Travailler à Westminster
Intelligence non requise
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Londres, TW7 4JF, UK
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Préface
Ceci est mon journal personnel, bien que finalement
l’ensemble forme un tout suffisamment consistant pour avoir un titre et former
un livre. Il n’est pas exclu que ce livre soit publié un jour, mais pour
l’instant il n’y a aucun projet en ce sens, j’ai plusieurs autres livres à
considérer avant (ils sont tous en version intégrale sur mon site). Seule mon
indécision et mon manque de temps prévient la publication de mon septième livre,
mon éditeur attend mon prochain depuis longtemps.
Inutile de me faire des commentaires (en particulier Sakkat), c'est un juste un
journal. Je le mets ici parce que je dois le relire au moins une fois avant de
le mettre en ligne sur mon site. Le mettre en ligne ainsi au jour le jour, au
fur et à mesure, est ce dont j’ai besoin pour me motiver à le corriger. Notez
aussi qu’après quelques commentaires négatifs, je vais tout simplement le faire
disparaître de ce forum. Je n’ai pas besoin de critiques négatives, non plus de
positives, j’écris d’abord pour moi sauf si j’écris de la fiction. Et je veux
aussi encourager les autres à mettre leur blog en ligne ici.
Notez que ceci sera mon dernier livre écrit en français. Après onze ans à
Londres, et six mois à Los Angeles, j’ai décidé de n’écrire que ce qui vient
naturellement, l’anglais. À part ce livre, il y en a juste un autre francophone
qui n’est pas en ligne sur mon site : « Un Québécois à Hollywood ».
Mais celui-là me demanderait trop de temps à corriger, alors c’est pas pour
demain.
Anyway, être un écrivain Québécois reconnu seulement en France, ne m’a pas
tellement aidé. On me regarde encore comme une sorte de phénomène bizarre. Un
handicapé de la langue française (pourtant, oui, oui, j’ai étudié à
Si mon blog anonyme anglophone actuel vous
intéresse, « Mycroft Holmes in Los Angeles » ou « Corporate
America, If there ever was a hell on earth, this is it », il est en ligne
ici : myholmes.blogspot.com
C’est la suite de ce que vous lirez ici en français. Je
n’ai aucun visiteur sur ce site, je n’ai jamais dit à personne qu’il existait.
Si mes employeurs lisaient ça, je serais mis à la porte immédiatement et je
devrais quitter Los Angeles pour retourner à Londres. Encore une fois, c’est
juste une motivation pour moi de corriger au fur et à mesure mon blog. Ce n’est
peut-être pas de la grande littérature, mais c’est un besoin pour moi d’écrire les
événements importants de mon existence. Vous n’êtes pas obligés de lire ça,
j’ai autre chose plus intéressant à lire sur mes quatre autres sites Internet,
en deux langues.
www.anarchistecouronne.com
www.crownedanarchist.com
rm@anarchistecouronne.com
19 octobre 2004
Mon deuxième jour
au travail. Je tente d'écrire avec mon iPaq Compaq Pocket PC et un clavier
portatif, mais je pense que le train bouge trop et que tout le monde va me
regarder, une fois qu'ils entreront durant les stations prochaines. Je devrai
trouver des endroits où écrire, je pense que je ne serai pas trop capable d'écrire
un livre comme j'espérais.
Je sais à peu près
à quoi ressemblera ma deuxième journée au travail, j'ai décidé de tout prendre
au jour le jour, seule façon de ne pas capoter. Bon, j'arrête d'écrire.
22 octobre 2004
Eh bien, finalement cette dernière réunion
n'avait rien de bien effrayant. Semblerait qu'il y a beaucoup de confusion à
propos de ce que fait l'organisation, ce que fait notre département et ce que
les employés eux-mêmes font. Bref, je n'ai pas à m'inquiéter à savoir ce qui se
passe dans l'organisation, personne ne sait. Cependant, écrire des conférences
sur les 30 sujets potentiels identifiés jusqu'à maintenant ne sera pas de
En plus, je crois avoir identifié deux autres
gais et ils semblent intéressés à me parler, bien que franchement je n'ai rien
d'attirant en ce moment, et en plus c'est pas évident que je suis gai, je ne
l'ai dit à personne. Le premier est un Libanais avec un style pas mal
impressionnant et d'une intelligence hors pair. Cependant il est un peu
fatigant et pense tout savoir (bien qu'il soit fort possible qu'il sache tout).
Il est aussi possible qu'il ne soit pas gai et que son enthousiasme ne soit que,
finalement, il est écœuré de produire des conférences et je pense qu'on lui a
dit que je prendrais cette responsabilité.
Aujourd'hui il se lamentait
qu'il lui fallait un assistant au plus vite et qu'il serait temps que l'on
explique aux nouveaux employés ce que l'on attend d'eux. J'ignore s'il parlait
de moi, en tout cas je lui ai expliqué hier qu'en ce moment je faisais une
analyse de toutes les conférences actuelles, passées et à venir, et que j'élaborais
un plan d'action. Il voulait me rencontrer aujourd’hui, sans doute pour me
balancer par la tête toutes ses conférences, mais je lui ai dit que je devais
d'abord rencontrer les directeurs au milieu de la semaine prochaine et ensuite
les subordonnés (dont il est). Je pense
qu'il ne comprend pas que je suis responsable de toutes les conférences, tel un
consultant, et non comme un producteur en tant que tel.
Juste à regarder à
l'ensemble des conférences, il y en a au moins 200 par an réparties entre les
16 facultés et 6 forums. À moi seul je peux en produire environ 7 par an,
lesquelles alors ? Certainement pas les siennes, les évaluations (de propriétés
je suppose) ne sont pas un sujet qui m'intéresse tout particulièrement,
d'autant plus que je n'ai aucune idée de ce que c'est. Je pense qu'il sera plus
probable que l'on engagera plusieurs producteurs de conférences et que ce sera
mon rôle de leur montrer comment faire et de superviser le tout. J'aimerais
bien cela, d'autant plus que si le profit n'est pas ce qui compte, alors je ne
serai jamais sous pression de produire des succès. Tout le monde s'en fout si
le tout échoue, et je puis également blâmer notre base de données qui ne
contient que des membres de l'organisation, et aucun nom de nos délégués passés
qui n'étaient pas membres.
Je dois également ajouter que j'ai bien aimé
ma première semaine, et je ressens une sorte de buzz à travailler à Westminster
où la famille royale habite depuis des milliers d'années en des châteaux tout
le tour de St. James’s Park où je vais tous les jours sur l'heure du dîner. Si
je ne perds pas trop de temps, si je suis capable d'impressionner le patron,
mon futur dans cette association est assuré pour des années, et j'aimerais bien
cet emploi sur plusieurs années.
Ah oui, à propos du deuxième gai, cela est
encore plus évident et positif. Il est un peu queeny, et il n'a pas de bague au
doigt. En plus, tenez-vous bien, il est le deuxième en charge et il était le
grand patron pendant plusieurs mois jusqu'à ce qu'ils trouvent le remplaçant du
patron précédent. Si je réussis à m'approcher de lui, je n'aurai plus rien à
craindre, je monterai vite dans
Je parle comme si j'étais un vrai capitaliste
endurci et ambitieux, prêt à marcher sur la tête des autres pour arriver à mes
fins. Bien entendu il est clair que je suis tout le contraire et que tous ces
jeux me dépriment. Cependant je joue un peu ce jeu maintenant pour m'encourager
et me motiver un peu. Sinon, le tout est si triste, que je penserais certes à
me tirer une balle dans
Je dois également parler
d'un homme qui travaille là, il est aveugle et ressemble étrangement au Prince
Charles. Lors de mon entrevue il parlait avec un membre de l'organisation (il
est membre lui-même) et après que la rencontre fut terminée, il s'est carrément
frappé dans un panneau, pensant que c'était
22 oct 04 partie 3
Mon patron devait bien savoir lorsqu’il m’a
engagé que j’écrirais un livre sur lui et l'organisation dont il a héritée.
Sinon, il est plus imbécile que je ne le pensais. Je lui ai montré mes livres
en entrevue, je lui ai clairement dit que quelques-uns étaient des livres autobiographiques qui
racontaient ma vie alors que je suis arrivé à Paris, à New York, à Londres.
Peut-il vraiment croire que je n’allais pas décrire tout ce qui passe
ici ? Peut-être souhaitait-il être immortalisé ? Dans le décor du
Parliament Square… Oh dear, certains ont une psyché incompréhensible. Je pense
qu’il était trop con pour imaginer que j’allais écrire un livre complet sur lui
et ses échecs. Inutile de penser que je pourrais parler de ses succès, seul
l’enfer mérite d’être dit, dénoncé, construit en littérature anarchiste contre
le capitalisme éhonté. Bah… bah. Je baillerai sans doute entre deux réunions,
et oublierai de mentionner ses short-comings.
Encore faudrait-il que ses erreurs
m’atteignent, car ils ont bien expliqué aujourd’hui qu’ils pratiquent une sorte
de communication interne basée sur un style de cascade. C’est-à-dire que le
grand patron radote à ses directeurs, les directeurs radotent à leurs
subordonnés, mais seulement ce qu’ils jugent nécessaire d’être dit, et les
subordonnés placotent avec le reste de la compagnie, et le tout devient une
sorte de jeu de téléphone chinois où tout m’arrive avec distorsion. Mais
n’oublions pas que j’ai des réunions avec le monstre à la tête de
l’organisation, j’entends donc les rumeurs de première main. Je suis dans le
secret des dieux, je peux moi aussi partir des rumeurs sur les événements à
venir. Non pas que cela m’intéresse, mais je suis toujours prêt pour un bon
gossip juteux. They better be juteux, or else I won’t have a book to write.
Pendant ce temps, sur mes heures de lunch, je
marche autour du St. James’s Park. Là où tout autour la famille royale actuelle
habite, y compris le jeune prince Harry. Harry est officiellement hétérosexuel,
et cela est vraiment ordinaire. Il sort tout le temps, french des filles à
moitié nues stupides, frappe des photographes, bref, rien d’intéressant.
Pourtant il fait la une des journaux chaque fois qu’il sort en ville, et tout
le monde lit ses déboires, même moi. Je dois me sentir bien près de la mort
pour lire des articles sur le jeune prince sans avenir et ses déboires. Il ne
me faudrait pas le rencontrer dans St. James’s Park, alors qu’il ferait marcher
le chien, car je te le déviergerais pour vrai et lui ferais comprendre les
vraies réalités de
Lundi 25 octobre
2004
Je m'en vais au
travail, encore une fois, pour ma deuxième semaine. J'ai travaillé toute la journée
du dimanche à chercher des fichiers de mes anciens emplois dans les conférences
pour m'aider dans mon emploi actuel, mais je n'ai pas trouvé grand-chose, et
finalement je devrai écrire moi-même ce manuel pour aider à produire des conférences.
Ma peur la plus grande est que mon patron veuille me rencontrer et que je n'aie
pas grand-chose à lui montrer. Il me faut donc bouger vite et travailler fort.
La première
semaine a été perdue à mon avis, même pas à apprendre ce que font ces facultés,
mais juste à établir la liste des conférences actuelles. Une semaine ça m'a
pris, sans compter que le tout était déjà dans une base de données sur le réseau
et que je n'avais qu’à extraire l'info dans une feuille Excel. Voila comment on
arrive à perdre son temps radicalement, même lorsque l'on désire être
productif.
Je pense que je
vais accélérer le mouvement et tenter de rencontrer les directeurs des facultés
et forums aujourd'hui et demain, car on dirait que j'ai peur de me lancer et je
retarde ces réunions le plus possible, de peur de ne pas être trop au courant
de leurs histoires et d'oublier de poser les bonnes questions. Puisque, en fin
de compte, je ne sais toujours pas ce que je fais là, dans cette association. Mon
patron n'a pas été très clair et je pense que c'est parce que dans le fond il
ne sait pas trop quoi faire avec moi. Ce qu'il avait besoin était plutôt un
consultant en conférences, mais alors cela lui aurait coûté trois fois le salaire
qu'il me paie pour sans doute pas beaucoup plus de résultats, ou alors je me
trompe et ces consultants valent vraiment le prix qu'on les paie, et alors il a
mal choisi en m'engageant. Je m'en balance complètement.
Ce week-end je
n'ai pas travaillé sur la traduction du scénario du film, et je ne prévoie pas
pouvoir y travailler avant le week-end prochain, à moins d'un miracle, tel un
acte terroriste à Westminster, qui me permettrait de demeurer à la maison pour
travailler sur mes projets. Je n'ai pas non plus remis à jour mon site Internet
depuis la parution de mon dernier livre, et mon éditeur insiste maintenant tous
les jours pour que je modifie le tout. Cependant j'ai passé tout samedi à faire
fonctionner le TomTom Go de Stephen, un navigateur électronique pour la route,
et à entrer tous les bureaux de Mercedes dans la mémoire afin qu'il puisse s'y
rendre, et j'ai également programmé d'autres points d'intérêts dont
l'installation de listes de cameras en Grande-Bretagne pour qu'il sache à
l'avance lorsqu'il en rencontrera une. Il ne lui reste que trois points à
perdre avant que la cours ne le bannisse de la route pour un an, alors qu'il
est un conducteur.
J'ai aussi perdu
le reste de la journée, de même vendredi soir, à tenter d'établir un réseau entre
mon ordi et mon portable en utilisant deux onglets Bluetooth. J'ai
partiellement réussi, mais il faut que les fichiers soient dans un dossier spécifique,
alors je commence un peu à regretter ne pas avoir acheté du Wireless LAN, mais
alors mon téléphone n'aurait pas pu communiquer avec mes ordis. Dans le fond
j'aurais peut-être dû aller vers l'infrarouge. Windows ne semble pas connaître
ou reconnaître Bluetooth. Ne suis-je pas devenu un vrai geek avec le temps ?
Considérant que je suis celui qui, le premier dans le monde, a produit des conférences
sur Wireless LAN et Bluetooth, ça m'a pris des jours à figurer comment installer
le tout. C'est qu'à l'époque où je faisais mes conférences, la technologie
n'existait que sur papier ou presque. Et ça a pris des années pour finalement
devenir un standard et d'être installé dans tous les produits sur le marché. Et
le pire, c’est qu'il me semble que tout cela n'est pas très nouveau. Même quand
j'étais bébé dans les années 70, il me semble qu'il existait bien des technologies
sans fil, et pas seulement l'ultrason ou l'infrarouge. Ils ont réinventé la
roue avec Bluetooth et Wireless LAN. Et je suppose qu'ils la réinventeront
encore, en autant que cela leur fasse de l’argent.
Je n'ai dormi que
trois heures la nuit dernière, et j'ai passé la journée à écouter Stargate et
Stargate-Atlantis à
Je suis maintenant
dans le train du retour. Je suis fort découragé parce que mon patron s'imagine
que je puis tout faire ce qu'il m'a demandé d'ici vendredi, alors que
finalement je n'aurais pas suffisamment des trois semaines allouées
initialement pour accomplir ce miracle. Je lui ai rappelé que l'on avait dit
trois semaines, et j'ai tout simplement ajouté que je lui montrerai ce que j'ai
vendredi, voilà tout. Je ne puis tout de même pas faire plus que ce que je
fais, j'y travaille même à la maison les week-ends et les soirs de semaine. Je
sens que cet emploi sera fort stressant et je pense que je vais continuer à
chercher du travail ailleurs, avant que je ne prenne mon élan et que j'aie 12 conférences
à produire en 2 semaines, puisqu'il semble que ce sera la mentalité dans cette
association de malheur. Je devrai les décevoir, mais bon, que voulez-vous. Mon
seul problème est : comment irais-je aux entrevues? Et à quels emplois
devrais-je postuler? Cette fois il me faut vraiment ce que je veux, mais on
dirait que j'ignore ce que je veux faire. Tenter de trouver un emploi comme écrivain,
et qui paie, est impossible, alors ce n'est pas une option.
Stephen a commencé son emploi comme
conducteur de voitures à temps plein pour Mercedes aujourd'hui. Il a passé
l'avant-midi dans le train à lire ce qu'il voulait, puis l'après-midi dans une
Mercedes sport luxueuse. Il me dit que ce n'est pas toujours rose, qu'en fait
c'est l'enfer, parce qu'on lui téléphone toutes les 5 minutes pour lui cracher
dessus et lui demander où il est, mais il me semble que ce doit être dix fois
mieux que d'avoir un livre à écrire sur le comment produire une conférence, et
une étude de marché complète à faire sur les conférences relatives aux propriétés,
tout cela en 4 jours. Serait-ce humainement possible de toute manière ? Ce
que je donnerais pour recouvrer ma liberté ! Serait-ce trop demander qu'un
miracle survienne pour que j'arrête de travailler ici le plus rapidement
possible, genre, demain matin ? Une grande manne d'argent qui tomberait du
ciel, ou un autre emploi dans n'importe quoi... c'est toujours possible. Si
l'homme n'avait pas menti aussi, je produirais en ce moment ma première conférence,
lentement. Au contraire, je fais du 100 milles à l'heure et je n'arrive pas à
arriver à bon port.
Mardi 26 octobre
04
Je voyage à
Bref, dans mon
compartiment de train ce soir, j'ai la représentation exacte des gens avec qui
je travaille tous les jours et que je ne puis plus endurer, cela après
seulement quelques jours. Vraiment, je ne vois pas ce que la société perdrait
si une bombe d'Al Qu’ada ferait disparaître tout ce petit monde. En tout cas ça
les ferait revenir sur terre et leur enlèverait cet air sérieux qu'ils se
donnent. Pour qui se prennent-ils ? Ils font de nous des esclaves pour
faire des millions à des gens qu'ils ne connaissent même pas et qu'ils ne
rencontreront jamais. Ils rendent notre vie misérable juste pour pouvoir se
prouver à eux-mêmes qu'ils sont capables de remporter un certain profit plus
élevé que l'année d'avant, alors qu'un autre imbécile jugé incompétent
s'occupait du département. Ces gens-là apprendraient tellement à aller vivre en
Iraq pour même quelques jours, ou en Afghanistan. Là où le peuple ne travaille que
pour se nourrir, se loger et se vêtir, et non pour des concepts dont personne
ne comprend
Ma perfect bitch
est en train de se maquiller maintenant, comme si tout son avenir en dépendait,
comme si elle avait été invitée ce soir à souper avec le Managing Director. Et
l'homme d'affaires à côté de moi est en train de lire ce que j'écris et semble
me le reprocher, comme si j'étais devenu par extension un de ses employés qui
n'a le droit de rien faire sauf travailler à son ordinateur toute la journée.
Mon jeune monsieur qui a de la classe lit son journal, j'ai envie de le
frapper. Ma lesbienne a arrêté de lire, elle regarde par la fenêtre. Ma Marketing
Manager semble retourner dans sa tête les événements de sa journée de travail,
ses interminables réunions où rien d'important ne se dit et où rien de concret
n'en ressort, pourtant nous n'avons jamais suffisamment de réunions selon eux,
il en faudrait toujours davantage, juste au cas où un mot nous aurait échappé.
Il faut dire que ces patrons n'ont pas grand-chose à faire de leur journée, ils
ne font que déléguer le travail, demander des dossiers, des rapports, des
programmes, des plans et des objectifs. Leur boulot est de nous tenir occupés,
nous assommer avec ces réunions et ces rapports à écrire qui ne seront lus par
personne.
Merde, j'ai un
livre complet à écrire en deux jours, j'y travaille jour et nuit. Aujourd'hui
ils demandaient l'impossible d'un autre employé, lui aussi a un livre à écrire
d'ici vendredi. Ils lui ont demandé si ça l'aiderait s'ils lui donnaient
jusqu'à lundi, autrement dit, ils veulent qu'il travaille tout le week-end
là-dessus et je suis convaincu que tout cela est inutile. Il avait l'air dégoûté
en affirmant qu'il travaillerait à la vitesse de la lumière pour faire tout ce
qu'ils lui demandaient d’écrire. Et je sais maintenant pourquoi tous ces gens
quittent, ce n'est pas tant le changement, le fait qu'ils avaient la vie facile
et qu'on leur demande maintenant de travailler un peu, mais bien parce que le
patron est en effet un tyran et qu'il veut tous nous achever à la tâche.
Pourtant il me semble
être un gentil père de famille, et je me demande pourquoi il a ainsi décidé de
sacrifier sa famille et ses enfants pour devenir notre chef de prison à double
plein temps. Et tu te dis que dans la tête de ces gens-là, ça ne tourne pas
rond et il souffre d'un problème psychologique profond, alors que du point de
vue du monde des affaires, il est un modèle à suivre, un succès de notre
civilisation moderne. Tout ça me fait vomir.
Je n'ai pas envie
d'embarquer dans leurs petits jeux, de me stresser pour rien alors que ce
qu'ils veulent peut très bien attendre une semaine de plus. Je ne veux pas devenir
un névrosé à leur image. Ces gens-là ont vraiment besoin de découvrir qu'il
existe quelque chose à l'extérieur de leur petit univers, et malheureusement
les événements du 11 septembre au World Trade Center de New York sont déjà tous
oubliés dans la mémoire collective.
29 octobre 2004
Vendredi, dernière
journée de ma deuxième semaine. Je ne croyais pas que j’allais être payé si
vite, mais j'ai reçu
Heureusement je ne
suis pas seul dans ma situation, le patron aime les rapports et il continue à
en demander à tout le monde, et tout le bureau est en panique absolue car ils
n'ont jamais eu à faire cela. Heureusement l'écriture me vient assez
facilement, et surtout l'imagination. Aucun doute, pour écrire un rapport, il
faut surtout avoir quelque chose à dire, et comme le tout doit venir de notre
tête, il faut savoir inventer et bullshiter notre way through. J'ai donc une
longueur d'avance sur tout le monde, et pour la première fois dans ma vie, je
pense que lorsque le patron a vu tous les livres que j'ai écrits, il s'est dit,
that's it, il me faut cet homme, il va m'écrire des briques assez facilement.
D'un autre côté cette idée ne m'enchante pas, car ce sera certes fort difficile
d'écrire des rapports de 20 pages en un temps record. Une semaine, celui-ci. Et
ce n'est pas encore terminé, je souhaite le finir aujourd'hui entre deux
réunions.
Stephen a passé une journée infernale hier et
il m'a fait subir son stress toute la soirée et ce matin. Il n'est point
capable de gérer son stress, et je vois maintenant que toutes ses crises
précédentes n'avaient rien à voir avec le fait que je ne travaillais pas. Il
est comme avant, même si maintenant il n'a plus cette pression de l'argent qui flotte
sur nos têtes. Même lorsque je travaille comme un malade, et que je fais encore
à manger, la vaisselle, le lavage, le repassage, m'occuper de l'eau et de la
bouffe des 5 chats, il n'est toujours pas content. La seule job qu'il lui reste
est de nourrir les deux serpents.
Il y a énormément de policiers en ce moment à
Londres. Lorsque l'on se tient quelque part, on en voit toujours au moins entre
2 à 6, toujours. J'ai compris hier que c'était dû sans doute aux élections
américaines qui ont lieu dans quelques jours. Ils pensent que les terroristes
vont attaquer. Je visionnais un programme sur l'Algérie, l'Égypte et l'Afghanistan
voilà quelques jours... et vraiment, je ne souhaiterais pas un tel état terroriste
ici à Londres, ou nulle part ailleurs dans le monde. Et je me suis rendu compte
qu'avec un site Internet qui s'appelle
Alors pourquoi
j'affirme des choses comme il serait temps qu'une bombe explose à Parliament
Square, pour que les employés avec qui je travaille se prennent moins au
sérieux et cessent de jouer leur petit jeu de la hiérarchie sociale (je suis le
directeur, nah, et toi tu n'es rien, alors fait ce que je te dis, nah!). C'est
simple, c'est de l'ironie, je m'amuse, du cynisme aussi peut-être, mais je ne
pense pas ce que je dis, c'est certain (même si ce n'est pas évident). Il y a
aussi que de travailler toute la journée au centre de Londres avec tout ce que
cela implique me déprime tellement que je passe mon temps à repasser en mes
idées les moyens à ma disposition pour me suicider. Malheureusement, je puis
dire maintenant qu'aucune des solutions à ma disposition n'est adéquate, je
n'oserais passer à l'acte. Alors j'ai certes ce désir de mourir indirectement
par des raisons externes, tel un acte terroriste. Mais bon, ça pourrait être
autre chose, mais ce n'est pas aussi romantique, grandiose, scandalisant,
effrayant, tel un opéra de Wagner.
Hier je réfléchissais à cette volonté de
mourir et je me disais qu'alors cela faisait de moi quelqu'un que l'on devrait
envoyer en Iraq, par exemple comme journaliste, car je n'ai certes pas peur de
mourir, je ne regretterais pas que l'on me fusille. Cependant aller en Iraq
serait un tel changement radical que je risque d'aimer cela et de ne plus
vouloir mourir, et alors je recommencerais à avoir peur de
Hier je lisais à propos des élections
américaines, et des systèmes de votes électroniques, et comment il pourrait y
avoir fraude. Et en plus, toutes les irrégularités des élections américaines
depuis plusieurs années, pratiquement toutes à l'avantage des républicains et
Bush, père et fils. Et soudainement j'ai perdu complète confiance en la
démocratie, je sais que Bush va encore gagner ses élections et qu'il n'y a plus
de différence entre le système politique américain et ceux que l'on retrouve en
Afrique. Ils ont juste trouvé un meilleur moyen pour cacher leur jeu et ne
semblent pas du tout s'inquiéter que l'on sache la vérité, en autant que l'on
ne puisse pas prouver qu'ils peuvent faire disparaître 14,000 votes d'un coup aussi
simplement que cela, en utilisant ces applications en partie financées par le
parti républicain.
C'est simple, je ne fais même plus confiance
aux sondages, il me semble dérisoire que Bush puisse avoir un pourcent de plus
que Kerry du parti démocrate, après tout ce qui s'est passé. Évidemment, si les
sondages disaient que Kerry est en avance, nous ne croirions pas les résultats
des élections. Et en ce moment les journalistes dénoncent le fait que tous les
derniers sondages indépendants disent que Kerry va gagner avec entre 1 %
et 5 %. Alors qui croire dans tout
cela ?
Je suis en ce moment au Hilton à Mayfair.
Commencé au Trader Vics avec des Tikka Pukka Pukka, et fini au Windows of The
World au 29ième étage avec Stephen. Je vais raconter cette soirée infernale
dans le train, à mon retour au travail demain.
Westminster, 8-9 nov
2004
Je dois être fatigué pour vrai ce soir, trois
personnes parlent dans mon compartiment, et bien qu'elles parlent l’anglais, je
ne comprends rien. On dirait du chinois, mais sans doute c'est de l'irlandais
ou scottish fort prononcé.
Bon, où en suis-je au travail? Rien de
nouveau, vraiment, bien que j'entame ma quatrième semaine. Enfin je suis prêt
pour ma réunion avec mon patron où l'on décidera sur quoi je travaillerai dans
les prochains mois, et alors mon vrai emploi commencera.
Je n'ai plus tellement envie de raconter ma
soirée de l'autre jour, ça fait une semaine maintenant et j'ai peine à me
souvenir de tout ce qui est survenu. Sauf que je n'ai pas dormi de la nuit et
que le lendemain j'étais malade comme un chien pendant 5 jours, et que j'ai
manqué 3 jours de travail (après deux semaines seulement, je pensais qu'ils
allaient me mettre à la porte).
Nous sommes sortis à Popstarz à King's Cross,
là où je sortais tous les vendredis soirs voilà 10 ans. À l'époque j'avais
beaucoup d'admirateurs, mais cette fois je n'en avais aucun. Il faut dire que
j'ai 32 ans, ils doivent avoir en moyenne 18 ans ceux qui sortent là
aujourd'hui, et je comprends maintenant pourquoi je ne sors plus. Bref, j'ai
vraiment eu l'impression que j'étais trop vieux et que je n'avais pas le droit
d'être à Popstarz. Je suppose que tout le monde avec qui je sortais alors ne
sort plus non plus, ou alors ils vont ailleurs et j'ignore où. Peu importe,
j'ai passé l'âge de vouloir sortir toutes les semaines.
Mais ce sont les personnes que nous avons
rencontrées avant Popstarz qui m'ont donné le plus grand mal de tête le lendemain,
lors de ma fièvre virulente. J'avais tellement honte de moi-même, saouls que
nous étions, Stephen et moi.
D'abord j'ai rencontré Stephen au Québec, un
pub gai à Marble Arch à Londres un peu sleazy et vieux. Jusque là, à part tous
ces vieux qui nous dévisageaient, rien de bien embarrassant ne s'est produit.
Puis nous avons pris un taxi jusqu'au Trader Vics.
J'ai eu une longue discussion avec l'homme dans
les toilettes qui vient des Philippines. Il m'a raconté sa vie en long et en
large, pendant que j'étais complètement saoul. Avec un salaire misérable de
Assis à côté de nous, au début de la soirée,
étaient deux femmes qui nous ont parlé l'instant d'un moment, pour savoir ce
que nous buvions : des Tikka Pukka Pukka, un drink bizarre fait avec
plusieurs sortes de rhum. Stephen était découragé de moi car je leur ai offert
d'y goûter, et selon lui, c’est comme si je leur avais dit des obscénités.
Comment pouvais-je savoir que d'offrir à un inconnu d'essayer notre drink était
une chose obscène au Trader Vics ? Stephen me disait que c'était justement
parce que nous étions au Trader Vics, un endroit où les gens ont de la classe
et là où il faut péter plus haut que le trou. Ouais. Ces deux femmes étaient
des délégués à une certaine conférence, et franchement cette idée ne
m'enchantait pas. Elles étaient américaines et réservées, elles ont vite quitté
et disaient qu'elles reviendraient plus tard pour essayer les Tikka Pukka
Pukka.
Alors deux autres femmes se sont assises à
côté de nous. Une Française qui, dans les premières 30 secondes, nous a lancé
qu'elle était propriétaire de sa propre entreprise. Well, well, elle a quelque
chose à prouver celle-là. En face d'elle se tenait une petite grosse Britannique
fatigante qui, lorsque la serveuse est venue prendre leur commande, a eu le
malheur de demander ce que c'était que nous buvions. Après un certain échange
qui a fini par nous mêler à la conversation (et où j'ai encore une fois proposé
à la grosse d’essayer mon Tikka Pukka Pukka (au grand désarroi de Stephen)),
j'ai lancé comme ça : vous devez être en Marketing ! Et avec un large
sourire elle ont dit oui. Ce type de personne, je connais trop bien. J'en ai
rencontré tout plein dans ma vie, le mot Marketing lui ressort par tous les
pores de la peau. Ces deux là ont radoté pendant une heure à discuter l'incompétence
des nouveaux employés qu’elles ont engagés. Pour la première fois j'ai compris
que le haut management devait s'amuser des heures et des heures à tous nous
juger, nous ridiculiser, et puis quoi encore, dans notre dos et en privé.
Quand
Mais c'est à ce moment qu’est entrée au
Trader Vics ce qui semblait être une princesse merveilleuse, accompagnée de
deux gros et gras hommes noirs, immanquablement ces gardes du corps. Je brûlais
de savoir qui elle était, mais je savais bien qu'au Trader Vics, tu dois agir
comme si les célébrités n'existaient pas, c'est implicite. Sinon, on risque de
te mettre à
Comme si ma soirée n'était pas déjà trop
remplie, nous avons rencontré un drôle de couple comme il y en a beaucoup à
Londres. Ils étaient trois assis dans le coin, deux femmes et un homme, nous
étions par la fenêtre juste à côté d'eux. Cette fois, ce n'est pas moi qui ai
fait les premiers pas, ils nous ont littéralement invités dans leur cercle.
C'est qu'il y avait un débat qui faisait rage, lequel des deux amants avait
raison. La femme a longtemps été la secrétaire du monsieur, ils sont tombés en
amour et l'homme a laissé sa femme et ses deux enfants pour elle. Mais voilà,
maintenant qu'il a fait ce sacrifice (peut-être un peu tard, je ne sais pas),
elle n'est plus amoureuse de lui, elle l'a laissé. Tout cela s'est passé voilà
environ dix ans, et semblerait qu'à l'occasion ils se revoient au centre ville
de Londres pour se convaincre qu'ils n'ont pas fait une erreur en se laissant définitivement.
Et alors, pourquoi ne pas demander l'avis de parfaits étrangers ? Nous
sommes incapables de nous comprendre, peut-être seront-ils en mesure de nous
aider ? Eh bien, Stephen et moi avons attentivement écouté les deux
versions, et à vrai dire l'homme en question, malgré son âge, est assez beau.
Considérant en plus le sacrifice qu'il a fait pour sa secrétaire, c'est
pratiquement criminel qu'elle l'ait laissé tomber, et nous lui avons dit.
Cependant, nous ne savons pas toute l'histoire, et semblerait que les deux
enfants et l'agissement de l'homme en question ont beaucoup joué dans sa
décision de le laisser. Une fois il l'a cachée dans le coffre de l'auto, si on
peut la croire.
Comme elle ne voulait pas être seule avec
lui, elle a emporté sa bonne amie avec elle qui vient de Glasgow. Elle était
une parfaite mais ferme blonde, policière en plus, qui travaille avec les
animaux. Elle ressemblait en tous points à une de ces poufiasses que l'on voit
à la télé dans ces émissions pour la rescousse d'animaux. La femme immaculée,
prête à arrêter n'importe qui alors même qu'elle est en vacances à Londres.
Cette sorte de personne qui n'est en fait jamais en vacances, et qui pense
qu'elle a l'autorité de faire respecter toutes les lois, peu importe où elle est
sur
Après cela, j'ai parlé avec deux avocates qui
semblaient être en manque d'amis et qui se sont montrées très intéressées à moi,
même si je me suis imposé. J’aurais certes pu faire l’amour à l’une d’entre
elles si j’avais voulu, si j’avais eu un quelconque intérêt, et belles, elles
l’étaient. Mais bien sûr, cela ne m’intéressait pas. Et j'ai parlé avec un gros
Américain con qui disait vouloir voter pour Bush, et qui en plus semblait venir
du Texas. Si j'avais pu, je l'aurais balancé par la fenêtre. Malheureusement
les fenêtres ne s’ouvrent pas au Windows of the World de Londres (celles de New
York n’existent plus, le Windows of the World du World Trade Center n’est plus,
et j’y étais, au 101ième étage, en voyage d’affaires, six mois avant sa
destruction absolue).
Enfin, on
rencontre toute sorte de monde lorsque l'on sort à Londres dans ces endroits
chics. J'ai parlé à bien plus de gens que lorsque je sortais dans les clubs
voilà dix ans. Je devrais peut-être sortir plus souvent, mais finalement c'est
d'un intérêt limité. Tout le monde se ressemble et ont pratiquement la même
histoire à raconter, et c'est une histoire plate à mourir.
10 nov 2004
La routine qui tue. Comment pourrais-je ne
pas en parler ce soir, lorsque deux jours en ligne j'ai fait exactement la même
chose de A jusqu'à Z, à la minute près. Sauf peut-être ce que j'écris ici.
Pourtant je l'écris dans un compartiment de train où exactement les mêmes
personnes qu'hier sont assises. Je n'ai même plus la gêne d'ouvrir mon clavier
et mon Compaq iPaq, ils me connaissent maintenant, ils sont habitués. Je sais
même à quelles stations ils arrêtent. Mon vieux bonhomme arrête à Brentford,
mon gros constructeur bâti arrête à Isleworth comme la plupart des autres, et
une des filles sort à Putney.
Sur l'heure du midi je suis allé chez
McDonald de l'autre côté du pont du Parlement, près de
De toute manière je n'ai plus d'honneur ou de fierté, je m'en balance pas mal que l'on pense et sache que je n'ai pas un sou et