

-J'ai couché avec Edwin Kuester the Third, j'ai couché avec un Américain.

-Bruno le sait?

-Non

-Comment as-tu rencontré ce gars?

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-À Paris voilà un an. Je pense à lui depuis ce temps. J'en avais parlé dans mes écrits.

-Veux-tu le revoir?

-Oui

-C'est pour ça ta dépression?

-Oui, je ne peux penser à autre chose.

-Je ne comprends pas: tu te morfonds de remords?

-Oui, plus les regrets qu'Ed soit parti.

-Comment penses-tu que ta relation avec Bruno puisse continuer?

-Ed est loin, et j'aime Bruno.

-C'est son titre qui t'a impressionné?

-Non. J'ai dû écrire une vingtaine de pages de journal pour me comprendre. C'est sûrement un tournant important dans ma vie. Je suis incapable de faire un move, je ne fais qu'y penser. Je suis en léthargie.

-Il parle français? sûrement pas.

-Oui, il capote sur le français.

-Je suis ébahie! Je ne sais que dire: tu me surprends. Mais si tu crois vraiment aimer Ed, tu devrais poursuivre cette relation et laisser Bruno.

-Impossible, il a une blonde et reste à New York.

-Si tu restes avec Bruno, tu devrais couper tous liens avec Ed.

-Que me reste-t-il d'autre à faire? Ça va s'estomper peut-être.

-Pardonne-moi, je porte un jugement sévère et ce n'est pas dans mes habitudes de prêcher. Avez-vous des intérêts communs?

-La France.

-Que fait-il dans la vie?

-Université.

-C'est lui qui était venu te voir au mois de novembre?

-Oui

-Quelque chose a dû se passer?

-Non. Mais je ne regrette pas. Je recommencerais, mais pas avec n'importe qui. Je ne vais

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pas tromper Bruno encore. Ed, j'éprouve quelque chose pour lui...

[suite de mon journal (Mireille n'a pas lu la suite)]

Enfin, tout ça pour dire que l'on peut changer sa vie, coucher avec d'autres comme ma soeur ne compte plus le nombre de personnes avec qui elle a couché, et tout cela la conscience claire. Elles ne sont pas folles (ma soeur et Mireille), elles crissent leur chum là avant d'aller voir ailleurs. Ô misère! Et moi qui a 21 ans! Que se passerait-il si je n'avais pas vécu? Dring! Le réveil sonne, j'ai 35 ans, seul, impossible d'attirer qui que ce soit. Comme cela me fait du bien d'entendre Edwin me dire que ce fut extraordinaire le week-end passé [je l'ai appelé ce soir (11 mars). Je lui parle, il bande. Malheur, il me compare encore à un écureuil, mais il trouve ça tellement cute les écureuils, ça lui donne envie de le prendre dans ses bras et l'écrapoutir. (Moi j'ajoute qu'un des écureuils finit toujours par se faire écraser de toute façon, ou pire, il demeure à des kilomètres de l'autre.)] Laisser Bruno, c'est lui offrir une inspiration certaine pour sa musique. Deuxièmement, il s'en remettra, trouvera quelqu'un d'autre. Et puis, je n'en peux plus d'espérer qu'il réussisse dans la musique alors que moi-même j'en ai assez de me tracasser avec une éventuelle publication. Paris, next destination, first objective, to write my life. Un jeune homme du Canada qui débarque à Paris avec le seul livre LE PÈRE GORIOT et qui s'imagine qu'il deviendra aussi grand que Balzac.

Où es-tu ce soir? Perdu dans l'Université d'Oswego, tu portes une de tes chemises en flanelle, et ton parfum français... Entouré d'amis ou seul avec ta blonde. Elle te serrera dans ses bras, t'embrassera dans le cou, et vous vous embrasserez à la française. Où es-tu ce soir? Devant un ordinateur. Ou seul a marcher à l'extérieur, pensant à moi peut-être. Je t'embrassais derrière l'oreille et tu jouissais fort. Quel effet je te fais on dirait. Et si Diane aurait été absente de la maison, comme nous y aurions été fort. Lunatique de l'Univers, je vous ai compris! Je

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suis en léthargie complète, malade moralement, séduit au sang, déchiré entre deux hommes. Tu me prenais la main, me parlais de très près, et comme Bruno tu m'as dit que j'étais la première personne avec qui tu aimais être aspergé de mon... Ton visage, c'est la joie, l'expression du bonheur, la folie, le prêt à faire n'importe quoi, même à sacrifier des choses, mais certainement aussi porté à ne pas manquer une chance d'avoir du plaisir, et cela inclu l'infidélité. Ainsi nous ne serons jamais en relation long-terme. Mais plutôt des amis long-terme qui coucheront ensemble à l'occasion... (quelle non-vertu, comment puis-je ne pas m'indigner en disant cela)... l'Amour Christ! J't'aime, et ma peur c'est de découvrir que je t'aime plus que le Bruno. Et dans ce cas, je sacrifierais tout. Je ne resterai pas avec quelqu'un que je n'aime pas. Mais maintenant je me vois incapable de distinguer mes sentiments, c'est là le fruit du mois de mars. Ah Ed, j'aimerais te revoir pour apprendre à te connaître davantage. Ouvre-moi ton passé, j'y devine l'opposé de Bruno en personnalité. Et j'y soupçonne encore bien de l'admiration. Que je tomberais amoureux facilement avec toi!

10 mars 1994

Ô Ed, tu me rappelles Paris, tu es la misère que je veux vivre, rue des Bernardins, quartier Latin, le site de ma nouvelle inspiration. Si je repars pour Paris seul, trouverai-je des amis? «Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, tu vois, je n'ai pas oublié. Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, les souvenirs et les regrets aussi! Et le vent du nord les emporte...» Prévert's poetry!

Parfois je me demande ce que je veux aller chercher à Paris. Peut-être que je m'imagine retrouver Ed, ou son pareil? Mais je me souviens ce rêve à mon retour de Paris. J'y étais retourné et il n'y avait plus ni Edwin ni Bruno, et j'étais désespéré. C'est

là que j'ai écrit: «Il faut revenir, il faut m'avouer des choses!» Un an plus tard c'était fait,

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mais à quel prix? Hier je ne pensais qu'à lui, couché dans le lit de Bruno, alors il téléphona! Mon coeur battait, je lui ai parlé un peu, incapable, il a dû croire que je ne voulais rien savoir de lui! Il faut que ce soit clair, Paris c'est le brainwash complet, c'est le renouveau absolu...

* * *

Voilà Ed. C'est tout. J'ai été assez franc dans les passages donnés. À la prochaine,

Vôtre,

Roland-Michel Alexandre Tremblay (The Second)

(mon père s'appelle Roland Tremblay)

12 mars 1994

J'ai lu la petite brique du THÉÂTRE ET SON DOUBLE d'Antonin Artaud cet après-midi. Tout ça est très bien, le résultat de ses pièces devaient être extra. Je serais porté à suivre ses conseils pour ANTOINE AMOUR ET MÉDIOCRITÉ, c'est d'ailleurs exactement ce que je désirais faire avant même de lire le livre. Sauf que j'oublie la pantomime et les personnages de X mètres de haut. Nous avons un bel exemple de société qui sait développer chaque concept, écrire indéfiniment sur certains sujets, jusqu'à ce qu'ils soient épuisés complètement. Ça nous manque au Québec cette métaphysique de la vérité ou intellectualisation de chaque nouvelle idée. J'avais déjà remarqué chez les anglais cette façon de tout réduire et de banaliser les choses que j'étais encore à essayer de comprendre. C'est décevant de voir que je puis écrire des choses qui sont si communes dans les préfaces de certains livres. Comme de celle de NOTES ET CONTRE-NOTES de Ionesco que je lisais aujourd'hui. Comme il dit, il est dangereux d'écrire sur un sujet sans avoir lu ce que la planète en a dit depuis quatre millénaires, en commençant par Aristote et Platon. Aof, je verrai ce que l'on en dira.

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Bruno est venu ce soir. On a fait l'amour pour la deuxième fois depuis le départ de Ed. C'était mieux que voilà trois jours, mais il manque cet effet piquant comme lorsque Ed est avec moi. J'ai peur. Peur de ne plus l'aimer, sans pour autant avoir Ed, et sans pour autant savoir si j'aimerais Ed. Je me suis vu si libre en le reconduisant à sa voiture. Pour la première fois, je me sentais comme quelqu'un qui faisait sa jeunesse, ou qui allait la faire. Je me voyais parti pour Paris, non pris dans une relation, libre de jouir de la vie comme je l'entends, acquérir l'expérience la plus bizarre avec les gens les plus variés, pour ne pas dire avariés. Ouais. Moi qui capotait de voir que Bruno avait couché avec au moins huit personnes, voilà Ed qui couche avec sa blonde, couche avec un gars probablement écoeurant la veille à Montréal, le lendemain, le voilà dans mon lit, alors que je sors avec Bruno. Quelle histoire, digne du Vaudeville Parisien! Ah, je me délecterai de ce théâtre de boulevard lorsque je serai à Paris. J'aimerais revoir Edwin pour comparer avec Bruno. Cette nuit furtive n'a peut-être pas été concluante. Seulement au niveau de la brisure de mon asservissement envers Bruno, si je puis m'exprimer ainsi. Il me fait de l'effet, mais pourrais-je l'aimer? Et Bruno, ah que la vie est difficile parfois.

Je n'aime pas le message que Ed m'a laissé. Il a signé un billet de un dollar américain et a écrit: To R.M., there is a real american dollar from your American friend, Ed de NY. Semble-t-il, il joue sur le fait qu'il soit Américain, comme si l'on était en admiration envers ce fait. Ne sait-il donc pas que la planète déteste les Américains? Même si l'on ne peut critiquer le fait qu'ils sont absolument nécessaires à un équilibre mondial dans la balance du pouvoir. Mais encore, on connaît ses tares, ses contradictions, etc. Peut-on être fier d'être Américain? Quand je vois les chartes musicales ou de cinéma à travers l'Europe et que je constate que dans le top 10, il y a huit films Américains traduits, j'ai envie de pleurer. Quel viol au niveau culturel! Cela ne m'empêchera pas d'apprécier ces films, ces acteurs, cette musique, que voulez-vous, nous sommes brainwashés. Je me demande juste comment leur monopole ou réussite peut être si absolue.

Mais Edwin a raison, il existe tout de même une jeune génération à travers l'Europe,

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plus spécifiquement à Paris, qui adore les États-Unis. Et pour paraphraser Jacques Godbout et UNE HISTOIRE AMÉRICAINE, le mythe se construit dans les laboratoires de la Californie. New York en tire son profit. Et puis ça impressionne d'être New Yorkais. Moi-même, j'étais fier d'avoir couché avec un Américain. Où s'arrêtera donc la bêtise? Et quelle est donc la sensation que l'on ressent lorsque l'on couche avec un Allemand? Un juif? Je n'en dis pas davantage. Mais s'il existe une différence entre Bruno et Edwin, elle est psychologique, et mes sentiments pour l'un et l'autre semblent indépendants de ma volonté.

Quelle extraordinaireté que de croire qu'Ed soit straight, puis de finalement savoir qu'il est gai, puis de coucher avec. Jamais je n'aurais osé croire qu'il était comme moi, et qu'il me tiendrait dans ses bras un jour. Comme je l'appellerais tout de suite et l'inviterais à retourner à Paris. Mais n'aimerais-je pas mieux m'assurer un avenir avec Bruno? He's still very beautiful, especially when he's nude. Je ne peux en dire autant de Ed. Mais Edwin en caleçon et T-Shirt, avec son bedon qui se voit un peu, c'est incroyable. J'explorerais son corps de A à Z s'il revenait. Mais il m'a bien spécifié qu'il ne recoucherait pas avec moi, car Bruno est son ami... et c'est vrai qu'il serait définitivement immorale de bâtir une double relation dans le dos de Bruno. Mais devrais-je le laisser là? What a tricky situation. And what about if I had never slept with Edwin? Je sais que mes regrets auraient été énormes. Mais j'aurais peut-être oublié plus vite cette aventure. À moins que je me serais mis à souhaiter son retour dans l'espoir que la chose se produise? Il m'arrivait de me poser la question à savoir si j'en arriverais à coucher avec Neil un jour. Plus spécifiquement qu'il dort souvent ici et que nous sommes seuls dans la maison le matin. Je sais qu'il s'exhiberait un peu plus s'il en avait la chance, et qu'il brûle peut-être de me voir m'exhiber. Il lui est arrivé à deux reprises d'entrer dans ma chambre sans frapper, chose qu'il n'avait jamais fait depuis les deux dernières années. Mais après l'histoire d'Edwin, je comprends que tout cela était futile, même, je n'y aucun intérêt. La séduction est impossible, et dangereuse. Qui me dira si cela ne se retournera pas contre moi? Je réentends Ed me dire: «I tried so hard to resist you!» J'imagine qu'il voulait dire qu'il avait essayé un peu plus que s'il n'y avait eu aucune barrière. Car tout s'est passé si rapidement. Quelle expérience! Je me revois allumer la

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lumière, le voir étendu sur le lit, me coller contre lui. D'avoir sa bouche contre la mienne. Chacun des détails de sa personnalité refait surface. Son petit case où il range sa brosse à dent, sa soie dentaire. Sa voiture, ses cassettes, on me dirait en admiration totale. Ô Edwin, je revois même le gros ED écrit au crayon feutre sur ta tasse. Si tu a pu sentir que j'étais en érection lorsque je t'ai pris dans mes bras à l'Hôtel des Gouverneurs à Montréal, cela ne me surprends pas. Je pense même que Bruno l'a remarqué, il s'est retourné deux fois pour regarder. Tant pis, j'ai tant besoin de cela, je ne pourrais même pas reprocher à qui que ce soit la tournure des événements. Serait-ce là l'âme soeur? Je n'ai pas choisi Bruno que je sache. J'ai bien pris un an et demi pour ressentir un sentiment qui ressemblait à de l'amour, sans toutefois me transporter à la passion. Que dis-je, j'ai aimé me retrouver dans ses bras ce soir. Si Ed dispaissait, je continuerais très bien avec Bruno. Je vais essayer de ne plus y penser. Ed serait-il l'âme soeur? J'espère que non.

14 mars 1994

J'ai enfin passé à travers le calvaire de Ionesco ou presque. Dieu qu'il se répète, et cela me donne un avant-goût de la France. J'y distingue déjà ce que j'omettrai de mes livres déjà écrits. J'ai aussi enfin posté toutes mes demandes d'Universités, en particulier celles de Paris. Mais je suis trop fatigué pour l'apprécier, et découragé de savoir que je suis peut-être trop tard. Edwin m'a téléphoné hier soir. Bruno était en dépression, mais Ed a rappelé un peu plus tard. On s'est masturbé au téléphone! Mais je ne suis pas venu, et Edwin semblait déçu. Il interprête peut-être ça comme s'il ne me faisait pas d'effets, et cela m'affecte. Mais je suis tant fatigué ces temps-ci. Le temps passe vite, c'est indéniable, il me reste moins d'un mois d'école. Mais le physique en prend tout de même pour son rhume. Bientôt les rhumatismes, je le sens. C'est la première fois de ma vie que je ne désire pas finir l'année scolaire. Je n'ai rien à attendre de l'été, plutôt le désert et l'insécurité. Vais-je travailler? M'ennuyer? Repartir pour Jonquière? Demeurer ici pour Bruno? Et comment va aller notre relation alors? Et Ed dans tout cela? Je le répète, un coup venu, cela m'écoeurait un peu d'attendre qu'Ed vienne à son tour. Je sais cependant que la prochaine fois je serai en monde

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connu, et que j'en ferai plus, le sucer entre autres choses. Je bande à y penser. Il est certain que je voudrais le revoir. Je voudrais même lui parler ce soir. D'où mon besoin d'écrire dans ce journal. J'ai hâte qu'il reçoive ma lettre, en attendant, je souhaite en recevoir une de lui. Le problème c'est aussi que j'ai de la misère à le conceptualiser. Même son visage, je dois faire un effort pour m'en souvenir dans ses moindres traits. Il m'a dit avoir fait un rêve la semaine passée, très réel. J'étais nu dans ses bras, il sentait mes jambes contre les siennes, et il s'est réveillé en sursaut avec un oreiller dans les bras. Est-ce possible? Maybe he's becoming Newyorkais crazy? Mais j'y crois, et je peux apercevoir jusqu'à quel point j'ai laissé ma marque sur ce jeune homme. Comme il est bien de se flatter ainsi. Un jour je ne le pourrai plus, profitons-en. Surtout lorsque je sais que personne ne lira ce journal, mais je serai bien naïf de le croire. Je suis comme André Gide, je n'ai pas d'amour propre. Je laisserais ce journal se faire publier, si cela n'en tenait pas aux gens auxquels je fais mention. Mais à moins de le perdre dans les méandres de l'informatique, ce journal sera publié un jour. Peu importe, je parlais d'Edwin, le beau jeune homme qui n'a plus aucun intérêt pour Cathrine sa copine. Il l'a rencontrée avant hier, et lui a fait comprendre que c'était fini. Il insiste auprès de moi qu'il ne voudrait jamais que par sa faute, moi et Bruno on se laisse. Mais pour moi, il a enfin compris qu'une femme dans sa vie, c'est pas le paradis. C'est triste d'ailleurs, mais ça en prendrait beaucoup pour m'en convaincre définitivement. Car les anciens de l'Université d'Ottawa, que je téléphone en ce moment pour demander de l'argent pour l'Université; Dieu qu'ils semblent avoir une vie plate. Encore que, ma définition de ce qu'est une vie plate prend des proportions inquiétantes. En effet, rien ne va me satisfaire je crois. Ma crucifixion par les critiques, si un jour j'arrive à publier quoi que ce soit, sera peut-être d'un intérêt, mais à entendre Eugène Ionesco, c'est plat. Le succès, c'est plat. Le sexe, c'est plat. Il existe une vie après le succès, et c'est plat. Seul l'argent devient intéressant, et seulement dans le sens où il me permettra de vivre sans faire des choses encore plus plates que ce qui est plat. Paris me réveillera-t-il? Même psychologiquement? Et si Paris était plat? Si je m'écoutais, je prendrais une chire (?) sur la drogue, dure en l'occurrence. On attend tellement de choses de la vie, pourquoi ne nous a-t-on pas dit qu'il n'y avait rien de plus que notre quotidien actuel? Même le sexe ne contente pas!

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Monsieur Vandendorpe sera dans mes rêves cette nuit. Mais il ne sera pas nu avec sa chose entre mes jambes. Il sera devant son ordinateur à me réclamer trois mois de travaux hebdomadaires en retard. Je me déshabillerai alors, lui carresserai le crâne dégarni, et le bedon trop gros, et il me suggèrera d'oublier les futilités du cours. Adieu! monsieur Vandendorpe. Je suis Eugène de Rastignac (pas Eugène Ionesco), et je m'en vais me confronter à Paris tout entier. Je me vois déjà le porte-parole des Québécois en France. Leur rappelant qu'il en existe tout de même huit millions et que ce chiffre, il ne pourront plus l'ignorer trop longtemps. Ah ça oui, ils l'ignorent, et pour cause. Ils s'imaginent que nous sommes semi-français, et encore, des habitants. Les grands auteurs Québécois sont publiés au Seuil, Gallimard et cie, et l'on oublie qu'ils sont Québécois. De toute façon ils sont déjà bien suffisamment Français, et c'est là une preuve que la littérature du Québec n'est pas une branche de la littérature française, mais bien une partie intégrée. Godbout, Hébert, Beauchemin, Thériault, (Tremblay? Bouchard?), ce n'est pas la littérature qui manque.

Et moi, le pauvre, qui nage à contre-courant. Qui est d'avant-garde peut-être, mais peut-être davantage de l'arrière-garde comme dirait éventuellement Ionesco dans ses presque 400 pages de bullshit-justifications. S'il existe des règles en littérature, je suis celui qui vient de les apprendre, et celui qui les a vite oubliées. Dieu merci, je déteste avoir une marche à suivre. C'est plus de travail, et inutile peut-être. Tient, ça me tente de relire René le Bon Gars...

15 mars 1994

J'ai certainement des problèmes psychologiques de ce temps-ci. Je me demande bien ce qui peut me pousser à écrire autant au mois de mars. Hier j'ai encore fait des folies. J'ai bu la moitié de la bouteille de vin que Bruno avait laissée par hasard, et j'ai téléphoné le Edwin à Oswego. Le problème c'est que cette fois-ci je suis venu. Je commence à me sentir vraiment coupable, de tous les sens. Il me semble que je me joue de Bruno, qui parle mainte

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nant un peu plus de me suivre à Paris, de même, je me joue d'Edwin, puisque je vais demeurer avec Bruno. J'amplifie un sentiment qu'il a pour moi, pour rien. Je lui ai dit que je l'aimais hier, il m'a dit de même, en spécifiant qu'il s'agissait d'un trop gros mot. Jusqu'où ira la bêtise? Est-ce que les gens straigt se foutent aussi dans des situations comme cela? Je n'en doute pas, le frère de Sherry entre autres, avait deux blondes en même temps, et je le soupçonne de ne pas s'être posé la question, à savoir, était-il bien de se jouer des gens ainsi. Et si j'en crois ma pseudo-philosophie sur le bien et l'expérience, c'est indéniable que je vais apprendre beaucoup, à faire la distinction du bien et du mal entre autres, mais en faisant le mal. Et le problème commence là où je me sens comme si j'avais outrepassé les limites et qu'il n'y avait plus de retour possible. Comme si j'avais failli totalement et qu'il ne me restait plus qu'à oublier ma philosophie. Mais je crois que ce paradoxe n'en est pas un. L'expérience se fout pas mal de l'humain, de ce qu'il est capable de faire. Coucher avec une ou dix personnes, ou mille, ne changera rien. C'est la souffrance que l'on cause qui compte, et celle que l'on reçoit ou en mesure de percevoir. Le problème aussi c'est lorsque je me mettrais à coucher à tort et à travers, sans m'attacher à personne ni connaître personne. Ce serait là une stagnation, une non-possibilité d'avancement sur la ligne de l'expérience. Les interractions entre moi et Bruno, moi et Edwin, Edwin et Bruno, sont déjà forts complexes. Sinon je n'en écrirais pas autant de pages de journal. Et peut-être éventuellement je serai davantage en mesure de distinguer ce que je dois apprendre là-dedans. Encore qu'il s'agit peut-être de m'orienter vers des décisions plus importantes, comme le départ pour Paris. Si tout semble évident en ce qui concerne le futur, je dois cependant avouer qu'il risque de changer encore. Ne serait-ce que les choses tournent et qu'on ne sait jamais si la meilleure solution qui se présente pour l'avenir consistera bien en la meilleure solution dans six mois. Mais pour l'instant, ce n'est pas inutilement si Bruno a la nationnalité française et qu'il se retrouve devant un vide dans sa vie pour septembre prochain. Je vois bien qu'il me suivra en France, il en rêvait, il en a la possibilité, il en a le désir, encore deux semaines de mars, il dira oui, je pars. Et j'avoue que ce serait bien. J'ose croire que je vais oublier Edwin, arrêter de lui dire des choses qui le feront rêver ou espérer, et me concentrer pour raviver la flamme avec Bruno. De toute façon, j'ai de bonnes raisons de croire qu'elle ne sera pas difficile à rallumer, et je crois que l'étape Edwin est accomplie: me faire rêver à la

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France, me faire courir à l'Ambassade, me tiendre en haleine jusqu'à ce que j'aie posté les lettres de demandes d'admissions. Mais l'avenir m'en dira tant. Il n'y a pas que moi à soutirer des avantages ou désavantages dans tout cela. En attendant, Edwin lui-même traverse une drôle de passe avec sa blonde... il n'y a que Bruno qui semble en retard sur les événements, je ne doute pas que la crise s'en vient.

Mon premier cinq minutes à l'Université fut un rêve. Mais la première heure, un vrai calvaire. La secrétaire du département me connaît si bien qu'elle m'a dit que j'avais un paquet au département. Je dis bonjour à M. Simard, il était de bonne humeur. Je rencontre Pierre-Louis Vaillancourt, il est encore positif relatif au fait qu'il doive m'écrire des lettres de références. Je lui mentionne Paris, et là, la transformation-métamorphose, digne du christianisme, se produisit. «Si tu as besoin de lettres de références, viens me voir!» Ainsi, j'aurai non seulement deux bonnes lettres de références, mais en plus, provenant des deux pires ennemis au département. Ainsi Dominique et Pierre-Louis se détestent, se battent pour la présidence je crois, se cherchent des poux, et voilà qu'ils ne pourront se contredirent sur mon cas, puisque chacun devra normalement prendre ma défense.

En ce moment j'écoute une fille me faire le résumé de Don Quichotte, et Dieu que c'est plate! Il est midi, vais-je survivre jusqu'à 20h30? Impossible. Et le pire, j'ai rien fait à propos de mes travaux pour le cours de Vandendorpe. J'ai un test demain matin plus le plan du travail final en théâtre. Mais demain, il y a mieux: Danielle Forget, à l'intérieur de son cour de stylistique, fera lire mon texte LE PRINCIPE avec l'Hilda la Dame, pour que les gens de la classe l'analysent. Et je dirai ce que j'avais en tête lorsque j'ai écrit ces deux pages. Je serai bien embêté d'ailleurs. Je suis d'abord parti de la théorie des contraires de Socrate: les contraires s'attirent, la vie entraîne la mort, et la mort appelle la vie. Ainsi, tout est doublé pour montrer la dialectique, le mouvement double, avec comme parallèle, la misère appelle la réussite et vice versa. Mais ce n'est pas le cas de l'Hilda la Dame. Cette dernière en plus, est un mélange de moi et de Coco, Claudia qui travaillait à la cafétéria de l'Université. En plus que je substitue Claudia à ma mère, et moi à son fils.

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Si Joël savait à propos de bien des choses. Et je n'ose même pas en parler ici. Cinquante ans après l'Holocauste, je n'ose même pas parler des juifs. Et ce n'est pas comme si je parlais des noirs (d'eux, je n'en parle pas de peur que l'on me taxe de racisme, pire, de peur que je m'accuse moi-même de racisme), mais plutôt que le racisme envers les juifs est encore virulant et effrayant. Et quand je pense que Joël est non seulement juif, mais qu'il est homosexuel en plus, je me demande quels peuvent être ses espoirs de traverser la vie sans rencontrer de problèmes. Il veut repartir pour Jérusalem, ou du moins Israël, il finira en prison, ou mieux, on l'assassinera. L'homophobie est plus inquiétante que l'anti-sémitisme à l'heure actuelle, car aucune charte des droits et des libertés n'interdit à quiconque d'être juifs. Et plusieurs États américains ainsi que la Chine entre autres, nous disent illégaux explicitement. Mes propres voisins ne m'acceptent pas. Je suis jugé telle une menace constante pour les valeurs de la société, jugé et pendu avant même de naître. Cet idiotisme est surprenant, et à les entendre aujourd'hui, sans les lois, on nous tuerait tous sur-le-champ. Mais sur quoi reposent-ils qu'être homosexuel puisse être illégal? Ou plutôt, sur quels principes interdisent-ils qu'il est illégal d'avoir des relations homosexuelles? En quoi cela les concerne? N'est-ce pas une violation de mon être? M'en vais-je chez mes voisins leur dire ce qu'ils sont en droit de faire lorsqu'ils font l'amour? Pire, est-ce que je m'en vais explicitement écrire dans la charte des droits et libertés qu'il leur est interdit de faire l'amour si ce n'est pas dans le but exclusif de faire un enfant? Pauvres Chinois, ils ont droit à un enfant, ils ne feront l'amour qu'une seule fois dans leur vie, peut-être deux si cela ne fonctionne pas, et dans ce cas, ce serait déjà illégal. Mais leurs principes découlent-ils de la bible? Sodome et Gomorrhe? Pas en Chine en tout cas. Eh bien, en ce qui concerne ceux qui ont une charte où c'est dit qu'on ne peut pas discriminer en rapport à l'orientation sexuelle, ceux là, s'ils ne peuvent comprendre le non-sens de leur sentiment, peut-être finiront-ils par le comprendre de force? Non. C'est sans espoir, la bible a laissé sa marque indélibile dans les guerres planétaires, et cela non plus ils ne le comprendront jamais. Il faut peut-être continuer la sensibilisation, Michel Tremblay l'a compris, il va nous laisser toute une littérature sur le sujet. Michel Marc Bouchard aussi, moi de même probablement, si j'ai la chance. C'est impossible de croire que je pourrais me taire sur le sujet. Le crétinisme des sociétés

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est sans borne, surtout lorsque celui-ci a été imposé dès l'enfance et fait encore office d'enseignements. Lorsque l'on se décidera à tuer tous les homosexuels de la planète, ce sera 700 millions de personnes minimum que l'on tuera, et ce, à l'intérieur de chaque société ou religion. Autant prendre un humain et lui arracher 10% de son cerveau. Pas de problème, c'est juste 10%, mais le cerveau fonctionnera-t-il très bien après cela? Je n'en doute pas. Et si l'on me réfute encore ce 10% d'homosexuels, j'attaquerai en disant que chez la plupart des gais, il est impossible de voir à l'oeil nu qu'ils le sont. Et dans tous les groupes d'étudiants que j'ai fréquentés en vingt ans, j'ai toujours pu en identifier un où c'était évident. Toujours. Et même deux parfois. Sans compter que je l'étais moi-même, il y a donc toujours ou presque eu deux homosexuels connus de moi, en chaque groupe de 22 à 30 élèves. Nous sommes déjà près du 10%. En comptant maintenant ceux dont j'ignore qu'ils le sont, on saute certainement le 10%. C'est que ce sujet est tellement tabou. Jamais au téléphone ou en un quelconque sondage, je ne divulguerais une telle information. C'est comme l'histoire des femmes battues dont les sondages estimaient leur nombre à 1% avant de se rendre compte qu'avec un sondage anonyme, on récoltait 16% (En France, article intitulé VIVE LES SCÈNES DE MÉNAGE! de Gérard Petitjean dans le Nouvel Observateur, 3-9 avril 1987). Notons aussi ceux qui ne se l'avoueront qu'à 25, 35, 45 ans, ou même jamais! Ce que le lavage de cerveau peut faire, comme ils souffrent, mon Dieu. Montrez-moi une famille de 10 enfants, et je vous jure qu'il y en a au moins un (souvent deux) qui sont gais là-dedans. J'ai connaissance de plusieurs familles de 15 enfants qui contiennent deux et trois gais ouvertement déclarés. Dans la famille de mon père, 16 enfants, je sais qu'il en existe un qui s'est exilé à l'extérieur de la province d'ailleurs. Mais je pense en connaître un deuxième qui pourrait bien se réveiller un jour, peut-être même qu'il possède sa deuxième vie en parallèle de la première, qu'il jouerait bien son jeu. La famille de ma mère cochonne (Ginette), un ou deux se sont déclarés ouvertement. Celui dont je suis certain, racontais la façon dont on l'a battu à Montréal à cause de son orientation sexuelle. J'en aurais d'ailleurs long à dire sur certains de mes amis qui se sont fait suivre ou battre à la sortie d'un bar (je ne parle pas de ceux (que je ne connais pas) qui se sont fait assassiner à chaque mois, on ne s'en sortirait plus (une quinzaine juste à Montréal, depuis 1990). Prenons juste un autre exemple. Dans ma classe actuelle, mon cours de ce matin, avec M. Lemoine, sur 13 étudiants, quatre le

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sont officiellement (moi inclu). Eh bien, 4/13 nous donne 31% d'homosexuels dans ma classe. Mais nous sommes en Art, paraît-il, il existe davantage d'homosexuels en art. Prenons donc mon ancienne classe de droit, je ne sais plus combien nous étions, et je connaissais peu de gens. Mais j'ai connaissance de deux autres qui le sont, puis des rumeurs pour quelques autres. Sans compter ceux qui se l'avoueront bientôt, et ceux qui le sont mais dont j'ignore l'existence. On dépasse certainement le 10%. Des professeurs à l'Université? J'en ai connu au moins quatre qui l'étaient, et dont les gens en parlent. Même chose au Collège. J'ai même parlé directement avec eux, ou rencontrer dans les bars gais, ou mes amis les ont rencontrés. Vous voyez, une personne sur dix qui est homosexuelle, est un chiffre réaliste, et minimal. Si les tabous disparaissent un jour, la population comprendra enfin qu'elle ne peut s'amputer d'un 10% de la population. Et même, si elle ne le comprend pas, nous, serons dans la capacité de les rendre impuissants face à nous! [23 mars 1994: J'ai parlé avec Joël à propos du pourcentage de gais, il m'a dit qu'il croyait qu'au Québec ce pourcentage selon lui dépasse le 40%. Dans sa classe de séminaire, il a couché avec six gars sur 22. Mais cela est juste un exemple, on pourrait rétorquer que plusieurs gais prennent le chemin des séminaires, bien que ce ne soit pas là un fait vérifiable, c'est habituellement les parents qui décident pour les enfants. Mais enfin, on pourrait rétorquer que ces hommes qui se retrouvent ensemble finissent par se désirer l'un l'autre, mais à ma connaissance, je ne finirai pas par désirer les filles si l'on me place dans un groupe de filles pour cinq ans. On est gai où on l'est pas, puis il y a les degrés entre l'être ou le pas être... bref, partout Joël constate qu'il y en a beaucoup, et selon lui 40% de la population au Québec. Et cela est possible, si héréditaire. Mon grand père l'est, il ne faut plus me le cacher, il loue des films porno gais depuis 10 ans, il se faisait sucer par les petits gars dans le bois, le sujet est tabou, mais j'en ai su suffisamment. Pour Bruno, c'est la même chose, son grand-père, sa mère croit qu'il était gai. Si au Québec les premiers arrivants étaient gais, il est possible qu'un plus haut pourcentage de gens soit homosexuel. J'ai d'ailleurs vu des statistiques, paraît-il, plus de 50% des hommes au Québec ont déjà eu une relation homosexuel au moins une fois dans leur vie. Edwin nous disait que Montréal était reconnu pour être une ville gai fort intéressante en Amérique du Nord, et plus intéressante que New York. Je suis d'ailleurs toujours surpris de voir cette

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communauté gai à Montréal, ils vivent sans se cacher, aux yeux de tout le monde, ils ont leur magasins, leurs bars, et ce n'est peut-être pas comme cela partout. À Ottawa c'est déjà beaucoup plus caché. Le Tactiks, le 380 Bank et le B, ont tous les trois des entrées cachées ou entrées arrières, ce qui est plus dangereux. Mais bon, je ne vais pas commencer à faire des statistiques, mentionnons toutefois qu'il n'est plus possible de parler d'un simple 3% de la population qui serait gai, ils sont au moins 1 sur 10 au minimum, et il faut bien être gai pour s'en rendre compte.]

Le message de Dieu, épuré et se limitant à l'amour, est le plus beau cadeau que l'on peut offrir à l'humanité. Mais la religion est le pire des poisons que l'on peut offrir à l'humanité. John Lennon l'a dit, il en est peut-être mort. Je vois aussi en les États-Unis d'Amérique un pays fort intolérant. Cette terre de liberté, une fumisterie gigantesque, l'est seulement pour l'homme et la femme de race blanche d'origine Anglaise, et encore, ils ne me semblent pas être libre d'être libre.

J'ai avoué à Joël que j'avais couché avec Edwin. Je me demande comment le gros message moraliste qui précède pourra passer entre deux discours sur l'infidélité. Je réponds que l'infidélité est commune à plusieurs humains, gais ou straigt. Mon père lui-même et la quinzaine minimum de femme mariées avec qui il a couché me le prouve. Bref, j'ai dit à Joël... et on dirait que ça me rapproche d'Edwin. Je crois que je m'en vais maintenant atteindre un comble en disant que moi et Joël on parlait d'une éventuelle relation entre lui et le Sylvain Simard, notre prof commun. C'est vrai qu'il est bel homme, mais straigt. N'empêche qu'après sa mort, on n'entendra pas parler de lui. Malgré qu'il est en première page du journal le Devoir de voilà deux ou trois semaines à Montréal. Histoire de scandale de voyage-pot-de-vin en remerciement de quelque chose en rapport avec le parti du Bloc Québécois. Tient, c'est rare que je parle de politique canadienne-québécoise dans mes écrits. Et il est marié à Dominique Lafon, qui en est déjà à son troisième mari aux départements de théâtre et de littérature. Je me demande s'il y a eu sexe (consommation) avant le mariage. Mais que puis-je lui reprocher si pour faire taire les bruits elle s'est remariée sans cesse? Comme elle

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fulminerait en lisant ceci! C'est de toute façon ne pas lui rendre justice en parlant ainsi. Je ne rends d'ailleurs justice à personne lorsque j'écris ici. Et je n'en ai nul besoin puisqu'il s'agit de pensées, et que l'on ne peut empêcher les gens de penser sous les lois actuelles de notre actuel gouvernement (je crois). Et je ne crois pas que les pensées des autres se distinguent par une vertu exemplaire. La seule chose que l'on pourrait me reprocher, c'est d'écrire ce que je pense, alors qu'il faudrait le taire. Mais remarquez qu'à l'origine, je ne désire pas publier ce journal, après ma mort peut-être, car il fera tout de même réfléchir les quelques personnes qui le liront, et cela aidera peut-être à comprendre des choses. Ça est important (la littérature).

J'ai rencontré Vandendorpe au Pivik. God! C'est fait exprès! Je devrais l'accuser: «Il fait exprès!» Mais comme je me raccroche à la destinée, cette rencontre était donc prédestinée. Comme je pourrais être à côté de la track avec ma belle philosophie un peu pas mal à la Rose-Croix. Le secret, c'est de se remettre sans cesse en question. S'enfermer dans une idéologie, c'est la mort assurée. Et comme dit Ionesco, quand un mouvement devient trop généralisé, c'est le temps de le remettre en question et de regarder à côté.

Edwin me disait hier qu'il voudrait faire l'amour pendant quatre heures avec moi, prendre son bain/douche avec moi, se retrouver dans mes bras, là mon rêve. Oui oui oui! Quel doux souvenir je garde de lui. Et il voudrait devenir végétarien, trop beau pour être vrai. En effet, Bruno m'a téléphoné ce soir. Pauvre lui. Comme il semble dépressif, il se rend compte que je l'aime moins de ce temps-ci. Ça m'a donné un choc, je crois que je l'aime. Je souhaite qu'il devienne un rien plus nostalgique-romantique, pour que je puisse revenir à lui plus facilement. Je suis déjà si loin. Mais chaque fois que je le reverrai, je me rapprocherai de lui. En attendant, je me demande si je vais poster la lettre suivante à Edwin? (Je crois que oui.)

Deuxième lettre à Edwin

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15 mars 94

Salut ô Ed!

La vie est plate. Je suis dans mon cours de M. Vandendorpe, ça dure trois heures et je lutte pour ne pas ronfler. Dans ces temps je ne fais que penser à toi. Dans tes lettres, parle-moi de ton passé. D'où tu viens, qui tu es, pourquoi toi et ta soeur étudiez à Oswego et non à New York, etc. Pourquoi tu étudies la littérature française? Pourquoi ne resterons-nous jamais dans la même ville? Sinon Paris? Tu ne pourras pas trouver un travail en passant par les autres (Alban, ton prof à la Sorbonne). Tu dois trouver toi-même du travail en France. Mais pour être professeur, ce sera difficile. Peut-être tu peux t'inscrire à l'Université de Paris? Quand donc te reverrai-je? Tu m'as promis de faire l'amour pendant quatre heures, puis de prendre un bain avec moi. Je ne peux penser à autre chose, mais tu sais, je me contenterais de ta présence, ta senteur, et de te prendre dans mes bras. Ah! Si je pouvais ressentir la même chose avec Bruno... Quand donc vas-tu revenir? Et serons-nous seuls? Bruno se rendra-t-il compte de quelque chose? La solution serait de laisser Bruno, j'en serais incapable, sauf si je me rends compte que tu es mieux (je dois te revoir pour cela) et aussi, je dois pouvoir te voir souvent, ce qui me semble impossible. Il nous faut nous contenter d'une relation d'amitié à distance. Et espérer se voir quand il est possible. Si tu reviens, cela ne me surprendrait pas que Bruno veuille que tu ailles chez-lui. Ah, Ed, tout nous sépare, et j'ignore quels pourraient-être mes sentiments envers toi.

Tu imagines, si nous serions tout les deux à Paris? Ce serait merveilleux. Ô Ed, j'aime tout en toi. La vie est cruelle, je suis face à un avenir incertain, je ne sais plus quelle place occupera Bruno, mais je sais que je veux être ton ami, mais pas un ami comme les autres. Jamais je ne voudrais que tu te forces à m'écrire ou m'appeler. Moi aussi j'ai en moi un endroit qui t'es réservé, et chaque fois que l'on se verra, mon coeur battra plus fort. Trouvons un terme approprié: nous sommes special-friend, des amis spéciaux. En français on dira aussi special-friend. So you're my special-friend, ô Ed, pour longtemps j'espère. Il est tellement rare de rencontrer la bonne personne. Moi aussi j'ai gardé ce souvenir lorsque je t'aidais

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en grammaire à Paris. Comme j'étais déçu lorsque tu m'as montré la photo de ta blonde, en plus, je la trouvais laide (excuse-moi, c'est sûrement la jalousie). Mais que vient faire la jalousie là-dedans. Tu as droit à ta vie, et moi la mienne (malheureusement). Il me faut te voir au plus vite, je veux te voir! Reviens bientôt, invente-toi un prétexte, ou viens à l'insu de Bruno... Je veux me retrouver avec toi, en caleçon et T-shirts, puis nus. Edwin, je voudrais t'embrasser, dans le cou, toucher ta peau, te flatter le menton, te regarder l'intérieur de la bouche, voir ma réflexion sur tes dents, et puis le reste, je te laisse l'imaginer. Je te laisse, je t'aime (le gros mot) ô toi my special-friend,

Bye!

(19, rue Lathoap street, 13126, Oswego, New York, U.S.A.)

(315) 342-4348 (Oswego) (914) 968-6495 (New York)

16 mars 1994

Comme cette lettre est puérile. C'est la première fois que j'utilise ce mot, mais aucun autre n'aurait ici sa place. On accuse souvent à la puérilité, l'innocence, la naïveté, l'inexpérience, etc. Mais lorsque nous en sommes conscients, les accusations tiennent-elles encore? Conscient et ne rien changer à ses actions, qu'est-ce que cela signifie? Vive la puérilité!

Je suis d'humeur massacrante. John m'a reproché des banalités, je lui ai presque sauté au coup (pour l'égorger). Ses banalités, qu'il les garde donc. Lui qui ne parle jamais, je le sais très bien que lorsqu'il parle, c'est que le problème est beaucoup plus généralisé, et surtout, ailleurs. Et le problème n'est pas dur à voir. Il n'en veut plus de ses roomates qui détruisent sa maison. Et puis, son copain Neil voudrait nous sortir de la maison. Il prendrait ma chambre? C'est définitivement la fin de mon bail, à la fin de l'été, Paris ou non, I'm out of the house. Non pas que je ne veux plus affronter les problèmes, mais que j'accepte le fait que cela fait plus d'un an que John cherche à se débarrasser de sa visite, et que c'est le temps que je le comprenne. Il n'a jamais osé faire l'amour avec Neil while we were here. They absolutly need everyone to be out of the house. Is this because he's Italian? Catholic maybe?

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Non, j'exagère, mais il est tout de même prude le John, et c'est aussi la première fois que j'utilise ce mot. Mais vaut mieux être puéril et conscient que prude et inconscient! Bon, les vacances sont finies.

Dur à croire? Il me reste deux semaines de cours, plus une demie. Les gens commencent à espérer la fin. Moi je m'en fous. Je ne vois pas très bien comment je vais faire tout ce que j'ai à faire, et je ne sais pas ce que je vais faire lorsque ce sera fini. On dirait que je ne puis attendre pour partir vers Paris, mais je dois avouer que je suis conscient que je serai déçu. Que je me réveille à Paris ou Ottawa ou Montréal, n'est-ce pas la même chose? Plus de chance de réussir à Paris peut-être, même pas, et certainement bien des dépressions. Paris is maybe not that good, and that's what I'm going to discover. So I shouldn't be that impatient to go there. Just see things when they come. Cette nouvelle passivité sur ma vie, qui me permet d'arrêter de penser, et de me lancer et subir l'environnement, en espérant qu'un jour cela va se terminer, I'm sick. Sick sick sick. Je n'ai pas même cette impression d'avoir terminé quelque chose avec mes études. Et même si cette année ce serait le Doctorat que l'on me donnerait, cela ne changerait rien. Quel est donc mon problème? Je veux rien savoir de la société, je ne veux que m'isoler loin, très loin. Retour autour du Lac-St-Jean peut-être, hors de ville ou village, ça c'est de l'isolement. J'en ai assez de tous ces gens que je rencontre chaque jour, que je téléphone sans cesse, j'apprends peut-être des choses, et je n'en vois pas le but. Le bien, le mal, fuck it. 21 ans à essayer de faire le bien pour finalement aller tromper Bruno. Que me voilà donc bien préparer pour ma vie de Saint homme. «Mais la contradiction est saine pour celui qui essaye d'adapter l'Univers à ses principes.»

Et si je me tirais une balle ce soir?

17 mars 1994

Fuck que les jours passent vite. Hier j'ai entendu un méchant discours de Monsieur Ahmed Sdiri, notre poète Marocain. Selon lui et une autre étudiante, les Français n'auraient

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jamais rien inventé, ils auraient puisé leurs sources dans la littérature Allemande. En particulier Sartre. Cela me désole, j'aimerais croire le contraire, d'ailleurs, on peut s'inspirer de sources, et extrapoler davantage, on a encore du mérite. Mais en un autre sens, cela m'encourage. Ils ne sont pas mieux que moi. Si je n'ai pas la culture Allemande en arrière, ou si peu, ils n'ont pas non plus des qualités extravagantes que je ne puis atteindre. La France, mon nom y ressortira un jour. Mais mon seul avantage est d'avoir pu en vivre, m'y consacrer chaque jour. J'ai pour mon dire que pour écrire une grande oeuvre, il faut avoir lu sur un sujet en particulier. Travail de résumé et de synthèse, mais certainement une nouvelle ouverture sur le sujet, plusieurs si possible. J'ai beaucoup à lire, mais j'ai déjà une bonne base. Et si je n'ai que 21 ans, au moins, je pourrai écrire directement dans la fiction sans connaître la planète et ses écrits.

18 mars 1993

J'ai dormi chez Bruno. On a fait l'amour comme deux déchaînés deux fois. Cela me redonne-t-il espoir à Bruno? Je crois que oui. Je vois de moins en moins, peut-être que j'essaie de m'en convaincre et cela ne change rien, à moins que de me mentir soit inutile, mais je vois de moins en moins ce que j'ai à attendre, pour l'instant, d'Edwin. Il me décourage un peu plus chaque jour par son éloignement, cela me facilite la tâche pour l'oublier. Entre autres, je peux me rabaisser sur le fait qu'il a couché avec trop de monde, embrassé six gars en un seul soir à Montréal. Il a couché avec un christ de laite, une LOQUE Humaine! (Je ne l'ai jamais vu.) Et que dirais-je encore pour l'oublier... rien à faire, j'ai toujours ce petit espoir de le revoir. Mais Bruno m'est devenu soudain moins important, j'ai même besoin d'un éloignement (je n'arrive pas à croire que je puisse penser cela). Je crois que je vais partir pour Jonquière cet été. Même si alors il me faudra être loin et de Bruno et de Ed. Et s'il m'écrivait une lettre?

Comme l'été me sera pénible à Jonquière! Mon père me reprochera chaque jour de ne pas me chercher un travail, et moi, je ne veux pas passer mon été à chercher un emploi,

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surtout que je retourne à Jonquière pour éviter de travailler ici à Ottawa. Et puis surtout, je dois écrire un chef d'oeuvre cet été (tu parles!). Loin de Bruno et Edwin? Près de mes rêves et ma muse. Monter moi-même ma pièce de théâtre cet été à Alma? Des projets de fous, sans argent, sans espérance d'en retirer de l'argent.

J'ai parlé avec des filles de mes cours, au 216, cela me redonne confiance en l'avenir. Mes écrits ont peut-être un intérêt au-delà du bureau de M. Yergeau (là, ils retournent à la Terre). Le coup d'envoi fut donné dans le cours de Mme Forget, on parle de moi, de mon texte, avant-goût de mes délires elliptiques à la Cendrars peut-être comme dit Joël. Voici une conversation échangée avec Mireille dans le cours de Mme Bourbonnais (faut croire, on travaille pas fort là-dedans):

(17 mars, Mireille commence à parler)

-Je suis allée chez le médecin hier:

otite

virus bactérien

rhume de cerveau

infection vaginale

-Il devait être content, tu ne lui a pas fait perdre son temps. Je t'envie, j'ai toujours voulu être aussi malade. (Je suis romantique, je dois mourir à la fin de mon oeuvre). Malheureusement, je ne peux que me plaindre sans raison. Profites-en pour te lamenter, tu ne seras peut-être pas toujours aussi malade. Entre autres cet été... (Elle veut laisser son chum Nedko et retourner chez ses parents. Elle hésite.) Rien de grave j'espère?

-Non. Malheureusement.

-Tu as déjà lu ma petite nouvelle «Le Principe» à propos de l'Hilda la Dame? Je voulais faire un exposé là-dessus dans le cours de Mme Forget. Mais elle a plutôt voulu le remettre aux gens (ce mercredi), l'analyser avec les étudiants, puis j'en ai parlé après. Beaucoup de retentissement, on parle encore de moi au département. Beaucoup trouvent ça fort intéressant, et ce n'est pas un éditeur qui parle...

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-Wow!

(Fin de message)

J'ai parlé avec Sylvie et Adeline (une française). Cette dernière veut venir au théâtre ce soir ou demain avec moi et Bruno. Ionesco, le Roi se meurt, ce n'est pas peu dire, le nom écrase mes neurones, mes nerfs se verdissent, les tempes de mon cerveau disparaissent. Je m'en vais assister à la naissance du néant, l'incarnation de l'absence. Ionesco m'en voudrait s'il m'entendait penser cela. Je brûle de lire l'oeuvre de Ionesco, mais je n'en ferai rien. Je vais lire Rhinocéros et allez voir la pièce du Roi qui se meurt. J'en aurai une bonne idée, puisque j'ai vu la Cantatrice Chauve et la Leçon au théâtre la Huchette à Paris. C'était la première fois que le théâtre me faisait me lever de ma chaise. J'ai applaudi (moi qui en ai perdu l'habitude et qui m'est devenu maintenant un exercice souffrant). J'en suis ressorti la tête pleine d'idéaux, mais cette motivation s'est perdue loin de l'Absurde, en admettant que Ionesco ne se retournera pas dans sa tombe à la prononciation de ce mot. Parfois j'ai de la misère à croire qu'il est encore vivant. Motivé peut-être pour La Légende de Val-Jalbert, sûrement pour les Piliers peut-être, encore que j'en reste à la motivation, pas l'inspiration. Puis-je écrire de l'Absurde? Ai-je vraiment besoin de me poser la question? L'oeuvre elle-même que je veux écrire me dictera sa voie. C'est stupide, c'est seulement en 4ième année de littérature que je me rends compte qu'il y avait des gens intéressants là-dedans. Je pense à Nathalie Petit, Joël Cyr, Adeline, Sylvie, Nathalie Leduc. Cette dernière est un cas particulier. J'ai toujours voulu m'en rapprocher. Elle avait ou a beaucoup à m'apprendre, mais dirait-on, on a jamais eu le temps. Bizarre comme elle l'est, cheveux longs jaunes au printemps, verts en été, orange à l'automne, culottes entièrement faite de pièces rapiécées. Sa littérature à la Boris Vian ou à la pataphysique d'Alfred Jarry, me montre une voie. Mais n'ai-je pas trouvé ma voie moi-même? M'inspirer de la Pataphysique, je ne suis pas certain. Je peux admirer l'histoire du Scratipoint de Natali, car je ne cherche pas à faire la même chose et n'en suis pas jaloux. Au contraire, cela me motive. Et l'inspiration que je peux y trouver me dicte surtout que je peux écrire n'importe quoi, n'importe comment. Aucune limite ou barrière ou système. Mais chaque idée doit être élaborée en elle-même et compor

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ter un message symbolique original (je ne veux pas me limiter à ça, mais pour mon prochain livre, oui).

Il me serait peut-être important d'esquisser les bases du genre que j'écris, veux écrire et écrirai. Si je veux élaborer et aller au-delà de ce que je fais.

Les Piliers

Les piliers me semblent être forts symboliquement et réussis en rapport à ce que je cherchais à faire. Les piliers sont déjà les écrits bibliques, les livres religieux, les livres de lois, la voix des autorités, des médias, de la littérature, puis de l'écrivain en lui-même. Le voilà confronté à autrui, à son passé, puis doit tenter, comme dans l'essai, d'exprimer des opinions et sentiments. L'ironie est que les Quatre Piliers se contredisent, parlent à tort et à travers, et proviennent tous de la même source, l'auteur. Comment donc faire la justice dans tout cela? Contexte enlevé, référents partis, nous n'avons que les conclusions-affirmations venues de nulle part. Quand bien même nous aurions eu le contexte, comment aurions-nous pu juger, interpréter les dires. Personne ne saura vraiment ce qui a été dit, et les interprétaions possibles à ce qui a été dit. Et les Quatre Piliers représentent ces voix que l'on entend, et l'épilogue montre cette impossibilité de faire justice sur les piliers et par conséquent, la stupidité d'essayer d'analyser le contenu, et surtout, de l'utiliser à des fins personnelles ou collectives. Je pense aux religions, aux courants idéologiques et politiques. En fait, il faut toujours prendre une distance avant de juger, de critiquer ou d'employer des écrits à titre d'arguments ou de justifications. Je ne saurais ne pas mentionner que les Piliers sont une réponse à tout ce que l'on pourra dire d'une quelconque lecture ou analyse de La Révolution, la trilogie de René.

20 mars 1994

J'ai beaucoup de choses à discuter. À tel point que je me demande si ce n'est là le fruit du mois de mars ou le conditionnement de parler de chaque chose qui m'arrive, que

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d'avoir autant de chose à dire ou à analyser. Je devrais toujours tenir un journal. Cela m'aide à comprendre des choses, et m'inspirera pour ma littérature à venir. Pour en revenir à Ionesco, il parle d'avion dans sa pièce, et l'on nous a ramené une chaise roulante. J'ai failli crier à l'anachronisme! Je ne pourrais dire que la pièce n'est pas bonne, car bien intelligente. La mise en scène, je vois difficilement comment elle pourrait être mieux ne connaissant rien à cet art. Les comédiens overeacted et cela ne m'amuse pas. Le théâtre à l'Université d'Ottawa ne changera pas de sitôt, on y apprend comment faire avec le théâtre, du théâtre. Je ne voudrais pas sombrer dans le réalisme, mais l'artifice des acteurs me rappelle que des enfants inexpérimentés pourraient peut-être en arriver à un résultat même. Mais je ne dirais pas cela tout haut. Car point certain de mes dires et puis, le théâtre c'est difficile. Mais la réussite tient en la multitude des détails et le rythme. La pièce avait ses longueurs, et si je n'ai pas été soulevé de ma chaise comme lors de la Cantatrice Chauve, j'ai bien souvent regardé ma montre pour en voir la fin. Je n'accuse pas Ionesco, ou du moins, je ne veux l'accuser. Ce que dit Claire Faubert au département de théâtre et directrice du Trillium, que les gens ne sont plus capables de durer un spectacle d'une heure trente, est faux. Les gens ne sont pas capables de durer une heure si le spectacle est trop fade pour les tenir en haleine. Le problème c'est qu'Hollywood pousse cette idée à l'extrême. Hollywood et les règles classiques du théâtre, qui, si elles ont éclatées avec le théâtre de l'absurde, sont d'un côté encore bien présentes en l'esprit des metteurs en scène Québécois (Théâtre du Nouveau Monde, Quat'sous, CEAD), et d'un autre côté conduisent à l'ennui total. J'ai vu ce à quoi Ionesco s'insurgeait dans Notes et contre-note à propos du théâtre de son temps. Et j'ai eu l'impression que de rendre les discours absurde ou sans sens, faire éclater le temps et l'espace ne suffisait pas, qu'à la limite, il n'y avait aucun changement d'avec les autres pièces, à l'oeil. Je pourrais l'accuser de théâtre didactique. Mais le texte est génial, il n'y a pas à hésiter. Je veux revoir cette pièce par une équipe professionnelle, je suis convaincu que ce sera aussi bon que la Cantatrice Chauve à Paris. Il manquait les décors qui devaient disparaître à ce que l'on m'avait dit dans les pièces originales. On peut changer une mise en scène, mais pas en la régression. Les acteurs se sont trompés un peu, je m'en fous, c'est du théâtre, et universitaire. Je donne un B, comme c'est la mode chez mes professeurs. Non, je ne juge pas ou ne veux pas juger, je réfléchis.

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J'ai vu dans le journal puis dans une description de ce qui s'en vient au département, deux pièces qui reprennent, et même pas symboliquement, l'absurde de deux comédiens placés sur une scène, enfermés, et réduits à leur plus simple expression de comédiens qui doivent faire un spectacle. Pastiche de Beckett ou de Ionesco? En sommes-nous réduit à subir le mise en abyme jusqu'à ce que le théâtre n'en porte plus aucun intérêt? Lafon le disait, quand un théâtre commence à se questionner sur lui-même, ou sur le genre qu'il fait, c'est la fin. Oh, me voilà devenu le pire des critiques. Heureusement, je n'écrirai jamais publiquement des critiques comme cela, et je ne voudrais pas que l'on puisse dire ces choses dans un quelconque journal ou critique à propos de ces pièces. Cela enfermerait l'esprit, détruirait le travail honnête des gens qui ont travaillé au projet. Si je ne vois pas l'intérêt de réécrire En attendant Godot, c'est que je l'ai surétudié. Mais qui ne connaît pas Beckett, appréciera le spectacle. Laissons les gens entendre et voir ce qu'ils veulent, ce qu'ils cherchent. Orientons les peut-être, mais pas dans l'abyme, vers une meilleure compréhension peut-être, mais pas de destruction ou de réduction de sens. Je n'ai même pas digéré le paragraphe explicatif de la pièce Le roi se meurt de Jérôme St-Denis, le metteur en scène. S'il avait lu le livre de Ionesco notes et contre-notes, il aurait mieux dit, et moins réduit. Ce qui me fait voir que tout est important. Si on leur donne un seul moyen de nous critiquer, nous sommes fichus, ils ne manqueront pas leur chance, ils veulent de la perfection, rien de moins. C'est lorsqu'ils n'ont plus rien à redire qu'ils n'ont plus le choix de crier ou d'admettre la réussite. Et encore, si les préjugés n'avaient pas déjà écrit la critique avant même de voir la pièce. Je suis entré avec une attente impatiente de découvrir Ionesco et l'Absurde, et je donne raison à Ionesco: on a un peu oublié la pièce en tant que tel dans la littérature qui accompagne la pièce.

Nous avons été prendre un café moi, Bruno, Nathalie Petit et Adeline. Au café Nicole. Ce fut bien, nous avons bien ri, parlé de tout sauf de la pièce de Ionesco. J'espère qu'aucune de ces filles ne s'intéresseront éventuellement à moi, mais notre conversation fut intéressante. Je ne sais pas ce qu'elles pensent, j'espère aussi qu'aucune ne croit que je m'intéresse peut-être à l'une ou l'autre. Peut-on encore parler avec une fille sans qu'elle s'imagine

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que l'on pourrait être intéressé? Je n'en sais rien. Mais Nathalie aurait de bonnes chances de le croire. Sans m'en rendre compte j'ai dit des choses comme quoi elle m'intéressait. L'ambiguité provient toutefois que c'est comme amie qu'elle m'intéresse, pas par amour ou désir. Mais j'avoue que c'est le genre de fille que je voudrais si je n'étais pas gai. Mais il n'y aucune possibilité que je pourrais la désirer sexuellement. Comme un homme straight qui pourrait admirer un autre homme straight, pour certaines raisons, comme par exemple, si l'autre représente ce que l'on voudrait faire ou être, sans en avoir le courage ou la possibilité. J'aime le côté sportif et courageux de Nathalie. Prête à partir en bicyclette autour des Pays-Bas, God, elle a bien pu en plus y rencontrer un bel homme, encore perdu aux Payx-Bas. Le pauvre et la pauvre.

Hier j'ai été dans un party chez Cameroun avec Bruno. C'était la fête de ce gars qui s'intéresse à Bruno. Deux gars portaient des kilts, ces petits jupes écossaises, et nus en dessous, pour qu'à l'occasion on puisse voir leurs parties. Oh mon Dieu, Edwin et Bruno ont pris le bord, j'ai bondi au plafond. Me voilà devenu digne de Sodome et Gomorrhe, j'aurais sauté sur Cameroun, là, dans sa chambre, ou même devant tout le monde. Aujourd'hui j'y pense déjà un peu moins. Il s'agit de sexe, et rien d'autre. Quoique les sentiments viendraient rapidement, je le sais. Mais pour l'instant, moi, je n'ai aucun moyen pour les mythifier, me les rendre nostalgique. Edwin j'ai la France, Paris. Et même les États-Unis, New York. Voilà donc le triangle de l'Histoire Américaine. Quelles sont donc les interractions entre la France, les États-Unis et le Canada? Tombe t-on amoureux de quelqu'un parce que l'on aime tel pays? Edwin m'a répété qu'il aimait mon côté Français, que je suis comme les gens en France (!), et qu'il avait découvert en Montréal ce qu'il recherchait, et même mieux que la France (!). Que le mythe devient séduisant. J'ai couché avec un Américain, et qui parle français. Une contradiction vivante. De voir que je pourrais coucher avec une multitude me fait comprendre que c'est pas mal tout du pareil au même. Lorsque j'ai couché avec Edwin, mes sentiments étaient confus. Je tenais un autre corps que celui de Bruno. J'ai fini par oublier le parfum avec le temps. Jamais je n'aurais cru que le parfum puisse être si aphrodisiaque. Je n'ai même pas une photo d'Edwin. Mais j'ai l'impression de toucher la

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multitude, d'atteindre le monde et l'humanité. Comment dire, se sentir dans l'action. Se débarrasser de cette impression solitaire, de rejeté, loin du monde et incompris, me voilà qui va vers les gens, qui vois en chaque rencontre, une banque d'informations, d'expériences, qui me font du sens. Quelle sensation j'ai depuis un temps, de vouloir sauter dans les airs, exploser, crier partout, une joie de vivre, ou un désir de vivre, qui se compense par l'échange avec les gens. Enfin, je m'autosuffis, sans attendre de quelqu'un un quelconque salut. Je vois Adeline qui s'accroche à nous, veut des amis, Edwin qui me dit ce que l'on me répète depuis longtemps, avec moi, on ne s'ennui pas, on voit en moi celui qui apporte l'action, the entertainer. Ma soeur est du style aussi à rendre aux soirées plates, un intérêt qui fait que l'on attend plus de l'extérieur un sauveur. J'ai longtemps cherché un Luc Villeneuve qui s'autosuffit, qui donne l'impression qu'en étant avec lui, on ne manque rien de ce qui se passe ailleurs. Je suis donc cet ailleurs, à m'autosuffire, Dieu peut mourir. Encore que j'ai l'impression d'en manquer des choses. Bruno ne remplit pas ce vide, et moi je ne puis le remplir pour moi. Edwin? Ça reste à voir. Cette personne existe-t-elle? En la multiplicité peut-être? Sur l'instant, Untel remplira le vide? Ce Untel changera avec le temps? Qu'ai-je donc à attendre de la vie? D'autrui?

Sylvie, on me la répété plusieurs fois, elle-même le dit sans cesse, se cherche. La femme de 35 ans, aux enfants de 10 et 13 ans, divorcée, qui n'en peut plus d'attendre sa liberté pour vivre, voyager, étudier à Paris peut-être, et qui se cherche. Elle n'en peut plus d'attendre, elle a 35 ans, elle doit absolument faire ce qu'elle doit et veut faire, elle a 35 ans et n'a plus de temps à perdre. La limite est atteinte, le gouffre s'en vient, vite-vite-vite, il me semble voir là la façon la plus rapide d'atteindre le ravin. Elle se cherche. Et que veut dire cette expression? Elle est en crise d'identité, and so we are, en crise d'identité. Le gros mot. Le Québec se cherche, les Franco-Ontariens se cherchent, la France se cherche, les États-Unis se cherchent, se trouvent peut-être aussi, en la multitude. Ceux qui se trouvent, souhaitent détruire ceux qui se cherchent, ce qui n'est pas pour régler le problème de ces derniers. Ku Klux Klan, nous savons qui nous sommes, nous savons qui vous êtes, nous allons nous débarrasser de vous, car il est important que nous puissions demeurer ce que nous sommes, puisque nous avons découvert qui nous étions, et rien n'est pire que de se chercher

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une identité. Les juifs trouveront leur voie si ce n'est déjà fait. Ils ont l'étiquette, ils sont juifs, à anéantir, et sans raison? Ils possèdent dit-on, ils manipulent dit-on, ils ont un pouvoir sur l'économie dit-on, sur les gouvernements, dit-on peut-être (je suis loin du problème). Sylvie se cherche, so do I. Et les Ku Klux Klan ne se chercheraient pas? Une gang de suiveux, de conformistes à un chef peut-être, se laisser entraîner à tuer pour aller pourrir en prison ensuite? Suivre des chefs peu subtils, criant à qui veut l'entendre qu'ils tueront tout le monde, comment alors se croire en sûreté et capacité d'accomplir notre mission? Propagande nécessaire pour attirer de nouveaux moutons. Mais ces moutons, ne se cherchent-ils pas? Quelle peur les pousse à suivre ces chefs, à agir par admiration ou peur de ces chefs. Et ces chefs, d'où provient cette haine pour toute une collectivité? Ne provient-elle pas d'expériences personnelles et isolées qui n'ont rien à faire avec l'humanité? Le gars prêt à faire sauter la planète parce qu'il a essuyé un petit échec dans une cabane à patates frites? Tout les moyens sont bons pour soutirer de l'argent, ou avoir des pouvoirs, se croire important (base de nos sociétés, la compétition pour la richesse et le prestige). Et nous serions surpris d'avoir élevé des prêts à tuer tout le monde pour se faire servir et admirer par une gang apeurée? Avouer ses échecs, avouer ou chercher ses vraies motivations, voilà déjà un bon pas pour l'humanité. Se comprendre d'abord! Comprendre les autres ensuite. Le seul message que j'aurais pour ces membres du Ku Klux Klan, c'est celui de se demander ce qu'ils cherchent vraiment, le pourquoi de leur mouvement, leur motivation ou problème en cause. Une haine, ça se justifie, rationnellement. Si leur seule motivation est de s'approprier le pouvoir, la richesse, la servitude, leur haine est injustifiée. On déteste pour que les gens détestent, pour faciliter l'action. En fait, les motivations sont ailleurs, et les moutons ignorent ces motivations. Ou au contraire, en sont trop conscients. Vivre et laisser vivre, quelle belle expression qui n'a jamais été entendu de personne. D'aucun peuple ou pays, et surtout pas des États-Unis. Qu'avons-nous à attendre d'autrui? La servitude certains pensent. Eh bien pas moi! Je tuerai moi aussi, non, je serai plus subtil et j'atteindrai mes fins. En attendant, qu'ai-je donc à attendre d'autrui? En attendant, je pourrais vivre et laisser vivre. Ainsi donc, il ne me reste qu'à me chercher.

Voilà que je rentre en dépression. Je viens de téléphoner Edwin. Il n'a pas reçu ma

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lettre, un de ses amis est arrivé chez-lui, d'Allemagne, il est là jusqu'au quatre avril, empêche Ed de m'écrire, de me parler... je dépressionne sans raison, je ne peux rien attendre d'Edwin, mais il s'est justifié pendant cinq minutes à propos de ce qu'il ne m'avait pas téléphoné et me disant qu'il n'avait pas arrêté de penser à moi. Les justifications détruisent tout. Elles font penser qu'il a des comptes à rendre, alors que je ne peux rien exiger de lui. Cela me fait penser que je lui reproche des choses alors que ce n'est pas le cas. Et je ne veux pas de rôle du gars qui veut une lettre, qui vont qu'on l'appelle, qui ne veut pas être négligé et quoi encore. Je pense que je vais arrêter d'appeler Edwin, et attendre ses contacts. Il va m'appeler ce soir il dit. Je n'ai pas hâte. Se sent-il trop obligé envers ses amis? Ce qui m'inquiète, c'est qu'il m'oublie je pense. Oh, Ed, que fais-tu? Dépassé par les événements, je n'existe plus? Quel affront, je me retourne vers Bruno, je n'en veux plus de cette multiplicité de relations. Je veux un Bruno, ne pas souffrir, observer chez les autres l'expérience qu'ils en retirent. Je vais me mettre à lire, on apprend beaucoup par les livres je pense. Qu'ai-je à aller chercher ailleurs que ce que j'ai en Bruno. Je ne vais que m'attirer des problèmes, souffrir souffrir souffrir. Ne souffre-je pas déjà? Jusque où cela ira-t-il? Jusqu'où cela pourrait-il aller? Quel serait donc les pires scénarios? Les plus beaux? Ô Gwendoline, pure beauty, attends-moi à Cythère, je t'y retrouverai après mon shift de télémarketing. Ô Edwin, pure beauty, laisse-moi un demi siècle et je te retrouverai dans mon lit. Dear God, je suis venu sur cette planète parce que, me disait-on, il y avait beaucoup à apprendre. Un édifice complet m'est tombé sur la tête ce mois de mars, et je ne distingue pas ce que j'ai appris. Croyez bien que je désespère d'en voir davantage et pour l'instant, je ne peux attendre de me retrouver dans les bras de quelques humanoïdes que j'ai connus. Veuillez me faire parvenir immédiatement la marche à suivre pour trouver la sortie du labyrinthe, j'attends la réponse vers neuf heures ce soir, après le travail. Et puis tant qu'à bien faire, agréez, dear God, mes salutations distinguées. Vôtre, RM.

Apprendre par soi-même n'est-il pas plus passionnant que d'apprendre par les autres? Et ce que les autres vivent et que l'on entend a t-il autant d'impact que si on le vivait soi-même?

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Je repense aux membres du KKK, si les groupes voués à l'anéantissement ne leur provoquaient qu'une indifférence, ce serait déjà normal. Leur provoquer de l'intérêt est déjà plus énigmatique, et de la haine, j'y vois un paradoxe. Ce paradoxe, le voici: il existe une raison au pourquoi un sujet provoque de la haine et du dégoût, et c'est cette raison qui n'est pas claire. J'ose croire que le pouvoir et la richesse peuvent être de bonnes motivations, mais que dire de l'homophobie? L'homme a peur d'être comparé à la femme, car la femme est un être jugé faible. On ne gagne pas une guerre avec des faibles. La question n'est pas ici de savoir si les femmes et les homosexuels masculins sont faibles, mais de comprendre le point de vue des homophobes. Les blancs suprémacistes veulent une société à 100% composée d'hommes blancs (et de femmes blanches je suppose) tous riches, plein de pouvoirs, hétérosexuels qui se reproduisent. Voyez-vous le genre de société que cela donnerait? On ne peut pas dire qu'ils ne veulent rien des autres puisqu'ils n'auraient qu'à s'isoler dans leur cours ou ailleurs et oublier ces autres. Non, il s'agit de tuer les autres jusqu'au dernier, c'est le paradoxe à la Staline. De quoi servent les sujets, que leur apportent-ils de plus? On se débarrasse de la moitié du pays en l'envoyant dans les camps de concentration en Syrie, on force l'autre moitié à nous admirer et nous aimer (!), et l'on se met à jouir de la vie et à être heureux (ce qui ne peut être, Staline devenait paranoïaque de peur qu'on le trompe)? Qu'est-ce que cela apporte d'être riche à craquer et seul au monde? Prestige, admiration, envie? Qu'est-ce que cela rapporte de contrôler 100, 10 000, 7 millards d'humains, particulièrement lorsqu'ils ne sont plus humains, déshumanisés à l'extrême? Un petit feeling intérieur? Une petite satisfaction personnelle? Je ne doute pas qu'Hitler aurait été fier de lancer la bombe nucléaire et faire sauter la planète. Mais qu'aurait-il fait lorsqu'il n'y aurait resté que lui? N'aurait-il pas été mieux de se construire une cabane dans les bois et y demeurer seul, même avec sa femme? Comme les membres du KKK d'ailleurs. Lorsqu'ils souhaitent tuer tout ce qui n'est pas exactement comme eux, n'en viendraient-ils pas à s'entretuer ensuite? Car personne n'est exactement comme soi à la limite. Et quand bien même on en arriverait à ce qu'il ne reste plus qu'eux, c'est-à-dire, j'imagine, les 100% de race blanches descendants d'Angleterre, que feront-ils? Quels seraient les changements tant attendus? Des terrains plus grands? Davantage d'espace pour les édifices vides? La fierté à la possession d'un morceau de planète? Et combien leur en faut-il d'espace, et qu'escomp

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tent-ils en faire de cet espace? Mais tuent-ils vraiment les gens pour l'espace ou pour autre chose? Je parle, leur finalité à atteindre, on ne tue quand même pas sans raison, pour avoir une société uniforme tout de même, en croyant que de là émergera une société intelligente et puissante. J'aimerais que l'on m'éclaire.

Aujourd'hui on parlait au travail, Frédéric Lavau disait qu'à continuer comme cela, je suppose qu'il parlait de la surpopulation mondiale, il faudrait qu'il arrive quelque chose de toute façon. Je suppose encore qu'il parlait d'une genre de catastrophe gigantesque comme un tremblement de terre ou une guerre nucléaire ou chimique, on parlait de Tchernobyl et les prédictions de Nostradamus. La venue d'un troisième Antéchrist, probablement juif que les interprétations ont conclu, qui émergerait d'Israël (il est drôle de voir que les juifs se sont justement formés une armée, et qu'en plus, un groupe terroriste est né et a déjà tué 50 muslims dans une mosquée si je me souviens bien, mais cela, je n'encourage pas cela). Frédéric Grignon disait que c'était très anti-sémite cette interprétation des prédictions de Nostradamus. Pas vraiment. Quoique j'avoue que j'ignore d'où provient l'interprétation et j'ose souhaiter qu'elle n'est pas établie dans le but de nuire au peuple le plus meurtri que la planète ait porté après les homosexuels peut-être, si ceux-là on pouvait les appeler peuple. Les gens n'aiment pas les comparaisons entre les souffrances juives et homosexuelles, eh bien tant pis, les deux ont souffert injustement, en particulier durant l'holocauste (en fait, les juifs sont prêts à tuer les homosexuels et ne manquent pas une occasion des condamner). Souffre-t-on davantage d'être juif ou homosexuel? Je ne pourrais dire, j'ignore le nombre d'homosexuels tués à chaque année, et le nombre tués au cours de l'histoire. Et si le chiffre de 6 millions est très significatifs pour les juifs, Sodome et Gomorrhe l'est aussi, en admettant que ce conte ait autre chose à faire que d'être une fiction mythique franchement malhonnête et sournoise, persverse, mal, si seulement la portée de ces trois seuls lettres pouvaient frapper en plein visage 6 000 ans de fanatisme religieux... je calcule peut-être un chiffre aussi impressionnant d'homosexuels tués au cours de l'histoire, nous ignorons tout à ce sujet (j'ai appris vers le début juin dans le citizen qu'on estime qu'il pourrait y avoir eu un million d'homosexuels tués pendant l'holocauste de 39-45; certains affirment qu'il y en

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a au moins 500 000 et tout le monde semblent s'accorder sur un chiffre minimum de 220 000). Et je puis déjà dire qu'il m'est déjà bien insupportable de vivre, comme tous ces gens d'ailleurs. On avoue plus facilement être juif, et avec fierté, que d'être homosexuel. Et on souffre en christ, hier, aujourd'hui, et demain. Je dévie du sujet. Je ne cherche qu'à prouver jusqu'à quel point les homosexuels sont injustement traités encore aujourd'hui. Dans quelles conditions on nous laisse respirer et souffrir, sortir de l'ombre si on en a la chance ou autant de volonté qu'il en faudrait, se décider à trouver quelqu'un, de vivre comme il est notre seule façon d'être pour être heureux, je m'excuse, on ne peut changer sa nature. Ceux qui semblent y réussir souffrent plus que tous et ne peuvent se l'admettre peut-être, et surtout pas l'admettre aux autres. Et si les bisexuels, puisqu'ils semblent exister pour vrai, peuvent tout aussi bien se trouver quelqu'un du sexe opposé et être heureux, qu'ils ne viennent pas dire aux homosexuels qu'ils peuvent changer. Je n'en crois rien, et pas un homosexuel en croirait quelque chose. (Lorsque je parle d'homosexuel, j'aimerais que l'on considère que je parle autant des lesbiennes, des bisexuels et bisexuelles. On a toujours tendance à ne compter que les gais masculins, puisque c'est surtout après eux que les gens en ont, je pense. Il est peut-être aussi plus facile pour une femme lesbienne de se marier et avoir des enfants et souffrir sa vie durant si la religion était forte dans sa jeunesse. Mais je sais qu'il existe un très grand nombre de lesbiennes, et que l'on aurait tort de les oublier ou de réduire l'homosexualité à l'homme. À ce sujet je trouve bizarre que n'importe lequel film porno puisse nous montrer deux femmes en train de s'embrasser et se lécher, bref, de faire l'amour, sans scandaliser personne. Alors que deux hommes qui feraient cela implique tout de suite que le film est gai. Cela montre les mentalités et la tolérance par rapport au sexe, et explique que l'on omet souvent les lesbiennes). Je n'essaie pas de banaliser ce qui est arrivé aux juifs! Je montre que si l'on s'indigne sur ces atrocités, c'est le temps que l'on se réveille, et que l'on comprenne qu'il existe toute une partie de la collectivité qui nous entoure qui souffre tout autant et qui a souffert tout autant dans son histoire. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, je ne m'adresse pas aux chefs ou membres du Ku Klux Klan, mais à la petite mémère et au petit pépère lavés du cerveau par leur religion et qui en arrive à affirmer la phrase maintenant classique que le Sida est un cadeau de Dieu pour nous débarrasser des homosexuels! Calice, quelle sorte de Dieu avez-vous donc pour chercher à se débarrasser

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comme cela d'un groupe de gens, et qu'avez-vous donc à espérer d'un Dieu comme ça? Un Dieu qui est amour? Et vous, juste à penser une telle chose, avez-vous vraiment une quelconque espérance d'aller au ciel? Laissez-moi rire! Un jour je vais faire du Voltaire, je me payerai la bible, les 300 versions différentes qui existent s'il le faut, juste pour vous en ressortir les choses les plus inconcevables qui se puissent exister. Et que l'on m'apporte encore une de ces phrases bibliques à la noix qui puisse s'interpréter pour aider à l'anéantissement de tout un peuple. Votre Ku Klux Klan, étudié le bien. Il ne diffère pas beaucoup de certains partis politiques, de certains gouvernements, et peut-être pas du tout de plusieurs mouvements religieux. Dieu merci, la France elle a compris. Elle s'est vite laïcisée. Et si le Canada n'a encore rien compris, c'est qu'il souffre encore de ce que le colonisateur a bien voulu faire de lui. Relisez, ou plutôt lisez André Gide, Voltaire, Rousseau, ou même, lisez-la votre bible, et pas n'importe laquelle version. Avant de commencer à la citer à tort et à travers comme si elle faisait office de loi divine, vous serez peut-être surpris d'y lire que vous êtes condamnés. Je croyais que les sociétés évoluaient, je pensais que lorsqu'un auteur comme Rousseau avait écrit ses briques, on avait plus besoin de les répéter. Eh bien non, il faut sans cesse reconstruire les consciences, laver le cerveau des gens dans un but un peu plus humanitaire, recommencer la sensibilisation. Comme il est difficile pour quelqu'un de se croire libre de penser avec tout un bagage de croyances implanté dans son cerveau. Ces gens ne sont même pas capables de revenir sur leur idéologie pour se demander s'ils ont peut-être tort. Pas du tout, et tout jugement par la suite devra aller en fonction de ce savoir qui ne leur appartient pas. Alléluia! Fêtons la mort du Christ puisque personne n'a compris son message!

J'ai parlé avec Edwin. Comme il est bizarre d'alterner les grosse discussions sociologiques et politiques et militantes et religieuses, avec les puérilités de l'amour. Cela montre que mon cerveau fonctionne fort de ce temps-ci. Et me fait me demander s'il ne fonctionne pas toujours aussi fort en temps normal. Bref, j'ai parlé avec Edwin. On s'est répété les traditionnels bonjour et discours presqu'amoureux, on se verra vers la mi-avril. Ô horreur, cela est long, mais comme il dit, moi au moins j'ai Bruno pour me contenter. J'ajouterais même que je ne devrais qu'avoir Bruno pour bonheur. Et si j'en profitais pour me conditionner à ne

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pas coucher avec quand il viendra, et même, souhaiter qu'il ne viendra pas? On verra. En attendant, c'est vrai que lui doit souffrir de n'avoir personne avec qui coucher. Mais peut-être couche-t-il avec d'autres et qu'il n'ose pas me le dire. Je le souhaite, ainsi il ne souffrira pas trop. Mais il disait à la blague qu'un coup à Ottawa, il chercherait un mec avec qui passer la nuit. Je lui ai dit non, eh, il vient pour moi, pas pour que je souffre de la voir coucher avec un autre, comme ce serait cruel, sans perdre de vue que Bruno ignore cette histoire et qu'ainsi, l'histoire n'est pas encore cruelle. Mais ne sais-je donc pas que je n'ai rien à attendre dans cette histoire, et surtout pas de la pitié ni de la compassion? Bruno me téléphone pour me dire qu'il m'aime, il est 12h38 du soir, j'arrête d'écrire, c'est sûrement un signe...

21 mars 1994

Bon Dieu que j'ai écrit hier! Depuis le 7 mars, qu'est-ce qui se passe. Et j'entendais Benoit Leblanc le prof me dire qu'il avait ce désir d'écrire mais qu'il n'avait rien à dire. Encore un obnubilé par les chefs d'oeuvre, mais les chefs d'oeuvre, ils ne viennent pas en série! Un auteur aura peut-être un, deux ou trois chefs d'oeuvre sur vingt-cinq livres. Le pire, si je regarde Ionesco, ses chefs d'oeuvres ne semblent avoir été choisi qu'en fonction de l'histoire que l'on a bien voulu faire du théâtre contemporain. Assez d'écriture sur le théâtre! Rhinocéros est mieux. Mais je ne l'ai pas lu. Je le veux mieux, voilà.

Nathalie Petit était dépressive avant. Quatre à cinq mois de dépression à ne plus être capable de se remettre sur pieds. Solution? Le Soleil! Qu'elle me rendrait jaloux si elle était ma blonde, je lui ai dit. Tous les gars lui tournent autour. L'autre sportif entre autres, celui qui reste en shorts, arrive en bicyclette, mange des ragoûts maison à la limite du végétarisme (ça viendra). Et il pense avoir un droit sur elle parce qu'elle aussi fait du sport et mange des ragoûts maison bizarre. Eh bien oui, nous sommes différents, le différend, Adieu, je ne mérite peut-être pas une amitié avec toi. Mais je vois bien que tu as cette volonté de me parler davantage. Je t'ai vaguement laissé entendre que mes problèmes venaient en partie de Bruno, et tu m'as dit avoir piqué ta curiosité. Tu veux en savoir plus maintenant.

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«Tu n'aimes pas mieux en parler avec des gens qu'avec un journal?» Mais d'où donc sort cette fille? Origine Mongolienne, créée en France, déménagée au Canada, esprit voyageur, avec ses ragoûts, bon Dieu que je rencontre des gens bizarres ces temps-ci. Et tous ces français qui m'entourent, avec Adeline, Frédéric Lavau, Olivier à Versabec voilà trois mois, Bruno François et sa famille, l'Ambassade de France, mes téléphones aux Universités de Paris, et d'autres Français dans mes cours, dont plusieurs profs, Mme Kaye, Swiderski, Lafon, Maser, Bourbonnais (?), M. Vaillancourt je pense (non), Gallays peut-être (non)(s'ils ne sont pas Français, ils ont étudié là-bas et se donnent le genre). Que font-ils donc ici? Des perdus. Si c'est en France que cela se passe, s'ils ne jurent que par la France, que font-ils à pourrir ici? Petit me disait que ses parents étaient venus pour posséder une terre. Encore une question d'espace. Kaye et Swiderski disent qu'il y avait l'opportunité à l'emploi, elles sont venues, c'est tout. Les parents de Bruno fuyaient une famille devenue imposante, et une troisième guerre mondiale hypothétique d'après ce que j'ai pu comprendre. Jamais je n'aurais pu côtoyer ces gens à Montréal. Je suis bien préparé pour la France.

22 mars 1994

Mes opinions changent comme la température. Une lecture du Voir, journal de la ville de Montréal, et me voilà converti à la culture québécoise. Je regretterai un jour de ne pas avoir passé par Montréal, peut-être. La petite élite de Montréal que j'accusais dernièrement, n'est peut-être pas si petite ni ridicule. Quel est ce mythe en moi de voir en Montréal une ville que je n'aime pas? C'est le mythe des années 70 je crois, et l'histoire de la révolution tranquille que je ne digère pas. J'ai idéalisé un faux Québec, un faux Montréal. Chaque fois que j'y vais, je me retourne et me dis, mon Dieu, est-ce possible, une ville si grande et francophone en Amérique? Puis c'est l'extase, j'aimerais davantage conquérir Montréal que Paris, c'est chez-moi en fait. Je serais l'élite, bien plus rapidement que je voudrais le croire, et en fait, il en faut toujours une élite. Que deviendraient les arts si Jurassic Park auraient gagné sept oscars avec 12 nominations au lieu de Schinder's list? Trois oscars avec trois nominations pour Jurassic Park, c'est déjà beaucoup pour Spielberg. Si la masse ne lisait

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que Stephen King, on passerait peut-être à côté de... je cherche un bon auteur contemporain... impossible. Voilà, on passe déjà à côté des bons auteurs contemporains. Et vive Stephen King! Il en faut une élite, mais je ne veux pas en être. Ni en France, ni au Québec. I want to be out of the scene. Qu'ils se débattent peut-être avec mon oeuvre, mais qu'ils ne m'en demandent pas d'en dire plus que l'oeuvre elle-même. Mais comme dit Ryngaert, saurais-je résister et ne pas donner clés en mains l'univers de ma littérature? Il me serait si simple, en une page, de vendre La Révolution. Quelle erreur ce serait. Mais que vont-ils y comprendre? J'ai l'expérience, les comités de lecture n'ont pas dépassé les dix premières pages de La Finalité. Ils ont cru que je cherchais à les convertir à Dieu, ils se sont sentis frustrés ou trahis. Qu'ai-je donc à espérer de La Réussite? Ils croiront que j'essaie de leur vendre l'anarchie avant la huitième page. Il faut au moins une lettre d'accompagnement pour les mettre en garde contre les jugements trop rapides. Mais je me demande pourquoi je m'inquiète, ils ont déjà lu, en théorie, La Finalité. Je ne peux donc plus leur envoyer les trois parties, La Révolution. Ce livre ne pourra donc être publié qu'en France. C'est triste. Mais c'est peut-être mieux pour moi. En fait, j'aime bien Montréal, mais si je veux faire différent, il est bien de vivre au Saguenay-Lac-St-Jean et à Ottawa. I'm out of space, j'appartiens à toutes les époques de la littérature dans mes cours. Et je peux quand même apprécier le talent québécois. Les Portes Tournantes, c'est quelque chose comme film. Jésus de Montréal aussi j'imagine. Qui je n'aime pas, bien que je n'aie jamais assisté à aucun de leur spectacle, c'est Messier (celui de Broue), Patrice l'Écuyer, Rémy Girard, etc. Ils ont beaucoup de talents, c'est indéniable, ils font de belles choses, c'est bien, mais on ne voit qu'eux! Et je ne veux pas immortaliser la culture québécoise dans ces quelques comédiens du temps. Je n'ai vraiement pas l'impression de vivre en une époque fertile en films et littérature. C'est peut-être faux, I'm out of space. C'est le temps que je fasse mon entrée dans la civilisation si je veux me défaire de mes préjugés. J'apprécie Ottawa pour son unique caractéristique, que pour une région de plus d'un million d'habitants, la culture est complètement inexistante. Tout provient d'ailleurs, par bribes, Montréal ou Toronto, et pour peu que l'on lise The Citizen d'Ottawa et que la sous-culture anglophone ne nous intéresse pas, we are free of influence, almost.

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Je termine à peine le visionnement du film Pump up the Volume, film Américain, cela va de soi, et j'ai enfin compris le film (c'est la dixième fois que je l'écoute). La génération X. C'est moi ça? La génération X, qui n'a rien à attendre de la politique ni des institutions, mais qui doit elle-même prendre la voix des ondes, des médias, et prendre le contrôle pour à son tour écraser une autre génération. N'en avais-je pas déjà parlé? Je ne me souviens plus. J'avais cette impression qu'il était vrai que c'était à nous d'agir, mais c'est vrai qu'il est impossible d'agir si ceux qui sont en contrôle ne nous en donne pas la chance. Mais n'est-il pas normal de ne pas vouloir céder sa place lorsque tout va bien? Combien d'entre-vous laissera son travail d'ingénieur pour permettre à un plus jeune de travailler, même à la limite de l'âge qu'habituellement on croit la retraite normale? Personne, et c'est normal. Je ne le ferais pas non plus. C'est donc que nous devons leur rentrer dedans. Prendre d'assaut les maisons d'éditions, se bâtir les nôtres, publier nos choses, écrire dans les journaux, mais pas pour sa génération, l'autre génération, celle qui travaille et qui vieillit. J'ai longtemps souffert à lire quelque fois les journaux du Québec et comprendre que ces beaux articles dénonciateurs des actions contre les Francophones ne seraient lus que par des Francophones. Pendant ce temps, les Anglophones se délectent de Mordicaï Richler, celui qui dénonce les tares québécoises, chez les Anglais, y compris les Américains semblent-ils, ils ont entendu le message, nous sommes la petite Allemagne de 39 à 45, les nouveaux nazis sur la planète. Parlons donc là où il faut. Et encore, à ce rythme là, c'est vrai que je ne serai pas entendu ni cette année, ni l'année prochaine, ni l'année après celle de l'année prochaine, ni l'autre d'après... j'avoue bien franchement que je ne peux faire davantage que ce que j'ai fait pour me faire publier. Pas avant cinq ans, je me demande encore là si j'aurais une quelconque chance. Cela m'importe moins maintenant. Je survivrais même si je dois n'être jamais publié, et surtout, j'écrirai toute ma vie. Je pourrais publier à Saint-Germain-des-Prés à Paris, et j'avoue que cela me tente. Vente par souscription, meilleur moyen d'être entendu, on s'impose de force. Oeuvre lancée un peu en scandale (je ne saurais calculer la portée que pourrait avoir La Révolution), quarante personnes à trouver pour acheter une copie de luxe à 50 ou 60 dollars. Et hypothéquer mon avenir en littérature, après cela, aucun moyen de se

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faire entendre. Ils sont pas fous les éditeurs, leurs institutions sont merveilleusement contrôlées: tout livre à compte d'auteur ou vente par souscription est considéré tel un navet sans intérêt; un livre qui n'a pas su trouver un éditeur est certainement sans valeur. C'est mon problème. Mais je n'écris pas ce que l'on cherche, ce qui est publiable. Aucune maison d'édition n'a de collection où peut s'insérer La Révolution, et j'avoue qu'il leur serait difficile de la vendre dans ces conditions. Valeur à scandale, c'est déjà plus intéressant, je vais essayer de le publier en France, personne n'aura encore lu cette version définitive de 150 pages. Mais je me demande s'il ne vaudrait pas mieux passer directement chez Saint-Germain-des-Prés. Je ne veux plus perdre un an ou deux, des lettre d'éditeurs dont je sais que la réponse sera négative. Entre vous et moi, aucun éditeur n'acceptera La Révolution. Et ce n'est pas là le fruit de la génération X, c'est une littérature différente, et encore là, je ne la crois pas si différente de ce qui a pu se faire. Mais c'est vrai que ce n'est pas un roman à la mode de notre siècle. En fait, à court terme, le seul projet qui pourrait déboucher c'est la pièce de théâtre sur Val-Jalbert, et les troupes de théâtre du Sagenay-Lac-St-Jean sont plutôt peu nombreuses et déjà engagées en d'autres projets. Peut-être cela débouchera à l'été 1995. Autant mourir, si j'attendais après cela. C'est vrai que Paris sera un nice change. À défaut de publier, j'y trouverai un air différent, et plus près de la littérature que perdu à Ottawa. J'ai bien l'intention de m'impliquer dans un journal étudiant. Je vais atteindre les masses, j'aimerais mieux être journaliste que professeur. Journaliste et écrivain libre. Pour un retour à l'objectivité peut-être, l'anti-destruction. Je vais monter lentement dans la hiérarchie, mais comme dirait René l'Illuminé, il y a peut-être un intérêt à tenter l'ascension de la société, surtout pour quelqu'un qui ne prend pas cela trop à coeur et n'a pas peur de l'échec. Après en avoir tant parlé, l'échec est apprivoisé. Parlant de rite initiatique, il est tellement vrai que la trilogie de René est un vrai exorcisme. René qui a les yeux fermé avec tout un savoir qu'il rejette. Il s'embarque sur l'océan, c'est le lavage de cerveau complet, le néant. Vient ensuite la sagesse, la connaissance, le vrai être, celui qui voit en chaque chose la futilité, un intérêt en chaque chose, pris au deuxième niveau. Mais encore là, ce serait peut-être se tromper. Je n'encourage pas plus la spiritualité que la nage dans le marasme de la hiérarchie sociale. Peut-on s'en soustraire vraiment? En fait, si René à trouver sa voie et

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qu'il devient le Soleil, ce qui sera, je pense, le comble de l'idiotie pour le lecteur, l'auteur lui, en est au stade du lavage de cerveau, la tête vide, qui ne sait plus trop où s'embarquer. Voilà tout le message de l'absurde. Et il ne me semble pas que ni Ionesco ni Beckett aient trouvé leur voie dans la littérature. La tendance vers le néant ou l'absence d'idéologie prévaut, et c'est peut-être mieux ainsi de toute manière.

Je multiplie les «je pense», les «je crois», les «peut-être», voyez, je n'ose pas affirmer. Je suis conscient que chaque phrase que je dis sera contredite. Ionesco en parle beaucoup dans Notes et contre Notes, ce qui me fait penser que ce livre me suivra longtemps. En fait, il faut tout de même affirmer des choses, ne serait-ce que pour provoquer les débats. Et surtout, ne pas avoir peur de revenir sur ses idée, ses dires même. Bon Dieu, j'ai manqué cinq cours aujourd'hui pour faire mes travaux pour Vandendorpe, j'ai rien foutu. Sauf écrire ce stupide journal, et écrire deux pages de La Révolution. Il n'y a plus rien qui fonctionne. Je vais téléphoner Joël Cyr, sait-on jamais, le salut viendra peut-être de lui.

Une heure au téléphone, j'ai appris que notre Sylvain Simard va passer à l'histoire. Notre bon Jacques Parizeau, chef du Parti Québécois, voit en Simard un futur ministre, de la culture probablement, aussi, ils vont le parachuter dans le comté Richelieu, puisqu'il n'y a aucun moyen de gagner un siège dans la région de la Capitale Nationale. Je n'aime pas cette façon de prendre un contact brutal avec la vie. Moi qui étais loin de l'holocauste, loin de la politique, surtout au Québec, me voilà qui côtoie des gens très près de ces milieux, m'entraînant dans leur ronde et discussion. J'avoue que j'y vais à contre-coeur, je devrais peut-être m'y engouffrer de plein fouet, ainsi je ne serai pas à côté de la track en tant qu'écrivain. Mais je ne peux m'en défaire, ces sujets ne m'intéressent pas. Ils sont ceux du moment, ce sont les seuls qui font l'actualité, tout est déjà analysé en première page, et je déteste le fanatisme politique et religieux. Je ne veux donc pas m'en mêler, ou sinon, de loin. Ce n'est pas pour rien que l'on va me parachuter à Paris bientôt, il faut me préserver de tous ces mouvements qui m'entourent.

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Il m'est passé par la tête dernièrement, d'établir la liste de tous les gens que j'ai connus et dont je peux me rappeler au moment où je ferais la liste. Même si je devais juste les définir qualitativement. J'ai vite compris que cette liste me prendrait beaucoup de temps à établir. Prenons juste les personnes que j'ai nommées dans ce journal cette année. Et c'est rien, j'en passe tant que je ne nomme pas. J'ai compté une fois que j'avais parlé avec au moins 1000 personnes en une journée lorsque je travaillais à la cafétéria, la caisse enregistrait le nombre de transactions. Encore que plusieurs passaient deux fois à la caisse. Disons entre 500 et 700 personnes. Aussi, un jour que je suis descendu à Jonquière, dans la même journée j'ai parlé quand même assez longtemps avec un peu plus de 50 personnes différentes, entre Ottawa et Jonquière, en passant par Montréal, Québec et Chicoutimi. Qui sont donc tous ces individus, qui ont leur vie propre, et qui se côtoient comme cela, en paix? Ont-ils tous une chambre, un toit, une automobile, un amant, une garde-manger, un réfrigérateur, etc.? Mais pourquoi donc n'existe-t-il pas davantage de facilités (facilités est un anglicisme et je l'utilise avec fierté, pour ceux qui cherchent le mot exacte, ce serait services) entre toutes ces personnes? Pourquoi ont-ils tous besoins d'avoir une automobile, un toit, un réfrigérateur, etc.? Juste au niveau des étudiants, il me semble que l'on devrait construire des facilités plus grandes, un genre de coopérative, plus de logements avec chambres et cafétéria abordable. C'est ça le vrai rôle des associations étudiantes. Prenons CNOUS et CROUS en France, eux ça fonctionne. Nous, on meurt sous le poids de compagnies qui font de l'argent sur notre dos. Il n'y a rien de plus pauvre sur la planète qu'un étudiant. Ils sont en voient de devenir les riches de demain et vivent pour cela plusieurs années sous le seuil de pauvreté. Les libraries nous vendent des livres avec un profit qui dépasse probablement les 40%, la cafétéria nous coûte minimum 8$ par repas, et encore, nous n'avons pas de dessert à ce prix, puis les logements sont introuvables, hors de prix, infestés d'insectes comme les coquerelles. Si c'est cela tout ce que les associations étudiantes ont réussi à nous gagner, je m'inquiète sincèrement à propos de la société de demain. Le problème en Ontario, c'est que l'on augmenterait les taxes de 5 000$ cette année et les gens râleraient trois jours pour finalement accepter l'injustice. Car il s'agit bien d'injustices, si l'on constate les millions jetés à droite et à gauche. Prenons par exemple la simple petite bureaucratie de l'Université

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d'Ottawa. Après avoir travaillé à la cafétéria aux Caterings, et après avoir constaté comment pouvait coûter la livraison sur le campus de deux petits plateaux à sandwichs avec 25 cafés et une dizaine de cannes de cokes, je vois déjà plusieurs milliers de dollars dépensés pour rien. Cette petite livraison, habituellement plus grande, reviendrait à environ 350$, et des livraisons comme cela, il y en a une à deux par heure, parfois plus, de 7H le matin à 9h le soir. Le pire c'est que souvent, ce goûter n'est même pas touché. Il y en a du gros surplus à faire sauter et le problème c'est que lorsqu'il y a des coupures, c'est jamais au bon endroit, c'est toujours dadns l'essentiel. Mais qui donc est en charge de ces factures? Comment peuvent-ils tolérer ça? Quelqu'un qui se fout des finances de l'Univerité en tout cas. Les étudiants devraient négocier tout ça, ce qu'ils essayent de faire d'ailleurs. Et employer les étudiants étrangers puisqu'ils ne peuvent travailler que sur le campus (ce qui est d'ailleurs très discriminitaoire, c'est dire que les gens ne sont pas égaux).

23 mars 1994

Encore une journée, puis une autre, puis une autre, c'est merveilleux, ce journal à fait passer le mois à une vitesse surprenante, tout juste si je me souviens d'avoir dormi. J'ai perdu la notion du temps, il me semble que cela fait une semaine qu'Edwin est parti.

Comme j'aurais toujours voulu faire de la musique et non de la littérature. Avec la musique tu peux dire des niasieries, la musique transforme, transporte, transpose le tout. J'ai toujours mis la musique au premier plan dans l'art, il m'a toujours semblé que c'était là une chose que je ne pouvais faire et impossible à faire. Mais dernièrement je suis revenu sur cela. En ouvrant René l'Illuminé je me suis rendu compte qu'une bonne littérature valait bien un bon groupe de musique. Et même, a plus de portée en un sens puisque l'on s'attarde davantage au contenu et à l'analyse. Peut aussi traverser les décennies plus facilement qu'un album. Mais il s'agit encore là d'être dans les meilleurs, sinon plus rien ne vaut dans cela. La musique est plus accessible, fait des millions, est adulée, moi, on ne risque jamais de me reconnaître dans la rue, en admettant que l'on puisse reconnaître mon seul nom. Et

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c'est bien, je n'en suis pas désolé.

Troisième Lettre à Edwin: voir 6diary94 (c'est la lettre au complet)

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Les Feuilles Mortes

Oh je voudrais tant que tu te souviennes

Des jours heureux où nous étions amis

En ce temps-là la vie était plus belle

Et le Soleil plus brûlant qu'aujourd'hui

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle

Tu vois, je n'ai pas oublié

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle

Les souvenirs et les regrets aussi

Et le vent du nord les emporte

Dans la nuit froide de l'oubli

Tu vois, je n'ai pas oublié

La chanson que tu me chantais

C'est une chanson

Qui nous ressemble

Toi tu m'aimais

Et je t'aimais

Nous vivions tous les deux ensemble

Toi qui m'aimais, moi qui t'aimais

Mais la vie sépare ceux qui s'aiment

Tout doucement, sans faire de bruit

Et la mer efface sur le sable

Le pas des amants désunis

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23 mars 1994

For the Citizen

Ottawa south, mai 27 1994

Adam et Steve

I think we had touch an essential truth of our society. A thruth that we won't be able to hide forever. We might want it or not, for this reason or other, but Adam et Steve exist, and there is a lots of them.

If it's not out in the open, it's hidden. They then built a second life, a second personality in parallel of they're first exemplary life in the image of what society wants.

But a society is not just the white heterosexual descendant of England or France, it's a multiplicity of people, and a society should respond to all it's constituents.

Inside any groups I have been through, I always spot at least one or two persons that were homosexuals, and I had talk to them. So I always had the knowledge that there was at least 10% in any group that was homosexual. From that number, I'm not counting the ones that I dont know they are, and also the ones, of course, that will accept themselves only in a few years because of the education and values they got. We need to face it, at least one person on ten is homosexual and maybe 90% of these people are living a hidden life. So hidden than if they suffer from beating or discrimination, they won't go to the police or complain, they will just walk away.

There is no way I will ever tell anyone I'm homosexual, especially in any form of sondage. Dont do that mistake about the 1% of woman we though they were beaten until we find out this pourcentage became 16% when anonymous (Nouvel Observateur, 3-9 april 1987, p.4).

It's time to stop people from thinking and deciding for us, especially when we cannot

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change our mind. If some bisexuals are able to find someone from the opposite sex and be happy, then they should'nt come to the homosexuals and tell them they can change, and, the religious organisations (or the Ku Klux Klan), should'nt try to convince us of things we already know about. We know, and we are the best ones to know about it, than that's impossible to change. And we dont want to change, in majority, we just want to be able to breath, to survive, to tell people who we really are. If only we were able to get out of the closet.

We have to fight a group that judge us immoral and wants our disparition, or if not, wants us to continue to live hidden life. I dont believe it's to help a society to save the appearances, hide the thruth. Adam and Steve have the rights to live, and the bible is probably the worse autority we can use to teach us anything in our actual society. There is many versions of the bible, and it's a big weapon to justify lots of atrocities. If you are a bit human, you will understand that the only morale law is to let people be happy, with no pain, as long as it doesn't hurt you.

The conformism time is over, we are not what you want us to be. Acceptation, tolerance, that does not remembering you something? I will have the courage to sign my letter (it's the only way to publish it), because someone has to do something. You know, it's dangerous to be homosexual here and one of the problem is maybe because it's taboo.

Homophoby is as bad as racism, maybe worse, because to not be the same colour as the majority is not illegal, and still in the world there is place like China and some states where a relationship between same-sex couple is. It's a good thing the government is not going to your bedroom to tell you that if it's not to conceive a child, you should'nt have sex. Poor chinese people, they will be allowed to have sex one time in their life.

Let us be a part of the society! Let us bring things to wolrd! Let us have a family! Let us live!

R.M. Tremblay

(2316, Ryder Street

Ottawa, Ontario

K1H 6X5, 521-8906)

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* * *

Mon anglais est tellement mauvais, probablement parce que j'ai traduit mot pour mot du français à l'anglais, chose qu'il ne faut pas faire paraît-il. Je ne vais pas envoyer cet article. Je vais le lire en français à Bruno et il l'écrira directement en Anglais. Ce sera plus facile de corriger ça. Pour ce faire, je vais retraduire cet anglais au français pour permettre une meilleure traduction en anglais puisque cette version est meilleure que l'ancienne version française. Parfois la vie semble plus compliquée qu'elle ne l'est. Bruno ne veut pas que j'envoie cet article, il juge que c'est trop dangereux. Je vais être sur des listes noires de mouvements religieux et de Skin Heads et white supremacists.

En parlant de vie compliquée, je me suis payé 1 heure 30 minutes de parlotte avec Sylvie, la fille de trente-cinq ans, encore au 216. La famille symbolique. La fille qui, à 13 ans, écrit des lettres à Dieu, qu'elle brûle ensuite pour permettre la sublimation jusqu'au ciel. Quelle intelligence! Quelle enfant à 7-8 ans penserait à faire une chose pareille? C'est peut-être bien de l'imitation. En fait, la question n'est peut-être pas à se demander comment une jeune fille peut être aussi intelligente, mais plutôt, qui peut être aussi innocent dans les deux sens du terme pour agir de la sorte et montrer l'exemple à une jeune fille qui aurait pu sacrer le feu à la maison? J'espère que Dieu a entendu son dernier message: «Cela ne me dérange pas de souffrir maintenant, si après je suis pour être heureuse le reste de mes jours». Qu'est-ce que je retiens de notre conversation. Elle veut devenir une intellectuelle. Cela m'a obligé à me demander à moi-même si je désirais éventuellement devenir un intellectuel, et même, si je ne me considérais pas déjà comme tel. J'avoue que je n'ai pas trouvé de réponse spontanée à mes questions. Je remets cela à plus tard, car pour répondre à la question, il me faudrait d'abord définir ce qu'est être un intellectuel, et alors là, ça pourrait

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ouvrir tout un débat. Mais cette seule question en elle-même n'est-elle pas déjà révélatrice? Un intellectuel, à mon avis, c'est quelqu'un qui va mourir dans ses idées. Et au stade où j'en suis, c'est-à-dire, au niveau de Zombi, il n'y a pas à hésiter, je suis un intellectuel! Ma tête n'arrête pas de penser et d'écrire! Mais peu importe. Chose qu'elle n'avouerait pas trop fort, elle veut écrire et en vivre. Elle est déjà en train d'écrire des nouvelles. Elle tente dans ses écrits de déconstruire les structures établies. Lesquelles structures? Dieu, les religions, les gouvernements, les idéologies, les courants philosophiques, etc. Ce qui me fait me demander si je ne suis pas aussi en train d'essayer de déconstruire tout cela moi aussi. C'est une bonne question. Il serait plat d'amplifier les structures existantes. Comme il ne serait pas nouveau d'élaborer davantage un courant existant ou de détruire certaines structures. Et détruire n'implique-t-il pas une reconstruction? Je le lui ai fait remarqué et elle m'a dit que non. Pour l'instant elle en était à la destruction, elle rejette tout, elle se cherche. Elle pense qu'elle se trouvera dans la littérature. Curieusement, c'est après avoir lu LA VIE DEVANT SOI de Romain Gary, qu'elle a décidé de laisser son mari. Elle a pleuré comme un veau. La même année, la famille symbolique frappait encore, son frère se suicidait le jour de pâques, à 23 ans, le 3 avril 1983. Sans croire à la chrétienté plus qu'il ne faut, il s'abandonne au jour J de Jésus Christ. Quel message, et quelle matière à penser pour les restes de la famille. Tout cela à cause d'un père abusif et d'une mère trop psychologue. C'est drôle, en écrivant ces choses ici, cela me force à y réfléchir, à me rappeler chaque détail de la conversation, de les écrire, et m'y faire réfléchir. Alors qu'en temps normal, il m'aurait peut-être fallut rencontrer une autre personne pour me répéter une chose similaire et que je fasse le lien entre sa situation et celle de Sylvie, et qu'enfin je me mette à y réfléchir. Peut-être même qu'il m'aurait fallu passer à travers les mêmes choses et puis me souvenir de ma conversation avec Sylvie. Cela est certainement bien pour mon expérience. Et de toute façon, la seule raison pourquoi je voulais lui parler, c'était justement parce que j'essaye de comprendre des choses pour les écrire ici ensuite et même terminer La RÉVOLUTION. Elle m'a raconté sa mauvaise entente avec sa bell- mère. Elle lui avait même avoué à la fin qu'elle l'a détestait peut-être plus que son mari. Aujourd'hui, Sylvie a apprivoisé sa belle-mère, elle va y faire le ménage à 16$ de l'heure deux heures par semaine. C'est son seul travail. Mais pour réussir à apprivoiser sa belle-mère, il a fallu la cause désespérée, elle se

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meurt d'un cancer. Elle a donc eu besoin de pleurer dans les bras de quelqu'un, Sylvie en l'occurrence. La vie est injuste, a-t-elle dit lorsqu'elle parlait d'une jeune fille de 22 ans qui venait de mourir du cancer à l'hôpital. Et par transpossition, comme la vie est injuste de me faire mourir moi! La vie est-elle injuste? La vie est la vie. Sylvie a vu au moins 5 ou 6 de ses proches mourir. Elle a maintenant apprivoisé la mort, elle ne s'en fait plus avec cela. Ce qui me surprend d'ailleurs. Elle est heureuse dit-elle, elle semble heureuse, mais je sais qu'elle doit passer des moments très difficiles, et pas toujours heureux. Mais comme elle dit, il y a eu métamorphose, et je ne pourrais pas accuser Romain Gary de cela (curieusement, celui-ci s'est suicidé parce qu'il allait mourir d'un cancer), bonjour le symbolisme. La vie est-elle injuste?

24 mars 1994

La température est à la pluie, je suis dépressif. J'ai discuté avec Joël Cyr, bon Dieu, il a couché avec la moitié des gars de son dortoir au séminaire. De bons souvenirs; derrière des rideaux de théâtre, la nuit dans les dortoirs, mon coeur se débat juste à y penser. Il y en avait un qu'ils dénigraient, ils l'appelaient le fefi, même si ceux-là mêmes avaient couché avec le fefi. Joël a de gros remords au sujet de ce gars-là, de très gros remords. Paraît-il, même un professeur était entré dans la ronde de la ridiculisation. Cela me fait rappeler mon enfance, dont le calvaire a atteint son climax en secondaire II. J'aurais cependant tendance à dire que c'est en secondaire IV que le point culmine. J'avais toute la classe contre moi, on me traitait de cave, de poire, on riait de moi (encore chanceux que l'on m'appelait pas le fefi, encore que j'ignore ce que l'on disait de moi dans mon dos). On jouait au Volleyball et je n'étais pas si mauvais, une erreur à l'occasion, cela suffisait à me dévaloriser aux yeux de mes coéquipiers. L'équipe adverse disait qu'il fallait m'envoyer le ballon pour ainsi faire le point. Il me fut possible d'affronter ces attaques et j'étais fier, mais après 5 ou 6 attaques il me semblait normal de manquer, moi qui n'étais pas déjà très grand ni sportif, en plus que deux ans avant je n'avais aucune motivation, mes bras ne bougaient pas. Eh bien, pas une seule personne m'a épargné son commentaire, sauf deux. Le professeur et Christian Gagnon dit le Boxeur, celui qui s'est fait sucer par Annick Ainsley alors qu'il était tout jeune, celle

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qui plus tard me sucait à mon tour (j'avais 15 ans alors, et cette ralation m'a fait paniquer, peur de ne pas bander, peur du condom, etc.). Et si Christian ne prenait pas ma défense, du moins il me laissait tranquille, peut-être davantage pour cause des lois inhérentes aux vrais sportifs (le respect de l'autre, qu'il se faisait un devoir de suivre à la lettre). De plus, sa fausse modestie cachait une forte prétention qui lui dictait de montrer l'exemple, aussi il se prenait pour la sagesse même. Il n'a cependant pas su résister ce jour-là, il m'a finalement ridiculisé à son tour devant tout le monde. Je lui ai dit sur place, je lui ai fait remarquer sa déviance, le seul que je me suis senti obligé de lui dire, il en a eu des remords. Après le cours il est venu s'excuser et voulait me serrer la main. J'ai peut-être manqué ma chance de m'en faire un ami, peut-être aurait-il prit ma défense ensuite? mais je n'y croyais pas, et je n'en avais nul besoin. Parfois l'indifférence fait encore plus mal que la mauvaise action. Y a-t-il un esti de prof qui s'est levé pour arrêter la destruction qui me rongeait, pour dire que cela suffisait? Jamais en cinq années de secondaire. Ah si, une fois ou deux lorsque le mouvement était trop généralisé et que le choix d'intervenir devenait une obligation, donc pas pour me défendre, mais pour l'ordre et le contrôle. C'est un mouvement comme celui-là qui prenait place ce jour-là, mais le professeur a fait bien pire que ce en quoi je n'osais à peine penser, il m'a carréement abaissé, ridiculisé devant tout le monde, me criant que j'étais cave, cela était injustifié, injuste. Ainsi il n'y aurait plus de salut. Alors lorsque Christian s'est approché pour s'excuser, ma réaction fut spontanée, comme si n'ayant plus rien à attendre de rien, aucun pardon n'était possible. Il m'avait abaissé, qu'il vienne s'excuser ensuite ne change rien à son action, il ne reprendra pas l'humiliation que j'ai subi sur le coup, encore que, un élément d'un groupe qui t'humilie ne devient-il pas secondaire? Non. J'ai refusé de lui donner la main. Il m'a répondu que je venais de construire un mur entre nous. Je lui ai rétorqué que je me demandais bien qui l'avait construit ce mur. Alors on a vu sa nature et sa motivation, il a dit que cela ne le dérangeait pas, qu'il serait gagnant au bout de la ligne puisqu'il avait plus de popularité que moi. And so what? Je lui ai dit: «C'est pas parce que ta photo est chaque semaine dans le journal le Réveil de Jonquière que tu vas commencer à te prendre pour un autre». Et je l'ai bien ébranlé je crois. Sûrement une ligne importante de se vie. Un de ses amis est allé le voir après et lui a dit que je ne valais pas la peine

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que l'on se tracasse à propos de moi (que j'étais un moins que rien autrement dit, une forme inférieure d'humain). Aucune conscience. Et le pire, c'est que le seul qui avait une conscience, je l'ai atteint en plein coeur, il a payé pour tous les autres. Est-ce que je regrette? J'aurais dû accepter son pardon, cela m'a semblé trop facile pour lui de m'humilier aux yeux de tous, et venir se faire pardonner ensuite à l'insu de tous. Mais on aurait bâti l'avenir sur une note positive, et cela importait peut-être plus. Et Joël qui a des remords encore aujourd'hui, les autres en auraient-ils aussi? J'en doute et je m'en fous. Une des conséquences directes de ce calvaire c'est le repliement sur moi-même, ma nonchalance, insolence et surtout, ma prétention. Mais cette dernière est nécessaire, sans elle j'aurais perdu toute confiance et je me serais suicidé. J'ai plusieurs fois pensé à le faire, réfléchi aux moyens, et l'écriture ainsi que la programmation sur ordinateur des aventures illustrées m'en ont chaque fois aidé à en sortir. Le suicide, c'était en plus amplifié par le fait que j'étais homosexuel et que je croyais que j'étais seull au monde, ou que je mourrais seul dans mon coin car jamais je n'aurais eu le courage d'en parler ou de me renseigner.

Je suis prétentieux, j'en souffre. Il me faudrait me corriger, mais comment? La misanthropie encore? En quoi suis-je prétentieux? Lorsque je parle de moi Joël dit. Ainsi je devrais arrêter de parler de moi et d'intervenir en classe. Je vois que deux semaines avant la fin, ça ne vaut plus la peine de changer. Prenons en leçon pour Paris. Ne plus parler de moi ni intervenir en classe... En attendant je vais faire attention à cela, après ce cours, on va justement au 216 (j'écris ce journal dans le cours de M. Simard). Je suis un monstre de prétention (j'exagère), un être affreux qui devrait s'isoler et ne plus parler! Me retrouver seul avec moi-même, cacher une telle personnalité. Et le paradoxe c'est que les gens semblent m'apprécier. Il n'y a pas à dire, les leaders doivent être du genre prétentieux ou ont de la gueule et une personnalité, mais cela est peut-être nécessaire à mon bonheur (me donner l'impression d'être au-dessus de tout? Banaliser la réalité pour la rendre acceptable?). Soyons prétentieux donc? Cela m'aide à acquérir une grande confiance, ce qui me permet d'oser agir (et écrire). Je sais qu'il ne me reste rien à attendre de la vie que je n'aie déjà. En effet, qu'ai-je donc à vouloir me payer toute la littérature de la planète et de laisser à l'humanité

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une couple de livres de plus? Aucun intérêt. J'aime écire et si je pouvais en vivre, ce serait mieux que de travailler à quelque chose que je n'aime pas, particulièrement en un endoit fixe.

Notre conversation au 216, quel calvaire! Je souffre en collectivité, je souffre tout court. Je pense que ces derniers temps je me suis trop mêlé des choses et événements extérieurs, il me faudrait revenir à moi-même. Je pense étrangement à Edwin, je m'ennuie vraiment, je voudrais le revoir, vais-je pouvoir attendre jusqu'au 15-17 avril? Bruno ne me contente-t-il pas? Je constate que le printemps m'affecte au point de vue de Bruno. Je me rappelle des événements des deux printemps passés où il m'a carrément laissé-là. Mais je vois aussi l'après, l'été où il était beau en bermudas et T-shirt, ça me revigore un peu. Je voudrais le voir ce soir. Mais j'aimerais me retrouver dans les bras d'un autre. Edwin par exemple. Je me sens vraiment mal, j'ai des remords parce que je ne vais pas travailler ce soir. En fait j'ai déporté ce soir à lundi prochain. Mais je n'aurais pas le temps de travailler lundi prochain, trop de choses à faire! I better go to work tonight. Vandendorpe first. Et si j'avais de la poste? Des nouvelles positives d'une maison d'Édition quelconque? Serait-ce seulement possible? Où donc se situe le problème? Combien de chose vais-je écrire avant d'être publié? J'ai bien l'impresiion que je pourrais en écrire éternellement. Comme le père Ubu, sans se faire imposer et têter Lugné Poe, jamais Jarry n'aurait passé à l'histoire. Ah! je pense que je ne vais pas être en mesure de survivre au cours de Mme Bourbonnais. Lundi je manquerai le cours de Mme Lafon, ainsi je respirerai un peu. Il me faudrait finir la session comme je l'ai commencée, manquer les deux dernières semaines. Je vais manger du pain ce soir. Cela fait au moins deux mois que je n'ai pas fait d'épicerie. Je n'ai plus rien à manger, j'ai même dégusté une boîte de fèves à la sauce tomate, découverte dans le fond de l'armoire à ma grande stupeur. Elle devait trainer là depuis au moins trois ans. Et à vrai dire je n'ai pas faim. J'en arrive à ma dernière tasse de café ce soir, je vais me mettre au thé. Jamais je n'aurais cru être capable de survivre aussi longtemps sans faire l'épicerie. Et ce qui est bien là-dedans, c'est que je n'ai plus besoin de faire attention à ce que je mange, je n'ai pas le choix. J'en arrive à la limite, les cannes de soupe bizarre et le riz. Et encore, je n'en ai plus pour longtemps. C'est avec mon dernier 10$ que j'ai acheté du lait et un pain hier, c'est

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presque le bonheur. J'apprends à apprécier des choses aussi futiles que le pain alors que je n'ai plus rien à mettre dessus. Je termine la marmelade que je n'aimais pas, et j'ai peur de mon Cheez whiz de trois ans, il a dû produire des petits amis depuis le temps. Je voulais acheter du beurre d'arachide, à 5$ j'ai laissé faire. Mais cette misère n'en est pas une. Je ne peux être désespéré car je sais qu'il ne peut rien m'arriver. J'ai la possibilité d'aller chercher de l'aide un peu partout, mais je n'en demande pas. Il me semble que je ne peux m'endetter davantage ou demander davantage. Je n'ai plus aucune motivation. C'est l'heure des dead lines.

«À l'intérieur, c'est plein de papillons», l'homme est en amour. Drôle d'expression. Moi ma bedaine est pleine de chenilles! Il me faudrait faire un kermess pour les métamorphoser en papillons. Joël Cyr aussi écrivait des lettres à la Vierge Marie et les brûlait. C'est donc que c'était une pratique courante, ô mon Dieu. Je devrais brûler mon journal et attendre une quelconque réponse du ciel par la poste. Peut-être la réponse sera positive, juste pour faire contraste avec les Éditeurs. Je viens de me retourner (on est dans le cours de la Bourbon), Alec me regardait. À la dernière session je rêvais de lui, je lui ai parlé, il ne m'a jamais donné aucun indice sur son homosexualité. Son intérêt n'était, assez surprenant, que celui de l'amitié. J'ai dû m'y résoudre. Encore l'infidélité! De tous les livres qui ont fait le sujet d'un exposé dans ce cours, les deux tiers portaient sur l'infidélité, et l'autre tier l'avait en thème secondaire. Même l'Immortalité de Kundéra parle de ce sujet. C'est une constante qui reflète bien la conscience d'une collectivité. Tout le monde se trompe l'un l'autre, et en souffre. Si je devais me faire un nouveau chum, je crois que ce sera clair dès le début: je ne vais pas chercher les moyens de coucher avec d'autres, mais si le contexte s'y prête, je ne pourrai et voudrai résister. Et ainsi il n'y aura plus de mensonge ni de remord. La collectivité pourrait-elle en venir à ça? Non, ça sonne trop immoral une relation ouverte, et c'est le chaos en un sens. Imaginons un instant une société qui accepte la relation à droite et à gauche, avec plus aucune stabilité «apparente», en une activité bien en delà du message religieux. Ça, ce ne sera pas généralisé, même si tout le monde couche déjà avec tout le monde, même les plus Chrétiens. Il faut le dire, c'est une mani chez les hommes de tenter de

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se rendre coupable et se faire du tort mentalement, sans raison. On aime ça la flagellation psychologique, on est masochiste. Je me rappelle Suzanne, l'amie de Raymonde (qui couchait avec mon père), me disait que Dieu demeurait son maître mais qu'elle ne s'empêcherait pas de vivre comme elle l'entendait. À ce propos, c'est d'ailleurs fort intéressant de constater que les quatre belles-soeurs de Suzanne trompent toutes leur mari. Pas besoin de se demander si les maris trompent leur femme. Quoique le mari de Suzanne est impuissant. Et tout ce petit monde croit en Dieu et au purgatoire et juge et condamne les homosexuels. C'est beau l'altruisme.

Si je pouvais tuer, je tuerais! Je peux tuer, je tue, je tue le Vandendorpe ici dans mon journal, le crisse! Ah, tout a été très bien organisé. Je le rencontre au Pivik, le monsieur me fait une remarque, cela lui permet dans son bureau de me dire qu'il m'avait averti à plusieurs reprises. J'ai cinq travaux en retard? Fine, mais la moitié du groupe à en moyenne 2 à 3 travaux en retard aussi. Monsieur est fier de son calice de programme d'informatique (Communication écrite). Je viens de perdre six heures à chevaucher à travers les bugs pour rien! Six heures à jeter au feu! Avec aucune preuve de combien de temps j'ai fucké là-dessus! (Là, j'ai déchiré la feuille sur laquelle j'écrivais, avec le crayon, et tout le monde me regarde dans l'autobus, je suis chaque jour plus près de l'asile...)

Je me suis trompé à propos de M. Vandendorpe. Il ne me demandera pas trois mois de travaux hebdomadaires en retard, il m'a clairement spécifié qu'il va me faire couler. Me voilà donc dans la même situation que Caroline-Anne Coulombe lorsque je lui ai dit que c'était normal qu'elle coule le cours de M. Vallancourt si elle n'y avait pas été une seule fois. Il me faut donc comprendre que je mérite de reprendre un cours cet été. Et qu'est-ce que j'en ai à foutre? Son cours de 3 heures qui m'en semblait 6, et qui était mon quatrième cours de la journée et mon sixième cours de la session, il m'était impossible de passer au travers. Ne mérite-je donc pas de prendre un cours cet été? Et pourquoi pas. Même les larmes ne lui font pas. Je lui ai raconté une histoire à pleurer, comme quoi je travaillais 30 heures par semaine (sic, j'en travaille à peine huit), je lui ai dit aussi que j'avais des problèmes person

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nels, etc. il m'a répondu qu'il s'en foutait. Je vais répliquer avec une lettre. Le salaud, il m'a si bien jugé à partir de son cours qu'il m'a carrément dit que je n'étais pas prêt pour la maîtrise. Qu'il aille chier, cela fait je ne sais plus combien de cours je suis, avec tout de même de bons résultats. Qu'est-ce qu'il en sait? Et il serait capable de parler contre moi au département. J'espère que Dominique se lèvera et parlera, et de toute façon, je m'en fous. J'aimerais bien qu'il me refuse et que la Sorbonne m'accepte, cela montrerait tout leur syndrome du professeur un peu frustré, qui exige alors que c'est nous qui payons et qui s'endettons. Eux, ils ont eu l'école gratuite en France. Il fallait travailler dure pour passer une année. C'est pas comme cela que ça marche en Amérique Christ! Ici, avec l'argent, il faut quelque chose au boutte! Surtout lorsqu'il s'agit d'une hypothèque dont le montant sera quadruplé avec les années.

25 mars 1994

Retour sur le 216. Everything makes me sick. Je suis tellement malade! Dans la tête aussi. Je ne serais pas surpris que l'on finisse par m'enfermer, comme Artaud. Joël s'est mis à pleurer «comme un bébé» avant hier au travail. Est-ce si difficile cette passion pour Jake? Prétextant l'école, il a fait une méchante crise. Ainsi tous les étudiants sont dans la même situation que moi. Et moi je ne pleure pas. En attendant, je retombe en amour avec Bruno, hier c'était incroyable, il est beau, a son charme, c'est n'est pour rien que cela fait deux ans et demie que l'on est ensemble. Je regarde par la fenêtre, j'aurais envie de partir dans le ciel, mais je m'écraserais sur le trottoir. Pourquoi? À cause de mes problèmes de conscience, pas Bruno, mais mes travaux d'école. Que la vie peut être exécrable parfois, et fort souvent. Je regarde les édifices, cela s'écroulerait et rien ne changerait, il me faudrait tout de même lire 2000 pages et en écrire une centaine d'ici à Mercredi prochain, jeudi.

Le 216. Adeline, un intérêt plat. Sylvie, une crisse de fatigante, Nathalie Petit? Si j'étais straight, elle serait conquise, et je serais heureux ou malheureux plus probablement avec cette fille. Je suis homosexuel, un intérêt plat. Sébastien (?), lui il vit dans un autre univers, pas mal plat. Le «beau presque gros hétérosexuel white man with his girlfriend» (je

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ne connais pas son nom), son pseudonyme en dit suffisamment long pour justifier mes vomissements. La vie de tout le monde me fait dégueuler!

Je souhaiterais n'avoir jamais entrepris l'étude de la langue française, il n'y a pas pire calvaire sur la planète. Si je passe à travers ma session, je jure de remercier le ciel et d'écrire une lettre au bon Dieu, pour le remercier (une lettre à la Terre en l'occurrence, il me faudra donc l'enterrer au lieu de la brûler? Bof, je vais la brûler, les cendres ou les molécules changées risquent davantage de retomber sur la Terre que d'aller au ciel. Quand je dis qu'il est temps venu de m'enfermer!): Dear God! Do something or I'm gonna kill someone. I'm not going to wait until they figure out I'm crazy OK? I want to see Bruno! Bruno Bruno Bruno Bruno Bruno Bruno Bruno..................

J'en ai encore pour de 3 à 6 heures à passer sur Communication écrite de Vandendorpe + ces cinq travaux, qui une fois comptés, donne en fait sept travaux. Ô misère! Sans compter mes deux exposés oraux, Tardieu et Erman Broch - dérivé de l'Enéide, oh my God, oh my gods! Plus les cinq travaux longs finaux. Lafon, Bourbonnais, Forget sont intraitables. Me le faut donner la semaine prochaine. Simard et Lemoine, la semaine d'après only!

Joël a des problèmes psychologiques. Il arrête pas de faire des clins d'oeil. C'est très significatif ça. Un clin d'oeil inspire une complicité, une relation privilégiée, mais après le cinquième clin d'oeil, la séduction se transforme en analyse ou en colère de ma part. Aujourd'hui c'est l'analyse: il a des problèmes psychologiques. Le pire c'est qu'il n'est pas si laid, beau même, mais tant qu'à coucher avec lui, j'aime autant Bruno. Je ne pense pas être porté vers l'infidélité généralisée. En fait, je mérite peut-être encore Bruno, si je pense à le tromper, je n'en ferai tout de même rien. Seul Edwin, et je sais que j'avais vraiment des sentiments pour lui. Heureusement, j'aime mieux Bruno je crois. C'est peut-être une idéalisation, j'aime Edwin moralement? Mais surtout lorsqu'il est là. Physiquement aussi donc. Ça aussi ça pèse sur mes épaules. Tout le monde a-t-il son petit Jake qu'il souhaite tenir dans ses bras éventuellement, et qu'il se rend malheureux pour ça? C'est déjà bien assez...

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29 mars 1994

(Voir 5diary94)

30 mars 1994

J'ai avoué à Nathalie que j'étais... avec Bruno. Elle s'en doutait m'a t-elle dit. Peut-être aurait-elle dû dire qu'elle y avait songé, et à peine.

Je veux partir sur une brosse de malade. Encore deux semaines à vivre sans sous. J'ai fait une épicerie de 60$, en trois jours j'aurai passé au travers. Après cela je vais continuer à gruger le fond des armoires. Non, j'exagère, j'en ai encore pour une semaine avant de recommencer à gruger. C'est drôle, je vois davantage à ne plus gaspiller. Je vais dorénavant,

comme je l'ai déjà dit, manger jusqu'à la dernière tranche de pain.

Avant dernier jour de mars. Bruno s'inquiète que je pourrais partir pour Paris et qu'on se laisserait. Peut-il être si aveugle? N'a t-il pas compris que si moi, suis capable de prendre une telle décision c'est que quelque chose a changé? J'y vais avec le sourire à Paris, avec la nette intention de rencontrer quelqu'un sur place. Moi, un an sans affection? Incapable. Comme ce serait cruel de laisser croire à Bruno que je sors avec pendant que j'ai quelqu'un en Europe. N'ai-je donc plus de sentiments pour lui? On a fait l'amour ce matin, on ne l'aurait pas fait et ce serait du pareil au même. Il est beau, mais il m'excite moins. Mais Edwin non plus, je l'ai finalement oublié si on regarde les pages de ce journal. La vie scolaire et du département, et la pensée d'aller à Paris, me nourrisent amplement. Mais peut-on voir clair pendant le mois de mars? Spécialement à la fin? Surtout que, par expérience, il déborde dans le mois d'avril. Que je suis las, las de tout. La vie me traverse sans que je m'en rende compte. Je prends des décisions directement par la raison je serais porté à dire, mais c'est le coeur. Je suis en amour avec Paris, le même sentiment que lorsque je voyais mon départ pour Ottawa comme une délivrance. Un sentiment plus fort, parce que j'étais davantage au désesppoir en ce temps, je souhaitais qu'Ottawa soit une délivrance sans y croire assuré

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ment. En fait, Ottawa fut une délivrance. Qu'ai-je à attendre de Paris maintenant? Un RM en transition, constamment en transition, transition encore et encore...

Mireille veut laisser son copain, le summum est atteint, elle va se sortir de son marasme. Elle compte beaucoup sur moi, c'est moi qui lui aurai tout conseillé: de le crisser là, de déménager, etc. Peut-être ne se rappelle-t-elle pas qu'à l'origine c'est moi qui l'ai encouragée à déménager de chez elle et d'aller demeurer avec Nedko. J'ai de la misère à m'avouer cela, mais je n'ai pas fait d'objection proprement dit. Je reparlerai un autre jour de sa relation avec ce Bulgarien.

29 mars 1994

Rimbaud, Une saison en enfer (La descente aux enfers), L'Illumination (René l'Illuminé). Oops, voilà que je reprends des titres de Rimbaud sans m'en rendre compte. Je me demande si je reprends un peu sa structure: l'enfer de la réussite suivi du bonheur (bof) de l'Illumination? Quels liens peut-on en tirer? Quels liens peut-on faire entre moi et Rimbaud? Jeune homme homosexuel en révolte? De toute manière, j'aime mieux être comparé à lui qu'à Michel Tremblay (et le pire c'est que celui-là porte mon nom, ou plutôt, c'est lui qui porte mon nom). Si Michel Tremblay a été la voix d'un peuple dans les années 70, qu'il a aidé à la Révolution Tranquille à quelque part, s'il a été le porte-parole du féminisme (le gros mot), tant mieux pour lui. Moi je crache sur les années 70, j'en garde le plus mauvais des arrières goûts. Une histoire comme celle-là, je ne veux pas y être associé, et encore moins réaliser leurs rêves d'enfants. Les clichés qui sont parvenus jusqu'à nous, effrayants. J'ai déjà parlé de mes faux préjugés à propos de Montréal... Leur look idiots, la caricature qu'en font les comédiens d'aujourd'hui alors que c'était comme cela qu'ils étaient... l'histoire n'a rien d'intéressant, pas un avant gardiste en plus. Artaud m'est beaucoup plus contemporain, Jarry aussi. Comme c'est drôle, j'analyserai un autre jour cette mauvaise image que je garde des années 70. Revenons-en à Rimbaud. Entre moi et lui, il existe une marge. Je ne voudrais pas que l'on me compare trop à lui. Bien que ce soit l'auteur que j'aime peut-

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être le plus (il me reste beaucoup de choses à lire). Il m'a probablement inspiré inconsciemment (plutôt motivé), les lettres de RM plus particulièrement. Mais enfin bon...

Encore une semaine de cours et je serai déjà plus libre. Quatre jours de congé cette fin de semaine, vive la mort du Christ! Après la session, j'aurais envie de tout abandonner et faire comme si je n'avais aucune éducation. Partir de par le monde, me perdre dans les taudis, les lits des étrangers, communiquer avec l'ensemble. Paris sera un pas de plus vers cette liberté. La publication à succès (une chose impossible) est peut-être ma seule voie d'accès. On est encore mardi. Je ne pense pas que je vais survivre! Je me suis couché à 4h00 du matin, levé à 7h30, j'ai travaillé pour Vandendorpe comme un déchaîné. Trois jours pour compléter trois mois d'études, il faut qu'il accepte mes travaux, j'ai même été raconter de la broue au médecin pour avoir un billet médical. Je vous jure que cela était un tour de force. Combien cette consultation éclair coûtera aux contribuables? Les médecins ne sont pas payés à l'heure, ils sont payés à la seconde, au mot prononcé. Le pire c'est qu'il me faudra passer un dernier mardi la semaine prochaine. Vais-je survivre? En plus de mon exposé pour Lemoine et mes six travaux longs à remettre... Quel calvaire! Cela va-t-il finir?

M. Simard a gagné son investiture dans le comté Richelieu. Il sera probablement député, et si le PQ rentre aux prochaines élections, il sera ministre. C'est beaucoup de «si» cela. Il devient pourtant chaque jour un peu plus calme. Heureusement je me suis mis à l'écart. C'est moi qui l'ai interpelé (il nous devançait de quelques dix mètres) puis il est venu à nous. C'est la première fois que je réussissais à me taire, et encore, je lui ai dit ce que j'en pensais: J'ai toujours cru que la politique devait se faire par derrière, dans l'ombre. Publiquement il n'y a rien de pire, on se fait détruire par les autres et cela n'a pas d'avenir. Il a acquiescé à cela, pouvez-vous le croire? Il me pense naïf et innocent, jeune ignorant, qui est tellement loin du monde, que cela fait peur. Mais je me demande qui de lui ou moi est plus près des tares de la société. Lequel pense chaque jour aux façons d'améliorer la condition du peuple, et surtout, lequel de nous deux est vraiment objectif? Je serais tenté, sans le savoir vraiment je l'avoue, de dire que le Parti Québécois tient davantage de l'éthique de convic

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tion que de l'éthique de responsabilité, pour reprendre Max Weber dans son traité de politique à propos de [deux morales]. Perdre tant d'énergie et d'argent sur des questions de constitutions et d'idéologies, à se chercher une identité... cela est important peut-être, mais cela vaut-il les millions, que dis-je, les billions qu'on y a engouffrés? Sans parler du temps accordé à cela, les ressources qui auraient pu servir à atteindre, peut-être autant sinon davantage, les mêmes objectifs, de façon concrète. Citons Les Années de Rêves, le film (sic, des années 70) qui montre que ce n'est pas une guerre d'idéologie que l'on a besoin, mais d'une transformation à d'autres niveaux (dans le film on parle de la dramaturgie de Michel Tremblay (sic) comme d'une voix, qui commence dans le coeur, et qui nous montre la voie à suivre). Multiplicité de détails qui vont dans le même sens, et surtout, qui aidera la cause de l'humanité. Je comprends qu'il faille bâtir un fossé entre les Anglais et les Français pour arriver à des fins plutôt ambiguës, mais à quel prix ces sensibilisations? Et ce n'est que sur les prochaines générations que l'on verra le produit de leur histoire. Ceci dit, peut-être que la séparation du Québec est nécessaire et souhaitable puisque les Anglais seront presque la majorité à Montréal en l'an deux mille, ce qui serait désolant pour la cause du français en Amérique. Mais je ne saurais juger et ne veux me prononcer là-dessus. À me renseigner un peu plus sur le sujet, je crois que je souhaiterais la séparation, pour en finir avec le marasme de misère que cette union a su provoquer. Aux origines, il n'y avait rien à l'avantage du Québec là-dedans, au contraire, l'union n'avait qu'un seul but, nous assimiler, nous anéantir. Serait-il possible qu'aujourd'hui on puisse tirer des avantages de cette union? Sûrement, mais, je ne suis plus certain. Peut-être vaut-il mieux être un pays fort mondialement, mais peut-être faut-il sauver la langue au Québec et éliminer le doule gouvernement qui coûte une fortune? Mais est-ce bien là les vraies raisons qui font des séparatistes-souverainistes des gens qui veulent la séparation? Il est là le problème. Quelles sont les motivations réelles derrière celles que l'on entend? Du reste, il me surprendrait grandement que Sylvain Simard ait des intentions humanitaires définies afin d'aider la nation, le pays, la planète. Je voterais pour lui? Peut-être parce que je le connais, comprends à moitié, ses motivations mêlées d'ambitions, sais qu'il sera compétent comme ministre de la culture, il est le type parfait du bureaucrate pourri qui voudra tout institutionnaliser, tout le

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contraire de sa femme Dominique. Elle qui est contre l'institutionnalisation, au théâtre du moins, ainsi qu'au département. Elle est maintenant présidente du comité du baccalauréat, la voilà enfin au pouvoir dans l'administration, elle pourra peut-être enfin mettre sur pieds son cours sur la bande dessinée (Tintin et son homosexualité, j'imagine, comme elle nous en avait déjà parlé). L'autre aspire à mieux, même s'il n'apportera rien de nouveau je crois, le pouvoir sur le peuple, pas sur le marasme de misère du département de Lettres. Mais le peuple est pire que le département, malgré les chicanes de l'autre jour aux réunions pour l'amélioration du programme. Marie Couillard contre Lafon, Lafon c. le chef du dép., Vaillancourt c. Lafon. RM c. Vaillancourt, RM c. Marie Couillard, Gallays c. Vaillancourt, RM c. (?): l'ennemi qui en a inventé à Daniel Poliquin pour se venger de je ne sais trop quoi (on aurait dit à Poliquin des choses que j'aurais dites et que je n'ai pas dites). Il s'agit peut-être d'un étudiant qui cherche à me causer du trouble, mais ce pourrait très bien être un prof maintenant que je connais leur vraie nature. Et cela fait pitié car ce ne sont ni des enfants ni des étudiants, mais des adultes qui se battent pour leur crédibilité, leurs opinions, leur place dans la société, la hiérarchie, et c'est là la jungle, la nature, la loi du plus fort, c'est-à-dire de celui qui se gagnera le plus d'alliés pour arriver à des fins obscures, le pouvoir probablement. J'espère ne jamais en arriver là un jour, je fuirais. Je n'ai rien à gagner là-dedans, et j'ai ou j'aurai l'avantage de m'en remettre à mes vrais projets, l'écriture. Un poste de prof à l'Université ne m'est aucunement essentiel. Mais je parle, et mon seul premier livre, la Révolution, fera peut-être parler la critique, je me débattrais alors dans leur incompréhension, les interprétations qui seront probablement à côté des objectifs du livre. Je pense essayer de les laisser se débattre entre-eux, mais il m'en serait peut-être impossible? J'espère juste pouvoir leur répondre à l'aide de ma littérature même, m'inspirer à écrire en même temps, qu'ils me montrent une voie à suivre...

Victoire le Vandendorpe! Il m'a fait peur pour rien. Je n'ai qu'un exercice de plus à faire, une aberration! Quoi? Un étudiant manque plus de la moitié de ses cours, fout rien de la session, ne remet aucun des travaux, des rares fois où il vient il fout le camp à deux reprises lors de la pause, et il réussira avec B? Ça me rappelle le cours avec M. Lemieux. J'ai

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dû assister à quatre cours sur vingt-six, fini avec un A. Jusqu'où puis-je donc pousser l'audace? Next level? Comment m'abstraire de mes travaux finaux en soutirant tout de même de bons résultats? Cela me tente de dire que dans la vie il y a toujours un moyen de s'en sortir. Au pire allé, je n'avais qu'à suivre un cours cet été. Reste la Télé-Université, un autre coup de maître? Faire augmenter un C à C+, un an après avoir terminé le cours? I hope so, cos I don't want to do another class just for 2 or 3 points. En insolent je dirais, donnez-moi ce que je veux, et on me le donne, c'est ça le pire. Maintenant je dois cependant travailler sur mes travaux finaux, never stop, never enough, until death, courage, c'est la fin. Ce cours de trois heures est un vrai calvaire. Et le pire, je dois le subir à nouveau mardi soir prochain. J'ai bien envie de le skipper le Vandendorpe, comme je le disais à Mireille:

-Le Roi ne se meurt plus, il est mort! (Ionesco) C'est bien beau l'histoire de Vandendorpe, mais je suis incapable d'aller à son cours, ni ce soir ni la semaine prochaine. Penses-tu que je peux les skipper? Y'a un gars au département qui est tout timide et cela fait deux sourires qu'il me fait. Qu'est-ce que ça veut dire? 1- He might be gay, 2- he wants friends (he is always alone), 3- I have just look at him and his smile means I should be worried about my onions! (It seem that Mireille didn't answer me that day, à partir d'ici j'étais frustré et je ne lui ai pas fait lire le prochain bloc.) Bof, dans le fond, réponds-moi pas, ça sert à rien, toi tu es pure, pure comme la rivière qui conduit à l'océan... j'ai envie de faire comme toi voilà un an ou deux, laisser qui tu sais et coucher avec trois personnes en ligne avant d'aller m'établir avec le troisième... (Elle commençait à dire à la classe qu'elle trouvait le livre de Marie Laberge disgusting parce que ça semblait promouvoir une idée non-morale, c'est-à-dire une relation à trois personnes où les deux femmes qui se font mutuellement trompées souffrent. Par la suite elle m'a dit qu'elle voulait tromper son chum avec son meilleur copain (aussi Bulgarien), qui est souvent à l'appartement et dont il s'est passé des choses un peu bizarre. Semblerait qu'elle pourrait faire de telle chose mais ne pas être en encore avec le fait d'en écrire une belle histoire. Ah la Mireille, à l'image de notre société qui ferme les yeux sur le pire, et se scandalise pour les niaiseries. La suite, Mireille l'a lue:) Marie Laberge - mon ennemie! Celle qui «a écrit» une oeuvre collective sur Val-Jalbert... faire l'amour avec cette fille qui parle, j'aurais peur de la casser! «Çaaa vaaa bien-ien-ien-ien, ça va si bien...!» Elle me fait

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penser à Katleen! On peux-tu faire l'amour avec un cancéreux sans attraper le cancer? Une saleté? L'homme est une saleté, vaut mieux être heureux justement - égoïsme peut-être? (Fin de la conversation à sens unique avec Mireille.)

Timide le garçon, je l'ai à peine regardé au 216 l'autre jour, il lisait le Fulcrum, puis me fit un sourire. Aujourd'hui encore dans les escaliers du pavillon Simard, un sourire imperceptible, mais fort clair, j'ai perçu. Si ce jeudi il sera au 216, j'y serai aussi et l'interpellerai et lui demanderai pourquoi il est si seul, s'il étudie en littérature, sinon, pourquoi il n'étudie pas en littérature, et si oui, comment cela se fait-il que je ne l'avais jamais vu auparavant dans mes cours, puis je lui donnerai mon numéro de téléphone, il attendra deux jours avant de me téléphoner, on se rencontrera, on se sautera dans les bras et cela finira dans le lit. La vie pourrait être si simple si on faisait un effort! Mais là j'en serais à ma deuxième infidélité, vous vous en rendez compte? Il me faudrait considérer laisser Bruno. Ô my God, et je pense que cela serait aussi simple? Et de toute façon, cet inconnu, je ne le connais pas. On verra en temps et lieu, et je doute fort qu'il sera au 216, mais s'il n'est pas fou, après ses sourires, et s'il s'intéresse le moindrement, il sera là. Sinon, je peux en conclure qu'il n'est pas intéressé. Se souvient-il seulement que c'était un jeudi?

31 mars 1994

Et si la société ne produisait plus que des surbébés qui, à la naissance, n'auraient qu'un désir, celui de mordre leur maman jusqu'à ce qu'elles en meurent? Quelle horreur pour la mère d'accoucher alors. Une toute nouvelle génération de méchants enfants qu'on aurait à coeur de laver du cerveau et de gagner à n'importe laquelle cause. Je m'en inspirerai pour la Révolution.

Ne pas sous-estimer l'influence parentale, les pères de famille continuent à promulguer des valeurs effrayantes et désuètes des religions bizarres. Le père de Nedko qui traite son fils de lâche parce que c'est lui et non sa blonde Mireille qui se lève pour aller chercher une tranche de pain! Ça fait peur. Il faut que j'en parle aussi du rôle de la femme et des gais

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dans La Révolution, et les enfants à exploiter - Gabrielle Roy - Ces enfants de ma vie. Suprématie de l'homme, la loi du plus fort, la nature créée par Dieu (j'en connais une gang qui vont lever six pieds au-dessus de la Terre).

On a parlé avec la grosse Sophie Palluc, celle qui est lesbienne. Qu'elle est fatigante, elle m'a fatiguée. Sucer mon énergie. Me racontant que ses goûts, c'était Dominique Lafon. Qu'elle la voyait très bien habillée en cuir avec le fouet (moi aussi je le vois très bien cela). Elle parle de son homosexualité comme cela, sans complexe, comme Joël. Une fille dans son cours aujourd'hui lui a carrément demandé s'il était homosexuel (avec son maudit foulard rose, fallait bien qu'il s'y attende), eh bien il lui a répondu que oui. La fille s'est mise à le crier à tout le monde. Bravo, et moi là-dedans? Tout le département est-il maintenant au courant? Sûrement. Si le gouvernement Réformiste de Preston Manning venait qu'à prendre le pouvoir, je ne serais pas long à traquer, on me jetterait vite en prison, à moins qu'il mette à éxécution son projet de réinstaller la peine capitale, on me décapiterait donc, à moins qu'il n'ait déjà pensé à la chambre à gaz, et pourquoi pas le four crématoire comme les Nazis, ça au moins ça vaut la peine, on y passe en série. À ce propos, je pense que le nombre de gais qui y ont passé lors de l'holocauste est peu important comparé à celui des juifs. Il est donc vrai que la comparaison est difficile (faux, j'ai appris les chiffres au début de juin, ils peuvent aller jusu'à un million). Mais les gais se sont toujours cachés, même les membres de leur famille ignorent qu'ils le sont. Un juif marche encore dans la rue avec fierté, et pourquoi ne le ferait-il pas. Lui on le passe au bûcher pour s'approprier ses biens (?), les homosexuels, c'est pour autre chose?

1er avril 1994

Mon calvaire se terminerait-il aujourd'hui?

3 avril 1994

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La descente aux enfers commence. Je croyais avoir vu mon calvaire de près, je me trompais. Hier au lit chez Bruno, j'ai eu, et personne ne me dira si c'était là une bonne idée ou non, de regarder les numéros de téléphones qui avaient appelés, je le fais souvent non pas pour vérifier ou surveiller des choses, mais parce que c'est un gadget intéressant. Quoique je me pose toujours des questions à savoir qui sont ces numéros, et peut-être bien qu'à la limite c'est parce que je m'inquiète. Eh bien, un numéro qui commence pas 567, c'est-à-dire dans le secteur autour de l'Université d'Ottawa ou Downtown, avait la mention 24, ce qui signifie que la personne avait appelée 24 fois. Même moi n'avait téléphoné que 4 fois. J'ai demandé comme cela à Bruno, sans trop m'attendre à de réponses, je ne lui demandait pas plus que ça d'informations là-dessus, je pensais même que l'appareil était détraqué. Je shake au moment où j'écris ces lignes. Comme hier. Bruno m'a alors dit qu'il ne savait pas qui c'était. Puis il m'a avoué que Glenn avait trouvé son numéro dans l'annuaire puis qu'il n'arrêtait pas de l'appeler depuis. D'accord, cela ne me dérangeait pas. Mais il avait sur le coeur cette chose qu'il devait m'avouer, alors il m'a dit avoir rencontré Glenn à l'Université d'Ottawa et qu'ils étaient passés à l'appartement de Glenn. Bruno s'excusait, s'excusait de ne pas me l'avoir dit. Fine, j'm'en fous. Mais j'ai bien compris qu'il avait davantage de choses à se faire excuser. Il m'a enfin dit ce qu'il avait à dire: Glenn lui aurait sauter dans les bras, puis s'est frotté contre Bruno. Un peu plus tard, il avait même frotté la mauvaise place, bien qu'ils étaient habillés. Je voulais mourir. J'ai eu beau me dire que j'avais fait pire avec Edwin, impossible. Je shake en ce moment, je shakais là, je suis alors allé à la salle de bain. Maintenant, j'essayais de voir jusqu'où c'était allé. Eh bien Glenn avait ouvert ses pantalons, puis avait ouvert ceux de Bruno. Ils se sont masturbés, ils sont venus. Ils ne se seraient pas embrassés. Je suis retourné à la salle de bain. Cette épreuve fut pire que celle de mon infidélité contre Bruno. Je n'ai point été capable de le juger, étant dans la même situation. Je ne lui ai pourtant pas dit l'histoire avec Edwin. Car alors il n'aurait plus été à New York, n'aurait plus parler à Edwin, Ed m'en aurait voulu et n'aurait pu revenir à Ottawa.

Si l'épisode de Edwin ne se serait pas produit, la rupture entre moi et Brunoo aurait été instantanée. Aucun pardon possible. Sans compter cette peur qu'il recommence, qu'il couche avec Glenn en cachette, double relation humiliante. Edwin est loin lui. Et s'il ne

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l'était pas, je ne suis pas certain si je voudrais coucher avec lui. Bruno me dit qu'il ne veut plus recoucher avec Glenn, il le connaît maintenant, il n'est pas si bien. Mais qu'est-ce que cela veut dire? Jusqu'où vont les mensonges? Cela m'a pris deux heures pour arriver à connaître la vérité, sans quoi, sot que je suis, je ne saurais que l'aspect visite chez Glenn. Je l'ai poussé en prenant pour acquis dès le début qu'il avait couché avec. Ainsi, avec 24 téléphones, peut-être que la rencontre à l'Université est une invention? Bruno est tout simplement allé directement chez Glenn, sachant exactement ce qu'il allait y chercher? Je les ai bien vus au Tactiks, j'ai alors souffert de les voir ensemble, ils m'ont, comme par hasard, perdu dans la brume pendant 45 minutes. D'autres mensonges? Ils vont recoucher ensemble, c'est certain. L'autre continue d'appeler sans arrêt, ils discutent sûrement, on ne couche pas avec quelqu'un sans développer une sorte de complicité. Et ainsi, moi et Bruno, sommes aussi pire que tout le reste.

Je ne suis pas assez fou pour ne pas voir que cette similitude entre mes actioons et celles de Bruno sont significatives à plusieurs niveaux. Premièrement elle signale un problème dans notre relation, ou du moins, un désir de bien voir si la relation existe bien, ou si son avenir est à remettre en cause. Deuxièmement, j'ai souffert tout le mal que je cause ou pourrais éventuellement causer à Bruno en couchant avec Edwin, puis en lui avouant ensuite. J'ai tant eu mal, que je ne lui dirai pas pour Ed. Mieux vaut lui éviter cette crise, même si cela pouvait le soulager de comprendre qu'il n'est pas seul à avoir triché. Peut-être pense-t-il le contraire? Puisqu'à ses yeux, Bruno se considère de bien supérieur à Edwin, à la limite, cela passerait mieux pour lui. Moi ça m'a détruit complètement. Il se pourrait que Glenn soit plus beau que moi aux yeux de Bruno. Mais pourquoi donc ne s'est-il pas arrêté? Plus fort que lui? Pourquoi jouait-il tout son avenir avec moi, pensait-il trouver mieux en Glenn? Les mêmes questions à propos de Edwin deviennent intéressantes. Pourquoi donc ne me suis-je pas arrêté? J'ai tout fait pour m'arrêter, cela ne s'est pas fait spontanément, deux ou trois heures avant que je tombe dans ses bras, après avoir tant voulu rien faire. Bruno n'a eu les remords qu'après être venu. Pas hésité une seconde avant de passser à l'acte. Lequel est le mieux? Moi qui a eu le temps d'y penser, d'en prendre conscience, ou lui

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qui n'a pas réfléchi, geste spontané? Lui est davantage excusable je pense. Mais moi je voulais connaître ce que c'était qu'un autre homme, cette expérience qu'il me manquait, mais que lui a déjà bien expérimenté avec ses 10 à 15 derniers partenaires, à moins que ce ne soit davantage, et je le crois bien maintenant.

Que tout est à remettre en question maintenant! Comment le laisser? Impossible. Comment l'aimer? Difficile. Comment lui faire confiance? Quel calvaire. Et que cela soudainement m'ouvre toutes les portes vers l'infidélité en série. J'ai téléphoné le jeune Philip, avec l'espoir de le voir. Même s'il ne m'intéresse pas. Le gars de 16 ans est retourné vivre chez son chum Mark (qui le trompe avec son roomate d'ailleurs), et est revenu à ses habitudes pantouflardes, son chum ne lui laissant aucune liberté. J'ai bien regardé Neil, jamais je n'aurais le courage de lui sauter dessus comme a fait Glenn avec Bruno. Et pourquoi vouloir détruire sa relation avec John? En plus que ce dernier viendrait qu'à le savoir, l'hônnêteté de Neil n'est plus à prouver, on me jetterait à la rue. Et puis je ne veux rien savoir de personne. Mon sentiment est la jalousie. Moi aussi j'aurais aimé le faire avec Glenn, on auait même pu le faire à trois, et comme cela aurait facile à digérer. Mais les choses se sont passées pour multiplier les parallèles et me faire comprendre les implications de ma relation avec Edwin. Puis-je en vouloir à Bruno? Je lui en veux, comme il m'en voudrait s'il savait. Lorsque j'imagine la fameuse scène, j'ai envie de pleurer. Semble que je l'aimais le Bruno. Moi qui m'ai tant posé la question. Je suis certainement dû pour la dépression jusqu'à la fin du mois d'avril, et après, le Soleil ne se montrera guère, je ne sais plus où j'en suis, ce que je veux, attends...

Essayons de voir quelles sont les chances que Bruno récidive. Première question, se sont-ils bien rencontrés à l'Université? Quel jour exactement, à quel moment de la journée? Et pourquoi ont-ils été chez Glenn? Bruno ne sait-il jamais douté que celui-ci avait des intentions? Quand donc Glenn a commencé à appeler Bruno, avant ou après leur rencontre? Combien de fois Bruno et Glenn ont-ils parlé au téléphone? Longtemps? Glenn a-t-il rappelé dernièrement? Est-il au courant que je sais? Si Bruno voulait recommencer, voudrait-il m'y inclure? Et voudrais-je m'y inclure? Peut-être le lui faire croire, pour une sécurité. Au moins,

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s'il désire vraiment coucher avec encore, au moins il aura une porte de sortie. Il me semble avoir bien grandement pesé la question. Ce qui revient à dire qu'il considère la possibilité de coucher avec à nouveau. Il aimerait bien en tout cas, et pourquoi pas. Comme moi avec Edwin. Je ne suis plus en état de penser.

5 avril 1994

(Conversation avec Joël Cyr dans mon cours avec M. Simard:)

-Conseille-moi, je ne puis puis l'aimer comme avant, je ne puis non plus le laisser, je ne peux me retrouver seul en ce moment, et surtout me trouver quelqu'un d'autre. Il me dit que c'est une erreur, qu'il m'aime, ne veut pas me perdre, ne recommencera pas (et toute la bullshit qui habituellement va avec ça). En tout cas, comme j'aurais eu regret de pas avoir été jusqu'au bout avec Ed. Je ne sais plus où j'en suis, mais maintenant je ne m'empêcherai plus jamais d'agir comme je l'entends, dans n'importe laquelle relation. Tu t'imagines? J'aurais pu coucher avec Phil, un superbe beau jeune homme de 16 ans, Tchéchoslovaque et romantique... mais...

Tes livres sur le comment faire un scénario sont merveilleux, il me faudra les acheter. Je vais certainement passer au travers avant d'écrire un scénario. Je t'avais dit que mon ami Patrice à Montréal sort de cinéma (directeur) et qu'il est celui qui a pproduit le plus grosse production à l'UQAM de l'histoire. Il sort cette année, et à moyen terme, j'aimerais bien faire équipe avec lui. Pour l'instant, mais ce ne sont que des idées, j'aimerais bien écrire des scénarios pour «Les enfants du Sabbat» d'Anne Hébert, «Une Histoire Américaine» de Jacques Godbout et même la vie d'Alfred Jarry autour d'Ubu Roi. Maintenant je te laisse me désillusionner.

Arrête de me regarder avec un grand sourire, le prof se sent menacé, il pense que l'on parle de son futur en politique. Ah, je suis dépressif, je ne veux pas être seul dans ma dépression, dis donc à Jake que tu l'aimes à mourir! Il te crissera là et tu souffriras moins après la crise. Quand je pense qu'il ignore tes sentiments, ce qui me fait penser à notre relation.

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J'espère juste, de tout coeur, et je ne saurais trop t'éviter des souffrances, que je ne m'intéresse à personne qui demeure au Canada, même pas juste pour le sexe, ma psychologie est malade. Ainsi donc je suis ouvert à Edwin, et encore, et peut-être Paris dans le courant de l'année prochaine. Je t'avoue bien franchement que coucher avec quelqu'un d'autre d'ici à la fin de l'été, me serait fatal pour l'opinion que je me fais de moi. Il s'en est déjà trop passé... tu n'es pas fâché de mes paroles? Enfin, j'aime mieux l'honnêteté, j'ai tendance à faire souffrir les gens sans m'en rendre compte.

J'ai juste peur que tu penses que l'amitié que j'ai pour toi puisse dépassser l'amitié. C'est hypothétique, mais j'aime meiux prévenir. Au titre d'ami d'ailleurs, tu es vraiment spécial pour moi, il est rare que des gens nous apporte quelque chose, et j'ai beaucoup à apprendre de toi. Je dois te sembler bien naïf, tant pis. J'espère juste que je t'apporte aussi quelque chose, ou apporterai. Où seras-tu cet été? Et mon René l'Illuminé, tu veux garder les vingt premières pages jusqu'à Jeudi? J'ai l'impression de parler seul!

(Il se met à parler enfin, les parenthèses sont de moi:)

-S.V.P. Ne me met pas sur un socle, je n'en vaux pas la peine. (Encore un qui s'imagine qu'il ne lui reste qu'à mourir.) Pour toi je ne ressens que de la sincère amitié. (C'est pour ça qu'il n'arrête pas de me prendre les mains.) Le «ne que» n'est pas diminutif, mais il se présente plutôt comme un bouclier vis-à-vis les intentions que tu sembles me prêter. (N'en pouvant plus, il avoue:) Je te trouve bien séduisant et surtout charmant (le «mais» s'en vient) mais, j'écarte tout désir de mes sentiments (y réussirait-il? j'en doute) car je crois deviner que toute autre relation pourrait être néfaste à notre amitié qui me satisfait grandement (un autre qui se contente de désirer sans sauter sur la personne). La seule chose à laquelle (j'ose) aspire (r) un peu plus à chaque fois que je te vois, c'est te connaître davantage (et au diable la connaissance du corps puisque je suis bouché). Et ce, dans un seul but, apprendre dans l'agrément (quoi, mais de quoi parle-t-il? c'est la seule finale qu'il a pu trouver à cette belle déclaration d'amour étouffée?)

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Or, pour ce qui est de tes amours tumultueuses (heek!), je ne crois pas te fournir la panacée. Cependant, dis-toi une chose, c'est que la mouvance appartient au monde des sentiments, et des raltions avec les autres. Ça m'écoeure, mais c'est comme ça. Celui que j'aime aujourd'hui, je vais l'ignorer demain, ou peut-être même l'haïr. De plus, et crois-moi, ces métamorphoses s'accélèrent avec l'âge (comme Bruno, à 28 ans il a déjà l'impression d'en avoir 45, et dites-moi que ce n'est pas là un stupide sentiment transmis par les baby-boomers qui ont bien vu et nous ont répété à tort et à travers qu'ils pognaient plus rien de beau et jeune...) Le vieux que je suis en sait quelque chose! (!) (il vient de couper tous les fantasmes que j'aurais pu avoir avec lui, il m'a convaincu qu'il ne valait plus rien, à 28 ans, oh my god, il ne me reste que cinq ans à vivre! En admettant que sa crise existentielle n'ait pas commencée à 22 ans.) Autre chose, l'hypocrisie est ce qui est de plus vitiolique dans l'amour! (Avoue donc à Bruno que tu as couché avec Edwin! Et deviens ainsi aussi libre que le vent et prêt à me sauter dans les bras!) On se parle franchement (tu parles) ou (et?) on se quitte, sinon le jeu devient trop sérieux, il ne débouche sur rien (un jeu doit-il déboucher sur quelque chose?) et il s'avère à chaque fois néfaste...

Pour ce qui est de Jake, il y a là de quoi se marrer (tu parles). Je nage en plein drame Cornélien (mais pas du tout mon ami): Jake regarde langoureusement un type et je me doute de quelque chose... Ce type s'intéresse à une fille qui... me voue une admiration qui me gêne. Que faire...? En rire sans doute! (Et le sarcasme ou cynisme entre en jeu, on aura tout entendu.) Pourtant je me jetterais sous un train si Jake me le demandait (and how about me? Joël, je le veux, je le désir, jette-toi sous un train, et ça c'est pas Cornélien, c'est Toïlstoien...)

(Fin de la conversation interractive doublée).

* * *

Me voilà au café alternatif, seul. Qui est là? Le gars du 216! Il me regarde à l'occasion, je suis en train de paniquer, il me sera impossible d'aller lui parler, il le faudrait pour

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tant. Le pire qu'il pourrait arriver c'est qu'il me rejette en bloc. Il me regarde furtivement, il s'en va, quelle horreur! Vais-je assister à son départ sans agir? Oui!

* * *

Je l'ai devancé un peu, rencontré un demi palier d'escalier plus haut, il m'a regardé puis a continué son chemin.

* * *

Deux heure plus tard il sortait du pavillon Simard en même temps que j'entrais. Il a fait semblant de pas me voir. Je pense qu'il n'y a plus rien à attendre de lui, il est traumatisé je crois. Sinon, il est trop coincé, moi je ne peux lui en signifier davantage.

* * *

Je savais qu'en passant au Centre Universitaire j'allais rencontrer Glenn Strange (c'est son nom. Un autre tour de force: 569-3306, c'est son numéro.) Je lui ai donc parlé. Dit que je savais ce qui s'était produit, raconté un peu la situation, voir s'il n'en ajouterait pas quelque chose: j'ai appris entre autre que Bruno savait ce qu'il allait chercher dans l'appartement de Glenn, qu'ils en avaient donc parler de faire l'amour avant et qu'ils allaient là pour coucher ensemble. Ce n'était donc pas un coup de tête, Bruno n'a pas été pris par surprise et cela a probablement durer plus que quinze minutes. En plus, Glenn a dit que Bruno n'avait jamais vraiement parler de moi, qu'il voïdait le sujet pour se laisser le champ libre avec Glenn. Ainsi c'est délibérément que Bruno a voulu me tromper. Cela me rassure (!)(en un sens) il est donc comme moi. S'aurait peut-être été pire s'il avait été séduit sur le coup du moment, ce qui est dangereux pour l'avenir, il coucherait donc avec n'importe qui, mais c'est aussi pire dans l'autre sens, pourquoi donc cherchait-il à coucher avec l'autre, que dois-je comprendre? S'il s'est donc produit quelque chose, Bruno a voulu que ça arrive, le souhai

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tait, et puis c'est arrivé. Avait-il besoin de me comparer avec le jeune Glenn (21 ans, comme moi). Puis ayant découvert que j'étais mieux, le voilà revenu? Comment cela ne me ferait-il pas avoir envie de courir loin de Bruno, en dépit de ce que j'ai fait avec Edwin... N'est-il donc plus sûr de moi? Je prends cela tel un rejet, comme s'il ne m'appréciait plus, ou avait des doutes. Il m'est donc difficile de continuer cette relation. Même si j'ai couché avec Edwin, je gardais un complicité avec Bruno. Maintenant, que j'aie couché ou non avec Ed, la complicité est rompue. Bruno se place au même niveau que tous les autres, il ne m'appartient plus, je ne lui appartient plus. Plus particulièrement dans cette période de transition. Tout est changé, peut-être parce que je veux que cela soit ainsi? La communication a été rapide entre Glenn et Bruno après ma discussion avec le Stranger. Moins d'une heure après notre conversation, Bruno était au courant. Bruno me l'a reproché, ils se sont entendus sur des mesures à prendre. Bruno m'a dit que Glenne ne voulait plus se mêler de nos affaires, qu'il ne voulait plus communiquer avec Bruno. Je ne sais pas pourquoi, ce n'est pas possible. Pourquoi donc Glenne ne voudrait plus parler à Bruno? Et quel intérêt Bruno a-t-il à vouloir me faire croire cela? Me montrer que les liens seront définitivement coupés? Il me répète encore que ce serait injuste que je le laisse, que je serais stupide. Mais d'où ça sort ça? Croit-il que l'épisode avec le prof de français, alors qu'il m'ait pardonné, je devrais lui pardonner? S'est0il appuyé là-dessus pour se convaincre qu'il pouvait coucher avec Glenn sans que je réagisse? Avait-il garder en mémoire qu'il pourrait me tromper, a attendu l'occasion, puis s'est dit que je lui pardonnerais, prétextant que je n'avais pas le choix parce qu'il m'avait pardonné deux ans auparavant? I'm not that stupid! En plus, s'il m'a trompé là, il m'a peut-être trompé ailleurs. La seule chose qui fait qu'il me l'ait avoué c'est qu'il croyait que Glenn le dirait à Joël puisqu'ils sont amis, et lorsque je lui ai dit que Joël avait quelque chose d'important à me dire (et je ne sais d'ailleurs toujours pas ce que c'est), Bruno s'est mis à paniquer, m'a tout avoué. Et les années passées, lorsqu'ils voulaient me laisser, y avait-il quelqu'un d'autre là-dedans? Mike peut-être, à la limite? Crisse que j'aurais alors été stupide, ils avaient même des soupers à la chandelle pour fêter leur anniversaire... He thinks I should get over it (l'histoire de Glenn), fuck you man! Juste pour lui faire comprendre, j'aurais envie de le laisser là, au moins pour quelques temps. Mais je ne le ferai pas, garderai tout de même mes distances, parce que je ne puis faire autrement, je souffre trop. J'ai d'ailleurs

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davantage envie d'aller voir ailleurs, mais je ne suis pas dana la position, ne le temps, la possibilité... Edwin était de loin moins bien que Bruno, surtout que j'étais paralysé par ma conscience (et dire que Bruno lui, se portait très bien dans ses actions). J'aimerais vraiment au moins pouvoir le comparer avec mieux que lui. Et c'est le temps ou jamais. Peut-être encore avec Edwin au pire allé, Gabriel peut-être. Je ne sais plus où j'en suis! Je ne sais plus quoi faire!

6 avril 1994

Bon, Bruno avait désirer Glenn au même point que moi Edwin. Je commence à accepter ce fait. J'espère que cette idée de sauter dans la rue et rencontrer cette personne magique me passsera. Hier j'ai couché avec Bruno. Crisse qu'il beau. Plus beau que n'importe qui. Qu'ai-je donc à vouloir aller ailleurs? J'ai éjaculé trois fois en trois heures, en ces temps, ça veut dire que je suis en manque. Je vais m'orienter vers le retour complet à Bruno. Je ne vais pas cherche à coucher avec Edwin s'il revient. Si cela arrive, cela arrivera, mais je ne ferai pas d'efforts en ce sens. Alléluia, Dieu me guide enfin sur le bon chemin. (Je serais stupide de la croire, surtout que je suis toujours homosexuel, mais les gens perdent leurs proches dans des incendies, accidents d'auto, et réussissent tout de même à glorifier Dieu ensuite. Prétextant peut-être la grâce de ne pas avoir été frappé à la place de l'autre? Ce qui serait déjà très égoïste. Ou prétextant que les choses devaient se passer ainsi. Sans comprendre pourquoi, sans même se poser la question. Moi, dans ces cas, et je le remarque en ce moment même, je m'exerce à voir les conséquences de tel événement et j'essaie d'y voir du positif. Peut-être pour me contenter, qui sait? Mais à croire à un genre de destinée, et à agir en fonction de cela, voilà déjà un certain contrôle sur l'existence (pourrais-je croire cela?). L'épisode de Glenn est fort concluant. J'étais certain de le rencontrer au centre Universitaire, le timing était extraordinaire. Je n'ai même pas eu à me dépêcher, je savais que le temps de ma marche, l'attente aux lumières, tout était calcul. pour que je le rencontre. Il y a eu séduction entre eux deux, Bruno m'a dit, et Bruno a embarqué. Il en voulait à Glenn qu'il m'ait dit que Bruno voulait coucher avec, et qu'ils soient allés à l'appartement sous le

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prétexte de coucher ensemble et non sous un faux prétexte inventé par Glenn. I have to stop these litle conversation with myself, I'm getting really depress...

7 avril 1994

Conversation avec Mireille dans la classe de la Bourbon:

-Bruno a couché avec Glenn Strange (c'est son nom), et ce, sans qu'il sache l'histoire d'Edwin, qu'il ne sait toujours pas d'ailleurs. J'ai cru mourir lorsqu'il me l'a avoué. Crois-moi, tromper son chum est une chose, se faire tromper par son chum en est une autre plus terrible. C'est un paradoxe tu croiras, puisque j'ai fait la même chose. Mais c'est pas là mon impression. L'autre appelle tout le temps chez Bruno, and I don't know what's going on! Bruno ment comme un déchaîné, mais il veut rester avec moi, veut pas me perdre (la bullshit habituelle qu'on est en droit de s'attendre suivant une telle confession). Edwin m'a juste permis de pas laisser Bruno sur le coup, je te jure que je l'aurais laissé.

-Tu devrais peut-être lui avouer à Bruno. Jette tes cartes sur la table toi aussi.

-Quelles seraient les conséquences? Il serait content, penserait que tout s'annulerait alors que ce n'est pas le cas, je considère Paris, l'été à Jonquière... et en plus, si je peux lui épargner cette souffrance que j'ai souffert, je le ferai.

(Fin de la conversation.)

La vie n'est qu'une série de formalités auxquelles on se tue pour arriver à s'en sortir. J'ai passé l'avant-midi, de 7h à 9h, à aider une amie Chinoise (Wang Ynan) à comprendre son français. Puis j'ai passé une heure à chercher des papiers qui indiquaient le nombre d'heures que j'avais travaillées voilà 3 mois: l'assurance-chômage, auquel j'ai remplit plus de formalités qu'un premier ministre en remplirait en cinq ans, a bloqué à quelque part. Cela fait depuis le 22 novembre que j'essaye d'avoir de l'assurance-chômage, et on appelle cela une sécurité sociale? J'ai eu le temps de mourir de faim trois fois. Ensuite j'ai passé au bureau de l'A.-C. de 10h à 14h. Puis une heure à l'ambassade de France, enocre des tas de formalités qu'il m'est impossible de remplir, tant d'efforts pour rien! Ils me renvoient tous les papiers que j'ai tant eu de peine à amasser, ne me disent presque rien, je dois déduire leur petits

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dessins et flèches sur des feuilles d'informations générales. Au moins ils me répondent et je pense quelques heures avec Mme Migneault à l'ambassade à essayer de figurer what's going on in there, le gouvernement lui, réussit à m'oublier dans ses dossiers informatiques, et j'ai de bonnes raisons de croire qu'ils le font exprès. Sont pas là pour nous aider, mais nous décourager, nous achever. L'altruisme ne devrait-il pas commencer par les institutions gouvernementales? Mais bien sûr que non... (m'en inspirer pour les germes de René the illuminated). N'est-ce pas dans ces endroits que l'on tâte le poul de la collectivité? Il m'aurait fallu une arme pour aller là, seul moyen pour qu'enfin on agisse. Le seul problème c'est que l'on agirait très vite, pour m'emmener en prison. J'ai donc manqué le dernier cours de M. Simard, fuck it. Trente minutes en retard au cours de la Bourbonnais. Je dois aller la convaincre de me laisser une prolongation pour le travail sur Ducharme. Ce qui est un autre tour de force. Ma vie n'est qu'une série de tours de force de calvaire, mon but consiste à m'enfoncer dans un trou le plus possible, puis tout faire pour m'en sortir avant d'en crever. Ainsi je l'ai eu mon C+ à la Télé-Université. Et si je réussis à faire les travaux de mes six cours, tout sera, je l'espère!, enfin fini. Mais je n'y crois pas, à la dernière minute une soucoupe volante détruira mon diplôme qui plus est, ne vaut absolument rien. Un diplôme de quatre années d'études à l'Université en littérature? Bullshit, on se trouve même pas un travail, et si oui, à salaire minimum. En fait, ce diplôme n'est qu'une formalité pour m'ouvrir à la multiplicité des formalités, mais à Paris. Eh bien, si cela m'ouvre la porte, allons-y! Ce n'est plus le Bruno qui m'empêcherait d'agir... même si j'ai l'intention de continuer à sortir avec ême si nous sommes séparés de 5 à 6 fuseaux horaires. Mais qu'est-ce que cela signifie vraiment, si j'ai pas l'intention de m'empêcher de vivre sur place, et que je souffrirais si lui couchait avec d'autres ici, et même si it's not an open relationship, it will be an hidden open relationship, car je ne m'inquiète plus pour lui, il ne passera pas un an à m'attendre à se masturber, il agira. Et j'accepte tout cela. I must be very «strange» right now. Mais mon Dieu, quel calvaire, ce mois de mars-avril me semble être le pire qui me soit arrivé depuis quatre ans. Qu'en pensez-vous, vous qui avez les Lettres de R.M., mon journal de 1992 (en mars 1991 et 1993, mon journal c'est les Lettres de R.M.). Quatre mars en ligne de calvaire qui débouchent dans le mois d'avril. «Est-ce que j'en sortirai grandit?» pour reprendre les Ritas Mitsouko. Il me faut encore passer au département vérifier mes horaires d'examens, puis

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passer au travail clarifier mon horaire pour les trois prochaines semaines, puis retourner chez-moi lire Herman Broch, La Mort de Virgile, j'ai un exposé demain.

8 avril 1994

Je souffre. Je panique. Je semble accepter l'idée de retourner avec Bruno à 100% et je ne me méfie pas suffisamment. Avant-hier, on arrive chez lui à 12h30 de la nuit, le téléphone sonne, c'est Glenn. Quelle dépression. Mais le meilleur, c'est hier. Moi et Bruno on se rencontre pour aller prendre un café, il veut absolument passer par le Centre-Rideau alors qu'il fait si beau dehors, en plus, il insiste pour passer par le Eaton alors que je ne voulais pas, cet endroit me fait chier parce qu'il y a tout plein de gais qui travaillent là ou à La Baie, et en ce moment, ça m'est un calvaire d'en rencontrer. Mais enfin, on est passé par là et devinez qui on rencontre? Bruno voulait se cacher, j'ai dit que ça donnait rien, il nous avait déjà vus. Mais Glenn à vite tourné, il a pris l'escalier roulant qui montait (le pauvre, il s'est probablement retrouvé à la morgue de Eaton, l'endroit où l'on place les choses non vendues depuis des millénaires). Et encore, quel calvaire! Bruno se demandait comment il pouvait si peu chanceux, y'a de la destinée là-dessus, je l'ai compris qu'il y avait un message à comprendre! Mais lequel? Et le pire, c'est moi la cause de ces stupides situations, quelle humiliation qu'il faille fuir en ma présence, ou se cacher pour cause de ma présence. Si je n'avais pas été là, ils se seraient parlés sans problèmes, peut-être même auraient-ils retourné à l'appartement de Glenn? Le trompé doit être tenu dans le noir, l'ignorance des événements. Et s'ils se parlaient? Ça va toujours en deux temps en plus, et moi, toujours avant: Bruno m'a trompé? Je l'ai devancé de deux semaines. Glenn téléphone en ma présence? Edwin m'a téléphoné deux heures avant en la présence de Bruno. On rencontre Glenn? Deux heures avant on rencontrait le petit gars timide sur le campus, qui me fait des sourires imperceptibles que je perçois: je l'ai conté à Bruno ça, il ne m'en a même pas reparlé. Bruno pense que je vais le tromper bientôt et il accepte ça, même s'il m'a avoué qu'il souffrirait en crisse. Or, je n'ai pas l'intention de le tromper finalement. Peut-être Edwin s'il vient (j'en doute d'ailleurs), et encore, Bruuno sera présent tout le temps pour sûr désormais. Et même si je

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couchais avec Ed, je ne pourrais le dire à Bruno pour les raisons nommées avant.

12 avril 1994

Hier j'ai parlé avec Edwin, il est allé à Montréal comme prévus, a rencontré un gars au K.O.X., a passé la journée du lendemain avec. Ses idées sont: est-il bien gai? Ou est-il amoureux? J'avais osé lui dire un petit je t'aime l'autre jour, et tout de suite réprimé. Hier c'était le gros RM!, je t'adore! N'a-t-on pas skippé une étape ici? Pendant que je l'oubliais, car pas de photos, pas de lettres et pas de communication, lui il se rapprochait de moi d'une façon radicale, en traînant ma photo découpée danas son porte-feuille et mes lettres, qu'il relit sans cesse, dans ses poches. The result, he's very close from my emotions, but the ones of the last month! Il veut venir cette fin de semaine, j'appréhende les complications: Bruno est en pleine crise existentielle, lui il vit aussi dans mes émotions, mais celles de dans quatre mois! C'est-à-dire mon hypothétique départ pour Paris, peut-être synonyme de la fin de notre relation. Il n'y a que moi, semble-t-il, qui ne vive pas dans mes émotions, je vis plutôt à l'heure de la transition qui se démène à l'intérieur de la Révolution. En effet, Bruno m'a rendu dépressif samedi soir (le 9 avril), ça m'a inspiré les germes, le feu et la couche atomique. Je me surprends encore de la qualité, à mes yeux, de ce passage en comparaison avec le reste. Heureusement je réagis aux crise et je recrache le tout dans mes livres. La Révolution sera un oubli complet d'un jeune innocent, une explosion littéraire, ou le simple lancement d'un livre. Si ce n'est pas ce livre qui déclenchera le processus, et ce ne sera sûrement pas La Légende de Val-Jalbert même si elle était montée, peut-être que le livre que je souhaite écrire cet été sur la Chine et la vie de Wang Ynan donnera des résultats? The plain novel based on a true story, Hollywood just bought it, soon on screen (in 25 years). Le hic, c'est que ce livre me prendra au moins un an à écrire et demandera de la recherche. Je peux passer l'été juste à construire le plan et amasser de l'information. Il suffira d'amplifier et de faire de l'expansion (ou est mon dictionnaire Robert?). Qui sait, je l'écrirai peut-être à Paris? Il me faut au moins de 200 à 300 pages, j'en aurais des choses à radoter! Mais pas question de la faire revivre sur place. C'est en un contexte de narrateur véridique que j'écrirai, je ne transposerai jamais Ynan en Chine, puisqu'incapable de voir ce que c'est. Je

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n'emmènerai pas le lecteur en un lieu où je n'ai jamais été. Je peux juste citer Ynan, expliquer le contexte de notre amitié à la cafétéria, il y aura d'ailleurs sa vie ici et celle de son passé. Nos conversations peuvent donc être retransmises, il y aura du dialogue. Tous les procédés techniques seront clairement dits aux lecteurs, je n'ai pas l'intention de refaire parler René Lévesque en des conversations qui n'ont jamais eues lieu, ça fait bien trop artificiel. Plan sommaire:

- Ma situation de narrateur. Ce que je fais à Ottawa, parler de la multiplicité des races (le multi-culturalisme), mes impressions, mes préjugés transmis par la société, les derniers articles dans les journaux (vols dans les sécurités sociales, pertes d'emplois au profit des immigrants, chauffeur de taxi tué, bataille d'enfants somaliens et blancs à Nepean) puis la diversité des races juste à la cafétéria de l'Université (décrire sitaution qu'ils n'ont droit de travailler que sur le campus).

- Tous les chinois avec lesquels j'ai travaillé, mon intérêt par rapport à leur culture, les quelques mots que j'ai appris.

- Ma rencontre avec Wang Ynan, les mots échangés, le genre de coup de foudre... the secret place, divergence de langues, je suis avant tout québécois, ses cours de langues en français, son intérêt par rapport à quelqu'un qui souhaite apprendre le chinois, (il est pas normal - ce qui m'a pris aussi), etc.

-Le contexte de la présence de Wang Ynan tel que je le connaissais au début. On commence surtout par parler de son arrivée ici, comment elle vit les différences du système social, capitalisme (c. socialisme, mentionner que j'en reparlerai plus tard de cela), Comment elle s'est adaptée, son arrivée (on ne parle pas encore de ses motivations réelles, je peux le mentionner que je ne le savais pas à ce niveau de notre amitié). Ses amis, son mari là-bas...

-Les problèmes à la cafétéria continuent. Décrire tout cela en rapport avec Ynan, comment cette société capitaliste qui ne vise que le profit traite ses employés, se débat à coups d'avocats avec les syndicats, crache sur ses employés à temps partiels non syndiqués qui devraient l'être d'ailleurs, etc. Et plus les problèmes grandissent, plus on se rapproche, complicité du français qui s'apprête à commencer sa vie dans le système capitaliste et la chi

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noise fatiguée du socialisme qui cherche à s'en sauver - mise en commun du constat d'échec de ses entreprises-machines à dépression. Elle s'est mise à fumer comme une déchaînée, je la surprends à pleurer, elle ne veut rien me dire.

- Je lui annonce que je vais devoir quitter le travail, l'administration a réussit, malgré mon entrée dans les syndicats, à me mettre dehors. On se rapproche davantage l'un de l'autre, elle ne veut pas vivre le calvaire seule, bien qu'elle ait tout de même des amis qui travaillent à la caf, Wei Jai avec qui je travaillais à faire des pizzas et des clubs. On se rapproche parce que je commence à lui dire ce qui se passe dans ma vie et qu'elle n'a plus de raison de se sentir menacée par moi. Au contraire, mon homosexualité me livre enfin un gros morceau de sa vie. Son premier chum, homo en Chine et sa crise... en rapport à cela. Les lois, c'est illéagl sur place, feel sorry for me, but it's not illegal here, but maybe worse, no one can talk about it. Peut-être que c'est mieux qu'en Chine, mais pas tant que cela (faire le gros parallèle sans trop diverger, il faut que je revienne à la situation de Wang Ynan et son copain.) Ensuite, la fin de cette relation auquel le gars qui était obligé pour son image de se faire une copine, refusait encore le mariage mais ça s'en venait, elle l'a surpris avec un autre homme, l'a crissé là, a pris le premier homme du bord qui semblait avoir de l'argent, en a fait son mari. Confession: on n'aime qu'un seul homme dans sa vie, l'homosexuel en l'occurrence. Et voilà où la société se détruit, par les apparences, les tabous, ses traditions et valeurs qui ne peuvent s'adapter à tous.

- Les vraies raisons de son départ pour la Canada. Les prooblèmes avec son mari, elle est professeur (en profondeur, parler de sa situation, le minable salaire, le système socialiste qui octroit une maison, ils ont une voiture, ce qui est rare, bussiness de son mari, jamais d'argent, problèmes de gouvernement, prise de partout, pense trouver la liberté et la joie au Canada. Ce qui l'attendait ici, (parallèle entre les gouverenements, lutte entre français et anglophones (parallèle Cantonese et Mandarins), les politiques d'immigration, le racisme, ne se sent pas chez elle, on réussit à lui faire comprendre qu'elle n'a pas le droit de vivre ici, ce n'est pas chez elle, la vieille folle chez qui elle restait et les enfants, exploitation, le couple de vieux, everything as a price, où en est-elle? Les autres problèmes en Chine (à voir selon le résultat de mes recherches et ce qu'elle m'en dira par la suite).

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-Les cours de français, ma relation, ses opinions sur la mariage et la liberté sexuelle, (je devrais partir pour Paris, je suis trop jeune pour être dans une relation (après trois ans de vie avec un autre à 21 ans).

-Ce qui se passera cet été, ou d'ici jusqu'à ce que je termine le livre. Penser à une conclusion.

Troisième lettre envoyée à Edwin.

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12 mars 1994

Bruno est venu ce soir. On a fait l'amour pour la deuxième fois depuis le départ de Ed. C'était mieux que voilà trois jours, mais il manque cet effet piquant comme lorsque Ed est avec moi. J'ai peur. Peur de ne plus l'aimer, sans pour autant avoir Ed, et sans pour autant savoir si j'aimerais Ed. Je me suis vu si libre en le reconduisant à sa voiture. Pour la première fois, je me sentais comme quelqu'un qui faisait sa jeunesse, ou qui allait la faire. Je me voyais parti pour Paris, non pris dans une relation, libre de jouir de la vie comme je l'entends, acquérir l'expérience la plus bizarre avec les gens les plus variés. Ouais. Quelle histoire, digne du Vaudeville Parisien! Ah, je me délecterai de ce théâtre de boulevard lorsque je serai à Paris. J'aimerais revoir Edwin pour comparer avec Bruno. Cette nuit furtive n'a peut-être pas été concluante. Seulement au niveau de la brisure de mon asservissement envers Bruno, si je puis m'exprimer ainsi. Il me fait de l'effet, mais pourrais-je l'aimer? Et Bruno, ah que la vie est difficile parfois.

[...]

Mais Edwin a raison, il existe tout de même une jeune génération à travers l'Europe, plus spécifiquement à Paris, qui adore les États-Unis. Et pour paraphraser Jacques Godbout et UNE HISTOIRE AMÉRICAINE, le mythe se construit dans les laboratoires de la Californie. New York en tire son profit. Et puis ça impressionne d'être New Yorkais. Moi-même, j'étais fier d'avoir couché avec un Américain. Où s'arrêtera donc la bêtise? Et quelle est donc la sensation que l'on ressent lorsque l'on couche avec un Allemand? Un Australien? Mais s'il existe une différence entre Bruno et Edwin, elle est psychologique, et mes sentiments pour l'un et l'autre me semblent indépendants de ma volonté.

Quelle extraordinaireté de croire qu'Ed soit straight, puis de finalement savoir qu'il est gai, puis de coucher avec. Jamais je n'aurais osé croire qu'il était comme moi, et qu'il me tiendrait dans ses bras un jour. Comme je l'appellerais tout de suite et l'inviterais à retourner à Paris. Mais n'aimerais-je pas mieux m'assurer un avenir avec Bruno? He's still very

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beautiful, especially when he's nude. Mais Edwin en caleçon et T-Shirt, avec son bedon qui se voit un peu, c'est incroyable. J'explorerais son corps de A à Z s'il revenait. Mais il m'a bien spécifié qu'il ne recoucherait pas avec moi, car Bruno est son ami... et c'est vrai qu'il serait définitivement immorale de bâtir une double relation dans le dos de Bruno. Mais devrais-je le laisser là? What a tricky situation. And what about if I had never slept with Edwin? Je sais que mes regrets auraient été énormes. Mais j'aurais peut-être oublié plus vite cette aventure. À moins que je me serais mis à souhaiter son retour dans l'espoir que la chose se produise? Je réentends Ed me dire: «I tried so hard to resist you!» J'imagine qu'il voulait dire qu'il avait essayé un peu plus que s'il n'y avait eu aucune barrière. Car tout s'est passé si rapidement. Quelle expérience! Je me revois allumer la lumière, le voir étendu sur le lit, me coller contre lui. D'avoir sa bouche contre la mienne. Chacun des détails de sa personnalité refait surface. Son petit case où il range sa brosse à dent, sa soie dentaire. Sa voiture, ses cassettes, on me dirait en admiration totale. Ô Edwin, je revois même le gros ED écrit au crayon feutre sur ta tasse. Si tu a pu sentir que j'étais en érection lorsque je t'ai pris dans mes bras à l'Hôtel des Gouverneurs à Montréal, cela ne me surprends pas. Je pense même que Bruno l'a remarqué, il s'est retourné deux fois pour regarder. Tant pis, j'ai tant besoin de cela, je ne pourrais même pas reprocher à qui que ce soit la tournure des événements. Serait-ce là l'âme soeur? Je n'ai pas choisi Bruno que je sache. J'ai bien pris un an et demi pour ressentir un sentiment qui ressemblait à de l'amour, sans toutefois me transporter à la passion. Que dis-je, j'ai aimé me retrouver dans ses bras ce soir. Si Ed dispaissait, je continuerais très bien avec Bruno. Je vais essayer de ne plus y penser. Ed serait-il l'âme soeur?

14 mars 1994

J'ai enfin passé à travers le calvaire de Ionesco ou presque. Dieu qu'il se répète, et cela me donne un avant-goût de la France. J'y distingue déjà ce que j'omettrai de mes livres déjà écrits. J'ai aussi enfin posté toutes mes demandes d'Universités, en particulier celles de Paris. Mais je suis trop fatigué pour l'apprécier, et découragé de savoir que je suis peut-

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être trop tard. Edwin m'a téléphoné hier soir. Bruno était en dépression, mais Ed a rappelé un peu plus tard. On s'est masturbé au téléphone! Mais je ne suis pas venu, et Edwin semblait déçu. Il interprête peut-être ça comme s'il ne me faisait pas d'effets, et cela m'affecte. Mais je suis tant fatigué ces temps-ci. Le temps passe vite, c'est indéniable, il me reste moins d'un mois d'école. Mais le physique en prend tout de même pour son rhume. Bientôt les rhumatismes, je le sens. C'est la première fois de ma vie que je ne désire pas finir l'année scolaire. Je n'ai rien à attendre de l'été, plutôt le désert et l'insécurité. Vais-je travailler? M'ennuyer? Repartir pour Jonquière? Demeurer ici pour Bruno? Et comment va aller notre relation alors? Et Ed dans tout cela? Je sais que la prochaine fois je serai en monde connu, et que j'en ferai plus, le sucer entre autres choses. Je bande à y penser. Il est certain que je voudrais le revoir. Je voudrais même lui parler ce soir. D'où mon besoin d'écrire dans ce journal. J'ai hâte qu'il reçoive ma lettre, en attendant, je souhaite en recevoir une de lui. Il m'a dit avoir fait un rêve la semaine passée, très réel. J'étais nu dans ses bras, il sentait mes jambes contre les siennes, et il s'est réveillé en sursaut avec un oreiller dans les bras. Est-ce possible? Maybe he's becoming Newyorkais crazy? Mais j'y crois, et je peux apercevoir jusqu'à quel point j'ai laissé ma marque sur ce jeune homme. Comme il est bien de se flatter ainsi. Un jour je ne le pourrai plus, profitons-en. Surtout lorsque je sais que personne ne lira ce journal, mais je serais bien naïf de le croire. Je suis comme André Gide, je n'ai pas d'amour propre. Je laisserais ce journal se faire publier, si cela n'en tenait pas aux gens auxquels je fais mention. Peu importe, je parlais de Edwin, le beau jeune homme qui n'a plus aucun intérêt pour Cathrine sa copine. Il l'a rencontrée avant hier, et lui a fait comprendre que c'était fini. Il insiste auprès de moi qu'il ne voudrait jamais que par sa faute, moi et Bruno on se laisse. Mais pour moi, il a enfin compris qu'une femme dans sa vie, c'est pas le paradis. C'est triste d'ailleurs, mais ça en prendrait beaucoup pour m'en convaincre définitivement. Car les anciens de l'Université d'Ottawa, que je téléphone en ce moment pour demander de l'argent pour l'Université; Dieu qu'ils semblent avoir une vie plate. Encore que, ma définition de ce qu'est une vie plate prend des proportions inquiétantes. En effet, rien ne va me satisfaire je crois. Paris me réveillera-t-il? Même psychologiquement? Et si Paris était plat? Si je m'écoutais, je prendrais une chire (?) sur la drogue, dure en l'occurrence. On attend tellement de choses de la vie, pourquoi ne nous a-t-on pas dit qu'il n'y avait rien de plus que

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notre quotidien actuel?

Monsieur Vandendorpe sera dans mes rêves cette nuit. Mais il ne sera pas nu avec sa chose entre mes jambes. Il sera devant son ordinateur à me réclamer trois mois de travaux hebdomadaires en retard. Je me déshabillerai alors, lui carresserai le crâne dégarni, et le bedon trop gros, et il me suggèrera d'oublier les futilités du cours. Adieu! monsieur Vandendorpe. Je suis Eugène de Rastignac (pas Eugène Ionesco), et je m'en vais me confronter à Paris tout entier. Je me vois déjà le porte parole des Québécois en France. Leur rappelant qu'il en existe tout de même huit millions et que ce chiffre, il ne pourront plus l'ignorer trop longtemps. Ah ça oui, ils l'ignorent, et pour cause. Ils s'imaginent que nous sommes semi-français, et encore, des habitants. Les grands auteurs Québécois sont publiés au Seuil, Gallimard et cie, et l'on oublie qu'ils sont Québécois. De toute façon ils sont déjà bien suffisamment Français, et c'est là une preuve que la littérature du Québec n'est pas une branche de la littérature française, mais bien une partie intégrée. Godbout, Hébert, Beauchemin, Thériault, (Tremblay? Bouchard?), ce n'est pas la littérature qui manque.

15 mars 1994

J'ai certainement des problèmes psychologiques de ce temps-ci. Je me demande bien ce qui peut me pousser à écrire autant au mois de mars. Hier j'ai encore fait des folies. J'ai bu la moitié de la bouteille de vin que Bruno avait laissée par hasard, et j'ai téléphoné le Edwin à Oswego. Le problème c'est que cette fois-ci je suis venu (j'ai éjaculé). Je commence à me sentir vraiment coupable, de tous les sens. Il me semble que je me joue de Bruno, qui parle maintenant un peu plus de me suivre à Paris, de même, je me joue de Edwin, puisque je vais demeurer avec Bruno. J'amplifie un sentiment qu'il a pour moi, pour rien. Je lui ai dit que je l'aimais hier, il m'a dit de même, en spécifiant qu'il s'agissait d'un trop gros mot. Le problème c'est si je me mettais à coucher à tort et à travers, sans m'attacher à personne ni connaître personne. Ce serait là une stagnation, une non-possibilité d'avancement pour l'expérience. Les interractions entre moi et Bruno, moi et Edwin, Edwin et Bruno, sont déjà forts complexes. Sinon je n'en écrirais pas autant de pages de journal. Et peut-être éventuelle

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ment je serai davantage en mesure de distinguer ce que je dois apprendre là-dedans. Encore qu'il s'agit peut-être de m'orienter vers des décisions plus importantes, comme le départ pour Paris. Si tout semble évident en ce qui concerne le futur, je dois cependant avouer qu'il risque de changer encore. Ne serait-ce que les choses tournent et qu'on ne sait jamais si la meilleure solution qui se présente pour l'avenir consistera bien en la meilleure solution dans six mois. Je crois que l'étape Edwin est accomplie: me faire rêver à la France, me faire courir à l'Ambassade, me tiendre en haleine jusqu'à ce que j'aie posté les lettres de demandes d'admissions. Mais l'avenir m'en dira tant. Il n'y a pas que moi à soutirer des avantages ou désavantages dans tout cela. En attendant, Edwin lui-même traverse une drôle de passe avec sa blonde... il n'y a que Bruno qui semble en retard sur les événements, je ne doute pas que la crise s'en vient.

J'ai avoué à Joël que j'avais couché avec Edwin, et on dirait que ça me rapproche d'Edwin. Il me disait hier qu'il voudrait faire l'amour pendant quatre heures avec moi, prendre son bain/douche avec moi, se retrouver dans mes bras, là mon rêve. Oui oui oui! Quel doux souvenir je garde de lui. Et il voudrait devenir végétarien, trop beau pour être vrai. En effet, Bruno m'a téléphoné ce soir. Pauvre lui. Comme il semble dépressif, il se rend compte que je l'aime moins de ce temps-ci. Ça m'a donné un choc, je crois que je l'aime. Je souhaite qu'il devienne un rien plus nostalgique-romantique, pour que je puisse revenir à lui plus facilement. Je suis déjà si loin. Mais chaque fois que je le reverrai, je me rapprocherai de lui.

20 mars 1994

Edwin et la France, Paris. Et même les États-Unis, New York. Voilà donc le triangle de l'Histoire Américaine. Quelles sont donc les interractions entre la France, les États-Unis et le Canada? Tombe t-on amoureux de quelqu'un parce que l'on aime tel pays? Edwin m'a répété qu'il aimait mon côté français, que je suis comme les gens en France (!), et qu'il avait découvert en Montréal ce qu'il recherchait, et même mieux que la France (!). Que le mythe devient séduisant. J'ai couché avec un Américain, et qui parle français. Une contradiction vivante. Lorsque j'ai couché avec Edwin, mes sentiments étaient confus. Je tenais un autre

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corps que celui de Bruno. Jamais je n'aurais cru que le parfum puisse être si aphrodisiaque. Je n'ai même pas une photo de Edwin. Mais j'ai l'impression de toucher la multitude, d'atteindre le monde et l'humanité. Comment dire, se sentir dans l'action. Se débarrasser de cette impression solitaire, de rejeté, loin du monde et incompris, me voilà qui va vers les gens, qui vois en chaque rencontre, une banque d'informations, d'expériences, qui me font du sens. Quelle sensation j'ai depuis un temps, de vouloir sauter dans les airs, exploser, crier partout, une joie de vivre, ou un désir de vivre, qui se compense par l'échange avec les gens. Enfin, je m'autosuffis, sans attendre de quelqu'un un quelconque salut. Je vois Adeline qui s'accroche à nous, veut des amis, Edwin qui me dit ce que l'on me répète depuis longtemps, avec moi, on ne s'ennui pas, on voit en moi celui qui apporte l'action, the entertainer. Ma soeur est du style aussi à rendre aux soirées plates, un intérêt qui fait que l'on attend plus de l'extérieur un sauveur. J'ai longtemps cherché un Luc Villeneuve qui s'autosuffit, qui donne l'impression qu'en étant avec lui, on ne manque rien de ce qui se passe ailleurs. Je suis donc cet ailleurs, à m'autosuffire, Dieu peut mourir. Encore que j'ai l'impression d'en manquer des choses. Bruno ne remplit pas ce vide, et moi je ne puis le remplir pour moi. Edwin? Cette personne existe-t-elle? En la multiplicité peut-être? Sur l'instant, untel remplira le vide? Ce untel changera avec le temps? Qu'ai-je donc à attendre de la vie? D'autrui?

Voilà que j'entre en dépression. Je viens de téléphoner Edwin. Il n'a pas reçu ma lettre, un de ses amis est arrivé chez-lui, d'Allemagne, il est là jusqu'au quatre avril, empêche Ed de m'écrire, de me parler... je dépressionne sans raison, je ne peux rien attendre de Edwin, mais il s'est justifié pendant cinq minutes à propos de ce qu'il ne m'avait pas téléphoné et me disant qu'il n'avait pas arrêté de penser à moi. Les justifications détruisent tout. Elles font penser qu'il a des comptes à rendre, alors que je ne peux rien exiger de lui. Cela me fait penser que je lui reproche des choses alors que ce n'est pas le cas. Et je ne veux pas de rôle du gars qui veut une lettre, qui vont qu'on l'appelle, qui ne veut pas être négligé et quoi encore. Je pense que je vais arrêter d'appeler Edwin, et attendre ses contacts. Il va m'appeler ce soir il dit. Se sent-il trop obligé envers ses amis? Ce qui m'inquiète, c'est qu'il m'oublie je pense. Oh, Ed, que fais-tu? Es-tu dépassé par les événements? Ô Gwendoline, pure beauty, attends-moi à Cythère, je t'y retrouverai après mon shift de télémarketing. Ô

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Edwin, pure beauty, laisse-moi un demi siècle et je te retrouverai dans mon lit. Dear God, je suis venu sur cette planète parce que, me disait-on, il y avait beaucoup à apprendre. Un édifice complet m'est tombé sur la tête ce mois de mars, et je ne distingue pas ce que j'ai appris. Croyez bien que je désespère d'en voir davantage et pour l'instant, je ne peux attendre de me retrouver dans les bras d'un humanoïde que j'ai connu. Veuillez me faire parvenir immédiatement la marche à suivre pour trouver la sortie du labyrinthe, j'attends la réponse vers neuf heures ce soir, après le travail. Et puis tant qu'à bien faire, agréez, dear God, mes salutations distinguées. Vôtre, RM.

J'ai parlé avec Edwin. On s'est répété les traditionnels bonjour et discours presqu'amoureux, on se verra vers la mi-avril. Ô horreur, cela est long, mais comme il dit, moi au moins j'ai Bruno pour me contenter. C'est vrai que lui doit souffrir de n'avoir personne avec qui coucher. Mais peut-être couche-t-il avec d'autres et qu'il n'ose pas me le dire. Je le souhaite, ainsi il ne souffrira pas trop. Mais il disait à la blague qu'un coup à Ottawa, il chercherait un mec avec qui passer la nuit. Je lui ai dit non, eh, il vient pour moi, pas pour que je souffre de la voir coucher avec un autre!

22 mars 1994

Mes opinions changent comme la température. Une lecture du Voir, journal de la ville de Montréal, et me voilà converti à la culture québécoise. Je regretterai un jour de ne pas avoir passé par Montréal, peut-être. En fait, j'aime bien Montréal, mais si je veux faire différent, il est bien de vivre au Saguenay-Lac-St-Jean et à Ottawa. I'm out of space, j'appartiens à toutes les époques de la littérature dans mes cours. Et je peux quand même apprécier le talent québécois. Les Portes Tournantes, c'est quelque chose comme film. Jésus de Montréal aussi j'imagine. I'm out of space. C'est le temps que je fasse mon entrée dans la civilisation si je veux me défaire de mes préjugés. J'apprécie Ottawa pour son unique caractéristique, que pour une région de plus d'un million d'habitants, la culture est complètement inexistante. Tout provient d'ailleurs, par bribes, Montréal ou Toronto, et pour peu que l'on lise The Citizen d'Ottawa et que la sous-culture anglophone ne nous intéresse pas, we are

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free of influence, almost.

24 mars 1994

«À l'intérieur, c'est plein de papillons», l'homme est en amour. Drôle d'expression. Moi ma bedaine est pleine de chenilles! Il me faudrait faire un kermess pour les métamorphoser en papillons. Joël Cyr aussi écrivait des lettres à la Vierge Marie et les brûlait. C'est donc que c'était une pratique courante, ô mon Dieu. Je devrais brûler mon journal et attendre une quelconque réponse du ciel par la poste. Peut-être la réponse sera positive, juste pour faire contraste avec les Éditeurs.

L'infidélité! De tous les livres qui ont fait sujets d'exposé dans ce cours de mme Bourbonnais, les deux tiers portaient sur l'infidélité, et l'autre tiers l'avait en thème secondaire. Même l'Immortalité de Kundéra parle de ce sujet. C'est une constante qui reflète bien la conscience d'une collectivité. Tout le monde se trompe l'un l'autre, et en souffre. Si je devais me faire un nouveau chum, je crois que ce sera clair dès le début: je ne vais pas chercher les moyens de coucher avec d'autres, mais si le contexte s'y prête, je ne pourrai et voudrai résister. Et ainsi il n'y aura plus de mensonge ni de remord. La collectivité pourrait-elle en venir à ça? Non, ça sonne trop immoral une relation ouverte, et c'est le chaos en un sens. Imaginons un instant une société qui accepte la relation à droite et à gauche, avec plus aucune stabilité «apparente», en une activité bien en delà du message religieux. Ça, ce ne sera pas généralisé, même si tout le monde couche déjà avec tout le monde, même les plus Chrétiens. Il faut le dire, c'est une mani chez les hommes de tenter de se rendre coupable et se faire du tort mentalement, sans raison. On aime ça la flagellation psychologique, on est masochiste. Et tout ce petit monde croit en Dieu et au purgatoire et juge et condamne les homosexuels. C'est beau l'altruisme.

25 mars 1994

Retour sur le 216. Everything makes me sick. Je suis tellement malade! Dans la tête

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aussi. Je ne serais pas surpris que l'on finisse par m'enfermer, comme Artaud. Joël s'est mis à pleurer «comme un bébé» avant hier au travail. Est-ce si difficile cette passion pour Jake? Prétextant l'école, il a fait une méchante crise. Ainsi tous les étudiants sont dans la même situation que moi. Et moi je ne pleure pas. Je regarde par la fenêtre, j'aurais envie de partir dans le ciel, mais je m'écraserais sur le trottoir. Pourquoi? À cause de mes problèmes de conscience, pas Bruno, mais mes travaux d'école. Que la vie peut être exécrable parfois, et fort souvent. Je regarde les édifices, cela s'écroulerait et rien ne changerait, il me faudrait tout de même lire 2000 pages et en écrire une centaine d'ici Mercredi prochain. Je souhaiterais n'avoir jamais entrepris l'étude de la langue française, il n'y a pas pire calvaire sur la planète. Si je passe à travers ma session, je jure de remercier le ciel et d'écrire une lettre au bon Dieu, pour le remercier (une lettre à la Terre en l'occurrence, il me faudra donc l'enterrer au lieu de la brûler? Bof, je vais la brûler, les cendres ou les molécules changées risquent davantage de retomber sur la Terre que d'aller au ciel. Quand je dis qu'il est temps venu de m'enfermer!): Dear God! Do something or I'm gonna kill someone. I'm not going to wait until they figure out I'm crazy OK? I want to see Edwin Edwin Edwin Edwin Edwin Edwin Edwin Edwin Edwin Edwin Edwin Edwin.................. C'est peut-être une idéalisation, j'aime Edwin moralement? Mais surtout lorsqu'il est là. Physiquement aussi donc. Ça aussi ça pèse sur mes épaules. Tout le monde a-t-il son petit Edwin qu'il souhaite tenir dans ses bras éventuellement, et qu'il se rend malheureux pour ça? C'est déjà bien assez...

30 mars 1994

Je veux partir sur une brosse de malade. Encore deux semaines à vivre sans sous. J'ai fait une épicerie de 60$, en trois jours j'aurai passé au travers. Après cela je vais continuer à gruger le fond des armoires. Non, j'exagère, j'en ai encore pour une semaine avant de recommencer à gruger. C'est drôle, je vois davantage à ne plus gaspiller. Je vais dorénavant, comme je l'ai déjà dit, manger jusqu'à la dernière tranche de pain.

Peut-on voir clair pendant le mois de mars? Spécialement à la fin? Surtout que, par expérience, il déborde dans le mois d'avril. Que je suis las, las de tout. La vie me traverse

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sans que je m'en rende compte. Je prend des décisions directement par la raison je serais porté à dire, mais c'est le coeur. Je suis en amour avec Paris, le même sentiment que lorsque je voyais mon départ pour Ottawa comme une délivrance. Un sentiment plus fort, parce que j'étais davantage au désesppoir en ce temps, je souhaitais qu'Ottawa soit une délivrance sans y croire assurément. En fait, Ottawa fut une délivrance. Qu'ai-je à attendre de Paris maintenant? Un RM en transition, constamment en transition, transition encore et encore...

1er avril 1994

Mon calvaire se terminerait-il aujourd'hui?

3 avril 1994

La descente aux enfers commence. Je croyais avoir vu mon calvaire de près, je me trompais. Hier au lit chez Bruno, j'ai eu l'idée de regarder les numéros de téléphones qui avaient appelés, je le fais souvent non pas pour vérifier ou surveiller des choses, mais parce que c'est un gadget intéressant. Quoique je me pose toujours des questions à savoir qui sont ces numéros, et peut-être bien qu'à la limite c'est parce que je m'inquiète. Eh bien, un numéro qui commence par 567, c'est-à-dire dans le secteur autour de l'Université d'Ottawa ou Downtown, avait la mention 24, ce qui signifie que la personne avait appelée 24 fois. Même moi n'avais téléphoné que 4 fois. J'ai demandé comme cela à Bruno, sans trop m'attendre à de réponses, je ne lui demandais pas plus que ça d'informations là-dessus, je pensais même que l'appareil était détraqué. Je shake au moment où j'écris ces lignes. Comme hier. Bruno m'a alors dit qu'il ne savait pas qui c'était. Puis il m'a avoué que Glenn avait trouvé son numéro dans l'annuaire puis qu'il n'arrêtait pas de l'appeler depuis. D'accord, cela ne me dérangeait pas. Mais il avait sur le coeur cette chose qu'il devait m'avouer, alors il m'a dit avoir rencontré Glenn à l'Université d'Ottawa et qu'ils étaient passés à l'appartement de Glenn. Bruno s'excusait, s'excusait de ne pas me l'avoir dit. Fine, j'm'en fous. Mais j'ai bien compris qu'il avait davantage de choses à se faire excuser. Il m'a enfin dit ce qu'il avait à dire: Glenn lui aurait sauter dans les bras, puis s'est frotté contre Bruno. Un peu plus tard, il

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avait même frotté la mauvaise place, bien qu'ils étaient habillés. Je voulais mourir. J'ai eu beau me dire que j'avais fait pire avec Edwin, impossible. Je shake en ce moment, je shakais là, je suis alors allé à la salle de bain. Maintenant, j'essayais de voir jusqu'où c'était allé. Eh bien Glenn avait ouvert ses pantalons, puis avait ouvert ceux de Bruno. Ils se sont masturbés, ils sont venus. Ils ne se seraient pas embrassés. Je suis retourné à la salle de bain. Cette épreuve fut pire que celle de mon infidélité contre Bruno. Je n'ai point été capable de le juger, étant dans la même situation. Je ne lui ai pourtant pas dit l'histoire avec Edwin. Car alors il n'aurait plus été à New York, n'aurait plus parler à Edwin, Ed m'en aurait voulu et n'aurait pu revenir à Ottawa.

Si l'épisode de Edwin ne se serait pas produit, la rupture entre moi et Bruno aurait été instantanée. Aucun pardon possible. Sans compter cette peur qu'il recommence, qu'il couche avec Glenn en cachette, double relation humiliante. Edwin est loin lui. Bruno me dit qu'il ne veut plus recoucher avec Glenn, il le connaît maintenant, il n'est pas si bien. Mais qu'est-ce que cela veut dire? Jusqu'où vont les mensonges? Cela m'a pris deux heures pour arriver à connaître la vérité, sans quoi, sot que je suis, je ne saurais que l'aspect visite chez Glenn. Je l'ai poussé en prenant pour acquis dès le début qu'il avait couché avec. Ainsi, avec 24 téléphones, peut-être que la rencontre à l'Université est une invention? Bruno est tout simplement allé directement chez Glenn, sachant exactement ce qu'il allait y chercher? Je les ai bien vus au Tactiks, j'ai alors souffert de les voir ensemble, ils m'ont, comme par hasard, perdu dans la brume pendant 45 minutes. D'autres mensonges? Ils vont recoucher ensemble, c'est certain. L'autre continue d'appeler sans arrêt, ils discutent sûrement, on ne couche pas avec quelqu'un sans développer une sorte de complicité. Et ainsi, moi et Bruno, sommes aussi pire que tout le reste.

Je ne suis pas assez fou pour ne pas voir que cette similitude entre mes actions et celles de Bruno ne sont pas significatives à plusieurs niveaux. Premièrement elle signale un problème dans notre relation, ou du moins, un désir de bien voir si la relation existe bien, ou si son avenir est à remettre en cause. Deuxièmement, j'ai souffert tout le mal que je cause ou pourrais éventuellement causer à Bruno en couchant avec Edwin, puis en lui avouant

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ensuite. J'ai tant eu mal, que je ne lui dirai pas pour Ed. Mieux vaut lui éviter cette crise, même si cela pouvait le soulager de comprendre qu'il n'est pas seul à avoir triché. Peut-être pense-t-il le contraire? Ça m'a détruit complètement. Il se pourrait que Glenn soit plus beau que moi aux yeux de Bruno. Mais pourquoi donc ne s'est-il pas arrêté? Plus fort que lui? Pourquoi jouait-il tout son avenir avec moi, pensait-il trouver mieux en Glenn? Les mêmes questions à propos de Edwin deviennent intéressantes. Pourquoi donc ne me suis-je pas arrêté? J'ai tout fait pour m'arrêter, cela ne s'est pas fait spontanément, deux ou trois heures avant que je tombe dans ses bras, après avoir tant voulu rien faire. Bruno n'a eu les remords qu'après être venu. Pas hésité une seconde avant de passser à l'acte. Lequel est le mieux? Moi qui a eu le temps d'y penser, d'en prendre conscience, ou lui qui n'a pas réfléchi, geste spontané? Mais moi je voulais connaître ce que c'était qu'un autre homme, cette expérience qu'il me manquait, mais que lui a déjà bien expérimenté avec ses 10 à 15 derniers partenaires, à moins que ce ne soit davantage?

Que tout est à remettre en question maintenant! Comment le laisser? Impossible. Comment l'aimer? Difficile. Comment lui faire confiance? Quel calvaire. Et que cela soudainement m'ouvre toutes les portes vers l'infidélité en série. J'ai téléphoné le jeune Philip, avec l'espoir de le voir. Même s'il ne m'intéresse pas. Le gars de 16 ans est retourné vivre chez son chum Mark (Mark qui trompe Phil avec son roomate d'ailleurs), et est revenu à ses habitudes pantouflardes, son chum ne lui laissant aucune liberté. J'ai bien regardé Neil, jamais je n'aurais le courage de lui sauter dessus comme a fait Glenn avec Bruno. Et pourquoi vouloir détruire sa relation avec John? En plus que ce dernier viendrait qu'à le savoir, l'hônnêteté de Neil n'est plus à prouver, on me jetterait à la rue. Et puis je ne veux rien savoir de personne. Mon sentiment est la jalousie. Moi aussi j'aurais aimé le faire avec Glenn, on aurait même pu le faire à trois, et comme cela aurait été facile à digérer. Mais les choses se sont passées pour multiplier les parallèles et me faire comprendre les implications de ma relation avec Edwin. Puis-je en vouloir à Bruno? Je lui en veux, comme il m'en voudrait s'il savait. Lorsque j'imagine la fameuse scène, j'ai envie de pleurer. Semble que je l'aimais le Bruno. Moi qui m'ai tant posé la question. Je suis certainement dû pour la dépression jusqu'à la fin du mois d'avril, et après, le Soleil ne se montrera guère, je ne sais plus

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où j'en suis, ce que je veux, attends...

En fait je n'aurais qu'un désir, celui de voir Edwin et lui faire l'amour sans aucune contrainte psychologique, aucun remords, pendant quatre heures (un rêve).

* * *

Edwin, voici la cassette de chansons françaises promise, et les extraits de mon journal. Je pense sans cesse à toi, surtout en ce moment. Tu viens bientôt j'espère? La feuille suivante c'est la première chanson de la cassette. Cette chanson sera la nôtre, à toi et à moi, elle décrit exactement notre relation. Vôtre, RM.

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Les Feuilles Mortes

Oh je voudrais tant que tu te souviennes

Des jours heureux où nous étions amis

En ce temps-là la vie était plus belle

Et le Soleil plus brûlant qu'aujourd'hui

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle

Tu vois, je n'ai pas oublié

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle

Les souvenirs et les regrets aussi

Et le vent du nord les emporte

Dans la nuit froide de l'oubli

Tu vois, je n'ai pas oublié

La chanson que tu me chantais

C'est une chanson qui nous ressemble

Toi tu m'aimais et je t'aimais

Nous vivions tous les deux ensemble

Toi qui m'aimais, moi qui t'aimais

Mais la vie sépare ceux qui s'aiment

Tout doucement, sans faire de bruit

Et la mer efface sur le sable

Les pas des amants désunis

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8 mai 1994

J'ai encore eu la même conversation avec Bruno qu'on a once in a while quand je commence à manquer de confiance en ce que j'écris et que je réussis à me convaincre que c'est pourris complètement. Il me dit alors d'écrire un vrai roman comme tout le monde, que je n'ai qu'à puiser dans ma famille, il y a là matière pour un roman plein de personnages significatifs; en commençant par mon grand-père religieux à planche accusé de pas trop être chrétien en pratique, Jean-Paul, homme de maison, quatre enfants, saleté incorporée à chaque objet qui entre dans la maison. Et pourquoi pas y ajouter l'histoire de nos infidélités? J'aimerais mieux abandonner l'écriture. J'y pense d'ailleurs. Pire, je pense même m'en aller en génie électrique en septembre. Porte de sortie à ma non-acceptation en maîtrise, et même si j'étais accepté. Y'a pas d'avenir là-dedans. J'oublie l'histoire de la Chine, Bruno m'a convaincu que j'étais trop ignorant pour ça et j'Avoue sincèrement que ça me tente pas d'écrire ça. Manquerait la poésie, le second et troisième niveau d'interprétation, ressemblerait trop à un roman, je n'aurais aucun intérêt à le relire. Enfin, n'importe qui pourrait l'écrire, on aurait qu'à passer une annonce dans le journal: «Recherche auteur moyen pour écrire l'histoire d'une chinoise perdue en Amérique du nord, qui croyait trouver le paradis et qui a été bien déçue». On aurait qu'à lui laisser un mois et demi, les 400 pages seraient à oublier dans une bibliothèque après avoir peut-être fait l'objet d'un article dans le journal.

Revenons plutôt à quelque chose de mieux. L'Univers Artaudien, véritable voyage initiatique à travers la Cruauté, pour conduire à? Il me faut premièrement prouver qu'Artaud a bel et bien passer à travers une inititation (à la vie peut-être), que tous les ritèmes, à travers ses oeuvres, sont présents; qu'il y a bien une légende basale (celle de l'Amérique du Sud, peut-être orientale); prouver qu'il y a un jour, une nuit, une renaissance, etc. Dans un deuxième temps, il me faut voir où cette initiation a conduit, quel en était le but: découvrir l'essence des choses, de la vie? Quel bilan on retire de ce voyage initiatique où on l'a accusé de folie lors de ses égarements? Prouver qu'il y a bien un videment de cerveau qui s'accomplit lorsqu'on le retrouve entre autres errant perdu dans une ville en Irelande (je crois), voir une déstructuration, un décret et un serment, une restructuration ensuite (de quoi, qui

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mène où?). J'en ferais le sujet de ma thèse.

17 mai 1994

Hier je pensais au suicide. C'est drôle, je n'avais pas de tendances suicidaires depuis longtemps, Kurt Cobain me ferait réfléchir? Réfléchir sur le sens que je peux donnner à l'existence, en admettant que le sens est facultatif, je me demandais quel objectif valait encore la peine d'être suivi, laquelle chose était encore importante qu'il faille que je reste en vie. Il est certainement normal que je me sente entre ciel et terre, l'Université d'Ottawa n'est pas capable de prendre décision avec mon cas, j'ai aucune nouvelles des Universités de Paris (ils sont tellement cons, Paris 7 m'a renvoyé ma lettre pour la deuxième fois, Paris 3 pour la première fois, j'ai l'impression que Paris 4 va me renvoyer mes choses, dans ces conditions, j'abandonne. Un pays capable de se perdre dans sa bureaucratie au point de me retourner deux fois une demande d'admission via l'océan, ça fait peur et c'est certainement pire que le Canada question formalités, et rien ne m'écoeure plus que la bureaucratie. Je refuse de lutter contre ça, surtout s'il s'agit de mesure de découragement. Je me suis inscrit en Génie (!), échec lamentable en littérature, je vais devenir ingénieur. Le pire c'est que j'ai choisi mes 6 cours de philosophie que je vais suivre en septembre si je ne suis pas accepté en maîtrise (je ne peux pas les suivre, si j'ai mon diplôme de littérature, il me faudra en faire 10 au lieu de 6, vive la bureaucratie). Voilà où j'en suis, sans trop savoir où je serai dans quatre mois, sans même avoir de travail à l'heure actuelle, avec l'impression nette de perdre mon temps. J'ai relu La Révolution, ça m'a laissé un goût amer. Un autre livre impubliable qui sera pas publié, je vais même pas l'envoyer chez les éditeurs. André Montmorency vient de me téléphoner, il m'avait gelé l'autre jour quand je l'ai appelé pour de l'aide, il voulait que je le rappelle avant de lui envoyer mes pièces de théâtre, il était tellement bête, que j'ai décidé de lui envoyer sans le rappeler. Il m'a dit qu'il était frustré à cause de ça, il a lu Antoine, il m'a dit d'arrêter de faire lire ça, que ce n'étais pas une pièce de théâtre, que ça ne lui disait rien, que c'était immontable. Il m'a cependant invité à lle rappeler à la fin juin, il aura alors lu La Légende de Val-Jalbert, et que si je passse à Montréal, de lui lancer un coup de fil, de passer chez lui, il me montrerait des choses. Ne me dites pas que les homosexuels se tien

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draient entre eux? Comme les juifs? Je sais qu'il n'a aucun intérêt en moi, à moins d'être pervers, il a 54 ans (je veux dire qu'à cet âge, jamais je croirais qu'il penserait que je pourrais m'intéresser à lui). Parlant de perversité, moi et Edwin on s'était entendu pour qu'il vienne hier. Au début ça me tentait pas trop, je l'invitais à contre-coeur, regrettais même de lui avoir dit de venir. Il croyait que je ne pensais plus à lui, ce qui est presque vrai d'ailleurs, je ne croyais pas qu'il viendrait. Je pense qu'il me serait aussi difficile de le refaire que la première fois. Mais il n'est finalement pas venu. Par respect pour Bruno, son ami. Ou plutôt par peur du mensonge, il se fait toujours fourrer à ce jeu. Si ce n'était pas Bruno mon chum, si c'était un inconnu pour lui, il dit qu'il n'hésiterait pas à venir. Il trompais ses blondes aller-retour, quelle morale peut-il m'enseigner? Tout à coup monsieur devient morale, laissez-moi rire. Il a plutôt l'impression qu'il est encore dans l'estime de Bruno (ce qui est totalement faux (faites-vous tromper par quelqu'un et restez ami avec pour voir)) et il a peur que je le redise à Bruno s'il arrivait quelque chose. À moins qu'il ait peur de tomber sur Bruno en venant ici, il dit qu'il est du genre comme ça, à dire à un ami qu'il pourra pas sortir, aller dans New York et paf, toomber sur cette ami. Il dit qu'il viendra peut-être plus tard. Le pire c'est que c'est lui qui en souffre le plus, c'est lui qui tuerait pour me voir, moi il m'a fallu un conditionnement de trois jours pour enfin avoir vraiment envie de le revoir, souhaiter coucher avec lui. Premièrement il fallait que je me dise que je ne dois pas m'empêcher de vivre pour Bruno, il ne s'empêchera pas lui. Un gars qui couche comme ça avec un autre, pour le trip, c'est dangereux. Il le refera s'il en a l'opportunité, c'est certain. Avec l'âge, il pense qu'il pourra plus bientôt en profiter, alors il manque aucune chance. D'ailleurs j'ai pas digéré le fait qu'il savait que Glenn était en Lituanie, c'est significatif qu'il avait garder contacte avec lui. I have a big problem of trust right now, I guess I wouldn't be able to stay with Bruno, surtout when I'm unable de le tromper à nouveau, que je ne le veux pas. Ce sera peut-être la même chose avec quelqu'un d'autre, je m'en fous. John est entré dans ma chambre presque en pleurant hier, il shakait comme c'est pas possible, il m'a dit qu'il a fait tellement de choses pour moi, qu'il m'avait reconduit une fois à la station d'autobus, qu'il m'avait garder ma chambre pendant l'été passé sans que je paye, et une autre chose que je me souviens plus et qui était encore plus délirante, il dit qu'il fait beaucoup pour moi et que moi je n'ai aucun respect pour lui, pourquoi? Parce que voilà un an et demi, son père est venu et

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que moi et Bruno on a fait l'amour ensemble et que son père ne doit pas le savoir que John est gai. Premièrement, John qui m'exploite maintenant depuis deux ans (j'achève de payer sa maison), libre à lui de croire qu'il fait tant de choses pour moi, mais pour ma part, il ne fait absolument rien pour moi. Pire, il me rend coupable de vivre, j'ai de la misère à prendre un bain, je ne peux faire mon lavage, je n'ose pas toucher au chauffage, chaque fois que je fais la cuisine j'ai l'impression qu'il me regarde en souhaitant se débarrasser de son roomate, si je lis le journal, je me sens comme quelqu'un qui perd son temps et qui n'a pas d'avenir. Surout que là je suis chômeur professionnel, je suis ici en permanence. Je me sens coupable de vivre! Hey, il m'a reconduit à l'autobus voilà 1 an et quelque, je ne peux croire qu'il ait pu dire ça. Ses anciennes roomates, il leur prêtait l'automobile, ils allaient faire leur épicerie ensemble, je n'ai jamais eu cette sorte d'aide. Il m'a reconduit une fois, fine, mais combien de fois j'aurais eu besoin qu'il m'y conduise, les taxis que j'ai pris, les autobus avec des gros paquets, des sacs plein. La société est-elle rendue si basse que si on se fait reconduire une fois en deux ans sur 350 voyages aller ou retour, it means that «I do so much for you»? Pire, son loyer gratuit durant l'été, peut-être a-t-il perdu la mémoire? Je lui avait dit de trouver quelqu'un pour l'été, qu'au pire allé je me trouverais quelque chose d'autre en septembre. Il avait même trouvé quelqu'un, Song Pai, il voulait justement demeuré là pour l'été, mais il voulait la paix, il voulait avoir un roomate de moins, c'est la seule raison pourquoi il m'a pas fait payer, surtout que moi j'aurais alors crisser le camp. Il y a un boutte à payer quatre mois de loyer dans le beurre. Il a dit que je lui avait menti en lui disant que cela me surprenait que j'avais fait des choses avec Bruno while his father were here. J'arrivais pas à me souvenir, cela faisait un an et quelque. Après il m'a accusé to try to deny it. Le con, il se rend pas compte que quand cela fait si longtemp, que je suis déja en christ contre lui parce que vivre ici c'est pire que chez mes parents, ça devient embarrassant de se faire faire une morale comme ça, devant tout le monde (devant son ami Rob et Bruno)? J'essayais pas to deny it, je'l'sais que j'ai fait l'amour avec Bruno, j'essaye de me justifier, impossible. OOn a fait l'amour sur le plancher, à cinq heure du matin, pendant que son père ronflait assez fort pour tenir toute la maison réveillée! Je n'arrive pas encore à comprendre comment John ait pu nous entendre (c'est peut-être dans son imagination, à moins que c'est vrai que cet esti de plancher là craque pour une mouche qui s'y pose) il fallait qu'il ait les oreilles rivées au

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plancher. Je le soupçonne d'avoir entendu un craquement, d'en avoir déduit qu'il se passait des choses, de monter un bateau ensuite, à un an et quelque d'intervalle. Esti que j'en peux pu. Je pense que j'atteins la fin du rouleau. Quand bien même on voudrait me presser pour faire sortir le jus qui reste, y'en a pu. Y'a pu rien pour me motiver à continuer.

Quatrième lettre à Edwin

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5 avril 1994

(Conversation avec Joël Cyr dans mon cours avec M. Simard:)

-Conseille-moi, je ne puis plus l'aimer comme avant, je ne puis non plus le laisser, je ne peux me retrouver seul en ce moment, et surtout me trouver quelqu'un d'autre. Il me dit que c'est une erreur, qu'il m'aime, ne veut pas me perdre, ne recommencera pas (et toute la bullshit qui habituellement va avec ça). En tout cas, comme j'aurais eu regret de pas avoir été jusqu'au bout avec Ed. Je ne sais plus où j'en suis, mais maintenant je ne m'empêcherai plus jamais d'agir comme je l'entends, dans n'importe laquelle relation.

Je savais qu'en passant au Centre Universitaire j'allais rencontrer Glenn Strange (c'est son nom. Un autre tour de force: 569-3306, c'est son numéro.) Je lui ai donc parlé. Dis que je savais ce qui s'était produit, raconté un peu la situation, voir s'il n'en ajouterait pas quelque chose: j'ai appris entre autres que Bruno savait ce qu'il allait chercher dans l'appartement de Glenn, qu'ils en avaient donc parler de faire l'amour avant et qu'ils allaient là pour coucher ensemble. Ce n'était donc pas un coup de tête, Bruno n'a pas été pris par surprise et cela a probablement duré plus que quinze minutes. En plus, Glenn a dit que Bruno n'avait jamais vraiment parler de moi, qu'il voïdait le sujet pour se laisser le champ libre avec Glenn. Ainsi c'est délibérément que Bruno a voulu me tromper. Cela me rassure (!)(en un sens) il est donc comme moi. Ç'aurait peut-être été pire s'il avait été séduit sur le coup du moment, ce qui est dangereux pour l'avenir, il coucherait donc avec n'importe qui, mais c'est aussi pire dans l'autre sens, pourquoi donc cherchait-il à coucher avec l'autre, que dois-je comprendre? S'il s'est donc produit quelque chose, Bruno a voulu que ça arrive, le souhaitait, et puis c'est arrivé. Avait-il besoin de me comparer avec le jeune Glenn (21 ans, comme moi). Puis ayant découvert que j'étais mieux, le voilà revenu? Comment cela ne me ferait-il pas avoir envie de courir loin de Bruno, en dépit de ce que j'ai fait avec Edwin... N'est-il donc plus sûr de moi? Je prends cela tel un rejet, comme s'il ne m'appréciait plus, ou avait des doutes. Il m'est donc difficile de continuer cette relation. Même si j'ai couché avec Edwin, je gardais une complicité avec Bruno. Maintenant, que j'aie couché ou non avec Ed, la complicité est rompue. Bruno se place au même niveau que tous les autres, il ne m'appartient plus,

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je ne lui appartiens plus. Plus particulièrement dans cette période de transition. Tout est changé, peut-être parce que je veux que cela soit ainsi? La communication a été rapide entre Glenn et Bruno après ma discussion avec le Stranger. Moins d'une heure après notre conversation, Bruno était au courant. Bruno me l'a reproché, ils se sont entendus sur des mesures à prendre. Bruno m'a dit que Glenn ne voulait plus se mêler de nos affaires, qu'il ne voulait plus communiquer avec Bruno. Je ne sais pas pourquoi, ce n'est pas possible. Pourquoi donc Glenn ne voudrait plus parler à Bruno? Et quel intérêt Bruno a-t-il à vouloir me faire croire cela? Me montrer que les liens seront définitivement coupés? Il me répète encore que ce serait injuste que je le laisse, que je serais stupide. Mais d'où ça sort ça? Croit-il que l'épisode avec le prof de français, alors qu'il m'ait pardonné, je devrais lui pardonner? S'est-il appuyé là-dessus pour se convaincre qu'il pouvait coucher avec Glenn sans que je réagisse? Avait-il garder en mémoire qu'il pourrait me tromper, a attendu l'occasion, puis s'est dit que je lui pardonnerais, prétextant que je n'avais pas le choix parce qu'il m'avait pardonné deux ans auparavant? I'm not that stupid! En plus, s'il m'a trompé là, il m'a peut-être trompé ailleurs. La seule chose qui fait qu'il me l'ait avoué c'est qu'il croyait que Glenn le dirait à Joël puisqu'ils sont amis, et lorsque je lui ai dit que Joël avait quelque chose d'important à me dire (et je ne sais d'ailleurs toujours pas ce que c'est), Bruno s'est mis à paniquer, m'a tout avoué. Et les années passées, lorsqu'ils voulaient me laisser, y avait-il quelqu'un d'autre là-dedans? Mike peut-être, à la limite? Crisse que j'aurais alors été stupide, ils avaient même des soupers à la chandelle pour fêter leur anniversaire... He thinks I should get over it (l'histoire de Glenn), fuck you man! Juste pour lui faire comprendre, j'aurais envie de le laisser là, au moins pour quelques temps. Mais je ne le ferai pas, garderai tout de même mes distances, parce que je ne puis faire autrement, je souffre trop. J'ai d'ailleurs davantage envie d'aller voir ailleurs, mais je ne suis pas dans la position, ni le temps, la possibilité... avec Edwin, j'étais paralysé par ma conscience (et dire que Bruno lui, se portait très bien dans ses actions). Peut-être voudrais-je coucher encore avec Edwin. Je ne sais plus où j'en suis! Je ne sais plus quoi faire!

6 avril 1994

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Bon, Bruno avait désirer Glenn au même point que moi Edwin. Je commence à accepter ce fait. J'espère que cette idée de sauter dans la rue et rencontrer cette personne magique me passsera. Hier j'ai couché avec Bruno. Crisse qu'il est beau. Qu'ai-je donc à vouloir aller ailleurs? J'ai éjaculé trois fois en trois heures, en ces temps, ça veut dire que je suis en manque. Je vais m'orienter vers le retour complet à Bruno. Je ne vais pas chercher à coucher avec Edwin s'il revient. Si cela arrive, cela arrivera, mais je ne ferai pas d'efforts en ce sens. Alléluia, Dieu me guide enfin sur le bon chemin. (Je serais stupide de la croire, surtout que je suis toujours homosexuel, mais les gens perdent leurs proches dans des incendies, accidents d'auto, et réussissent tout de même à glorifier Dieu ensuite. Prétextant peut-être la grâce de ne pas avoir été frappé à la place de l'autre? Ce qui serait déjà très égoïste. Ou prétextant que les choses devaient se passer ainsi. Sans comprendre pourquoi, sans même se poser la question. Moi, dans ces cas, et je le remarque en ce moment même, je m'exerce à voir les conséquences de tel événement et j'essaie d'y voir du positif. Peut-être pour me contenter, qui sait? Mais à croire à un genre de destinée, et à agir en fonction de cela, voilà déjà un certain contrôle sur l'existence (pourrais-je croire cela?). L'épisode de Glenn est fort concluant. J'étais certain de le rencontrer au centre Universitaire, le timing était extraordinaire. Je n'ai même pas eu à me dépêcher, je savais que le temps de ma marche, l'attente aux lumières, tout était calculé pour que je le rencontre. Il y a eu séduction entre eux deux, Bruno m'a dit, et Bruno a embarqué. Il en voulait à Glenn qu'il m'ait dit que Bruno voulait coucher avec, et qu'ils soient allés à l'appartement sous le prétexte de coucher ensemble et non sous un faux prétexte inventé par Glenn. I have to stop these little conversation with myself, I'm getting really depress...

7 avril 1994

Conversation avec Mireille dans la classe de la Bourbon:

-Bruno a couché avec Glenn Strange (c'est son nom), et ce, sans qu'il sache l'histoire d'Edwin, qu'il ne sait toujours pas d'ailleurs. J'ai cru mourir lorsqu'il me l'a avoué. Crois-moi, tromper son chum est une chose, se faire tromper par son chum en est une autre plus terrible. C'est un paradoxe tu croiras, puisque j'ai fait la même chose. Mais c'est pas là mon

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impression. L'autre appelle tout le temps chez Bruno, and I don't know what's going on! Bruno ment comme un déchaîné, mais il veut rester avec moi, veut pas me perdre (la bullshit habituelle qu'on est en droit de s'attendre suivant une telle confession). Edwin m'a juste permis de pas laisser Bruno sur le coup, je te jure que je l'aurais laissé.

-Tu devrais peut-être lui avouer à Bruno. Jette tes cartes sur la table toi aussi.

-Quelles seraient les conséquences? Il serait content, penserait que tout s'annulerait alors que ce n'est pas le cas, je considère Paris, l'été à Jonquière... et en plus, si je peux lui épargner cette souffrance que j'ai souffert, je le ferai.

(Fin de la conversation.)

8 avril 1994

Je souffre. Je panique. Je semble accepter l'idée de retourner avec Bruno à 100% et je ne me méfie pas suffisamment. Avant-hier, on arrive chez lui à 12h30 de la nuit, le téléphone sonne, c'est Glenn. Quelle dépression. Mais le meilleur, c'est hier. Moi et Bruno on se rencontre pour aller prendre un café, il veut absolument passer par le Centre-Rideau alors qu'il fait si beau dehors, en plus, il insiste pour passer par le Eaton alors que je ne voulais pas, cet endroit me fait chier parce qu'il y a tout plein de gais qui travaillent là ou à La Baie, et en ce moment, ça m'est un calvaire d'en rencontrer. Mais enfin, on est passé par là et devinez qui on rencontre? Bruno voulait se cacher, j'ai dit que ça donnait rien, il nous avait déjà vus. Mais Glenn à vite tourné, il a pris l'escalier roulant qui montait (le pauvre, il s'est probablement retrouvé à la morgue de Eaton, l'endroit où l'on place les choses non vendues depuis des millénaires). Et encore, quel calvaire! Bruno se demandait comment il pouvait être si peu chanceux, y'a de la destinée là-dessus, je l'ai compris qu'il y avait un message à comprendre! Mais lequel? Et le pire, c'est moi la cause de ces stupides situations, quelle humiliation qu'il faille fuir en ma présence, ou se cacher pour cause de ma présence. Si je n'avais pas été là, ils se seraient parlés sans problèmes, peut-être même auraient-ils retourné à l'appartement de Glenn? Le trompé doit être tenu dans le noir, l'ignorance des événements. Et s'ils se parlaient? Ça va toujours en deux temps en plus, et moi, toujours avant: Bruno m'a trompé? Je l'ai devancé de deux semaines. Glenn téléphone en ma pré

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sence? Edwin m'a téléphoné deux heures avant en la présence de Bruno. On rencontre Glenn? Deux heures avant on rencontrait le petit gars timide sur le campus, qui me fait des sourires imperceptibles que je perçois: je l'ai conté à Bruno ça, il ne m'en a même pas reparlé. Bruno pense que je vais le tromper bientôt et il accepte ça, même s'il m'a avoué qu'il souffrirait en crisse. Or, je n'ai pas l'intention de le tromper finalement. Peut-être Edwin s'il vient (je doute qu'il vienne d'ailleurs), et encore, Bruno sera présent tout le temps pour sûr désormais. Et même si je couchais avec Ed, je ne pourrais le dire à Bruno pour les raisons nommées avant.

12 avril 1994

Hier j'ai parlé avec Edwin, il est allé à Montréal comme prévu, a rencontré un gars au K.O.X., a passé la journée du lendemain avec. Ses idées sont: est-il bien gai? Ou est-il amoureux? J'avais osé lui dire un petit je t'aime l'autre jour, et tout de suite réprimé. Hier c'était le gros RM!, je t'adore! N'a-t-on pas skippé une étape ici? Pendant que je l'oubliais, car pas de photos, pas de lettres et pas de communication, lui il se rapprochait de moi d'une façon radicale, en traînant ma photo découpée danas son porte-feuilles et mes lettres, qu'il relit sans cesse, dans ses poches. The result, he's very close from my emotions, but the ones of the last month! Il veut venir cette fin de semaine, j'appréhende les complications: Bruno est en pleine crise existentielle, lui il vit aussi dans mes émotions, mais celles de dans quatre mois! C'est-à-dire mon hypothétique départ pour Paris, peut-être synonyme de la fin de notre relation. Il n'y a que moi, semble-t-il, qui ne vive pas dans mes émotions, je vis plutôt à l'heure de la transition qui se démène à l'intérieur de la Révolution. En effet, Bruno m'a rendu dépressif samedi soir (le 9 avril), ça m'a inspiré les germes, le feu et la couche atomique. Je me surprends encore de la qualité, à mes yeux, de ce passage en comparaison avec le reste. Heureusement je réagis aux crise et je recrache le tout dans mes livres. La Révolution sera un oubli complet d'un jeune innocent, une explosion littéraire, ou le simple lancement d'un livre.

17 avril 1994

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Que ma vie s'en va chez le diable! J'ai avoué à Bruno que j'avais couché avec Ed. Ma motivation? Après avoir vu le film de Denys Arcand, Love and Human Remains, je me sentais si bizarre... de toute manière ça n'allait plus. Je n'étais plus capable de dire à Bruno que je l'aimais. J'avais toujours ces arrières pensées pour chaque parole qu'il me disait. Lorsque je lui ai dit, dans mon lit, ô ironie, il se demandait s'il fallait rire, pleurer ou se suicider. Puis il m'a sauté dans les bras après s'être déshabillé, je n'avais pas envie de faire l'amour. Je lui ai dit ça comme si je lui disais que c'était fini entre nous. J'espérais cependant que les choses allaient se replacer, c'était soit que je le laissais sans lui rien dire, ou que je lui avouais et observais les événements. Eh bien, il semble heureux. Notre faute s'annule semble-t-il et nous pouvons recommencer à nous aimer encore plus fort qu'avant.

Je ne sais plus où j'en suis, c'est récurant. Plus particulièrement que j'ai parlé avec Edwin. Il est maintenant en totale dépression. Il se sent coupable de tout, il shakait. Il a de gros sentiments pour moi, sentiments qu'ils n'acceptent pas. Il ne peut s'avouer être gai, il ne le veut pas, se dit pas prêt pour une relation. J'ai débalancé sa vie, tout est devenu un bordel dans sa vie depuis qu'on s'est revu. Il veut pas perdre mon amitié, dépress parce qu'il pense avoir perdu l'amitié de Bruno. Il ne pense plus pouvoir venir à Ottawa, c'était prévisible. Il m'aime je pense, et moi aussi je l'aime. Comme je suis pogné dans ma vie actuelle. Est-ce que j'aime vraiment Bruno? Aurais-je vraiment de la misère à le laisser? Je n'aurais plus cette peur de le faire souffrir, même s'il souffrirait. Il m'a trompé, c'est significatif qu'il s'en sortirait sans trop de problèmes et souffrances je pense. En fait, cela m'affecterait moins de le faire souffrir. Depuis que je connais Edwin à Paris, je pense à lui, lorsqu'il m'a dit que c'était la même chose pour lui, il y a eu ce déclic. Et j'aimerais l'approfondir ce déclic, voir jusqu'où il conduirait. Et s'il pouvait venir à Paris en septembre? Alors je laisserais Bruno officiellement. Comme la vie est compliquée.

C'est la première fois de ma vie que quelqu'un éprouve de tels sentiments envers moi et qu'il me les communique avec autant de passion que cela me touche. Il est si loin, imaginons s'il m'avait fait ces déclarations en personne, je serais mort, on se serait laissé tombé

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dans nos bras, et une longue nuit d'amour aurait suivie. Vivement qu'il m'envoie ses lettres et les photos, si possible, il m'a dit qu'il y penserait à s'il m'enverrait les lettres. Hé, je lui disais que je voulais les lire, que ce n'était pas juste, il avait eu mon journal et moi rien, ma photo et moi rien. Cela ne l'a pas convaincu. Il dit qu'il ne s'est jamais ouvert comme cela à quelqu'un pendant ses 23 années, avec ces 15 blondes et ces 5 one night stand, et qu'il ne veut plus me faire parvenir ses lettres, il en a honte. Il a fallu que je lui dise alors que pour mon journal, ces lettres seront importantes si je devais écrire un roman ou un livre sur notre relation, alors seulement il m'a dit qu'il réfléchirait à savoir s'il me donnerait les lettres. Que la vie est compliquée. And how about to come here without telling Bruno? This little motel called Motor inn at Nepean, sounds interesting, just to see Ed, be with him, help him, sleep with him... il a cru pendant un instant que je m'intéressais à lui juste pour le sexe, mais que mes lettres lui disent le contraire. J'ai besoin d'une bonne bière. (Maintenant chose faite.) J'ai envie de le rappeler, lui dire non! Ne souffre pas, je n'ai jamais souhaité que ton bonheur! Je n'ai voulu que me rapprocher de toi, voir si mes sentiments iraient plus loin, si je t'aimerais comme jamais je n'ai aimé personne! Pauvre Edwin, hey! Je suis là, viens me retrouver, viens dans mes bras, je vais te consoler! Quel bonheur ce serait, si seulement j'en avais la chance, et encore, la distance c'est un, Bruno c'est deux, mes examens et le travail c'est trois et quatre, mon livre La Révoltuion c'est cinq. Ce dernier peut attendre, mais je serais porté en ce moment, dans mon impossibilité à agir, à ne travailler que là-dessus. Surtout que j'en arrive à la fin. Trois ans de travail acharné pour 150 misérables petites pages. Mais quel brique, si les éditeurs passent encore à côté de cela, j'abandonne, je n'écrirais plus que pour moi. J'enverrai comme cela quatre ou cinq copies et les oublierai tout aussitôt, pour me consacrer à un autre projet. C'est d'ailleurs ce qui va arriver avec la Révolution. Je n'ai aucune raison de croire que cela pourra déboucher, et je n'ai pas la force de le poster à des éditeurs pour voir leur réponse négative. La vie est compliquée. Je me sens encore plus coupable de ce que j'ai fait à Edwin qu'à Bruno. Et Edwin est si loin de moi. Je l'ai pourtant su que j'avais des sentiments pendant qu'il était là et les jours suivants. Et j'en ai, c'est certain. Il écoute ma cassette vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours par semaine, il relit encore mes lettres, je suis tout à fait responsable de sa crise. Et je viens de détruire ses rêves, je viens de l'achever. Et j'ai besoin d'une deuxième bière et

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d'une cigarette. Si je pouvais le voir au moins. Je saurais à quoi m'en tenir en ce qui concerne mes émotions.

10h50

Ynan Wang à la rescousse! Elle m'a téléphoné, elle vient me chercher... elle aussi est débordée dans ses devoirs.

11h50

J'ai dit à Bruno que j'avais dit à Ed qu'il savait que Bruno savait. Bruno était en crisse contre moi, il voulait continuer à être ami avec Edwin en feignant d'ignorer les choses et ainsi aller aux USA cet été. Maintenant il pourra plus, il va se sentir trop bizarre. Pendant notre appel, Ed a téléphoné, Oh my God! Lui qui paniquait déjà. Bruno m'a demandé ensuite si c'était lui, je lui ai répondu que c'était Joël Cyr. Bruno appelle maintenant Edwin... Oh my God! I'm gonna die. How come all this happen to me while I have all these things to do. It seems that I'll never be able to finish my semester. What are they going to talk about? I told Bruno that I wanted to continue to talk with Ed anyway, he said «No way, he was my friend and now he's no more, and he will be yours? Maybe you want to leave me for him?» Will he find out I wrote 3 letters to Ed? What does he going to know that he'll say I'd lie for? Stupid telephone, I'm here waiting for the call of Bruno, and I will talk with Ed after for sure, it might be the end of my relationship with Bruno tonight. Cos I'm not accepting anything more, bullshit, can he tell me what to do after the Glenn story? What does he thinks and is going to tell Ed about? It might be the end of our relationship.

18 avril 1994

Two hours later, Bruno finally called. I was something between the zombi and the plant. Je n'arrivais plus à penser à rien, une passivité effrayante, mais Bruno finally called. No problem, it doesn't seems that bad. He said that Edwin told him everything, I said well,

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what can he tell you more that I already said? Then he was talking about all the scene in bed, every move, etc. He wanted to know more about it, I said no, I'm not talking about it anymore. I just though he wants some contradiction to suffer a bit more. And still I'm not sure if he doesn't know stuff I don't know he knows, and I just dont care. The phone call just finish with I LOVE YOU that doesn't mean anything anymore. Et ça, ça m'inquiète.

Est-il possible qu'un homme là quelque part puisse m'aimer tant qu'il regarde ma photo tout le temps? Ses sentiments se communiquent trop bien, notre téléphone d'après fut bizarre, mais bien. Une atmosphère de détente régnait, comme après la guerre, le nuage était tombé. Je lui ai dit: «Je t'aime» et pour la première fois, je le disais et cela m'affectait. Il ne faut pas sous-estimer la portée de cette phrase, même si la littérature et le cinéma et la télévision l'ont dénaturée complètement au point qu'Ed a honte du mot. J'ai bandé à l'instant où j'ai prononcé le mot, lui de même, c'est inquiétant. Il m'a dit: «Je pense, que, enfin, je crois que moi aussi, oui ce doit être ça, je t'aime». Après j'aurais tant voulu qu'il me le répète au moins une deuxième fois, pour calculer l'impact que cela aurait. Ed serait-il l'âme soeur? Il me serait si simple d'étouffer tout sentiment. Mais non, je veux pousser ça jusqu'au bout, comme je semble me complaire à obliger les gens à faire face à des réalités auxquelles ils ne veulent faire face. Quel est donc le but que je poursuis en avouant à tout le monde n'importe quoi? Pourquoi ai-je poussé les choses aux événements d'hier? C'est déjà bien que j'aie souffert, sinon, ç'aurait été pur méchanceté, il n'y aurait eu que moi pour ne pas souffrir. Mais peut-on parler de masochisme? Une vie si plate que je me trouve les moyens d'y mettre de la couleur? Mais non. Tout cela sans cesse part d'un bon sentiment. Simple justice, j'ai reproché à Bruno sa relation avec Glenn pendant deux semaines et j'avais l'impression qu'il avait droit à son mot par rapport à ce qui c'était produit. Mais là, je me suis retrouvé à faire souffrir Edwin. Mais le pire c'est que cela a multiplié mes sentiments pour lui, maintenant je capote à l'idée de sombrer dans ses bras. Et je me demande à quoi cela va ressembler. Peut-être devrais-je laisser Bruno? La philosophie d'Edwin, nous serons des amis spéciaux, à distance, qui s'aiment sur plusieurs années et qui feront l'amour lorsqu'ils se verront. Sûr, c'est séduisant ça, c'est digne de la bonne littérature, et de la pourrie aussi semble-t-il.

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Edwin m'admire encore plus du fait que je lui ai dit à Bruno. Il pense que c'est un autre signe de ma personnalité qui fait de moi un honnête homme. Incapable de mensonge, je cours à Bruno pour le lui dire. C'est vrai que ma volonté me fait défaut, celle de mentir. Je croyais avoir bien appris ma leçon, se taire épargne de la souffrance, mais il faut dire que parler fait aussi avancer des choses et ouvre les yeux.

21 avril 1994

J'ai vu les quelques vidéos des Sex Pistols sur l'anarchie et le No Future for you in England. C'est drôle, chaque génération ou semi-génération a dû se lever et crier très fort pour enfin reléguer l'autre génération aux oubliettes et enfin prendre le contrôle. Le défaut de la Génération X serait sans doute de ne pas s'être levée justement, se contenter de ce que les autres ont dit ou fait, mourir un peu dans le silence. Ou peut-être que non. À quoi reconnaît-on qu'une génération se lève? Trois ou quatre groupes sautés? The Moody Blues, Beau Dommage? Semble-t-il, on a pas eu de mouvement très généralisé, juste une série de chansons pourries sans sens, pratiquement aucune littérature, un MTV Much Musique Plus qui nous aliènent à toute allure et cela semble nous suffire. De toute manière, l'autre génération est déjà à la retraite, désolé, vous avez manqué votre chance de vous défouler, meilleure chance dans une autre vie. Je me demande ce que sera la nostalgie de ma génération? Pet Shop Boys, oh my god... Nirvana? Kurt Cobain se suicide à la grande joie d'une génération en manque d'idole qui feront disparaître une génération. Le contrôle viendra de toute façon, il viendra à la manière d'une révolution tranquille, avec la retraite des Boomers. Ç'aura pris plus de temps, c'est tout. Mais la dette, la dette, ça ça va faire mal pour la génération qui mangera la claque. Moi peut-être, juste à la limite en ce qui concerne les études, ce sera impossible après d'aller en littérature, trop coûteux pour aucun débouché. Bref, j'ai une hypothèque de 15 000 dollars en ce moment et un bac de 4 ans, aucun espoir de travailler. Enfin, 15 000 dollars c'est une automobile, ce n'est pas si pire... c'est pire chez nos voisins du Sud, mais encore cinq ans et nous en serons au même point.

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25 avril 1994

Celui qui ne se fait pas d'illusions sera heureux car jamais déçu, il ne se laissera pas abattre. Celui qui n'attend rien de la vie, ne recevra peut-être rien, mais ne se sera pas compliqué l'existence inutilement. Si j'avais du caractère et de la volonté, je brûlerais mon diplôme, abandonnerais mes choses après avoir effacé le disque dur de mon ordinateur, jeté mes disquettes et mes manuscrits, et je disparaîtrais dans les bois quelque part... Je partais pour dire que je déclarerais faillite, mais c'est certainement trop de formalités que je ne pourrais supporter... J'aime mieux devenir un fugitif, mais ça aussi ce sera beaucoup de formalités un jour...

26 avril 1994

Je ne sais plus comment décrire mes sentiments, ils se définissent à mes regards vers l'infini, le néant. Je pense à Edwin, je passe ma main sur mon visage non rasé de deux jours, et soudainement je suis transporté dans son univers, passé à New York (Yonkers ça dit sur la facture de téléphone). Il a couché avec une quinzaine de filles, cinq-six gars, il va à un bal des finissants cette semaine, il a invité une fille, il dit que cela va finir dans le lit. Je suis jaloux, pas l'ombre d'un doute. Qu'il s'agisse d'une fille me dérange davantage. Appartiendrait-il à un autre univers que le mien? Lui qui pourtant m'appelle deux fois en deux jours, dit qu'il se regarde dans le miroir et que son sourire va lui faire éclater le visage, qu'il sera illuminé pour le reste de la journée. Le problème c'est que ses paroles agissent sur moi comme une séduction. Je lis l'Avalée des Avalés de Réjean Ducharme, pouvez-vous croire que lorsque Bérénice crie à son frère qu'elle l'aime alors qu'il est à distance, je me transpose à elle et voit Edwin comme mon frère? (Bérénice est à New York, son frère est à Montréal). J'ai l'impression que moi et Bruno, cela achève. Cela m'achève. Il a détruit quelques lettres qu'il m'avait écrites, dans lesquelles il dévoilait à sa grande honte ses sentiments pour un homme. Chose qu'il récusera en disant que je ne suis pas un homme en général, je suis Roland-Michel, ce n'est pas la même chose. Moi je suis cute, un petit écureuil, une chose loveable, de toute façon j'ai une certaine misère à me définir tel un homme, je me vois

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encore tel un enfant, à 21 ans.

J'imagine Edwin comme mon frère, quel beau frère il ferait, je ne sais pas pourquoi, cette idée m'enchante, m'excite, mon Frère! Avec qui je ferais l'amour. Dirait-on, il a atteint certaines cordes que même Bruno ne semble pas avoir cherché à atteindre. Edwin me répète qu'il ne pourrait pas sortir avec un gars, pas maintenant. Bullshit, il lui suffirait d'être tout près de moi un bout de temps, il en est conscient, il voudrait passer une semaine avec moi quelque part. Le téléphone est une mauvaise invention, Bruno pourrait me suivre partout, sachant même d'où je téléphone. Les nouveaux programmes de Bell Canada va-t-il enfin remettre de l'ordre dans les vertus de ses abonnés? Je n'aurais pourtant qu'à laisser Bruno, mais c'est impossible, difficile, c'est un genre de long processus envisageable seulement si je décrisse d'ici. Mais je n'aurais aucune liberté à Jonquière, je veux donc demeurer ici cet été. Comme Bruno souffrirait, et ses parents, que diraient-ils? Bruno qui justement s'est tellement battu pour me faire accepter par sa famille. Encore la semaine passée, son père ne voulait pas que j'accompagne la famille chez un souper chez Fred, le chum de Claire-Lise (la soeur de Bruno). Ce fut la grande crise. Mais est-ce que la famille de Bruno saurait que Bruno m'a trompé et que moi de même? Non, elle saurait seulement que j'ai laissé Bruno, probablement pour quelqu'un d'autre. Vivre en fonction des autres... sans parler de ma famille. Oh, by the way, j'ai laissé Bruno, je pars à la découverte du Sida à travers le monde Gai de la planète, but ultime: coucher avec tous les beaux bébés de Paris! Les prendre dans mes bras et atteindre l'ensemble, accomplir la destinée que Dieu a tracée, mourir d'une maladie bizarre tout au bout. Là ma réussite, ma finalité, la révolution.

Edwin développe un sentiment si fort pour moi, ce me semble, cela ne pourra s'éteindre de sitôt, où cela nous conduira-t-il? Surtout si moi aussi je me retrouve amoureux désespéré. J'aime autant ne pas y penser. Sans compter que mes chances d'être accepté en maîtrise me semblent mauvaises et lui qui a terminé ses études... il n'a pas beaucoup d'ambition, comme Bruno d'ailleurs, comme le reste de la planète, auraient-ils compris que l'on va crever de toute manière? Chose que je ne semble pas vouloir comprendre, parce que moi je vis en fonction des autres crisse! Dignité, orgueil, reconnaissance, etc. bullshit, si je ne suis

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pas accepté en maîtrise, je vends toute mes choses de toute façon et je suivrai les traces du Christ sur les routes de l'univers...

28 avril 1994

Pauvres anglais, ils ne peuvent plus dire je t'aime à quelqu'un sans tomber dans le cliché effrayant. Ça me rappelle lorsque Bruno m'annonçait son infidélité et toutes ses justifications, à chaque ligne je connaissais la suite de la réplique à cause d'Hollywood. On banalise les rapports entre les humains, nous, pauvre génération cliché. On ose plus agir à cause que l'on sombre dans le déjà vu, on peut alors prévoir où cela va mener, les justifications ne fonctionnent plus parce qu'on les connait, on veut pas les entendre.

30 avril 1994

Ça a commencé avec le bonhonomme que j'ai appelé à Toronto lorsque je travaillais pour la Campagne Vision à l'Université d'Ottawa, il m'a traité d'intellectuel parce que j'avais l'air loin des séries éliminatoires du hockey et que j'étudiais en littérature. J'ai été insulté en partie, je lui ai répondu que je savais (avec le sourire hypocrite) que le Canadien avait gagné la partie d'hier, puis après le téléphone ça m'a fait réfléchir. Moi? Un intellectuel? Ça m'a fait la même chose en 1991: Moi? Un homosexuel? La réponse était claire d'emblée à l'époque (à l'époque parce que depuis, il en a coulé de la marde en dessous des éviers), pour l'intellectualité, ça m'a frappé. Un petit bac en littérature et me voilà étiquetté? À voir les filles dans mes cours, et moi-même, je ne dirais pas là, tient, nous sommes l'élite de la société. Enfin bref, je ne me considérais pas comme un intellectuel proprement dit.

Hier je suis allé au party de Joël Cyr, il m'avait dit que dans tous ses amis, il n'en connaissait qu'une qui ne prenait pas de la drogue, Mireille m'a dit la même chose voilà pas longtemps: tout le monde prend de la drogue. Hier j'allais au party à reculons, sachant qu'il y aurait de la drogue. Bruno me disait qu'il en prenait à chaque fin de semaine avant avec ses amis à l'âge de seize ans. Nous sommes arrivés en plein party séparatiste, la voilà donc

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la génération anti-Elvis Gratton qui me fait justement penser à Elvis Gratton, voilà le paradoxe. La pipe à eau en plein centre du Salon, cette grosse cruche où l'on met le hash et peut-être des choses que l'on ignore avec le tabat au miel, et le gros bâton par lequel on fume, filtre la boucane dans l'eau. Je l'ai essayé plusieurs fois, Bruno aussi, de même que la trentaine de personnes présentes, seuls peut-être une ou deux personnes n'en ont pas pris, au moins 25 en ont pris toute la soirée, un moment donné j'ai dit à Bruno de ne plus en prendre, j'ai fait de même, je voulais partir. Je suis anti-séparatiste depuis que j'ai vu ce party là. C'est grave de dire ça. On a visionné Elvis Gratton, le gros québécois dégueulasse qui, pour ses intérêts (il veut un permis d'alcool pour son garage), veut pas la séparation. Il a tout plein de problèmes à se définir en tant que Québéois, il trippe sur les Américains, ignore tout de la politique, les magouilles entre politiciens, chérit des idées à la Hitler presque. Esti de film de propagande pourri! Si on veut me convaincre de la séparation, c'est pas avec les sentiments, les pleurs, la honte, les magouilles des politiciens, etc., etc., qu'on va me convaincre! Pis surtout pas avec un estibi d'party de drogué à la frontière du Québec et du Canada! Joël, s'il devait être intellectuel, et je pense que lui en est un vrai, avec tout le respect que j'ai pour lui, j'ai beaucoup de problèmes à comprendre son point de vue, je ne distingue que le sentiment pro-Québécois, et la haine contre les anglais et leurs attitudes. J'espère que je vais réussir à oublier cette soirée où l'on s'est payé Elvis Gratton, sur le hash, suivi d'un long intermède d'Offenbach («Petite fille, inquiète-toi pas si ton grand frère te joue avec le corps trois fois par mois») je m'aurais suicidé. J'espère juste que je vais passer à travers ça sans avoir l'impression d'être un p'tit crisse d'intellectuel brainwashé par les bonnes manières et qui à la manière des petites vieilles religieuses se scandalisent d'un party de drogue, de voir que ça génération s'en va chez le diable, drogués ben raide (au hash, tu parles, ça m'a même pas fait l'effet d'une cigarette (je ne fume jamais, alors une cigarette, et je pars)), enfin, qu'ai-je donc à attendre de la vie, d'autrui? Est-ce moi qui est à côté? Je ne mets pas de côté la séparation du Québec, je ne suis ni pour ni contre, je ne connais pas suffisamment le sujet.

4 mai 1994

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Esti qu'ils me font chier les américains qui viennent de découvrir la génération X et l'ont emmenée sur la croix en pleurant et affirmant que c'était la faute de l'autre génération! Pantoute christ! Réveillez-vous, agissez, passez donc par-dessus ce qu'ils essayent de vous faire gober, ne vous en prenez qu'à vous si rien n'a fonctionné, si vous avez été assez cave pour accepter que vous étiez niaiseux sans réagir. Pour en revenir à la génération X qui se targue d'avoir été renflouée, d'accord, ils ont pas été capables de se réveiller, de se trouver des leaders lobbyistes influents, une voix à travers les médias, se trouver des auteurs, ils en ont enfin trouver un, je ne sais pas son nom, ils l'ont élevé au rang de Dieu, Dieu merci, il appartient à la littérature, cela veut-il dire qu'ils vont commencer à lire autre chose que les revues Rock? Kurt Cobain, le néantiste, parti rejoindre le néant, s'il savait que l'on a fait de sa mort l'opportunité rêvée de dire aux jeunes de pas se suicider, message aux dépressifs: continuez donc encore un peu juste pour voir! Voir quoi? Ils ont peut-être pas compris qu'on veut pas finir dans un esti de bureau avec une petite famille et une maison et une automobile? Hollywood nous a bien trop formé! On veut de la drogue, des autos-sports, de l'argent, de la gloire, le voyage (initiatique SVP, restructuration de l'humain en Dieu), on veut du néant, du Nirvana. On veut se suicider! Mais pas avant le meurtre de la génération d'avant. Je me trompe sûrement, on veut juste une belle petite blonde dans notre lit, en espérant qu'elle ne nous trompera pas trop, un job d'administrateur dans une tour gouvernemetale dans le centre-ville, et thanks God, we'll be so happy to be alive! We need nothing more than our pay cheque, our girlfriend and the possibility sometime to fuck another one. Ça me donne envie de m'enterrer vivant dans la cour, ça se serait une vraie expérience, surtout lorsque fait à froid. Hey, je suis un drogué maintenant, comme tous mes amis du CÉGEP maintenant à Montréal. La génération X, droguée à mort, s'appitoyant sur son sort, qu'a crève! Au même titre que moi d'ailleurs. Aucun moyen de s'en sortir.

18 mai 1994

Plan de LA NOUVELLE HUMANITÉ

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C'est d'abord la suite de LA RÉVOLUTION, ma mission n'est pas pas encore accomplie, il me faut bâtir ma nouvelle humanité ou génération à un deuxième niveau, maintenant que l'autre est morte ou trop vieille. Un simple retour aux sources? Lesquelles sources? Si les sorciers Tarahumaras eux-mêmes avaient oublié les sources, je suis libre de les réinventer aux besoins de mes nouveaux principes. Démystification donc, démystification de ce que ferait un Dieu s'il voudrait instaurer une nouvelle collectivité, principes et valeurs en fonction de ses intérêts, lesquels intérêts? L'acte de génération? Du néant il faut prendre de l'ampleur, grandir, devenir plus puissants? Se nourrir de construction imaginée, génératrice de peuples, de savoir, l'organisation d'un monde, hiérarchies universelles, entités diverses et leur but, leur raison. Comment moi pourrait à y voir clair (sans inventer)? Il me faudrait du Peyolt, drogue, pour atteindre Dieu. Ma conscience porte en elle ce que je cherche à savoir. Inexplicable en mot? Où donc me renseigner? Les Rose-Croix? Artaud? Il me faut me limiter à ça.

La naissance de la nouvelle humanité:

(Il me faudrait aller relire la Genèse, et m'assurer de m'en tenir éloigné. Je ne suis pas là pour répéter les erreurs de l'ancienne humanité.)

-La démythification de la Genèse (Rose-Croix)

-L'anti-Genèse

-Le contexte, le lieu géographique, État du monde

-Situation de l'humanité, moeurs générales, modes, coutumes, morale privée et publique

-Origines, famille, ascendants, jeunesse (Anti-humanité?)(cela est à revoir)

-descriptions physiques, Taille, dimensions (possibilités d'expansions) pieds, mains, épaules, tête, descriptions physiques?

-Vêtements, nourir, logements, armes permises.

-La femme, l'homme, dans leur individualité: nom, caractère, genre de beauté, moeurs,

-Politique, ministres, noms, caractères, fonctions, pouvoir, champ d'action

-Religion, ministres, noms, caractères, fonctions, pouvoir, champ d'action

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-Crise permise, but, guerre permise, but, nécessités, balancement, équilibre, fêtes, lesquelles, dépenses, fleurs, nourritures, festins privés, orgies?, somptuosité de toutes sortes (Héliogabale = mauvais selon Artaud, mais la voie vers l'anti-humanité?)

-Palais, emplacement du palais, dimensions des pièces, des jardins (!)(des anti-jardins?)

-RITES - détails, ustensils du culte, des objets, prêtres, nombre, attributions

-CULTURE, théâtre?, peinture, écriture,

-Ceux qui doivent périr- nombre,

Les bases de la nouvelle humanité:

-Légende basale, le Verbe

-Buts poursuivis, finalité à l'humanité (doit être clair dès le départ et protégé de l'altération)

-Pourquoi la légende ne doit pas cadrer avec la vertu et la morale, nécessités de la finalité, de quels droits l'humanité se donnerait-elle des droits et libertés? Laissons leur le croire peut-être?

-Rites d'initiation pour qu'un coup admis, on ne veuille plus sortir, trop d'honneur, trop d'enfer, il faut que cela serve, donner des pouvoirs, promettre n'importe quoi,

L'organisation de la société:

-Des divergences? Extrême droite, gauche, conservateur?

-Système économique (de monarchie, socialiste, capitaliste? Bullshit à tous les niveaux, il faut un nouveau système, au même titre que le politique (à la lumière de la technologie?) (nos sytèmes datent d'une couple de siècles, sont gros pour rien, multiplication des pouvoirs et enchevêtrements, bureaucratie et technocratie effrayante, faillite à tous les niveaux,

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personne se sent responsables, punitions à accorder? Dépenses inutiles à justifier? Non. Tout ça est carrément à remttre en question, les gouvernements, les compagnies, la technologie, la connaissance des phénomènes physiques (disons leur tout tout de suite) se perdre dans la physique, biologie, mathématique, philosophie, les arts, la psychologie, psychanalyse, sociologie, droit, administration, médecine, pharmacie, l'écriture, les langues, (LES LANGUES, le pourquoi, qu'est-ce que cela sert?), tous ces domaines qui se débattent à définir, à interpréter la vie, faut que ça disparaisse. Sentiments mauvais, n'existera pas. Partage implicite accompli instantanément parce que la loi de cause à effet, (retour à la nature?) (Le pourquoi des domaines de la société est la pratique de la créativité pour éventuellement devenir Dieu et créer des univers à son tour. Le domaine intellectuel est donc essentiel, mais perdu dans un champ tel que l'administration. Élargir le champ, permettre plus de possibilités, s'amuser à être Dieu en attendant, accès à plusieurs endroits, à plusieurs temps, domaine de l'esprit essentiel, création de mondes divers.

L'avenir de la nouvelle humanité:

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24 mai 1994

Je continue ma vie de culpabilité généralisée, je souffre de pas travailler, de pas avoir d'argent, de pas chercher fort fort, de me faire rabrouer encore par ma mère qu'il fallait pas que je compte ni sur elle ni sur papa (il déménage dans sa nouvelle maison qu'il louera avec Ginette) ni sur Frédérique qui signait ce soir l'acquisition du terrain qui verra naître d'ici la mi-juillet, leur belle maison de 115 000$ Bien sûr, RM peut crever dans le fin fond d'Ottawa, le hic c'est que leur argument favoris, celui de mon ex-voyage en Europe de l'an passé, est trop loin pour servir à justifier l'abandon du fils à l'étranger (Ottawa étant en dehors du Québec). On voit bien l'altruisme familial, on m'a encore fait comprendre que ma soeur n'avait presque jamais demandé d'argent. Viarge, ils m'ont donné 600$ cette année, n'est-ce pas merveilleux? 600$, pour être honnête avec moi même, j'ajoute le 300$ que j'ai reçu à Noël. On est loin du compte des 9 000$ que le gouvernement les oblige à me donner pour m'aider dans mes études. Encore une autre autorité qui s'appuie sur des faussetés pour m'en donner un minimum (tout juste assez pour couvrir les frais de scolarité à crédit), alors qu'elle en shoot des 10 000$ par-ci, par-là, aux autres qui en plus d'en recevoir de leur parents, ont réussi à crosser le système ou leur famille est à la limite de ce qu'il faut gagner que le pauvre étudiant devienne riche. Si le gouvernement calcule qu'ils ppeuvent m'aider, ils peuvent. Et ma soeur, elle en a reçu autant que moi de l'argent: la première année le père a tout payé. Moi, le père m'a aidé la deuxième année seulement, je travaillais déjà à 25 heures par semaine minimum. La planète a arrêté de tourner, peu importe où je serai en septembre, le pire est à craindre.

Joël Cyr, je ne sais pas si je l'avais dit, a lu les 21 premières pages de La Révolution. Il a dit que c'était génial. Il est tombé dans le piège. Il a non seulement vu le Québec avec le Canada Anglais, mais en plus, il pense que le message que j'envoie en est un séparatiste, et révolutionnaire en plus. Quand il va lire jusqu'à l'explosion de l'humanité, on en reparlera. Joël Beddows a lu Antoine, il a pas aimé du tout, s'est pas expliqué encore, je suis pas sûr si je veux l'entendre à ce sujet. Déjà qu'André Montmorency m'avait fait si peur au téléphone, j'ai cru qu'il allait me mordre: «Écoute-moi là, là j'ai pas le temps de te parler, rappel-moi

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dimanche et on va discuter si oui ou non tu devrais m'envoyer tes pièces.» J'ai pas eu le courage de le rappeler, et j'ai eu le culôt de lui envoyer mes deux pièces. Il a pas aimé Antoine, il comprend que cela ait été refusé par le Cead (Centre des auteurs dramatiques (que c'é ça!)). Il dit que c'est pas du théâtre, qu'avec son expérience il est même pas capable de voir comment je vois la représentation, il me suggère de la monter moi-même avec des étudiants ou amis. On va bien voir s'ils vont dire la même chose pour Val-Jalbert, je ne m'inquiète pas, ils trouveront autres choses, d'autres défauts, d'autres problèmes, peut-être même qu'ils vont la balayer parce que la pièce arrive après celle de Marie Laberge, pardon, de la création collective des étudiants de l'Université du Québec à Chicoutimi dont on a finalement apposé le nom de Marie Laberge, à ce que l'on m'a dit. Montmorency m'a invité à aller chez lui lorsque je passerai à Montréal. Qu'est-ce que ça veut dire? Soyons anti-sémite comme m'a accusé Beddows dernièrement lorsque je lui ai dit qu'il semblerait que les homosexuels, comme les Juifs, se soutiennent entre-eux. You want to bet that if my play was not about gay stuff, he would have not invite me to his place? You want to bet that if I'm going there he's gonna bite me? There is no way I will go there. I cannot understand why he invites me, he has so much things to do. Mais quel contact ce serait. Il connaît tout le monde, m'ouvrirait-il des portes? Il semble vraiment méchant quand il veut, son téléphone m'en a donné un avant-goût. Je pense que je vais me foutre du contact, de toute façon j'ai toujours tout fait pour rencontrer personne, pour m'établir quelque part, j'ai toujours fui les contacts ou pseudos. Me disant que si c'était pas cette fois là, ce serait plus tard. Les livres resteront toujours là, même qu'à vieillir ils seront mieux. Après ma mort ils seront au summum. David de Montréal m'a fait comprendre dernièrement qu'il n'y avait rien dans mes affaires pour intéresser les autres. Ethnocentrique donc. Est-ce vrai? Eh bien je vais mourir dans ce que j'écris. Je n'ai pas une très bonne opinion de l'ensemble de mes écrits danas le moment. J'ai perdu toute confiance, tout me semble plat, plate, sans intérêts. J'en ai lu des bouts à David au téléphone, ça passait mal. J'ai relu la Révolution la dernière fois, ça m'a laissé un arrière-goût. Travailler si fort pour rien, il faut être cinglé, ou passionné. Pauvre Artaud, je m'enligne pour écrir un deuxième Anarchiste couronné, et il devrait me signifier en pleine face que son échec sera la mien. Ça sert à rien de s'encourager ou d'en parler, de se justifier, faillite totale.

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Demain j'ai une entrevue avec le musée des technologies. J'ai pas eu le job à la librairie du Musée des Beaux Arts, après deux entrevues. Deux entrevues pour se faire refuser. Faut dire que je suis arrivé 20 minutes en retard la première fois. Mais c'est pas un signe, je le dis pour les générations d'après ma mort (peut-être), arriver en retard ou non à l'entrevue change rien. La première entrevue était dans la poche, le bonhomme avait une femme Allemande, il avait lu Hermann Broch, La Mort de Virgile et je lui ai dit qu'il avait eu raison d'abandonner son B.A. Concentration en Philosophie alors qu'il ne lui manquait qu'un seul cours. Il m'a rappelé aujourd'hui pour s'excuser que j'avais pas été choisi (après deux entrevues, tu parles, la prochaine fois je vais demander toute la démarche relative aux entrevues et si c'est trop compliqué, je me réserve le droit de les envoyer royalement chier (le récipiendaire aussi a des droits vous savez?)), bref, il m'a souhaité bonne chance, et m'a encore dit qu'il était désolé que l'autre ait décider de prendre une vieille truie qui avait plus d'expérience que moi sur une caisse enregistreuse, ou une belle petite femme à jupe serrée pognée dans la craque de son derrière. Vous pensez que je suis misogyne? Bon, le deuxième qui passait l'entrevue avait l'air d'une estie de tapette, les jambes croisées (avec ça j'étais sûr d'avoir le travail, semble-t-il, il est plus masculin que je ne le suis, avec ses airs), l'autre avait l'air d'un crisse de fatigant que t'as juste envie d'y dire, fiche-moi la paix. Ils m'ont l'air de foutre pas mal rien dans leur job respective, mais ça c'est encore un préjugé. Mais enfin, vive les préjugés, c'est à cause d'eux que je réussis pas à me trouver du travail. Et gang d'hypocrites, des préjugés vous en avez plus que moi, parce que moi je fais l'effort d'arrêter de penser quand je vois la grosse truie, pis vous autres vous le pensez très bien, et vous ne l'engagez pas. Tant souffrir pour des petites jobines à salaire minimum, après quatre ans d'Université Christ. On se lamente que les jeunes connaissent rien à leur grammaire, et ceux qui s'y sont consacrer crèvent de faim. Eh bien moi je vous le dis, perdez pas votre temps avec la grammaire, vaut mieux aller en Génie puisque l'on ne jure que par les machines, c'est un domaine plus logique, concret, stable, et l'on en crève pas de faim. J'y vais d'ailleurs en Génie, on me refusera en maîtrise. Dieu que je les méprise, je les méprise tellement ces professeurs de français du département. Ma réputation est-elle, de toute façon, que dans mes propres intérêts, il ne me faut surtout pas y faire ma maîtrise. Ou alors,

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m'effacer complètement (mais ça, je sais que c'est impossible). Se peut-il que je me retrouverais en Génie? Fier en plus, parce que certains que l'on m'a carrément rejeté et par l'Université et par les Éditeurs et le reste. Je vais être un ingénieur frustré, qui veux surtout pas avoir affaire avec les Québécois. Mais je ne suis pas dupe, je vais retrouver des cliques identiques à Paris, pire, je vais en retrouver des pires en Génie, mêlées avec les politiciens, l'homophobie, la compétition, etc. Le monde dans lequel on vit est bien noir, c'est vrai que de ne pas être naïf étouffe. J'aimerais mieux rien savoir. J'ai mangé avec une fille dernièrement, elle était dans un de mes cours (Vandendorpe). Je lui ai raconté la party chez un de mes amis (J. Cyr) et les gens qui prenaient tous de la drogue. Je pensais trouver du réconfort, en sachant que je ne suis pas le seul naïf dans la ville qui ne savait pas que sa whole génération X was on drugs, malheureusement, elle prend de la drogue chaque fin de semaine, trois à quatre fois par semaine, c'est ben normal, tous ses amis sans exceptions en prennent et j'ai pas osé lui demander si cela allait jusqu'aux drogues dures. Faut pas se leurrer, elle aurait dit, comme les autres, les drogues c'Est de temps en temps (combien de fois par mois? je veux pas le savoir). Chose certaine, ils m'auront pas. Pas parce que je suis un esti de brainwashé contre la drogue, ce qui serait peut-être vrai dans le fond, mais plutôt parce que... je pense que je suis assez découragé comme ça, assez alcoolique aussi peut-être (avec mon vin de Madère), et ça me tente vraiment pas. (Je voudrais pas projeter une image de moi comme étant alcoolique. En fait, je ne bois pas tant que cela, rarement plus d'une bière quand on mange au restaurant, trois bières quand on sort pour vrai (une fois par mois peut-être (en ce moment)) et puis once in a while, j'achète une bouteille de vin ou je finis celle que l'on buvait moi et Bruno. Pour donner une idée, j'ai peut-être acheté une dizaine de bouteilles de vin depuis un an. On peut pas dire que je suis alcoolique, quoique le titre ne me fait pas peur. J'aime boire, je bois quand je sais qu'il n'y a pas de problème, Bruno le confirmera, ça m'arrive d'être chaud, parce que ça m'en prend pas beaucoup.

Le prof de français, Benoit Leblanc, celui avec qui j'ai pas fait grand chose, mais assez pour provoquer une crise entre moi et Bruno, je l'ai rencontré deux fois dernièrement. Au Market Station, il était avec une fille, ils ont rient de moi à s'étouffer quand ils ont su que je connaissais pas le couple le plus célèbre de Paris à l'heure actuelle. Ils ont écrit des choses,

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on m'a répété leurs noms cinq fois depuis, il m'est impossible de m'en rappeler. Essayer de me faire passer pour un jeune con qui connaît rien parce que je connais pas le couple le plus célèbre de Paris, ce par des crétins qui perdent leur temps dans le fond d'un bar gai d'Ottawa, c'est le comble de la médiocrité. Peut-on vivre tant que cela aux dépens des autres? Se peut-il, se prendre pour si hautain? Le tabarnak, ça me fait penser à M. Sylvain Simard et Joël Cyr, tous deux souhaitent l'indépendance du Québec, pourtant ils se forcent pour parler un français qui est non seulement loin du québécois normal, mais en plus, ça sort artificiel, jamais constant. J'avais peur que l'on me reproche la perte de mon accent québécois, mais je me rends compte qu'il n'y a pas de danger de le perdre, il faut se forcer pour ça. Au moins, si ça paraissait bien. Les Franco-Ontariens parlent très bien le français, j'ai l'impression qu'ils n'ont pas d'accent trop prononcé, je parle comme eux je pense, jusqu'à un certain point. Il est vrai que l'accent de Montréal et surtout de La Tuque, est effrayant, là, il est vrai que l'on pourrait faire un effort, on a de la misère à comprendre se qu'ils disent. Encore que, c'est pas moi qui leur reprocherait ça. Et puis non, vive leur accent. Mais écoeurez-moi pas avec mon accent, reprochez-moi pas de le perdre, je souhaite juste de pas avoir l'air prétentieux ou hautain, et ce, inutilement, en faisant rire de moi en plus. Du reste, je n'ai aucune fierté nationale, j'ai pas l'impression d'être plus québécois que le premier ministre, et mon goût prononcé pour la France s'estompe de jour en jour, il s'éteindra lorsqu'y débarquerai. Bref, Benoit et sa copine se sont bien ri de moi, ça leur a fait plaisir, dans le fond je les prends en pitié. Benoit aussi a longtemps eu ses espérances de publier ses poèmes, il m'a dit s'être enfin sentis heureux et libre, le jour où il a accepté qu'il ne publierait pas et qu'il a arrêté d'écrire. Alors il jouis maintenant de son après-échec. Me faut-il y comprendre quelque chose? Me faut-il suivre cette voie? On verra, pas pour l'instant en tout cas. J'aimerais au moins écrire La Nouvelle Humanité avant ainsi qu'une autre pièce de théâtre. Après je pourrai dire que j'aurai tout tenter, j'arrêterai, et encore, il faudra voir en temps et lieu. De toute façon, Benoit était plus humble lors de ma deuxième rencontre Aux Quatre Jeudis à Hull. Il m'a présenté au Barman et la Serveuse comme étant un écrivain, qui allait réussir. Il le pensait sincèrement, je me rappelerai toujours de notre conversation dans son salon, il m'a dit que j'avais beaucoup de potentiel, que j'étais capable de réussir, il le disait nostalgiquement. Un autre au salon du livre de Jonquière, voilà quatre ans (on dirait que j'essaye de me remonter

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le morale, de toute façon c'est peine perdue) avait lu les seules trois premières lignes de la nouvelle Les Quatre Piliers: «On vient de loin pour observer et surtout écouter les piliers. C'est qu'alors la sagesse parle, et les conclusions se font. Vous dites grâce, et vous avez raison. C'est complexe la vie». Il avait dit: «Y'a du génie là-d'dans, y'va s'rendre beaucoup plus loin qu'nous autres». Le problème c'est qu'eux ont réussi à publier, moi pas. Je ne sais donc plus que croire. De toute façon il est quatre heure du matin et j'ai une entrevue pour entrer dans la vie active de la société demain, je vais peut-être devenir hôte pour accueillir les touristes pourris qui ne peuvent s'empêcher de jouir de la vie dans leur salon comme d'habitude, ils viennent s'enfermer dans les musées les pauvres.

25 mai 1994

Hier ma mère m'a appris que M. Shaw était mort. M. Shaw vient d'on sait pas trop où, il habite la maison sur le coin de la rue Lapointe et (X), il habite à côté de M. Desgagnés qui habite coin Bergeron et (X). Après la guerre, semblerait que M. Shaw soit resté ici avec sa femme. Sa femme est morte tôt, il est demeuré seul. Ne dépensant nullement (il n'avait pas d'automobile et croyez-moi, ça coûte plus cher qu'une maison) il avait stocké quelque chose comme une couple de cent mille dollars à la banque. Desgagnés, pas fou, s'est occupé de lui tant qu'il a pu, il va hériter. Tant mieux pour lui, de toute façon il le mérite. Plus que la soudaine famille de sept frères qu'on vient de découvrir et qui arrive par le prochain vol (!). Ce qui me chicote, c'est Martin Desgagnés, le fils du père. Qui n'a jamais rien foutu de sa peau, a abandonné l'école très tôt après avoir doublé toutes ses années, qui travaillais avec son père comme laitier jusqu'à ce qu'il parte sa propre ronde (à 17 ou 18 ans peut-être) et qu'il fasse autant d'argent que son père, en restant chez son père, qui s'est acheté une voiture de 25 000 ou 30 000$ l'an passé ou voilà deux ans. Bref, ce jeune vient d'hériter d'une maison, il pourra bientôt se marier avec sa charmante petite blonde qu'il sort depuis quelques années. Il a tout eu cuit dans le bec! Et moi? Et moi? Moi! Partis de chez mes parents voilà trois ans, a dû se débrouiller pour payer toutes mes études (mon père m'a aidé à vivre pendant un an), j'en ai pour 40 ans à rembourser mes études, ça débouche nulle part, je fourre le chien ben raide pour me trouver un travail à sept dollars l'heure et j'en suis

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incapable (semblerait que je suis trop incompétent), veux continuer à la maîtrise pour continuer à m'endetter pour rien, qui arrive pas à payer son loyer, ne pense surtout pas à une voiture (je vais mourir dans les autobus, sinon écrasé sous une, après avoir tant payé pour cela), partirais pour Paris crever de faim, travaille comme un déchaîné à écrire des hostibis de livres qui seront jamais publiés, etc. M. Shaw avait une couple de cent mille à la banque, il va tout donner à Desgagnés et sa famille? Pourquoi pas. Quand je pense que mille dollars me sauverais la vie en ce moment, le jeune Desgagnés qui n'a pas besoin d'argent puisqu'il a un travail stable, que ses parents peuvent l'aider et veulent (les miens se crissent bien de moi, surtout depuis qu'ils savent qu'en littérature, s'ils commencent à m'aider aujourd'hui, c'est pour la vie), qu'il a maintenant une maison, on va aller lui jeter une couple de cent mille par la tête? Je voudrais être jaloux mais je n'en suis plus capable. Avant ça me fâchait, maintenant je suis tellement loin de tout cela. Les injustices ne me touchent plus, à chacun son univers. Personne ne dira s'il s'agit ici d'injustice. J'aurais pu aller lui parler à M. Shaw, je lui parlais souvent quand je marchais pour aller à la Polyvalente, chaque jour, quatre fois par jours, je lui disais bonjour, m'arrêtant à l'occasion pour lui parler un peu plus, jamais pplus de dix minutes cependant. Et quand bien même je me serais assis à côté de lui, lui parlant des heures, comment me serais-je sentis lorsque j'aurais appris qu'il m'a mis dans son héritage? J'aurais été si mal, même si mes intentions n'auraient pas été d'hériter. Jamais d'ailleurs j'aurais pensé qu'en dehors de sa maison il avait accumulé au-delà de 500 000, 700 000$ peut-être? PPeut-être vaut-il mnieux pour Martin que les choses tournent ainsi. Le pauvre, pour avoir tant coulé à l'école, je suppose qu'il était dyslexique, ou souffrait d'une carence marquée de motivation. Comment aurait-il pu s'en sortir si tout ne lui était pas tombé du ciel? Moi je peux me débrouiller autrement, c'est vrai qu'en fait je n'ai nul besoin que l'on m'aide. Cela me faciliterait les choses certes, mais je vais m'en sortir de toute façon. Remarqué que jusqu'à maintenant je n'ai jamais vraiment été empêché dans aucune de mes décisions. Jusqu'à mon voyage à Paris l'an passé, jusqu'à mes peut-être études à Paris. Parfois je me trouve même chanceux d'avoir un IBM portatif hypothéqué (je dois encore 2 500$ dessus, je paye 300$ par année pour ce prêt, sans même le rembourser), encore plus d'avoir ma chambre à moi seul (dans plusieurs pays on ne peut pas en dire autant (j'ai pris l'habitude de me comparer avec eux^plutôt qu'avec mes voisins)) et d'avoir

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encore du temps pour écrire (bien que je m'organise en conséquence et Dieu sait comment je manque souvent de m'échouer pour cela). Martin Desgagnés, je te souhaite bonne vie! Maintenant je vais vite t'oublier. Je me demande ce qu'est devenu Stéphane Audet. Il est sûrement homosexuel lui aussi, avec ce qui s'est passé entre lui et moi (on a pas couché ensemble, mais on s'est masturbé quelquefois l'un à côté de l'autre). Il a sombré dans la drogue (encore un qui est de sa génération), il s'est fait prendre à voler, bref, ça me surprendrait pas qu'il soit en prison. Même chose pour Stéphane Villeneuve, je sais pas sur quelle drogue il était, mais ma mère le rencontrait à toute les réunions d'alcolo, il en est devenu schizophrène, voyait des monstres partout (ça me ressemble). Steeve Tremaine, s'il était pas sur la drogue alors que ses parents étaient reconnus pour être les drogués de la ville, ça me surprendrait. Annie Bouchard est si heureuse dans son mariage, tant mieux pour elle, ça durera peut-être pas. Je ne m'explique d'ailleurs pas pourquoi je me suis mis à pleurer comme un déchaîné au souper, j'ai été obligé de quitter tellement je pleurais à chaudes larmes. Ça m'était jamais arrivé. Phil m'a raconté que la même chose lui été arrivé lorsqu'il avait fait une fugue lorssqu'il habitait chez de la parenté en tchéchoslovaquie. Il était entré dans une église où on célébrait un mariage et il s'est mis à pleurer comme un bébé qu'il disait. Je me souviens que j'avais parlé avec l'amie de Raymonde Bouchard, Suzanne, qui m'avait raconté en long et en large son mari devenu impuissant, ces quatre belles-soeurs qui trompaient leur mari aller-retour, Raymonde et mon père, leur relation secrète d'avec ma mère, d'elle-même qui s'intéressait à mon père mais qui n'oserait jamais voler mon père à Raymonde, alors que mon père couche avec Raymonde juste pour lui faire plaisir, il m'avait raconté qu'il avait déjà couché avec une vieille, j'ai deviné qui c'était. D'un autre côté je voyais la belle Annie avec son jeune homme pur, quelle grâce, et quel calvaire s'en vient? Et moi, moi le perdu, l'homosexuel perdu dans le fond de Jonquière, convaincu que j'étais seul au monde à être gai, convaincu que j'allais mourir dans l'ascétisme involontaire le plus complet. Société pourrie qui s'offrait à mes yeux, en me crachant dessus, me croyant immoral. Je lui ai demandé à la Suzanne: et tu crois en Dieu? Elle m'a répondu la meilleure des réponses: il demeure mon maître, mais je vais profiter de la vie. Elle m'a dit aussi comment son curé en lequel elle avait tant confiance, qu'elle écoutait comme si c'était la voix de Dieu en direct, était lui aussi corrompu. Il couchait avec tout plein de femmes, il a un presbytère

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à lui tout seul, deux servantes à tout faire, une voiture de fou, un chalet (maison secondaire), et le reste, je pense qu'elle a pas trop voulu m'en parler. Sachant cela, il se permettait encore de lui faire un morale de l'enfer. Je me demande si elle m'a rendu service en m'ouvrant les yeux au point qu'il m'en sont sortis de la tête? Comment voulez-vous qu'un jeune puisse vouloir vivre en voyant cela? Pas parce que c'est immoral, tout est bien, il s'agit de conventions. Le problème c'est que c'est tout le contraire de ce que l'on nous enseigne. C'est genre, on vous offre une morale, des valeurs, et plus tu avances, plus tu te rends compte que ça te culpabilise au maximum, tu veux mourir, et tu te rends compte qu'il n'y en a pas un crisse qui s'en préoccupe de cette morale ou ces valeurs. Je devrais m'en inspirer pour la nouvelle humanité. En tout cas, ce soir là j'ai écrit la nouvelle LES TOURS DE L'ORAGE. Tout cela je l'ai déjà dit dans mon journal. C'est une preuve que ça m'a marqué. Je me demande comment ils ont encore la force de dénoncer l'homosexualité. C'est drôle de voir comment ceux qui sont loin du problème ou ceux qui ont pas voulu le confronter sont ceux qui l'acceptent pas. Quand ton fils ou ta fille est homosexuel(le), tu l'acceptes ben assez raide, et là tu t'insurges contre les vieilles qui pensent que le sida est un cadeau de Dieu. Le dicton populaire le dit, la vie elle-même est une maladie transmissible sexuellement (offerte par Dieu). Tant qu'à moi, ma réponse et mes sentiments sont dans la Révolution.

30 mai 1994

Aurais-je une attitude défaitiste? C'est-à-dire, prompt à l'abandon, se lamente inutilement plutôt que d'agir, coonstruire moi-même mon avenir au lieu d'attendre les grâces du ciel? Où dans mon oeuvre pourrait-on m'accuser de défaitisme? Voyons le dictionnaire, défaitisme: «Manque de confiance dans l'issue victorieuse d'une guerre; opinion de ceux qui préconisent l'abandon de la lutte, la cessation des hostilités (par ext. pessimisme)». Jean-Paul Sartre aurait dit: «Je ne suis pas défaitiste: je constate la défaite». La Révolution elle-même est significative, j'accomplis la la guerre, je vais jusqu'au bout, je reconstruis la nouvelle humanité (tâche qu'il me faut ironiquement faire cet été, à cet effet, je vais relire Rousseau, Machiavel, l'Idéologie Allemande (tu parles d'une reconstruction, mais il s'agit de Marx et Engel) et Locke. Je vais essayer de pas trop débloquer comme Artaud, si je déblo

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que trop, les lecteurs vont bloquer ben raide. S'il m'était possible de voir la réaction de la Révolution, impossible. Il m'est même impossible d'avoir une seule opinion, personne ne veut le lire. J'attends encore après Joël Cyr. Il n'a pas le temps. Si je suis défaitiste, c'est en apparence, pour dénoncer la défaite qui peut être compenser par des changements, des nouvelles choses. Laquelle défaite maintenant? Ah, voici la grande question, Je lis aujourd'hui dans le journal (La Presse) que le Canada est le numéro un mondial pour la qualité des conditions de vie de ses citoyens (espérance de vie, éducation, niveau de vie). Le pire pays sur les 173 recensés est la Guinée en Afrique, où l'on ne mange pas à sa faim. «Malgré tous nos progrès technologiques (je suis le premier à dire que les progrès technologiques ne change pratiquement rien à rien ou presque), nous vivons encore dans un monde où un cinquième de la population des pays en développement ne mange pas à sa faim, un quart de la planète n'a même pas accès à des besoins essentiels comme l'eau potable, et un tiers vit dans un état de pauvreté abject». Eh bien tant pis pour eux, une coquerelle se fout bien des autres, un corbeau va se satisfaire à en crever avant de penser aux autres ce qui est paradoxale lorsqu'on les voit défendre leurs bébés et les nourrir, et pourquoi les aiderait-on? Je vous ai fait peur. Ben non! J'étais fort surpris de voir sur le guide des rapports d'impôts (encore une estibi de crisse de cochonnerie issue de notre belle société) que l'aide aux pays en développement de chacun de nos dollars était seulement de 2% contre 7% pour la défense et 13% pour les opérations gouvernementales (bullshit, les exemples qu'ils donnent sont traitements, locaux, fournitures (?)) et le pire, les frais de la dette publique à 24% (et ils osent le dire là à tout le monde? J'en aurais honte à leur place!) Alors pendant qu'ils vont se targuer d'être le numéro un aux dépens des autres, les autres vont crever de faim, et en est complètement indifférent. Hors, je ne suis ppas différent des gens qui composent ma société, je m'en crisse donc aussi, et je change de sujet.

Les journaux me semblaient être la voie de l'information par excellence, la télévision ne nous donnant que le résumé du résumé et les magazines n'étant lus que par une minorité. Hors, je suis maintenant abonné au Citizen d'Ottawa et la Presse de Montréal, et j'ai tout simplement pas l'impression de vivre dans le même âys selon le journal que je lis. Je ne lis pas les mêmes choses, pas un seul article ne fera l'un et l'autre journal, bien que les deux villes ne soient qu'à deux heures de route en auto actuellement. Et lorsqu'un arti

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cle est si incontournable qu'il fera les deux journaux, eh bien là je m'insurge. Je ne prendrai que deux exemples. La récente visite de Lucien Bouchard à Paris ainsi que l'histoire de deux Franco-Onrtariens qui ont déposé une plainte à l'ONU en ce qui concerne la difficulté des francophones en Ontario d'avoir des écoles et surtout de gérer leurs propres affaires en matière scolaire. Dans le premier cas, on voyait bien le partis pris des jouranlistes, éditorialistes et même les articles de Presse jugés objectifs. Lucien Bouchard aurait atteint tous ses objectifs à Paris bien que rien de concret n'en est ressurgit. Tout se serait bien déroulé, on serait même surpris de la prise de position de certaines personnes tellement elles sont encouragentes. Hors, lors de sa visite avec Mittérand, on aurait prié (je ne sais pas trop, remarqué qu'en tant que lecteur je ne saurais probablement jamais ce qui s'est réellement produit) Bouchard de laisser la place au premier ministre (ou président, je ne sais pas) de la Slovaquie parce qu'on jugeait qu'il avait assez pris de temps pour répondre aux journalistes et que, finalement, il est moins important que l'autre, étant le député de l'opposition officielle, blablabla. Les journalistes québécois trouvaient ça normal, bien que je distinguais un petit embarras pour tout le monde. Dans le Citizen c'était l'enfer, il avait été ridiculisé au maximum, on lui avait montér la porte de la sortie tellement on se foutait de lui, pire on avait fait une caricature assez insulante. Bref, on reléguait encore une fois les Québécois au rang de cons, excusez-moi, j'ai beau tout faire pour pas prendre parti, j'ai eu envie de tout casser. Mais autant les journalistes anglais commencent à m'exaspérer (l'histoire des millions consacrés au bilinguisme qui sont parait-il gaspillés et dont comme par hasard on a retrouvé l'article dans les opinions des lecteurs à deux reprises à deux jours d'intervalles pour ensuite retrouver le jour d'après dans l'éditorial les mêmes propos que l'article en question: fuck, on essaies-tu de nous faire croire que tout le monde en parle alors qu'il n'y rien qu'un qui s'est exprimé sur la question et que l'éditorialiste en manque d'articles à pris d'assaut? Manipulation, maintenant tout le monde est convaincu que le programme du bilinguisme devrait être mis aux poubelles). Bref, autant les journalistes anglais commencent à m'exaspérer, autant les Français sont pires. En effet, un anglophone qui lirait la Presse (je ne parle pas du Devoir, parce que là, c'est vrai que la crise cardiaque serait proche) se scandaliserait à chaque trois pages de chaque parution. Je suis contre la loi 101, contre la volonté de se débarasser des anglophones au Québec ou de restreindre leurs droits d'une quel

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conque façon, contre l'hypocrisie générale (la non-hônneteté), la partisannerie, le patriotisme, mais, je suis pour la séparation du Québec. Je veux quand même sauver ce qui reste de l'avenir du Québec, le français entre autres, mais pas au détriment des autres. Le fédéralisme a trop bien atteint ses objectifs de génocide, il faut que ça finisse. Il faut que les politiciens puissent s'exprimer sans une stupide ligne de parti qui les oblige à se fermer la trappe. Ou alors je suis pour une nouvelle constitution, où en premier lieu le gouvernement fédéral n'aurait des pouvoirs qu'aux questions qui touchent toutes les provinces à la fois (économie, affaires extérieures, etc.) Tout le reste va aux provinces. Je veu aussi une privatisation de tout, que le gouvernement arrêtent de surrégir toute notre vie. C'est prouvé depuis longtemps, aucun gouvernement arrivera à être rentable dans n'importe quoi qu'il entreprendra. C'est surtout une place où personne ne prend la responsabilité de rien, où plus souvent qu'autrement on se graisse la patte, etc. Une nouvelle constitution, mais aussi un nouveau système de gouvernement. Ni celui des républiques des USA ni le nôtre actuel fonctionne bien. J'aimerais tellement étudier en profondeur tous les gouvernement de la planète ainsi que les ouvrages sur le sujet, diable, pourquoi me faut-il donc faire ma thèse vainement sur Artaud, si j'avais pu la faire sur la philosophie politique aussi. Mais on ne fait pas ce que l'on veut. Je vais faire ça à mon propre compte quand j'aurais le temps et l'argent pour ne faire que cela, si je jour arrive. Pour l'instant, pour ma nouvelle humanité, je m'inspirerai de mes lectures et tenterai d'inventer comme cela le nouveau système politique que je prévois, ou faire comme d'habitude, montrer le pire système politique possible en montrant les problèmes de certaines organisations. On verra, de toute façon je n'accorderai probablement pas une grande place à cela, n'étais rien de très expert sur la question et on sait ce que la critique fait des gens qui ne savent rien sur une question et qui osent se prononccer, à les entendre il faudrait absolument être un expert pour parler de quoi que ce soit. Quand on sait quue les experts sont ceux qui nous envoient à la faillite dans tous les domaines et que leur théorie s'arrange bien mal en pratique et que finalement, tous les experts se contredisent l'un l'autre, et radicalement. Que vaut leurs opinions opposées à celle de monsieur tout le monde dans ces conditions? L'avantage qu'ils ont c'est de savoir les erreurs des autres systèmes et de ne pas se fourvoyer en affirmant quelque chose. Parce qu'ici, si une personne affirme une chose à côté de la track, elle perd toute crédibilité. Un politicien qui

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dit une seule phrase qui passe de travers peut dire adieu à sa carrière politique (quand on sait en plus que l'on vote en fonction d'un parti politique et non en fonction de la personne de notre comté qui serait le plus susceptible d'aider ou de nous aider. Il ne devrait plus y avoir de partis politiques, et les postes de ministres ne devraient pas être décidés par les leaders, plutôt selon leurs compétances par un autre comité complètement impartial et hors du gouvernement. Il faudrait surtout réduire la machine gouvernementale. La réduire le plus possible ou la redéfinir. Peut-être faudrait-il se servir de la technologie (L'autoroute électronique) pour faciliter des genres de sondages-référendum sur une multitude de questions. Encore ici il y a un problème. La charte des droits et libertés doit être respectée parce qu'à l'heure actuelle le gouvernement de l'Ontario prend des décisions qui vont à l'encontre de la charte (surtout en ALberta, la bunch de conservateur seraient prêts à se débarrasser de nous autres, tout comme Mannings d'ailleurs)) À la limite, il faudrait remplacer le gouvernemement par un ordinateur, qu'on aurait bien pris soin de programmer en fonction de la charte des droits et libertés (c'est une blague, quoique bientôt on y songera, j'en suis certain, la logique de certains paramètres à suivre ou de chartes à respecter ne ferait surgir que quelques possibilités ou même une seule voie possible à certains projets de lois ou autre chose. Les gens voudraient que l'on puisse suivre tout cela sans se poser de questions, à cause de ceci et de cela... mais il y a d'autres facteurs qui entrent en ligne de compte. La population n'est pas prête à offrir aux couples homosexuels les mêmes droits qu'aux couples hétérosexuels (c'est faux, il s'agit plutôt d'un groupe qui sait crier fort et se faire entendre, parce que leurs principes religieux sont forts). Pourraient-ils accepter que les gais se marient? Est-ce à eux autres de décider? Leurs principes peuvent-ils empêcher d'autres qui n'ont pas les mêmes principes? Que ferait la logique là-dedans? Eh bien, la logique devrait premièrement accepter que les couples homosexuels existent. Ce qui est un fait en société. À partir de ce moment, l'ordinateur n'aurait pas le choix de dire que les droits des couples hétérosexuels devraient aussi prévaloir aux couples gais. De toute façon il ne s'agit là que de régulations et de protections pour les parties contractantes. Et si l'ordinateur ne reconnaissait pas les couples gais? La logique ne fonctionne plus à ce niveau. Comme si l'ordinateur pouvait juger s'il devait envoyer une bombe nucléaire quelque part, et si tous les pays avait son petit ordinateur et une bombe au bout, et comment programmer la machine, parce

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qu'ils s'agit bien du comment on la programme, quand doit-elle lâcher la bombe? L'humain n'est pas parfait, en groupe ils peuvent s'aider à se comprendre. Lorsqu'un seul doit prendre les décisions ça devient complexe. Mais les consensus étant rares... il faut plutôt passer au vote, aucune décision qui n'a pas une majorité de votes ne devrait être prise. Une majorité fume des drogues douces, devrait-on légaliser cela au plus sacrant? Jamais personne ne pourra se prononcer publiquement, c'est illégal! Un chef de police a attendu de ne plus être en poste pour exprimer ses opinions, et je suis certain qu'il héritera de beaucoup de problèmes pour ça. Déjà plusieurs personnes l'ont discrédité, fustigé. Encore cinq ans comme dit Joël Cyr et les jeunes auront enfin le pouvoir et changeront bien des choses. Faut-il y croire? La mentalité est certes différentes, surtout quand on sait que les jeunes ne sont plus très jeunes (35 ans en descendant), on les appelle jeune pour justement les différencier des vieux qui ont fait leur temps, et les promouvoir le cliché qu'étant jeune ils sont non-compétents, cliché répandu par les vieux croutons en décomposition (vous avez remarqué que moi aussi je me laisse aller dans les préjugés et les clichés?). Enfin, le deuxième article, les Franco-Ontariens, dans la Presse il y avait le gros article, avec tous les détails et la mise en parallèle d'Anglo-Québécois qui avaient pris le même chemin pour dénoncer la loi 101 en je ne sais pkus quelle année. Ici, rien à dire. Jusqu'à ce que je lise le même article une journée (ou deux?) plus tard dans le Citizen, ou l'objectivité avait complètement été enlevée. L'article orginal venant d'une maison de Presse avait été modifié (comme celui de la Presse l'a peut-être été d'ailleurs) et je ne lisais plus du tout la même chose. L'histoire des Franco-Ontariens a servi de prétexte pour reparler des Anglo-Québécois qui avaient été à l'ONU et par le fait même, dénoncer la loi 101 du Québec. On est passé de la dénonciation d'une injustice en Ontario pour dénoncer une injustice au Québec. On nous suggère même que l'action des Franco-Québécois à l'ONU est inutile puisque la loi 101 est toujours en place. Qu'on ne devrait donc pas leur accorder leurs écoles françaises ni la gestions de celles-ci. L'article parlait autant des Franco-Ontariens que des Anglo-Québécois, alors que ces derniers occupaient toute la fin de l'article, si bien qu'on oubliait l'objet réel de l'article. Conclusion: les journaux ne sont là que pour divertir et manipuler les opinions. D'un journal à l'autre on ne lit pas les mêmes chose, on dirige nos idées, on est tout sauf objectif, le choix des lettres ou opinions va selon les éditorialistes et les circonstances du moment. Pensons juste à mon

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article que j'avais écrit pour répondre au journaliste de La Rotonde de l'Université d'Ottawa. Mon article n'a jamais passé, je me suis rendu pour voir ce qui se passait, imaginez-vous donc que la personne en charge de faire passer mon article c'était lui, celui dont j'essayais de détruire ses arguments. Bien sûr mon article n'aurait jamais passé. Comme celui des autres, parce que personnes ne semblent s'être prononcé contre quelqu'un qui dit que la Arts à l'université c'est superflu? Allons donc, tout le monde en a eu les jambes coupées. Les articles qui semblent dénoncer les éditorialistes, sont les moins pires, ils sont là que pour nous montrer qu'il existe une démocratie, en fait, ils sont bien choisis et ne changent rien au fait qu'on ne peut pas dénoncer adéquatement les paroles de quelqu'un dans un même journal. Et le problème que les gens ne lisent rarement plusieurs journaux. J'avoue d'ailleurs que c'est un vrai calvaire de s'obliger à lire deux journaux. Je pense à me désabonner des deux à la fois. J'aime mieux vivre dans l'ignorance et respirer un peu.

La prière est inutile. Inutile, inutile, inutile. Ma mère m'a téléphoné chez Bruno while I was on the roof working for the François Family, and she told me she was paraying for me to find a summer job. Elle s'est vite rétractée pour me dire qu'elle faisait des blagues. Mais bien sûr que non! Mais prier, quessadone quand l'autre femme avec qui j'ai parlé l'autre jour, qui n'a jamais cessé de prier, a perdu son mari écrasé sous une voiture, son fils mort noyé à la pêche, sa soeur morte intoxiquée par une mauvaise prescription de médecin et son frère mort brûlé dans un incendie causé par de l'huile à patates frites? She missed the point. Qu'est-ce qui est le mieux pour le detin de l'humanité ou le destin d'un de ses individus? L'individu l'ignore certainement si effectivement Dieu est là pour le guider. Et ses prières ne changeront rien à l'affaire. La souffrance a pour seul but, apparemment, de nous acquérir certaines connaissances, la première, celle que la prière n'influence pas les événements. J'ai demandé à la vieille dame (d'où me vient ce respect tout à coup?) qu'est-ce qu'elle avait appris là-dedans. Elle ne semble pas en être consciente, elle demeurait incertaine. Elle remerciait Dieu de l'avoir épargnée, sans comprendre pourquoi. Elle m'a non seulement raconté tous les détails de la mort de toute sa famille, mais l'a aussi raconté avant mon arrivée à tout le monde présent au souper de thanksgiving de John, et l'ami de John (le petit fils de la femme) m'a dit qu'elle n'arrêtait pas d'en parler. J'y ai d'ailleurs promis de l'emmener

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avec moi à Paris si je devais y aller (!). Il me semble que les gens qui prient évitent les vraies questions. Évitent de voir certains avantages de moments plutôt affreux, ou du moins d'en voir les conséquences. Ils prient mais acceptent que les choses se sont passées comme elles auaraient dues, ce qui revient à dire que la prière est inutile. Et sinon, si elle influence quelque chose, par exemple en envoyant des ondes positives envers quelqu'un, alors la prière ne suffit peut-être pas. Les ondes positives... en admettant que la fatalité n'existe pas, puisqu'alors, les ondes sont inutiles. Et si tout est déterminé d'avance, qu'en tel contexte, tells choses arriveront nécessairement, la prière ne peut rien contre les déterminismes. Et exiger quelque chose de son Dieu me semble mesquin en rapport à ce qu'ils sont capables de faire pour lui et son message d'amour. Ceci dit, on peut se satisfaire à espérer que l'on ne mourra pas, espérer que Dieu existe, espérer qu'une vie meilleure nous attend, espérer que la fin du monde est toute proche, le désespoir tue.

En parlant de la famille, la petite cousine AndréAnne Girard est venue à Ottawa voilà deux semaines ou la semaine passée je crois. Elle savait que j'étais homosexuel. Un cousin très loin de moi, Sylvain Néron, le savait aussi lorsque je lui ai avoué au bar le Caméléon à Chicoutimi dans le temps de noël. Toute la famill autant chez les Girard que chez les Tremblay est au courant de mon orientation sexuelle. Le tout caché comme cela est pas possible. Taboo subject. On en parle dans mon dos, à mon insu, on ose même pas me dire qui a dit quoi à qui. J'ai fait la grosse nouvelle de la famille. Je n'entends jamais rien d'eux, je me demande souvent s'ils existent encore et voilà qu'ils m'ont tous jugés sans en savoir plus que je suis homosexuel. Ça résume tout! Voilà ce qu'il fait loin dans le fond d'Ottawa, il se cache de nous autres, il vit son homosexualité! Et eux? Ah! Ils sont hétérosexuels, ce qui explique leurs commérages! Tabou, tabou tabou, comment vais-je me sentir dans un party de noël, écoutez tous! Je suis gai, ouvertement! No way. Que ça reste tabou s'il le faut, ou qu'il vienne m'en parler individuellement. Je ne veux surtout pas que la petite crisse d'Andréanne Girard fasse au diner du jour de l'an chez la grand-mère, où elle a commencé à pointer moi et Bruno et à dire «Les deux tapettes l'autre bord de la table» et Marc-André qui a repris en disant: «Qu'est-ce que tu ferais si c'était vrai?» puis j'ai manqué le reste de la conversation, ce que je sais c'est qu'on a (qui?) dit à MAG (Marc-André) de crisser le camp chez Sonia. On

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pendait jusqu'à la venue d'Andréanne que c'était ma soeur qui avait fait l'hypocrite et avait elle-même dit «les tapettes», ensuite repris par Andréanne. Les grandes justifications de fous de ma soeur qui ont suivies nous a laissé à moi et à Bruno un goût amer, on a jamais vraiment compris ce qui s'est passé, et à dire franchement on s'en foutait pas mal. J'en reparler aujourd'hui parce que l'hypocrise de l'humain n'a pas de limite. Moi aussi je suis hypocrite, je l'avoue sans crainte, vous ne pourrez donc pas m'accuser d'accuser les autres sans m'accuser et ainsi me discréditer. Quand donc suis-je le plus hypocrite? Il me semble très difficile de ne pas être hypocrite dans la société où l'on vit. Si je garde pour moi mes mauvaises pensées, je suis hypocrites. Si je les dis à quelqu'un sans que la personne en question les entende, je suis hypocrite. Si je dis tout ce que je pense à tout le monde, je ne suis pas hypocrite, mais je n'aurai plus aucun ami, ni plus aucun crédit. Il me serait impossible d'avoir un travail ou de travailler avec qui que ce soit. Soyons hypocrite donc, à moins d'être pure, de changer toutes nos idées négatives en positives, alors il est plus facile de ne pas être hypocrite, et puis de toute façon, il est possible d'essayer d'être moins hypocrite, et c'est ce que je me propose et propose aux autres. Il est difficile de ne pas être hypocrite dans un monde d'hypocrisie, lorsque nos institutions elles-mêmes (jusqu'aux religions) sont basées sur l'hypocrisie. Je vais tout de même essayer de faire un effort.

Je suis végétarien. Comme s'il ne suffisait pas que je sois gai. Il me faut être différent jusqu'à la fin semble-t-il. Pourquoi suis-je végétarien me demande-t-on souvent (parce que cela, j'en ai moins honte que d'être gai et je l'avoue plus facilement). Je suis végétarien premièrement parce que plusieurs personnes dans ma famille, chez les Tremblay le sont. Je me suis alors posé la question à savoir pourquoi ils l'étaient. Bien sûr je ne me serais jamais posé la question tout seul. Manger de la viande m'a toujours semblé normal, j'en mangeais moi-même sans vraiment aimé cela plus qu'il faut. Même ma soeur voulait devenir végétarienne à un moment donné. Ça a duré trois mois. J'étais effectivement proche de Jean-Paul et Jacinthe, Mario et Édith, tous quatre végétariens. Puis j'ai arrêté de manger de la viande pendant un bon bout de temps, sans trop m'en rendre compte, et le jour où je m'étais fait une grosse assiette de viande à fondue chinoise, sans avoir de Ketchup ou sauce du diable pour l'accompagner, autrement dit sans les condiments ou épices, j'ai manqué mourir et là, ça

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m'écoeurait vraiment. Graduellement j'ai arrêté d'en manger, si bien qu'après six ans, je me demande comment on fait pour manger de la viande. Je dégeulerais là si on devait m'en faire manger. J'ai pris l'autre jour un hambirger végétarien dans un restaurant (Mayflower) à Ottawa, ça ressemblait tant à du poulet, qu'après deux petites bouchées j'en pouvais pu, je l'ai pas mangé. J'y suis retourné dernièrement, l'hamburger était différent, je pense que l'on m'a fait une blague la première fois, on m'a effectivement donné du poulet. Je trouve ça incroyable que l'on puisse faire une telle chose. On sait pas ce qu'on mange, on s'en fout. À l'heure actuelle, y'a tout plein de restaurants à Montréal qui sont condamné à des montants en dessous de deux mille dollars alors qu'ils sont infestés de coquerelles et sont malpropres et qui foutent rien pour changer la situation même après trois condamnations. Et c'est Montréal, imaginez ailleurs dans le monde. À l'université d'Ottawa, on sait pas trop ce qu'il y a dans les bouillis de la cafétéria. Plusieurs religieux ne peuvent pas manger du porc ou de la vache, ils posent la question, je demande au chef, j'ai l'impression qu'il ment. Je ne me gêne pas pour dire au client qu'on peut pas faire confiance au chef qui dit qu'il n'y a pas de porc là-dedans. Je sais très bien que les bouillis, c'est pour les restes. Bref, demandez dans n'impporte quel petit restaurant s'ils utilisent de la graisse végétal ou de boeuf, une fois sur deux vous n'aurez pas la vérité. On prend ce qui est plus cheap, la graisse de boeuf. Ils se trompent, ce qui est encore plus cheap c'est de la graisse d'humain. Combien de morts au Rwanda? 500 000 aux dernières nouvelles? Exportons la graisse humaine, elle fera très bien pour frire nos patates et le reste. Un tier de la planète mange pas à sa faim? Prenons la viande où il en a! Au Rwanda. J'ai honte de le dire, mais quand j'étais jeune, ça sentait le bon steak frit, j'en avais l'eau à la bouche, avant de me rendre compte que c'était le gros bonhomme en avant de moi qui suait à grosses gouttes. Quand j'y repense, c'est de la bonne viande ce monsieur là. Je le vois très bien avec de la sauce du diable et quelques épices. Avec le temps, j'ai développé une pitié envers les animaux. Ils ont des sentiments me semblent-ils, une certaine intelligence on dirait, moyens de communication, hiérarchie sociale, système de gouvernement presque. Il est difficile de s'acheter des souliers qui ne sont pas en cuir, mais je jure de faire un effort dans le futur. Il manque tout un crédo en ce qui concerne les produits faits à partir de choses autres qu'animales. Souliers, sacs-à-main, porte-feuille, bouffe, restaurants, etc. Je mange encore du poisson, seulement quand je n'ai pas le

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choix ou que la société qui m'entoure commence à se lamenter que je ne mange rien de ce qu'ils mangent. Mais je sais que bientôt je ne pourrai plus en manger. Et c'est vrai, j'ai de la misère à comprendre comment on peut manger de la viande. Je ne m'explique cepandnat pas pourquoi, j'en ai moi-même mangé pendant 16 ans, sans problèmes. Je ne peux pas accuser la société d'en manger non plus. Mais je sais qu'il est bénéfique de ne pas manger de l'animal, à plusieurs niveaux. Surtout au point de vue de l'environnement, et du corps humain. On a beaucoup identifié de sortes de cancer qui se développent en fonction de la viande (rouge en particulier). Mais cela ne m'empêcherait pas d'en manger. J'ai me le café et le beurre, il faut pas s'empêcher de vivre non plus. S'il m'était pénible d'être végétarien, je ne le serais pas. La religion ou les sectes comme les Rose-Croix n'ont rien à voir avec mon choix, même si c'est peut-être à cause de cela que mon oncles sont végétariens. Enfin, je trouve stupide que les gens qui aiment les animaux domestiques plus que les humains les nourrissent avec d'autres animaux. Ça aussi ça mérite d'être exploité pour faire de l'argent: du manger pour chat végétarien. Je vois déjà le ridicule de la chose, mais avec quelques millions à l'autre bout, je pourrais en aider des gens. C'est drôle à dire, mais si un jour j'ai de l'argent, je vais tout faire pour aider les autres. En commençant par aider les gens ici, pour finalement opérer un genre de transferts des fonds avec le tiers monde. Ce serait un très bon accomplissement, ça reste à voir.

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1er juin 1994

Voici donc la version finale de mon article, une fois traduit (voir les commentaires après).

Ottawa south, may 27 1994

Adam and Steve

I think we have touched upon a well hidden truth in our society. We might not want to admit it but Adam and Steve exist, and there are lots of them. Some lead open lives, but others hide their sexual orientation. Consequently they must build a second personality, an «exemplary» image that society wants of them.

But a society is not just white heterosexual descendants of England or France. It's a myriad of people, and a society should respond to all it's constituents.

Among the groups of people I have known, I could always recognize at least one or two individuals that were gay, and I talked to them. So I always had an idea that around 10% of the people in any group were gay. And that does not include the ones who I did not recognize to be gay. 1% of women admit they are beaten. This rises to 16% when the poll is anonymous (Nouvel Observateur, 3-9 April 1987, p.4). But anonymous polls don't always work. Recently the latest stats say that only 1% of the population is gay. How can we rely on statistics when many gay people would never admit who they are? It took me years to even admit it to myself. Most gay people lead a hidden life - so hidden that if they were a victim of bashing or discrimination, they would never go to the police or complain. They just walk away.

It's time to stop people from thinking and deciding for us, especially when we can't change who we are. [There is nothing worse than when people who really don't know us, tell us to change. Religious organizations usually say we are sick, we lead an aberrant life-style and we will go to hell. Most of them have never even been friends with someone they knew to be gay. They are the most ignorant about us and yet it is they who judge us.]1 We know,

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and we are the best ones to know about it. It has never been a choice for me. [I can never and will never change.] We just want to be able to breathe, to survive, and to tell people who we really are. [Have heterosexuals ever thought what it would be like if they had to hide all affection from public view? If they had to hold hands only behind closed doors? Well this is the life most of us live.]

We have to fight groups that want to judge us immoral and want us to disappear. Does a healthy society hide the truth? Adam and Steve have the right to live, and the Bible is probably the worst autority we can use to teach us anything about life. The Bible has often been used as a weapon to justify atrocities and hatred. The verses are often thrown at us like daggers. Sometimes, the knives are real. If you are a bit human, you will understand that the only morale law is to let people be happy as long as they're not hurting others. The time for conformity is over. We are not what you want us to be. Acceptation, tolerance: does this not remind you of anything?

[It's a good thing that the government is not going into your bedroom to tell you that if you're not going to conceive a child, you shouldn't have sex. In this case, if we can rely on statistics, you will be allowed to have sex 1.8 times in your life.]

I will have the courage to sign my letter (it's the only way to publish it), because someone has to do something. You know, it's dangerous to be homosexual here because it is such a taboo.

Let us be a part of the society! Let us contribute! Let us have a family! Let us live!

R.M. Tremblay

Ottawa south

C'est très bien. Mais on a perdu le fil de mes idées. On dirait un ramassis de cochonneries mises bout à bout. Bruno a laissé tomber bien des choses parce qu'il comprenait pas le sens de bien des choses. Il m'a cependant bien conseillé avec des choses qui étaient dites trop exagérémment, qui en aurait à coup sûr fait lever une couple de leur chaise. Le truc

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dans ce genre d'article c'est de les boucher, leur permettre aucune critique, car la moindre petite chose servira à anétantir l'ensemble des arguments. Of course, it's not the same with the Revolution, là c'est fait pour faire tomber les gens de leur chaise. J'ai longtemps douté de la portée de la Révolution, je n'en doute plus. Ça prend pas grand chose pour réveiler un peuple. J'en ai pour preuve Lucien Bouchard. Il n'a même pas dit qu'il croyait que les États-Unis pourrait vouloir s'approprier la Colombie Britannique ou/et l'Alberta, le Canada au complet s'est levé pour crier au meurtre! On a même plus besoin de parler! Imaginez. Le mythe va s'élever au-dessus du livre, on prendra même plus le temps de le lire. Ce qui m'arrangerait en fait. J'aime mieux le mythe que le livre même. D'ailleurs, le livre est facultatif, seul le mythe compte, avant, pendant et après l'écriture. Le seul danger est de ne pas être capable d'atteindre ses objectifs, c'est à dire, d'être déçu en rapport à ce qu'on cherchait à faire. Heureusement dans mon cas, je suis toujours surpris du résultat, comme si j'avais eu un coup de coeur supplémentaire à chaque fois. C'est-à-dire, le résultat final est toujours mieux que ce que j'avais d'abord imaginé. Comme si tous les éléments finissaient par s'agglomérer ensemble pour produire une oeuvre. Le seul problème c'est qu'il n'y a que moi pour l'apprécier et qu'il n'y aura peut-être que moi pour l'apprécier. Ça me fait`penser à Calvin et Hobbes, Calbvin qui disait qu'il était un misunderstood genius, why?, because nobody think he's a genius. J'ai très confiance en ce que je fais, c'est pas aujourd'hui que je vais m'appitoyer sur mon sort, surtout que je viens de me faire dire non pour un emploi au musée des technologies. Pas assez compétent pour cela non plus. J'attends des refus des universités pour la maîtrise, je commence à être habitué ces temps-ci à des refus. Un génie ne devient génie qu'un coup décrété comme tel par la critique. Avant cela, il n'est qu'un pauvre type qui se morfond dans son coin. De toute façon je ne suis pas un génie. Un grand penseur est déjà un titre qui sied bien pour ceux de la littérature (moi je me classe penseur tout court, pour l'instant). Einstein, Newton, Socrate, Platon, Descartes (même si ces trois derniers sont de grands penseurs, mais un peu plus), Léonard de Vinci, ça se sont des génies. Beckett, Kundéra, Ionesco, ça ne sont pas des génies. Il ne suffit pas de faire de la métaphysique pour être un génie, il faut faire une révolution, changer des choses, des courants, des systèmes, etc. Voltaire et Rousseau, j'aurais tendance à les classer génies, mais aujourd'hui ils ne vivent que par leurs oeuvres littéraires, pas le contenu. Bien qu'ils aient influencé la Révolution fran

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çaise, la limite est difficile à cerner. Enfin, Virgile me semble être une construction mythique. J'aurais bien de la misère à accepter un génie coonstruit de toute pièce dans le but de faire refleurir le tout sur l'empire romain du temps. À ce sujet, n'est-il pas ironique que l'empire romain ait encore beaucoup d'influence dans le monde du point de vue religieux? Cela prouve jusqu'à quel point ils avaient les bons arguements pour convaincre tous le monde qu'ils devaient avoir tous les pouvoirs, ils ont réussi à aliéner tout le monde tout ce temps là ou presque (n'oublions pas la Réforme de l'Église). Ils sont allés chercher directement dans l'âme des gens les peurs les plus grandes et les plus mystiques qu'on oserait jamais les défier. Cela fait de l'Église le gouvernement le plus totalitaire jamais conçu sur cette planète. Ce qui explique qu'elle s'est maintenu aussi longtemps et se maintiendra encore longtemps, parce que ses sujets sont aveulges en plus. La vieille religieuse ne comprend pas que tous les problèmes ou presque de cette planète proviennent des religions, souvent même on oublie la source d'autres problèmes et en les remontant, on découvre que cela part de la religion. La vieille ne comprend pas ou ne veut pas comprendre que des millions de personnes sont mortes pour sa calice de religion pourrie jusqu'à l'os. La corruption chez les papes, c'est pas nouveaux. J'ai même été surpris de voir combien me semblaient être laïque ou athé. À lire un peu leur histoire, on a du mal à comprendre certaines choses. J'ose croire qu'ils croyaient en Dieu? Ou bien ils ne sont que des manipulés de tous les temps, des fantoches. C'est possible, rappelons-nous de la pornocratie. Les paradoxes au niveau des papes, c'est très réel. Surtout lorsqu'il faut s'adapter aux changements du temps et que la légende basale qui sert d'autorité suprême ne prône qu'une stagnation complète. La bible, les écritures saintes, c'est pire que mon histoire d'ordinateur qui prend des décisions. La logique est circulaire. Elle ne va que dans un sens. Elle discrimine en plus, et il faudrait qu'on discrimine à notre tour jusqu'à la fin des temps. Dans ces conditions, la fin des temps va arriver un jour, c'est certain. Bref, ils l'ont leur ordinateur, et tout le monde sait jusqu'à la fin des temps leur position sur tout. Et tout le monde sait que pour respecter ce que disent les écritures saintes, il faudrait que beaucoup de sang soit versé encore. Et le con qui crache sur les homosexuels, qui croit en son Dieu, en sa religion, est un très bon exemple du totalitarisme de cette institution. On ne tolère rien ni personne, pas même une opposition. Il faut se débarrasser de ce qui n'est pas naturel. La frontière de ce qui est naturel peut-elle être

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dessinée à même ce qui caractérise la majorité? J'ai lu le Corydon d'André Gide, il semble que personne n'ait lu ce livre. J'ai lu Alexis de Margurite Yourcenar, ce livre était peut-être trop sibillin pour le peuple? Je suis certain que Colette a écrit des choses importantes sur le sujet, et même moi je ne l'ai pas lu. Les gens ne lisent pas ce qu'ils critiquent, ce qu'ils dénoncent. Ils discriminent sans jamais s'être renseigné, les arguments qu'ils utilisent ont déjà été anéantis par leurs plus grands auteurs, ils s'en foutent, le savent peut-être, on comprend pourquoi, pour atteindre leurs buts ils doivent oublier les réfutations, de toute façon le peuple est facile à manipuler, il est ignorant. Venez pas me dire qu'en 1994 le peuple n'est pas ignorant! Je suis ignorant et je viens de finir un diplôme universitaire de trois ans en philosophie et littérature!

J'aime les jouranlistes honnêtes, André Pratte, Pierre Foglia, Nathalie Petrowski, tous de la Presse. Ils sont très critiques, mais toujours balancés (ou presque). C'est-à-dire qu'ils ne seront jamais pour ou contre entièrement. Il y aura la part du bien et du mauvais. Une critique de mes livres qui diraient du négatif, je l'accepterais volontier, surtout si elle est justifiée, mais une critique totalement destructive, ça reste à voir dans la justification, et totalement dithyrambique, on entre dans l'hypocrisie ou le mensonge. Bien que j'accepte qu'il y en ait qui puisse être incapable d'apprécier une seule ligne de mon livre. Quand on est parti sur une mauvaise pente avec tous les préjugés possibles après les huit premières pages, il est impossible d'apprécier quoi que ce soit ensuite. Mais alors on est déjà plus objectif, on a bloqué ou sur le contenu ou sur le contenant. De toute façon, si un de mes livres vient qu'à être publié, il me faudra me faire une carapace, parce que justement, je suis excessif et la Révolution est pratiquement donné en pâture pour les critiques ou certains groupes sociaux. En lançant des clichés usés sur l'inceste, le viol, l'homosexualité, et en restant vague sur si je partage vraiment ces idées, je permets à ces groupes de crier au meurtre, de dénoncer un tel livre qui pourrait encourager certains comportements sociaux. Le plus grand la portée sera, le plus grand ils sentiront le besoin de se prononcer contre le livre et aura la chance de parler de leurs causes. Reste à voir si la bombe fonctionnera. Pour ce faire, faut trouver un éditeur, faut éliminer toute préface, faut même signer le livre avec deux lettres seulement: RM.

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2 juin 1994

Voilà, fallait s'y attendre, on m'a refusé en maîtrise de l'Université d'Ottawa. Alors comme tout le monde fait lorsqu'il subisse uun cuisant échec, je vais me justifier. Il le faut, l'humain qui ne se justifie pas, s'appitoie, se replie, se suicide. Moi j'ai passé par-dessus cela depuis longtemps. Après toutes les lettres de ces éditeurs qui me refusaient mes manuscrits, la lettre de M. Gallays m'a presque pas ébranlé. Je dis presque pas, mais ça m'a donné un méchant bon coup de pied. J'ai passé la journée au centre-ville à aller porter des CV dans les écoles de langues, puis je suis allé à l'admission pour m'assurer que les autres universités auraient mon bulletin et une attestation de mon diplôme d'étude. Je commence à regretter d'avoir choisi le génie électrique comme solution de rechange. Mais de toute façon mon orgueil me dicte qu'une autre session en philo pour réappliquer là où je suis à peu près certain que l'on me refusera encore, ça m'intéresse pas. C'est ailleurs ou c'est le génie pour quatre ans. Bien sûr que je suis cruche, pas plus qu'un autre. J'ai coulé une session de droit moi, et j'ai pas fait quatre ans de littérature, on m'a crédité un an de CEGEP sans me donner les 90% et 95% que j'avais alors. Ce qui fait que pour remonter une crisse de moyenne pondérée de trou de cul, c'est impossible. C'est mon style de réussir l'impossible, pas cette fois. Il fallait 6.7, j'ai 6.6. De un, notre bureaucratie est si grande qu'un point un tue, ou de deux, on respecte la bureaucratie quand ça fait notre affaire. Des petites crisses de niaiseuses et des petits christ de niaiseux, le département en a accepté beaucoup en bas du 6.7. S'agissait de prendre un ou deux cours en même temps que la maîtrise pour avoir la moyenne. Sans compter que tout le monde veut aller à Montréal, à Ottawa, on les cherche ceux qui veulent faire la maîtrise, il en manque. Moi c'est pas pareil, je paye pour mon insolence. Est-ce que je vais comprendre? Est-ce que je vais enfin revenir sur la terre? Prendre mon coin sans dire un mot? Non. C'est de famille, c'est héréditaire, j'ai toujours parlé comme une caduque, c'est même positif pour lorsque j'écris, du reste, on ne change pas sa nature. Je les aurai poussé à bout, le ton de la première lettre de Gallays aurait dû me convaincre dès le départ qu'il n'existait pas d'objectivité dans mon cas. Je croyais être intelligent en me procurant une lettre de référence de chacun des pires ennemis du département, quel erreur.

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Pierre-Louis la tapette avait déjà une idée défavorable envers moi. J'ai manqué plus de la moitié de ses cours, à deux reprises. Alors lorsqu'il est arrivé sur la table du comité, et qu'il a vu la lettre de Lafon, le mal de ventre lui a pris. Surtout avec sa mesquinerie lors de la réunion du département. Moi et Dominique on était contre lui. Je croyais qu'entre adulte on pouvait rire de cela. Je lui ai quand même demandé une lettre de référence. De toute façon, je lui avait demandé de m'en écrire une six mois avant, comment aurait-il réagit en voyant que finalement je l'avais pas choisi? Entre adultes... j'oublie justement que moi je peux rire de ces niaiseries parce que je me considère encore comme jeune et que l'Université, c'est pas ma vie. Eux, les adultes, la vie est sérieuse. C'est leur vie qu'ils jouent, leur crédibilité. C'est juste de valeur que cela fasse que je ne serai pas accepté. Le troisième sur le comité, c'est Robert Yergeau. Ô ironie! On pourrait l'appeler: celui-qui-a-refusé-un-à-un-tous-les-ma nuscrits-de-RM-et-qui-s'est-permis-à-chaque-fois-de-lui-cracher-dessus-et-d'essayer-de-le-con vaincre-que-ce-qu'il-écrivait-c'était-de-la-bullshit! C'est drôle que j'aie exactement la même opinion de la bullshit de poésie qu'il écrit! Bref, j'aimerais mieux croire que rien de tout cela n'existe pas. Que justement je ne fais que m'en inventer pour me rassurer que je ne suis pas si cruche et que dans le fond, il ne me reste qu'à me trouver un travail dans une cabane à patates frites (mais ça aussi je suis trop cruche pour ça, en fait, je ne sers à rien, ce qui extraordinaire quand on sait tout ce qu'il y a à faire dans cette ménagerie qu'est notre société!) Mais ça fait deux coups bas que je reçois de ce département, et ça me fait chier (le premier c'est l'histoire de Daniel Poliquin, le deuxième c'est la lettre de référence de Lafon qui comme par hasard ne s'était jamais rendu au bureau de Gallays; je ne suis pas assez con pour croire que c'est une erreur!) Le pire c'est que je vais être refusé à l'Université du Québec à Montréal aussi. Aussi parce que ma moyenne est pas assez forte, mais parce qu'il y en a trop au-dessus de moi avec des moyennes plus fortes. On utilisera pas le prétexte d'un demi point. Enfin, ça m'inquiète pour Paris parce que peut-être que ma moyenne ne suffit pas. Surtout que si elle suffit, elle ne suffit peut-être pas pour le doctorat; et une maîtrise, surtout en France, ça vaut pas grand chose. Aussi bien aller en Génie, eux au moins ils me refuseront pas (jamais j'créérai, ils m'ont accepté l'an passé avec une moyenne pondérée en bas de 6.0 (5.9). Dans le fond, c'est le temps d'être fataliste. Les événements s'arrangent pour m'obliger à aller à Paris ou pour m'obliger à demeurer avec Bruno et d'entrer comme lui

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en Génie. La seule chose qu'il me faut éviter de faire, c'est de me demander pourquoi, parce qu'alors là, je me perds. En fait, c'est toujours après que l'on peut se poser la question, parce qu'enfin on sait ce qui est arrivé qui n'aurait pas arrivé si...

Le père a réaffirmé son désir de voir son fils un ingénieur. Il ne le dit pas fort cependant, et il n'encourage pas son fils sur cette voie, parce qu'il le respecte et surtout, il a peur d'influencer des décisions qui pourraient mal tourner, comme celle d'aller en droit. Bref, on m'a forcé à aller en droit. Si j'avais été directement en littérature, il n'y aurait eu aucun problème pour aller en maîtrise. De toute façon, il me suffirait de suivre deux cours de français à la session d'été et de demander une reconsidération de dossier. Je l'aurais mon 6.7 de moyenne pondérée. Mais quelque chose me dit que je ne serais pas accepté quand même. On se trouverait vite d'autres arguments et ils sont simples à cerner. Le 6.7 est un minimum pour que l'on considère un candidat. Le 6.7 ne fait pas automatiquement entrer un candidat en maîtrise, surtout pas un candidat qui manque la moitié de ses cours et qui remet ses travaux en retard. Même s'il a été se dénicher à deux reprises des papiers de médecins on ne sait trop comment! Cet étudiant ne prend pas ses études au sérieux, pire, il se fout de nous puisqu'il a eu son diplôme! Je l'avoue, c'est vrai. Mes études, je ne les ai jamais prises au sérieux. L'écriture à toujours été plus important. Et cela a longtemps fait paniquer mes parents. N'oublions pas que mon premier examen de physique que j'ai coulé (j'ai quand même eu 70% de moyenne à la fin) c'est la nuit où j'avais rien étudié et que j'ai commencé à écrire La Chanson de Roland Michel (à ce sujet il me faudrait vite brûler ce livre avant qu'il ne tombe entre de mauvaises mains, qui donc possède une copie de ce citron?)

Parlant de La Chanson de Roland Michel, j'ai vu depuis Vers et Verts les Champs que ce livre était mauvais. J'avais alors peur de découvrir avec le troisième livre que le deuxième aussi devrait prendre la poubelle. Heureusement non. Je ne suis plus capable de relire La Chanson, je ne me fatiguerai jamais de lire Les Champs Verts. Mes deux pièces de théâtre sont des choses que je ne suis pas capable de relire indéfiniment. C'est embêtant. Il me faudrait pouvoir faire une pièce que j'aimerais relire sans cesse, comme La Révolution, Les

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Quatre Piliers, Les Lettres.

Let's talk about big issues. The homosexuality of the Ontarians. Selon eux, il existe entre 1% et 4% de gays, ils semblent même s'entendre là-dessus. L'Église est arrivée en vrac là-dedans, elle qu'on croyait morte depuis des lustres. On dirait d'ailleurs une campagne d'image. Elle va aller se chercher une nouvelle génération de fidèles obnubilés sur le dos de ses enfants pauvres. Elle vient de ressusciter! Le revigorement tant souhaité! C'est merveilleux, l'édition du Citizen du 2 juin 1994 est mémorable, on a jamais autant parlé d'homosexualité dans les journaux. Le bill peut mourir, pour ce qu'il apporte de toute façon, ça ne change pas grand chose. L'important c'est qu'on en a parlé, et qu'onn reparlera lorsqu'un prochain gouvernement voudra repasser une loi similaire. On verra d'ailleurs qu'au Québec ça traînera pas. Le projet de loi va passer plus facilement, le Québec est plus tolérant. Peut-être parce que comme dit Joël Cyr, y'a plus de gay à Montréal qu'ailleurs? Non. C'est parce que ça fait plus longtemps que la société est tolérante, André Montmorency le disait le mois passé. Ainsi, la communauté s'est développée avec le temps. Il est pas surprenant que l'Ontario ait plus de problèmes. Les Anglais sont se qu'il existe de plus conservateur dans le monde (pas les Anglais d'Angleterre cependant). Un Anglais ici ça se couche à neuf heure du soir. Les enfants des Anglais se couchent à 10h30. Les restaurants ferment à 10h (sauf dans le marché, pour accomoder les touristes je suppose). Les bars ferment à 1h. Laissez-moi vous dire que ça ferme vite, 1h, c'est pas loin. Et le pire c'est que la mentalité est comme au Québec, on sort à 11h du soir dans les bars, alors ça fait seulement deus heures de boucane eet de bière, de danse et de calvaire. C'est que les anglais vont à Québec après. Mais je me demande ce que font ceux du reste de l'Ontario? Ils font probablement comme en Alberta (une autre société d'extrême droite), ils sortent à 8h du soir, alors à une heure, ils sont crevés morts. Pas comme en France, Élizabeth et Fabien nous disaient qu'ils sortaient toute la nuit, sortaient déjeuner à 6h du matin, retournaient dans le bar jusqu'à midi! Quesessa? Là, c'est trop libéral pour moi. C'est de valeur que je vais devoir quitter les Ontariens bientôt. Pour Paris justement! (Je ne sais pas hein?) Quitter un milieu si anglophone, moi qui s'y était enfin incrusté? Qui lisait The Citizen, qui pleurait au rythme des Anglo-Canadiens, qui a même pris part à leur débat sur l'homosexualité, même si j'ai l'im

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pression que mon article ne passera pas dans le journal. Encore un échec, je vais me mettre à croire que c'est vrai qu'il n'existe aucun moyen pour moi de me faire entendre. Se peut-il que je sois si à côté de la track que cela? Peut-être ai-je pogné la maladie de l'intellectuel, à trop réfléchir, on pense pas comme la masse, on ne peut se faire comprendre que d'une minorité qui pourrit dans les Universités? Non, je viens d'être refusé, ce qui signifie qu'au contraire je ne suis pas assez intellectuel. Je suis même crétin. Et comme mes préjugés me disent que le reste de la masse est elle aussi une gang de crétins et crétines, je crois qu'on devrait bien s'entendre! Mais non, je ne suis pas capable de publier ni dans la Rotonde ni dans le Citizen! Enfin, le Citizen on verra, c'est quand même juste dimanche que je l'ai posté, et comme ils réécrivent les articles en entier for the style, I'm curious to see how finally my article will look like afterone translation and one rewrite for the style and accommodation. Please! Publish it just to show me how we can difform an opinion in this society and still say that the author is the ones que ses idées was pourtant completely differents.

5 juin 1994

Mon article n'a toujours pas passé après une semaine. Disons qu'ils l'ont depuis le 31 mai, ils peuvent prendre encore une semaine et demie. Il sera trop tard peut-être, le gouvernement de l'Ontario risque de passer au vote et la loi ne passera pas. Je m'en fous, d'autres plus au courant ont réagi plus vite et mieux. C'est que moi je dénonçais l'utilisation d'Adam et Steve, pas la morale des gens qui, sous le joug d'une religion dont l'ont ne finit pas de compter les morts qu'elle a causées, prône la discrimination et l'intolérance à un niveau qui me surprend. Cela me surprend parce que le projet de loi qui serait adopté n'est que l'extension au privé, de lois déjà passées pour le secteur public. Sauf l'affaire de l'adoption je suppose (je ne connais rien ni au premier projet de loi ni au deuxième, les autres dénonciateurs non plus, et surtout pas les religieux, eux ils mentent comme ils respirent) j'entends des versions contradictoires à droite et à gauche. La ministre dit qu'individuellement, les gens peuvent adopter un enfant. La loi ferait qu'en couple homosexuel, on pourrait adopter un enfant. Ce qui revient à dire que sur le papier d'adoption, on ajouterait un nom et l'enfant aurait bel et bien deux tuteurs. Voici alors un curé ou quelque chose du genre qui se lève

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pour dire que la loi ne devrait pas passer parce que les homosexuels sont dérangeants pour les enfants, c'est irrévocable, ils seront foutus. C'est drôle comment c'est tout le contraire, une telle loi protège l'enfant, une telle loi n'empêche pas un homosexuel vivant en couple d'adopter un enfant, et des dénonciations du genre traumatise justement l'enfant homosexuel, ou l'enfant dont le parent est homosexuel. Ah, la religion, toujours numéro un pour provoquer la confusion dans le cerveau de ses enfants, ils réussissent très bien leur beau projet de société se tordant dans le conformisme puisque je lisais dans le journal aujourd'hui que 40% des enfants qui se suicident au Québec, le font parce qu'ils ne peuvent accepter leur homosexualité. D'autre chiffres sont sortis, paraîtrait que le tiers du monde du clergé sont homosexuels (!) et la moitié seraient non célibataires (!!), faut-il ajouter la liste des pédophiles au sein de l'Église? (!!!) Une telle prise de position ne conduit nulle part ailleurs. L'homme (je parle de l'homme puisque c'est surtout lui qui par la force arrive à violer quelqu'un (je suppose, j'entends rarement parler d'une femme qui aurait violé quelqu'un(?)), l'homme qui se retient toute sa vie, ne peut pas se marier, ne peut avoir de sexe, en plus qu'il ne dépenserait pas son énergie autrement, peut certainement devenir dangereux. Interdire les films pornographiques (comme un Monteigneur vient justement de démissionner parce qu'il en visionnait en plus de fumer de la drogue) est la voie vers le viol. Celui qui n'a pas de sexe et qui peut même pas s'assouvir devant sa TV avec des films de Q, je le vois très bien sauter dans la rue pour en violer une éventuellement. Parlons d'autre chose.

John Hare a écrit un article dans le Citizen (2 juin) à propos de la pièce de Joël Beddows, Provincetown Playhouse, 1919, j'avais dix-neuf ans. J'ai lu l'article. C'est très bien, je suis heurex pour Joël, content mais déçu. Qui a écrit l'article? Un prof du département. Connaissait-il la pièce? Tellement bien qu'il aurait pu ne pas assister à la pièce pour écrire l'article. Aurait0il écrit l'article si Joël s'était décidé à monter Mort Accidentelle d'un Anarchiste de Dario Fo? Mise en scène que je juge impressionnante, et sévèrement critiquée par le département qui, bien évidemment, enseigne un théâtre tout à fait contraire à cette pièce jugée de boulevard. Juge-t-on le talent ou la pièce montée? Parle-t-on d'une pièce parce que cela fait 10 ans qu'on l'enseigne et qu'on l'adore, ou parle-t-on vraiment de relève? Pire, dans l'article de La Rotonde, tout le propos de la pièce était absent. Aurait-on fait fuir les gens en

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cachant que le propos est homosexuel? Mystère...

Mon père m'a dit de pas avoir peur de sortir de l'Université, c'est-à-dire, d'accepter le travail que l'on m'offrait dans le nord de l'Ontario, il pensait que c'était stable comme travail, or, je ne peux le faire plus de deux ans, du reste, j'ai déjà dit non à la femme. Cela me fait réfléchir. Pourquoi vouloir tant soit allé en maîtrise ou en génie? Pourquoi le génie? Suis-je tant lavé du cerveau qu'il me faille absolument réussir dans la vie? Sortir de l'Université maintenant fera que je suis certain de crever de faim pour le reste de mes jours, compter mes fins de mois, ne pas avoir de maison isolée ou d'automobiles. Suis-je donc matérialiste? Il est temps de me citer: «On peut faire partie d'un système et le critiquer, et cela ne remet pas en question le système en tant que quel, mais plutôt l'avénement de certains changements», le plus souvent dans les mentalités qui nous détruisent, si, justement, on ne réussit pas. Ceci dit, je n'ai jamais dit que je ne voulais pas réussir, ni cherchait à ne pas réussir. Je ne veux pas crever de faim et tant mieux si je deviens riche un jour. Je voudrais juste pas que les gens se suicident si ils n'ont pas la chance d'en arriver là, et ça, ça demande un changement dans les mentalités. Je m'attaque à la Réussite dans la Révolution, inconsciemment j'imagine que j'ai beaucoup souffert de croire que je ne réussirais rien. Mais si j'ai la chance de réussir, je ne dis pas non. Les gens hypocrites se cherchent de bons arguments pour protéger leurs acquis. Aussitôt que quelqu'un critique la vie en société, il devrait aussitôt abandonner cette vie en société. Quelle genre de société aurions-nous si tout le monde pensait ainsi? De toute façon, je ne réussirai jamais, je ne serai jamais en mesure de détruire tout le monde à mon avantage, couper dans les besoins essentiels plutôt que dans la bureaucratie (maintenir la bureaucratie en place est le secret de la réussite). Je commence la Réussite en disant se croire tout permis, quelle joie de dire que ce qui est nécessaire. Encore là, c'est bien ici, dans mon journal que je suis libre. Je peux exagérer à outrance, je peut être excessif, même raciste si je veux. Je serais le premier à crier à l'hypocrisie si on me reprochait ce que je vais dire: il m'est difficile en ce moment de voir un somalien dans la rue. Je ne suis pas de nature raciste habituellement, je suis ouvert à l'immigration et non pas à cause de l'opinion de la masse ou la peur du jugement de la masse. Je reconnais les somaliens parce qu'on les a vus au CNN. Traînant des Américains morts (peut-

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être même et sûrement des Canadiens) avec des bâtons, ce, à travers les villes. Tout le peuple était alentour de ces morts, le regardant sans en être écoeuré, riant, c'en fut trop pour moi, j'ai crié au peuple barbare et primitif! Maintenant que j'y repense, je comprends que mon racisme est injustifié, même, que les Somaliens d'ici ont condamnés ces pratiques. Mais le peuple canadien et sûrement américain, les images sont demeurées gravées dans leur mémoire. Tellement que le lendemain on criait pour qu'on crisse le camp. Les Somaliens avaient tellement vus juste! Rien n'était mieux que d'atteindre l'Ego américain. L'honneur de tout un peuple est défait par la seule image d'un Américain nu en décomposition que l'on traîne dans un village. On a crié au scandale, le retrait des troupes a suivi. Comme si des millions d'Américains, soudainement, s'étaient identifiés à l'autre. Si l'humanité au complet pouvait ainsi s'identifier à n'importe lequel humain, l'humanité serait sauvée. Comme si des millions d'Américains étaient morts de la même façon. Bien sûr que non, mais combien de Somaliens sont morts à cause des Américains et des Canadiens? Ça, étrangement, on l'a pas vu aux nouvelles de CNN. Quel était donc le but de ces retransmissions? Le vrai but? (On me dirait bien de la gauche de ce temps-ci... j'aimerais bien moi aussi devenir un deuxième André Gide).

La société du Big Brother est pour bientôt, elle est même probablement déjà en place, on l'ignore tout simplement. Ceux qui veulent en parler en meurt. Les gens se taisent, pour ne pas en mourir. La Russie est prise par le crime organisé qui a mis la main sur les secrets du KGB. Le crime organisé est maître de la Grèce, de l'Italie, de partout! Combien d'Italiens réputés pour être mêlés dans la mafia se sont fait tuer à Montréal dernièrement? Trois de ma seule connaissance, depuis que je me suis abonné à la Presse. On nous parle là-dedans de plein de monde qui se sont fait tuer. Un gouvernement instable comme on le vit présentement, un faux pas, et tout ce petit monde se retrouve à la tête du pays. Ils y sont peut-être déjà, de toute façon, avec tous les pots-de-vin qu'ils peuvent offrirent, ils ont certainement déjà un bon contrôle de la situation. Imaginez, une couple de personnes sont mortes à Cornwall, parce qu'ils s'étaient mêlés du traffic de cigarettes. Le Maire de la petite ville a dû se cacher, on cherchait à l'abattre parce qu'il avait osé s'attaquer aux méchants. On achète les gens, ils se taisent parce qu'ils ont peur, on leur fait peur tout court sans les acheter et ils se

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taisent parce qu'ils ont peur, on leur donne tout ce qu'ils veulent parce qu'on a peur, comment régler ce problème? Il faudrait voir ce que fait l'Italie. On constate que la mafia est tellement partout que je me demande comment il se pourrait qu'elle ne soit pas aussi au Vatican. Quand on sait quelle grandeur de pouvoir cela représente... (justement Gide en parlait dans Les Caves du Vatican, de la possibilité que le pape ne soit qu'un fantoche à la merci d'une autre organisation).

6 juin 1994

Me voilà dépressif aujourd'hui. J'essaie d'identifier pourquoi, j'en suis incapable. Insécurité je suppose. Ne pas savoir ce qui va se passer dans ma vie dans trois mois. Je pourrais aussi bien être à Paris qu'à Ottawa. Je viens de parler à ma mère, elle ne semble pas avoir réagit lorsque j'y ai dit que je n'avais pas été accepté en maîtrise à l'U. d'Ottawa, par contre, elle s'est mise à capoter lorsque j'y ai dit que j'irais en génie probablement: «Eh maudit, on te l'a toujours dit que tu perdais ton temps en littérature, ça va rient te donner, tu vas payer tes dettes toute ta vie!». J'ai encore dû lui dire que j'avais été en littérature pour une seule raison, apprendre à écrire, connaître ce que les autres avaient fait avant moi. Pour eux, on fait pas un bac par plaisir, on le fait pour l'avenir. C'est vrai. Maintenant que je me suis bien amusé en littérature, avec mes 13 000$ de dettes, je vais passer aux choses sérieuses. Peut-être que j'aurai réappliqué en droit si j'avais su que mes chances d'entrer en maîtrise étaient si peu certaines. Mais je ne regretterais pas le génie au droit. L'avenir du droit est plutôt maussade et quatre années en droit civil ne m'assurent de rien. Tout en me limitant au Québec. Je vais suivre les voies de Boris Vian. Cela aura peut-être un impact sur mon écriture. C'est drôle comment j'ai vite accepté l'idée d'entrer en génie. Comme si cela allait de soi après le refus de la maîtrise de l'U. d'O. Mais il reste Paris! Et là, je ne perdrais pas mon temps, j'irais. Il me faudra être fataliste si on me refuse aussi. Le destin s'arrange pour m'orienter vers le génie avec Bruno.

Je dervais relire ce journal, j'ai l'impression de me répéter plusieurs fois, de réécrire des choses déjà écrites une semaine ou deux plus tôt. J'oublie ce que j'écris. Et cela montre

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comment mes pensées demeurent à peu près les mêmes d'une semaine à l'autre. Bien, on pourra comparer et voir ce que j'ai ajouté ou retranché de telle ou telle histoire.

8 juin 1994

Ce journal me fait me rendre compte que le temps passe et que rien ne se passe. Je ne sais pas ce que je veux on dirait. Pour une fois j'aurais le temps de faire ce que je veux, je me sens coupable de tout, d'exister, de ne rien faire, pire, je n'ai aucune motivation. S'il est est vrai que l'évolution des spirales à l'intérieur des spirales qui vont toujours en avant, et que chaque journée est différente de celle d'avant parce que déjà on est un peu plus loin sur notre déviance dans l'espace et sur la ligne de l'expérience, il me semble que l'évolution est plutôt lente. Y aurait-il un quelconque moyen de la faire aller plus vite?

Moi qui capotais à l'idée de voir ce qu'il y avait à la poste avant, depuis quatre ans j'ai fini ppar comprendre que la poste n'aporte que des mauvaises nouvelles, ou que c'est moi qui les juge mauvaises, en bon fataliste je ne devrais pas questionner ce qui est mauvais ou non. Disons du moins que les nouvelles sont pas là pour me faire avancer d'un pallier sur l'évolution de mon existence.

Je lis LE MONDE D'ANTONIN ARTAUD de Kenneth White, c'est intéressant, cela me donne des idées pour La Nouvelle Humanité. Ce ne sera plus un livre, mais la quatrième partie de la Révolution. J'oublie l'idée de placer LA VOIX DE LA VÉRITÉ avec La Révolution. Ça va juste fucker les comités de lectures qui faut pas trop fucker au risque d'être incompris et rejeté sans être lu. Moi il ne me faudrait pas être sur un comité de lecture, je serais incapable d'accepter aucun livre, il me faudrait de la métaphysique avancée (pas celle de Ionesco, de Tardieu ou de Beckett) pour que je dise oui. Et j'ai repassé au travers le livre des éditeurs parisiens de 1993, pour voir à qui je pourrai envoyer La Révolution. J'ai dénombré au dessus de 70 maisons d'Éditions. Il me faudra refaire deux et trois classages. Et j'ai eu le temps de croire à regarder ce qu'ils publiaient que je n'ai aucune chance de me faire publier. J'en suis convaincu. Je persiste à croire que ma vie n'est pas un échec mais il faudra bientôt

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me rendre à l'évidence. Échec social, échec scolaire, échec littéraire, échec amoureux, je suis digne de René le Bon Gars. La fin de cette histoire est prévisible, elle se termine à la rivière. Je m'accroche à une couple de branches au passage, le génie, quel calvaire, et cela ne donnera rien. Je descends la pente sans même l'avoir montée, je n'ai jamais atteint ces édifices, et plus j'en approche ou j'essaye d'y entrer, plus j'ai envie de vomir, de leur cracher dessus. Et la vie pourrait être si différente. Je pourrais voir les choses d'un point de vue totalement différent. Je pourrais voir mon espoir revivre comme cela. Le pessimisme, ça se commande. L'optimisme, j'en ai encore, je ne me suicide pas. Et si je n'avais pas tenté de démystifier cette Réussite à l'intérieur de mes écrits, croyez-vous que je ne me serais pas suicidé? Il me semblerait futile de me suicider aujourd'hui, parce que ma vie n'est qu'un échec constant. Comme disait Nathalie Petit, les gens sont incapables d'apprécier une marche dans les bois, et comme dirait Artaud, les gens sont pressés et marchent dans toutes les directions, on croirait qu'ils sont prêts à construire un nouvel univers, mais non!: «Je suis foutu, com-plè-te-ment fou-tu... Regardez-moi ces gens. Qu'est-ce que c'est que ça? À quoi sert-il qu'il y ait tant d'hommes sur la terre? Vous les voyez se démener, se précipiter. On croirait qu'ils vont faire quelque chose d'intéressant. Mais pensez-vous. Ils ne pensent qu'à gagner de l'argent, à bouffer, à baiser, c'est tout. À quoi sert-il, leur vie?» Avec un tel rejet des valeurs sociétaires, on comprend qu'à vouloir se démarquer de la masse on l'ait enfermer. Était-il homosexuel? Après toutes mes lectures à son sujet, ça me donne l'impression que l'homme n'avait pas de sexualité. Ou poussé à la limite de l'idiome, il aurait utilisé toute son énergie sexuelle à tenter de sortir de son moi intérieur et de son soi. J'ai été fort surpris de constater après avoir lu sur son compte comment il était proche de mes idées de La Révolution. C'est à croire qu'il a emprunté le même chemin que moi. Un genre d'athée qui tente de démystifier et démythifier la chrétienté (la religion) ainsi que le système du savoir. C'est drôle que ce soit un fou qui arrive à nous faire comprendre que le savoir n'est qu'une convention qu'on peut rejeter, et du même coup, se faire rejeter (enfermer) pour un tel rejet. L'acteur est devenu acteur omniscient permanent. En plus qu'il disait dans Les Tarahumaras qu'il était surpris qu'ils avaient de telles connaissances avant même que les Rose-Croix établissent leur cosmologie. J'ai l'impression qu'Artaud lui-même s'est inspiré des Rose-Croix.

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Revenons en arrière, voici une conversation échangée entre moi et Joël Cyr au début de la session dans le cours de M. Simard. Ce dernier me voyait pour la première fois après que j'aie manqué les premiers cours. Il avait dit tient, Roland-Michel est là. J'avais répondu, oui j'ai finalement pris votre cours (pour justifier le fait que je m'étais absenter). Il a alors répondu qu'enfin il voyait les gens qui étaient inscrit sur les listes d'étudiants (en d'autres termes, il savait que je savais depuis longtemps que j'étais à son cours, et que j'ai manqué délibérémment). Or voici la suite sur papier (avec Joël) de cet événement:

-J'ai vraiment mauvaise réputation, que les profs ne peuvent s'empêcher de faire leurs commentairesquand ils me voient. Que faire? Il va falloir les têter, manquer aucun cours, travailler fort... autrement, et encore là, je ne pourrai jamais avoir de lettres de références et de toute façon, ils ne voudront plus de moi. Je vais être obligé d'aller à Montréal et me défendre moi-même devant les comités pour la maîtrise...

-Est-ce ainsi avec tous les profs?

-Je ne suis pas fou, je reprends pas les mêmes profs. Mais je finis et j'ai pu le choix. T'aurais dû voir sa femme Dominique Lafon hier, j'en suis encore à essayer d'interpréter ses pointes: «il se fait modeste mais je l'ai reconnu...» «c'est mon chou chou» «mais des fois il est vraiment...» «Roland-Michel vient juste de débarquer mais il a déjà une opinion arrêtée» et puis quoi encore... [peut-on imaginer un prof d'Université se laissant aller à des enfantillages comme cela? J'en viens à souhaiter un formalisme si grand dans les classes que ni moi ni le professeur pourraient s'exprimer aussi librement qu'on l'a fait (cette parenthèse ne faisait pas partie de la conversation avec Joël)] Défense de sa part? (elle se sentirait attaquée?) Taquinerie parce qu'elle m'aime? (J'en doute)

Cou donc, suis-je fou ou il répète [M. Simard] ce qu'on a entendu avec M. Lemoine... [voyage initiatique, Homère, Énéide]

-Vrai! N'est-ce pas extraordinaire! Nous n'aurons fait qu'un travail pour 2 cours!!!

-Cou donc toé, tes amours ressemblent à quoi? Ta blonde en Israël dont les beaux petits soldats qui lui auraient fait tourner la tête? We need a nice talk... arouns a beer sometimes...

-I hope so! Maybe thursday?

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Cet autre papier avait été échangé avec Joël avant le précédent:

-C'est quoi l'histoire de ta blonde? [Je n'y croyais absolument pas]

-Elle habite Israël; je n'ai pas eu de nouvelles d'elle depuis des lustres. Elle faisait son service militaire quand elle a cessé de m'écrire. [Je comprends, il m'a raconté ensuite que son chum a eu lle cerveau complètement lavé dans l'armée, il en est revenu pseudo-straight, a même battu Joël tellement il ne s'acceptait plus et qu'il voulait que Joël disparaisse! Pas de doute, en Israël, la religion, on prend ça au sérieux, ça passe par l'armée et par la Révolution intérieure de l'individu, ils en font des machines à tuer. Même chose pour les Américains, combien de fois on a entendu dire que la drogue était offerte par le gouvernement pour aidé à cette déconstruction de l'humain?] J'imagine que la proximité quotidienne de ces cohortes de jeunes tondus, lui aurait fait tourner la tête.

-C'est sûr! Et how about Jacques? [Je lui avait demandé le nom de sa blonde, il m'avait répondu Jacques.]

-Jacques est un nom ficitif. [C'est peut-être vrai, j'imagine qu'un Israëlien ne s'appellerait pas comme cela, encore que, j'ai rencontré des Vietnamiens qui s'appellent Élizabeth et Vivianne (sûrement pas leur vrai nom)]

-Alors, c'est passionnant une copine en Israël! Tu l'as ramassée sur la rue? Elle doit avoir un bizarre nom. Tu l'as rencontrée en quelle année? Avec 25 ans d'expérience, tu dois en avoir assez pour écrire un roman! [Il m'avait menti sur son âge, il m'a avoué ensuite avoir 28 ans, ce que je doute encore.]

-Mon sujet romanesque préféré n'est ni les filles, ni l'amour et encore moins l'amour [enfin un genre d'aveu]. À moins... d'écrire comme Cohen [son livre fétiche, c'est LA BELLE DU SEIGNEUR d'Albert Cohen, toutes les conversations avec Joël mènent à Cohen. Faut croire, avec 800 pages, le gars en a radoter des choses!] Et encore sa Belle et son Seigneur, ne sont que des Allégories de l'Occident et de l'Orient [il m'a jamais dit qui des deux était la Belle]. C'est la différence que je cultive et non la convergence [l'aveu complet, cacher en arrière de Cohen, aussi une révélation, puisque qu'il s'agit d'un Juif, Joël me signifiait par là même qu'il était Juif, d'ailleurs j'étais assez con pour ne pas m'en être rendu compte tout seul,

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depuis le temps qu'il me parlait d'Israël et de l'Hébreu, c'est Bruno qui m'en a fait comprendre plus, répétons le, je suis crissement ignorant. Avant que Bruno me le dise, j'ignorais que six millions de Juifs étaient morts durant la guerre de 39 à 45. Enfin, je ne l'ignorais pas, j'avais fait une recherche là-dessus. Mais je l'avais vite oublié.]. À propos d'Israël, c'est le pays le plus intense d'Orient. Ce pays je l'ai dans la peau [qui donc peut se vanter de se sentir chez lui dans un pays où il n'est pas né? Moi je ne me sens même pas chez moi au Québec, surtout pas en France]. Par contre je n'ai pas connu de place plus hostalière [sic ou ?] que l'Iran et plus cordiale que le Kérala [?]. Tu vois quand je voyage je ne me sens pas le besoin de m'acoquiner [quel grand mot]; j'y retrouve davantage que si j'étais lié à quelqu'un. De toute façon les amitiés et les amours fugitifs sont garants des plus beaux souvenirs et de cela j'en ai à profusion.

-D'accord, Adieu! [Il m'a ensuite écrit quelque chose en Hébreu ou en Arabe, je me demande bien quoi.]

J'aimerais bien un jour aller en Israël, apprendre l'Hébreu aussi, je lirais les livres bibliques (bien qu'il faudrait aussi savoir l'araméen et le grec aussi). Je m'attaque justement à la Genèse, traduction en Français d'une traduction anglaise. Quand on se rappelle ce que disait Marguerite Yourcenar: vous savez ce qui reste d'un livre après deux traductions consécutives? Cela ne m'encourage pas. Voici les restes d'une conversation tenue avec une fille à la session automne 1993, dans les rares fois où j'ai été au cours de M. Lemieux (je ne me rappelle plus du nom de la fille en question, c'est elle qui commence à parler):

-Si je trouve un emploi à la fin de mon Bac, je vais le prendre.

-Aucun travail possible.

-Sinon, je ferai mon Bac d'un an en éducation. L'histoire c'est qu'enseigner ça ne me tente plus vraiment mais on prend ce qui passe ces temps-ci!

Oui, [elle répond à ma réplique] dans un bureau (gouvernement) la plupart du temps.

-À faire quoi?

-Rédaction, correction de textes, etc...

-T'es pas en langue...

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-Les 2. Au début de l'été, où je travaille, il y avait 2 postes d'ouverts et ça demendait Spéc. Lett. franç.

-Hein!

-Je «capotais» parce que c'est cela que j'aime faire. Présentement, je suis moniteur de langues officielles (ma 2eième année et dernière) et je commence à trouver ça plate et long, ... à la longue. C'est toujours la même chose! [J'ai moi aussi appliqué à cela, on m'avait choisi pour travailler plein temps, on m'offrait différents postes dans le nord de l'Ontario. J'ai refusé. J'ai demandé que l'on me place sur la liste des temps partiel alors, on m'a dit que c'était maintenant impossible. Avoir été choisi si rapidement dans les temps plein et ne pouvoir être remis sur la liste des temps partiel, ça mérite ppas que je m'arrête à de telles considérations. Quand on sait que n'importe quel étudiant de première année d'Université, peu importe en quoi il ou elle étudie, va être choisi pour enseigner, je leur souhaite bonne chance. Je comprends maintenant pourquoi on ne peut pas travailler là-dedans plus de deux ans. Pas pour laisser la chance à tout le monde (dans mon cas j'ai bien vu qu'on s'en foutait, on m'a rayé de la liste comme cela), mais bien parce que c'est plate à la longue.] [Remarquez que si la conversation semble bizarre, c'est que j'ai ajouté mes commentaires sur les siens et qu'en plus, on parlait parfois, parfois on écrivait. Ici elle m'avait demandé ce que je voulais faire plus tard, alors j'ai été direct dans mes intentions pour voir ce qu'elle me dirait.]

-Moi je commencerai ma grande carrière d'écrivain!

-Je m'en doutais!

-Why?

-Au Lac-St-Jean?

-Ah, je t'en ai parlé...

-Non, quoi?

-Comment tu peux t'en douter, au Lac en plus?

-Tremblay, le petit accent... De toute façon, ceux qui viennent de là y retournent ou restent attachés à leur coin de pays, et je les comprends. Mais je ne suis pas certaine que tu viens de là... presque. Pour la carrière d'écrivain, tu as tellement défié les profs en les contredisant par des réponses logiques que la plupart du monde s'est dit: «J'ai l'impression qu'il va pousser plus loin, à l'écriture, si ce n'est déjà fait.[«]

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-Well! J'ai plutôt l'impression que je parle trop, et que mes réponses emmerdent les profs et qu'ils viennent qu'à m'haïr. Je suis surpris de ce que tu me dis ici, mais cela n'est pas fondé. Des fois je pense que j'en parle trop, mais vaut mieux en parler si je veux que ça débouche. Mais tu dis que j'écris parce que je t'en ai parlé... (?)

-Non.

-Effectivement, j'ai écrit une pièce de théâtrequi sera montée l'été prochain à Val-Jalbert [je pensais que le projet allait se réaliser alors] (village fantôme au Lac-St-Jean). Je voudrais aller y demeurer, mais ma blonde veut mourir à Ottawa [moi aussi je mens, je suis pire que Joël! Ça ne vaut pas lorsque j'étais avec Paul Crète dans le centre-ville, qu'on a rencontré une fille que j'avais rencontré une couple de fois, et qui tout à coup lance un: comment va ta blonde? Paul comprenait plus rien.] J'aime mieux pas penser à cela pour l'instant, on sait jamais ce qui peut arriver, de toute manière je veux un chalet là-bas [comme Michel Marc Bouchard d'ailleurs, qui en a un à Saint-Coeur de Marie, juste à côté de la plage Belley où Sonia et Gaétan placent leur roulotte.] Mais pas y demeurer... [À «J'ai l'impression que je parle trop et que les profs en viennent à m'haïr...», elle répond:]

-Pas nous[,] t'as du «gots» qu'on a pas!

-Mais tu me connais à peine, je suis venu à trois cours.

-J'ai été dans 2 autres cours avec toi! [Heek! Elle l'a souligné en plus!]

-Et je t'ai même pas remarqué!?

-Attends! L'été passé, tu es venu au Lac Pink dans le Parc de la Gatineau où je travaille [avec Bruno et Élizabeth Nguyen] et je t'ai demandé si tu étais dans le cours de Yergeau (dans lequel j'étais) et tu as dit oui et «je ne savais pas que tu étais dans mon cours, je ne t'ai jamais vue [sic]!» Voilà!

-L'autre cours c'est théâtre avec Lafon?

-Ouain! Je ne l'aime vraiment mais vraiment pas!

-Elle m'a confiée [sic] que j'étais insolent et que je devais apprendre la courtoisie!!! On ne se parle plus depuis. Mais après noël [sic] je dois prendre son cours, je n'ai pas le choix. En plus, je lui ai écrit une lettre et je lui ai remis une autre pièce de théâtre que j'ai écrit. Je me demande si elle va le [sic] lire où me dire...

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La pauvre fille, si elle savait où me conduit ma conduite, elle ne m'aurait certes pas admiré. Encore que, est-ce bien de l'admiration? Je trouve ça fort qu'elle pensait que j'écrivais. En plus, elle semble parler pour plusieurs. C'est intéressant, mais je ne saurais me complaire dans cela. J'avais pourtant l'air bien conscient au début de la session, que je ne devais pas trop m'en permettre, et diable, j'ai remis en question mon adhésion en maîtrise. Par mes notes surtout. Si j'avais voulu travailler plus fort aussi, je les aurais eu mes A, comme tout le monde qui s'y met. Et pourquoi donc je ne prends pas un ou deux cours cet été pour augmenter ma moyenne? J'ai un orgueil moi Messieurs et Mesdames les professeurs et les professeuses [sic], j'aime mieux allez pourrir en Génie que de tenter à nouveau de m'inscrire en maîtrise, parce qu'on sait très bien au département que je ne serai pas accepté à Montréal et on souhaite me faire faire d'autre cours, et donc payer plus cher, avant de m'accepter maintenant en maîtrise. Ou sinon, on ne veut carrément pas de moi et dans ce cas, quelle folie ce serait d'aller là! Gallays me ferait capoter, comme il fait avec mon ami Tchèque Jiri Satké dont j'ai réécrit en entier ses travaux pour qu'il passe sa maîtrise. Maintenant le Monsieur applique pour le docterat, bien qu'il sache écrire en français à moitié, et M. Gallays lui cherche des poux à n'en plus finir. Rien n'est jamais parfait! Un mot, qu'il est impossible de savoir lequel, cloche toujours! Ai-je vraiment envie de faire affaire avec une gang de caves qui aiment perdre leur temps? C'est sérieux la vie tabarnack [sic]! Rappelez-vous l'intermède Fabrikant à l'Université Concordia, la bureaucratie qui nous veut du mal et multiplie les injustices, finit par payer un jour! Que Monsieur Fabrikant ait tué quelques uns de ses collègues de travail qui bénéficiaient de certains avantages que lui et d'autres n'auraient jamais, est déjà une bonne justice. Mais le mieux demeure qu'aujourd'hui dans le journal on dresse enfin un tableau de la bureaucratie totalitariste de l'Université. C'est pas mal pourrie tout ça. Comme les étudiants de l'Université de Montréal qui viennent enfin de se réveiller, ils ont fait un rapport des salaires et services inutiles de gens inutiles qui font semblant de travailler quelque part dans l'administration. Des doyens qui gagnent des salaires de 150 000 plus certains avantages tels que la limousine avec chauffeur! Mais dans quelle genre de société pensent-ils qu'ils vivent? On voulait augmenter les frais de scolarité de 200% dernièrement! On les a finalement augmenté de 50% en deux ans! Le 150% viendra dans quatre ans? Ils ont déjà augmentés de 200% depuis 1989! Où donc est Karl Marx?

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Reviens vite nous redire les bases, je dis bien les bases, de ton système, le fossé entre les pauvres et les riches est revenu, plus grand que jamais! Faudra-t-il que les étudiants fassent la Révolution? Ou qu'ils attendent que ça claque? Parce que ça s'en vient! Si j'avais un conseil à donner aux riches, ce serait de vite changer leur argent canadien en argent américain, et de le placer dans une banque Suisse. Parce que l'inflation qui suivra la faillite du pays fera mal! Il est vraiment temps que l'on suive l'exemple de certains états américains, que l'on insère une loi dans la constitution qui interdit tout déficit. Je sais bien que l'on peut pas faire cela du jour au lendemain, mais au moins, parlons-en!

J'ai la suite de ma conversation avec la fille, c'est moi qui commence à parler:

-Voyons, arrête de te cacher en arrière de tes cheveux. Voici un peu de poésie à la Hébert:

Tu es mamuse

Moisie au fond d'un puits [ici elle a répondu «merci»]

De larmes le jour et la nuit

De tes prunelles crevées!

Je mamuse

parle parle parle

sinon je vais mourir

le cours est trop plate

Y radote!

-Pourquoi t'es venu d'abord?

-J'veux pas flancher non plus, c't'histoire plate

aussi, j'veux pas le frustrer...

En fait, le problème c'est que j'ai une dizaine de travaux longs à faire (en retard) et j'ai même pas le temps des faire... La vie est triste! Mais Noël s'en vient, pis après Noël: l'été, et après l'été, la mort... et puis après...

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-C'est poétique ou réaliste? [la mort]

-La poésie se distingue-t-elle de la réalité? Aucun poète n'a tant d'imagination qu'ils peuvent [sic] se décrocher du monde.

Note: Nelligan est viré fou après avoir écrit ses choses et surtout à cause d'un conflit valeurs-religion!

-Est-ce que ta pièce pour Val-Jalbert [l'art de changer le sujet] va aboutir à quelque chose finalement?

-1. J'attends la fin du mois pour savoir si la compagnie G.A.T. Catering renouvelle son contrat, ce qui est plus que probable [ce qui était probable si un pot-de-vin bien placé n'aurait pas donné le contrat à la famille de fous qui s'occupent du téléphérique, parce qu'on me fera pas croire qu'ils ont pu soumissionner plus bas que G.A.T. avec toutes les conditions que seul un malade prêt à perdre de l'argent accepterait. Entre autres, l'achat à un prix exhorbitant d'une laveuse à vaiselle industrielle, qui devra demeurer la propriété du gouvernement lorsque le contrat sera terminé! Tout fonctionne aux pot-de-vin au Saguenay-Lac-St-Jean comme ailleurs, surtout que dans ce temps là, il y avait quatre ministres juste au Lac-St-Jean! C'est bien assez clair, qu'avec quatre ministres du cabinet Mulroney, quand on sait toute la bullshit qui s'y découvrait, que le pot-de-vin est la nouvelle loi du crime organisé du Canada! Ma soeur en a long à me dire à ce sujet.]

2. À Noël je rencontre tous les gens, on fait une lecture de la pièce, ils repartent avec et commencent à l'apprendre.

3. Je rencontre ces gens en différents temps avant fin avril et surtout après la fin avril...

J'ai appelé la femme [Ma marraine Céline] de la compagnie en fin de semaine passé [sic]. Et d'ici un mois je devrais m'assir [sic] avec le metteur en scène [Isabelle Léger de Québec ou Joël Beddows qui s'était proposé] pour figurer chaque détail.

-Super débile écoeurant. T'es chanceux quand-même [sic]!

-Si tout marche! Chanceux? Mon Dieu. C'est tellement de travail acharné d'essayer de se faire publier... il s'agit d'écrire, si tu commences, ça va finir par déboucher. Commence par un plan... [Voilà le prétentieux qui prétend pouvoir inculquer quelques notions à un autre.] L'autre maison d'édition, Saint-Germain-des-Prés à Paris, j'ai eu franchement l'intention de

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dire oui, juste 40 livres à vendre à mes amis-parents, et je suis publié. MAis on me l'a franchement déconseillé, alors j'attends les répnses d'autres éditeurs... [qui ne sont même pas encore arrivées en fait, c'est rendu qu'ils prennent plus qu'un an, c'est effrayant! Maintenant que j'y pense, les deux-tiers ne m'ont jamais reparlé après leur accusé-réception. J'imagine que c'est négatif, autrement on m'aurait contacté.]

Maudit cours long et plate!

-Il ne reste qu'une page et demie, donc 15 min. à peu près! [Pierre-Hervé Lemieux passe son temps à lire carrément le livre qu'il a écrit sur Anne Hébert, 15 ans auparavant. Le pire c'est qu'il a développé une série de tics nerveux pour briser le rythme de sa lecture, pensant peut-être qu'on est assez caves pour pas se rendre compte qu'il lit? (en fait ça m'a pris du temps pour m'en rendre compte, mais un coup que j'ai vu de mes yeux qu'il lisait son livre intégralement, ses tics me sont devenus complètement insupportables!)] Quand j'ai dit que tu étais chanceux, c'est que bien des gens bûchent toute leur vie et ne réussissent pas à être publiées [sic]. [Un fusil avec une balle avec ça?]

-C'est ce qui risque de m'arriver!

Ah, je vois que tu bois du punch au fruit [sic] Minute Maid! Ça c'est bon, mais bourré de sucre.

-Je sais mais c'est quand-même [sic] fait de jus de fruits concentré. Je suis droguée au sucre [c'est meiux que le reste de la population étudiante, qui elle, est droguée au Peytotl]. Alors ce n'est qu'une infime consommation dans ma journée. T'empêches-tu vraiment d'en prendre à cause de ça?

-Oui. Alors, tu souffres d'anémie ou de diabète? [Ou de dyslexie tant qu'à y être, comme l'autre de 1993 dans le cours de philo.] Si tu souffres de diabètes, dans 2 ans ils t'auront guéri...

-Je le pensais. Mais je ne le suis pas, Mais ce n'est pas la quantité de sucre que je mange qui me donnera le diabète, en autant que mes reins et tout le reste fonctionnent bien, parfaitement bien. Mais j'essaie de me contrôler. Ce n'est pas facile mais je suis moins pire qu'avant!

-Et t'es pas grosse avec ça? [Mais ne rend-t-elle vraiment pas compte que je déconne?]

-C'est justement! Il faut que je prenne du poids et je n'y arrive pas bien. Je brûle ce que je mange à mesure que c'est avalé. Alors, si tu as déjà remarqué, je mange presque tout le

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temps.

-Donc tu es diabétique? [J'ai rayé ce commentaire (?)] J'ai une cousine qui te ressemble comme deux gouttes d'eau, elle aussi mange et reste mince... En plus, elle emploie les mêmes expressions, mots que toi... Elle reste à Chicoutimi au Saguenay [Christine Tremblay]...

-Comme quoi? [Les expressions.]

-Super débile, juste tantôt, et d'autres des cours d'avant [écoeurant, Ouain, capotais] Pis crisse, t'a [sic] pas besoin de savoir quelles expressions, aies [sic] la foi, crois-moi sur «parole»... mystère... [Le titre du livre que le prof a écrit sur Anne Hébert s'appelle Entre Songe et Parole et Anne Hébert a un livre qui s'appelle Le mystère de la Parole.]

-Ok! Ok! Mais je ne viens pas du Saguenay ou même du Lac-St-Jean, mais d'une région à l'autre, ça s'étend!

La suite, c'est une conversation à sens unique que j'ai eu avec Mireille dans le cours de la Bourbonnais après Noël:

-Christ que la vie est plate, j'suis découragé. Not vie découche nulle part, des crèves faim, les profs savent même pas s'il existe des débouchés, en plus, ils sont bouchés ben raides... En plus, j'déboucherai peut-être même pas en écriture et même si je débouche, ça va rien changer à ma vie.

En plus j'travaille àssoir [sic] pis j'ai plein de travaux, pis j'haïs tout le monde, I cannot stand people anymore, j'suis tanné d'ê [sic, sic, sic] hypocrite et de voir les autres de mêmes, MOURIR!

Je devais aller au déjeuné (comment ça s'écrit déjeuner? er, é, avec ou sans accent?) Mais j'ai pas pu me lever... en plus j'avais rendez-vous chez [le] médecin, un cours, entrevue avec Yergeau, etc... Anne Hébert, remis le 7 ou 8 janvier 94, et le pire c'est qu'il m'avait laissé jusqu'à la fin janvier (!) [je m'étais pressé pour rien.]

-Wow

-Hier j'ai assisté à la grosse réunion du département pour les gros changements, j'ai beaucoup parlé, Dominique Lafon était de mon bord et Mme Bourbonnaisétait plutôt contre moi... je me suis rendu compte jusqu'à quel point Lafon semble animé[e] et révolutionnaire pour

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